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lundi 31 janvier 2022

Superman woke fait un four (était La Guerre contre l'homme hétéro avec Playboy et Superman)

Même Superman ne peut échapper aux affres du temps. Aux États-Unis, le plus célèbre des superhéros a récemment subi un « restylage » pour le moins contemporain, afin d’adapter le récit de ses folles aventures aux supposées attentes de ses fans. En témoigne la nouvelle série de bandes dessinées  lancée par DC Comics en juillet 2021. Comme le rapporte Fox Business, elle ne met plus en scène Clark Kent, le Superman originel, mais son fils, Jonathan Kent.

Comme de bien entendu, ce dernier semble devoir cocher toutes les cases de la vulgate progressiste : il est présenté comme bisexuel, et fréquente un journaliste masculin nommé Jay Nakamura. (voir le billet originel ci-dessous). L’une des cases de la bande dessinée laisse d’ailleurs apercevoir une scène de baiser entre le superhéros à la cape rouge et son compagnon. Par ailleurs, Jonathan Kent/Superman est décrit comme un militant pour le climat et un défenseur des immigrants clandestins.

Devise modifiée et ventes en chute libre

Ce nouvel opus de la saga, intitulé « Superman : Son of Kal-El », avait donc tout pour plaire. Mais, selon Fox Business, il n’a au contraire jamais vraiment rencontré son public. Pire, les cinq épisodes déjà sortis se vendent beaucoup moins bien que leurs illustres prédécesseurs. Ainsi, le premier volet de cette nouvelle mouture, publié en juillet, ne s’est vendu qu’à 68 800 exemplaires : elle ne se place que 17e au palmarès des bandes dessinées les plus vendues ce mois-là, un naufrage pour le roi des superhéros —d’autant plus à une époque où les comics ont atteint une popularité sans limite.

L’ampleur de l’échec se mesure mieux à l’aune des chiffres des précédentes séries Superman. Ainsi, en 2018, le premier épisode de la nouvelle série intitulée « Superman : Rebirth [Renaissance] » s’était vendu à 118 434 exemplaires, soit presque le double du score réalisé par « Superman : Son of Kal-El ». Pas de quoi décourager DC Comics pour autant : encore récemment, la firme californienne a décidé de modifier la devise de Superman : « Truth, Justice and the American way [La vérité, la justice et le modèle américain] » est devenu « Truth, Justice and a Better Tomorrow [La vérité, la justice et un meilleur lendemain] ».

 



De notre thébaïde québécoise, nous essayons d’ignorer les habituelles provocations « woke ». 
 
C’est ainsi que lorsque nous avons lu que Superman était désormais bisexuel, nous nous sommes dit que, en 2021, il devait sûrement déjà être devenu transsexuel, musulman ou, mieux, les deux. Heureusement, dans sa dernière aventure, Superman tombe amoureux d’un réfugié de l’Océan Pacifique (« Jay Nakamua »), ce qui lui rachète quelques points d’orthodoxie antiraciste. Nakamua est d’une île appelée Gamorra dont la capitale est subtilement nommée Zodome.

De même, lorsqu’on nous a informés que Playboy avait décidé de consacrer sa une à sa première playmate masculine « ouvertement gay » portant un costume de lapin malgré sa poitrine plate. Mais là encore, Playboy mérite des points wokes supplémentaires, car cette playmate est de couleur, car cette pin-up est Philippin.

Il faut admirer l’acharnement, le zèle et la minutie de la gauche woke : elle croit devoir empêcher les derniers hommes hétérosexuels cisgenres d’admirer des filles en tenue d’Ève dans un magazine consacré aux filles dénudées.




Billet originel du 14 octobre 2021

 

Le point de vue Mathieu Bock Côté sur le nouveau « Super Man ».

Ainsi, le prochain Super-man sera bisexuel. Il sera aussi engagé contre les inégalités sociales, les changements climatiques et pour les réfugiés.

Autrement dit, Superman sera mis au goût du jour. On pourrait même l’appeler Superwoke !

Le superhéros traditionnel par excellence rejoint donc la présente époque, il se rééduque à son contact, il en prend les traits.

On ne sera pas surpris. On a cherché à imposer une semblable opération de réassignation identitaire à James Bond qui, de grand séducteur patriote un peu macho, est devenu un agent secret torturé, monogame, épilé à la cire et porté aux méditations vaporeuses et à l’introspection.



Cinéma

On nous avait même annoncé, d’abord, que James Bond deviendrait une femme noire. Ce sera peut-être pour une prochaine fois.

Je propose quant à moi qu’il soit queer, métissé, végane, chaste et ne boive plus une goutte d’alcool. James Bond ne devrait boire que du kombucha !

De l’audace, encore de l’audace, comme aurait dit Danton !

Qu’on me comprenne bien : je me fiche qu’un superhéros en cape et collants soit hétérosexuel, homosexuel, bisexuel, homme ou femme. Je m’en fiche vraiment.

Je me fiche aussi qu’un espion au service de sa lointaine majesté soit une femme noire. En bon Québécois, je m’en contre-saint-ciboirise.

Si des créateurs de BD ou des scénaristes veulent les créer, grand bien leur fasse. Il y a de la place dans le grand musée imaginaire de l’humanité pour des héros contrastés. Ce qui est agaçant, toutefois, c’est que les héros traditionnels occidentaux sont transformés en forteresses symboliques à prendre et conquérir dans le cadre d’une guerre culturelle affichée.

Elle tient en une formule : l’homme blanc hétérosexuel doit tomber. Il est de trop sur terre. Il a ruiné le monde, maintenant, il doit disparaître, ou alors devenir un pénitent absolu, s’autoflageller, déconstruire ses privilèges, se maudire, s’humilier. En fait, il est la cible d’une campagne de diffamation permanente.

On en vient même à nommer masculinité toxique ce qu’on appelait autrefois fièrement la virilité.

Alors on y revient : dans cet esprit, il faut s’emparer de chacun de ses symboles pour y planter le drapeau de l’idéologie de la diversité.

Je répondrai franchement : pourquoi devrions-nous consentir à cette révolution qui veut moins ouvrir notre civilisation que l’humilier ?

Déconstruction

Bien évidemment, on trouve des enthousiastes de la déconstruction, des hommes flageolants, décons-truits, fiers de se mépriser, rêvant de s’anéantir une fois pour toutes. Il y a quelque chose comme un fantasme d’autodestruction civilisationnel dans les milieux qui se veulent culturellement les plus évolués.

Quant à moi, joyeux homme blanc trop bedonnant, plus tout jeune, mais toujours nationaliste québécois ardent, banqueteur chantant, et finalement, assez fier de l’histoire de l’Occident, je ne vois pas pourquoi j’adhérerais à la grande névrose identitaire de notre temps. Je n’ai pas honte de mon père ni de mes ancêtres, et bien franchement, entre un homme saule pleureur et un homme chêne et protecteur, je me tourne vers le second sans hésiter. Vive le vieux monde ! Il avait du bon !

samedi 16 octobre 2021

Lucky Luke: la chevauchée des cow-boys gays dans le Far West


Dans Choco-boys, son album « hommage » au cow-boy vendredi en librairie, le dessinateur allemand Ralf König revisite allègrement le mythe.

« La population de l’Ouest sauvage était bien plus diverse [sic] qu’on ne le croit généralement. On croisait au Far West des cow-boys gays, ainsi que des pétroleuses lesbiennes et des Amérindiens queers », écrit Ralf König dans la postface de Choco-Boys, l’album qui se veut un « hommage » à Lucky Luke, sorti ce vendredi 15 octobre.

Pour le dessinateur homosexuel allemand qui « revisite » le mythe du vacher solitaire, sa vision de l’Ouest du XIXe siècle peuplé de cow-boys homosexuels relève d’une réalité historique. 

Défenseur de la cause LGBTQ2SAI+, l’auteur, avec l’autorisation des ayants droit de Morris, se moque allègrement du mythe : « Je ne suis pas un militant. Je suis auteur et il se trouve que je suis gay, donc j’écris des histoires gays, a déclaré Ralf König aux journalistes du Parisien. Mais je veux juste dessiner de bonnes BD et si cela a pour effet de rendre les gens plus tolérants, tant mieux ! Bien sûr, mon Lucky Luke parle d’homophobie ! Mais je ne cherche pas à éduquer. Les homophobes sont des idiots, que ce soit dans l’Ouest sauvage ou ici et maintenant. J’ai seulement envie que le lecteur se dise qu’il s’est bien amusé. »

Dans Choco-boys, Lucky Luke évolue dans un Ouest sauvage qui emprunte les sentiers battus LGBTQ

Scènes « cocasses »

Choco-boys met en scène Lucky Luke qui a la garde de cinq vaches laitières dont le propriétaire désire faire découvrir à l’Amérique son délicieux chocolat suisse. Pour cette haute mission, il est accompagné de Terrence, qui lui évoque son idylle avec un garçon vacher… Jalonné de scènes « cocasses », l’album entremêle références aux albums de la série avec le film Brokeback Mountain. Adapté de la nouvelle Brokeback Mountain d’Annie Proulx, le film raconte la passion homosexuelle secrète vécue pendant vingt ans par deux cowboys, Ennis del Mar et Jack Twist qui « avaient grandi dans deux misérables petits ranchs aux deux extrémités de l’État du Wyoming ».


mercredi 8 septembre 2021

Autodafé et censure des Tintin, Lucky Luke et Astérix — lâcheté de la classe politique fédérale

Extrait d’un billet de Mathieu Bock-Côté sur l’affaire des livres brûlés pour en faire de l’engrais, car ils déplaisaient à une soi-disant autochtone Suzy Kies « gardienne de la mémoire » des « Premières Nations ». 

Cette Suzy Kies, coprésidente de la Commission autochtone du parti libéral du Canada, connaissance de Justin Trudeau, n’a aucun ancêtre amérindien sur 7 générations, son père est d’ailleurs Luxembourgeois.

N’y voyons pas une exception. C’est la tendance lourde de l’époque qui se dévoile ici. Toutes les grandes œuvres de la littérature finiront par y passer, pour peu qu’elles heurtent la sensibilité des représentants autoproclamés des « minorités ».

Cela dit, il y a de bonnes raisons d’être déçu devant la réaction honteuse de la classe politique.

Justin Trudeau a expliqué que s’il était en désaccord personnellement avec le fait de brûler des livres (veut-il qu’on l’en félicite ?!) il ne voulait pas se prononcer sur les processus de la réconciliation — autrement dit, s’il faut brûler des livres pour se réconcilier, on les brûlera.

[Lâches et dégonflés]

Erin O’Toole a aussi fait le tapis en expliquant que s’il ne fallait pas brûler les livres, on pouvait toutefois les censurer.

Même Yves-François Blanchet a senti le besoin de confesser son supposé malaise d’enfance en lisant les Schtroumpfs et Tintin, avant finalement de condamner ce geste. Mais sa condamnation était à ce point tortueuse et tarabiscotée qu’elle en devenait [pitoyable, lamentable]. On aurait eu envie de lui dire d'[avoir du cran, de la force d’âme, de s’enhardir].

Aucun d’entre eux, autrement dit, n’a eu une réaction de condamnation virulente et définitive de cette manifestation de fanatisme. Notre classe politique est lâche.

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vendredi 22 janvier 2021

L’éléphant Babar accusé de faire l’apologie du colonialisme

D’après la radio publique française France Culture, les premiers Babar réalisés dans les années 1930 seraient considérés comme racistes et faisant l’apologie du colonialisme.

Babar a fêté son anniversaire, mais il aurait peut-être mieux valu s’en passer… À l’occasion des 90 ans de la fameuse histoire de l’éléphant en costume vert, France Culture a pointé du doigt la morale et les messages des livres pour enfants. La radio s’est, en effet, interrogée jeudi 21 janvier : « Babar est la bonhomie incarnée. Mais derrière l’éléphant tiré à quatre épingles, faut-il lire une apologie du colonialisme ? »

Dans une vidéo du média, l’anthropologue Gilles Boëtsch a assuré qu’il était important de « dire que ces livres pour enfants ne sont plus forcément pour enfants aujourd’hui ». Cette histoire est sortie en 1931. La période a été marquée par la montée du nazisme en Europe et… par le colonialisme. Gilles Boëtsch a rappelé qu’en 1931 « l’exposition coloniale a eu lieu au bois de Vincennes », afin d’y exposer les prouesses de la France et présenter « les peuples qu’on avait colonisés ». Le livre « Babar en voyage » serait considéré comme « raciste » selon France Culture. Des Africains y seraient dépeints comme « des vilains cannibales sauvages ». Un passage supprimé plus tard, rappelle la radio.

« Ça rappelle les populations colonisatrices »

 

Or, l’histoire de Babar ne ferait que reprendre les codes de la société de 1931 dans lesquels vivaient les deux auteurs parisiens : le couple Jean et Cécile de Brunhoff. Alors qu’il n’est encore qu’un éléphanteau, Babar est chassé de sa forêt par un braconnier. Il se retrouve en ville et adopte les coutumes des humains. Il rentre ensuite dans sa forêt et devient le roi. Babar apprend alors aux autres éléphants à se « civiliser » comme il l’a fait. « Il fait penser à un Africain qui serait allé en France et qui aurait assimilé la culture française, donc la culture “coloniale” par rapport à l’Afrique, et qui serait revenu au pays avec le costume trois pièces etc », a commenté Gilles Boëtsch sur France Culture. « Babar va construire des villes » dont Célesteville, avec des théâtres et ses soirées mondaines et « tous les éléphants en costumes ». Gilles Boëtsch en a ainsi conclu : « Évidemment ça rappelle les populations colonisatrices, ça c’est évident ».

Source : V A

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mardi 5 novembre 2019

Astérix chez les féministes, parents homos et les rebelles aux enfants métissés

Pour ses soixante ans, Astérix s’offre un trente-huitième album, La Fille de Vercingétorix. L’éditeur a tenu à signaler que celle-ci porte l’histoire : « elle est donc la première aventurière de la série ».

Adrénaline, cette Greta Thunberg gauloise refuse l’oppression de ses contemporains, qu'ils soient Romains ou Gaulois. Elle récuse toute assimilation genrée. Ses premiers mots, « Nan, c’est nul de s’habiller en fille ! Moi, ce que j’aime c’est m’habiller gothique. » 

La jeune fille ne se plie pas aux conventions sociales. Elle tance nos héros. « Oh pythie ! Lâchez-moi les brogues », lance-t-elle à Astérix. Elle ne sourit vraiment jamais... Quand on vous dit qu’elle ressemble à Greta La Grincheuse.


Adrénaline est moderne au goût des bobos urbains : elle a « deux papas ». Et vlan dans les gencives des irréductibles ploucs gaulois rétrogrades ! Lors de leur arrivée au village, les deux lieutenants de Vercingétorix donnent pour consigne à leur fille adoptive : « sois bien sage, Adrénaline. Tes papas reviennent ! » Les personnages efféminés sont peu enclins à la violence : l’un pleure comme une madeleine et l’autre fait montre d’une exubérance excessive. On n’ose pas rire devant ce couple étrange, ce serait homophobe. C’est bien là un des problèmes avec cet album et l’idéologie progressiste : on rit peu.


Évidemment, ces deux papas sont doux et prévenants alors que les parents du village (Ordralfabetix et Cetautomatix) sont mal dégrossis, râleurs, colériques et tyranniques.

Ses deux pères se blâment mutuellement pour la mauvaise éducation de « leur fille » incapable de mener la résistance contre l’envahisseur : « On dirait qu’elle n’aime pas la guerre. Beuheuheuuu. Nous avons raté l’éducation de cette enfant. [...] c’est ma faute ! Jamais je n’aurais dû la forcer à apprendre à manier la hache ! […] Tu plaisantes, c’est moi ! J’étais trop strict… Et fais pas si et fais pas ça... ». Bonnemine semble comprendre : « aucun instinct maternel forcément ! » Devant ces deux efféminés rongés par le doute, nous ne sommes pas sûr que cette remarque se veut sérieuse ou du second degré. Ce qui est certain c’est que ce n’est pas comique, mais plutôt affligeant et pénible.


Notons au passage que cette éducation ne peut avoir duré que deux ans puisqu’Alésia est tombée en 52 avant J.-C et que « nous sommes en 50 av. J.-C » comme nous le rappelle le début de l’album. Mais bon, au diable la chronologie, l’important c’est l’homoparentalité.

Dans cet opus, les jeunes personnages tiennent des propos associés à la mouvance bobo progressiste. Le fils de Cetautomatix attaque brutalement Obélix. « Ça craint les menhirs ! Nul toujours le vieux système sanglier-menhier-potion ! » crie-t-il. La fille de Vercingétorix s’attaque également à des thèmes chers à la gauche végane et animaliste comme la surconsommation de viande : « Et les sangliers, au rythme où on les chasse, bientôt y en aura plus ! »  Cela se veut incisif, moderne. C’est inexact (il y a de plus en plus de sangliers en France) et, plus grave, ce n’est en rien drôle. On cherchera vainement le jeu de mots, le caractère absurde et désopilant de ces saillies idéologiques.


Pour dire vrai, cela nous rappelle le dernier Don Camillo filmé dans l’Italie post-soixante-huitarde : Don Camillo et les contestataires. Un four complet. Fernandel était mort, la contestation des jeunes trop ricanante. Le savant équilibre entre le maire communiste et le curé qui s’aimaient bien tout compte fait et partageaient une même culture paysanne avait cédé la place au prêchi-prêcha de modernité triomphante. La magie était rompue. Ce fut un navet.

Les auteurs ont encore d’autres prétentions intellectuelles. Ils veulent renouveler le sens de l’identité gauloise et l’acception du mot « résister ». Le père de Vercingétorix a failli (sort inévitable pour un père moderne cisgenré), son pays a été envahi, conquis, vaincu. Alors que le village d’Astérix résiste depuis 37 albums en voulant conserver son identité traditionnelle, Adréline va « réinventer » cette résistance et cette identité : elle n’ira pas à Thulé (sans doute trop germanique[1]), mais fuira vers un paradis exotique et adoptera une ribambelle d’enfants métissés. Et quand Astérix se demande si Adrénaline ne trahit pas de la sorte le combat et la mémoire de Vercingétorix. Le « sage » druide Panoramix conclut l’album par une morale très relativiste loin du repli identitaire et de la tradition que sa fonction devrait incarner : non, car « son père lui a demandé de résister d’être libre et c’est ce qu’elle a fait... à sa manière ! »

L’humour potache et l’esprit de camaraderie des premiers albums sont devenus anecdotiques. La morale progressiste accompagne l’ensemble des dialogues. Dans ces conditions, Astérix peut-il encore être vraiment comique ? Nous en doutons.




Note 1 : Rappelons que ce même mois de novembre une planète mineure que l’on appelait jusqu’alors Ultima Thulé à pris le nom de « Arrokoth » un terme tiré d’une langue disparue des États-Unis. Le nom d’Ultima Thulé avait été critiqué en raison de son utilisation par des occultistes nazis au début du XXe siècle en tant que prétendue origine mythique de la race aryenne, bien qu’il soit couramment utilisé dans la littérature grecque et latine antique ainsi que dans la culture esquimaude historique du peuple thuléen (voir Newsweek).

France Inter (les impôts des contribuables français au service des bobos) n'est malgré tout pas contente.




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mardi 2 janvier 2018

Marvel Comics met fin à une série de titres politiquement corrects

Le Thor masculin (1978).
Marvel Comics a annulé plusieurs de ses bandes dessinées phares lancées ou modifiées depuis 2015 alors que l’entreprise avait annoncé son intérêt pour des héros et héroïnes politiquement corrects. La raison en est simple : ces séries ne se vendent pas.


Le nouveau Thor féminin (2015-2017)
En Octobre 2014, Marvel Comics avait lancé un Thor avec non plus un musculeux dieu nordique, mais une femme dans le rôle de Thor puisque le héros classique ne serait plus digne de soulever Mjöllnir (son marteau emblématique). Le scénariste Aaron avait déclaré que « ce n’est pas une Thor-elle, ce n’est pas Madame Thor, ce n’est pas Thorita, c’est Thor, c’est le Thor de l’Univers Marvel, mais il ne ressemble à aucun Thor vu auparavant. » (Voir l’annonce).

Cette féminisation d’un dieu scandinave n’était qu’un des nombreux exemples de soumission au correctivisme politique actuel.

Le retour Marvel Comics aux séries plus « classique » devient apparent quand on considère la liste  des sorties de bandes dessinées prévues pour 2018 publiée le 19 décembre. Un éventail de bandes dessinées « progressistes » sont absentes de cette liste. Sont absents, notamment, America Chavez dont l’héroïne est une lesbienne latina élevée par ses deux mères et Iceman désormais homosexuel. She-Hulk, un Hulk féminin qui devient gris et fait des crises de panique, Luke Cage, un superhéros afro-américain né dans un ghetto noir sous la plume de David Walker, et Black Panther protecteur du Wakanda, un pays africain imaginaire, passent tous également à la trappe.



Walker a indiqué sur Twitter que Luke Cage a été annulé en raison de la faiblesse des ventes des albums.  La bande dessinée, dit-il, a été annulée parce qu’« elle s’est mal vendue. Très mal. »



Sina Grace, le père du nouvel Iceman homo

En avril 2015, dans le numéro 40 des All-New X-Men, une version décalée dans le temps qui se penchait sur l’adolescence de Iceman, Marvel Comics tout à sa rectitude politique avait fait dire à sa coéquipière, Jean Gray, douée de télépathie, que Iceman était homosexuel.... Cela a soulevé des questions de cohérence avec les épisodes précédents où, adulte, Iceman sortait avec des femmes. Dans Uncanny X-Men n° 600, publié en novembre de la même année, le jeune Iceman confronte sa version adulte et lui confirme qu’il est homosexuel, mais qu’il refoule sa vraie nature, ne voulant pas être à la fois homosexuel et mutant. En 2017, Iceman a eu l’honneur d’une série solo éponyme, elle mettait l’accent sur l’adulte Bobby Drake qui se réconcilie avec sa vie en tant qu’homme gay... Cette série passe donc aussi à la trappe, son dernier numéro sortant au début de 2018. Comme le rapporte OneAngryGamer, les ventes d’Iceman ont régulièrement chuté pour passer d’environ 16 000 exemplaires en juillet à 12 000 en novembre, scellant ainsi le sort de la série.

Le jeune Iceman apprend (récemment) qu'il est homosexuel...

Si ces séries dessinées consacrées à ces personnages passent à la trappe, ces mêmes personnages pourraient se retrouver comme seconds rôles dans d'autres comics ou dans des films, feuilletons ou jeux électroniques.




lundi 29 février 2016

Bandes dessinées — Quand Hergé expurgeait un missionnaire chez les Esquimaux

Nous sommes en 1971. À la demande de ses éditeurs scandinaves, Hergé se voit contraint de transformer son merveilleux album Destination New York. Jo, Zette et Jocko pris dans les glaces de l’Arctique ne rencontrent plus le père Francœur, mais le professeur Henrik Nielsen, ethnologue !

Barbu comme un missionnaire pouvait l’être. Dès la page 21, le brave père Francœur a disparu. Depuis 1971, les lecteurs de 7 à 77 ans ne savent plus que des missionnaires (souvent francophones) aidaient les Esquimaux à survivre dans le désert de glace.

L’avion du brave prêtre baptisé Santa Maria II perdra son nom et sa « mission » surmontée d’une croix sera tout simplement effacé d’un coup de gomme de la part d’Hergé…

Le remplacement de la figure d’un père missionnaire catholique francophone par un ethnologue suédois mène parfois à des incohérences scénaristiques : pourquoi les Esquimaux parlent-ils français comme Jo et Zette ? Pourquoi Jo et Zette sont-ils obligés de piloter eux-mêmes l’avion dans le cas de l’ethnologue (quels soins cet intellectuel peut-il prodiguer ?) alors que le missionnaire a un rôle spirituel essentiel pour ses ouailles esquimaudes.

La version de 1949 — Un missionnaire francophone, le père Francœur, la soutane
La version post-1971, un ethnologue scandinave « Nielsen », plus de soutane
Les Esquimaux continuent mystérieusement de parler français après 1971


1949 — Les postes de la mission, l’avion Santa Maria II
Post-1971 — L’avion n’a plus de nom, de simples « déplacements »


1949 — La mission
1971 — Le camp

1949 — La croix sur la mission, le père Francœur (et pour la graphie « iglou† »)
La croix disparaît, le professeur (et au passage pour la graphie, « iglou† »)


1949 — La croix bien visible sur la mission, le baptême à l’article de la mort, la nécessité de la mission
Version d’après 1971 — La croix (?) évidée, plus de baptême, on ne sait pas trop comment cet ethnologue pourra aider ces malades

Missions catholiques de l'arctique canadien

Parmi les missions du monde, celles du Grand Nord canadien ont souvent été considérées comme héroïques. Les Oblats s’y sont dévoués pendant plus de quarante ans. C’est en 1910 que Mgr Breynat décida de reprendre l’évangélisation des Esquimaux en la confiant au jeune Père Rouvière, âgé de trente ans. Le missionnaire partit l’année suivante pour le nord-est du Grand Lac de l’Ours où il avait appris que les Esquimaux du cuivre venaient commercer avec les Indiens. Lire sur ce sujet par exemple « La conquête missionnaire de l’Arctique ».





† Les dictionnaires Petit Robert et Larousse (« l’usage » comme disent certains) privilégiaient à l’époque « igloo » bien que l’on retrouvât depuis 1880 « iglou » (voir la traduction en français de Deux ans chez les Esquimaux de C. F. Hall). Le Dictionnaire de l’Académie (9e édition, 2005) n’écrit qu’« igloo ». Depuis 1990, la réforme orthographique préfère « iglou » (voir aussi ici). Sur le sujet de ces corrections orthographiques, voir Nénufar peut s’écrire ainsi depuis le XVIIe siècle.


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samedi 27 février 2016

« The » Revenant, Hollywood et le Canadien français

Des Canadiens français du XIXe siècle sanguinaires et impitoyables dans « The » Revenant d’Alejandro Iñárritu, il n’en fallait pas moins pour mettre en colère Roy Dupuis selon le Huffington Post. L’acteur québécois qui devait interpréter un rôle dans le sixième long métrage du réalisateur mexicain juge le film mauvais et anti-canadien-français.


Bande-annonce du Revenant (apparemment le film sort en français avec un titre « en français » affublé de l’article anglais THE, difficilement prononçable pour le francophone moyen)

Un film historiquement faux

« The » Revenant — douze nominations à la prochaine cérémonie des Oscars — est un western sauvage tourné dans le Grand Nord canadien. Ancrée dans le XIXe siècle, cette production à 130 millions de dollars américains revient sur la vengeance du trappeur Hugh Glass, interprété par Leonardo Di Caprio (en lice pour l’Oscar du meilleur acteur).

« Je n’ai vraiment pas tripé sur ce film, a ajouté Dupuis. Au niveau de la trame, il arrive des événements qui n’ont tout simplement pas de bon sens ! J’espère qu’il ne gagnera pas l’Oscar du meilleur scénario, car le récit, c’est un peu n’importe quoi. Il n’y a aucune crédibilité dans cette histoire de vengeance ».

Un film fort éloigné du roman homonyme

Le film d’Iñárritu se veut l’adaptation du roman LE Revenant de Michael Punke. À la page « remerciements » de son roman, l’auteur parle d’une « centaine de lectures éprouvantes ». Mark L. Smith, le jeune coscénariste du film avec Iñárritu, dans les entrevues disponibles sur Internet, ne pointe, quant à lui, vers aucune recherche historique précise et confie n’avoir conservé, du livre, que l’attaque du grizzly et l’abandon du héros. Tout le reste, a-t-il reconnu sur craveonline.ca est « original ». C’est ainsi qu’il précise au sujet de l’attaque importante dans l’histoire des Arikaras « nous l’avons inventée » ou à propos d’un dialogue avec Dieu « C’est quelque chose qu’ils ont en fait inventé ».

Dans le livre, la soif de vengeance du héros Glass est motivée par le fait que deux hommes l’ont volé alors qu’il était à l’article de la mort, qu’il veut recouvrer son précieux fusil et sa dignité. Dans le film, Iñárritu et Smith inventent à Glass (Leonardo Di Caprio) un fils métis qui sera assassiné devant ses yeux par le raciste Fitzgerald (Tom Hardy).

Les producteurs du film avouent d’ailleurs leur très libre interprétation du livre au générique de fin où l’on voit que le long métrage est « Inspiré en partie du roman de Michael Punke », pas « Inspiré du roman », mais « en partie ». C’est plus honnête.

Canadiens français qui violent, pendent et tuent

Un plan en particulier du film d’Iñárritu a fait sursauter l’acteur Roy Dupuis, celui où l’on découvre plusieurs Amérindiens empalés, pendus à des arbres. Une inscription en français — « On est tous des sauvages » — ne laisse aucun doute quant à l’identité des coupables. « On les voit à peine pendant le film, mais quand on les voit, c’est pour les montrer comme d’affreux barbares. C’est les Canadiens français qui violent, qui pendent et qui possèdent les esclaves sexuelles. »

Outre qu’il dresse un portrait peu flatteur de nos ancêtres venus explorer l’Amérique du Nord, le long métrage est historiquement faux puisque, selon Dupuis, ce sont plutôt les Anglo-saxons qui ont été sans pitié envers les communautés amérindiennes de l’Amérique du Nord.

« Les Français sont arrivés avec la mission de faire des alliances avec les Premières Nations. Je ne dis pas qu’il n’y avait pas des brutes parmi les Français, mais la plupart d’entre eux ont épousé des Amérindiennes. Ils ont fondé des familles, ce qui a créé un peuple métissé nommé les Canadiens français, et voilà que Iñárritu les mets en scène en train de trucider les autochtones. Par contre, les Américains qui avaient pour mission de conquérir les terres, eux, n’ont rien à se reprocher. C’est complètement stupide ! »

Les remarques de Roy Dupuis sont globalement justes, bien qu’il semble céder à la mode récente du métissage généralisé en Amérique du Nord (de très nombreux artistes américains se découvrent ces jours-ci des ancêtres amérindiens sans apporter beaucoup de preuves, jusqu’à Justin Bieber : « Je suis en partie Inuit ou quelque chose »). Nous y reviendrons ci-dessous.

Plaire au public états-unien et anglo-saxon

Pour Roy Dupuis, le fait que le réalisateur de Babel ait eu le soin de préciser que les assassins n’étaient pas Américains est loin d’être anodin. « Le film est censé être basé sur l’histoire d’un vrai coureur des bois américain. Pourquoi donc le cinéaste n’a-t-il pas montré les meurtres commis par les Américains ? Sans doute pour ne pas les choquer ou les blesser, il a préféré insulter l’histoire. »

Ce n’est évidemment pas la première fois que le cinéma américain cherche à dorer la pilule pour ne pas briser l’image élogieuse que se font d’eux-mêmes les Américains. À notre connaissance, il n’y a pas de films américains sur :
  • les guerres meurtrières contre les Indiens au début de la colonisation (voir le Massacre de 1622), guerres féroces et implacables expulsions qui ont pu être renforcées par le fait que les colons anglais n’ont pratiqué qu’une faible évangélisation et par l’idée commune que les Indiens étaient de nouveaux Cananéens en face de nouveaux israélites, les puritains anglais. Walt Disney a fait un Pocahontas béat sur cette époque qui, selon le Guardian, révise l’histoire et blanchit la colonisation anglaise en Virginie ;
  • Les ravages des Anglais et des Américains en Nouvelle-France et en Acadie lors de la Conquête (la moitié des villes ont été détruites, un très grand nombre de maisons et de fermes le long du Saint-Laurent incendiées, la colonie avait perdu un septième de sa population et le peuple acadien avait été déporté) ;
  • la guerre contre Pontiac ; Amherst écrivait alors à un colonel « Vous ferez bien d’infecter les Indiens avec des couvertures, de même que toute autre méthode qui permettrait d’extirper cette race exécrable » ;
  • les prétextes fallacieux de la Guerre hispano-américaine de 1898, après l’explosion du USS Maine en baie de La Havane (explosion sans doute accidentelle) alors que l’opinion publique américaine fut atteinte, suivant l’expression d’un diplomate européen, « d’une sorte de furie belliqueuse », des manifestants brûleront alors des Espagnols en effigie dans les rues ;

    Résultat de la guerre contre l’Espagne en 1898 : 10 000 milles des Philippines à Porto Rico
  • la guerre et la répression aux Philippines (1899-1902) pendant lesquelles des centaines de milliers de Philippins seraient morts (voir ici en espagnol et là en anglais), le tout fut accompagné dès 1898 par une campagne pour y éliminer l’espagnol et le remplacer par l’anglais ;
  • Épisode de la répression américaine aux Philippines : « Tuez tous ceux de plus dix ans ! »
  • le très nombreux viols en Europe occidental par des soldats américains pendant la Seconde Guerre mondiale (en France dès le débarquement ainsi qu’en Allemagne), l’historienne Miriam Gebhardt avance le chiffre de 860 000 victimes allemandes, parmi lesquelles 190 000 auraient été violées par des GIs, c’est bien moins que les deux millions de violées avancés par Helke Sander.
  • etc.
Autres films populaires à la trame modifiée

« The » Revenant n’est évidemment pas le premier film américain qui arrange les faits (ou le scénario inspiré de livres) pour flatter les Américains et se moquer (parfois gentiment) des Français, minorer ou évacuer leur rôle.
  • Dans Le Patriote (The Patriot) avec Mel Gibson, un seul Français au rôle sympathique, mais un peu ridicule (Jean Villeneuve) incarne l’aide de la France. À la fin, à la Bataille de Yorktown, on voit succinctement au loin la flotte française, c’est tout. Or, il y avait autant sinon plus de soldats français à terre que de soldats américains à cette bataille et l’influence de la flotte française fut décisive dans la guerre. Il faut se rappeler que les choses allaient mal pour l’armée continentale avant l’intervention de la France (voir Valley Forge). La France prêta 12 millions de livres aux Américains, et en donna 12 autres millions. Elle consentit également à une avance de 6 millions de livres pour la reconstruction du pays. En tout, selon certains historiens, dont Stacy Schiff, la France dépensa près d’un milliard de livres pendant cette guerre. Tout cela résumé à un histrion de major Jean Villeneuve dans Le Patriote. Notons que le personnage de Mel Gibson, largement inspiré de Francis Marion, dit Le Renard des marais, aurait chassé (persécuté) brutalement des Indiens Chéraquis (Cherokees à Paris) et qu’il aurait violé ses esclaves. Le Patriote occulte d’ailleurs totalement l’esclavage pratiqué à l’époque, y compris par Francis Marion qui se plaignit que les Anglais libèrent les siens.
  • Maître à bord : de l’autre côté du monde avec Russel Crowe combine des éléments tirés de différents romans de Patrick O’Brian, inspiré de la vie du marin Thomas Cochrane. L’intrigue principale est tirée de De l’autre coté du monde, rapportant un épisode de la guerre anglo-américaine de 1812. Toutefois, dans la version cinématographique, l’action prend place en 1805, soit lors des guerres napoléoniennes, au lieu de 1812, à la demande, semble-t-il, des producteurs, afin de ne pas dépeindre des Américains comme des méchants devant une audience américaine. En conséquence, un vaisseau français fictif, l’Achéron, remplace la frégate américaine USS Norfolk du roman homonyme. Des vils français à bord de l’Achéron ont recours à de non moins viles ruses pour tenter de vaincre le noble et brave capitaine anglais. 
  • Jusqu’en 1870, c’est la France qui modernise l’armée du Shogun au Japon. Jules Brunet est un des officiers militaires français qui fera partie d’une mission d’instruction au Japon. Cet instructeur d’artillerie modernisera l’armée de samouraïs du Shogun, Dans Le Dernier Samouraï en 2003, Brunet est évacué et remplacé par un Américain fictif (il n’y a pas d’instructeur militaire américain au Japon à l’époque) interprété par Tom Cruise.
  • Il existe un film hollywoodien sur l’expédition de Lewis et Clark. Il s’agit d’Horizons lontains tourné en 1955 avec Charlton Heston (un an avant sa participation dans la superproduction Les Dix Commandements). Le film tend à évacuer quasiment totalement le rôle des Français dans l’expédition et mythifie celui de Sacagawea. Toussaint Charbonneau dans la vie réelle était l’époux de Sacagawea et le père de leur jeune fils pendant l’expédition. Dans le long métrage, il n’apparaît que, brièvement au demeurant, comme une brute sale, grassouillette, cupide, fourbe et mal embouchée qui réclame sa propriété, Sacagawea. Mais elle n’a d’yeux que pour le beau Charlton Heston, l’officier américain Clark qui lui conte fleurette et la séduit par ses discours et sa tendresse civilisés. Clark est l’auteur du journal de l’expédition. Celle-ci comptait effectivement l’Indienne Sacajawea (également nommée la « Femme-oiseau »). Elle servit d’interprète et guida à certains moments les explorateurs. Mais, à l’inverse de sa situation dans le film où elle tombe amoureuse de Clark, elle fut accompagnée durant tout le voyage par le trappeur « canadien » Toussaint Charbonneau qu’elle avait épousé avant le départ et dont elle avait un jeune enfant. Charbonneau, contrairement à sa description dans Lointains Horizons, était loin d’être antipathique, même s’il n’était pas sans défauts évidents.

    Clark ne mentionne à aucun moment dans son journal la moindre amourette. Clark et Sacageawa ne pouvaient d’ailleurs se parler en toute intimité puisque pour lui parler Clark devait passer par François Labiche qui comprenait l’anglais. Labiche traduisait ensuite en français pour Charbonneau qui ne parlait pas anglais et qui traduisait à son tour en meunitarri (gros ventre) à sa femme... Labiche n’est pas le seul absent du film, on ne voit pas plus le métis George Drouillard, qualifié de meilleur chasseur de l’équipée par Lewis. Cette mythification de Sacageawa (dont on sait peu de choses en réalité) et cette dépréciation du rôle des Français ne sont pas le seul fait de ce film, on le retrouve également dans plusieurs romans qui traitent de cette expédition. Voir Anti‑French Sentiment in Lewis and Clark Expedition Fiction. Le film The Revenant adopte à nouveau une « représentation libre » du personnage de Toussaint Charbonneau, incarné par l’acteur français Fabrice Adde, qui commet un viol. C’est ce rôle que Roy Dupuis a refusé.

Seulement métissé à 1 %

Roy Dupuis affirme que la « plupart d’entre [les Français] ont épousé des Amérindiennes. Ils ont fondé des familles, ce qui a créé un peuple métissé nommé les Canadiens français ».

Mais qu’en est-il au juste ?

Comme le rappelait Gérard Bouchard, la plupart des communautés autochtones ont toujours été situées à bonne distance des habitats québécois, ce qui mine l’idée de contacts fréquents. En outre, l’Église a toujours découragé les unions mixtes. La proportion de gènes amérindiens dans le bassin génétique des Québécois est donc très faible (moins de 1 %), comme l’ont démontré des analyses rigoureuses appuyées sur le fichier de population BALSAC.

Il faut aussi se méfier d’une illusion généalogique : combien faut-il d’ancêtres indiens (et à quelle génération ?) pour conclure qu’un Québécois a « du sang indien dans les veines » ? Je rappelle qu’à la onzième génération, chacun d’entre nous compte plus de 2000 ancêtres...

Que signifie la présence de quelques Autochtones ?

Le métissage n’a donc été une réalité importante que dans les Prairies et dans l’Ouest là où il n’y avait pas ou peu de femmes françaises. Louis Riel avait ainsi un huitième de sang indien. Ce peuple métissé ce sont précisément les Métis établis dans l’Ouest et non les Canadiens français en général.  

Les traits sociaux et culturels

Gérard Bouchard poursuit :

« Selon la thèse du métissage intensif, notre société aurait hérité ses principaux traits des Autochtones : la mobilité géographique, l’amour de la nature et de la liberté, une sensibilité sociale-démocrate, la recherche de la consultation, du consensus et du compromis, le communautarisme, le goût de la médiation, l’aversion pour les divisions et conflits.

Je relève ici quatre difficultés.

D’abord, tout cela suppose des transferts intensifs, à grande échelle et sur une longue période à partir des Autochtones vers les Québécois. On ne trouve rien de tel dans notre histoire, les contacts se faisant principalement aux marges.

Deuxièmement, le mépris que les Blancs ont porté aux Autochtones a fait obstacle à des emprunts sociaux massifs. Cependant, des éléments de culture matérielle autochtone se sont largement diffusés.

Troisièmement, les traits mentionnés peuvent tous être imputés à d’autres sources et avec beaucoup plus de vraisemblance. Par exemple : le fait d’une petite nation minoritaire, qui sent le besoin d’une intégration étroite, de solidarité et de concertation, ou le fait d’une société neuve par définition proche de la nature, contrainte à l’entraide et éprise de liberté. Les traits invoqués se retrouvent du reste dans le passé de toutes les collectivités du Nouveau Monde.

Enfin, le canal de transmission fait problème : il opérait à l’envers. Les présences soutenues de Blancs parmi les Autochtones sur le territoire québécois ont consisté dans l’action du clergé et celle du gouvernement fédéral, l’une et l’autre visant à réduire la culture indigène afin d’implanter la culture occidentale. Quant aux coureurs de bois, ils se sont beaucoup “ensauvagés”.

On aimerait que la thèse du métissage intensif soit fondée et qu’elle engendre les vertus recherchées. Malheureusement, les faits sont réfractaires. Le danger ici, c’est de remplacer un stéréotype par un autre. Sur ce sujet, le lecteur aura profit à consulter les écrits plus nuancés de Denys Delâge (qui parle de 1 % de mariages mixtes). »

Coexistence et alliances


Ce qui est vrai c’est que les Français n’ont pu tenir la Nouvelle-France qu’à l’aide de nombreuses alliances avec les peuples autochtones. De même, les trappeurs français n’auraient pu commercer sur des territoires aussi vastes où ils étaient très minoritaires qu’en vivant en bonne intelligence avec les Indiens. Comme l’a montré l’historien Denis Vaugeois, le commerce des fourrures demandait des talents de négociateur et la connaissance des langues autochtones.

Il faut rappeler que, très tôt, il y aura environ 20 fois plus de colons anglais que français en Amérique du Nord. Sans l’aide des Indiens, les Français n’auraient pu tenir aussi longtemps un si vaste territoire.

Ces alliances n’étaient pas feintes. C’est ainsi qu’après la défaite des Français à Québec et à Montréal, les Outaouais se soulevèrent pour ramener les Français en Amérique du Nord et rétablir un certain équilibre des forces dans cet immense territoire. Au début, la révolte fut fulgurante ; les forces de Pontiac s’emparèrent de tous les postes de la région des Grands Lacs (sauf Niagara et Détroit) et les détruisirent.

Les Britanniques mobilisèrent des forces et utilisèrent pour éteindre cette révolte tous les moyens possibles, dont la dissémination planifiée de la petite vérole. Finalement, voyant que par le traité de Paris de 1763 la France renonçait à revenir, les guerriers de Pontiac firent une dernière action militaire, le siège du fort Détroit, pour en chasser les Britanniques. Mais après plusieurs mois de blocus, ils rentrèrent chez eux et la révolte s’éteignit lentement.

Cette révolte força le roi George III à faire la proclamation royale de 1763, qui affirmait les droits illimités des Indiens sur les terres qu’ils occupaient et interdisait toute nouvelle colonisation au-delà des Appalaches, entraînant le mécontentement des marchands et des spéculateurs américains. Le rattachement ultérieur de toute la zone autour des Grands Lacs au Québec en 1774 (une « loi intolérable » selon les colons anglais) sera d’ailleurs une des causes indirectes de la Révolte des Treize Colonies.


Pour finir par un ouvrage de culture populaire, mais cette fois français et non hollywoodien, mentionnons la série Capitaine perdu de Jacques Terpant qui revient sur la fin de la Nouvelle-France dans les Pays-d’en-Haut et la très grande proximité des Français avec les tribus locales.


Présentation de l’éditeur

 1763. Suite au traité qui met fin à la guerre de Sept Ans, Le Roi de France cède l’Amérique aux Anglais. Mais contrairement à ce que pensait Voltaire, il ne s’agit pas de quelques arpents de neige, mais de l’équivalent du Canada d’aujourd’hui et d’une vingtaine d’États des États-Unis. Alors que les soldats français, peu nombreux, abandonnent leurs possessions aux tuniques rouges, les Indiens se soulèvent, et sous le drapeau à fleurs de lys du Roi de France, menés par le chef Pontiac, ils reprennent les fortifications des Français.

À Fort de Chartres, sur les bords du Mississippi, le dernier des capitaines français en place, devra remettre l’ultime fort à l’Anglais. Mais comment abandonner ses alliés indiens avec lesquels on a vécu, et parfois pris femme ? Comment obéir aux ordres du Roi sans les trahir ? Comment les aider sans se perdre ? Mais au fond, que veut vraiment le Roi ?

Après l’adaptation des romans de Jean Raspail (Sept Cavaliers), c’est dans l’un de ses livres de voyage que Jacques Terpant apprend l’existence, sur les bords du Mississippi, de Saint Ange [Louis Groston de Bellerive de Saint Ange est né à Montréal en 1700], le dernier des capitaines français qui dut remettre aux Anglais les clés de toute l’Amérique. Il signe en deux tomes et en couleurs directes une fresque de cette épopée ignorée, qui signa la fin du premier empire colonial [français].
Sur la page de couverture de Capitaine perdu cette citation de Francis Parkman : « La civilisation espagnole a écrasé l’Indien ; la civilisation anglaise l’a méprisé et négligé ; la civilisation française l’a étreint et chéri. »

lundi 15 décembre 2014

Littérature jeunesse : comment s'y retrouver ?

Le refus, bruyamment manifesté par de nombreuses familles, de la diffusion de la « théorie du genre » dans les écoles a eu un corolaire intéressant : de nombreux parents ont pris conscience à cette occasion de l’impact des idéologies sur la littérature de jeunesse. Il sort chaque année en France près de 9 000 titres nouveaux à destination des jeunes lecteurs. Auxquels s’ajoutent, bien sûr, les titres non épuisés des années précédentes. Comment s’y retrouver ? Il est de plus en plus délicat, pour les parents et les enseignants, de trier le bon grain de l’ivraie, d’autant plus que la littérature de jeunesse est au cœur de puissants enjeux commerciaux, idéologiques, intellectuels et esthétiques. Anne-Laure Blanc, auteur de Une bibliothèque idéale – Que lire de 5 à 11 ans ?  (éditions TerraMare et Fondation pour l’école) et animatrice du blog Chouette, un livre ! répond à nos questions.

Les conseils (fréquents) de lecture de Chouette, un livre !