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lundi 17 août 2026

L'éducation dite « positive » en France

Ses sym­pa­thi­sants vantent les bien­faits d’une édu­ca­tion tour­née vers les « besoins » de l’enfant, dans laquelle ses émo­tions sont res­pec­tées et la confiance, cen­trale. Ses adver­saires y asso­cient l’image hor­ri­pi­lante de ce couple d’amis en train d’expli­quer pour la sei­zième fois à leur fille que la nuit, « c’est fait pour dor­mir, tu com­prends ma ché­rie?», ou de cette mère qui, au super­mar­ché, mori­gé­nait avec sua­vité son fils de 4 ans pour avoir délogé les conserves du rayon. « Tu vou­lais ran­ger, c’est ça, mon chou­fleur ? » Depuis une dizaine d’années, l’édu­ca­tion posi­tive s’est ins­tal­lée dans les familles françaises puis, en cas­cade, dans les débats de société. Impor­tant avec elle, bien sou­vent, un dia­logue de sourds entre les géné­ra­tions. En février, la psy­cho­logue Caro­line Gold­man, « en croi­sade » contre ces nou­velles normes paren­tales, les incul­pait dans la mon­tée du rejet des enfants dans l’espace public. « À force d’inter­dire toute auto­rité, on rend les adultes fous. »

En France, ce concept a com­mencé à deve­nir une expres­sion popu­laire dans les années 2010-2015. À l’époque, sa récep­tion, encore réser­vée à des blogs, à la presse fémi­nine ou spé­cia­li­sée, est d’une grande bien­veillance. Selon les comptes du socio­logue Nico­las Mar­quis dans Sciences humaines (1), « 90 % des articles sont alors élo­gieux ». Les grands traits de ce com­por­te­ment paren­tal promu par le Conseil de l’Europe en 2006 sont : le ban­nis­se­ment de la vio­lence phy­sique ou psy­cho­lo­gique, la place accor­dée aux émo­tions, l’encou­ra­ge­ment à l’auto­no­mie, la pri­mauté de la coopé­ra­tion sur l’obéis­sance pure. Il faut accom­pa­gner l’enfant, s’appuyer sur ses com­pé­tences tout en lui offrant un cadre solide car son cer­veau est imma­ture, ce qui le rend donc peu comp­table de ses débor­de­ments. Mais, en France, l’expres­sion a vite dési­gné un grand fourre-tout - et par­fois n’importe quoi - où se mêlent théo­rie de l’atta­che­ment, psy­cho­lo­gie posi­tive, com­por­te­men­ta­lisme… Par­fois si flou ou radi­cal qu’il a prêté le flanc aux cari­ca­tures.

Au début des années 2000, la thé­ra­peute Isa­belle Fillio­zat a été, en France, parmi les pre­miers à écrire des ouvrages sur le thème. Au cœur des émo­tions de l’enfant (JC Lat­tès, 1999) s’est écoulé à plus de 500 000 exem­plaires depuis sa paru­tion. Sans doute autant de jeunes parents qui l’ont reçu en cadeau de nais­sance. On y trouve des pas­sages comme : « Les parents nomment faci­le­ment “caprices” ou “comé­dies” ces cris qu’ils ne savent inter­pré­ter. C’est ter­rible pour un enfant (…) quand ses sup­pliques sont réduites à ces mots déva­lo­ri­sants. » Ou : « Les recettes édu­ca­tives d’hier ne sont plus adap­tées. Dans la société actuelle et plus encore dans celle de demain, la route du suc­cès passe par la confiance en soi, l’auto­no­mie et l’aisance rela­tion­nelle. »

Dans les années qui suivent, les « parents Fillio­zat » se mul­ti­plient. La pédiatre Cathe­rine Gué­guen, auteur de Pour une enfance heu­reuse (Robert Laf­font, 2013), est l’autre grande réfé­rence. Pour Sté­pha­nie, 50 ans, deve­nue mère pour la pre­mière fois en 2012, ses idées ont été une révé­la­tion. « J’ai reçu une édu­ca­tion je-m’en-fou­tiste, où les enfants étaient là mais pas très impor­tants. On était moins bien ser­vis à table, par exemple. J’en ai pas mal souf­fert. Et sou­dai­ne­ment ces livres m’ont expli­qué que faire atten­tion à eux, les trai­ter en êtres dignes de sérieux, était un moyen d’en faire des adultes bien dans leur peau qui osent être eux-mêmes. »

Si, dans la confu­sion actuelle, l’édu­ca­tion posi­tive est amal­ga­mée au laxisme, elle n’a aucun rap­port avec lui au départ. Ce que les Anglo-saxons appellent «posi­tive paren­ting» ren­voie d’abord à un ensemble de prin­cipes et d’outils concrets, tirés de connais­sances nou­velles comme l’ima­ge­rie. Le cadre est au contraire pré­cis et doit aider les parents à encou­ra­ger les com­por­te­ments sou­hai­tés, à res­ter calmes en cas de crise… En France, « à part don­ner des ordres ou tout lâcher », nous n’aurions « rien appris » pour édu­quer sans punir, affirme Isa­belle Fillio­zat dans Le Figaro en 2015. Elle est régu­liè­re­ment invi­tée sur le pla­teau des « Mater­nelles » (France 5), émis­sion très regar­dée, où elle conseille par exemple de dire « stop » plu­tôt que « non » car ce mot irait de pair avec un visage fermé, donc néga­tif. En cas de colère, elle sug­gère de don­ner une feuille à déchi­rer à l’enfant ou de lui faire un câlin pour insuf­fler une dose d’ocy­to­cine, l’hor­mone dite du bon­heur.

Les parents, ense­ve­lis sous des infor­ma­tions contra­dic­toires, saluent cette dimen­sion pra­tique qui doit leur per­mettre d’édu­quer en pré­ser­vant, c’est la pro­messe, la paix à la mai­son. On ne crie pas, on ne tape pas, on ne punit pas : on sanc­tionne. Pour avoir volon­tai­re­ment ren­versé son verre d’eau sur le sol, Eugène n’ira pas au coin, il net­toiera le sol. Éle­vés dans les années 1980-1990, de manière encore ver­ti­cale, sen­sibles à cette culture des émo­tions, les jeunes sont atti­rés par cette nou­velle rela­tion fami­liale. Comme il s’agit de nou­veaux ter­ri­toires scien­ti­fiques, cir­cule l’idée qu’il faut s’y for­mer. Parent ? Un métier. Fillio­zat (et d’autres) se lance dans l'accompagnement professionnel. Des comptes de par­ti­cu­liers-influen­ceurs comme Cool Parents Make Happy Kids [oui, en anglais] ou Papa­po­si­tive exploitent à leur tour ce filon. En 2020, Isa­belle Fillio­zat déclare au micro de France Culture : « La paren­ta­lité posi­tive res­pecte les besoins et les droits des enfants et des parents, donc on ne peut pas être contre. »

Au fil des années, l’édu­ca­tion posi­tive à la française finit pour­tant par dési­gner des réa­li­tés très dif­fé­rentes. Pour les uns, c’est une boîte à outils contre les conflits quo­ti­diens ; pour les autres, une phi­lo­so­phie édu­ca­tive vouée à décons­truire les dogmes anciens. For­cé­ment, le fossé géné­ra­tion­nel, mais aussi social, ne tarde pas à se creu­ser. Cer­tains sont contre par prin­cipe, d’autres par crainte des excès, beau­coup n’en sont même pas à se poser ces ques­tions. « On assiste à un grand écart entre les très pré­ve­nants, sou­vent CSP+, qui font atten­tion à tout, et les mal­trai­tants, sou­vent de milieux plus défa­vo­ri­sés, par­fois pas conscients des consé­quences pro­vo­quées par les vio­lences psy­cho­lo­giques et phy­siques, ni que la loi les inter­dit depuis 2019 », remarque la scien­ti­fique Marie Che­trit, auteur d’édu­ca­tion posi­tive : une ques­tion d’équi­libre ? (Solar, 2021).

En 2021, Cathe­rine Gué­guen s’inquiète dans Marianne : « La dif­fu­sion de ces théo­ries par des parents qui s’inventent le sta­tut de coach abou­tit à des catas­trophes. » Une liste de «vio­lences édu­ca­tives ordi­naires » sor­tie du cer­veau d’on ne sait qui cir­cule sur les réseaux sociaux. Sur Face­book, de jeunes mères s’inter­rogent. Est-ce mal­trai­tant de contraindre l’enfant à prendre un médi­ca­ment ? À atta­cher sa cein­ture ? Com­ment lui faire com­prendre sans le hous­piller qu’une main, « c’est fait pour don­ner des caresses, pas pour taper » ? Pen­dant que des parents pensent qu’ils ne font jamais assez, des grands-parents s’entendent dire qu’ils auraient dû faire mieux. Sur les réseaux, une grand-mère s’afflige : « Ma fille se coupe les che­veux en quatre pour tout. C’est ça, la grande avan­cée ? » « “Édu­ca­tion moderne”, tu parles ! Enfants rois non édu­qués, sur­tout », siffle une autre.

Les don­nées sont empi­riques mais d’après les psy­cho­logues les conflits édu­ca­tifs sur­viennent de plus en plus. Nor­mal, rétorquent les pro-édu­ca­tion posi­tive, les grands chan­ge­ments cultu­rels pro­duisent des étin­celles. Reste qu’à mesure que le cou­rant gros­sit il se sim­pli­fie, agrège des dis­cours plus radi­caux. Média­ti­que­ment, le retour de bâton - a lieu très rapi­de­ment. Dès 2019, la psy­cho­logue Caro­line Gold­man lance sa « croi­sade » contre l’édu­ca­tion posi­tive. Elle lui reproche de mino­rer l’impor­tance des limites, de nier « l’exis­tence des pul­sions agres­sives » chez les enfants et de tout leur pas­ser en invo­quant l’imma­tu­rité céré­brale. En 2020, elle publie File dans ta chambre ! chez Dunod, livre dans lequel elle défend les ver­tus du temps d'arrêt, l’exclu­sion tem­po­raire dans la chambre, pour les enfants à par­tir de 1 an. Une tech­nique de la paren­ta­lité posi­tive anglo-saxonne, mais qu’elle repa­touille à sa sauce.

À ses côtés et à ceux du psy­cho­logue Didier Pleux, les tenants de l’édu­ca­tion tra­di­tion­nelle reprennent du poil de la bête. Ils affirment la néces­sité de l’auto­rité. En 2022, Caro­line Gold­man convainc 350 spé­cia­listes de la petite enfance de signer une tri­bune contre la paren­ta­lité « exclu­si­ve­ment » posi­tive dans Le Figaro. Selon ces pédiatres, psy­cho­logues, psy­chiatres, les enfants édu­qués de cette manière « ne sont plus aidés à gran­dir ». Ils accusent les théo­ri­ciens et autres influen­ceurs français de ce cou­rant de l’avoir élargi en y injec­tant des don­nées scien­ti­fiques extra­po­lées et une vision uni­que­ment com­pas­sion­nelle de l’enfant. Dans une part des foyers, son appli­ca­tion confi­ne­rait au laxisme. Mais un laxisme concep­tua­lisé, anxieux.

Chro­ni­queur des « Mater­nelles » de 2015 à 2024, Ben­ja­min Mul­ler a récem­ment raconté que sa rup­ture d’avec ce cou­rant était par­tie de l’obser­va­tion d’une de ces familles en vacances. « Le petit devait avoir 5 ou 6 ans et son père lui avait servi des petites tar­tines.» L’enfant en a jeté une par terre. Puis deux. « Le père s’achar­nait à essayer de com­prendre si le petit avait un pro­blème avec le pain ou la gar­ni­ture de la tar­tine.» Quand le petit a ren­versé le verre de sa soeur, « la mère n’a pas réagi, le père, lui, conti­nuait de cher­cher l’émo­tion chez son fils», raconte Mul­ler. Comme si chaque trans­gres­sion cachait un mes­sage qu’il appar­te­nait aux adultes de déco­der. La « dérive » de l’édu­ca­tion posi­tive l’a alors frappé.

Aujourd’hui, ce cou­rant paren­tal a pris du plomb dans l’aile sur le plan média­tique. À l’été 2023, Caro­line Gold­man a même obtenu une chro­nique jour­na­lière sur France Inter. Certes, la bronca fut impor­tante — la média­trice de Radio France a dû publier un cour­rier, de nom­breux spé­cia­listes de l’enfance se sont indi­gnés de ses prises de posi­tion dans Le Monde —, mais, désor­mais, quand il est ques­tion d’elle, les écueils pos­sibles de l’édu­ca­tion posi­tive sont tou­jours abor­dés. En mars der­nier, l’his­to­rien Pierre Ves­pe­rini nous confiait désor­mais lui pré­fé­rer le terme d’« édu­ca­tion démo­cra­tique », moins mar­qué.

Qu’en est-il dans la vraie vie ? « Sur le ter­rain, en ins­ti­tu­tion, per­sonne ne parle vrai­ment d’édu­ca­tion posi­tive, qui appa­raît avant tout comme un épi­phé­no­mène propre aux influen­ceurs et aux réseaux sociaux », consi­dère Bap­tiste G., un psy­cho­logue en ins­ti­tut médico-édu­ca­tif, assez engagé sur le sujet pour être aujourd’hui pour­suivi par une psy­cho­logue du cou­rant, très pré­sente en ligne. «L’édu­ca­tion posi­tive a dif­fusé énor­mé­ment de fausses nouvelles, ce qu’on appelle des “neu­ro­mythes”, sur le fonc­tion­ne­ment du cer­veau. Ayant dénoncé ces contre­vé­ri­tés sur les réseaux, je me retrouve dans ce qu’on appelle une pro­cé­dure bâillon par l’une des repré­sen­tantes de ce cou­rant qui porte plainte contre moi et n’hésite à mena­cer d’autres confrères et consœurs à la moindre contra­dic­tion. » En dehors de ces cercles, il y a fort à parier que de nom­breux parents, les­si­vés par les excès, ont trié le bon grain de l’ivraie, retenu qu’en effet un cer­veau d’enfant est imma­ture. Mais qu’il sup­porte les inter­dits, les non, les fron­ce­ments de sour­cils.

Source : Le Figaro

(1) Cité par Béa­trice Kam­me­rer dans son article « Heurs et mal­heurs de l’édu­ca­tion posi­tive » («Construc­tif», 2024).

vendredi 22 mai 2026

Entretien avec Michel Onfray – l’ex-professeur de philo se confie sur son enfance et son éducation

Dans cet entretien long format pour la chaîne Destinée, le philosophe revient sur son enfance pauvre, les violences subies en orphelinat, la découverte salvatrice des livres, et la rencontre décisive avec son maître Lucien Jerphagnon.

Il parle aussi sans détour de l'école, de l'Éducation nationale, de la foi, de l'athéisme, de l'injustice sociale, et de sa vision radicale de la transmission du savoir.


samedi 13 septembre 2025

On a longtemps cru que les enfants du Moyen Âge n’étaient que peu considérés par leur famille

On a longtemps cru que les enfants du Moyen Âge n’étaient que peu considérés dans des familles obsédées par la survie. C’est tout l’inverse, montre l’historien Didier Lett.

Des nourrissons sanglés dans leur berceau, des emmaillotages si serrés qu’ils pouvaient retarder les premiers pas, des débats sur le lait maternel face à celui des nourrices… Nos obsessions parentales ne datent pas d’hier.

Déjà, au Moyen Âge, on guettait la marche et la parole, on s’inquiétait du sevrage, on mettait en garde contre l’excès de sévérité comme contre l’excès de tendresse. Mais ces gestes et ces inquiétudes n’avaient pas toujours le même sens qu’aujourd’hui : sangler son enfant ne visait pas seulement à prévenir la mort subite, c’était aussi conjurer le diable avant le baptême.

Dans son dernier ouvrage, Enfants au Moyen Âge (XII
e-XVe siècles, le bas Moyen Âge donc) aux  éditions Tallandier, Didier Lett, professeur d’histoire médiévale à l’université Paris-cité, redonne chair à ces pratiques et à leur signification. Loin des caricatures d’une époque dite « obscurantiste », son enquête révèle des parents partagés entre amour et crainte, piété et devoir.

LE FIGARO.  — Aujourd’hui, avec internet et les réseaux sociaux, les parents surveillent de près les étapes de développement. Mais c’était déjà le cas au Moyen Âge. Pourquoi la marche, la parole ou l’« âge de raison » étaient-ils si décisifs ?

DIDIER LETT. — Les médiévaux se concentraient beaucoup sur des âges symboliques. Le chiffre 7, par exemple, est très présent dans la société chrétienne : l’« âge de raison », à partir de 7 ans, reste d’ailleurs une référence encore aujourd’hui. C’est aussi proche de l’âge de l’entrée à l’école, moment clé de l’apprentissage. Les traités de pédagogie médiévaux, de plus en plus nombreux à mesure qu’on avance vers la fin du Moyen Âge, accordent une attention particulière à ces étapes. Ils ne sont plus seulement écrits par des clercs ou des moines, mais aussi par des laïcs, des pères de famille, donc des gens qui observent les enfants au quotidien. Toutes les étapes du développement sont scrutées. Le sevrage, par exemple, est décrit comme un processus progressif, avec des aliments semi-solides avant le passage à la nourriture adulte. La marche fait aussi l’objet d’une grande vigilance. L’archéologie et l’iconographie ont révélé l’usage de « youpalas » ou de petites charrettes à quatre roues, sortes de parcs roulants. Déjà à l’époque, on cherchait la meilleure manière d’apprendre à marcher à un enfant ! Faire marcher l’enfant sur une surface plane, le tenir sous les hanches, etc.

La parole, enfin, est une étape cruciale. Les parents sont très attentifs aux éventuels retards. On actionnait même des roues à carillon en priant Dieu pour que l’enfant parle. La maîtrise du langage, tout comme la marche ou le sevrage, était perçue comme un moment décisif du développement.

— Qu’est-ce qui préoccupait le plus les parents ?

— Les grandes angoisses, ce sont d’abord l’accident et la mort. À l’époque, la mortalité infantile est extrêmement élevée. Le moindre rhume, la plus petite angine - qui nous paraissent aujourd’hui bénins - peuvent être fatals. Les parents cherchent donc à protéger l’enfant de ces dangers. Ils redoutent aussi les accidents, même si, dans les familles paysannes où l’on compte cinq ou six enfants, la surveillance n’a évidemment pas l’intensité de celle que nous connaissons aujourd’hui.

Du côté de l’éducation, ce qui les inquiète le plus, c’est le rapport à Dieu. On est dans une société profondément chrétienne. Les parents insistent sur les bons comportements religieux, comme ne pas mentir, ne pas parjurer, tenir ses promesses, bien faire ses prières. Ce qui les angoisse, c’est de voir leur enfant s’écarter de la foi, basculer vers l’image repoussoir de l’hérétique, du « Juif » ou du « Sarrasin », figures perçues comme des contre-modèles à rejeter absolument.

—Vous décrivez aussi l’attention portée à la grossesse, à l’allaitement, au sommeil du nourrisson. Qu’avez-vous découvert ?

— Ce n’est pas seulement moi, mais aussi Danièle Alexandre-Bidon, pionnière dans l’étude des gestes de puériculture, ainsi que les archéologues qui ont beaucoup travaillé sur les sépultures. On a ainsi découvert que l’enfant était souvent emmailloté dans des bandelettes très serrées. Cela peut nous sembler aujourd’hui antihygiénique, mais, au Moyen Âge, c’était un geste de protection. Le corps de l’enfant était perçu comme fragile, comparable à de la cire molle, et l’emmaillotage visait à éviter les déformations.

On a aussi retrouvé dans les tombes des jouets, y compris pour de très jeunes enfants, preuve que leur univers matériel comptait. Et les traités de médecine, largement hérités d’Hippocrate ou de Galien, montrent combien on cherchait à protéger l’enfant dès sa naissance, et même avant, puisque la femme enceinte bénéficiait d’une attention particulière dans la société médiévale. Sur l’allaitement, il y a beaucoup d’idées reçues. On croit souvent qu’il faut attendre Rousseau, au XVIIIe siècle, pour voir apparaître l’injonction aux mères d’allaiter. Or, au Moyen Âge, l’immense majorité (95 à 99 %) nourrit son enfant au sein. Seules les femmes qui n’avaient pas de lait, ou les grandes familles aristocratiques, princières et royales, faisaient appel à des nourrices. Le lait maternel était perçu comme le meilleur aliment pour l’enfant et son importance était unanimement reconnue. Ce n’est qu’aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles que la mise en nourrice s’est développée. Rousseau réagit donc bien davantage à son époque qu’au Moyen Âge.

— Peut-on dire qu’il existait déjà une « norme éducative » ?

— Oui, tout à fait. Elle n’est évidemment pas la même que la nôtre et peut paraître plus coercitive, plus violente. Les enfants recevaient sans doute plus de coups qu’aujourd’hui, mais guère plus qu’au XIXe siècle. La Bible elle-même - Ecclésiaste 7, 22 - conseille : « As-tu des fils ? Fais leur éducation et fais-leur plier l’échine dès l’enfance. »

Mais les traités de pédagogie médiévaux sont très clairs : il faut d’abord reprendre l’enfant par la parole, lui donner de bons exemples, le conseiller. Ce n’est qu’en dernier recours, si rien n’y fait, qu’une gifle ou un soufflet peuvent être administrés, et toujours « avec modération ». Les mauvais parents sont ceux qui frappent avec excès, assimilés dans les textes à des figures repoussoirs.

« Quand on dit aujourd’hui “je t’aime” à son enfant, ce n’est pas la même chose qu’au XIIIe ou au XIVe siècle »

— Qu’est-ce qui nous rapproche le plus des parents du Moyen Âge ? Et qu’est-ce qui nous en éloigne ?

— Ce qui nous rapproche, c’est l’amour. Le sentiment de l’enfance existe dans toutes les sociétés. Là où l’historien Philippe Ariès, qui parlait de la « naissance du sentiment moderne de l’enfance », s’est trompé, c’est en oubliant qu’il y avait déjà un attachement très fort. Bien sûr, ce sentiment n’est pas exprimé de la même manière selon les époques. Quand on dit aujourd’hui « je t’aime » à son enfant, ce n’est pas la même chose qu’au XIIIe ou au XIVe siècle. Au Moyen Âge, un nouveau-né avait une chance sur trois de mourir à la naissance. L’amour parental était donc vécu dans une tension constante. Et dans une société profondément chrétienne, la différence était immense entre perdre un enfant baptisé et un enfant mort sans baptême.

En somme, le point commun, c’est l’affection, mais elle se décline différemment selon les périodes. Le rôle de l’historien est précisément de contextualiser, de montrer que les sentiments existent mais qu’ils ne se traduisent pas de la même façon. Longtemps, on a jugé le Moyen Âge comme une époque « noire », pour l’enfance aussi. Les recherches récentes permettent au contraire de montrer la complexité et la richesse du rapport à cet âge de la vie.

— Qu’est-ce que cela nous dit de notre propre angoisse contemporaine d’être de « bons parents » ?

J’espère que ce livre aidera les lecteurs à relativiser. L’allaitement, la grossesse, l’éducation : ce sont des préoccupations universelles, présentes à toutes les époques. Et il est sans doute rassurant de constater que, malgré nos angoisses, nous vivons dans un temps où les progrès techniques et médicaux ont bouleversé les choses.

Source : Le Figaro

Présentation de l'éditeur 

 Les stéréotypes sur le sombre Moyen Âge ont la vie dure. Parmi ceux-ci, la place des enfants, que l’on imagine encore peu aimés et exploités, travaillant durement à un âge très précoce aux côtés des adultes. Rien, pourtant, n’est plus faux que cette vision misérabiliste.

Didier Lett, spécialiste et précurseur de ce champ historique, nous montre la vive attention à l’enfance dès le ventre maternel. Il s’intéresse à la naissance, au baptême, aux premiers soins apportés au nourrisson et aux relations que l’enfant entretient avec ceux qui vivent avec lui : père, mère, frères et sœurs... Plus de doute possible : la société médiévale a bien connu un fort « sentiment de l’enfance », manifestant une profonde affection à l’égard des plus petits et développant une riche réflexion sur l’éducation mais avec des différences en fonction du sexe, de l’âge, de la place dans la fratrie et du milieu social. L’auteur s’attarde aussi sur les malheurs de l’enfance dus aux pestes ou aux famines, à des accidents ou à des handicaps et parfois à la violence des adultes, des animaux ou d’autres enfants.

En s’appuyant sur de profonds renouvellements historiographiques, Didier Lett propose une riche synthèse, totalement inédite, centrée sur les quatre derniers siècles du Moyen Âge, qui nous conduit à réfléchir à la longue histoire de l’enfance en Occident.

Biographie de l'auteur

Didier Lett est professeur émérite d’Histoire médiévale à l’Université Paris Cité, membre senior honoraire de l’Institut universitaire de France et spécialiste de l’enfance, la famille, la parenté et le genre. On lui doit notamment Hommes et femmes au Moyen Âge. Histoire du genre XIIe-XVe siècles (2023) et Crimes, genre et châtiments au Moyen Âge. Hommes et femmes face à la justice (XIIe-XVe siècles) (2024), récompensé par le prix de la Dame à la licorne du Musée de Cluny.

Enfants au Moyen Âge: XIIe-XVe siècles
de Didier Lett,
paru aux éditions  Tallandier,
le 8 mai 2025,
416 pp,
ISBN-13 : 979-1021057852

 

 

dimanche 10 décembre 2023

Histoire — Le privilège blanc

Josie (6 ans), Bertha (6 ans) et Sophie (10 ans), écailleuses d’huîtres à la conserverie Maggioni, à Port-Royal, Caroline du Sud, en 1912.

Le travail commençait à 4 heures du matin et elles gagnaient toutes les trois entre 9 et 15 dollars par semaine.

Sophie faisait six pots d’huîtres par jour et sa mère, qui travaillait aussi avec elle, disait : « Elle ne va pas à l’école, elle travaille tout le temps. Elle travaille tout le temps ».    

Grâce à ces photos, Lewis Hine a documenté les dures conditions de travail de milliers d’enfants, qui étaient envoyés travailler dès qu’ils savaient marcher et étaient payés en fonction du nombre de seaux d’huîtres qu’ils écaillaient chaque jour.    

M. Hines a écrit au sujet d’une des photographies : « Tous les enfants, à l’exception des plus petits bébés, travaillent. Ils commencent à travailler à 3 h 30 du matin et sont censés travailler jusqu’à 17 h ». Il a parcouru environ 50 000 miles par an, photographiant des enfants de Chicago à la Floride qui travaillaient dans les champs, des mines de charbon et des usines.    

Annie Card (plus tard épouse Lavigne) dans une filature du Vermont à l'âge de 12 ans en 1910.

Remontée des mineurs (l'ascension du blantriarcat) dans un charbonnage de Belgique entre 1905 et 1913.


Parmi les milliers d’immigrants canadiens-français qui peinent dans les usines de la Nouvelle-Angleterre, on trouve des enfants. Le sociologue et photographe Lewis Hine documente leurs conditions de travail. Il note à l’oreille leurs noms. Ici «Jo Bodeon», Joseph Beaudoin, photographié à la Chace Cotton Mill de Burlington, au Vermont, en 1909.




samedi 17 avril 2021

Les crèches et garderies pourraient avoir un impact négatif sur le développement intellectuel

Une publication récente par trois chercheurs de l'Université de Bologne, dont Andrea Ichino, suggère que les crèches et garderies ne sont pas la panacée.

Cette étude confirme qu'un temps plus important passé à la crèche entre l'âge de 0 à 2 ans pour les enfants issus de familles relativement aisées réduit de manière significative les capacités cognitives et comportementales durant l'enfance et l'adolescence.

Concernant l'intelligence, un jour supplémentaire  passé à la garderie par mois est associé à une réduction du quotient intellectuel (QI) de 0,5 %.

Ce phénomène aurait une explication claire : la crèche réduit les interactions en face à face avec les adultes, qui sont essentielles pour le développement cérébral. Les effets sont encore plus prononcés chez les filles — qui sont capables plus tôt de bénéficier de ces interactions — et dans les familles aisées, où la qualité des interactions parents-enfants est meilleure quand elle peut prendre place. 


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La maternelle à 4 ans au Québec, étude : peu d’effets positifs

Une nouvelle étude souligne les conséquences néfastes des garderies « universelles » québécoises

mardi 16 mars 2021

Instauration du couvre-feu pour les moins de 15 ans à Québec, le 17 mars 1944

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le 17 mars 1944, les autorités de la Ville de Québec adoptaient le règlement 537 imposant un couvre-feu pour tous les enfants de moins de 15 ans. Il est à noter que la guerre n'était pas en cause.

On voulait simplement protéger ces enfants de la perdition. Ainsi, ils ne devaient pas se trouver en dehors du foyer familial entre 21h et 5h l'hiver (du 1er novembre au 31 mars) et entre 22h et 5h en été (du 1er avril au 31 octobre). Ce règlement avait entrainé un long débat, plusieurs échevins craignant qu'on ne transforme la ville en prison...

Même les pères de Saint-Vincent-de-Paul s'opposaient à ce règlement disant que leur Patro faisait un bon travail pour s'occuper des jeunes. Les parents des délinquants se voyaient imposer une amende de 2$ ou de deux jours d'emprisonnement et, pour toutes récidives, une amende de 5$ ou une journée d'emprisonnement. À chaque soir, 21 sirènes disséminées dans la ville sonnaient donc le couvre-feu. Il a fini par être aboli, mais les plus vieux se souviendront que jusqu'à la fin des années 1960, on entendait encore ces sirènes crier à tous les soirs.

Article du Soleil du 18 mars 1944


mercredi 13 janvier 2021

Théorie du genre — les fauteurs de trouble de la gauche woke

Intéressant démontage de la rhétorique woke sur le genre et la mode trans dans les médias et à l’école : toujours la même technique prendre un cas isolé et exceptionnel (un enfant mal dans sa peau qui à 8 ans dit se sentir du sexe opposé à son sexe biologique) et construire un discours qui devra s’appliquer à tous.

 
 
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mercredi 9 septembre 2020

Tollé autour d'un livre pour jeunes enfants qui les encourage à confesser leur racisme

À tous les jeunes dont l’imagination est libérée des imaginations de la violence d’État et de la suprématie blanche...


« Antiracist Baby » — un livre pour enfants censément conçu pour aider les parents et leurs jeunes bébés à lutter contre le racisme — suscite toutes sortes de réactions sur Internet, ainsi que sur les réseaux sociaux 

La semaine dernière, la radio publique NPR a placé le livre destiné aux enfants de 3 ans et moins parmi ses 100 livres préférés pour les jeunes lecteurs. 

 Le livre, écrit par Ibram X. Kendi, auteur à succès dans le palmarès du New York Times, est sorti en juin. Kendi aurait écrit le livre pour aider « les parents et les enfants à extirper le racisme de notre société et de nous-mêmes ». Cet exploit, selon Kendi — qui est également directeur du Centre de recherche et de politique antiraciste de l’Université américaine de Washington, DC — n’est apparemment possible qu’en élevant des bébés « antiracistes ».

Le livre décrit neuf étapes grâce auxquelles les parents peuvent éduquer un enfant moral et en quête d’inclusivité. Le livre garantit que si les parents suivent les règles étape par étape, cela contribuera à « améliorer l’équité, comme ouvrir les yeux sur toutes les couleurs de peau et célébrer toutes nos différences ». Il faut bien comprendre que, pour les diversitaires, l’équité n’est pas l’égalité devant la loi ou l’égalité des chances, mais l’égalité des résultats, voire mieux, pour toutes les minorités à la mode (Lire Jordan Peterson sur le sujet).

Il est hors de question pour Kendi de créer un monde insensible aux couleurs de peau, un monde où les enfants n’y prêtent pas attention. Il faut, au contraire, insister sur les différences de peau.

Ces étapes comprennent la dénonciation du racisme quand on y est confronté et la confession du racisme inhérent aux très jeunes enfants. Le graphisme du livre s’apparente à celui de dessins animés sympathiques, représentant des manifestants avec des panneaux sur lesquels sont écrits « Black Lives Matter » [La vie des noirs compte] et « Equity now! » [égalité des résultats, de suite].

Le livre s’ouvre sur le passage suivant : « Un bébé ne naît pas antiraciste. On élève un bébé antiraciste pour transformer la société. » Ailleurs, on lit : « Rien ne dérange plus le racisme que lorsque nous confessons les idées racistes que nous exprimons parfois. »

Le livre touche également au privilège. « Certaines personnes obtiennent plus, tandis que d’autres en reçoivent moins... parce que les politiques ne garantissent pas toujours l’égalité d’accès », poursuit le livre.

Un critique sur Amazon écrit : « Ce livre est un tissu d’inepties et ne fait que ressasser une dichotomie simpliste selon laquelle tout le monde est soit un “raciste ou non-raciste”, s’adressant à nouveau au marché des blancs progressistes radicaux, ces wokes [“éveillés”] adeptes de la flagellation qui gobent ces absurdités dans l’espoir d’une rédemption. Un simple tas d’idioties qui cherche à endoctriner les nourrissons dans la même inepte idéologie “woke”. »

mardi 31 décembre 2019

Instrumentalisation des enfants à la télé d'État : « ma mamie est une vieille truie pollueuse »

La vidéo dure une minute et 29 secondes, et la chaîne de télévision gouvernementale allemande WDR (la « Radiodiffusion de l’Allemagne de l’Ouest ») basée à Cologne l’a désormais supprimée de sa médiathèque.



Auparavant, les responsables avaient annoncé cette vidéo avec fierté : « Elles savent chanter — et elles savent être culottées ».

Puis les enfants entonnent leur chanson. « Ma mamie conduit une moto dans le poulailler. C’est mille litres de super chaque mois. Ma mamie est une vieille truie pollueuse. » La ritournelle continue ainsi : « Ma mamie va chez le docteur avec un 4x4 (VUS) et écrase deux papis munis de déambulateurs. »



Ensuite, le chœur, composé uniquement de filles (est-ce un hasard ? voir l’omniprésence des filles dans les « manifs pour le climat »), dénonce le comportement alimentaire de son aïeule : « Ma mamie fait cuire chaque jour une côtelette, une côtelette, une côtelette. Parce que la viande à prix réduit ne coûte presque rien. Ma mamie est une vieille truie pollueuse. »

À la fin de la vidéo, les filles posent un regard sérieux face à la caméra et déclarent en anglais : « “We will not let you get away with this.” En français : “Nous ne vous laisserons pas vous en tirer comme ça.” Il s’agit de l’une des phrases-clés utilisées par Greta Thunberg lors de son discours à l’ONU.


Sur Twitter, la vidéo a provoqué l’indignation :


comme c'est pitoyable
WDR, à quel point est-ce lamentable !

Le WDR 2 Comedy Kinderchor [Comedy en allemand veut dire “variétés”] est également accusé d’hypocrisie. Entre autres, parce que le chœur a effectué une tournée en Corée du Sud en octobre. Le radiodiffuseur justifie la vidéo par une satire. La même excuse a été employée par le groupe de Greta Thunberg lorsque celui a insulté les personnes âgées, ce qui a déclenché diverses réactions.


Un gazouilleur fait le parallèle avec la façon dont des dictatures passées voulaient “éduquer” le peuple par le rire et le théâtre.


Sources : 20Minuten.ch/ Bild.de/ Welt.de/ Observateurs.ch pour une partie de la traduction

dimanche 9 septembre 2018

Fable — « Demain, on mange gratis »

Les anciennes classes proposaient aux élèves du primaire des maximes et morales qui servaient aussi de livre de lecture et de récitation. Nous proposons une récitation tirée d’un manuel de 1903 qui peut être utile en cette époque de campagne électorale.

Il s’agit de « L’enseigne du Cabaret » de Pierre Lachambeaudie qui reprend à son compte l’histoire plus ancienne du barbier malicieux qui avait inscrit sur son enseigne : « demain on rase pour rien… » gratis donc. La fable se voit adjoindre en haut de page une morale :


« Bien des gens font ainsi de belles promesses qu’ils ne tiennent jamais. C’est pour demain qu’ils promettent ; et beaucoup de lendemains passent ainsi, jusqu’à ce qu’on leur dise : Nous vous connaissons, vous ne nous y prendrez plus… »



L’Enseigne du cabaret 

Devant un cabaret ces mots étaient écrits :

« Aujourd’hui vous payerez le pain, le vin, la viande ;
Demain vous mangerez gratis. »

Janot que l’enseigne affriande,
Dit : « Aujourd’hui je n’entre pas :
« Demain, vous mangerez gratis ».
Janot, en voyant cette enseigne,
se dit : « J’irai demain. »
Il faudrait payer la dépense ;
Mais demain je vais faire un si fameux repas
Que le cabaretier s’en souviendra, je pense. »

Le lendemain, on voit entrer Janot
Qui va se mettre à table et s’écrie aussitôt :
« Servez vite, maître Grégoire !
Servez ! jusqu’à la nuit je veux manger et boire !
Apportez du meilleur ; je suis de vos amis ! »

À peine le couvert est mis
Qu’il faut voir mon Janot des dents faire merveilles,
Et vider bel et bien les plats et les bouteilles.

S’étant lesté la panse, il se lève gaîment,
Et sans cérémonie il regagne la porte.

Mais Grégoire l’appelle et lui dit brusquement :
« Mon brave ! il faut payer avant que l’on ne sorte !
— Vous riez, dit Janot, vraiment,
Et la plaisanterie est forte ;
Vous deviez aujourd’hui, si je m’en souviens bien
Nous servir à dîner pour rien ..
— Oh ! répond l’hôtelier, votre erreur est extrême,
Car je dis aujourd’hui ce qu’hier je disais :,
Regardez, tous les jours mon enseigne est la même.
— Vous ne m’y prendrez plus, dit l’autre, désormais,
Et vous ne m’eussiez pas leurré par un vain conte,
Si j’avais su qu’à votre compte
Demain signifiât jamais. »








lundi 22 janvier 2018

Angleterre — Au moindre soupçon, des écoles considèrent les élèves comme transgenres

Une psychologue à la seule clinique du genre pour enfants en Angleterre affirme que certains pourraient regretter leurs décisions par la suite.

Llyr Jones, né garçon, fréquente une clinique d’identité de genre et se fait faire des piqûres pour ralentir la puberté

Des enfants à peine âgés de 11 ans se voient offrir des traitements médicaux qui pourraient les rendre stériles, de déclarer une psychologue de la seule clinique en Angleterre et au Pays de Galles qui se spécialise dans le traitement des enfants qui veulent changer de genre.

Bernadette Wren, psychologue clinicienne consultante à la clinique du Gender Development Service (GIDS) à Londres, a déclaré que certaines écoles allaient trop vite pour permettre aux jeunes filles d’être traitées comme écoliers masculins et vice versa — à la simple demande de l’enfant. [Mme Wren n’est en rien opposée à ce genre de thérapie dans l’absolu, voir comment elle qualifie la clinique où elle travaille à la fin de l’article.]

Elle a déclaré que des écoles s’empressaient de permettre aux élèves de changer de nom, d’uniforme et de pronoms sexués dès qu’on « murmurait qu’un enfant pourrait s’interroger sur son identité » et que ce n’était pas dans l’intérêt de chaque enfant.

La clinique GIDS fait partie de la Fondation Tavistock et Portland à Londres, pionnière dans le traitement médical des jeunes transgenres, elle est désormais submergée par les demandes.

En neuf mois l’année dernière, plus de 2000 enfants ont été référés par les médecins, les écoles et les groupes de soutien à la GIDS, la seule clinique du système public de santé et qui offre des traitements médicaux tels que des hormones pour ralentir la puberté et développer différentes caractéristiques sexuelles.

Nombre d’enfants envoyés au service de la clinique du genre (GIDS) par région

Ce nombre a été multiplié par 20 en sept ans — en 2009, il n’y avait que 97 cas référés ainsi à la clinique. Les chiffres de l’année dernière comprennent deux enfants de trois ans, neuf enfants de quatre ans, 21 enfants de cinq ans et 23 enfants de six ans. Certains se voient proposer des traitements non accessibles par le passé et pour lesquels on ne possède aucune donnée scientifique quant à aux risques à long terme.

Wren a déclaré que les générations futures pourraient condamner la façon dont ces enfants sont traités : « Bien sûr, vous devez songer au fait que nous aurons fait quelque chose qui sera considéré d’ici une génération comme mal avisé. » Elle a également reconnu que certains jeunes pourraient regretter leur décision de changer de sexe quand ils seront adultes et que ces traitements ne sont pas sans risques, y compris la perte de la capacité d’avoir des enfants, en particulier pour ceux qui sont nés garçons.

Nombre d’enfants référés à la clinique du genre (GIDS) par année et par sexe
Lire prof. Jordan Peterson : «  Nous sommes en pleine épidémie psychologique. Cela se produit régulièrement. »

« Peut-être que les choix qu’ils font à 16 ans seraient très différents de ceux qu’ils feraient à 30 ans », a déclaré Wren dans le cadre d’une conférence qui se tiendra le mois prochain sur l’amélioration du soutien aux enfants qui remettent en question leur genre. « Vous pouvez accepter leur sentiment à propos de la différence entre les sexes, mais vous devez aussi dire — sans être transphobe — qu’il s’agit de décisions thérapeutiques vraiment difficiles à prendre. »

« Même le service médical le plus ouvert aux transgenres se doit de considérer les difficultés extrêmement très graves qui se présentent. Le moment de la suspension de la puberté, par exemple. Si ces enfants peuvent tolérer assez de traitement hormonal pour développer la partie inférieure du corps afin qu’ils développent des sensations physiques. »

« Et la fertilité. Il faut considérer la perte de leur capacité à avoir des enfants biologiques. Cela devient un gros problème pour nous. Pour les mâles de naissance, leur capacité à produire des spermatozoïdes est plus fragile à la suite de ces traitements. »

Ses commentaires font suite aux remarques de l’expert en fertilité, Lord Winston, qui a déclaré qu’il voyait des adultes transgenres qui avaient perdu leur capacité de se reproduire et qui étaient très « endommagés ».

Wren a indiqué que le plus jeune enfant qui recevait une intervention médicale à la clinique était une fille de 11 ans, qui s’identifie comme un garçon et qui reçoit un traitement hormonal pour éviter une puberté précoce.

Alors que près de la moitié des enfants plus âgés envoyés à la clinique optent pour un potentiel traitement médical qui permette de « changer de sexe », seul un quart des enfants de 5 à 12 ans font le même choix.

« Dans le groupe d’âge plus jeune, on peut trouver des enfants dont le genre est fluide pour l’instant, mais dont l’identité de genre se raffermira par la suite. C’est pourquoi nous devons être plus prudents en ce qui concerne les identités sociales de genre précoces », a-t-elle déclaré.

« Les écoles devraient attendre que les parents leur en parlent avant de changer le nom de leur enfant dans les registres, son uniforme, le pronom genré qu’on utilisera pour s’adresser à cet enfant, les toilettes qu’il utilisera ou le type de sport que l’enfant pratiquera. »

« Si une école entend parler d’une rumeur selon laquelle un écolier s’interrogerait sur son sexe et qu’elle fait tout en triple vitesse ensuite pour s’assurer que l’enfant soit considéré comme un membre du sexe opposé, ce n’est peut-être pas le meilleur pour cet enfant. »

Wren a également révélé que :

● Parmi les enfants référés à la clinique de Londres, 10 % changent d’avis et se retirent du programme de traitement
● Les militants de Transgroups font pression pour que les enfants puissent changer d’identité sexuelle plus rapidement et certains estiment que le service GIDS est trop prudent
● La clinique ne dispose pas de données sur ce qui arrive à ses enfants lorsqu’ils deviennent adultes.

Mme Wren a ajouté que la clinique avait demandé de l’argent pour une étude qui suivrait 600 enfants depuis le début du traitement pendant de nombreuses années, y compris ceux qui changent d’avis. Malgré les risques, elle a comparé le travail de la clinique — et d’autres en Amérique et en Hollande — à des avancées pionnières en oncologie.

Plusieurs groupes de soutien aux transgenres ont refusé de commenter.


Voir aussi

Jordan Peterson et les jeunes « trans »

À comparer à la priorité éducative du Québec (du moment) : Urgence : « Adapter [sic] l’école aux écoliers transgenres »

Garçon gardé par un couple de lesbiennes subit un traitement hormonal pour bloquer sa puberté



mardi 7 novembre 2017

Comment le sens des mots viendrait aux nourrissons

Chez les nourrissons, le sommeil joue un rôle crucial dans la formation du langage révèle une étude menée à l’Institut Max Planck des sciences du cerveau et de la cognition à Leipzig en Allemagne.

« L’objectif de cette étude intéressante était de déterminer comment le sommeil permet à un mot associé à une image de devenir un élément plus général du langage chez le nourrisson », note Philippe Peigneux (ci-contre), neuropsychologue à l’université libre de Bruxelles (ULB). Comment, par exemple, le mot chien en vient à désigner une catégorie bien précise d’animaux et pas seulement l’image d’un dalmatien ou d’un teckel. Pour vérifier ce nouvel apprentissage, les bébés ne parlant pas, l’équipe s’est servie d’un signal particulier qui apparaît sur l’électroencéphalogramme (EEG) lorsqu’un mot appris concorde avec l’image présentée et marque l’apprentissage de cette relation. Le mot chien prononcé devant l’image d’un canari ne donnera pas le même signal que devant celle d’un dalmatien.

À 3 mois, le bébé ne paraît pas encore capable d’associer un mot à une même catégorie d’objets qui lui sont présentés, son système nerveux ne faisant que le lien du mot à l’image donnée. Chez une centaine de bébés âgés de 6 mois, les chercheurs dirigés par Manuela Friedrich ont découvert une capacité temporaire à associer un mot à une catégorie si les enfants pouvaient faire une sieste juste après leur apprentissage. Et plus surprenant encore, quand la sieste dépassait 45 minutes, cette association était liée à la présence sur leur EEG de fuseaux de sommeil, connus pour être impliqués dans la consolidation en mémoire.

La phase du sommeil

Depuis 2010, on sait que la mémorisation des nouveaux mots chez l’adulte s’effectue au cours du sommeil à onde lente et qu’elle se caractérise par l’apparition de trains d’ondes plus rapides, les fuseaux, décelés par EEG dans la zone du cortex frontal associée au sens du mot. L’apparition du même type de fuseaux chez les bébés de l’expérience dont la sieste était prolongée suggère qu’ils mémorisent déjà des éléments généraux déduits au cours de leur apprentissage. « Des mois avant de pouvoir parler, dans des conditions expérimentales bien précises, les bébés de 6 mois apparaissent donc capables de créer des catégories sémantiques, souligne Philippe Peigneux. Cette préparation peut expliquer pourquoi vers l’âge de 18 mois, la capacité à utiliser les mots explose chez l’enfant : celui-ci a enfin acquis un répertoire de mots généraux qui va lui permettre d’organiser progressivement sa pensée et son vocabulaire. »

Savoir que les bébés comprennent beaucoup de choses avant de maîtriser la parole ne surprendra aucun parent, mais c’est en grande partie durant leur sommeil que les bases du langage et de cette compréhension se construisent. Une fois le langage parlé maîtrisé, le sommeil apparaît moins indispensable à l’apprentissage du vocabulaire général et des idées, même s’il reste nécessaire à leur mémorisation à long terme. Cela peut expliquer pourquoi au réveil des idées nouvelles ou plus claires peuvent nous venir à l’esprit, et le fait qu’il est peut-être préférable, pour consolider tout apprentissage, d’éviter de passer du temps devant des écrans juste avant d’aller se coucher.