Affichage des articles dont le libellé est mythes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mythes. Afficher tous les articles

dimanche 6 septembre 2026

35 idées reçues sur l’intelligence chez l'homme passées au crible

Publié en 2020 par Cambridge University Press, In the Know (littéralement Bien informé) de Russell Warne est consacré aux idées reçues sur l’intelligence et les tests de QI. L’ouvrage passe au crible 35 affirmations que Warne considère comme largement répandues dans les médias, l’éducation et la culture populaire, puis confronte chacune d’elles aux résultats issus de la recherche psychométrique et de la psychologie différentielle. Les 35 chapitres sont répartis en sept sections : nature de l’intelligence, mesure de l’intelligence, influences sur l’intelligence, intelligence et éducation, conséquences dans la vie, différences entre groupes démographiques, et questions sociales et éthiques.

L’ambition de Warne est moins de proposer une nouvelle théorie de l’intelligence que de présenter au lecteur non spécialiste les acquis scientifiques les mieux établis selon lui. Sa thèse générale est que les différences individuelles de capacité cognitive sont réelles, qu’elles peuvent être mesurées avec une précision notable et qu’elles ont des conséquences importantes dans l’éducation, le travail et diverses dimensions de la vie. Il soutient également que certaines conclusions politiquement ou moralement délicates ne peuvent être écartées simplement parce qu’elles sont désagréables ou historiquement compromises.

L’auteur

Russell T. Warne est psychologue et spécialiste de la psychométrie et de la mesure en psychologie. Il a obtenu un diplôme de psychologie à Brigham Young University en 2007, puis un doctorat en psychologie de l’éducation à Texas A&M University en 2011, avec une spécialisation en recherche, mesure et statistiques. Il enseigne à Utah Valley University depuis 2011, où il est professeur associé. Ses travaux portent notamment sur l’intelligence, les tests psychologiques, la psychologie des personnes à haut potentiel et les méthodes statistiques. Il a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées et a également écrit un manuel de statistiques destiné aux étudiants en sciences sociales. 

I. La nature de l’intelligence

Mythe 1 : « L’intelligence n’est que l’ensemble des tâches qu’un psychologue place dans un test »

Pour Warne, cette conception ne résiste pas à l’analyse factorielle. Les performances à des tâches cognitives très différentes — compréhension du vocabulaire, résolution de problèmes, capacité à retenir et manipuler temporairement des informations, raisonnement, rapidité de traitement, etc. — sont positivement corrélées. Cette corrélation positive généralisée fait apparaître un facteur général d’intelligence, dit g. Ce facteur représente les écarts entre personnes qui se retrouve d’une tâche à l’autre, plutôt que ce qui est propre à chaque exercice.

Le QI ne serait donc pas une simple addition arbitraire d’aptitudes particulières : les éléments propres à chaque tâche sont statistiquement séparés de ce qu’elles ont en commun. Le contenu précis d’un test importe ainsi beaucoup moins qu’on ne pourrait le penser, pourvu que les tâches soient de nature cognitive, suffisamment nombreuses et suffisamment discriminantes. Les tâches plus complexes tendent d’ailleurs à être plus fortement corrélées au facteur g.

jeudi 14 mai 2026

La haine de la France comme ciment de la dictature d'Alger

Pourquoi, alors que la guerre d’Indochine a fait plus de morts que la  guerre d’Algérie, n’existe-t-il pas le même ressentiment des populations  vietnamiennes ou cambodgiennes à l’égard de la France ? Parce que la  querelle avec la France n’est pas seulement une séquelle de l’histoire,  mais le produit d’une instrumentalisation par le pouvoir algérien. Après  la guerre civile des années 1990, qui a coûté la vie à près de  200.000 Algériens, le président Bouteflika entreprend une politique de  réconciliation nationale. Pour forger l’unité, rien de mieux qu’un bouc  émissaire : la haine de la France sera le ciment de la dictature.

Mettre fin à la névrose française

Dans un livre abso­lu­ment pas­sion­nant, France-Algé­rie. De 1962 à nos jours (Tal­lan­dier), l’his­to­rien Pierre Ver­me­ren revient sur « une rela­tion asy­mé­trique com­plexe, faite de non-dits et de mani­pu­la­tions, de rela­tions d’amour-haine pleines de chaus­se­-trappes et de silences, ali­men­tée par de mul­tiples conten­tieux ». Et Ver­me­ren d’ajou­ter : « Si on était en pré­sence de deux indi­vi­dus, il fau­drait en déduire que leur psy­chisme est altéré…» Une rela­tion névro­sée entre une France maso­chiste, obsé­dée par l’auto­fla­gel­la­tion, mul­ti­pliant les gestes d’ami­tié, et une Algé­rie mani­pu­la­trice jouant de la culpa­bi­lité des élites françaises comme un chat avec une pelote de laine.

Pierre Ver­me­ren pèse cha­cun de ses mots. Il n’est ni dans l’outrance ni dans la déma­go­gie. Il n’excuse, ne mini­mise ni n’exa­gère aucune des fautes des deux par­ties en pré­sence. Il ne cache rien de la bru­ta­lité sau­vage de la conquête française, de l’injus­tice de la colo­ni­sa­tion et des crimes com­mis pen­dant la guerre d’indé­pen­dance. Il éva­lue avec jus­tesse l’héri­tage gaul­lien de la guerre d’Algé­rie. De Gaulle n’a jamais été un « colo­nial » : il sait la déco­lo­ni­sa­tion iné­luc­table. Le sys­tème coûte plus qu’il ne rap­porte, l’inté­gra­tion est deve­nue impos­sible, la démo­gra­phie rend illu­soire le rêve d’une Algé­rie française. Il veut se débar­ras­ser au plus vite du « bou­let » algé­rien. Ver­me­ren sou­ligne le prix ter­rible de cette sor­tie : de Gaulle érige, à son corps défen­dant, le GPRA, et donc le FLN, en vain­queur poli­tique de la guerre d’Algé­rie. Les har­kis sont aban­don­nés, les pieds-noirs rapa­triés dans le chaos, les clauses de sau­ve­garde des biens français détri­co­tées, tan­dis que l’immi­gra­tion algé­rienne se pour­suit sans contre­par­tie. L’accord de 1968 ins­talle un régime migra­toire très libé­ral, fon­dant cette excep­tion qui fera de la com­mu­nauté algé­rienne la pre­mière com­mu­nauté étran­gère en France dans les années 1970.

La grande dif­fé­rence entre l’Algé­rie et la France, c’est que cette der­nière a reconnu ses méfaits, d’autant plus inac­cep­tables qu’ils étaient com­mis au nom d’une mis­sion civi­li­sa­trice, par une Répu­blique qui van­tait une pro­messe uni­ver­selle qu’elle était inca­pable de réa­li­ser. Des enfu­mades du maré­chal Bugeaud, condam­nées dès 1847 par le rap­port de Toc­que­ville sur l’Algé­rie, jusqu’au rap­port Stora de 2021, en pas­sant par la recon­nais­sance de la pra­tique de la tor­ture, la France a regardé en face une part de ses fautes. L’Algé­rie, en revanche, ne recon­naît aucun des crimes de son his­toire : la pira­te­rie et l’escla­vage des Euro­péens pen­dant des siècles, la traite saha­rienne mil­lé­naire, les crimes du FLN pen­dant la guerre, les mas­sacres de la décen­nie noire… Tout cela fait l’objet du déni le plus total.

Pour­quoi, alors que la guerre d’Indo­chine a fait plus de morts que la guerre d’Algé­rie, n’existe-t-il pas le même res­sen­ti­ment des popu­la­tions viet­na­miennes ou cam­bod­giennes à l’égard de la France ? Parce que la que­relle avec la France n’est pas seule­ment une séquelle de l’his­toire, mais le pro­duit d’une ins­tru­men­ta­li­sa­tion par le pou­voir algé­rien. Après la guerre civile des années 1990, qui a coûté la vie à près de 200.000 Algé­riens, le pré­sident Bou­te­flika entre­prend une poli­tique de récon­ci­lia­tion natio­nale. Pour for­ger l’unité, rien de mieux qu’un bouc émis­saire : la haine de la France sera le ciment de la dic­ta­ture. Bou­te­flika cri­mi­na­lise la colo­ni­sa­tion, la nazi­fie, l’assi­mile à un pro­ces­sus géno­ci­daire, gonfle sans cesse le nombre de ses « mar­tyrs », orga­ni­sant une véri­table mémoire d’état. Avec la com­pli­cité des intel­lec­tuels post­co­lo­niaux et des agents d’Alger, trop heu­reux d’entre­te­nir la mau­vaise conscience occi­den­tale, même si celle-ci sert d’assu­rance-vie à un sys­tème dic­ta­to­rial qui prive son peuple de liber­tés et le condamne au sous-déve­lop­pe­ment. Citons, entre autres, l’iné­nar­rable Rima Has­san : « La Mecque des révo­lu­tion­naires et de la liberté est et res­tera l’Algé­rie», ou le rec­teur de la Grande Mos­quée de Paris, Chems-Eddine Hafiz : « Je ne peux pas sup­por­ter qu’on dise que l’état algé­rien est dic­ta­to­rial, c’est une démo­cra­tie nais­sante. »

On parle beau­coup des ingé­rences étran­gères dans la poli­tique française dans la pers­pec­tive de 2027. Mais ce que montre Ver­me­ren, c’est que l’ingé­rence algé­rienne dans la poli­tique française a été conti­nue depuis l’indé­pen­dance. Alger sou­tient sys­té­ma­ti­que­ment le can­di­dat de gauche depuis Mit­ter­rand. Le pré­sident socia­liste, qui avait beau­coup à se faire par­don­ner d’avoir été garde des Sceaux pen­dant la bataille d’Alger - au moment où la tor­ture fut pra­ti­quée par l’armée française et où une qua­ran­taine de mili­tants du FLN furent condam­nés à mort et exé­cu­tés - mul­ti­plia les gestes en direc­tion d’alger et des res­sor­tis­sants algé­riens : attri­bu­tion de la Grande Mos­quée de Paris à l’Algé­rie, Aban­don du pro­jet de « retour » envi­sagé sous Valéry Gis­card d’Estaing, recon­nais­sance du droit d’asso­cia­tion pour les étran­gers…

C’est plus com­pli­qué avec Chi­rac, notoi­re­ment proche de la famille royale maro­caine. Mais le pré­sident de la Répu­blique cède, après les émeutes de 2005, à la reven­di­ca­tion por­tée par Alger de sup­pri­mer l’article 4 de la loi de 2005 sur les rapa­triés, évo­quant les « aspects posi­tifs de la colo­ni­sa­tion » (amen­de­ment Van­neste). La vic­toire de Nico­las Sar­kozy, dont le conseiller poli­tique d’alors Patrick Buis­son était notoi­re­ment favo­rable aux pieds-noirs, est un échec pour Alger. Celle de François Hol­lande est perçue comme une vic­toire. Il est le pre­mier à faire acte de repen­tance à Alger, même s’il refuse de pré­sen­ter les excuses que récla­mait le pou­voir algé­rien, sur le modèle des excuses publiques du pré­sident alle­mand aux Juifs pour l’holo­causte.

Macron appa­raît, dans cette fresque, comme le pré­sident français le mieux dis­posé à l’égard d’Alger, et pour­tant le plus bru­ta­le­ment déçu. Sa décla­ra­tion de 2017 sur la colo­ni­sa­tion comme « crime contre l’huma­nité », son geste sur le 17 octobre 1961, le rap­port Stora, sa volonté de récon­ci­lia­tion : tout aurait dû satis­faire Alger. Il n’en fut rien. Plus la France cède, plus l’Algé­rie demande. En 2021, Macron finit par dénon­cer une «rente mémo­rielle», com­pre­nant tar­di­ve­ment que la bonne volonté française ne suf­fit pas face à un pou­voir qui a besoin de la que­relle pour se main­te­nir. Le rap­port Stora, pour­tant très favo­rable à une poli­tique des petits pas mémo­riels, est lui-même récusé par Alger. La France croit ache­ter l’apai­se­ment par la contri­tion : le régime algé­rien trans­forme cette contri­tion en preuve de culpa­bi­lité. C’est pour cela que le mot de Macron sur les « mabouls » est pro­fon­dé­ment injuste. Les mabouls ne sont pas de notre côté de la Médi­ter­ra­née. Ce ne sont ni Bruno Retailleau, ni les « iden­ti­taires » , ni « l’extrême droite » qui sont res­pon­sables de la dégra­da­tion de la rela­tion avec l’Algé­rie. Les idiots utiles qui accablent la France res­semblent à ces intel­lec­tuels de gauche qui pen­saient que la guerre froide était de la seule res­pon­sa­bi­lité des États-unis, niant que L’URSS avait besoin de cette confron­ta­tion exis­ten­tielle pour mas­quer la faillite de son sys­tème.

La France doit ces­ser de se vivre comme l’héri­tière éter­nelle du péché colo­nial, et l’Algé­rie doit ces­ser de faire de la France l’alibi de ses échecs. Il serait temps de sor­tir de la névrose pour adop­ter une « rela­tion nor­male ». Comme le résume l’humo­riste algé­rien Fel­lag, cité par Ver­me­ren à la fin de son livre : « Vous avez raté votre colo­ni­sa­tion. Nous avons raté notre indé­pen­dance. Nous sommes quittes. »

Source : Le Figaro
 


FRANCE-ALGÉRIE : 
HISTOIRE D'UNE RELATION PATHOLOGIQUE. DE 1962 À NOS JOURS
par Pierre VERMEREN 
paru le 29 avril 2026
chez Tallandier
 ‎ 304 pages
ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1021066441 

mercredi 4 février 2026

Dénatalité : «Les vraies raisons ne sont pas économiques»

La psychologue clinicienne Marie-Estelle Dupont, qui anime « Et si on parlait » sur Europe 1, du lundi au samedi à 15 heures, pointe les obstacles non identifiés à la maternité.




La défécondité repose sur l'absence de valeur accordée à la transmission de la vie. 

Il est parfaitement normal que certains traumatismes, notamment l’inceste, dissuadent à jamais d’enfanter. Mais il est en revanche profondément malsain d’ériger en vérité politique l’idée que la maternité serait un asservissement. Ce n’est qu’un point de vue. J’éduque trois enfants, et le mien est évidemment tout autre. Pour moi, la maternité est un accomplissement, en dépit de l’immense fatigue liée au fait de devoir travailler à temps plein… Car ce n’est pas le bébé le problème, mais le système dans lequel on devient mère, et l’isolement des couples. C’est la perte des liens intergénérationnels, l’éloignement géographique ou l’indifférence à l’autre dans les grandes villes…


Et rien ne s’arrange. À l’heure des solidarités affichées et de la tolérance inclusive, la vérité est bien sinistre : cours d’école interdites, wagons sans enfants (plutôt que wagons réservés aux tout-petits avec un environnement adapté à leur taille et à leurs besoins), secrétariats médicaux que vous appelez après un test de grossesse et qui vous demandent directement si c’est pour un avortement…

Les vraies raisons de la défécondité ne sont pas économiques. Même s’il est évident que mes parents ont assumé quatre enfants avec un seul salaire, alors qu’un couple qui travaille peine désormais à loger correctement deux ou trois enfants dans une grande ville. Mais l’argument cache l’immense arnaque de la modernité. Celle qui fait croire aux femmes qu’elles seront libres, épanouies, émancipées en étant célibataires, puissantes économiquement et sans descendance.

Il n’est d’existence sans liens, et l’on nous vend pourtant l’autonomie comme l’alpha et l’omega du bonheur… Nous savons pourtant que la vie n’a de saveur que par les relations. Les bébés carencés se laissent dépérir ; les vieillards isolés souffrent de syndromes de glissement ; les adultes trop longtemps seuls dépriment et s’angoissent… En imposant une anthropologie matérialiste et individualiste, la modernité a perdu l’homme en le coupant de sa nature véritable. Celle à partir de laquelle, seulement, il peut à la fois s’accomplir et être heureux. Or c’est parce que l’on sent l’immense valeur de l’existence, et son sens, que l’on enfante.

Cela ne veut pas dire qu’une femme ne saurait être heureuse sans être mère ou sans être mariée. En revanche, cela signifie qu’une société qui crée des espaces interdits aux enfants et ne présente l’interdépendance dans le couple que sous l’angle du risque d’emprise perçoit uniquement le lien familial sous l’angle de la soumission/domination, de la charge logistique, de la frustration. Une société qui se presse de donner 2 000 euros par mois et par enfant aux crèches, mais seulement 400 aux parents qui souhaitent prendre un congé parental, est une société qui pousse une vision erronée de ce qu’est l’homme.
 
Tant de choses participent du découragement… La précarité de l’amour, la difficulté à s’engager ou la banalisation du divorce… Les conditions effarantes d’accueil du jeune enfant, les maltraitances systémiques de crèches dans lesquelles un adulte doit assumer seul huit enfants, le silence assourdissant des féministes quant aux besoins des femmes qui viennent d’accoucher et cicatrisent encore après avoir mis au monde ceux qui paieront les retraites des militants du « no kids ». La santé mentale de l’adulte repose sur un attachement sécurisant, apaisant. Et on s’étonne que ça aille mal ? La culpabilisation permanente des parents qui souhaitent exercer leur autorité parentale comme bon leur semble, l’infantilisation des adultes, l’autonomisation à marche forcée de tout-petits séparés de leur figure d’attachement des journées entières. Et j’ajouterais même la surmédicalisation de la grossesse, accompagnée d’intrusions parfois fort violentes d’obstétriciens dans le corps de la parturiente… 

    « Pour donner la vie, il faut espérer, avoir confiance » 

Pour donner la vie, il faut espérer. Avoir confiance, a minima, en soi, dans son couple et dans le monde à venir. Ce n’est pas, rappelle Olivier Rey dans son essai récent Défécondité, l’argument économique qui prime. C’est cette absence d’espérance, de valeur accordée à la transmission de la vie. Mais c’est aussi cette maltraitance systémique du bébé et de sa mère, cette dépréciation de la vie, cette domestication de l’amour.


Aujourd’hui, avoir un enfant est perçu comme trop risqué. Parce qu’en lieu et place de l’espérance en un bien commun et désirable, nous avons été biberonnés au narratif de crise. Crise économique, migratoire, géopolitique, institutionnelle, sanitaire, écologique. Ce monde en crise n’est-il pas avant tout un monde en espérance d’enfants qui nous réconcilient avec une vie qui se désincarne et se désenchante à force d’être domestiquée ? 


jeudi 11 décembre 2025

Nouveau livre sur « Comment le Canada s’est trompé du tout au tout sur les pensionnats autochtones »

Paru en novembre 2025 chez True North et Dorchester Books,  Dead Wrong : How Canada Got the Residential School Story So Wrong (littéralement, Mortellement faux, Comment le Canada s’est trompé du tout au tout sur les pensionnats) prolonge et approfondit le travail commencé par Grave Error (littéralement Erreur grave/erreur sur les tombes, 2023).  

Co-dirigé par C.P. Champion et l’historien Tom Flanagan, ce recueil de quinze essais démonte ce qui pourrait être la plus grande erreur collective de l’histoire récente du Canada : la transformation, en quelques semaines de mai-juin 2021, d’une simple anomalie radar à Kamloops en certitude nationale de « 215 corps d’enfants » enterrés secrètement, puis en mythe de « milliers d’enfants disparus ».

Les auteurs ne nient rien des souffrances réelles : sévices corporels avérés dans certains établissements, séparation brutale des familles, perte de langue et de culture. Mais ils montrent, documents à l’appui, que le récit dominant repose sur des exagérations, des confusions et des affirmations jamais vérifiées.

Quelques exemples concrets développés dans l’ouvrage

Kamloops, mai 2021 : l’anthropologue Sarah Beaulieu annonce « 215 anomalies » détectées par radar géophysique. Aucun corps n’est exhumé à ce jour (décembre 2025), mais le Premier ministre Trudeau met les drapeaux en berne pendant cinq mois et parle de « crimes contre l’humanité ». 

Le livre publie les courriels internes de la bande Tk’emlúps : dès juillet 2021, les responsables savaient qu’il s’agissait probablement de l’ancien cimetière paroissial connu depuis les années 1950.

Pine Creek, Manitoba: après des annonces tonitruantes de « 14 tombes anonymes », les fouilles de 2023 ne révèlent… rien. Le chef de la Première nation déclare alors que « l’important, c’est le ressenti ».

Le Barreau de la Colombie-Britannique : Jonathan Kay publie les échanges internes montrant que des juristes avaient alerté la direction : les « tombes anonymes » sont une fable. Réponse de la direction : on garde le module de formation obligatoire quand même, « par respect pour les survivants ».

Le documentaire Sugarcane (Oscar 2025 du meilleur documentaire) : Frances Widdowson pointe les erreurs factuelles sur l’école Saint-Joseph de Williams Lake (dates fausses, témoignages non recoupés, photos d’autres pensionnats utilisées à tort). Le film remporte l’Oscar malgré tout.

Tentatives de censure :

  • Un enseignant de l’Ontario, Jim McMurtry, est suspendu pour avoir rappelé en classe que 80 % des décès étaient dus à la tuberculose et à la grippe espagnole.
  • À Quesnel (C.-B.), le conseil municipal vote une motion pour destituer le maire Ron Paull… uniquement parce qu’il avait offert Grave Error à la bibliothèque municipale.
  • La députée Leah Gazan dépose le projet de loi C-413 visant à criminaliser le « déni du génocide des pensionnats » — projet analysé et démonté par Tom Flanagan.

Rodney Clifton, qui a vécu et travaillé dans un pensionnat du Nord dans les années 1960, raconte les parties de hockey, les films du vendredi soir, les lettres d’anciens élèves qui remerciaient les religieuses. 

Ces voix existent dans les archives, mais sont systématiquement écartées des rapports officiels.

La piscine de l'internat de Kamloops vers 1960

Rappel des chiffres

Sur environ 150 000 enfants ayant fréquenté les pensionnats entre 1883 et 1996 :  4 118 décès recensés (Commission de vérité et réconciliation, volume 4).  

Cause principale : tuberculose, grippe, rougeole — maladies qui décimaient aussi les écoles blanches et les villes canadiennes avant les antibiotiques.  

La majorité des enfants enterrés dans des cimetières identifiés, souvent avec pierre tombale (photos à l’appui dans le livre).

Le ton du livre est posé, mais la conclusion est sans appel : le Canada a laissé une rumeur se transformer en dogme, avec des conséquences concrètes (églises incendiées, milliards dépensés, enseignants sanctionnés, climat de peur intellectuelle). Malgré son ancrage éditorial à droite (True North), Dead Wrong reste factuel et sourcé. Il est, depuis sa sortie, en tête des ventes sur Amazon.ca dans plusieurs catégories, preuve qu’une partie importante du public réclame autre chose que le récit unique.

Des représentants de l’Office du tourisme du Mexique ont assisté en 1963 à une représentation de la troupe de danse de Kamloops, très connue dans toute la Colombie-Britannique, et l’ont invitée au Mexique. Les filles ont lancé un appel à la population de Kamloops et ont récolté plus de 10 000 dollars en deux semaines. En juillet 1964, accompagnées de sœur Mary Leonita et du père G. P. Dunlop OMI, les filles se sont envolées pour Mexico où elles se sont produites au célèbre Palacio de Bellos Artes et à l’Arena Mexico devant un public de 5 000 personnes, dans le cadre d’une émission diffusée à la télévision mexicaine. Source : Indian Record, septembre 1964, p. 3.

Présentation de l’éditeur

Dead Wrong fait suite à Grave Error, publié par True North fin 2023. Grave Error est immédiatement devenu un succès de librairie, car il démystifiait le récit de Kamloops sur les « tombes anonymes » et les « enfants disparus » dans les pensionnats indiens.

Pourquoi un autre livre est-il nécessaire ? Tout simplement parce que la lutte pour obtenir des informations exactes se poursuit. Très peu de ceux qui ont répandu des rumeurs non fondées sur la « découverte » de « tombes anonymes » contenant les restes d’« enfants disparus » à Kamloops et dans d’autres pensionnats indiens ont admis leurs erreurs.  

Dead Wrong présente la vérité sur les épisodes liés au récit de Kamloops, tels que :

  • Le refus choquant du New York Times de retirer son titre sur les « fosses communes » à Kamloops.
  • La tentative du conseil municipal de Quesnel, en Colombie-Britannique, de destituer le maire parce que sa femme avait distribué dix exemplaires de Grave Error.
  • Le licenciement du professeur de lycée Jim McMurtry pour avoir dit la vérité à ses élèves, à savoir que la plupart des élèves décédés dans les pensionnats sont morts de la tuberculose.
  • Le prétendu documentaire Sugarcane, qui a été sélectionné aux Oscars alors qu’il était truffé d’erreurs sur le pensionnat Saint-Joseph à Williams Lake, en Colombie-Britannique.
  • La tentative de la Law Society of BC (le barreau de la Colombie-britannique) d’ancrer le récit de Kamloops dans ses supports pédagogiques, même si les mensonges ont été signalés par Jim Keller, l’un de ses membres.

Voir aussi

Canada — 125 églises incendiées ou vandalisées depuis l’annonce de la découverte de tombes à l’ancien internat de Kamloops

Trois ans plus tard, les allégations de « fosses communes » au Canada restent sans fondement

Ce qu’on ne dit jamais : certains Autochtones ont grandement apprécié leur pensionnat

Pensionnats — Quels enfants disparus ?

  
 
  

 

 

jeudi 17 juillet 2025

Persuasion, manipulation de masse et propagande

Depuis plus d’un siècle, des communicants, propagandistes politiques, cinéastes ou publicitaires bouleversent les règles du jeu politique, font et défont des élections, fabriquent le consentement, défendent les intérêts d’industries polluantes, influencent à leur insu le comportement de millions d’individus. 

Souvent méconnus, agissant pour la plupart dans l’ombre, ils conçoivent et déploient leurs techniques de persuasion en tirant profit des progrès constants des sciences et des techniques. Qui sont ces maîtres de la manipulation de masse ? Dans quel pays commence la révolution de l’art de la persuasion ? 

L'invité dans l'émission ci-dessus : David Colon professeur agrégé d’histoire à l’IEP de Paris. Il est l'auteur du livre Les maîtres de la Manipulation paru chez Tallandier (362 pages, 21,50€; poche : 368pp, 10,43€)

Présentation de l'éditeur

On les appelle doreurs d'image, génies du faire croire, persuadeurs clandestins ou ingénieurs des âmes. Publicitaires, cinéastes ou propagandistes politiques, ces hommes sont passés maîtres dans l’art de la manipulation de masse.

Ils bouleversent les règles du jeu politique, fabriquent le consentement, infl uencent le comportement de millions d’individus. Souvent méconnus, ils déploient leurs techniques de persuasion en tirant profit des progrès constants des sciences et des techniques.

David Colon réunit dans ce livre les portraits de vingt des plus grands maîtres de la manipulation des XXe et XXIe siècles. De Goebbels à Walt Disney, sans oublier Lin Biao, Steve Bannon ou encore Mark
Zuckerberg, l’auteur nous raconte une histoire inédite de l’art de la persuasion.

Les maîtres de la manipulation: 
Un siècle de persuasion de masse,
par David Colon,
publié le 5 janvier 2023,
chez Tallandier
à Paris,
368 pp,
ISBN-13 : 979-102105616

 

vendredi 20 juin 2025

Révisionnisme — Pour Mélenchon, Saladin a permis aux Occidentaux de construire les cathédrales

En conférence hier sur la situation géopolitique au Proche-Orient, Jean-Luc Mélenchon a déclaré que « le roi Dagobert qui mettait sa culotte à l’envers, bon, les [peuples musulmans] ils la mettaient à l’endroit et ils inventaient les maths. Donc disons qu’il y avait une différence de niveau » avant d’ajouter que « s’il n’y avait pas eu Saladin, vous ne sauriez pas bâtir des cathédrales parce que c’est lui qui vous a appris comment on faisait ».

Dagobert est un roi mérovingien qui a régné de 623 à 629 (période d'ailleurs prospère). À cette date, impossible de dire que la civilisation islamique «invente les maths» : on est dans les toutes premières années de l'islam dans le désert d'Arabie où les combattants du djihâd n'inventent certainement pas les mathématiques !

Quand l'abbé Suger qui a posé les bases du style gothique et fait édifier Saint-Denis par la même occasion, est mort en 1151, Saladin avait 13 ans, Aix-la-Chapelle trois siècles et demie et Cluny III était devenue la plus grande construction de la chrétienté.

Saladin, sultan kurde (règne de 1174 à 1193), n'a absolument rien « appris », rien « transmis » aux Occidentaux. Il n'était pas un savant, ni un érudit. Admettons qu'ici « Saladin » soit utilisé comme une figure symbolisant l'ensemble du monde islamique médiéval. Peut-on dire alors que c'est via les savants musulmans qu'on aurait appris en Occident à faire cathédrales et vitraux ? Là encore, non.

L'architecture gothique est faite d'une multitude d'inventions et d'innovations : certaines viennent sans doute de la civilisation hispanique puis islamique (comme l'ogive), mais d'autres sont des inventions occidentales (la croisée d'ogives). Avant la conquête musulmane de l'Espagne en 711, l'architecture wisigothique, qui s'est développée dans la péninsule ibérique sous le royaume wisigoth (Ve siècle jusqu'à l'arrivée des Omeyyades), utilisait déjà des arcs en fer à cheval, également appelés outrepassés. Ces arcs, caractérisés par une courbure qui dépasse le demi-cercle (souvent environ un tiers de plus), étaient employés dans des églises et des édifices religieux. Après la conquête musulmane de 711, l'architecture omeyyade en El-Andalous (Espagne musulmane) a repris et amplifié l'usage des arcs en fer à cheval. Avec leur forme élancée et parfois légèrement pointue, ils ont joué un rôle dans l'évolution vers des formes ogivales, car ils permettaient une meilleure répartition des forces et une esthétique plus verticale.

Arcs outrepassés de Sainte-Marie de Melque (Espagne),
début de la construction au VIIe siècle (avant la conquête musulmane au siècle suivant).

Quant au vitrail, il est attesté en Europe dès l'Antiquité tardive, se transforme au IXe siècle (vitrail au plomb). Les christianismes orientaux vont dédaigner cet art. Dire que c'est Saladin qui l'aurait « appris » aux Occidentaux est tout bonnement faux.

Dans ces deux minutes de conférence, Mélenchon oppose une Europe médiévale arriérée à une civilisation islamique médiévale glorifiée (les maths, Saladin en professeur). Cette vision s'appuie sur plusieurs erreurs historiques majeures.

Voir aussi
 
 
 
 
 

lundi 12 mai 2025

L'écart salarial entre les minorités ethniques et les Blancs a été surestimé d'environ 10 %, selon étude

En 2016, des chercheurs ont constaté que l'écart salarial entre les minorités et les Blancs était surestimé d'environ 10 % parce que, au travail, les non-Blancs avaient tendance à s'adonner davantage aux loisirs, à l'attente, etc.

Ils ont retardé la publication de l'étude de peur que Trump ne l'utilise comme un élément de propagande.

L'écart salarial entre la minorité et les Blancs a été surestimé d'environ 10 % parce que, au travail, les non-Blancs ont tendance à s'adonner davantage aux loisirs, à l'attente et à la recherche d'un emploi.


Toute étude présentant les hommes noirs et hispaniques comme plus paresseux que les Blancs et les Asiatiques ne manquera pas de susciter la controverse.

Un article provocateur des économistes Daniel Hamermesh, Katie Genadek et Michael Burda s'aventure dans ces eaux troubles. Ils suggèrent que l'écart salarial racial bien documenté aux États-Unis est surestimé de 10
% parce que les minorités, en particulier les hommes, passent une plus grande partie de leur journée de travail à ne pas travailler. Après avoir rejeté un certain nombre d'explications plausibles, les auteurs attribuent finalement l'écart à des « différences culturelles » inexpliquées.

Conscients de la sensibilité de ces résultats, les professeurs ont retardé la publication jusqu'à la fin de l'élection présidentielle (en 2017). «
Je savais pertinemment que Trump et ses sbires s'en serviraient à des fins de propagande », explique M. Hamermesh, un économiste du travail haut en couleur et respecté. Le document pourrait toutefois être utilisé par ceux qui sont désireux d'éradiquer le « politiquement correct » et qui sont toujours mécontents des lois antidiscriminatoires actuelles.

La méthode de l'étude est simple. Les données proviennent de près de 36
000 « agendas quotidiens », c'est-à-dire d'autodéclarations sur la façon dont les Américains passent leurs heures de travail, recueillies entre 2003 et 2012. Partant du principe que les travailleurs sont tout aussi honnêtes lorsqu'ils admettent leur paresse, les auteurs calculent la fraction du temps passé hors travail - à se détendre ou à manger, par exemple - et constatent qu'elle varie en fonction de la race dans une mesure faible mais statistiquement significative. L'écart subsiste, bien que sous une forme plus faible, même après l'ajout de contrôles étendus pour la géographie, l'industrie et le statut syndical, entre autres. Les travailleurs masculins non blancs passent 1,1 % de plus de leur journée à ne pas travailler, soit cinq minutes supplémentaires par jour. En supposant que les contrôles soient adéquats, il resterait 90 % de la différence de salaire entre les travailleurs blancs et les minorités ethniques, estimée récemment à 14 %, qui n'est pas expliquée. Il est concevable que cette différence soit le fruit d'une discrimination ou d'un autre facteur.

Il reste périlleux de trouver la cause de ce curieux écart. Selon Philip Cohen, sociologue à l'université du Maryland, le fait que les cadres traitent moins bien les travailleurs issus des minorités peut en soi encourager le relâchement. Les auteurs affirment que ce point est discutable, car les travailleurs indépendants appartenant à une minorité ont un comportement similaire, mais la différence n'est pas statistiquement significative. Une approche expérimentale récente, dans laquelle des caissières de magasins d'alimentation français ont été affectées au hasard à des supérieurs plus ou moins biaisés, a révélé des absences plus nombreuses et un balayage plus lent lorsqu'elles travaillaient sous les ordres des patrons les plus injustes. L'étude aurait démontré que l'élimination des préjugés des supérieurs augmenterait le temps passé au travail par les minorités d'environ 2,5
%.

Malgré l'inconfort du sujet, les auteurs ont tenté une analyse rigoureuse. Les dénonciations n'ont cependant pas tardé. Quelques heures après la publication, M. Hamermesh a reçu des messages vitrioliques et a été qualifié de raciste dans un forum en ligne populaire parmi les économistes. M.
Hamermesh, un progressiste avoué, qui ne fait référence à Donald Trump que par des surnoms amusants et qui a démissionné d'un poste à l'université du Texas en raison d'une loi de l'État autorisant le port d'armes à feu en public, trouve cela injuste. Il note que les Américains travaillent trop. La solution qu'il préfère ne serait pas que certains groupes travaillent plus, mais que d'autres travaillent moins.

Voir aussi
 
 
 
 
 
 

samedi 22 février 2025

Les élites républicaines françaises n’ont jamais été libérales ni d’esprit démocratique

Texte de l'historien Pierre Vermeren paru dans Le Figaro. Pierre Vermeren est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages remarqués, comme « On a cassé la République : 150 ans d’histoire de la nation »(Tallandier, 2020) et « La France qui déclasse. De la désindustrialisation à la crise sanitaire » (Tallandier, « Texto », 2020). Dès la Révolution, la période de la Terreur a forgé la méfiance ontologique des élites françaises envers un peuple réputé dangereux, souligne l’historien. Une tendance que la fermeture de C8 et de NRJ12, chaînes parmi les plus regardées de la TNT, vient confirmer de façon éclatante.

Des atteintes aux libertés publiques et privées sont régulièrement commises par les pouvoirs publics français : justice zélée pour empêcher le favori de la présidentielle de concourir; enfermement général de la population à l’occasion du Covid - dont le contre-exemple suédois a démontré l’inutilité -; incarcération d’un policier pendant des mois pour un homicide commis dans l’exercice de ses fonctions dont il fut relaxé, etc. La fermeture en cours de deux chaînes de télévision parmi les plus regardées de la TNT est la dernière en date. Cette décision autoritaire est moins une innovation que la confirmation d’un fait établi aussi vieux que notre régime : les élites républicaines françaises n’ont jamais été libérales ni démocrates.

Pour la présidente de la radio d'État française, « la liberté d'expression est le cheval de Troie du néo-impérialisme américain » (article du 20 février dans Le Figaro)

La chose peut paraître contre-intuitive au pays des droits de l’homme, de la Révolution et de la République. Mais le mouvement libéral des Lumières, qui a porté ces grandes idées du XVIIIe siècle à la victoire politique, s’est fracassé sur le mur de la Terreur et la guerre civile. Omniprésente dans les têtes au XIXe siècle, cette tragédie a forgé la méfiance ontologique des élites françaises envers un peuple réputé dangereux et sanguinaire. Et ce, quand bien même il ne fut que l’auxiliaire des bourreaux, et surtout leur victime. C’est une moyenne bourgeoisie ivre de sa nouvelle toute-puissance qui a peuplé le Comité de salut public et le Tribunal révolutionnaire, qui a manié la guillotine et ordonné le massacre des Vendéens.

La réaction thermidorienne a mis fin à la Grande Terreur, mais les violences n’ont pas cessé avant l’été 1795, sans évoquer la chouannerie. En 1799, le Premier consul, continuateur et sauveur de la Révolution, forge l’appareil judiciaire français toujours en vigueur. Comme enseigné depuis des générations en faculté de droit, si la France possède deux ordres de juridictions, le judiciaire et l’administratif - aberration liberticide aux yeux des Anglo-saxons -, c’est parce que Napoléon a voulu protéger l’état, ses dirigeants et ses fonctionnaires, des menées du peuple.


La récente décision du Conseil d’état, qui trône au sommet de l’ordre administratif, est conforme à sa mission historique. Sa validation de la suppression de deux chaînes de télévision populaires était écrite : jugées populistes, donc dangereuses, par des élites unanimes, leur sort avait été instruit au Parlement, scellé par une autorité administrative et justifié par des médias publics, tous démembrements de l’état. Nul doute que le lien, pourtant direct, entre ces faits et le discours de Munich du vice-président américain Vance qui évoqua la censure en Europe - soit mentalement impossible à établir dans le cerveau de nos dirigeants.

Nul besoin de regarder ces deux chaînes aux millions de téléspectateurs - l’auteur de ces lignes ne regarde pas la télévision - pour comprendre que leur interdiction signe un réflexe de classe. Au XIXe siècle, la garde nationale, puis la troupe, étaient envoyées pour mater manifestations, grèves et révoltes populaires, parfois au prix de centaines - voire de milliers - de morts , afin de rétablir l’ordre et prévenir la subversion. La violence de masse des deux guerres mondiales a brutalement pacifié nos mœurs politiques; mais les préventions envers le peuple n’ont pas régressé. Elles ont muté.

Au XIXe siècle, la bourgeoisie était libérale sous la Restauration puis sous le second Empire. Ces régimes autoritaires et économiquement libéraux lui ont permis de s’enrichir. Pourtant, en 1914, les écarts de richesses entre les Français étaient les mêmes qu’en 1789. Grâce à la révolution industrielle, la richesse globale des Français a progressé au XIXe siècle, ainsi qu’espéré par les révolutionnaires : mais nul dirigeant ne songea à résorber les écarts de niveau de vie entre l’étroite bourgeoisie et le peuple, ces 80 % à 90 % de paysans, d’ouvriers et de boutiquiers.

Depuis un demi-siècle, tout ce qui a transformé la France et la vie des Français, par la plus grande dépossession de leur histoire, s’est décidé hors des urnes. (...) Rien n’a été voulu, voté ni validé par les Français, Maastricht excepté

La bourgeoisie libérale finit par imposer la République à partir des années 1880. Sa grande affaire fut d’éduquer le peuple pour le « civiliser », l’éloigner de sa violence « atavique » et l’arracher des mains de l’église. Des choses contradictoires sortirent de cet agenda idéologique : l’éducation pour tous, qui, même assez courte, visait l’excellence ; la francisation du peuple, que paracheva l’institution militaire ; l’interdiction du vote pour les femmes pendant soixante-quinze ans, réputées trop proches des prêtres pour bien voter - ce déni de démocratie de plus en plus anachronique n’a été résorbé que par de Gaulle - ; la laïcisation méthodique de la société et du régime politique. Le demi-échec de ce long travail - mesuré au succès de l’enseignement catholique, majoritaire en 1905 -, imposa le brutal raidissement laïciste que l’on sait.

Les deux guerres mondiales imposèrent finalement dans la souffrance collective l’intégration des forces sociales et politiques tenues de concourir à la défense de la nation dans la République : catholiques, paysans, ouvriers et socialistes, droite monarchiste devenue nationale, armée et anciens combattants, femmes, puis communistes et cégétistes. Le Conseil national de la Résistance, dont le gaullisme et le pacte passé avec les communistes prolongèrent les effets jusqu’aux années a forgé le moment le plus démocratique de la vie politique et sociale française. Mais la vieille prévention contre le peuple demeurait.

L’effacement du mythe résistancialiste forgé par de Gaulle et cautionné par les communistes raviva l’ère du soupçon. Déjà, la construction européenne avait été conçue par d’étroites élites comme une machine destinée à contenir les passions nationales, voire à déconstruire les nations. Tant que de Gaulle imprima sa marque, le projet fut neutralisé. Mais, comme il l’avait prédit, la bourgeoisie libérale - qu’incarnèrent tour à tour Pompidou, Giscard d’Estaing ; puis Chirac - parvint à endiguer puis à corseter la souveraineté du peuple, au nom de l’ordo-libéralisme européen. En 1981, les bourgeois de gauche qui accèdent au pouvoir au nom du peuple, ne dérogent nullement à cette trajectoire. L’idée selon laquelle la liberté du peuple et la souveraineté nationale pouvaient conduire à Hitler – ce qui constitue un double mensonge historique, du fait que c’est l’état-major allemand, soutenu par l’industrie, qui a ouvert par la force le pouvoir à Hitler, et que le contexte des années 1930 n’est pas reproductible – conduisit les élites à s’affranchir ouvertement de la souveraineté populaire, rabaissée en populisme.

Depuis un demi-siècle, tout ce qui a transformé la France et la vie des Français, par la plus grande dépossession de leur histoire, s’est décidé hors des urnes. Certes, la consultation du peuple par des élections régulières s’est poursuivie. Mais le slogan « blanc bonnet, bonnet blanc » de la IVe République s’est mué en « pensée unique », alias « cercle de la raison ». Construction européenne, État de droit, gouvernement des juges, désindustrialisation, liquidation de l’agriculture paysanne, métropolisation, mort des villes moyennes, liquidation des grands services publics, déconstruction de l’école, endettement public, déficit commercial, chômage structurel, immigration de masse, laxisme judiciaire, dénationalisation des élites, financiarisation de l’économie, écologie punitive, lutte contre la voiture succédant au tout-voiture, déculturation de la jeunesse, abaissement de la France dans le monde, etc. : rien de tout cela n’a été voulu, voté ni validé par les Français, Maastricht excepté. Or cela est advenu, sous la conduite de gens réputés pour leur extrême intelligence. Promesses et campagnes électorales se sont déconnectées des politiques publiques qui ont traversé les alternances et dénaturé les programmes annoncés.

Si les élites politiques avaient gouverné le pays suivant les vœux du peuple souverain, ce qui constitue la promesse démocratique, la France serait-elle tombée si bas ?

Voir aussi

Censure — Les autorités françaises ferment la très populaire chaîne de télé C8

Allemagne — La police d'État se pointe à l'aube et saisit un ordi et un téléphone à cause d'une caricature (m à j)

« Nous évoluons vers une démocratie [sic] anti-majoritaire »

Suppression de la culture générale — constance dans l'erreur bourdieusienne des « élites »

France & Québec — 9 décembre 1905, promulgation de la Loi de la séparation de l'État et des Églises

France – La guerre des manuels sous la IIIe République

Que se passera-t-il lorsque la laïcité ne suffira plus pour nous définir ?

France — « L’école laïque, gratuite et obligatoire » constitue un mythe fondateur

Mythe — C’est grâce à la République que l’enseignement est devenu obligatoire, public et gratuit (mais le laïc obligatoire, c’est vrai)

Jules Ferry : « nous avons promis la neutralité religieuse, nous n’avons pas promis la neutralité philosophique, non plus que la neutralité politique »

France — L’instruction gratuite et universelle ne date pas de Jules Ferry ni de la République

France — la « gratuité » de l’école laïque visait à assécher les écoles privées

mardi 11 février 2025

Études manipulées autour de la maladie d'Alzheimer

Tromperie dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer.

La maladie d’Alzheimer touche plus de 30 millions de personnes dans le monde, principalement des personnes âgées. Après 65 ans, le risque de développer la maladie double tous les cinq ans. À 85 ans, ce risque est d’un sur trois. Ses symptômes, qui comprennent la perte de mémoire, la difficulté à accomplir des tâches élémentaires et la dépression, s’aggravent progressivement. L’augmentation de l’espérance de vie dans le monde s’accompagne d’une augmentation du nombre de cas d’Alzheimer, ce qui en fait l’un des grands défis de santé publique d’un monde vieillissant.

Il n’existe pas de traitement curatif. Entre 1995 et 2021, environ 42 milliards de dollars ont été investis dans plus de 1 000 essais cliniques. Pourtant, seule une poignée de médicaments a été mise sur le marché. Et même ceux-là traitent les symptômes de la maladie plutôt que de l’arrêter.

La principale explication de la maladie d’Alzheimer est l’« hypothèse amyloïde », qui suggère que des dépôts de bêta-amyloïde, un type de protéine, s’accumulent entre les neurones et perturbent leur fonctionnement. Mais cette théorie reste controversée : tous les cerveaux atteints de la maladie d’Alzheimer présentent des plaques de bêta-amyloïde, mais toutes les personnes présentant ces plaques ne connaissent pas de déclin cognitif. La question de savoir si l’accumulation d’amyloïde est à l’origine de la maladie d’Alzheimer ou n’en est qu’un symptôme n’est toujours pas résolue.

Dans « Doctored » (Trafiqué), Charles Piller, journaliste scientifique, explique comment la pensée de groupe et la malhonnêteté ont détourné la recherche sur la maladie d’Alzheimer de son objectif. En 2006, un article publié dans Nature par des chercheurs de l’université du Minnesota semblait constituer une avancée majeure. L’étude affirmait qu’un sous-type de bêta-amyloïde était à l’origine des troubles de la mémoire. Elle est rapidement devenue l’un des articles les plus cités et a inspiré des centaines de millions de dollars de subventions publiques à la recherche. Un autre article influent publié en 2012 par des scientifiques associés à Cassava Sciences, une société de biotechnologie, a renforcé la théorie amyloïde en établissant un lien entre la résistance à l’insuline et la formation de plaques amyloïdes. Cette découverte a alimenté une vague de recherches sur l’idée que la maladie d’Alzheimer est un « diabète du cerveau » qui pourrait être traité par des médicaments. Il n’y avait qu’un seul problème : les deux études étaient basées sur des données falsifiées.

« Doctored » suit l’enquête de M. Piller sur cette supercherie. Au centre de l’histoire se trouve un groupe de limiers de l’image, avec un œil aiguisé pour les pixels manipulés des buvardages de western (une technique de laboratoire utilisée pour étudier les protéines, qui ont été trafiquées dans les études). Certains chapitres se lisent comme un polar scientifique. Dans l’un d’eux, M. Piller doit travailler dur pour gagner la confiance d’un dénonciateur réticent. Dans un autre, il se rend à Prague pour une réunion privée avec un groupe de détectives de l’image aux pseudonymes énigmatiques.

Malgré les preuves évidentes de manipulation des résultats de recherche, les revues érudites et les autorités de réglementation ont été lentes à agir. M. Piller accuse les puissants défenseurs de l’hypothèse amyloïde d’avoir ignoré les signaux d’alarme. Ce n’est qu’en juin 2024 — deux ans après les premières allégations — que l’article de Nature a été rétracté par ses auteurs. Cassava Sciences, tout en niant avoir commis des actes répréhensibles, a interrompu les essais de son médicament contre la maladie d’Alzheimer, le Simufilam, en novembre, après avoir constaté l’absence d’effets bénéfiques sur le plan clinique.

Les conséquences de ces articles dépassent le cadre du laboratoire. Pour les patients et leurs familles, les traitements expérimentaux représentent souvent une ultime bouée de sauvetage. Encourager les gens à placer leurs espoirs dans des médicaments inefficaces, voire dangereux, est une trahison. La fixation sur une théorie dont les essais sur l’homme n’ont donné que des résultats limités peut également avoir détourné des ressources précieuses au détriment d’autres thérapies plus prometteuses.

Depuis 2023, la Food and Drug Administration, l’organisme américain de réglementation des médicaments, a approuvé deux nouveaux médicaments qui ralentissent modestement le déclin cognitif en s’attaquant aux plaques amyloïdes. Ils s’accompagnent également d’effets secondaires dangereux pour certains, notamment des gonflements et des hémorragies cérébrales. M. Piller reste sceptique quant à ces traitements. Il en va de même pour nombre de ses lecteurs, après son histoire captivante de la pensée de groupe médicale et des incitations biaisées. 

Source : The Economist

Voir aussi

Fraude délibérée aurait plombé deux décennies de recherche sur Alzheimer

Une nouvelle étude nous apprend par ailleurs, la même semaine, qu’il n’y aurait aucun lien entre la dépression et la sérotonine. Cette découverte remet en cause l’efficacité de nombreux antidépresseurs.

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples. 

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?  La menace stéréotypée n’expliquerait pas la différence de résultats entre les sexes en mathématiques (suite) 

Mythe : le traitement de l’« hystérie » féminine à l’époque victorienne 

Recherche — Failles dans le mécanisme de relecture par des pairs

Comment publier un article scientifique en 2020 

Reproduction d’études marketing — Jusqu’à présent (2022), seules 3 tentatives de réplication sur 34 (8,8 %) en marketing ont réussi sans ambiguïté.

Canulars embarrassants : revues « savantes » dupées par de fausses études adoptant des mots clés à la mode

Association mondiale pour la santé des personnes transgenres « coupable » d’une « fraude scientifique majeure et inqualifiable »

Les études de McKinsey sur la relation entre la diversité et la performance des entreprises ne sont pas reproductibles

La plaque commémorant la première Britannique noire a été retirée parce qu’elle « venait de Chypre »

« Racisme systémique » — Professeur congédié après des soupçons de falsification de données dans de nombreuses études

Le président de l’université de Stanford a été démasqué pour falsification de données. Les preuves sont choquantes et il est déprimant de voir que Marc Tessier-Lavigne, ancien éminent neuroscientifique, n’ait pas été sanctionné comme il se doit pour sa faute professionnelle. (Voir les articles qui ont dévoilé ces scandales 1re partie, 2nde partie). 

Médecins admettent le lien entre hormonothérapie transgenre et le cancer dans des courriels fuités

La langue des thèses universitaires devient de plus en plus impénétrable (surtout dans les sciences humaines et sociales)

Selon une étude universitaire, une bonne partie des études universitaires ne seraient pas fiables…

dimanche 26 janvier 2025

Les hommes ont grandi deux fois plus vite que les femmes au XXe siècle, selon une étude

Les hommes seraient-ils de plus en plus grands que les femmes ? Une étude de l’université de Roehampton au Royaume-Uni a démontré que les êtres humains de type masculins avaient grandi deux fois plus vite que leurs homologues féminins au cours du XXe siècle.

Comme le rapporte The Guardian, le professeur Lewis Halsey et ses équipes, situées en banlieue de Londres, se sont appuyées sur des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’autorités étrangères de plus d’une dizaine de pays et des registres britanniques. L’objectif : voir comment la taille et le poids ont changé en fonction des conditions de vie.

Le rôle des conditions de vie

La conclusion est simple. Pour chaque augmentation de 0,2 point de l’Indice de développement humain (IDH), les femmes étaient en moyenne plus grandes de 1,7 cm et plus lourdes de 2,7 kg, tandis que les hommes étaient plus grands de 4 cm et plus lourds de 6,5 kg.

Or l’IDH ne cesse d’augmenter dans la plupart des pays. Au Royaume-Uni, l’IDH est passé de 0,8 en 1900 à 0,94 en 2022. Dans le même temps, au cours de la première moitié du XXe siècle, la taille moyenne des femmes a grimpé de 3 cm, contre près de 7 cm chez les hommes.

« Pour mettre cela en perspective, environ une femme sur quatre née en 1905 était plus grande que l’homme moyen né en 1905, mais ce chiffre est tombé à environ une femme sur huit pour celles nées en 1958 », a déclaré Halsey.

Les hommes seraient donc non seulement de plus en plus lourds et de plus en plus grands par rapport aux femmes, mais plus les conditions de vie s’améliorent, plus les écarts de poids et de taille augmentent entre les deux sexes.

« Nous découvrons comment la sélection sexuelle a façonné le corps de l’homme et de la femme et comment l’amélioration de l’environnement, en termes d’alimentation et de réduction de la charge de morbidité, nous a libérés de nos entraves », explique le professeur Lewis Halsey dans cette étude publiée dans Biology Letters. Mais jusqu’à quelles limites ? Plusieurs études ont déjà démontré que la taille de l’être humain était en train de plafonner.

Réfutation de la thèse féministe de Priscille Touraille

Il y a quelques années, de nombreux médias ont présenté comme une vérité scientifique la théorie de Priscille Touraille selon laquelle le dimorphisme sexuel chez les êtres humains serait dû au fait que chez nos ancêtres les hommes restreignaient l’accès des femmes à la nourriture. Touraille avançait donc l’idée que les hommes auraient historiquement restreint l’accès des femmes à certaines ressources alimentaires, particulièrement la viande, ce qui aurait conduit à un dimorphisme sexuel plus prononcé. Cette théorie est parfois appelée le « patriarcat du steak » dans les discussions médiatiques.

Les travaux de Touraille ont bénéficié d’une large couverture médiatique, notamment à la suite d’un documentaire sur Arte intitulé « Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes ? ». Cette couverture a souvent été peu critique, présentant ses idées comme des vérités scientifiques établies sans suffisamment remettre en question la méthodologie ou les preuves derrière ces assertions.

Si cette thèse était vraie, on aurait dû observer un rétrécissement de la différence de taille entre hommes et femmes au XXe dans les pays développés, car les sociétés sont devenues plus égalitaires entre les sexes et les hommes n’empêchent plus (si cela a jamais été le cas) les femmes de manger de la viande, mais en réalité c’est l’inverse qu’on observe. Cela tend à confirmer que la sélection sexuelle explique mieux le dimorphisme sexuel chez l’être humain, comme dans la plupart des autres espèces.

Sélection des grands par les femmes ?

Dans une étude publiée dans Biology Letters et intitulée « Le corps masculin attrayant et redoutable : la taille et le poids des hommes sont des traits sexuellement sélectionnés en fonction des conditions », les scientifiques supposent que les préférences sexuelles des femmes ont pu alimenter une tendance pour des hommes plus grands et plus musclés — bien qu’à l’ère de l’obésité, lourd n’est pas nécessairement synonyme de musclé.

La stature et le physique sont les principaux indicateurs de la santé et de la vitalité, a déclaré Halsey, tandis que la sélection sexuelle favorise également les hommes qui sont mieux à même de protéger et de défendre leur partenaire et leur progéniture contre d’autres personnes.

« Les femmes peuvent trouver la taille des hommes attrayante parce qu’elle les rend potentiellement plus redoutables, mais aussi parce que la taille suggère qu’ils sont bien faits », a déclaré M. Halsey. « En grandissant, ils n’ont pas subi les effets d’un mauvais environnement et ont donc atteint une plus grande partie de leur potentiel de taille. C’est un indicateur qu’ils sont bien faits ».

Ces conclusions s’appuient sur des travaux antérieurs qui ont montré que les femmes recherchent davantage les hommes de grande taille que les hommes les femmes de petite taille. Mais il y a des inconvénients à être grand. Si les personnes de grande taille ont tendance à gagner plus, elles sont aussi plus sujettes à divers cancers, peut-être parce qu’elles ont plus de cellules susceptibles d’accumuler des mutations qui aboutissent à la maladie.

Michael Wilson, professeur d’écologie, d’évolution et de comportement à l’université du Minnesota, a déclaré que l’augmentation plus rapide de la taille et du poids des mâles était « frappante ». Il a ajouté que cela correspondait à une idée de longue date selon laquelle les femelles sont le sexe « le plus contraint écologiquement » en raison des exigences de la reproduction, en particulier chez les mammifères où la grossesse et l’allaitement sont « coûteux sur le plan énergétique ».

« L’investissement des mâles dans une plus grande taille corporelle semble être sensible aux conditions nutritionnelles », a-t-il déclaré. « Lorsque les hommes grandissent avec des aliments plus denses en énergie, ils grossissent davantage que les femmes. »

Voir aussi 

Le paradoxe de l'égalité entre les sexes c. la théorie du genre (rediff)

Les populations européennes ont fait l'objet d'une forte sélection génétique récente pour un certain nombre de caractéristiques

Robert Plomin: « La génétique influe plus sur notre personnalité et notre réussite que l’environnement »

Deux fois plus de dépressions chez les femmes qu’il y a 40 ans. Rançon de la « libération » de la femme ?

Les jeunes femmes gagnent plus que les jeunes hommes dans les métropoles américaines

Discrimination — Les lesbiennes gagnent plus que les hétérosexuelles.

Le cerveau des hommes et celui des femmes seraient connectés différemment

Mads Larsen et le rôle néfaste de l'État-Providence sur la formation des couples et la natalité

Polytechnique

Femmes tradi : retour du « patriarchat », montée en puissance de l'« extrême-droite » ?

Le mythe de la misogynie ambiante et pernicieuse

Partialité ? Préférence pour nommer des femmes professeurs dans les sciences plutôt qu'hommes avec même CV

Australie — Recrutement sur base de CV anonymisés augmente nombre d'hommes blancs sélectionnés

Crise de la virilité et du féminisme contemporain ?

Québec — 70 % des médecins seraient bientôt des femmes, « une bonne nouvelle »

Festival de Cannes 2024 — Un homme reçoit le prix d'interprétation... féminine

Canada — Administration centrale fédérale : 33 361 embauches en 2022-2023, 61 % de femmes et 31,3 % de non blancs

Juge de la Cour suprême du Canada opte pour « personne avec un vagin » plutôt que pour « femme »

« Les inégalités en défaveur des hommes passent à la trappe ! »

dimanche 15 décembre 2024

Canada n'est pas une société qui désavantage les minorités. Les données fiscales indiquent plutôt le contraire.

Une nouvelle étude ne parvient pas à prouver que les différences de revenus sont dues au racisme systémique.

D'importantes dépenses de programmes fédéraux reposent sur l'idée que les minorités visibles au Canada sont systématiquement désavantagées.

Prenons l'exemple le plus récent : plus tôt cet automne, le gouvernement fédéral a publié une stratégie de lutte contre le racisme de près de 45 pages pour 2024-2028, qui « vise à confronter le racisme systémique et à la rendre nos communautés plus inclusives et prospères.». Une telle stratégie est nécessaire, selon le gouvernement, parce que le racisme systémique existe dans toutes nos institutions et « (perpétue) une situation de désavantage relatif pour les personnes racisées ».

Mais où sont les preuves de ce postulat ? Pas dans les statistiques sur les revenus.

Contredisant directement l'idée que les minorités visibles sont systématiquement opprimées, une nouvelle étude de Statistique Canada montre que de nombreux Canadiens issus de minorités s'épanouissent et réussissent même mieux en moyenne que leurs homologues blancs.

L'étude de Statistique Canada s'est appuyée sur les données des recensements de 1996 et 2001, a utilisé les relevés fiscaux T1 (déclaration générale)  et T4 (rémunération payée) et d'autres données pour mesurer les revenus cumulés sur 20 ans des hommes et des femmes nés au Canada appartenant à quatre cohortes raciales - Blancs, Asiatiques du Sud, Chinois et Noirs - et a constaté que les minorités obtenaient des résultats supérieurs à ceux de la majorité de la population.


Plus précisément, parmi les hommes nés au Canada, les revenus cumulés sur 20 ans étaient en moyenne les plus élevés chez les Chinois (1,58 million de dollars en 2019), suivis par les hommes originaires d'Asie du Sud (1,51 million de dollars). Seuls les hommes noirs (1,06 million de dollars) gagnaient moins que les hommes blancs (1,31 million de dollars).

De toute évidence, si les hommes chinois et sud-asiatiques ont une capacité de gain supérieure à celle des hommes blancs, il est difficile de conclure que le Canada est systématiquement raciste à l'égard des minorités.

Qu'en est-il de l'inverse ? Les données suggèrent-elles que le Canada est systématiquement raciste à l'égard des hommes blancs ? Non, pas à cette époque. « Le fait que les hommes chinois et sud-asiatiques aient un niveau d'éducation plus élevé que les hommes blancs et qu'ils soient plus susceptibles de travailler dans les domaines des sciences, de la technologie et de l'ingénierie (STIM) est le facteur le plus important expliquant pourquoi ces deux groupes ont des revenus cumulés plus élevés que les hommes blancs », indique le rapport de StatCan. (Ils se concentrent aussi dans les grandes villes où les salaires sont plus importants qu'à la campagne.)

En d'autres termes, c'est l'éducation, et non le racisme, qui expliquerait les écarts de revenus.

Que se passe-t-il lorsque l'on tient compte de l'éducation et d'autres facteurs tels que la taille de l'employeur, le secteur d'activité et la géographie ? L'écart de rémunération entre les hommes blancs et les hommes noirs demeure. De même, alors que les hommes chinois et sud-asiatiques gagnent plus que les hommes blancs, après contrôle de l'éducation et d'autres facteurs, les hommes blancs gagnent en fait plus.

Avons-nous  trouvé là la preuve d'un racisme systémique parce que les employeurs paient les minorités moins que leurs homologues blancs avec un niveau d'éducation similaire ?

Il n'y a aucune preuve tangible de cela. Tout d'abord, la discrimination des employeurs à l'égard des minorités visibles est illégale depuis des décennies. (L'inverse ne l'est pas...) Deuxièmement, comme le suggère l'étude elle-même, de nombreux facteurs influencent les revenus en dehors de ceux que les chercheurs peuvent observer et contrôler, notamment les différences dans les réseaux sociaux, les méthodes de recherche d'emploi et les préférences pour certaines conditions de travail, si bien qu'il n'est pas très logique d'accuser automatiquement le racisme. Troisièmement, si le Canada est systématiquement raciste à l'égard des minorités, comment les hommes chinois et sud-asiatiques se sont-ils retrouvés surreprésentés dans les domaines STIM les plus rémunérateurs ?

Et si le racisme à l'égard des Canadiens noirs est à l'origine de l'écart de rémunération entre les hommes, comment expliquer que les femmes noires gagnent un peu plus que les femmes blanches ? Parmi les femmes nées au Canada, avant de tenir compte de l'éducation et d'autres facteurs, la cohorte qui a gagné le moins sur deux décennies était celle des femmes blanches (0,80 million de dollars). Les femmes chinoises avaient les revenus cumulés les plus élevés (1,14 million de dollars), suivies par les femmes d'Asie du Sud (1,06 million de dollars), puis par les femmes noires (0,82 million de dollars). Le Canada est-il rempli de racistes qui ne pratiquent la discrimination qu'à l'égard des hommes noirs, mais pas à l'égard des femmes noires ?

Un autre résultat de l'analyse de StatCan est qu'après avoir contrôlé les mêmes facteurs (par exemple l'éducation), le revenu des femmes chinoises est supérieur à celui des femmes blanches de 38 000 dollars en moyenne. Les employeurs racistes favorisent-ils donc systématiquement les hommes blancs par rapport aux hommes chinois, tout en défavorisant les femmes blanches par rapport aux femmes chinoises ?

La thèse selon laquelle les Canadiens issus de minorités visibles sont systématiquement désavantagés ne résiste pas aux données.

En outre, cette dernière étude de StatCan n'a pris en compte que quatre groupes (Chinois, Sud-Asiatiques, Blancs et Noirs) de personnes nées au Canada, mais d'autres recherches de StatCan fournissent des preuves similaires contre le racisme systémique. Les données sur les revenus hebdomadaires de 2016 montrent qu'en plus des hommes chinois et sud-asiatiques, les hommes japonais et coréens nés au Canada ont des revenus plus élevés que leurs homologues blancs. Chez les femmes, sept des dix groupes minoritaires (coréennes, chinoises, sud-asiatiques, japonaises, philippines, « autres minorités visibles » et arabes ou ouest-asiatiques) avaient des revenus hebdomadaires moyens supérieurs à ceux de la population blanche.

En clair, les données sur les revenus ne prouvent pas que le Canada est une société qui désavantage systématiquement les minorités. Au contraire, elles démontrent exactement le contraire. Les politiciens et les bureaucrates devraient peut-être tenir compte de ces faits avant de gaspiller des sommes considérables de l'argent des contribuables pour élaborer de longs plans de « lutte contre le racisme ».

Voir aussi
 
TEIMS/TIMSS 2023 - Résultats inquiétants pour les élèves de 4e année/CM1 en Belgique francophone et France, Québec dans la moyenne basse (Résultat des allophones au Québec et Ontario sont meilleurs en maths que les franco/anglophones. C'est différent en France et Belgique.)