Affichage des articles dont le libellé est médias. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est médias. Afficher tous les articles

mardi 1 septembre 2026

Quand les livres deviennent innombrables, à quoi servent encore les éditeurs ?

Le Wall Street Journal vient d’être épinglé pour avoir publié une tribune du milliardaire Stanley Druckenmiller entièrement rédigée par une intelligence artificielle. Ce qui frappe dans l’affaire est peut-être moins l’utilisation de l’IA que l’absence d’embarras. Druckenmiller assume son choix : il dit utiliser l’IA pour écrire pour la même raison qu’il utilise une calculatrice. Le journal, de son côté, n’a pas considéré que cette pratique contrevenait à ses règles. L’IA serait-elle donc simplement devenue un nouvel outil de rédaction, au même titre que le traitement de texte ou la calculatrice ?

Le cas pose pourtant une question plus fondamentale : qu’est-ce qui fait de quelqu’un l’auteur d’un texte ? Est-ce celui qui fournit les idées et en assume le contenu, ou celui qui trouve les mots, construit les phrases et accomplit le travail d’écriture ?

Cette distinction risque de devenir centrale à mesure que l’intelligence artificielle rend la production de textes de plus en plus facile. Et elle ne concerne pas seulement les tribunes de journaux. Elle pourrait transformer profondément le rôle de l’éditeur.


Quand produire ne coûte presque plus rien

Pendant des siècles, écrire un livre exigeait un investissement considérable en temps et en travail. Imprimer coûtait cher, distribuer un ouvrage nécessitait des infrastructures et le nombre de titres pouvant atteindre les lecteurs demeurait nécessairement limité.

L’éditeur était donc, en partie, un gardien de la rareté. Il sélectionnait les manuscrits auxquels il allait consacrer ses ressources, les travaillait, les fabriquait, les distribuait et tentait ensuite de leur trouver un public.

L’intelligence artificielle bouleverse cette équation. Un auteur peut lui faire élaborer un plan, réécrire des passages ou produire des scènes entières. Il devient possible de générer rapidement un ouvrage complet, puis d’en créer la couverture, de le traduire et d’en produire une version audio.

Le problème se déplace ainsi de la production vers la sélection.

Plus l’offre devient abondante, plus la fonction essentielle de l’éditeur pourrait être de dire au lecteur : « celui-ci mérite votre temps ».

La rareté ne disparaît donc pas. Elle change de camp : ce ne sont plus les textes qui sont rares, mais le temps et l’attention nécessaires pour les lire.

Mais qu’est-ce qu’un auteur ?

L’affaire Druckenmiller montre cependant que la question ne se résume pas à la quantité de textes disponibles. Elle touche à la nature même de l’écriture.

Les techno-optimistes peuvent soutenir que, pour le lecteur, seule compte la qualité du résultat. Si une machine peut produire un texte aussi bon, voire meilleur, que celui d’un humain, pourquoi se soucier de la manière dont il a été produit ? Après tout, personne ne refuse une table parce qu’elle a été fabriquée par un robot.

Mais le texte n’est peut-être pas une table. Son origine peut faire partie de sa valeur.

Nous ne lisons pas seulement pour recevoir une information ou admirer une formulation. Nous cherchons aussi à entrer en contact avec un autre esprit. Une lettre d’amour, une autobiographie ou un essai n’ont pas exactement la même signification selon qu’ils ont été écrits par la personne qui les signe ou générés par une machine à partir de quelques instructions.

Lire demande du temps. Le lecteur doit donc choisir ses lectures à partir des signaux dont il dispose. Le fait qu’une personne ait consacré des heures, des semaines ou des années à écrire constitue en lui-même un signal : elle a jugé que ce qu’elle voulait transmettre méritait cet effort.

À l’inverse, celui qui peut générer des textes à volonté n’a plus nécessairement besoin de sélectionner ce qui compte réellement à ses yeux. Il peut tout publier. Rien ne garantit alors que quelqu’un ait jugé le texte suffisamment important pour mériter le temps que le lecteur devra lui consacrer.

Un contrat moral implicite relie ainsi l’auteur et le lecteur : l’auteur affirme, par l’effort qu’il consent à écrire, que son message mérite l’attention de quelqu’un d’autre. Si la machine produit le texte en quelques secondes, ce signal disparaît en partie.

La question n’est donc plus seulement : « Ce texte est-il bon ? » Elle devient aussi : « Qui l’a pensé, sélectionné et assumé ? »

Le nouveau problème de l’éditeur

C’est précisément le problème auquel les éditeurs seront confrontés. Un manuscrit peut être entièrement humain, avoir bénéficié ponctuellement d’une intelligence artificielle ou avoir été produit en grande partie par celle-ci. Entre ces situations, la frontière est difficile à établir.

Les logiciels de détection ne constituent pas une solution suffisante : ils peuvent se tromper et produire des résultats faussement positifs. Une maison d’édition qui rejetterait un manuscrit humain sur cette seule base prendrait elle-même un risque.

Plusieurs stratégies sont donc possibles : déclaration de l’auteur, clauses contractuelles précisant les usages acceptés de l’intelligence artificielle, vérification du processus d’écriture, voire entretiens permettant à l’éditeur de s’assurer que l’auteur maîtrise réellement son texte.

Aucune de ces méthodes n’est infaillible. La solution pourrait finalement reposer davantage sur la réputation de l’éditeur.

Il ne s’agirait plus nécessairement de garantir qu’aucune intelligence artificielle n’a été utilisée. Ce serait une promesse différente : ce livre a été sélectionné, vérifié et réellement travaillé ; quelqu’un en assume le contenu.

L’affaire Druckenmiller fournit ici un cas révélateur. Si un journal estime qu’une tribune peut être publiée dès lors que les idées sont bien celles de la personne qui la signe, il adopte une conception de l’auteur différente de celle qui associe nécessairement l’auteur au travail matériel d’écriture.

Pour l’éditeur, cette distinction pourrait devenir déterminante. Sa valeur pourrait précisément consister à définir ce qui doit être garanti au lecteur.

L’autoédition : un premier filtre du marché

L’édition traditionnelle dispose toutefois d’un moyen déjà éprouvé de réduire le risque : l’autoédition.

Un auteur peut publier lui-même son livre (avec l'IA ou non) et démontrer qu’il existe un public pour celui-ci. Ventes, évaluations, fidélité des lecteurs et capacité à construire une audience fournissent alors des informations qu’un comité de lecture ne peut obtenir à partir d’un manuscrit seul.

La séquence s’inverse :

édition traditionnelle : manuscrit → sélection → investissement → publication → recherche du public ;

autoédition : publication → lecteurs → ventes → preuve d’un marché → intervention éventuelle d’un éditeur.

L’éditeur peut alors reprendre un livre qui a déjà trouvé ses lecteurs et lui apporter ce que l’auteur indépendant ne possède pas nécessairement : diffusion en librairie, distribution internationale, traduction, fabrication, promotion ou adaptation audio et audiovisuelle.

Cette fonction pourrait devenir particulièrement importante avec l’IA. Plus celle-ci multipliera les manuscrits, plus un succès déjà démontré auprès de lecteurs réels constituera un filtre précieux.

L’éditeur pourrait ainsi avoir deux filières : la découverte, pour les auteurs inconnus dont il parie sur le talent, et la confirmation, pour ceux dont le public a déjà démontré la valeur.

Mais l’IA pourrait également perturber ce mécanisme. Si elle permet de produire des milliers de livres à très faible coût, les plateformes d’autoédition risquent elles-mêmes d’être submergées. Il faudra alors distinguer un véritable public de lecteurs d’une visibilité artificiellement produite.

Le risque : décourager ceux qui écrivent encore

Cette transformation soulève une question plus inquiétante : que deviendront les écrivains qui continueront à écrire sans déléguer leur travail à une machine ?

Leur problème ne sera peut-être pas de produire de bons textes, mais de trouver quelqu’un pour les lire. Si l’IA permet de fabriquer une quantité presque illimitée de textes suffisamment convaincants, la probabilité qu’un lecteur découvre un ouvrage particulier diminuera mécaniquement.

À cette concurrence s’ajoutera le soupçon. Même un texte entièrement humain pourra être accusé d’avoir été généré par une IA, précisément parce que les deux deviendront de plus en plus difficiles à distinguer.

Les auteurs qui auront construit leur réputation avant cette transformation pourraient alors bénéficier d’un avantage considérable. Leur nom deviendra un signal de confiance et d’authenticité.

Pour les nouveaux venus, en revanche, l’horizon pourrait être beaucoup plus sombre. Si le rendement de plusieurs années d’apprentissage et d’écriture devient inférieur à celui de quelques minutes de génération automatique, l’incitation à devenir écrivain pourrait s’en trouver réduite.

Or, on n’écrit pas seulement pour produire des phrases : on écrit pour être lu. Si la rencontre avec un lecteur devient extraordinairement improbable, c’est toute une chaîne de transmission qui risque de se fragiliser.

L’audio : la même abondance, sous une autre forme

Le livre audio montre déjà comment le secteur évolue. En France, il ne représenterait encore qu’environ 80 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit 2 % du marché de l’édition, très loin des États-Unis, où il atteignait 2,2 milliards de dollars il y a deux ans, soit environ 9 % du marché.

Les éditeurs français investissent néanmoins dans ce format. Gallimard possède Écoutez Lire, Editis Lizzie, Média-Participations Cascade, tandis que Hachette Livre et Albin Michel exploitent Audiolib.

Le coût de production contribue à limiter l’offre : 3 000 à 5 000 euros pour un ouvrage de fiction, parfois jusqu’à 10 000 euros selon la longueur et la production. L’intelligence artificielle pourrait considérablement réduire cette barrière.

C’est une chance pour les ouvrages confidentiels et les anciens catalogues. Mais c’est aussi une nouvelle source d’inflation de l’offre. Une voix de synthèse peut transformer rapidement des milliers de livres en livres audio.

La question de la sélection réapparaît alors : pourquoi consacrer quinze heures à celui-ci plutôt qu’à celui-là ?

La voix humaine pourrait précisément gagner en valeur. Une interprétation par un comédien reconnu ou par l’auteur lui-même peut devenir un signal de qualité, comme une édition imprimée soignée.

Les plateformes deviennent elles aussi des sélectionneurs

Le développement de l’audio modifie également le rapport de force. Audible domine largement le marché français, tandis que Spotify s’y est lancé en 2024 et participe désormais au financement de productions audio.

Les plateformes ne sont donc plus de simples moyens de distribution : elles participent à la sélection, au financement et à la mise en avant des œuvres. Le paiement en fonction du temps d’écoute renforce encore cette logique : ce qui compte n’est plus seulement le nombre de livres vendus, mais le temps d’attention qu’ils parviennent à obtenir.

L’éditeur doit ainsi composer avec de nouveaux intermédiaires capables, eux aussi, de décider quels contenus seront visibles.

Dans une économie de l’abondance, orienter l’attention devient une activité à part entière. Celui qui sait faire émerger un livre parmi des millions peut acquérir davantage de valeur que celui qui sait simplement en produire un de plus.

Pourquoi le livre papier pourrait paradoxalement gagner en valeur

Dans cet univers d’abondance, le livre imprimé pourrait même retrouver une fonction particulière.

Il coûte toujours cher à produire. Il faut sélectionner le texte, l’éditer, le corriger, le mettre en page, fabriquer l’objet et le distribuer. Dans un monde où des millions de textes numériques peuvent être produits presque gratuitement, le fait qu’un livre ait franchi toutes ces étapes devient en lui-même un signal.

Le livre papier peut ainsi devenir davantage qu’un support de lecture : un objet de sélection, de conservation et de confiance.

Les formats ne se remplacent d’ailleurs pas nécessairement. On peut acheter un livre papier pour le conserver, la version numérique pour voyager et la version audio pour l’écouter en voiture. L’usage s’hybride plus qu’il ne se substitue.

L’éditeur comme garant du temps du lecteur

La transformation la plus profonde est donc peut-être celle-ci : dans un monde de rareté, l’éditeur sélectionnait des textes parce qu’il ne pouvait matériellement pas en publier beaucoup ; dans un monde d’abondance, il doit sélectionner parce que le lecteur ne peut pas tout lire.

Son rôle pourrait progressivement se concentrer autour de quelques garanties essentielles :

  • Qui est l’auteur ?
  • Quel travail humain et éditorial a été effectué ?
  • Quelqu’un a-t-il réellement jugé que ce livre méritait d’être écrit et publié ?
  • Le livre mérite-t-il le temps que le lecteur va lui consacrer ?
  • L’intelligence artificielle ne rend donc pas nécessairement l’éditeur inutile. Elle pourrait au contraire rendre sa fonction de sélection plus importante que jamais.

    Mais elle pourrait aussi modifier la nature même de cette fonction. L’éditeur ne serait plus seulement celui qui décide quels textes peuvent être produits à grande échelle. Il deviendrait celui qui garantit qu’un texte a franchi un ensemble de filtres humains avant d’arriver au lecteur.

    L’autoédition ajoute à cela une évolution décisive : l’éditeur peut de plus en plus laisser le marché effectuer une première sélection, puis investir dans les auteurs et les livres dont le public a déjà démontré la valeur.

    La véritable menace n’est donc peut-être pas que l’intelligence artificielle produise de mauvais livres. C’est qu’elle permette d’en produire tellement que la capacité à distinguer les bons devienne le principal problème de l’industrie.

    Et il existe un risque plus fondamental encore : que l’abondance finisse par affaiblir la valeur que nous accordons à l’acte même d’écrire et de lire. Si une machine peut produire en quelques secondes un texte aussi convaincant qu’un auteur humain, pourquoi celui-ci consacrerait-il des années à écrire ? Et pourquoi le lecteur consacrerait-il des heures à lire, s’il peut obtenir immédiatement un texte équivalent, ou son résumé, à la demande ?

    La réponse tient peut-être à une chose que la seule qualité du résultat ne suffit pas à mesurer : l’origine. Nous ne lisons pas uniquement pour recevoir de l’information ou des phrases bien tournées. Nous lisons aussi pour rencontrer quelqu’un, pour découvrir ce qu’un autre être humain a pensé, ressenti et jugé suffisamment important pour prendre le temps de nous le transmettre.

    Dans cet univers, l’éditeur ne vend donc plus seulement un texte.

    Il vend une sélection, une vérification et une promesse : ce livre mérite votre temps.

    dimanche 5 juillet 2026

    La Cour de justice de l'UE donne une portée très large à l'interdiction de RT

    Le 2 juillet 2026, la Cour de justice de l’Union européenne a rendu un arrêt (affaire C-67/25, Traugott Ickeroth) qui élargit considérablement la portée de l’interdiction de diffusion des contenus de la chaîne internationale russe RT au sein de l'Union européenne.

    Sous couvert de lutte contre la « propagande russe », la CJUE pose un principe aux conséquences potentiellement très étendues : quiconque met à la disposition du public des contenus de RT, même gratuitement, à petite échelle et sans but lucratif, peut être considéré comme un « opérateur » et faire l'objet de poursuites.

    Les faits : trois « criminels » allemands

    L'affaire concerne trois personnes poursuivies en Allemagne pour avoir diffusé à plusieurs reprises, sur un site internet accessible gratuitement au public et financé exclusivement par des dons, des vidéos provenant de RT Deutsch.

    Il ne s'agissait ni d'un média professionnel d'envergure ni d'une opération financée par Moscou, mais de simples particuliers ayant choisi de relayer des contenus interdits par l'Union européenne.

    Parmi les exemples évoqués dans le débat public figurent notamment des vidéos anodines de résultats de football. La juridiction allemande a demandé à la CJUE si ces personnes pouvaient réellement être qualifiées d'« opérateurs » au sens du règlement européen instituant les sanctions.

    La réponse de la Cour : une interprétation maximaliste

    La CJUE répond sans ambages:

    • La notion d'« opérateur » couvre toute personne responsable, directement ou indirectement, de la mise à disposition de contenus.
    • Peu importe que l'activité soit non lucrative, financée par des dons, ou que la diffusion soit limitée dans le temps ou en audience.
    • L'objectif est d'empêcher toute propagation de la « propagande » russe afin de protéger « l'ordre et la sécurité publics » de l'Union.
    • En pratique, republier un contenu de RT sur un blog personnel, l'héberger sur un site ou le relayer sur les réseaux sociaux peut donc, en théorie, relever de cette interdiction.

    Critiques et contradictions

    Une atteinte à la liberté d'expression

    La Cour reconnaît implicitement qu'il s'agit d'une restriction à la liberté d'expression, mais la juge proportionnée. Le contrôle de proportionnalité en matière de sanctions laisse une large marge d’appréciation aux institutions politiques de l’Union. Le test d’aptitude et de nécessité, appliqué dans ce contexte de « proportionnalité », tend à accorder un poids déterminant à l’objectif poursuivi tel que défini par le Conseil, ce qui peut conduire à un contrôle juridictionnel relativement peu intrusif sur l’atteinte concrète aux libertés fondamentales.

    Pourtant, interdire également des contenus sportifs ou culturels relève davantage d'une censure visant un média d'État que d'une mesure ciblée contre la désinformation liée à un conflit armé. La BBC, France 24 ou Al Jazeera, par exemple, ne font pas l'objet d'interdictions comparables, alors même que leurs lignes éditoriales peuvent également être jugées orientées.

    Une démocratie aux principes variables

    Les mêmes institutions qui invoquent régulièrement les « valeurs européennes » et la liberté d'expression, y compris lorsqu'elles critiquent les États-Unis ou Elon Musk, valident ici une interdiction d'une portée particulièrement large.

    Un média russe est interdit, tandis que continuent de circuler sur les mêmes plateformes des contenus de propagande chinoise, qatarie, turque ou islamiste radicale, parfois bien plus virulents. Sans parler d'autres formes de propagande qui ne sont pas nécessairement étrangères ou gouvernementales.

    La démocratie se défendrait-elle en interdisant certaines opinions ? Cet argument est fréquemment avancé par des régimes autoritaires.

    Un effet Streisand prévisible

    En faisant de RT un média « martyr », l'Union européenne incite les citoyens les plus curieux à consulter ses contenus par l'intermédiaire de VPN, de Telegram ou de sites miroirs. RT est visible sur X au Canada.


    Le résultat pourrait être paradoxal : renforcer l'influence de RT auprès des personnes déjà sceptiques à l'égard des institutions européennes, au lieu de la combattre par la transparence et le débat contradictoire.

    Un risque de dérive

    Cet arrêt crée un précédent dont la portée pourrait dépasser le seul cas de RT.

    Demain, un autre règlement de sanctions pourrait viser un média américain, hongrois, italien ou polonais considéré comme « problématique ». Une définition aussi large de la notion d'« opérateur » est susceptible de faire peser sur tout citoyen un risque pénal pour un simple partage de contenu.

    Conséquences pratiques

    Pour les particuliers : un risque réel de poursuites pénales en Allemagne et, potentiellement, dans d'autres États membres appliquant strictement ces sanctions.

    Pour les plateformes (X, Telegram, etc.) : une pression accrue afin de « modérer » de manière active les contenus liés à RT. X, déjà dans le collimateur de Bruxelles, s'expose à d'importantes sanctions si ces contenus ne sont pas supprimés suffisamment rapidement.

    Pour la liberté sur internet : un pas supplémentaire vers un internet plus étroitement surveillé et davantage contrôlé par la Commission européenne.

    Conclusion

    Cet arrêt est juridiquement cohérent avec la logique des sanctions européennes, mais il demeure politiquement et philosophiquement contestable.

    Il illustre, selon ses détracteurs, une dérive de l'Union européenne qui, au nom de la défense de la démocratie, recourt à des méthodes rappelant celles des régimes qu'elle critique : interdiction de médias, interprétation extensive des interdictions et pénalisation de simples citoyens.

    La meilleure arme contre la propagande reste la possibilité de lui opposer d'autres discours, non son interdiction.

    En choisissant une politique de censure étendue, l'Union européenne donne, selon cette analyse, le sentiment de douter de la capacité de ses propres citoyens à exercer leur esprit critique et à distinguer le vrai du faux. Un aveu d'impuissance démocratique que ses détracteurs jugent préoccupant.



    jeudi 25 juin 2026

    Le manifeste du tueur de Côte-des-Neiges à Montréal : hypergamie, anticapitalisme et terrorisme révolutionnaire


    La fusillade de Côte-des-Neiges : trois morts et un manifeste de 104 pages


    Le 22 juin 2026, vers 11 h 35, une fusillade meurtrière a éclaté dans le quartier de Côte-des-Neiges à Montréal, à proximité du Hilton Garden Inn et du siège d’Aylo, société propriétaire de Pornhub. L’auteur de l’attaque, Seth Scott Hatfield, était armé d’une carabine semi-automatique SKS et avait préparé son opération depuis plusieurs semaines.

    Selon les informations rendues publiques par les enquêteurs, Hatfield avait séjourné dans un hôtel du secteur avant de passer à l’action. Après avoir ouvert le feu, les événements ont rapidement pris la forme d’une attaque ciblant les forces de l’ordre. Une importante intervention policière a suivi et l’assaillant a finalement été abattu.

    Le bilan humain est lourd : le policier montréalais Mohamed Lamine Benredouane, âgé de 34 ans, a été tué dans l’exercice de ses fonctions ; Michel Moshe Mizrahi, 38 ans, membre bien connu de la communauté juive montréalaise, a également perdu la vie. Une policière a été grièvement blessée. L’assaillant a lui-même été abattu par les forces de l’ordre.

    Dans sa chambre d’hôtel, les enquêteurs ont découvert un manifeste de 104 pages intitulé Manifesto of June 22nd. Ce document, rédigé avant l’attaque, expose les motivations idéologiques de son auteur et constitue la principale source permettant de comprendre son raisonnement politique et social.

    Seth Hatfield : du campus universitaire à l'attentat

    Seth Scott Hatfield était un homme de 25 ans originaire de Lethbridge, en Alberta. Étudiant en philosophie à l’Université de Lethbridge, il figurait notamment sur la liste d’honneur du doyen. Les témoignages recueillis après l’attentat le décrivent généralement comme une personne intelligente, introvertie, solitaire et fortement investie dans les débats idéologiques.

    À première vue, rien ne le destinait à devenir l’auteur d’un attentat. Aucun passé criminel significatif n’était connu publiquement. Toutefois, son manifeste révèle un processus de radicalisation intellectuelle déjà avancé depuis plusieurs années.

    Contrairement à l’image parfois donnée d’un individu mû principalement par une rancœur personnelle ou sentimentale, Hatfield cherchait manifestement à inscrire son geste dans une vision globale du monde. Son texte ne se limite pas à des plaintes sur sa propre situation ; il prétend développer une théorie générale de l’histoire humaine, de l’économie, des rapports entre les sexes, du capitalisme moderne et de la révolution politique.

    Le document est structuré comme un essai idéologique : chapitres, définitions, références historiques, citations d’auteurs, notes de bas de page et bibliographie. Hatfield cherche visiblement à présenter ses thèses sous une apparence intellectuelle et systématique. Cette volonté de construire une doctrine cohérente distingue son texte de nombreux manifestes criminels plus improvisés ou purement autobiographiques.

    L'angle des médias de grand chemin : misogynie et mouvance incel

    Dans les jours ayant suivi la fusillade, la majorité des grands médias québécois et canadiens ont principalement insisté sur la dimension incel, misogyne et antiféministe du manifeste. 20minutes parle d'un manifeste « masculiniste ».

    Les titres ont souvent évoqué un « attentat incel », un « manifeste anti-femmes » ou encore la haine des femmes. L’accent a été mis sur les passages consacrés à l’hypergamie, à la solitude masculine et à la critique du féminisme. Plusieurs reportages ont rapproché l’événement d’autres actes de violence associés à des milieux masculins radicalisés ou à la mouvance incel (célibataires involontaires).

    Cette lecture n’est pas entièrement erronée. Le manifeste contient effectivement de nombreux développements consacrés aux rapports hommes-femmes, à l’hypergamie, à la critique du féminisme contemporain et à ce que Hatfield considère comme l’effondrement de la monogamie.

    Toutefois, cette présentation tend à laisser dans l’ombre une partie importante du document. Celui-ci ne se réduit pas à une dénonciation des femmes ou du féminisme. Une grande partie de ses 104 pages est consacrée à des questions économiques, historiques et révolutionnaires. Le texte mobilise abondamment le vocabulaire du marxisme, développe une critique systématique du capitalisme moderne, dénonce la bourgeoisie, attaque la pornographie comme industrie et contient également des passages visant les « sionistes » ou ce qu’il appelle parfois une « classe judéo-bourgeoise ».

    La focalisation quasi exclusive sur la dimension incel par les gros médias a ainsi conduit une partie du public à percevoir le manifeste comme un simple document de haine antiféministe, alors que son contenu réel est plus vaste, plus complexe et parfois plus contradictoire (ou plus syncrétiques).

    Au-delà du label « incel » : le contenu réel du manifeste

    mardi 16 juin 2026

    France : Excel­lence Rura­li­tés (hors contrat) contre vents et marées face au décro­chage sco­laire


    Der­nier-né du réseau Excel­lence Rura­li­tés, fondé par Hervé Catala et Jean-Bap­tiste Nouail­hac, le col­lège hors contrat [non subventionné en France] Vau­ban accueille depuis sep­tembre der­nier 10 élèves de 6e et 5e dans la com­mune d’Étang-sur-Arroux, en Saône-et-Loire [centre de la France], où vivent 1 800 habi­tants. Sa pro­messe : « Des petits effec­tifs, un accom­pa­gne­ment per­son­na­lisé et une péda­go­gie adap­tée », sur un ter­ri­toire où l’offre édu­ca­tive est réduite, notam­ment pour des enfants à besoins par­ti­cu­liers. « Chez nous, la quasi-tota­lité des enfants ont des troubles de l’appren­tis­sage, explique Marie de Seroux, direc­trice de l’éta­blis­se­ment. Notre objec­tif est d’accueillir et d’offrir une sco­la­rité à des enfants qui n’ont de place nulle part, pas l’inverse. Nous n’avons pas pour objec­tif de vider les classes de l’école publique. »


    Le secret de réus­site de l’éta­blis­se­ment est de remettre au goût du jour des méthodes tra­di­tion­nelles. Ici, tous les enfants sont en uni­forme. Quatre polos blancs, deux pulls bor­deaux et une jupe ou un pan­ta­lon gris sont four­nis par l’école contre 120 euros. Les parents doivent se pro­cu­rer eux-mêmes les chaus­sures, sombres et sans marque. Le lundi matin, le rituel de la levée des cou­leurs au son de La Mar­seillaise ouvre la semaine. Les cours com­mencent à 8 heures et ter­minent à 16 h 30, après une heure d’étude diri­gée. « L’orga­ni­sa­tion est plus simple pour les parents et les enfants, puisque l’emploi du temps est tou­jours le même. Nous pou­vons ainsi accom­pa­gner à pied, matin et soir, tous les élèves qui viennent en train à la gare d’Étang », explique Dorian Maillot, pro­fes­seur de mathé­ma­tiques.

    Enfin, règle d’or pour l’équipe péda­go­gique de l’éta­blis­se­ment : les ensei­gnants sont éga­le­ment des «édu­ca­teurs». Dans la cour de récréa­tion, les pré­ado­les­cents jouent encore à chat ou à la gamelle. Les élèves se mélangent volon­tiers, mais ils sont rare­ment seuls. «Je chausse mes bas­kets, et j’y vais!», lance Dorian Maillot, avant de rejoindre deux d’entre eux pour une par­tie de foot­ball. « Au début, ils me bat­taient, mais fina­le­ment, j’ai repris le des­sus », sou­rit l’ensei­gnant. À midi, élèves et pro­fes­seurs par­tagent la même table. Des moments de com­pli­cité impor­tants pour les enfants. « Il y a un esprit super fami­lial ici. On joue tous ensemble, sans se juger les uns et les autres, à l’inverse d’un col­lège nor­mal où tout le monde reste dans son coin à se racon­ter des potins », se réjouit Anas­ta­sia, élève de 5e.

    Chaque ven­dredi après-midi, les col­lé­giens sortent le nez de leurs cahiers pour pro­fi­ter d’un ate­lier ludique animé par un ensei­gnant. Cou­ture, cui­sine, réno­va­tion de meubles, jar­di­nage… « Aujourd’hui, c’est cla­fou­tis ! », lance Louis, élève de 6e, en dénoyau­tant les cerises appor­tées par Anas­ta­sia. De l’autre côté du jar­din, Loan visse rigou­reu­se­ment les planches arra­chées d’une palette pour consti­tuer un bac de com­pos­tage. « C’est mon moment pré­féré de la semaine. J’adore les tra­vaux manuels et pas­ser du temps dehors», confie-t-il.

    La méthode a déjà fait ses preuves ailleurs en France. Le pre­mier col­lège d’excel­lence Rura­li­tés, bap­tisé Cours Clo­vis, a vu le jour en 2017 à La Fère, dans l’Aisne [dans le Nord du pays]. Ins­tallé dans un ancien maga­sin Lidl, il accueille aujourd’hui des élèves du CP à la 3e. Le lieu d’implan­ta­tion a été mûre­ment réflé­chi : cette com­mune de 3000 habi­tants comp­tait alors 37% de décro­chage sco­laire. En 2022, le Cours Alié­nor d’Aqui­taine a vu le jour dans l’ancienne école com­mu­nale d’esse (500 habi­tants), en Cha­rente.

    Le Cours Vau­ban, lui, a trouvé sa place dans un champ, où cinq Algeco [modules préfabriqués] ont été amé­na­gés som­mai­re­ment. « On essaie de déco­rer comme on peut, on colle des cartes de France ou des pro­duc­tions des élèves pour habiller les murs », sou­rit Aline Bou­he­ret, ensei­gnante de français. Les chaises et les tables sont issues de la récu­pé­ra­tion quand la vais­selle et l’équi­pe­ment de la kit­che­nette – les élèves apportent cha­cun leur repas à l’école – ont été chi­nés ou don­nés par les parents. Deux autres Algeco seront ins­tal­lés cet été, pour accueillir les futures classes de 4e et 3e qui ouvri­ront à la ren­trée 2026 pour l’une et en sep­tembre 2027 pour l’autre.

    Si l’éta­blis­se­ment privé hors contrat ne reçoit, par défi­ni­tion, aucune aide de l’état, les frais de sco­la­rité, cal­cu­lés en fonc­tion du quo­tient fami­lial, ne sont que de 30 à 90 euros par mois. En moyenne, ces tarifs sont plus proches de ceux d’un col­lège privé sous contrat, quand une sco­la­rité hors contrat coûte entre 400 et 800 euros par mois. « Cela nous a confor­tés dans notre choix d’y ins­crire notre fils », indique François Lal­le­mand, ingé­nieur en BTP et père d’étienne, élève de 5e, diag­nos­ti­qué TDAH (trouble défi­cit de l’atten­tion avec ou sans hyper­ac­ti­vité). Excel­lence Rura­li­tés fonc­tionne grâce au mécé­nat et aux dons de par­ti­cu­liers (L’Oréal, Fonds du bien com­mun – détenu par le mil­liar­daire conser­va­teur Pierre-Édouard Sté­rin –, Hel­lio…), qui repré­sentent «90% de nos finances», explique Jean-bap­tiste Nouail­hac.

    Mal­gré son action « à voca­tion sociale », comme l’indique son direc­teur géné­ral, le réseau est sous le feu des cri­tiques depuis plu­sieurs mois. D’abord en rai­son de la par­ti­ci­pa­tion finan­cière de Pierre-Édouard Sté­rin, véri­table épou­van­tail de la gauche média­tique. Le 15 avril der­nier, Media­part titrait un article «Excel­lence Rura­li­tés, l’ensei­gne­ment tra­di­tio­na­liste qui fleu­rit là où l’école publique est en souf­france », dans lequel il assu­rait que le pro­jet édu­ca­tif «lar­ge­ment financé par le mil­liar­daire d’extrême droite Pierre-Édouard Sté­rin, veut mener la bataille idéo­lo­gique dans des régions où l’édu­ca­tion natio­nale est à la peine ». Un mois plus tard, Libé­ra­tion égra­ti­gnait à son tour Excel­lence Rura­li­tés dans une tri­bune inti­tu­lée « Ne lais­sons pas les écoles rurales à l’extrême droite de Pierre-Édouard Sté­rin». Par ailleurs, des carences péda­go­giques et des man­que­ments en matière d’hygiène, de sécu­rité et de suivi des élèves ont été rele­vés dans des rap­ports d’ins­pec­tion de l’édu­ca­tion natio­nale, notam­ment au sein du Cours Alié­nor d’aqui­taine. Le rec­to­rat de Bor­deaux a saisi le pré­fet pour envi­sa­ger une éven­tuelle fer­me­ture admi­nis­tra­tive. Direc­teur de l’éta­blis­se­ment, Phi­lippe Sauer assure avoir pris les mesures néces­saires : « Venez voir à quoi res­semblent nos écoles, vous ver­rez que nos élèves s’y sentent bien. Nous avons répondu à tous les man­que­ments sou­le­vés lors des ins­pec­tions de 2023, 2025 et du mois de mai der­nier. »

    Le Cours Vau­ban, der­nier-né du réseau, n’est pas épar­gné par la cri­tique. «Cer­taines per­sonnes sont per­sua­dées que nous nous sommes ins­tal­lés là pour poli­ti­ser les enfants et que nous leur dis­pen­sons une édu­ca­tion ultra-catho­lique, ce qui est faux. Nous sommes une école laïque », avance Marie de Seroux. Pour Pierre-françois Chanu, direc­teur péda­go­gique au sein du réseau, les méthodes employées «n’ont rien d’idéo­lo­giques» ni « d’antan ». « Nous uti­li­sons la méthode syl­la­bique pour apprendre à lire, comme c’était le cas autre­fois. À l’inverse, en mathé­ma­tiques, nous pré­fé­rons la méthode Shan­ghai, qui date des années 2000», détaille-t-il.

    Excel­lence Rura­li­tés peut comp­ter sur le sou­tien de ses ensei­gnants et des parents d’élèves. « Notre équipe reste sou­dée. Nous savons pour­quoi nous avons choisi cette école », confie Paul Pré­di­gnac, ensei­gnant en his­toi­re-­géo­gra­phie à Esse depuis la ren­trée der­nière. Même son de cloche chez Can­dice Debock, mère de trois élèves sco­la­ri­sés au Cours Clo­vis depuis cinq ans. « Cet éta­blis­se­ment a été une chance pour nous d’offrir une meilleure édu­ca­tion à nos enfants multi-dys. Depuis qu’ils suivent leur sco­la­rité, ils sont méta­mor­pho­sés », sou­ligne-t-elle. Et cela paie : l’été der­nier, Excel­lence Rura­li­tés se féli­ci­tait des résul­tats au bre­vet de ses élèves, avec une moyenne de 14,1 sur 20 au Cours Clo­vis et de 12,4 au Cours Alié­nor d’Aqui­taine. 

    Source : Le Figaro

    vendredi 5 juin 2026

    Les accusations fédérales américaines visant le Southern Poverty Law Center (SPLC)

    Les accusations fédérales visant le Centre juridique contre la pauvreté dans le Sud (SPLC) en 2026 jettent une lumière particulièrement troublante sur certaines méthodes employées au nom de la lutte contre l’extrémisme. Longtemps présenté comme une référence morale et institutionnelle dans le combat contre les groupes suprémacistes blancs, le SPLC est aujourd’hui accusé par le Département de la Justice américain (DOJ) d’avoir entretenu, financé et parfois facilité les activités mêmes qu’il dénonçait publiquement.


    Selon l’acte d’accusation fédéral, le SPLC aurait mis en place, pendant plus d’une décennie, un vaste système de paiements clandestins à des membres ou dirigeants de groupes extrémistes infiltrés comme «informateurs». Les montants évoqués atteindraient plusieurs millions de dollars entre 2010 et 2023. Une partie de ces fonds aurait transité par des sociétés-écrans, des comptes dissimulés ou des intitulés administratifs trompeurs destinés à masquer la véritable nature des dépenses.

    L’un des éléments les plus frappants du dossier concerne l’usage présumé de fausses descriptions professionnelles pour dissimuler ces paiements. Selon les procureurs, certains bénéficiaires liés à des groupes néo-nazis ou au Ku Klux Klan apparaissaient dans les documents comptables sous des appellations anodines ou fictives, comme des spécialistes de livres rares (« rare books specialists ») ou des consultants indépendants. L’accusation soutient que ces mécanismes avaient pour but de tromper les banques, les auditeurs et surtout les donateurs du SPLC sur la destination réelle des fonds.

    Le DOJ affirme également que certains informateurs n’étaient pas de simples observateurs passifs infiltrés dans des organisations extrémistes, mais des acteurs pleinement intégrés à leur fonctionnement. Des remboursements auraient notamment concerné l’achat de robes et capuches du KKK, du matériel utilisé lors de « incendies de croix » (croix brûlées), ainsi que diverses dépenses logistiques liées à des rassemblements ou à des activités de recrutement.

    Plus troublant encore, les procureurs soutiennent que certains individus ayant exprimé le souhait de quitter ces organisations auraient été incités à y rester afin de préserver leur utilité comme sources rémunérées. Autrement dit, selon l’accusation, l’objectif n’aurait pas seulement été de surveiller des groupes extrémistes existants, mais aussi de maintenir actifs certains réseaux afin de continuer à produire du renseignement ou des sources d'incidents — et, indirectement, la justification de la mission du SPLC lui-même.

    Le cas de l’informateur désigné « F-37 » occupe une place centrale dans l’acte d’accusation. Cet individu, rémunéré pendant plusieurs années par le SPLC à hauteur de plusieurs centaines de milliers de dollars selon les procureurs, aurait participé aux discussions préparatoires entourant le rassemblement « Unite the Right » de Charlottesville en août 2017. D’après le DOJ, il faisait partie de canaux de coordination utilisés par les organisateurs, aurait contribué à certains aspects logistiques du déplacement de militants et publiait des contenus racistes dans le cadre de ses activités d’infiltration ou de provocation.

    C’est ici que l’affaire prend une dimension particulièrement sensible. La défense du SPLC affirme que ces méthodes relevaient de techniques classiques d’infiltration destinées à surveiller des groupes potentiellement violents et à transmettre des renseignements aux autorités. Mais les procureurs suggèrent une lecture beaucoup plus grave : celle d’une organisation qui aurait dépassé la simple observation pour devenir, dans certains cas, un acteur indirect du maintien ou de la dynamique de ces mouvements.

    Les critiques du SPLC vont plus loin encore. Elles soulignent que l’organisation a connu une croissance financière spectaculaire au cours des années marquées par la forte médiatisation de la montée de l’extrême droite américaine. Pour ses détracteurs, cette coïncidence alimente une question dérangeante : une organisation dont les ressources, l’influence médiatique et la capacité de collecte de fonds dépendent largement de l’existence d’une menace extrémiste peut-elle être tentée d’entretenir, consciemment ou non, l’écosystème qu’elle combat publiquement ?

    Les procureurs ne prétendent pas que le SPLC aurait « créé » à lui seul le suprémacisme blanc américain. En revanche, l’acte d’accusation suggère qu’en rémunérant durablement certains militants radicaux, en finançant indirectement certaines de leurs activités et en maintenant sous perfusion des réseaux infiltrés, l’organisation aurait contribué à préserver ou amplifier des structures extrémistes dont elle tirait parallèlement une partie importante de sa légitimité publique et de ses revenus.

    Le SPLC rejette catégoriquement ces accusations et plaide non coupable. L’organisation soutient que les paiements incriminés relevaient d’opérations de renseignement indispensables pour prévenir des violences et surveiller des groupes dangereux. Elle affirme également avoir coopéré avec les forces de l’ordre fédérales et considère les poursuites comme politiquement motivées.

    Le procès devra déterminer si ces pratiques relevaient d’un programme d’infiltration agressif mais légal, ou si elles ont franchi une ligne plus grave : celle où la lutte contre l’extrémisme cesse d’être une simple surveillance pour devenir un système contribuant lui-même, directement ou indirectement, à la survie des mouvements qu’il prétend combattre.

     L'issue judiciaire est incertaine, et cette poursuite est engagée par une administration Trump notoirement hostile à l'organisation. Ces réserves sont nécessaires. Mais elles ne dissolvent pas la question structurelle. La SPLC dispose d'un patrimoine de plus de 700 millions de dollars. Son modèle économique dépend des dons, lesquels dépendent de la visibilité de la menace raciste. Une organisation qui combat le racisme et qui dépend financièrement de l'existence du racisme a, structurellement, davantage intérêt à étendre la définition du problème qu'à le résoudre. 

    Historique de critiques et de controverses

    Le Southern Poverty Law Center (SPLC) fait depuis longtemps l’objet de critiques l’accusant d’avoir progressivement évolué d’un organisme de surveillance des mouvements extrémistes vers une organisation militante fortement polarisée, centrée sur la collecte de fonds et la mobilisation politique.

    Une définition controversée des « groupes haineux »

    L’un des principaux reproches adressés au SPLC concerne l’extension progressive de la catégorie des « groupes haineux ». Ses détracteurs lui reprochent de ne plus se limiter à des organisations explicitement néonazies ou suprémacistes, mais d’y inclure également des associations conservatrices traditionnelles engagées dans les débats sur l’avortement, la religion, l’identité sexuelle ou l’éducation.

    Parmi les organisations régulièrement citées figurent notamment Family Research Council, Alliance Defending Freedom, certains groupes opposés à l’avortement ou encore Moms for Liberty. Les critiques estiment que cette classification contribue à placer sur un même plan des mouvements violents et des organisations participant au débat public légal et institutionnel.

    Selon ces observateurs, cette extension de la notion de « haine » aurait pour effet de gonfler artificiellement les statistiques sur l’extrémisme tout en servant à discréditer des adversaires idéologiques. Plusieurs médias ou commentateurs non conservateurs, y compris dans des publications comme Politico ou The New Yorker, ont également exprimé des réserves sur certaines méthodes ou classifications employées par le SPLC.

    Crises internes et accusations de culture toxique

    Le SPLC a aussi été secoué par d’importantes controverses internes. En 2019, son cofondateur Morris Dees a été licencié dans un contexte marqué par des accusations de harcèlement sexuel, de discrimination raciale et de mauvaise gestion interne.

    À la suite de son départ, plusieurs employés et anciens salariés ont décrit une culture organisationnelle qu’ils jugeaient toxique, dénonçant notamment des tensions raciales, des comportements sexistes et un écart important entre le discours public de l’organisation et son fonctionnement interne.

    Ces révélations ont provoqué une crise majeure de gouvernance et conduit le SPLC à annoncer plusieurs réformes administratives et structurelles.

    Critiques sur la gestion financière et les campagnes de collecte

    Le SPLC est également critiqué pour l’ampleur de ses ressources financières. L’organisation dispose depuis plusieurs années de revenus annuels très élevés ainsi que d’importantes réserves financières et patrimoniales.

    Ses détracteurs soutiennent qu’une part relativement limitée de ces ressources serait consacrée à des actions judiciaires directes ou à une assistance concrète aux victimes, comparativement aux montants investis dans la communication, la collecte de fonds et le développement institutionnel.

    L’organisation est ainsi régulièrement accusée d’utiliser des campagnes de sensibilisation alarmistes sur la montée de l’extrémisme afin de stimuler les dons et d’entretenir un climat d’urgence favorable à ses activités de financement. Le SPLC rejette ces accusations et affirme que ses ressources sont nécessaires pour assurer la surveillance des mouvements extrémistes, produire des recherches, soutenir des actions éducatives et financer des procédures judiciaires de longue durée.

    Des relations souvent jugées complaisantes avec les grands médias de gauche

    mardi 2 juin 2026

    Belgique — Quand la vérité des faits ne protège plus la liberté d’expression

    Le tribunal correctionnel de Louvain a condamné, mardi le 26 mai, l'ancien député Dries van Langenhove (ci-contre) à une amende de 4 000 euros pour incitation à la haine et à la violence fondée sur la race, la couleur de peau ou l’ascendance ethnique, ainsi que pour diffusion d’idées fondées sur la haine raciale. 

    Les faits remontent à une conférence donnée le 28 février 2024 à la KU Leuven (l'Université catholique de Louvain néerlandophone), à l’invitation de l’association étudiante nationaliste NSV. Initialement annoncée sur le thème de l’agriculture régénérative, l’intervention a ensuite dérivé vers une critique virulente de l’immigration de masse et de ses conséquences sur la criminalité, la qualité de l’enseignement, le logement et la sécurité sociale en Flandre.

    Parmi les propos tenus figuraient plusieurs exemples devenus centraux dans le dossier : une comparaison sur l’attention portée qu'une personne attacherait à son téléphone mobile selon l’apparence « flamande » ou « rom » des personnes demandant leur chemin, la surreprésentation allochtone parmi les auteurs d’infractions, ou encore certaines disparités statistiques concernant les Noirs en prison ou au chômage. Van Langenhove dit n'avoir énoncé que « de simples faits », tirés d'études scientifiques et de données officielles.

    Le jugement du tribunal reconnaît implicitement cette dimension. Le juge souligne en effet que, « même à supposer » que les déclarations reposent sur des preuves scientifiques et des statistiques, cela « n’enlève rien à ce qui précède ». Ce n’est pas la fausseté des informations qui est reprochée, mais la manière de les présenter, jugée susceptible de créer un climat d’intolérance ou de dénigrement envers des groupes protégés par la loi antiracisme de 1981. Le magistrat relève notamment l’établissement de liens de causalité entre « superdiversité » et problèmes sociétaux, ainsi que des affirmations sur des différences entre groupes ethniques — par exemple à propos des ponts en Afrique ou des performances différenciées.

    Dirk Voorhoof, professeur émérite de droit des médias à l’Université de Gand, approuve cette analyse. Selon lui, le caractère répréhensible réside dans l’interprétation des faits et les conclusions qui en sont tirées, lesquelles s’inscrivent dans une logique de division et d’incitation à la haine. Le jugement rappelle, en s’appuyant sur la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qu’il n’est pas nécessaire d’appeler explicitement à des actes de violence : la création d’une « attitude générale d’intolérance » suffit. 

    Présentation tronquée des médias de grand chemin

    La grande majorité des médias traditionnels belges s'est arrêtée à cette présentation. L’article du Standaard (journal de référence, autrefois catholique et conservateur) donne une voix quasi-exclusive à un expert qui valide la décision (Voorhoof). Nul contre-expert pour critiquer la portée de la condamnation sur la liberté d’expression, ni d’analyse plus nuancée sur les données statistiques évoquées (sur-représentation dans la criminalité, différences de résultats scolaires, sportifs, etc.). C’est un défaut classique de couverture médiatique belge sur ces sujets : on y présente les jugements dans ces matières sensibles comme une application évidente et légitime de la loi anti-racisme, avec des experts dûment choisis qui expliquent ou confirment le bien-fondé des jugements, sans vraiment explorer les contre-arguments. 

    Des voix critiques s’élèvent pourtant

    Cette motivation suscite pourtant un malaise croissant, y compris au-delà des cercles habituels de soutien à Van Langenhove. Bart Eeckhout, éditorialiste en chef du journal De Morgen (centre-gauche), a qualifié la condamnation pour incitation à la haine d’injustice, malgré son opposition claire aux idées de l’intéressé. Le philosophe Maarten Boudry, souvent classé à gauche, a dénoncé sur les réseaux sociaux le risque de transformer en délit la discussion de statistiques ethniques publiques : « Dans un pays libéral, on ne condamne pas quelqu’un pour avoir évoqué la surreprésentation de certains groupes dans les statistiques criminelles. Ce n’est pas au juge de fermer le débat sur la dimension ethnique ou culturelle de la criminalité. »

    mardi 17 mars 2026

    « France, Belgique, Allemagne : l'occident autoritaire ? »

    Mathieu Bock-côté évoque plusieurs incidents récents.

    mardi 24 février 2026

    Radio-Canada, le PLQ et QS : annonces catastrophistes sur l'effet des restrictions en immigration sur l'école

    Dans un paysage médiatique où les titres accrocheurs occupent souvent le devant de la scène, il arrive que Radio-Canada adopte un angle de traitement qui met surtout en relief les critiques envers les politiques d’immigration du gouvernement québécois. Récemment, la société d’État a publié un article intitulé « Fin du PEQ : une situation “catastrophique” en éducation, dit l’opposition », relayant largement les réactions de certains partis à la disparition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Présentée comme l’annonce d’un grave problème pour le réseau scolaire, cette situation mérite toutefois d’être examinée avec un peu de recul : s’agit-il d’une analyse équilibrée ou d’une amplification d’un discours politique particulier ? Un regard attentif sur les faits et le contexte permet de mieux distinguer ce qui relève du constat et ce qui tient davantage de l’interprétation.


    Le cœur de l’annonce : une « catastrophe » annoncée


    Selon l’article de Radio-Canada, publié récemment, près de 1 000 employés du réseau scolaire québécois — dont plus de 200 enseignants et plus de 700 membres du personnel de soutien issus de l’immigration — pourraient voir leurs permis de travail expirer en 2026. Cette situation découlerait de la fin du PEQ, remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).

    Les critiques les plus appuyées proviennent notamment de la gauche radicale Québec solidaire et du Parti libéral du Québec, parti immigrationiste appuyé par à peine 10 à 20 % des francophones. Ruba Ghazal, co-porte-parole de QS, a ainsi déclaré : « C’est catastrophique ! On est en train de nuire au Québec, à nos enfants dans nos écoles. On nuit à nos entrepreneurs, à notre économie, à nos services publics, c’est ridicule ! » De son côté, Madwa-Nika Cadet, du PLQ, a demandé au gouvernement d’accorder rapidement une clause de droits acquis, jugeant la situation « absolument inacceptable ».

    L’article du diffuseur gouvernemental fédéral met l’accent sur l’incertitude qui touche ces travailleurs temporaires arrivés notamment par le Programme des travailleurs étrangers temporaires. Le risque évoqué est celui de départs forcés qui viendraient accentuer la pénurie de main-d’œuvre en éducation. On y cite des exemples, notamment d'enseignants immigrés en Montérégie ou à Montréal confrontés à des délais administratifs importants. Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, est également critiqué pour ne pas avoir étendu au personnel scolaire les garanties accordées au secteur de la santé, où 6 300 employés ont bénéficié d’une clause dite « grand-père ».

    Un contexte nettement plus nuancé : la réalité des politiques d’immigration

    Ces chiffres — compilés par Radio-Canada à partir de données provenant de 10 centres de services scolaires sur 72 — peuvent sembler préoccupants à première vue, mais ils doivent être replacés dans un cadre plus large. Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec a annoncé en novembre 2025 une réduction des seuils d’immigration permanente à 45 000 personnes par an jusqu’en 2029, soit 15 000 de moins qu’auparavant, dans l’objectif déclaré d’alléger la pression sur les services publics.

    Cette décision s’appuie notamment sur certains constats : en 2025, le ministre Roberge indiquait que 62 000 enfants de résidents temporaires fréquentaient le système scolaire québécois, ce qui avait nécessité l’embauche d’environ 4 500 enseignants supplémentaires. Les flux migratoires temporaires, encouragés par certaines politiques fédérales mises en place après 2016, n’ont pas résolu les pénuries de main-d’œuvre ; dans plusieurs cas, ils ont aussi accru la demande en logement, en soins de santé et en services éducatifs.

    L’abolition du PEQ vise ainsi à privilégier une immigration plus ciblée par l’entremise du PSTQ, avec 29 000 invitations prévues en 2026. Le secteur de l’éducation fait d’ailleurs partie des priorités annoncées par le gouvernement le 30 janvier 2026, notamment pour les enseignants du primaire et du secondaire. Parmi les 221 déclarations d’intérêt admissibles soumises par des enseignants, 84 invitations avaient déjà été envoyées depuis juillet 2025.

    Dès lors, la question se pose : faut-il parler d’une « catastrophe » ? Certains acteurs politiques le soutiennent, mais d’autres observateurs invitent à nuancer ce diagnostic. En août 2025, le ministre Bernard Drainville évoquait déjà plus de 4 000 postes d’enseignants vacants à la rentrée, un chiffre néanmoins en baisse par rapport aux années précédentes grâce à des efforts de recrutement local. La perte potentielle d’environ 1 000 employés issus de l’immigration dans un réseau qui compte plus de 92 000 postes (données de 2025) représente un défi réel, mais pas un effondrement du système. Des spécialistes, dont l’avocat en immigration Yves Martineau, parlent plutôt d’une situation incertaine, tout en rappelant l’existence de voies alternatives par le PSTQ.

    Une couverture médiatique à examiner avec prudence

    Au-delà du débat politique, certains estiment que la manière dont la question est présentée dans les médias peut accentuer une perception d’urgence ou de crise. Dans ce cas précis, Radio-Canada a surtout mis en avant les réactions les plus alarmistes provenant de partis généralement favorables à des niveaux d’immigration plus élevés, sans toujours accorder le même poids aux éléments de contexte ou aux ajustements en cours dans les politiques publiques.

    Autrement dit, le débat porte moins sur l’existence de difficultés réelles potentielles — qui ne sont pas contestées — que sur la façon de les interpréter et de les présenter. La transition entre programmes d’immigration comporte inévitablement des zones d’incertitude, mais elle s’inscrit aussi dans une volonté politique de rééquilibrer un système qui a fortement reposé sur les statuts temporaires au cours des dernières années.

    En définitive, la situation décrite par Radio-Canada ne correspond pas à une catastrophe imminente, mais plutôt à une phase d’ajustement dans la gestion de l’immigration au Québec. Le défi pour le gouvernement sera d’assurer une transition efficace afin de retenir les travailleurs essentiels, tandis que le débat public gagnerait sans doute à s’appuyer sur des analyses plus complètes et moins polarisées dans les médias de grand chemin.

    samedi 24 janvier 2026

    Critique par un universitaire pro-immigration de la désinformation pro-immigration « intello de salon »

    Résumé d'un article d'Alexander Kustov, maître de conférences (Assistant Professor) en sciences politiques à l’Université de North Carolina at Charlotte, spécialiste des politiques migratoires et de l’opinion publique, et auteur du livre In Our Interest: How Democracies Can Make Immigration Popular (Columbia University Press, 2025).

    L’auteur, Alexander Kustov, est un chercheur pro-immigration réaliste (particulièrement en faveur d’une immigration plus ouverte pour les profils qualifiés) qui critique ce qu’il appelle la « désinformation pro-immigration sophistiquée/intello » (highbrow pro-immigration misinformation).

    Contrairement aux infox grossières, ce type de désinformation ne repose pas sur des mensonges explicites, mais sur la sélection, l’omission et le cadrage des faits de manière à favoriser une narrative souhaitée — souvent par des médias de grand chemin, des universitaires et des milieux progressistes. Cette communication, incomplète ou biaisée, crée un récit attrayant mais fragile qui finit par se retourner contre la cause qu’elle prétend servir.

    Kustov soutient que ces demi-vérités sophistiquées sapent la confiance publique : quand la réalité contredit des récits trop lisses, la crédibilité du discours pro-immigration s’effondre, offrant un terrain fertile aux arguments anti-immigration.

    Les cinq « vérités inconfortables » mises en lumière:

    1. L’immigration ne se résume pas à une affaire humanitaire

      Le cadrage dominant présente souvent l’immigration comme une réponse aux souffrances humaines. Or, moins de 20 % des migrants internationaux sont des réfugiés ou demandeurs d’asile : la majorité migre pour des motifs économiques, familiaux ou d’études. En insistant exclusivement sur la dimension humanitaire, on occulte les intérêts économiques et nationaux des pays d’accueil.

    2. L’idée que l’immigration serait bénéfique pour tous, partout et sans compromis est un mythe

      Même si l’immigration était généralement positive au niveau macroéconomique, certains groupes locaux pâtissent et subissent des coûts réels (concurrence sur le marché du travail, pression sur les services publics, etc.). Ignorer ces effets négatifs rend l’argumentaire très vulnérable à la moindre critique.

    3. Ce qui est vrai dans un contexte ne l’est pas forcément ailleurs

      Certains arguments pro-immigration extrapolent des résultats d’un pays à tous les autres. Par exemple, le fait que les immigrés commettent moins de crimes que les natifs aux États-Unis  [la criminalité est important chez les noirs américains] ne prouve rien pour d’autres pays où les contextes institutionnels, démographiques ou sociaux diffèrent.

    4. Considérer que les migrations temporaires sont forcément exploiteuses est un cadrage moral simpliste

      La critique généralisée des visas temporaires (H-1B ou contrats dans les pays du Golfe) passe souvent sous silence les gains économiques substantiels pour les migrants eux-mêmes, qui peuvent multiplier leurs revenus. Les abus qui existent tiennent davantage à de mauvaises conceptions institutionnelles qu’à la nature temporaire des visas.

    5. Réduire toute opposition à l’immigration à de la désinformation ou au racisme est condescendant et erroné

      La résistance à l’immigration est souvent enracinée dans des valeurs profondes : attachement à l’identité nationale, volonté de maîtrise démocratique, sentiment d’injustice (« pourquoi eux avant nous ?»). Ignorer ces valeurs et se contenter de corriger de manière professorale des erreurs factuelles ne change pas ces attitudes de fond ; au contraire, les nier peut les renforcer. 

    Pour Kustov, le camp pro-immigration se sabote quand il refuse d’admettre les coûts et compromis réels inhérents à certaines politiques migratoires.

    Pour élaborer des politiques d’immigration durables et largement soutenues, Kustov recommande :
    • Reconnaître honnêtement les gagnants et les perdants des politiques migratoires.
    • Cesser les généralisations abusives.
    • Admettre la tension entre volume d’immigration et niveau de droits accordés.
    • Arrêter de ramener toute opposition à une forme d’ignorance ou de préjugé.

    mardi 6 janvier 2026

    Fraudes massives au Minnesota : l’ampleur du scandale des garderies et l’effet catalyseur de l’enquête de Nick Shirley

    Mise à jour

     Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a déclaré lundi dans un communiqué qu'il mettait fin à sa campagne de réélection et ne briguerait pas un troisième mandat.

    Walz, candidat démocrate à la vice-présidence en 2024, a invoqué l'attention accrue portée aux allégations de fraude dans le Minnesota, ajoutant que « les manœuvres politiques des républicains ne font que rendre cette lutte plus difficile à gagner ».

    « Mais après avoir réfléchi à cette situation avec ma famille et mon équipe pendant les vacances, j'en suis venu à la conclusion que je ne peux pas me consacrer pleinement à une campagne politique », a-t-il déclaré.

    Cette annonce intervient alors que l'État fait l'objet d'une surveillance accrue concernant la fraude présumée dans le domaine de la garde d'enfants. La sénatrice Amy Klobuchar envisage actuellement de se présenter au poste de gouverneur.

    Source : NBC

     

     
    Billet originel du 31 décembre 2025
     
    Fin décembre 2025, le Minnesota se retrouve au centre d’un scandale de fraudes d’une ampleur exceptionnelle touchant plusieurs programmes sociaux majeurs, notamment les aides aux garderies, les thérapies pour l’autisme et les dispositifs d’aide alimentaire. Selon des procureurs fédéraux, le montant total des fonds publics potentiellement détournés depuis 2018 pourrait dépasser 9 milliards de dollars. Une part significative des structures mises en cause serait liée à des organisations gérées par des membres de la communauté somalienne, qui constitue la plus importante diaspora somalienne des États-Unis. 

    L’enquête virale de Nick Shirley : un accélérateur décisif

    Le 26 décembre 2025, le journaliste indépendant et vidéaste Nick Shirley publie une enquête de 42 minutes intitulée I Investigated Minnesota’s Billion Dollar Fraud Scandal. Réalisée avec l’aide d’un enquêteur local se présentant sous le pseudonyme de « David », la vidéo documente la visite d’une dizaine de garderies à Minneapolis et dans ses environs, officiellement enregistrées comme accueillant des dizaines d’enfants.

    Les images montrent pourtant des établissements apparemment inactifs : portes closes, fenêtres obturées, absence totale d’enfants ou de personnel,
    et signalétique parfois approximative, comme une enseigne affichant « Quality Learing [sic] Center ». Or, ces structures auraient perçu des sommes considérables via le Child Care Assistance Program (CCAP). Le seul Quality Learning Center aurait ainsi reçu environ 1,9 million de dollars en 2025, et jusqu’à 4 millions de dollars cumulés, malgré des indices manifestes d’inactivité.

    Selon Shirley, une seule journée d’investigation aurait permis d’identifier plus de 110 millions de dollars de paiements jugés suspect.

    La diffusion de la vidéo provoque une onde de choc immédiate : elle cumule, en quelques jours, plus de 129 millions de vues sur X et 1,6 million de vues sur YouTube (chiffres au 30 décembre 2025). Relayée par Elon Musk, JD Vance et plusieurs figures conservatrices de premier plan, elle précipite une réaction fédérale rapide.

    lundi 22 décembre 2025

    Qui veut la tête d’Anne Coffinier ?

    Figure de l’école libre en France, Anne Coffinier est aujourd’hui la cible d’une campagne de presse d’une grande violence, orchestrée par une extrême gauche prête à tout pour éviter que son monopole scolaire lui échappe complètement. Texte de Mickaël Fonton dans Valeurs actuelles.

    Cinq pages dans L’Humanité (communiste, gauche radicale), au matin du 8 décembre. On imagine facilement des lundis plus plaisants. Et la couverture, en outre, qui présente Anne Coffinier en joueuse de flûte de Hamelin, entraînant à sa suite une ribambelle de personnages enfantins : une figurine des Républicains, une petite fille blonde arborant la flamme du Rassemblement national (de qui s’agit-il ?), une autre enfin au tee-shirt siglé UDR. Petit détail graphique : la flûte est taillée dans le bois d’une croix catholique. Le message est clair. On ne sait pas en revanche s’il s’agit de rallier tout ce petit monde à sa cause ou de le perdre. Au moins le journaliste, Thomas Lemahieu, connaît-il ce conte allemand popularisé par les frères Grimm. Sans doute parce que son âge lui a permis de bénéficier d’une instruction qui tenait encore le coup. Une chance ! 

    « Fondation Kairos : à l’école du pire », voilà pour le titre. Précisions : « Derrière la vitrine prestigieuse d’Anne Coffinier, c’est tout un écosystème réactionnaire qui s’agite à l’extrême droite. Avec, dans l’ombre [forcément dans l’ombre, NDLR], deux milliardaires en pointe dans cette bataille idéologique : Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin. » Tout y est. Comme diraient les jeunes : un combo parfait. Une matière tellement idéale que L’Humanité n’est pas le seul journal à s’être penché sur la vie et l’œuvre d’Anne Coffinier. 

    Le site du Monde lui a consacré deux articles conséquents le lendemain et, au printemps, Libération ou Mediapart avaient commencé à labourer le terrain. « Je me trouve à la convergence de tout ce qui obsède la gauche, reconnaît l’intéressée. L’école libre, parfois même l’école libre catholique, la droite, Bolloré, Stérin… » Thomas Lemahieu le dit autrement ; Anne Coffinier se situe « au point nodal […] “là où l’or, la boue et le sang s’entremêlent” ». Rien que ça. C’est une phrase de Marx — c’est aussi le titre d’un ouvrage d’Édouard Drumont, l’auteur de la France juive, ce qui ne manque pas de sel, quand on y songe.

    Des réseaux, quelle horreur !
    Il n’y a qu’à droite que l’on trouve ça


    Qu’apprend-on dans ces différents papiers ? À la fois tout et rien, comme souvent. Beaucoup de noms, mais aucune idée, aucune « preuve » de quoi que ce soit. Derrière la fondation Kairos, derrière « Créer son école », derrière la « vitrine prestigieuse », il y a des gens, figurez-vous. Des gens extrêmement de droite et extrêmement catholiques (ou traditionalistes, intégristes, au choix) ; il y a des gens fortunés ; il y a des gens malintentionnés (dit-on) ; il y a des gens qui se voient, qui s’invitent, qu’on retrouve tantôt chez les uns, tantôt chez les autres, qui ont des projets, qui se rendent des services. Des réseaux, quelle horreur ! Il n’y a vraiment qu’à droite que l’on trouve ça. Il y a un peu de Hongrie, ça ne mange pas de pain. Des anciens de chez Fillon (pourquoi lui ?), un zeste de « Manif pour tous », ça marche toujours très bien. Bref : on comprend très vite que L’Humanité ou Le Monde n’aiment pas, mais alors pas du tout, cette droite qui n’est pas de gauche.

    Mais au-delà de ça ? Sur la liberté scolaire ? Sur les écoles indépendantes ? Il n’y a rien. Ce qui est saisissant, encore une fois, c’est que jamais le journaliste ne se demande si le constat que pose Anne Coffinier sur l’école publique, constat qui l’a poussée à consacrer sa vie à soutenir l’essor des écoles libres, est fondé, rationnel, pertinent. Il n’est pas là pour ça. Comme nous l’écrivions la semaine dernière dans le dossier que nous lui consacrions, la gauche sait. Vincent Bolloré n’a pas d’idées, il est le mal. Ses projets ne se discutent pas, ils se combattent.

    Un exemple parmi d’autres de cette volonté de ne pas comprendre. Quand Anne Coffinier rétorque au journaliste de L’Humanité, qui l’accusait de disposer de « fiches » sur certains opposants à la liberté scolaire, que « s’il fallait recenser tous les hommes et les femmes politiques de gauche qui scolarisent leur enfant dans le privé, ce n’est pas une fiche qu’il faudrait, mais un bottin ! », précision plutôt amusante, Lemahieu estime qu’Anne Coffinier « persifle ». Pourquoi « persifle » ? Il faudrait plutôt se demander si c’est vrai, ou pas. C’est là le sujet et la seule question qu’un journaliste devrait se poser. S’il se la posait, il découvrirait très vite que ce n’est pas du « persiflage », mais la stricte réalité. Énormément d’élus ou de responsables de gauche évitent soigneusement à leur progéniture les joies de l’école publique version XXIe siècle.

    Les personnes soucieuses de leur carrière peuvent passer leur chemin

    La raison, connue des lecteurs de Valeurs actuelles depuis longtemps, est désormais un secret de Polichinelle. Les familles désertent l’école publique parce qu’elle n’a plus d’école que le nom. Parce que le temple de Jules Ferry est devenu un moulin ouvert à tous les vents d’une société violente, déconstruite, absurde. Beaucoup de familles font ce choix. Toutes celles qui le peuvent, ou presque. Et les autres le feraient si elles en avaient les moyens, moyens que, précisément, on leur refuse.

    Lors d’un de nos premiers échanges, voilà des années, Anne Coffinier m’avait fait l’aveu suivant : « Je préférerais évidemment que l’on restaure le bel édifice de l’instruction publique, mais je pense que, pour tout un tas de raisons, ce n’est pas possible. Donc plutôt que d’attendre un hypothétique sauveur, je mets tout en œuvre pour qu’un maximum d’enfants puisse échapper à un système hors de contrôle. » C’était il y a quinze ans. Le système en question, l’Éducation nationale, est moins sous contrôle que jamais tandis que les écoles libres n’ont jamais été si nombreuses ni si diverses — n’en déplaise aux journalistes de gauche qui voient des catholiques d’extrême droite partout et qui, fidèles à leurs réflexes, s’évertuent à casser ou à salir ce qu’ils ne comprennent pas.

    Par chance, la patronne de Créer son école, normalienne de formation, énarque, diplomate (d’où ses fameux réseaux internationaux !), a le cuir épais. Les joyeusetés balancées sur son compte par une ancienne collaboratrice, qui ont abondamment nourri la presse ces derniers temps, ne lui font pas plaisir, mais elles sont en quelque sorte digérées. « Je subissais déjà tout ça en interne, soupire-t-elle. Maintenant, c’est public, ce n’est pas agréable, mais c’est comme ça. J’attends sereinement que la justice rétablisse la vérité. » Une justice qu’une certaine presse ne prend jamais la peine d’attendre — mais ceci aussi fait partie du « job ». Sauver l’instruction, permettre aux enfants de France de disposer encore d’une école, ne saurait être une sinécure. C’est une vocation, un sacerdoce. Les personnes soucieuses de leur carrière ou de leur confort intellectuel peuvent passer leur chemin.

    Le problème est que c’est souvent le cas des responsables de droite ! De ce point de vue là les « révélations » promises par L’Humanité sont à la fois éloquentes — et contradictoires. Il y a de riches donateurs partout dans l’entourage d’Anne Coffinier, mais les écoles libres continuent de tirer le diable par la queue — cherchez l’erreur ! « La vérité est que la droite a toujours roupillé sur l’éducation, regrette Anne Coffinier. On parle à l’envi de fondamentaux, d’autorité, d’autonomie, mais on ne fait que réagir aux offensives de la gauche, mollement et avec un temps de retard. Cela ne constitue pas une vision politique. »

    L’école libre qui est simplement le nouveau nom de l’école de toujours

    La fondatrice de Kairos ne le dira pas, mais elle soupçonne un certain nombre de gens de droite de ne voir dans l’école privée qu’un moyen de mettre leurs propres enfants à l’abri, tout en défiscalisant tout ce qui peut l’être. Une attitude qui peut se comprendre, mais qui laisse intact le problème de l’école, de toute l’école, donc de la société de demain. Nul ne peut se contenter de créer des isolats. Anne Coffinier le demande avec une détermination intacte : pour elle, la droite doit passer à l’offensive en matière d’éducation, au lieu de subir. « Il lui faut donner une dimension sociale qui manque à son action, en se battant pour que toutes les familles qui le veulent puissent scolariser leur enfant dans l’école privée », insiste-t-elle, avant de préciser en outre que cette réforme « serait source d’énormes économies pour la nation ».

    Mais la question est : qui aurait le courage de se saisir de ce sujet ? « François-Xavier Bellamy est très présent sur ces questions d’éducation, qu’il place toujours au premier rang de ses préoccupations, avance Matthieu Grimpret. Mais il est un peu empêtré dans un milieu politique où les gens sont largement déconnectés de la réalité profonde du problème. » De manière surprenante, l’auteur de Bullshit bienveillance (Magnus) imagine que le salut pourrait venir… des milieux d’affaires. « Je fonde un certain espoir dans la prise de conscience des chefs d’entreprise, explique-t-il. Par le biais du recrutement, ils sont directement confrontés à l’effondrement de l’école, non seulement pour ce qui est des savoirs, mais aussi et surtout par la question comportementale. » Et si certains patrons, conscients du caractère « ingérable » de la génération née après l’an 2000, avouent froidement « attendre les robots », d’autres ne veulent pas renoncer à la beauté de la transmission, de la formation, de la chaîne intergénérationnelle.

    « L’éducation nationale demeure dominée par le gauchisme culturel, mais le rapport de force bouge, observe de son côté Joachim Le Floch-Imad. Certaines propositions conservatrices gagnent de l’audience et 20 % des enseignants en viennent à voter pour le Rassemblement national. » Les professeurs, longtemps inféodés à ces idées de gauche qui ont creusé leur tombe, pourraient-ils devenir les acteurs de leur propre sauvetage ? « L’hégémonie de la gauche s’est fracassée sur le mur de la réalité. Elle conserve toutefois une forte capacité d’influence au sein de la technostructure du ministère », tempère l’auteur de Main basse sur l’éducation nationale (les Éditions du Cerf). Le prof évolue, mais la salle des profs continue d’afficher son hostilité à toute réforme, tout projet, toute idée qui semblerait « de droite ». Cette dernière n’est pas près de reprendre pied sur ce terrain-là — pour ne rien dire du monde syndical ! « Les professeurs sont — au moins pour un temps encore — attachés à la discipline qu’ils enseignent, insiste Matthieu Grimpret. Ils veulent transmettre du savoir, or ils ont bien conscience que, sans autorité, sans exigence, leur métier n’est pas possible. C’est une question d’efficacité. »

    On retrouve l’intuition d’Anne Coffinier, celle qui l’a portée vingt ans durant : tout le monde veut l’école privée, l’école libre, qui est simplement le nouveau nom de l’école de toujours. Les enfants, leurs parents, les professeurs. Surtout : tout le monde mérite cette école et seuls les amis du désastre en cours peuvent vouloir torpiller ceux qui veulent la construire ou la reconstruire. « Le mal, pour triompher, n’a besoin que de l’inaction des gens de bien », dit la très célèbre formule attribuée à Edmund Burke. Anne Coffinier l’a bien compris. Mais qui avec elle ? 

    dimanche 21 décembre 2025

    « Non, la science n’a pas démontré qu’il n’y avait pas de lien de causalité entre immigration et délinquance »

    Une note publiée par un centre de recherches rattachée à Matignon, reprise dans l’émission Complément d’enquête (capture d’écran ci-dessous), assure que, d’après la science, on ne peut établir de lien entre immigration et délinquance. Philippe Lemoine, directeur de la recherche à l’observatoire Hexagone et chercheur invité à Georgetown (Washington, É-U), critique cette affirmation.


    L’immigration augmente-t-elle la délinquance en France et plus généralement en Europe ? Pour  Arnaud Philippe et Jérôme Valette, deux économistes qui ont écrit une note pour le CEPII  (un centre de recherche placé auprès du Premier ministre) sur le sujet en 2023, la cause est entendue : les études sur le sujet « concluent unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance ».

    Le message semble d’ailleurs avoir été reçu cinq sur cinq par la plupart des lecteurs de cette note. Par exemple, au cours d’un récent épisode de Complément d’enquête, le magazine d’investigation diffusé sur France 2, une journaliste cite la note du CEPII à l’appui de son affirmation selon laquelle le «  lien de causalité entre étrangers et insécurité n’existe pas  », ajoutant même que « c’est la science qui le dit ». Le problème c’est que, n’en déplaise aux journalistes de Complément d’enquête et aux auteurs de cette note du CEPII, « la science » ne démontre rien de la sorte.

    D’abord, il est faux que les études sur la question concluent « unanimement » et « sans ambiguïté » à l’absence d’effet de l’immigration sur la délinquance, comme l’écrivent faussement Philippe et Valette. Il existe en effet plusieurs études qui utilisent précisément le type de méthodes permettant d’établir un effet causal de l’immigration dont ils parlent dans leur note et qui trouvent pourtant  un effet de l’immigration sur la délinquance, non seulement sur les atteintes aux biens, mais parfois aussi sur les atteintes aux personnes.

    La vérité est que les résultats dans  la littérature scientifique, loin d’être sans ambiguïté, sont au contraire très contrastés : il est vrai que beaucoup d’études ne trouvent pas d’effet, mais d’autres en trouvent un. Parfois des études différentes aboutissent même à des conclusions différentes alors qu’elles portent sur le même pays à la même époque. La note du CEPII, qui se veut pourtant une revue de la littérature, en présente donc un portrait trompeur.

    Les données individuelles sur les auteurs de délit montrent non seulement en France, mais partout en Europe que les immigrés et leurs enfants, du moins ceux qui sont originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient, sont mis en cause ou condamnés pour des délits à des taux plusieurs fois supérieurs à ceux du reste de la population. Contrairement à ce que suggèrent Philippe et Valette dans leur note, cela reste vrai même quand on les compare à  des individus sans ascendance migratoire de même âge, sexe et avec des caractéristiques socio-démographiques identiques.

    Les biais dans  la police  et  le système judiciaire  pourraient expliquer une partie de cette surreprésentation, mais il est totalement invraisemblable qu’ils puissent l’expliquer en totalité. Personne de sensé ne peut croire que, si les ressortissants de pays africains sont mis en cause dans les affaires de vols avec violence sans arme à un taux plus de 6 fois supérieur à celui des Français, c’est uniquement ou même principalement parce que les forces de police et de gendarmerie sont biaisées contre eux.

    vendredi 19 décembre 2025

    Licenciement du correspondant de longue date du Devoir à Paris : Christian Rioux s'explique

    [M à j du 11 février 2026 : Christian Rioux écrit sur Substack et tient une chronique au Journal de Montréal. Il s'est entretenu récemment avec Stéfan Bureau:
     ]

    Lettre de Christian Rioux (ci-contre) où il explique son congédiement du Devoir :  

    Vous êtes nombreux à vouloir connaître le détail de mon congédiement, car il s’agit bien d’un congédiement.

    Vous vous doutez que depuis le changement de direction, je n’étais pas dans les grâces de la nouvelle équipe. Cela s’est rapidement manifesté par de petits signes qui ne trompaient pas.

    Des papiers qui normalement faisaient la une se retrouvaient dans le fond du journal, mes grandes entrevues n’intéressaient plus la rédaction (« Toi et tes intellectuels français ! », dixit la rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard).
    [Très mal, les intellectuels…]

    Il y a trois ou quatre ans, pour la première fois, on me refuse de couvrir les élections britanniques et allemandes comme je l’avais pourtant fait sans discontinuer depuis les années 1990. C’est à cette époque que la rédactrice en chef a décidé de resserrer son contrôle sur les chroniqueurs.

    On m’a par exemple refusé une chronique sur le changement de nom des Dix petits nègres d’Agatha Christie. C’était un mois exactement avant que ce débat n’éclate au Québec avec la suspension de Verushka Lieutenant-Duval à l’Université d’Ottawa.

    Il y a deux ans, ce contrôle s’est encore resserré virant en une sorte de guérilla permanente. Il me fallait dorénavant justifier chaque mot. Impossible d’évoquer un « baiser volé » dans un texte sous peine de se voir accusé de justifier les agressions sexuelles.

    Impossible de rappeler que dans de nombreux pensionnats autochtones, les religieuses enseignaient les langues autochtones sans devoir tout justifier.

    Le Devoir se montre alors plus sensible aux petits groupes de militants qui me harcèlent sur les réseaux sociaux qu’à soutenir son journaliste. Ce harcèlement me vaudra trois poursuites devant le Conseil de presse en un peu plus d’un an (que j’ai toutes gagnées) alors que je n’en avais jamais eu une seule depuis que je suis journaliste.

    Lors de la dernière, alors qu’on m’accuse d’entretenir des préjugés (racistes), Le Devoir a refusé de me soutenir en appel et j’ai donc dû me défendre seul contrairement à la tradition qui veut qu’un journal défende toujours son journaliste. J’ai heureusement gagné.

    C’est le même genre de censure qui explique le départ en catastrophe de Normand Baillargeon à qui on avait demandé de réécrire de manière plus « politiquement correcte » une de ses chroniques sur la théorie du genre et les trans.

    Ce harcèlement s’est accentué avec la mise en place d’un groupe de « fact checking » qui est aussi en partie un comité de censure destiné à remettre les chroniqueurs dans la droite ligne. Comme par hasard, sous prétexte d’éthique, ce « fact checking » s’exerce minutieusement sur tous les textes qui concernent l’islam, l’immigration ou le genre, mais à peu près pas sur ceux qui concernent la politique française, la culture ou l’Union européenne.



    Depuis un an, je suis convaincu qu’on n’attendait qu’une chose, que je claque la porte moi aussi. Et on a tout fait pour. À commencer par m’interdire de couvrir les dernières législatives françaises.

    Pour l’anniversaire de l’attentat du Bataclan, on a commandé dans mon dos un article à un pigiste sans m’en informer. Il y a un mois, je décroche une entrevue exceptionnelle avec l’ex-otage israélien Eli Sharabi qui a passé 18 mois dans les tunnels du Hamas, on me la refuse ! Elle ne cadrait pas dans la politique pro-Hamas du journal.

    À quelques reprises, on s’est même permis de faire des corrections majeures dans ma chronique sans m’en avertir, y introduisant même parfois des erreurs.

    Last but not least, depuis trente ans, tel que convenu avec l’ancien directeur Bernard Descôteaux, ma rémunération avait toujours suivi grosso modo celle des journalistes du Devoir. À chaque nouvelle convention, on me versait donc une rétro comme à mes collègues. Cette année, on a supprimé unilatéralement ces versements sans la moindre explication.

    Je réalise aujourd’hui que l’annonce de la décision de me congédier n’attendait probablement que la reconduction de Brian Myles à la direction du journal pour cinq ans et la fin de la campagne de financement qui vient de se clore.

    Une semaine avant Noël, c’est aussi pas mal pour étouffer l’affaire.

    On me l’a donc annoncée mardi en prétextant mes « mauvais rapports avec les correcteurs ». Comme si un journaliste était en plus tenu d’avoir de bons rapports avec ses censeurs !

    Lors de cette rencontre, on m’a proposé d’acheter mon silence en échange de deux mois de rémunération et de la signature d’un contrat dans lequel je m’engagerais à ne rien dire sur le Devoir. Moi qui n’ai jamais signé le moindre contrat avec Le Devoir en trente ans, tellement la confiance entre nous était forte ! 


    Voir aussi