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jeudi 13 août 2026

L’essor et le recul partiel des mentions DEI dans les offres d’emploi américaines

Une étude récente, basée sur l’analyse de plus de 371 millions d’offres d’emploi en ligne aux États-Unis, révèle pour la première fois l’évolution des engagements affichés en matière de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) dans le recrutement. Publiée en prépublication le 10 août 2026, elle met en lumière une évolution en deux phases : une hausse spectaculaire après 2020, puis un recul marqué – mais incomplet – après l’élection de Donald Trump en novembre 2024.

Une analyse sans précédent

Les chercheurs Janet Xu, Reuben Hurst et Shanshan Liu ont analysé l’intégralité des offres d’emploi en ligne aux États-Unis entre janvier 2016 et février 2026, soit 371,1 millions d’annonces publiées par 2,7 millions d’employeurs. Leur travail s’est concentré sur la présence de mentions explicites d’engagement en faveur de la diversité (ethnique, raciale et sexuelle).

Jusqu’à mi-2020, ces mentions étaient présentes dans 7 à 12 % des offres. Après les mobilisations liées à la mort de George Floyd et au mouvement Black Lives Matter, leur fréquence a bondi de 152 %. Elle a atteint un pic de 25,4 % à la veille de l’élection présidentielle de 2024. En février 2026, ce taux était redescendu à 19,9 %, marquant une baisse de 21 %.

Un reflux inédit, mais partiel

Les auteurs qualifient ce reflux d’« inédit », tout en soulignant qu’il reste partiel. Il a réduit d’environ un tiers la hausse enregistrée après 2020. Les mentions en faveur de la diversité restent ainsi deux fois plus fréquentes qu’avant cette période.

Les baisses ont été plus prononcées au sein des entreprises titulaires de contrats fédéraux. En revanche, les baisses sont proportionnellement similaires parmi les employeurs dont les employés sont majoritairement proches des démocrates ou des républicains.

Un indicateur des priorités des entreprises

Ces résultats illustrent la sensibilité du discours des entreprises aux évolutions politiques. Si la pression de la seconde administration Trump a ralenti l’affichage des engagements DEI, elle n’a pas effacé les transformations amorcées cinq ans plus tôt. Aujourd’hui, les mentions DEI dans le recrutement américain se situent à un niveau intermédiaire : bien en dessous du pic de 2024, mais toujours bien au-dessus des niveaux d’avant 2020.

Intitulée The Rise and (Partial) Retreat of DEI Claims in Recruiting, cette étude est l’une des premières à quantifier systématiquement ce phénomène à l’échelle nationale. Elle invite à distinguer les déclarations publiques des pratiques réelles, tout en rappelant que le langage des offres d’emploi reste un indicateur clé des priorités des entreprises.


jeudi 6 août 2026

Comment l'inflation des diplômes est devenue un problème économique… et politique

Pendant des décennies, un principe a guidé les politiques éducatives de la plupart des pays développés : plus une société compte de diplômés universitaires, plus elle sera prospère. L'idée semblait aller de soi. 

Les statistiques montraient que les titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur gagnaient davantage que les autres, connaissaient moins souvent le chômage et contribuaient davantage à la croissance économique. Dès lors, il suffisait d'élargir l'accès à l'université pour élever le niveau de vie de toute la population.

Cette logique n'était pas absurde. Elle a accompagné l'essor des économies fondées sur la connaissance et contribué à démocratiser des études autrefois réservées à une minorité. Mais une hypothèse implicite s'est progressivement imposée : si un peu d'université est bénéfique, davantage d'université le sera nécessairement.

Or cette hypothèse est aujourd'hui remise en question par des travaux provenant de domaines très différents. Des économistes observent un affaiblissement du rendement de certains diplômes ; des politologues constatent que les diplômés les plus qualifiés mais les moins favorisés constituent désormais le noyau électoral de la gauche américaine ; l'historien Peter Turchin voit dans cette évolution l'un des moteurs récurrents des crises politiques ; enfin, la Chine elle-même cherche désormais à réorienter une partie de sa jeunesse vers les formations techniques. Ces analyses ne disent pas exactement la même chose. Ensemble, elles dessinent toutefois un tableau étonnamment cohérent.

lundi 3 août 2026

France — Immi­gra­tion de tra­vail : der­rière l’écran de fumée

Les dis­cours qui tendent à nous faire croire que l’immi­gra­tion de tra­vail est une néces­sité vitale sont lar­ge­ment inva­li­dés par un exa­men rigou­reux des don­nées. Texte de Nico­las Pou­vreau-Monti, est direc­teur de l’obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie (OID), paru dans Valeurs actuelles.

L’immi­gra­tion est deve­nue, plus que tout autre, un enjeu poli­tique au sujet duquel les convic­tions pré­cèdent sou­vent les faits. En par­ti­cu­lier, l’idée que les étran­gers de nais­sance feraient « le tra­vail que les Français ne veulent pas faire » figure parmi les pon­cifs fré­quents.

Pour la pre­mière fois, en ana­ly­sant les micro-don­nées du recen­se­ment de la popu­la­tion, l’obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie a pu éta­blir une radio­gra­phie inédite de la situa­tion de l’emploi des per­sonnes nées étran­gères et ins­tal­lées en France – selon leur natio­na­lité à la nais­sance, leur niveau de diplôme, leur sexe et leur âge. Il en res­sort un ensemble de constats abso­lu­ment sai­sis­sants.

À com­men­cer par celui-ci: il existe non pas une, mais des immi­gra­tions, aux résul­tats d’inté­gra­tion sur le mar­ché du tra­vail radi­ca­le­ment diver­gents. Hors étu­diants et retrai­tés: 82 % des Por­tu­gais de nais­sance occupent un emploi. Il s’agit du seul niveau supé­rieur à celui des Français de nais­sance (80 %). D’autres natio­na­li­tés d’ori­gine s’en rap­prochent néan­moins for­te­ment – ori­gi­naires d’Europe pour la plu­part d’entre elles, mais aussi du Viet­nam ou du Liban. À l’inverse : ces niveaux d’emploi les plus éle­vés sont supé­rieurs de 30 points à ceux des Como­riens, des Haï­tiens ou des Pakis­ta­nais de nais­sance (51 %). Bien au-delà aussi des Algé­riens (54 %) ou des Maro­cains de nais­sance (57 %).

Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Contre­di­sant cer­taines expli­ca­tions “ras­su­ristes”, la fai­blesse de ces taux d’emploi per­siste à âges et niveaux de diplôme équi­va­lents. Par exemple : une per­sonne née avec une natio­na­lité du Magh­reb et diplô­mée d’un Bac +5 tra­vaille, en moyenne, moins sou­vent qu’un simple bache­lier français de nais­sance…

L’un des fac­teurs iden­ti­fiables tient dans la très faible inté­gra­tion, sur le mar­ché du tra­vail, de cer­taines femmes nées étran­gères. À qua­rante ans, c’est-à-dire au pic des âges actifs: plus de 40 points séparent les taux d’emploi des Françaises de nais­sance (très proche de celui des hommes) et des Turques de nais­sance. Ce fait appa­raît déter­miné par des traits cultu­rels et anthro­po­lo­giques struc­tu­rants, qui pri­vi­lé­gient un rôle domes­tique et fami­lial des femmes.

L’ana­lyse de la situa­tion des « métiers en ten­sion » met éga­le­ment en évi­dence un pro­fond dés­équi­libre entre la région pari­sienne et le reste du pays. En Île-de-France, 66 % des employés de la res­tau­ra­tion sont nés étran­gers — contre seule­ment 21 % dans les autres régions. Le même contraste appa­raît parmi les ouvriers non qua­li­fiés du second œuvre du bâti­ment : ils sont 59 % à être nés étran­gers en Île-de-France, contre 19 % ailleurs.


Concen­trés majo­ri­tai­re­ment à Paris, les res­pon­sables poli­tiques et de nom­breuses voix média­tiques semblent consi­dé­rer que « l’immi­gra­tion de tra­vail » serait la seule solu­tion pour pal­lier les besoins en recru­te­ment de ces pro­fes­sions. Une telle vision, foca­li­sée sur l’agglo­mé­ra­tion pari­sienne, offre un miroir défor­mant d’une réa­lité beau­coup plus nuan­cée à l’échelle natio­nale. Dans la majeure par­tie du pays, contrai­re­ment aux idées reçues : ce sont très majo­ri­tai­re­ment des Français de nais­sance qui occupent ces postes.

L’argu­ment éco­no­mique pour l’immi­gra­tion de masse, dans un pays qui compte 4 mil­lions de per­sonnes au chô­mage ou dans son halo direct — et où les immi­grés sont parmi les moins “au tra­vail” de toute l’Europe — gagne­rait à être reconnu comme ce qu’il est : une illu­sion aux consé­quences lourdes, à dis­si­per rapi­de­ment. 

 
[Les professions médicales constituent l’un des cas exemplaires des difficultés de recrutement en France. En effet, la pénurie de médecins, d’infirmières et des autres professions médicales fait régulièrement l’actualité, tout comme le développement de « déserts médicaux ». 

Là où d’aucuns affirment que l’immigration contribuerait positivement au fonctionnement du système médical dans ce contexte, il convient de regarder les chiffres disponibles à cet égard.

L’analyse par profession médicale comparées à la population de plus de 15 ans (hors étudiants et retraités) montre que les étrangers de naissance originaires d’Afrique subsaharienne ou de Turquie sont nettement sous-représentés parmi les médecins, au regard de leur poids dans la population. Les personnes nées d’une nationalité d’Afrique du Nord ou d’Europe du Sud sont représentés à un niveau « normal » parmi les médecins, cohérent avec leur part démographique. Les personnes nées étrangères avec une nationalité de l’UE sont, elles, surreprésentées.

En revanche, tous les groupes étrangers de naissance sont sous-représentés (parmi les personnes employables) chez les autres professions médicales tels que la pharmacie, les sage-femmes et les infirmiers.]


« Le nombre de bénéficiaires de l’Aide médicale d’État (AME), réservée aux étrangers en situation irrégulière sur le sol français, a triplé en 20 ans. »


dimanche 17 mai 2026

L'IA est-elle déjà en train de priver les diplômés d'emploi ?

« Les données ne permettent pas de conclure que l'IA coûte actuellement son emploi à qui que ce soit », a déclaré Kevin Hassett, conseiller à la Maison Blanche, le 11 mai. Quelqu'un devrait en informer la promotion 2026 aux États-Unis. « La situation est sombre », déclare un professeur à propos du marché de l'emploi pour les diplômés. L’intelligence artificielle est le bouc émissaire à la mode. Lors d’une récente cérémonie de remise des diplômes en Floride, un orateur a été hué pour en avoir parlé. Et ce n’est pas sans raison : selon l'analyse de l'hebdomadaire londonien The Economist, l’IA pourrait bien nuire aux perspectives d’emploi de certains diplômés.

Un diplôme universitaire ne semble plus offrir une grande protection contre le chômage : les jeunes diplômés sont plus susceptibles d’être au chômage que l’Américain moyen. La cohorte actuelle se montre particulièrement pessimiste. Moins d’un cinquième d’entre eux estime que c’est le bon moment pour trouver un bon emploi — la proportion la plus faible depuis plus de dix ans, et bien inférieure à celle de l’ensemble des Américains, qui dépasse un quart. Le ralentissement du recrutement sur les campus n'arrange pas les choses. Les offres d'emploi publiées sur Handshake, une plateforme de recherche destinée aux étudiants universitaires, sont inférieures de 50 % à leur pic de 2022.

Beaucoup soupçonnent l’IA d’en être la cause. Plus de la moitié des employeurs déclarent avoir envisagé de remplacer les travailleurs débutants par cette technologie. Un récent sondage mené par l’Institute of Politics de la Kennedy School de l’université de Harvard a révélé que, de la même manière, plus de la moitié des jeunes Américains considèrent l’IA comme une menace pour leurs perspectives d’emploi.

Les économistes sont plus divisés. Un article d’Erik Brynjolfsson, de l’université de Stanford, et de ses collègues, publié en 2025, a examiné l’emploi chez les jeunes travailleurs occupant des postes exposés à l’IA, tels que le développement de logiciels. Les auteurs ont constaté qu’il avait baissé de 16 % par rapport aux domaines moins exposés.

Mais un article publié cette année par Zanna Iscenko et Fabien Curto Millet, deux économistes chez Google, remet en question l’idée selon laquelle les jeunes travailleurs en particulier seraient remplacés par l’IA. Ils ont constaté que les offres d’emploi dans les professions exposées à l’IA avaient baissé tout aussi fortement pour les travailleurs chevronnés que pour les débutants, et que cette tendance était antérieure au lancement de ChatGPT fin 2022. Une autre étude, menée par Morgan Frank de l’université de Pittsburgh et ses collègues, a montré que les résultats sur le marché du travail se sont détériorés pour les employés exposés à l’IA, mais que cette tendance avait également commencé avant la sortie de ChatGPT.
 

The Economist a mené sa propre analyse, en utilisant une source de données largement négligée : dix ans d’enquêtes menées auprès de jeunes diplômés par la National Association of Colleges and Employers. Chaque année, les universités américaines demandent à leurs nouveaux diplômés s’ils travaillent, s’ils sont au chômage ou s’ils poursuivent des études supérieures. À partir de leurs réponses, l'hebdomadaire a comparé les résultats sur le marché du travail dans des domaines présentant différents niveaux d’exposition à l’IA avant et après l’arrivée des grands modèles linguistiques.

The Economist a constaté que les diplômés des domaines les plus exposés à l’IA ont connu des résultats nettement moins bons. Entre 2022 et 2024, les diplômés du quintile le moins exposé — ayant étudié des matières telles que l’éducation, la philosophie et le génie civil — ont vu leur taux moyen d’emploi à temps plein baisser de seulement 1,5 point de pourcentage. Ceux du quintile le plus exposé — comprenant l’informatique, le génie informatique et les sciences de l’information — ont subi une baisse de 6,6 points de pourcentage (voir graphique).

Le périodique londonien a mis à jour ces chiffres pour les domaines les plus exposés, à partir des données de 13 universités et il a constaté que la tendance se poursuivait pour la promotion de 2025. Le taux d’emploi à temps plein est passé de près de 70 % à 55 % en trois ans — notamment au cours des trois années qui ont suivi la sortie de ChatGPT en 2022. Auparavant, il était resté stable.

Les étudiants changent déjà d’orientation. Les données du National Student Clearinghouse, un groupe de recherche, montrent que les inscriptions en licence [baccalauréat au Québec] d'informatique ont chuté de 11 % en 2025. Les inscriptions en programmation informatique, qui met l'accent sur les compétences en codage plutôt que sur la théorie, ont chuté de 26 %.

Le travail effectué par les diplômés en informatique évolue également. Ils consacrent moins de temps à l'écriture de code et davantage à la conception et à l'organisation de systèmes logiciels à un niveau plus élevé. Lana Yarosh, directrice des études de premier cycle en informatique à l'université du Minnesota, dit comprendre les inquiétudes des étudiants. « C'est toujours difficile quand les choses changent. Mais l'informatique est un domaine où tout change tout le temps. »

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dimanche 21 décembre 2025

Apocalypse professionnelle ? Pas pour l'instant : l'IA crée de tout nouveaux métiers

Les compétences humaines sont les plus recherchées. 


Une fausse offre d’emploi qui a récemment fait le tour des réseaux sociaux recherche un « ingénieur coupe-circuit » pour OpenAI, le créateur de ChatGPT. La description exige que le candidat retenu reste à côté des serveurs toute la journée et les débranche « si cette chose se retourne contre nous ». Parmi les compétences utiles, il faut également savoir « jeter un seau d’eau sur les serveurs. Au cas où. »

Malgré les craintes généralisées de pertes d’emplois dues à l’essor des agents d’intelligence artificielle (IA), tout n’est pas noir. La technologie crée déjà de nouveaux rôles : former les agents conversationnels, les intégrer dans les organisations et s’assurer qu’ils se comportent correctement. En outre, bon nombre de ces nouveaux emplois requièrent des compétences propres à l’humain.

Commençons par les annotateurs de données. Ils ne sont plus seulement des travailleurs précaires mal payés qui étiquettent des images de manière fastidieuse. À mesure que les modèles d’IA sont devenus plus avancés, des experts dans des domaines tels que la finance, le droit et la médecine ont été de plus en plus sollicités pour aider à les former. Mercor, une jeune entreprise qui a créé une plateforme pour embaucher des experts chargés d’aider au développement de robots, a récemment été évaluée à 10 milliards de dollars. Brendan Foody, son directeur général, affirme que ces experts gagnent en moyenne 90 dollars de l’heure.

Une fois les robots formés, des équipes d’ingénieurs déployés sur le terrain (ou à l’avant) sont nécessaires pour les intégrer dans les organisations. Palantir, un géant du logiciel qui a été le pionnier de ce concept, leur insuffle un esprit d’audace. « Au début, il n’y avait que nous ». Deux ingénieurs ont débarqué dans une base militaire près de Kandahar, avec des ordres minimaux, mais clairs venus de Palo Alto : « Allez-y et gagnez », commence un article de blogue typique rédigé par un ancien ingénieur de Palantir.

Dans la pratique, leur travail est un mélange de développeur, de consultant et de vendeur. Ils travaillent sur place pour personnaliser les outils d’IA pour un client et les mettre en service. Les ingéneiurs déployés à l’avant se multiplient, même si leur nombre reste faible. Garry Tan, le patron de YCombinator, une pépinière de jeunes pousses, a récemment déclaré que ses jeunes entreprises avaient publié 63 offres d’emploi pour des ingénieurs déployés sur le terrain, contre quatre l’année dernière. À mesure que les agents IA se répandent, leurs créateurs doivent comprendre les domaines liés à l’humain dans lesquels leurs outils fonctionnent. Un programmeur qui crée un agent de service client, par exemple, doit comprendre pourquoi un client frustré compose le zéro juste pour hurler sur un humain.

Himanshu Palsule, directeur général de Cornerstone OnDemand, une entreprise de développement des compétences, cite Waymo, une entreprise de robotaxis en pleine expansion, comme exemple de l’évolution du métier de développeur. Les voitures de Waymo roulent de manière autonome du début à la fin. Mais que se passe-t-il si elles tombent en panne, enfermant leurs passagers à l’intérieur ? C’est là qu’intervient ce qu’il appelle « le gars — ou la fille — dans le ciel », un dépanneur humain à distance qui doit non seulement comprendre la technologie, mais aussi savoir comment gérer des passagers épuisés. Selon M. Palsule, les ingénieurs en logiciel étaient autrefois recherchés pour leurs compétences en codage, et non pour leur savoir-faire relationnel. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’écriture de code peut désormais être effectuée par un algorithme [Avis du carnet : suggérée ou facilitée par un algorithme]. « C’est votre personnalité qui fait votre valeur. »

Il faut ensuite établir des règles pour s’assurer que les agents IA ne sèment pas le chaos. L’AI Workforce Consortium, un groupe de recherche dirigé par Cisco, un fabricant d’équipements réseau, a récemment examiné 50 emplois dans le secteur informatique dans les pays riches. La croissance la plus rapide, encore plus que celle des programmeurs IA, concernait les spécialistes des risques et de la gouvernance IA, qui veillent généralement à ce que les robots ne divulguent pas de données ou ne provoquent pas de panne dans les opérations d’une entreprise, entre autres.

C’est au directeur de l’IA qu’incombe la responsabilité de rassembler tous ces rôles. Ce poste est de plus en plus populaire parmi les cadres supérieurs, car les PDG cherchent à convaincre leurs conseils d’administration qu’ils prennent cette technologie très au sérieux. Les directeurs de l’IA combinent généralement une expertise technique avec une connaissance approfondie d’un secteur particulier et une expérience dans la refonte des processus d’entreprise. Ce n’est pas un travail pour les timides. Selon IBM, une entreprise informatique, une grande entreprise type utilise jusqu’à 11 modèles d’IA générative et est constamment sollicitée par des fournisseurs qui tentent de lui vendre des agents pour toutes les fonctions imaginables. Les responsables sont peut-être déjà tentés d’appuyer sur le bouton d’arrêt d’urgence. 

Source : The Economist

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samedi 27 septembre 2025

Pourquoi, malgré les prédictions, l'IA n'a pas remplacé les radiologues (pour l'instant ?)

 
La radiologie est un domaine qui semble optimisé pour être remplacé par des machines : tout y est numérique, basé sur la reconnaissance de motifs et mesurable par des critères clairs. En 2016, Geoffrey Hinton — informaticien et prix Turing — avait même déclaré : « il faut arrêter de former des radiologues ». Si les prévisions les plus extrêmes sur l’impact de l’IA sur l’emploi étaient exactes, la radiologie devrait être le « canari dans la mine » annonçant la révolution à venir.

Depuis 2017, des modèles comme CheXNet ou ceux de sociétés telles qu’Annalise.ai, Lunit, Aidoc et Qure.ai montrent des performances impressionnantes : détection de pneumonies, cancers, AVC, réorganisation des priorités, voire production de brouillons de rapports intégrés aux systèmes hospitaliers. Plus de 700 modèles sont approuvés par la FDA, soit plus des trois quarts des outils d’IA médicale homologués. Pourtant, près de dix ans plus tard, la profession non seulement perdure mais connaît une demande croissante, avec des salaires moyens dépassant les 350 000 $ US par an aux États-Unis et une forte pénurie de praticiens.

Alors pourquoi l’IA ne remplace-t-elle pas encore les radiologues ? Trois explications dominent. D’abord, l’écart entre laboratoire et hôpital. Les modèles brillent aux tests standardisés, mais leur performance chute en conditions réelles, lorsqu’ils sont évalués « hors échantillon », c’est-à-dire sur des données provenant d’un autre hôpital ou d’une autre population que celles utilisées pour l’entraînement. Par exemple, un modèle entraîné à détecter la pneumonie dans un seul centre médical peut échouer ailleurs, car les machines d’imagerie, la qualité des clichés ou les profils des patients diffèrent. Les modèles sont souvent testés sur des données « propres », non ambiguës et homogènes, mais rencontrent beaucoup plus de difficultés face aux images imparfaites, floues, mal orientées ou issues de populations diverses. Une étude japonaise récente a montré que l’IA générative atteint des performances comparables à celles de médecins non spécialistes, mais reste environ 16 % derrière les experts. Cela souligne que l’IA peut être utile comme outil d’assistance, mais qu’elle ne peut pas se substituer (pour l'instant) à l’œil humain le plus aguerri.

Deuxième obstacle : le cadre réglementaire et assurantiel. La FDA impose des règles beaucoup plus strictes aux modèles autonomes qu’aux modèles assistifs (qui exigent toujours la validation d’un médecin). Même lorsqu’un outil est validé, les compagnies d’assurance refusent souvent de couvrir les diagnostics générés sans supervision humaine : certaines polices portent même la mention « Absolute AI Exclusion ». En pratique, cela rend indispensable la présence du radiologue pour signer le rapport. Tant que la responsabilité médicale repose sur l’humain, la supervision d’un radiologue reste indispensable. Les questions de confidentialité et de confiance publique sont également cruciales, comme l’a montré la controverse au Royaume-Uni autour du projet Foresight du NHS, qui reposait sur l’analyse de 57 millions de dossiers patients. Même si les données étaient « désidentifiées », le risque de ré-identification inquiète.

Troisième frein : le travail du radiologue ne se limite pas à « lire » des images. En moyenne, seule une minorité (environ 1/3) de leur temps est consacrée au diagnostic. Le reste est pris par la supervision des examens, la communication avec les médecins traitants et parfois les patients, l’enseignement, et l’adaptation des protocoles. L’IA ne peut pas, pour l’instant, se substituer à cet ensemble de tâches.

L’expérience passée illustre bien ces limites : dans les années 2000, les premiers systèmes d’aide au dépistage du cancer du sein avaient été adoptés massivement (Medicare remboursait leur usage). Résultat : plus de biopsies, mais aucune amélioration des détections. Pire : des études ont montré que les médecins, lorsqu’ils voyaient les « prompts » de l’IA, avaient tendance à trop s’y fier et à rater davantage de cancers quand la machine se trompait.

Même si les modèles deviennent plus performants et plus rapides, un autre paradoxe se dessine : au lieu de réduire le travail, ils risquent de l’augmenter. Dans les années 2000 déjà, la numérisation des images a fait chuter le temps de lecture, mais aussi bondir le volume d’examens réalisés. Quand les scans deviennent plus accessibles et moins coûteux en temps, la demande croît — c’est l’« effet rebond » ou paradoxe de Jevons. Résultat : plus de scanners, plus d’IRM, et donc plus de travail global pour les radiologues.

En clair, l’IA en radiologie progresse vite mais bute encore sur trois réalités : la difficulté de reproduire en clinique ses scores de laboratoire, les lourdeurs réglementaires et assurantielles qui rendent un radiologue indispensable, et la multiplicité des tâches humaines non automatisables. Loin de disparaître, les radiologues sont plus demandés que jamais. Comme le montre ce « canari dans la mine », l’IA ne supprime pas d’emblée les métiers complexes : elle transforme surtout la nature du travail, et rend les spécialistes… encore plus occupés.

lundi 1 septembre 2025

États-Unis — La révolution de l'IA va-t-elle d'abord pénaliser les États démocrates ?

Texte de Joel Kotkin, chercheur présidentiel en urbanisme futuriste à l'université Chapman et chercheur principal au Civitas Institute de l'université du Texas à Austin, paru sur Unherd.

« La première marche de la vie professionnelle est en train de disparaître pour de nombreux nouveaux diplômés », affirme un récent rapport du magazine Fortune. En conséquence, les PDG avertissent que les emplois de débutants sont en voie d'extinction, les stages et les débouchés pour les diplômés universitaires se raréfiant.

Bien sûr, tout le monde ne ressentira pas cet impact de la même manière. Au sommet de la pyramide se trouvent les investisseurs, les entrepreneurs et les programmeurs d'élite qui touchent désormais des salaires équivalents à ceux des athlètes professionnels. Mais l'intelligence artificielle, alimentée par d'énormes injections de capitaux provenant de Wall Street, menace de supprimer de nombreux emplois dans le domaine des logiciels, ainsi que des postes professionnels haut de gamme impliquant des analyses routinières.

Les jeunes en sont parfaitement conscients. Dans le cours que je donne avec Marshall Koplansky à l'université Chapman, plusieurs étudiants ont prédit que les emplois qu'ils occupent actuellement disparaîtront bientôt. Parmi eux se trouvaient un concepteur de jeux, deux responsables des ressources humaines et un responsable de la fabrication et de l'entreposage. Mes collègues ingénieurs font état d'une tendance similaire. Si les perspectives restent bonnes pour les ingénieurs en mécanique et en chimie, ainsi que pour ceux qui conçoivent des robots, elles sont beaucoup moins certaines pour les étudiants en informatique.

Malgré les profits colossaux des plus grandes entreprises technologiques, les outils de programmation IA ont permis des licenciements massifs dans des entreprises telles qu'Amazon, Intel, Meta et Microsoft. Malgré les profits en forte hausse des plus grandes entreprises technologiques, les outils de programmation IA ont permis des licenciements massifs dans des entreprises telles qu'Amazon, Intel, Meta et Microsoft. 

Aujourd'hui, parmi les diplômés universitaires âgés de 22 à 27 ans, les diplômés en informatique et en génie informatique connaissent certains des taux de chômage les plus élevés, selon un rapport de la Banque fédérale de réserve de New York.

En réponse, de nombreuses entreprises se concentrent désormais sur la création de produits tangibles plutôt que sur le simple transfert d'algorithmes à des fins commerciales ou la génération de davantage de médias sociaux. Dans les secteurs de l'aérospatiale et de la défense, par exemple, l'IA n'est pas considérée comme une fin en soi, mais comme un outil. Elle est un moyen d'améliorer la créativité et la productivité humaines plutôt que de les remplacer. « Le logiciel n'est pas dans une position idéale avec l'IA », m'a confié Delian Asparouhov, qui dirige une entreprise spécialisée dans la fabrication spatiale. « Aujourd'hui, les gens se tournent vers les techniques lourdes. La conception et la construction de vaisseaux spatiaux ont toujours besoin de main-d'œuvre humaine. »

Cela pourrait poser des problèmes aux universités d'élite, mais représente un avantage majeur pour les écoles qui enseignent les compétences pratiques dont les entreprises ont réellement besoin. Jusqu'à présent, ces débouchés sont largement concentrées dans les États rouges [républicains] et mauves [États indécis] du Midwest et du Sud, les régions les plus axées sur la relocalisation de la fabrication et d'autres industries depuis l'étranger.

Les mentalités évoluent parallèlement à ces changements économiques. Une enquête récente a révélé qu'environ 83 % de la génération Z [nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010] estime qu'apprendre un métier technique spécialisé peut être un meilleur moyen d'assurer sa sécurité économique que d'aller à l'université, y compris 90 % de ceux qui possèdent déjà un diplôme universitaire. En effet, alors que les inscriptions à l'université ont chuté entre 2020 et 2023, celles dans les écoles techniques ont augmenté de 10 %. Ces changements suggèrent que, à mesure que les compétences pratiques gagnent en valeur, les régions qui les proposent sont susceptibles d'attirer à la     fois des talents et des emplois.

La Californie perd déjà des emplois dans le secteur des technologies de pointe au profit de nouveaux acteurs au Texas et dans le sud des États-Unis. Entre 2022 et 2023, le Texas a été en tête du pays en termes de création d'emplois dans le secteur des technologies, tandis que la Californie est restée largement stable. La Floride arrive en deuxième position, la Géorgie, le Tennessee et la Caroline du Nord enregistrant également des gains importants. Pour l'avenir, la CompTIA (Computing Technology Association) prévoit que le Texas, le Mississippi, le Tennessee et la Caroline du Sud connaîtront la croissance la plus rapide dans le secteur des technologies au cours de la prochaine décennie.

Le fossé entre les États bleus [démocrates] et rouges [républicains] pourrait se creuser avec l'IA, compte tenu de sa demande croissante en électricité abordable. Les prix élevés de l'énergie en Californie, les plus élevés du pays, sont l'une des raisons pour lesquelles les entreprises qui construisent des serveurs d'IA, des puces avancées et du matériel quantique, telles que Nvidia, Samsung et Taiwan Semiconductor, sont implantées dans des États riches en énergie comme le Texas. Parallèlement, le nouvel essor énergétique de la Pennsylvanie est largement considéré comme une occasion idéale d'étendre à la fois sa base technologique et industrielle. Par exemple, en 2022, Shell a investi 6 milliards de dollars dans un craqueur d'éthane à Monaca, en Pennsylvanie, afin de convertir le gaz naturel abondant de la région en plastiques.

L'intelligence artificielle remodèle le paysage économique, récompensant les régions qui disposent d'une énergie abordable, de compétences pratiques et d'une volonté de fabriquer des produits tangibles. Alors que les coûts élevés et la croissance stagnante de la Californie poussent les emplois technologiques vers le Texas, le Sud et la Pennsylvanie, les gagnants seront probablement les États qui combinent infrastructures, talents et approche pragmatique de l'industrie. La question ne porte plus seulement sur l'innovation, mais aussi sur les endroits où cette innovation peut prospérer et sur les États qui sont prêts à saisir les opportunités créées par l'IA.

vendredi 6 juin 2025

Immigration — plus difficile de trouver un boulot pendant l'été pour les jeunes

Les jeunes de 15-19 ans ont de la difficulté à se trouver un emploi: comment décrocher un emploi quand 

Le taux de chômage des 15 à 19 ans est trois fois plus élevé que pour l’ensemble de la population québécoise, soit 17 % contre 5 %.

En mai 2025, les offres d’emploi estivales ont chuté de 22% par rapport à l’an dernier.

« Prof de secondaire 5 ici, mes élèves sont découragés. Très difficile de se trouver une job », confie une lectrice du Journal de Montréal.

« Ma fille à l’université est rendue à plus de 70 CV et aucune réponse », ajoute une autre.

« Les jeunes trouvaient des emplois partout il y a deux ans alors qu’il y avait pénurie de main-d’œuvre et maintenant, c’est l’inverse: les postes d’entrée se comblent très rapidement et la compétition est très forte, ce qui pénalise les jeunes », déclare Cynthia Brouillard, conseillère en développement professionnel auprès de Carrefour Jeunesse Emploi.

Forte baisse des offres d'emploi d'été (en rouge pour 2025)

Il y a entre 500 et 600.000 jeunes de 15 à 19 ans au Québec.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, au 1er janvier 2024, le Québec comptait 560 000 résidents non permanents (immigrants temporaires légaux), comprenant :
  • 234 000 travailleurs étrangers temporaires,
  • 177 000 demandeurs d’asile,
  • 124 000 étudiants internationaux (certains avec permis de travail).

Échange au parlement à Ottawa, la députée conservatrice Michelle Rempel Garmer demande : « Pourquoi les libéraux ont-ils fait venir un demi-million d’étudiants étrangers au Canada alors qu’il y avait une pénurie massive de logements et que les jeunes ont des difficultés à trouver des emplois ? »

Le ministre de l'Immigration Diab : « Ces chiffres sont inexacts ; c'est de la désinformation ! »

Rempel Garner : « J'ai tiré ces chiffres du site Web du ministre. » [colonne FO, total : 516.275]

Au Canada, les visas pour les étudiants étrangers, officiellement appelés permis d'études, sont octroyés par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), un ministère du gouvernement fédéral. 

Bien que l'IRCC soit l'autorité fédérale, les provinces (comme le Québec) peuvent avoir des exigences supplémentaires. Par exemple, au Québec, les étudiants doivent obtenir un Certificat d'acceptation du Québec (CAQ) auprès du ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration (MIFI) avant de demander un permis d'études à l'IRCC.

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samedi 15 février 2025

Repenser l'école à l'heure de l'IA

Chronique de Luc Ferry paru dans le Figaro du jeudi 13 février.

J’évoquais il y a peu ici même l’échec de « Lucie », cette IA soutenue par l’éducation nationale qu’on a dû retirer d’urgence tellement elle était nulle. L’idée de départ, pourtant, était bonne, car il va bien falloir un jour s’emparer sérieusement du sujet. Avec l’IA, certains s’imaginent qu’on pourra enfin donner chair à l’idéal porté dans l’après-68 d’un monde scolaire où tout deviendrait ludique, un monde où on supprimerait enfin toute forme d’ennui à l’école, fût-ce au prix d’un anéantissement de la notion même de perfectibilité par le travail. Avec l’IA tout deviendrait facile, il suffirait de questionner un modèle de langue de grande taille (MLGT) enfin débarrassé des «hallucinations» qui caractérisaient ses premiers pas pour avoir réponse à toutes les questions ou peu s’en faut, qu’il s’agisse de faire un devoir d’histoire, de science, de littérature ou de philosophie. Plus de travail à faire à la maison, plus d’ennui à l’école! Victoire du «jeu interactif» universel vers lequel l’IA pourra emmener tous ceux qui veulent « jouir sans entraves » !

En travaillant à notre place, l’IA pourra nous débarrasser de toute forme de pénibilité. Le problème, c’est qu’on peut bien faire travailler quelqu’un (en l’occurrence quelque chose, une machine) à sa place, mais on ne peut pas penser à notre place. Si l’IA devait non seulement supprimer une quantité faramineuse d’emplois salariés, mais en outre ôter à nos enfants le soin de penser par eux-mêmes, d’acquérir des connaissances et plus encore d’en comprendre le sens, les IA génératives faisant quasiment tout le travail scolaire pour eux, nous risquerions tout simplement de voir en quelques générations l’humanité sombrer dans la bêtise et l’obscurantisme. Il est crucial ici de bien comprendre la différence entre « sens » et « connaissance ».

L’IA est des millions de fois plus savante que moi grâce aux connaissances qu’on lui a fait ingurgiter, mais comme elle ne possède par elle-même ni valeurs ni émotions, pour elle tout se vaut! Car ce sont nos valeurs qui donnent du sens aux connaissances. Quand on écoute la radio le matin, on s’indigne, on s’attriste, on rit, bref, on donne du sens à ce qu’on entend à partir de ses valeurs. Pour L’IA, tout est équivalent, ses codes éthiques, esthétiques et politiques n’étant pas vécus par elle mais imposés par un programmateur. D’où le caractère irremplaçable du travail personnel, comme le notait déjà Kant dans ses Réflexions sur l’éducation : il est, écrivait-il, « de la plus haute importance que les enfants apprennent à travailler… C’est une idée fausse de s’imaginer que si Adam et Eve étaient demeurés au Paradis, ils n’auraient rien fait d’autre que d’être assis ensemble, chanter des chants d’Arcadie et contempler la beauté de la nature. L’ennui les eût bien vite torturés… »
Je suis convaincu qu’interdire tout usage de l’IA dans le cadre scolaire serait aussi vain qu’au final nuisible. Il me semble plus intelligent d’adapter la pédagogie à cette nouvelle donne en demandant par exemple aux étudiants de poser leurs questions à l’IA multimodale, de citer ses réponses, puis de les résumer avant d’en faire la critique, de les discuter et de les compléter, un exercice qui pourrait être tout à fait pertinent sur un plan pédagogique
On peut engager une personne pour faire le ménage ou pour entretenir son jardin, on ne peut pas engager quelqu’un pour penser et construire sa vie à sa place. Pas davantage une IA… La valorisation républicaine [pas au Royaume-Uni ou au Royaume de Belgique ?] du travail marque ainsi comme par avance une rupture radicale avec l’idéal de ces patrons de l’IA qui plaident pour un revenu universel de base. Pour autant, je suis convaincu qu’interdire tout usage de L’IA dans le cadre scolaire serait aussi vain qu’au final nuisible. Il me semble plus intelligent d’adapter la pédagogie à cette nouvelle donne en demandant par exemple aux étudiants de poser leurs questions à L’IA multimodale, de citer ses réponses, puis de les résumer avant d’en faire la critique, de les discuter et de les compléter, un exercice qui pourrait être tout à fait pertinent sur un plan pédagogique.

Pour en donner une autre illustration à l’école primaire, on montre aux enfants une carte de Noël et on leur demande de la décrire à l’IA pour qu’elle génère une image identique. On compare ensuite le résultat avec l’original et en général, les différences proviennent du fait que les enfants n’ont pas utilisé les mots exacts et les phrases correctes pour décrire ce qu’ils voyaient. On les invite alors à recommencer en employant les mots justes jusqu’à ce que la ressemblance soit convaincante – un exercice qui les obligera à soigner leur expression. On pourrait bien sûr donner bien d’autres exemples dans le domaine de la biologie, de la géographie, de la physique ou de la chimie, où les jumeaux numériques permettent de visualiser et même de pratiquer des expériences de manière extraordinaire, mais ce qui est certain, c’est qu’il y a urgence à organiser la complémentarité entre l’IA et l’élève, car, en toute hypothèse, on n’arrêtera pas le raz de marée…
 

IA; 300 millions d’emplois menacés - Luc Ferry
(Ferry pratique goulûment l'anglicisme, ainsi prompts = invites, affinages, requêtes). Luc Ferry exagère à notre avis la précision de l'IA actuelle qui, malgré son savoir encyclopédique, peine à composer des programmes d'informatique corrects dès que la tâche est un tant soit peu complexe et originale. Les IA, même les dernières versions, hallucinent encore (c'est notamment dû aux transformateurs qui sont très bons pour générer du texte qui semble cohérent mais n'est pas nécessairement exact.)

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Le Chat — Un agent conversationnel français très félin


mardi 21 janvier 2025

L'apogée du MBA ?

Pourquoi les diplômés des écoles de commerce d’élite peinent à trouver un emploi.

Dans le monde des affaires, il n’y a pas de signe plus sûr de détresse que lorsqu’une entreprise retarde la publication de ses résultats financiers. Il semble que ce soit également le cas pour les écoles de commerce. Aux alentours de Noël — et dans de nombreux cas en retard sur leur calendrier habituel — les principales écoles de commerce américaines ont publié l’équivalent de leur rapport annuel, qui comprend des données sur les nouveaux emplois occupés par les diplômés de leurs programmes de maîtrise en administration des affaires (MBA), qui sont généralement des cours de deux ans destinés aux étudiants ayant une expérience professionnelle. Nous avons analysé les chiffres. Dans les 15 meilleures écoles de commerce, la part des étudiants de 2024 qui ont cherché et accepté une offre d’emploi dans les trois mois suivant l’obtention de leur diplôme, une mesure standard des résultats de carrière, a chuté de six points de pourcentage, pour atteindre 84 %. Par rapport à la moyenne des cinq dernières années, cette proportion a diminué de huit points.

Certaines baisses sont spectaculaires. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) peut se targuer d’être la meilleure université du monde. Mais son école de commerce, qui porte le nom d’Alfred Sloan, un géant de l’industrie automobile du XXe siècle, est en train de perdre ses lettres de noblesse. Au cours de la décennie qui s’achève en 2022, 82 % en moyenne des étudiants à la recherche d’un emploi en ont accepté un à la fin de leurs études, et 93 % trois mois plus tard. En 2024, ces chiffres étaient respectivement de 62 % et 77 %. Dans certaines écoles d’élite, la réalité est peut-être encore pire qu’il n’y paraît. Un professeur s’inquiète du fait que certains étudiants considérés comme entrepreneurs sont en fait au chômage. Les entreprises américaines sont peut-être en plein essor. Mais ceux qui s’imaginent être ses futurs dirigeants souffrent d’une récession.

Les écoles de commerce américaines sont habituées aux critiques. L’argument selon lequel les affaires sont quelque chose qui se fait et ne s’enseigne pas existe au moins depuis que la première classe de la Harvard Business School (HBS) s’est réunie en 1908. Les MBA sont décrits comme des « cartes syndicales pour yuppies » dans « Snapshots from Hell », les mémoires de Peter Robinson, un ancien étudiant de Stanford, publiés en 1994. « Aujourd’hui, il est possible de trouver des professeurs de gestion titulaires qui n’ont jamais mis les pieds dans une véritable entreprise », s’insurge un article paru en 2005 dans la Harvard Business Review. Certains tiennent les écoles de commerce pour responsables de tous les maux du capitalisme. D’autres, en revanche, accusent leurs diplômés d’être des capitalistes inefficaces. Elon Musk a déploré le nombre de MBA à la tête de grandes entreprises.

Le stéréotype de la maximisation du profit n’est pas totalement infondé. Une étude réalisée par Daron Acemoglu, Alex Xi He et Daniel le Maire, trois universitaires, montre que les cadres diplômés en commerce sont moins enclins à partager les bénéfices avec les travailleurs que leurs homologues moins expérimentés sur le plan commercial. À quoi ressemblent ces gens en fin de semaine ? Un autre article de 2007, rédigé par Nicole Stephens, Hazel Markus et Sarah Townsend, a montré que, comparés aux pompiers, les étudiants en MBA étaient beaucoup plus susceptibles d’être contrariés si un ami achetait sciemment la même voiture qu’eux.

Ce qui ne fait aucun doute, en revanche, c’est l’énorme succès des diplômés des écoles de commerce américaines. Des promotions entières de diplômés de HBS ont fait l’objet d’éloges : Le magazine Fortune a qualifié les diplômés de 1949 de « classe sur laquelle les dollars sont tombés ». La promotion de 1982 comprenait Jamie Dimon, le patron de JPMorgan Chase, Jeffrey Immelt, l’ancien patron de General Electric, et Seth Klarman, un investisseur de renom. Près de la moitié des entreprises de l’indice S&P 500 sont dirigées par un diplômé de MBA.

Il s’agit là d’un gisement de prestige. Mais il doit être continuellement réalimenté par les étudiants qui décrochent de bons emplois. La réussite commerciale est, après tout, l’objectif principal de l’enseignement des affaires. Et comme le suggèrent les données récentes sur l’emploi, ce succès est aujourd’hui moins assuré.

Les secteurs du conseil et de la finance absorbent depuis longtemps la majorité des diplômés des écoles de commerce d’élite. Chaque année, McKinsey, Boston Consulting Group et Bain, les principaux cabinets de conseil, envoient un grand nombre de leurs employés prometteurs dans les écoles de commerce. Nombre d’entre eux reviennent après avoir obtenu leur diplôme, accompagnés de nouveaux convertis à l’industrie.

Le complexe écoles de commerce-consultants permet aux entreprises d’attirer des étudiants qualifiés, enthousiastes et dociles, tandis que les écoles de commerce reçoivent un flux constant d’études rapides et de frais de scolarité fiables. La proportion d’étudiants optant pour des emplois dans la finance, en particulier dans les banques, a chuté depuis la crise financière. Mais il reste sur les campus un groupe important de « private equity bros » (frères du capital-investissement). Certains se décrivent eux-mêmes de manière arithmétique : l’un des parcours de carrière est le « 2 +2 +2 », une succession de périodes de deux ans dans la banque d’investissement, le capital-investissement et l’école de commerce, qui sert de tapis roulant bien rémunéré et très rapide pour certains des étudiants les plus brillants des États-Unis.

Lorsque les sociétés de conseil ont ralenti leurs recrutements après avoir connu un boum pendant la pandémie, les écoles de commerce se sont senties prises à la gorge. Selon l’analyse des données de quatre écoles (Chicago Booth, Columbia, MIT Sloan et NYU Stern) réalisée par The Economist, le nombre de diplômés travaillant pour les trois grands cabinets de conseil a diminué d’un quart l’année dernière, par rapport aux trois années précédentes.

Les écoles de commerce sont tout aussi préoccupées par la technologie, qui recrute également moins de titulaires de MBA. Les baisses d’embauche des géants de la technologie (Alphabet, Amazon, Apple, Meta et Microsoft) sont particulièrement marquées. Dans les quatre écoles de cette analyse, les étudiants qui finissent dans les grandes entreprises technologiques ont diminué de plus de moitié l’année dernière, par rapport à la moyenne entre 2018 et 2022, pour s’établir à environ 50.

Certains de ces problèmes sont sans doute cycliques. Le secteur technologique est sujet à des périodes d’expansion et de ralentissement. Après l’éclatement de la bulle Internet, la part des diplômés de la Wharton School de l’université de Pennsylvanie qui se sont lancés dans les industries de « haute technologie » s’est effondrée, passant de 17 % à 8 %. Cette fois, le déclin de l’intérêt des grandes entreprises technologiques pour les MBA semble avoir précédé la correction du marché après la pandémie. Il est donc possible que les entreprises commencent à se désintéresser des gestionnaires professionnels. Même si le secteur du conseil reprend vie, rares sont ceux qui pensent que le MBA sera aussi essentiel pour s’imposer à l’avenir. Les diplômes supérieurs, notamment en sciences et en ingénierie, sont aujourd’hui considérés comme plus crédibles par les clients des consultants.

Quelles sont les autres options qui s’offrent aux étudiants ? Un nombre restreint mais croissant d’entre eux choisissent de gérer une petite entreprise plutôt que de gravir les échelons d’une grande. Les investisseurs investissent dans des « fonds de recherche », où de jeunes diplômés d’écoles de commerce tentent d’acquérir et d’exploiter une entreprise. Les retours des investisseurs sont impressionnants, même si les chiffres sont faibles — une étude de Stanford indique que 94 fonds ont été lancés en 2023. « C’est une façon moins risquée de s’essayer à l’entrepreneuriat ; les résultats ne sont pas aussi binaires que si l’on crée une nouvelle entreprise », explique Lacey Wismer, de Hunter Search Capital, qui soutient ce type de fonds. « Certains des meilleurs étudiants en MBA suivent cette voie. Ce ne sont pas les rejetés de McKinsey », affirme Mark Agnew, de Chicago Booth. À en juger par l’intérêt suscité sur le campus, il est probable que de nombreux autres étudiants tenteront l’expérience.

Donald Trump, MBA

Les convulsions dans les industries en col blanc ne représentent que la moitié de l’histoire. Après tout, les écoles de commerce ont un pied dans le commerce et l’autre dans le milieu universitaire. Leur adhésion enthousiaste à la diversité, à l’équité et à l’inclusion (DEI) depuis 2020 signifie qu’elles n’ont pas été épargnées par la crise de légitimité qui affecte leurs universités de tutelle. Nichées entre les grandes universités, les entreprises et les cabinets de conseil — qui ont tous fait preuve de zèle en matière de diversité raciale et de genre ces dernières années —, il n’est guère surprenant que certaines écoles de commerce se soient lancées à corps perdu dans l’aventure : Wharton permet même aux étudiants en MBA de se spécialiser dans l’IED.

Les écoles de commerce sont également en décalage par rapport à l’époque. Si l’Amérique se réindustrialise, les campus n’en ont pas encore été informés. Le commerce est le domaine d’études supérieures le plus répandu aux États-Unis, avec environ quatre fois plus d’étudiants obtenant un maîtrise dans ce domaine que dans celui de l’ingénierie. Les écoles de commerce seront-elles aussi enclines à modifier leur enseignement pour refléter les règles du commerce dans l’Amérique de Donald Trump ? Probablement pas. Même si l’embauche s’améliore, elles resteront exposées et déconnectées de la réalité.


Source : The Economist

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Selon Henry Mintzberg, professeur de gestion à McGill, les arguments avancés par les aspirants managers en faveur de l’obtention d’un MBA sont puissants.

« Un gros salaire, un poste important, des recruteurs qui me tombent dessus, peut-être même une prime à la signature comme une étoile du football — la voie rapide, la belle vie ».

Le problème, selon Mintzberg, c’est que les MBA « forment les mauvaises personnes, de la mauvaise manière et pour les mauvaises raisons ». Les jeunes gens ayant peu d’expérience en matière de gestion ne devraient pas exercer une telle influence dans le monde de l’entreprise, simplement parce qu’ils ont réussi une ou deux études de cas dans un cadre très éloigné de la vie réelle.

« Essayer d’enseigner la gestion à quelqu’un qui n’a jamais géré, c’est comme essayer d’enseigner la psychologie à quelqu’un qui n’a jamais rencontré un autre être humain », insiste Mintzberg.

Selon Mintzberg, les programmes de MBA ont tendance à attirer des personnes dont l’estime de soi dépasse souvent leurs compétences, puis à renforcer dangereusement leur confiance en eux de sorte qu’ils se croient capables de gérer et de prendre des décisions capitales, même s’ils ne l’ont jamais fait auparavant.

Ce qu’ils ont fait à la place pendant leurs études de MBA est souvent l’équivalent académique d’un jeu de déguisement — travailler sur des études de cas. Ce n’est pas nécessairement mauvais, sauf si l’on prétend — comme le font trop de programmes de MBA — que ces exercices équivalent à l’expérience durement acquise par les gestionnaires en exercice en prenant chaque jour des dizaines de décisions dans la vie réelle.

Mintzberg méprise ceux qui pensent avoir gagné leurs galons de dirigeants en excellant dans « une situation que tout le monde dans la salle a lue, mais que personne n’a vécue, pour des décisions qui peuvent être prises, mais jamais mises en œuvre ». Quelle prise de décision ! Quel management !

Selon Mintzberg, les PDG (en particulier aux États-Unis) ont tendance à être surpayés et surestimés.

vendredi 25 octobre 2024

La croissance de l'emploi dans les administrations publiques a dépassé celle du secteur privé au Québec et au Canada de 2019 à 2023

Au Québec et dans 7 des 9 provinces du RdC (Reste du Canada), le taux de croissance des emplois gouvernementaux a été plus élevé que celui du secteur privé, révèle une nouvelle étude publiée aujourd'hui par l'Institut Fraser, un groupe de réflexion indépendant et non partisan sur les politiques publiques canadiennes.


« La création nette d'emplois au Canada ces dernières années est due de manière disproportionnée à la croissance de l'emploi dans le secteur public plutôt que dans le secteur privé et, en 2019, la part de l'emploi public dans l'emploi total au pays est à son plus haut niveau depuis le milieu des années 1990 », a déclaré Ben Eisen, chercheur principal à l'Institut Fraser et coauteur de Economic Recovery in Canada before and after COVID : Job Growth in the Government and Private Sectors (La reprise économique au Canada avant et après le COVID : croissance de l'emploi dans le secteur public et le secteur privé).

L'étude révèle qu'historiquement, aucune autre période récente de récession et de reprise au Canada n'a été aussi dominée par la croissance de l'emploi dans le secteur public par rapport à la croissance de l'emploi dans le secteur privé.

Au cours des périodes de récession et de reprise liées à la récession COVID-19 (2019-2023), l'emploi dans le secteur public à travers le pays, y compris au niveau fédéral, provincial et municipal, a augmenté de 13,0 %, contre seulement 3,6 % dans le secteur privé (y compris le travail indépendant).

Dans toutes les provinces canadiennes, à l'exception de l'Alberta et de la Nouvelle-Écosse, l'emploi dans le secteur public a progressé à un rythme plus élevé que dans le secteur privé. En Colombie-Britannique, la croissance de l'emploi dans le secteur privé (y compris le travail indépendant) n'a augmenté que de 0,5 % au cours de la période, contre 22 % dans le secteur public.

Au Québec, l'emploi dans le secteur public a crû de 10,8% de 2019 à 2023 alors que, dans le secteur privé, cette croissance n'a été que de 4,7% avec une chute de 10,5 % parmi les gens établis à leur compte.

En Ontario, le secteur public a connu une croissance trois fois supérieure à celle du secteur privé, avec respectivement 14,6 % et 4,8 %.

L'étude compare également la récession et la reprise actuelles au Canada à celles des États-Unis, où le secteur privé a généré une grande majorité de tous les nouveaux emplois au cours des dernières années. Au Canada, le secteur public est responsable de 46,7 % de la croissance totale de l'emploi entre 2019 et 203, contre 16,1 % aux États-Unis.

« Ces dernières années, le Canada a connu un taux de croissance de l'emploi beaucoup plus élevé dans le secteur public que dans le secteur privé, ce qui est une tendance préoccupante étant donné que la croissance de l'emploi et la création de richesses dans le secteur privé sont nécessaires pour financer les activités des gouvernements », a déclaré M. Eisen.

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vendredi 16 août 2024

Canada — L'immigration ne rajeunira pas de manière significative la population active de demain

Les niveaux d’immigration futurs influencent la taille et la composition ethnoculturelle de la population active mais assez peu sa structure vieillissante. En d'autres termes, la population canadienne (québécoise) va croître, sa composante « de souche » sera de plus en plus minoritaire, mais sa population continuera de vieillir et la proportion de sa population active de diminuer au même rythme, peu ou prou, que l'on cesse toute immigration ou continue au même rythme rapide qu'aujourd'hui.

Depuis les années 1970, le rapport entre le nombre d’entrants et de sortants potentiels de la population active n’a fait que décliner. À la fin des années 1990, on comptait 4 fois plus de personnes âgées de 15 à 29 ans dans la population canadienne – le bassin d’entrants potentiels dans la population active – que de personnes dans la population active âgées de 55 ans et plus (les sortants potentiels), ce qui alimentait la croissance de la population active. En 2021, ce rapport avait diminué à moins de 2 entrants par sortant (graphique ci-dessous). Parmi les principaux facteurs expliquant cette baisse, il y a bien sûr l’arrivée en grand nombre des baby-boomers à l’âge de 55 ans, puis la hausse constante des taux d’activité parmi la population âgée de 55 ans et plus (en particulier chez les femmes). Par ailleurs, la faible fécondité observée depuis les dernières décennies se répercute également sur le nombre de personnes en âge d’entrer dans la population active.


Selon les résultats des projections, le rapport entre le nombre d’entrants et de sortants déclinerait légèrement au cours des prochaines années et bien qu’il y aurait un peu plus de jeunes susceptibles de faire leur entrée sur le marché du travail que de personnes susceptibles de le quitter, la croissance de la population active serait peu alimentée par le remplacement des cohortes. Les résultats révèlent également que les bouleversements observés dans la structure par âge de la population active au cours des 25 dernières années, en raison de l’arrivée à 55 ans de l’ensemble des baby-boomers, tireraient à leur fin et qu’un nouvel équilibre serait atteint.

On remarque, par ailleurs, que ce rapport semble être peu influencé par le niveau d’immigration (faible, moyen, fort). Ainsi, une immigration plus ou moins forte n’a pas pour conséquence de faire augmenter ou diminuer le rapport entre le nombre d’entrants et de sortants potentiels de la population active. Cela signifie que l’immigration n’est pas un levier important pouvant influencer la croissance de la population active sur la base du renouvellement des cohortes comme cela était le cas par le passé, où le rapport entre le nombre d’entrants et de sortants était beaucoup plus élevé. Seule une hausse importante et soutenue de la fécondité permettrait cela. En fait, les immigrants viennent gonfler les rangs de la population active canadienne en s’y joignant dans la force de l’âge. Ils participent donc au renouvellement de la population active, ce qui transforme davantage sa composition ethnoculturelle que sa structure par âge surtout si les apports migratoires annuels sont constants dans le temps.

La forte croissance démographique imposée par le gouvernement Trudeau au Canada par des apports migratoires importants comporte son lot de défis. Certes, elle fait croître la taille de la population active mais exerce un impact limité sur le taux global d’activité et sur le processus du vieillissement et du renouvellement de la population active. Au-delà des impacts purement démographiques, les apports migratoires exercent également des pressions sur l’offre de logements, la construction d’infrastructure ainsi que sur la prestation de services à la population. 

En 2023, la proportion de personnes nées à l’étranger au sein de la population active canadienne était de 32,1 %, ce qui représente tout près de trois personnes faisant partie de la population active sur 10. Le graphique 5 montre que l’évolution de cette proportion est fortement influencée par le nombre d’immigrants et de résidents non-permanents qui seraient admis au Canada dans les prochaines années.


Ainsi, en admettant 500 000 immigrants permanents par année d’ici 2041, la part des personnes nées à l’étranger au sein de la population active augmenterait constamment pour atteindre 43,8 % en 2041. Cette même proportion atteindrait 37,4 % si 250 000 immigrants permanents étaient admis, et 49,0 % si 750 000 immigrants permanents étaient admis annuellement. À l’inverse un arrêt complet de l’immigration temporaire et permanente dès 2024 aurait pour conséquence que la proportion de personnes nées à l’étranger diminuerait lentement d’ici 2041 pour atteindre 29,2 % en fin de projection, soit tout près du niveau observé au Recensement de 2021.

Source : Statistique Canada

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L’immigration « remède imaginaire » au déclin démographique, mais gain électoraliste

Bock-Côté : Immigration, un tabou explose

L'immigration, le remède imaginaire

vendredi 12 juillet 2024

France — La pénurie d'ingénieurs persiste (malgré l'immigration de masse...)


dimanche 10 décembre 2023

Histoire — Le privilège blanc

Josie (6 ans), Bertha (6 ans) et Sophie (10 ans), écailleuses d’huîtres à la conserverie Maggioni, à Port-Royal, Caroline du Sud, en 1912.

Le travail commençait à 4 heures du matin et elles gagnaient toutes les trois entre 9 et 15 dollars par semaine.

Sophie faisait six pots d’huîtres par jour et sa mère, qui travaillait aussi avec elle, disait : « Elle ne va pas à l’école, elle travaille tout le temps. Elle travaille tout le temps ».    

Grâce à ces photos, Lewis Hine a documenté les dures conditions de travail de milliers d’enfants, qui étaient envoyés travailler dès qu’ils savaient marcher et étaient payés en fonction du nombre de seaux d’huîtres qu’ils écaillaient chaque jour.    

M. Hines a écrit au sujet d’une des photographies : « Tous les enfants, à l’exception des plus petits bébés, travaillent. Ils commencent à travailler à 3 h 30 du matin et sont censés travailler jusqu’à 17 h ». Il a parcouru environ 50 000 miles par an, photographiant des enfants de Chicago à la Floride qui travaillaient dans les champs, des mines de charbon et des usines.    

Annie Card (plus tard épouse Lavigne) dans une filature du Vermont à l'âge de 12 ans en 1910.

Remontée des mineurs (l'ascension du blantriarcat) dans un charbonnage de Belgique entre 1905 et 1913.


Parmi les milliers d’immigrants canadiens-français qui peinent dans les usines de la Nouvelle-Angleterre, on trouve des enfants. Le sociologue et photographe Lewis Hine documente leurs conditions de travail. Il note à l’oreille leurs noms. Ici «Jo Bodeon», Joseph Beaudoin, photographié à la Chace Cotton Mill de Burlington, au Vermont, en 1909.




mercredi 21 juin 2023

Faire des études post-secondaires en anglais conduit souvent les francophones à travailler en anglais et à préférer travailler en anglais

L’Office québécois de la langue française (OQLF) vient de publier une étude sur les usages linguistiques en milieu de travail des jeunes de 18 à 34 ans, qui montre que plus des trois quarts (77 %) de l’ensemble des jeunes francophones préfèrent travailler en français. Mais ce pourcentage chute à 40 % si ces derniers ont fait leurs études post-secondaires en anglais.

L’étude s’appuie sur un vaste sondage effectué en 2021 auprès de 6008 répondants ainsi que sur des groupes de discussion. Ce qui est observable chez les jeunes francophones l’est aussi, mais à un degré bien supérieur, chez les jeunes allophones qui ont pourtant eux aussi fréquenté l’école secondaire française. Moins de 5 % des allophones qui ont fait leurs études post-secondaires en anglais préfèrent travailler en français, contre 41 % qui optent pour l’anglais, 27 % qui préfèrent travailler dans les deux langues et 28 % qui n’affichent aucune préférence.

Confirmant certaines données d’études antérieures, cette enquête de l’OQLF montre que ces préférences se traduisent dans la langue qui est effectivement utilisée au travail. S’ils ont fait leurs études post-secondaires en français, les jeunes francophones travaillent le plus souvent dans leur langue dans une proportion de 87 % contre 55 % s’ils ont fait le même parcours en anglais. Plus du quart de ces derniers travaillent le plus souvent en anglais. Pour les jeunes allophones qui ont choisi le cégep ou l’université de langue anglaise, une majorité travaille le plus souvent en anglais (53 %), à peu près le même pourcentage (55 %) que les anglophones qui ont toujours étudié dans leur langue.

Sans surprise, le portrait de la langue ou des langues parlées par les jeunes au travail est différent selon qu’on se trouve sur l’île de Montréal ou dans des agglomérations comme Québec, Trois-Rivières et Sherbrooke. Seule Gatineau présente une situation semblable à celle qui prévaut dans la métropole.

Ainsi, à Québec, Trois-Rivières et Sherbrooke, la proportion des jeunes pour qui le français était la seule langue parlée régulièrement au travail variait de 62 % à 69 %. Sur l’île de Montréal, ce pourcentage chute à 36 % et la moitié des jeunes y travaillent dans les deux langues.

Pour les jeunes francophones, le fait d’avoir une connaissance de l’anglais est perçu comme un minimum pour obtenir un emploi dans plusieurs domaines. Certains d’entre eux estiment toutefois que le fait d’être un francophone unilingue ne devrait pas empêcher quelqu’un d’accéder à un emploi ou d’obtenir une promotion. D’autres font remarquer que les immigrants francophones sont mal informés sur l’importance du bilinguisme pour décrocher un emploi.

Certains jeunes estiment que le bilinguisme au travail est porteur de possibilités sur le plan personnel alors que d’autres s’en inquiètent, « rappelant que cette exigence peut représenter un obstacle professionnel pour de nombreuses personnes », rapportent les auteurs de l’étude.

À l’heure actuelle, 18 % des cégépiens font leurs études en anglais et la majorité d’entre eux proviennent du réseau secondaire français. Cette étude de l’OQLF amène de l’eau au moulin de ceux qui militent pour que la loi 101 soit étendue au cégep. À tout le moins, elle conforte le gouvernement caquiste qui, avec la Loi sur la langue commune (loi 96), a plafonné le nombre de places au cégep anglais, qui allaient en croissant.

Source : Le Devoir
 
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Les universités anglaises du Québec (pourquoi existent-elles ou sont-elles accessibles aux étrangers ?) font fortune en offrant un diplôme et la citoyenneté canadienne à la clé. Elles anglicisent Montréal.
 

Selon ce mémoire, déplacement de la clientèle de langue française vers l'anglais à Montréal:
  • perte de 11,8% de l'effectif pour les universités françaises;
  • gain de 19,8% pour les universités anglaises.