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mercredi 15 juillet 2026

France : mieux vaut s'appeler Victoire que Mohammed pour obtenir le bac

Cette année, le Figaro Étudiant a choisi de publier une étude analysant les prénoms des 164 348 candidats au baccalauréat lors de la session 2025 des bacs général et professionnel ayant accepté de diffuser leurs résultats. Les données des 8,1 % de candidats ayant échoué à l'examen ne sont pas disponibles et seuls les prénoms comptant plus de 30 occurrences ont été retenus, mais l'échantillon est suffisamment important pour être pertinent.


Parmi les 944 prénoms identifiés, nous allons nous concentrer sur les quinze ayant obtenu le meilleur indice de réussite – indice calculé à partir des mentions reçues –, puis sur les quinze derniers de la liste. En ce qui concerne les prénoms obtenant les meilleurs résultats, cela donne : Aliénor, Adèle, Arwen, Isaure, Victoire, Églantine, Albane, Clothilde, Adélie, Domitille, Léopold, Daphné, Aglaé, Mila, Adèle. Et pour ceux de la seconde liste : Bilel, Mohammed, Arda, Abdoul, Yacine, Driss, Issa, Achraf, Imad, Kaïs, Zakaria, Abdallah, Abdoulaye, Aymane, Abdel. Difficile de faire plus caricatural...

Dans l'article du Figaro, le commentaire de ce résultat est laissé à Baptiste Coulmont, professeur à l'ENS Paris-Saclay, auteur de La Sociologie des prénoms, ouvrage dans lequel il étudie l'évolution historique du choix des prénoms en France ainsi que leur lien avec le milieu social – de manière fort intéressante, il observe ainsi que, malgré un individualisme grandissant qui voudrait faire du prénom la marque de notre identité particulière plutôt que le signe d'une appartenance à un groupe, jamais peut-être le prénom n'a été autant un marqueur social qu'aujourd'hui – mais, ajouterons-nous, tout le paradoxe est justement que l'individualisme ne produit pas des individualités : il nous abandonne à nos penchants grégaires. Depuis plusieurs années, le sociologue s'intéresse plus particulièrement aux prénoms des différents candidats au baccalauréat, et c'était à lui que, jusqu'ici, nous devions les études sur ce sujet.

Que retient-il du classement qui nous occupe ici ? Avant tout les conséquences d'une « société de classes », et des résultats qui reflètent le milieu socio-éducatif des parents. « Depuis 1945, nous dit-il, les classes populaires ont pris une autonomie culturelle en choisissant des prénoms qui n'étaient pas d'anciens prénoms bourgeois, mais en puisant dans les registres anglophones et celtiques [souvent anglicisés comme Kevin]. Dans les années 80, ça pouvait être "Mickaël", dans les années 90 "Kevin", et "Kylian" à partir des années 2000. Aujourd'hui, les parents dont le niveau de diplôme est le plus élevé préfèrent "Zélie " et " Hippolyte " à " Kylian" et "Mehdi" ».

La tarte à la crème des inégalités sociales


Une telle analyse, sans avoir rien de faux, n'en est pas moins particulièrement réductrice ; elle nous semble au moins borgne, au pire complaisante. Il saute aux yeux à la lecture des deux listes que nous avons présentées que le problème de notre système éducatif ne saurait se résumer à la question des inégalités sociales, comme voudrait encore le faire croire une certaine gauche dans son aveuglement volontaire à tous les autres facteurs entrant en jeu dans de tels résultats.

Non pas que le facteur social ne soit pas déterminant : en effet, grâce à l'idéologie égalitariste de nos politiques si soucieux de justice sociale, nous avons produit le système le plus inégalitaire au monde – ainsi que nous le rappellent systématiquement les classements PISA depuis des années, notre école est celle qui reproduit le plus les inégalités sociales. Comment ? En supprimant les exigences et la sélection précisément sous prétexte de laisser leur chance aux enfants issus des milieux défavorisés. Ce faisant, elle leur ôte toute envie de fournir à l'école les efforts qui leur permettraient d'acquérir ce que leur milieu d'origine ne leur a pas donné.

Alors, certes, dans les deux listes en question, on observe que les enfants des classes les plus favorisées sont également ceux qui obtiennent les meilleurs résultats. Mais est-ce vraiment tout, et n'y a t-il vraiment aucun autre constat à tirer de cette succession de prénoms ? En réalité, on y voit tout ce que notre société ne veut pas voir, tout ce qu'il est de bon ton de taire au sujet de notre jeunesse et du système éducatif, à savoir : les ravages d'une immigration mal intégrée et islamisée, double facteur qui s'ajoute à la problématique sociale et la décuple. Par ailleurs, on y voit également la triste réalité de l'échec scolaire des garçons, autre phénomène dont notre société, avec son prisme féministe fanatique, se détourne pour ne se soucier des « inégalités filles-garçons » que lorsqu'elles existent au détriment des filles, et refuse de reconnaître tout ce que le laxisme de notre système scolaire a de pernicieux pour les garçons, qui deviennent matures plus tard et sont moins à même de s'autoréguler que les filles.

Sur les quinze premiers prénoms du classement, à part Mila (diminutif de prénoms slaves) et Arwen (création de Tolkien aux consonances [anglo-]celtiques), tous les prénoms peuvent être identifiés comme français, parfois avec une origine germanique, grecque ou latine. Ils renvoient à des figures historiques (Aliénor), à des mots de notre langue (Victoire), et s'inscrivent dans la sphère culturelle européenne ; en outre, presque tous appartiennent au calendrier des saints chrétiens. Par ailleurs, on ne trouve qu'un seul prénom de garçon.

 


Qu'il est loin, le travailleur immigré soucieux d'intégration !

Dans la fin du classement, à part Arda, d'origine turque, l'ensemble des prénoms est d'origine arabe ; excepté Achraf, Imad, Kaïs et Aymane, tous sont de tradition islamique, issus du Coran ou des noms de compagnons du prophète. Et l'on y trouve 100 % de prénoms de garçons.
L'effet de symétrie inversée est presque parfait. Il traduit l'absence complète de mélange réel là où l'on prétend établir la « diversité ». En réalité, la France voit désormais vivre sur son sol deux populations qui existent côte à côte mais ne partagent rien : elles ne fréquentent pas les mêmes lieux y compris lorsqu'elles vivent dans le même quartier, ne font pas les mêmes métiers, n'ont pas les mêmes loisirs, ne mangent même pas la même chose.

Elle est bien loin, l'immigration de travail de gens soucieux de partager la culture française et qui, en premier lieu, faisaient le choix d'un prénom français pour leur enfant. C'était l'époque des Jean-Pierre italiens et des François vietnamiens… Nos médias ont fait leurs gorges chaudes de ce qu'ils considéraient comme l'obsession d'Éric Zemmour pour la question des prénoms ; pourtant, elle est loin d'être anodine, comme cela se voit désormais on ne peut plus clairement à travers l'exemple que nous prenons ici.

Cette liste de prénoms fait éclater à nos yeux le phénomène du communautarisme, la réalité d'une immigration qui n'a aucun projet d'intégration, et qui au contraire manifeste par tous les moyens son appartenance à l'islam. À travers quelques prénoms alignés, elle révèle que notre modèle de laïcité à l'école ne saurait être désormais qu'une fiction. Cette attitude est loin d'être sans rapport avec la question des résultats scolaires : des jeunes élevés dans la défiance à l'égard du pays et de toutes ses institutions ne peuvent avoir les dispositions positives nécessaires à ce que l'on attend d'eux à l'école. Ils seront les premiers à contester l'autorité de l'enseignant, et jusqu'aux savoirs qu'il représente. Pourquoi prendraient-ils ensuite la peine de les apprendre ? L'absence d'intégration signifie en outre souvent une absence de pratique et de maîtrise du français, dont nous faisons aussi les frais désormais, avec des lycéens qui, souvent, ne comprennent plus un texte simple.

Le choc des civilisations est palpable dès le collège


Ces deux listes sont finalement comme une illustration du choc des civilisations ; elles donnent à voir deux jeunesses qui bientôt devront vivre ensemble, mais n'auront rien à se dire, et qui se retrouveront peut-être un jour, il faut le craindre, « face à face », pour reprendre l'expression d'un ancien ministre. Choc des civilisations car, face au bloc de culture islamique, on trouve bien ici un bloc culturel tout aussi homogène, celui de la civilisation européenne avec ses racines chrétiennes, celle que l'on croyait déjà disparue. Ce classement consacre en effet l'échec du délire individualiste qui, depuis plusieurs décennies, a conduit les Français à choisir pour leurs enfants des prénoms cultivant le goût de l'originalité, avec la quête du prénom unique, parfois inventé, refusant l'orthographe classique, mettant en avant la plus infime origine étrangère, et donnant finalement lieu à des listes de classes entières où l'on ne trouve parfois pas un prénom identifiable. Les meilleurs bacheliers, au contraire, ont des prénoms bien connus, français pour la plupart, qui s'inscrivent dans une culture commune et dans une histoire.

« Les individus cosmopolites que nous étions spontanément font, sous le choc de l'altérité, la découverte de leur être », écrivait Alain Finkielkraut dans L'Identité malheureuse. On se prendrait à rêver que cela soit réellement le cas quand on regarde la liste des prénoms des meilleurs bacheliers de France… Cependant, ces prénoms manifestent-ils vraiment la renaissance d'une jeunesse française, consciente d'appartenir à une nation millénaire, et riche d'un passé retrouvé après des décennies d'oubli ? Ou ne sont-ils que le marqueur d'une recherche effrénée de « distinction sociale », selon l'expression de Bourdieu, pour des enfants destinés par leurs parents à la réussite individuelle au sein d'une société fracturée ? Cela, l'avenir seul nous le dira.

 Source : Valeurs actuelles 

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jeudi 4 juin 2026

La natalité en berne en Turquie : un « désastre » démographique qui inquiète Erdogan


La Turquie connaît un déclin démographique rapide.

Selon les données officielles publiées le 21 mai 2026 par l’Institut turc de la statistique (TurkStat), le taux de fécondité (ISF) est tombé à 1,42 enfant par femme en 2025, contre 1,49 en 2024. Ce chiffre se situe largement en dessous du seuil de renouvellement des générations (2,1) pour la neuvième année consécutive.

Le nombre de naissances vivantes a également baissé, atteignant 895 374 en 2025. 

Ce recul touche la quasi-totalité du pays : 76 des 81 provinces affichent désormais un taux inférieur à 2,1, et 59 provinces sont même en dessous de 1,5.

Un revirement historique


En l’espace d’un quart de siècle, la Turquie est passée d’une fécondité dynamique (2,38 en 2001) à un niveau comparable à celui de nombreux pays européens. L’âge médian de la population a fortement augmenté, et la part des personnes âgées de plus de 65 ans devrait plus que doubler d’ici 2050. Ce phénomène marque la fin d’un atout historique pour le pays : son dynamisme démographique.

Le président Recep Tayyip Erdogan a qualifié cette situation de « désastre » et d’« menace plus grande encore que la guerre ». 

Après avoir déclaré 2025 « Année de la famille », il a lancé en mai 2026 un vaste plan décennal (2026-2035) visant à relancer les naissances : aides financières à la naissance, prêts bonifiés pour les jeunes couples, extension des congés parentaux, incitations fiscales et promotion du modèle familial traditionnel avec un appel récurrent à avoir « au moins trois enfants ».

Les paradoxes d’Erdogan sur le rôle des femmes

Un paradoxe majeur traverse la politique d’Erdogan. 

D’un côté, les gouvernements de l’AKP ont objectivement favorisé l’emploi des femmes, notamment dans la fonction publique. Depuis 2002, le taux d’activité féminine a progressé (passant d’environ 27-28 % à environ 34-35 %), des restrictions ont été levées, et l’accès des femmes voilées à la fonction publique, à la police et à l’armée a été facilité. Le nombre de femmes parlementaires et entrepreneures a également augmenté.

De l’autre, Erdogan n’a cessé de tenir un discours conservateur valorisant avant tout la maternité. Il a déclaré à plusieurs reprises que « la femme n’est pas l’égale de l’homme », que « la place première de la femme est la maternité » et qu’une femme qui privilégie sa carrière au détriment des enfants est « incomplète » ou « à moitié personne ». Il a critiqué ouvertement le travail féminin lorsqu’il concurrence la vie familiale et a multiplié les appels à concilier emploi et maternité… tout en plaçant clairement cette dernière en priorité.

Cette approche contradictoire reflète une «modernisation occidentale» partielle : on ouvre des portes aux femmes tout en regrettant qu’elles les franchissent trop largement au détriment du projet nataliste. 

Beaucoup d’observateurs y voient l’une des explications de l’échec relatif des politiques de relance de la natalité.

Des causes profondes et structurelles

Au-delà des discours, les experts identifient des facteurs plus déterminants :

  • La crise économique persistante (inflation chronique, coût du logement et de l’éducation) qui pousse les couples à reporter ou limiter les naissances.
  • L’urbanisation, la hausse de l’âge au mariage, l’augmentation des divorces et la scolarisation prolongée des femmes.
  • Un changement de mentalité chez les nouvelles générations, qui privilégient des valeurs moins familiales.
Un défi stratégique pour l’avenir

Si la tendance se poursuit, la Turquie risque de voir sa population native décliner après un pic attendu vers 2050. Cela pose des questions aiguës sur le financement des retraites, la taille de la population active, la croissance économique et la cohésion sociale.

Pour l’instant, les mesures natalistes peinent à inverser la courbe, comme dans la plupart des pays confrontés à ce phénomène. Le succès ou l’échec du plan décennal d’Erdogan déterminera en grande partie le visage démographique, économique et géopolitique de la Turquie dans les décennies à venir.

Plus forte fécondité chez les Kurdes et Arabes de Turquie

Estimations par groupe ethnique (approximatives, car TurkStat ne publie pas de données officielles par ethnie) :
  • Turcs (majorité, surtout ouest et centre) → autour de 1,3 à 1,5 enfant par femme dans les zones urbaines et occidentales.
  • Kurdes  (entre 15 et 20% de la population) → 2,0 à 2,8 enfant/femme en moyenne selon les régions, avec des poches encore plus élevées en zones rurales du sud-est. La fécondité kurde reste supérieure, mais elle baisse rapidement (elle était souvent supérieure à 4 dans les années 1990-2000).
  • Arabes (sud-est, notamment Şanlıurfa) → souvent les plus féconds localement.
Plus forte fécondité chez les sunnites conservateurs

Régions turques conservatrices sunnites (Anatolie centrale)

Fécondité intermédiaire, souvent supérieure à la moyenne nationale mais inférieure aux provinces du sud-est. 

Exemples : Konya, Kayseri, Aksaray → autour de 1,3 à 1,5.

Ces régions sont très pieuses et conservatrices, ce qui maintient une natalité plus élevée que dans l’ouest laïque.

Régions laïques / sécularisées (ouest, côtes égéennes et Marmara)

Les taux les plus bas du pays (souvent 1,0 à 1,2). 
Exemples : Bartın (1,09), İzmir (1,10), Ankara, Istanbul (autour de 1,1), Eskişehir, Zonguldak.

Facteurs : urbanisation forte, éducation élevée des femmes, activité professionnelle, mariage tardif, valeurs plus individualistes et sécularisées.

Population alévie

Les Alévis (estimés entre 10 % et 20 % de la population, souvent autour de 10-15 % selon les sources) sont généralement associés à une fécondité plus faible. 

Ils sont traditionnellement plus proches des valeurs laïques, kémalistes et égalitaires (y compris sur le rôle des femmes). 

Les études montrent que les femmes alévis ont en moyenne moins d’enfants que les femmes sunnites, un taux d’activité plus élevé et un soutien plus fort à l’éducation laïque.

Voir aussi

En bref:

Le Japon vient de publier son indice synthétique de fécondité pour 2025. Cet indice a baissé à 1,135 enfant par femme (contre 1,148 en 2024).

L'Iran devrait afficher cette année un indice synthétique de fécondité d'environ 1,5 enfant par femme. Dans la région de Téhéran, cet indice sera toutefois plus proche de 1,1.


vendredi 6 février 2026

« Beaucoup de jeunes filles [russes] viendraient, grandes, minces» : quand l'ancien premier ministre israélien discutait de « la qualité » de l’immigration avec Epstein

L’enregistrement audio d’Éhoud Barak discutant avec Jeffrey Epstein d’un projet d’immigration massive d’un million de Russes vers Israël a refait surface fin janvier 2026, dans le cadre d’une nouvelle vague de documents déclassifiés par le Département de la Justice américain en application de l’Epstein Files Transparency Act. Cette bande, datant vraisemblablement du début de l’année 2013 (Barak y indique avoir 71 ans, ce qui correspond à sa naissance en 1942), a suscité une vive controverse en Israël et à l’étranger. Elle ravive à la fois les débats sur la démographie israélienne, sur l’identité juive de l’État et sur la nature des relations entretenues par l’ancien Premier ministre avec le financier américain.

Dans la conversation, Éhoud Barak exprime explicitement son inquiétude face à la dynamique démographique arabe en Israël et dans les territoires palestiniens. Il explique avoir déclaré à Vladimir Poutine que « ce dont nous avons besoin, c’est d’un million de Russes supplémentaires » afin de « changer Israël de manière dramatique ».

Contrairement aux grandes vagues d’immigration des premières années de l’État d'Israël — notamment celles du début des années 1950 en provenance des pays arabes et d’Afrique du Nord, organisées dans un contexte de sauvetage collectif et d’urgence existentielle pour le jeune État, sans capacité réelle de sélection — il affirme qu’Israël pourrait aujourd’hui exercer un contrôle plus strict et « contrôler la qualité beaucoup plus efficacement ».

L’un des passages les plus commentés concerne son évocation de « jeunes filles russes grandes et minces » parmi les profils susceptibles d’émigrer, formulation largement perçue comme révélatrice d’une logique ethnique ou du moins sélective assumée. Il évoque également la possibilité d’assouplir les règles de conversion au judaïsme — en limitant le monopole du rabbinat orthodoxe — afin de faciliter l’intégration d’un afflux massif d’immigrants, y compris pour ceux qui ne sont pas juifs selon la Halakha mais éligibles à la Loi du Retour. La Halakha ne reconnaît pas comme juif des gens dont la mère n’est pas juive. En revanche, la Loi du Retour israélienne élargit le droit d’immigration : elle inclut les descendants d’un grand-parent juif et le conjoint d’un juif, même si ces personnes ne sont pas juives selon la Halakha.

Selon Éhoud Barak, la « pression sociale », notamment sur la deuxième génération, conduirait progressivement à une adaptation culturelle et religieuse.

La discussion, qui se déroule dans un cadre privé (Larry Summers est mentionné comme présent), révèle une conception explicitement instrumentale de l’immigration : un levier démographique destiné à consolider la majorité juive face à une natalité arabe plus élevée, tout en renforçant le poids d’une population laïque, éduquée et intégrée à l’économie moderne, susceptible de contrebalancer l’influence croissante des milieux ultra-orthodoxes (haredim).

Il semble qu’à l’époque, le plan d’Éhoud Barak se soit frayé un chemin jusqu’à Moscou. En effet, en réaction à la publication de l’enregistrement, le rabbin Pinchas Goldschmidt s’est dit mercredi sur X « très heureux que, lorsque j’étais grand rabbin de Moscou, nous ayons mis fin à cette initiative folle ». « Je ne savais pas que cela en avait été discuté avec Epstein », a-t-il ajouté.

Benyamin Netanyahou a qualifié cet enregistrement sonore de « révélation stupéfiante » sur le réseau social X jeudi. L’actuel Premier ministre d’Israël en a profité pour adresser une pique à son lointain prédécesseur : « Lorsque la gauche et son messie Éhoud Barak ne parviennent pas à remporter les élections, ils essaient de remplacer le peuple. »

Éhoud Barak (né Éhoud Brog le 12 février 1942 au kibboutz Michmar HaCharon, en Palestine mandataire, aujourd'hui Israël) est issu d'une famille achkénaze d'Europe de l'Est, avec des racines lituaniennes et polonaises. Ses parents, pionniers sionistes, ont immigré en Palestine dans les années 1930 et ont été parmi les fondateurs du kibboutz où il est né.

La réalité de l’immigration ex-soviétique depuis la fin des années 1980

Depuis 1989, Israël a accueilli environ 1,2 à 1,3 million d’immigrants originaires de l’ex-URSS (Russie, Ukraine, Biélorussie, États baltes, etc.). La vague des années 1990 a été la plus massive (près d’un million de personnes en une décennie) et a profondément transformé le pays : apport scientifique et technologique majeur, contribution significative aux secteurs médical, militaire et universitaire, influence culturelle durable. L’intégration socio-économique, initialement difficile, est aujourd’hui considérée comme globalement réussie.

En revanche, la composition religieuse des flux a évolué.

Dans les années 1990, la grande majorité des arrivants étaient reconnus comme juifs selon la Halakha (les estimations varient, généralement entre 85 % et plus de 90 % selon les années et les sources).

À partir des années 2000, cette proportion diminue nettement.

Dans les années 2010-2020, seuls 30 à 40 % des nouveaux immigrants issus de l’ex-URSS sont reconnus comme juifs selon la définition rabbinique orthodoxe.

En 2020, environ 70 % des immigrants en provenance de l’ex-URSS ne sont pas juifs au sens halachique, tout en étant éligibles à la Loi du Retour (ascendance juive jusqu’au grand-parent, conjoint juif, etc.).

Après l’invasion de l’Ukraine en 2022, les flux augmentent fortement (environ 70 000 arrivées cette année-là), avec une majorité de non-halachiques.

En 2025, le nombre total d’immigrants baisse sensiblement, mais l’effet démographique cumulé demeure significatif : les immigrants ex-soviétiques et leurs descendants constituent aujourd’hui une composante majeure — souvent estimée autour de 15 à 20 % de la population juive israélienne.

Intégration et religiosité : la deuxième génération


Éhoud Barak mise, dans l’enregistrement, sur un mécanisme d’intégration rapide par la pression sociale et sur une évolution identitaire au sein de la deuxième génération.

Intégration civique et culturelle.

Les enfants nés en Israël ou arrivés très jeunes (générations 1,5 et 2) sont majoritairement intégrés : hébreu langue dominante, service militaire quasi généralisé, insertion professionnelle élevée, mariages fréquents avec des Israéliens non russophones. Ils se définissent souvent d’abord comme israéliens, même s’ils conservent une identité culturelle familiale partiellement russophone.

Religiosité.
Les données disponibles (notamment Pew Research 2016, toujours cité) montrent un décalage intergénérationnel.

Première génération : environ 80 % se définissent comme laïcs (hiloni), avec une observance faible.

Deuxième génération : la proportion se déclarant strictement laïque diminue (environ 55-60 %), la croyance en Dieu est plus élevée que chez les parents, et certaines pratiques rituelles sont davantage observées.

La part se définissant comme haredi ou religieuse augmente légèrement, mais reste minoritaire.

Il ne s’agit pas d’une « judaïsation » massive au sens orthodoxe. La tendance est plutôt celle d’une intégration nationale avec une religiosité modérée, souvent culturelle ou traditionnelle.

Par ailleurs, parmi les immigrants non reconnus comme juifs selon la Halakha — devenus majoritaires dans certaines vagues récentes — beaucoup ne se convertissent pas. Ils vivent dans une situation juridique et identitaire intermédiaire : citoyens israéliens, intégrés socialement, mais exclus du mariage religieux juif et d’une pleine reconnaissance rabbinique.

Conclusion

Le projet évoqué par Éhoud Barak — un million d’immigrants supplémentaires sélectionnés selon des critères démographiques et socioculturels — n’a jamais donné lieu à un programme officiel structuré. Aucune réforme majeure du système de conversion n’a été adoptée depuis 2013.

Cependant, indépendamment de cette stratégie explicite, l’immigration ex-soviétique a bel et bien contribué au maintien d’une majorité juive en Israël dans un contexte de rivalité démographique avec la population arabe israélienne et palestinienne.

L’effet observé est principalement civique et national plutôt que religieux. L’intégration est réelle, mais elle ne s’est pas traduite par une transformation religieuse profonde à grande échelle.

L’enregistrement met ainsi en lumière une vision stratégique de la démographie comme instrument politique. La controverse actuelle ne porte pas seulement sur les formulations employées — jugées par certains crues ou ethnicistes — mais sur la légitimité même d’une politique démographique pensée comme outil d’ingénierie nationale.

jeudi 22 janvier 2026

Une école davantage faite pour assurer la paix sociale que pour instruire

Si la dégradation de notre système scolaire [français] n’a pas été directement causée par l’immigration de masse, celle-ci en aggrave tous les aspects : communautarisme conquérant, violence débridée, niveau en chute libre. Et puisqu’il est encore interdit d’en faire le constat, il paraît difficile d’envisager ne serait-ce que l’ébauche d’une solution.

Le récent retour du débat sur les “temps scolaires”, à l’occasion de la publication du rapport de la convention citoyenne sur le temps de l’enfant, prouve, s’il était encore besoin d’une preuve en la matière, le refus définitif de nos gouvernants de s’attaquer aux véritables maux de l’école. Quand le niveau des élèves s’effondre, quand la violence se banalise dans les établissements et quand il devient impossible de pourvoir tous les postes d’enseignants, on ergote sur l’organisation des journées et sur la durée des vacances… Naturellement, le nombre d’heures de cours et leur répartition resteront des données accessoires tant que le professeur devra passer la majeure partie de son temps en classe à faire la discipline et tant qu’aucune forme d’exigence ou de sélection ne viendra pousser les élèves à travailler.



Chacun en a bien conscience désormais, notre école est malade et notre système éducatif au bord de l’effondrement. La raison en est d’abord la disparition de l’autorité du professeur et de toute l’échelle des sanctions sous l’effet de l’idéologie post-soixante-huitarde, ainsi qu’une orientation pédagogique délirante, qui fait encore dire à des inspecteurs aujourd’hui que l’enseignant ne doit pas incarner une “posture de savoir” face aux élèves ni leur transmettre ce savoir de manière “descendante”. La plupart des acteurs du système sont encore partie prenante de cette idéologie et ce faisant, ils ont largement contribué à creuser leur propre tombe depuis des années.

Cependant, à côté de ces dérèglements propres au système éducatif, d’autres facteurs extérieurs sont venus dans le même temps peser sur lui et aggraver son délitement depuis les années 1980 ; il s’agit en particulier de l’immigration massive de personnes issues du monde arabo-musulman et de l’Afrique subsaharienne. Certes, excepté quelques hypocrites ou fanatiques, chacun reconnaît désormais le poids de cette immigration dans différents domaines, comme la délinquance, le trafic de drogue, l’insécurité ou le terrorisme. On commence également à prendre conscience du poids de ce phénomène sur notre système social et notre système de santé, même si le sujet est rarement abordé de manière directe.

C’est par le biais de questions comme celle du financement de l’aide médicale de l’État, de la dette des étrangers dans nos hôpitaux, des visas accordés pour soins ou encore de la pénurie d’organes pour les greffes que le rôle joué par l’immigration dans l’effondrement de notre hôpital parvient à se frayer une place dans le débat public.

Mais s’agissant de l’école, le mot n’est pratiquement jamais prononcé et, pourtant, il est notoire que les établissements difficiles, classés en “réseau d’éducation prioritaire” (Rep ou Rep+), sont fréquentés en très grande majorité par des élèves issus de l’immigration. « C’est l’éléphant dans la pièce », écrivait dans un article du Figaro Joachim Le Floch-Imad, l’un des rares à aborder la question, notamment dans son dernier livre, Main basse sur l’éducation nationale (Les Éditions du Cerf), mais également dans une récente note pour l’Observatoire de l’immigration et de la démographie.

Le déni de la société sur ce sujet reste aujourd’hui presque total et n’a d’égal que le déni des acteurs sur le terrain. Ainsi, une étude de l’association Le choix de l’école, sortie le 15 octobre 2025, stipulait que « sept professeurs sur dix travaillant en Rep l’ont fait par choix », et que « deux professeurs sur trois disent vouloir rester dans les cinq prochaines années » à leur poste. Le président de l’association insistait encore sur la « fierté d’enseigner en Rep », procédant chez ces enseignants d’un « fort sentiment d’utilité sociale ». Ce type d’enfumage est classique concernant des zones et des établissements où, en réalité, personne n’a envie d’aller travailler, comme en témoignent on ne peut plus clairement les “barres” de mutation de l’éducation nationale, qui indiquent le nombre de points qu’un professeur doit avoir gagné, par ancienneté ou par sa situation familiale, pour obtenir sa mutation dans un établissement. Évidemment, plus un établissement est demandé, plus il faut de points pour l’obtenir. Dans une matière comme le français, il faut 14 points pour enseigner dans un collège de Seine-Saint-Denis, et il en faut entre 700 et 1000 pour enseigner dans un bon établissement de Paris intra-muros. On trouvera donc toujours pléthore de ces enseignants qui clament leur amour pour les élèves de ces établissements et affirmeront mordicus qu’ils sont heureux d’y travailler ; cependant, presque aucun n’y reste une fois les fameux points acquis, comme en témoigne le jeune âge des équipes travaillant en Rep et Rep+.

lundi 22 décembre 2025

La laïcité étriquée contribue à vider la France de sa substance

Le 120e anniversaire de la loi de 1905 est l’occasion de rappeler qu’une conception étriquée de la laïcité contribue à vider la France de sa substance affirme Laurent Dandrieu dans ce texte paru dans Valeurs actuelles. 

Il a beaucoup été question, la semaine dernière, de laïcité, à l’occasion du 120e anniversaire de la loi séparant les Églises et l’État: une loi qui fait figure aujourd’hui de vache sacrée, mais dont la commémoration n’en a pas moins révélé des divergences profondes. Ceux qui la laïcité reste le pilier central et intangible de la République se divisent entre partisans d’une application libérale ou intransigeante; pour certains, elle laisse encore trop de place aux religions dans l’espace public, pour d’autres, elle ne serait plus que l’alibi d’une islamophobie agressive ; certains, enfin, y voient au contraire un rempart bien faible contre l’islamisme, arguant qu’on ne contient pas une idéologie conquérante avec un principe de neutralité.

Ces derniers ont raison sur au moins un point : c’est que la religion n’est pas qu’une question cultuelle et que toute religion porte avec elle une dimension culturelle. La réflexion française [note du carnet: dans la francophonie plus généralement] sur la laïcité est trop souvent une réflexion idéologique, abstraite, qui fait l’impasse sur cette empreinte culturelle du catholicisme et donc sur sa dimension identitaire — surtout depuis que le progressisme est parvenu à faire de l’identité le gros mot absolu, diabolisant cette notion comme un concentré de révisionnisme, de fascisme, de racisme et de colonialisme. 

Beaucoup voient la laïcité comme une relégation de la religion à la sphère privée — comme si la foi était un gadget qu’on allume à la maison et qu’on éteint dès qu’on sort de chez soi. Beaucoup croient, en jugulant l’expression publique de la foi, chasser du même mouvement le christianisme de la société — comme s’il n’avait pas modelé, des siècles durant, nos villes, notre patrimoine, notre culture, notre langage, nos paysages mêmes. D’où les querelles incessantes sur les crèches, les calvaires et les clochers, les spectacles qui évoquent les racines chrétiennes de la France, la possibilité pour les écoles privées d’intégrer dans leur éducation une dimension chrétienne ou la simple mention, par tel ou tel politique, de sa foi personnelle. 

Le maire de Béziers, Robert Ménard, a inauguré sa deuxième crèche de Noël depuis son élection, objet régulier d'attaques en justice au nom d'un principe de laïcité étriquée

Avec, sur le versant gauche de la laïcité, une intransigeance vis-à-vis du catholicisme qui se marie avec une grande mansuétude envers l’islam. Quand le sociologue Jean Baubérot, gardien du temple de la laïcité, déclare dans Libération du 9 décembre que « la loi de 1905, ce ne devait pas être une loi de combat. Nous en sommes pourtant là », il faut entendre que le combat lui semblait naturel tant qu’il visait les chrétiens, mais qu’il lui paraît illégitime quand il prétend imposer aux musulmans les mêmes contraintes…

Or, il ne faut pas se lasser de le rappeler après de Gaulle, « la République est laïque, mais la France est chrétienne ». Vouloir effacer cette évidence, c’est vouloir vider la France de sa substance, en faire une coquille vide ouverte à toutes les ingénieries politiques, idéologiques ou démographiques. C’est vouloir effacer l’identité profonde, charnelle et spirituelle de la France, et prétendre la remplacer par un principe désincarné. Comme le rappelle le philosophe Pierre Manent dans Situation de la France (Desclée De Brouwer), « La laïcité est un dispositif de gouvernement qui n’épuise pas le sens de la vie commune, et qui d’ailleurs en donne une représentation abstraite et fort pauvre. On n’habite pas une séparation ».

La nature civilisationnelle ayant horreur du vide, le vide ainsi créé par une laïcité qui serait une négation de notre identité chrétienne aura vocation à être comblé par une identité de remplacement : la seule qui candidate à ce remplacement est pour l’heure celle, créolisée, proposée par Jean-Luc Mélenchon, qui n’est que le paravent hypocrite d’une France islamisée.

Mais ce n’est pas seulement pour faire barrage à cette identité de remplacement que la France doit retrouver le moyen de combiner une laïcité apaisée avec le respect de son identité chrétienne : c’est avant tout parce que c’est le seul moyen pour elle de rester fidèle à sa vocation. C’est sous l’égide du christianisme que la France a modelé sa culture ; c’est sous le regard de la chrétienté que la France a composé la partition unique qu’elle a fait entendre au monde. Ce n’est qu’en restant fidèle à cette partition et à ses racines chrétiennes qu’elle conservera un rôle à jouer dans le concert des nations.

Combiner une laïcité apaisée avec le respect de son identité chrétienne est le seul moyen pour la France de rester fidèle à sa vocation.

Voir aussi
 
 
 
 

vendredi 10 octobre 2025

Moins de catéchisme, moins d’enfants : quand la fin de l’enseignement religieux façonne la société allemande

La suppression progressive des cours religieux obligatoires dans les écoles allemandes entre 1972 et 2004 a laissé une empreinte durable sur les adultes d’aujourd’hui : pratiques religieuses réduites, revenus et emploi en hausse… mais moins d’enfants. Cette étude montre que l’école ne se contente pas de transmettre des savoirs : elle façonne profondément croyances, comportements et choix de vie.
 
Une étude publiée en octobre 2025 dans le Journal of Human Resources par Benjamin Arold, Ludger Woessmann et Larissa Zierow apporte un éclairage rare sur la manière dont l’école façonne durablement les croyances religieuses et certains comportements de vie.

L’école peut façonner les croyances et comportements bien au-delà de l’acquisition de connaissances. C’est la conclusion d’une étude publiée dans le Journal of Human Resources par Benjamin Arold, Ludger Woessmann et Larissa Zierow, qui s’appuie sur l’expérience allemande unique d’une abolition progressive de l’enseignement religieux obligatoire entre 1972 et 2004. Environ 1000 heures de cours religieux sur la scolarité, soit plus de quatre fois le volume consacré à la physique, sont devenues optionnelles dans différents Länder, les élèves pouvant choisir entre religion et cours d’« éthique » non religieux.

Pour mesurer l’impact de cette réforme, les auteurs exploitent trois grandes enquêtes représentatives : le National Educational Panel Study (NEPS), le German General Social Survey (ALLBUS) et le German Socio-Economic Panel (SOEP). Leur base fusionnée contient jusqu’à 58 000 observations d’adultes entrés à l’école primaire entre 1950 et 2004. L’approche économétrique utilise un modèle à effets fixes sur l’état et la cohorte, contrôlant pour les caractéristiques individuelles, et compare les trajectoires des élèves exposés ou non à l’enseignement religieux obligatoire.

Les résultats sont clairs : la fin des cours religieux obligatoires réduit significativement la religiosité à l’âge adulte. Les anciens élèves pratiquent moins la prière, fréquentent moins l’église et adhèrent moins souvent à une Église, avec des effets plus marqués dans les régions majoritairement catholiques. Les analyses temporelles indiquent que l’effet sur la prière se développe progressivement, tandis que celui sur l’adhésion à l’Église correspond à un changement quasi immédiat.

La réforme a également des conséquences sur la vie économique et familiale. Les adultes ayant suivi des parcours scolaires plus séculiers affichent une participation accrue au marché du travail, plus d’heures travaillées et des revenus plus élevés, tandis que leur fécondité diminue, reflétant la moindre influence des valeurs religieuses sur les choix familiaux. En revanche, aucun effet n’est observé sur les valeurs éthiques (réciprocité, confiance, bénévolat, satisfaction de vie) ni sur les valeurs politiques (intérêt politique, vote, satisfaction de la démocratie).

Loin d’être neutre, la place donnée à la religion — ou à son absence — dans les programmes scolaires semble façonner la sécularisation et certains choix de vie au cœur des sociétés modernes. 

La robustesse des résultats a été testée de multiples manières : aucune relation n’est observée avec des variables placebo comme la durée de scolarité ou l’âge du premier emploi, et les effets demeurent stables en contrôlant d’autres réformes éducatives contemporaines ou en comparant des comtés voisins situés de part et d’autre des frontières d’État. Les auteurs confirment également la fiabilité de leurs estimations avec des tests récents sur les modèles à deux effets fixes.

En résumé, cette étude illustre la puissance durable de la socialisation scolaire sur la religiosité et certains choix de vie. La place accordée à la religion à l’école influence non seulement la pratique spirituelle mais aussi les comportements économiques et familiaux, renforçant l’idée que l’éducation façonne profondément la société.


dimanche 2 mars 2025

Écoles québécoises : « C’est la démographie, stupide ! »

Texte de Frédéric Lacroix sur son carnet :

Le rapport d’enquête concernant la « Vérification des mesures prévues à la Loi sur la laïcité de l’État » commandé par le ministre de l’Éducation à la suite de plaintes pour non-respect de la Loi dans la foulée des révélations médiatiques sur l’école Bedford et d’autres écoles est maintenant disponible. Dix-sept écoles, situées dans toutes les régions du Québec (de Saguenay à Montréal en passant par Québec, la Rive-Sud et Laval) ont été visées par l’enquête.

Pour quiconque évolue encore mentalement dans les années 90 et s’imagine que le Québec serait une société préservée des conséquences de l’immigration massive, la lecture de ce Rapport est une belle claque en pleine face. Voici, en vrac, des extraits du Rapport :

  1.     Niqab (p. 14) : Des élèves d’écoles du Québec portent maintenant le voile intégral, le Niqab. Le personnel, mis face à ces symboles d’un islam ultra-rigoriste, renonce à exiger de découvrir le visage pour identifier les élèves. Traduction : Le personnel des écoles a peur de certains élèves. Tout le monde est au courant des décapitations de professeurs par des islamistes qui ont eu lieu en France.
  2.     Refus de répondre aux profs masculins (p.14) : « Il a également été porté à l’attention des vérificateurs, sans être corroboré par ces derniers, que certains enseignants masculins ne seraient pas en mesure d’échanger verbalement avec des élèves entièrement voilées, ces dernières ne répondant pas aux enseignants masculins qui les saluent. Ces élèves ne poseraient également aucune question en classe, et ce, malgré le fait que certaines d’entre elles éprouvent des difficultés scolaires »
  3.     Restrictions pour les filles en éducation physique (p.15) : Les jeunes filles portant des tenues islamistes, on le comprend à mi-mot à la lecture du Rapport, sont dispensées ou « accommodées » en éducation physique.
  4.    Confusion liée à la clause grand-père et à la portée trop restreinte de l’interdiction des signes religieux (p.18) : « Cela semble créer une certaine incompréhension au sein du réseau scolaire, auprès des parents et des citoyens. Alors que les enseignants sont visés par l’interdiction de porter un signe religieux dans leur fonction, les aides à la classe et les éducatrices en service de garde, qui sont également régulièrement en contact avec les élèves et en situation d’autorité avec ceux-ci, ne sont pas visées par cette disposition. Il en est de même pour tous les professionnels et autres intervenants présents dans les établissements d’enseignement ».
  5.    Absences massives lors de fêtes religieuses musulmanes, chez les élèves comme chez les enseignants : (p.21) « en raison du nombre élevé de demandes de congés pour certaines fêtes religieuses, qui peut parfois représenter plus du quart du personnel enseignant, par exemple, il n’est pas toujours possible d’assurer ce service de qualité. Afin d’accommoder le plus grand nombre possible de personnes, certains établissements ont parfois recours à des suppléants qui se voient dans l’obligation d’offrir des activités alternatives, comme la projection d’un film, plutôt que le contenu du cours inscrit à l’horaire ». (p.29) « certaines classes voient plus de la moitié de leurs élèves être absents ».
  6.    Imposition de nourriture « halal » à une partie ou à l’ensemble des élèves (p.26) : « Lors des activités sociales, par exemple, une fête en début ou en fin d’année scolaire, les directions d’établissement font le choix d’offrir un menu qui satisfera un maximum d’élèves et d’employés (allergies, halal, etc.) ».
  7.     Changements dans l’enseignement et la dynamique de classe face à la pression de l’islamisme (p.27) : « les témoignages recueillis confirment qu’afin d’éviter de heurter certaines croyances religieuses ou culturelles, des ajustements sont faits par des directions d’établissement et certains enseignants dans le choix du matériel scolaire à utiliser. À titre d’exemple, des enseignants évitent de proposer des romans faisant état de relations amoureuses ou traitant de magie, de sorcellerie, etc. De plus, des sujets d’actualité ne sont pas abordés avec les élèves par certains enseignants, par exemple, le concept d’égalité entre les hommes et les femmes ou l’identité de genre ». (p.28) « certains élèves se bouchent les oreilles lorsque certains sujets sont abordés crée un climat où d’autres élèves, ayant des questionnements sur leur orientation sexuelle, par exemple, évitent de poser des questions ou se sentent mal à l’aise de le faire, de crainte d’être jugés ».
  8.    Affaiblissement du français comme langue commune dans les murs de l’école (p.29) : « des membres du personnel conversent dans une autre langue que le français devant les élèves ».
  9.     Impact du ramadan sur les élèves (p.29) : « des établissements rapportent avoir dû s’interroger sur la pratique du jeûne par de jeunes élèves, parce que des signes de fatigue ou de l’inconfort étaient observés ».

Ce Rapport a le mérite de nous mettre face à une réalité que plusieurs ne veulent pas voir : non seulement nous avons importé l’islamisme, qui vient dans les bagages de l’islam (même si les deux ne se superposent pas entièrement), en choisissant comme critère presque exclusif de sélection des immigrants la connaissance du français et en faisant fi d’autres caractéristiques cruciales pour l’intégration, mais l’ampleur de l’immigration depuis une vingtaine d’années (1,46 million de personnes !) reconfigure complètement notre tissu social et nos écoles. Nous avons maintenant de nombreuses écoles publiques où la majorité des élèves sont issus de l’immigration et où une partie importante du personnel l’est également. Beaucoup d’écoles sont des moins en moins « multiculturelles » et de plus en plus « monoculturelles ». Les élèves de culture « canadienne-française » sont une espèce en voie de disparition partout dans le grand Montréal et dans d’autres villes (comme Québec).

Rappelons qu’en 2023, par exemple, 35 % des élèves des écoles publiques étaient issus de l’immigration (1re et 2e génération). Ceux-ci sont majoritaires dans des dizaines d’écoles et cette tendance connait une accélération exponentielle. 37 % des nouveau-nés au Québec sont issus de l’immigration, une tendance qui s’accélère au point où l’on peut penser que la barre du 50 % sera atteinte d’ici une petite quinzaine d’années. On a envie de s’écrier, en parodiant le conseiller économique de Bill Clinton en 1992, « c’est la démographie, stupide ! ».

Le Rapport nous fait voir que des écoles publiques sont maintenant des « zones de non-droit », des « territoires perdus de la république », où plus aucun parent sain d’esprit ne voudra envoyer ses enfants. Cette dynamique, à mon avis, accélère la fuite vers l’école privée (même chose en France). Pire encore, ce que l’on voit avec « l’ajustement » des programmes d’études, l’imposition de la nourriture halal, le sexisme grandissant (pour ne pas mentionner l’homophobie), etc., c’est que des écoles publiques sont en train de devenir « charia compatibles ». Derrière cela se profile, sans l’ombre d’un doute, l’activisme des Frères musulmans pour qui rendre la société charia-compatible, en commençant par l’école, est la première étape sur la route qui mène au califat.

Si le Rapport fait des recommandations pertinentes (je rajouterais cependant à ces recommandations l’interdiction du port de signes religieux aux élèves) et que je salue le courage de M. Drainville de s’y attaquer, il ne faut pas oublier que toute tentative de simplement gérer les méfaits sans s’attaquer à la racine du problème est vouée à l’échec. Et le fond du problème est l’immigration massive et l’immigration chez nous d’un grand nombre d’islamistes (mais connaissant le français !).

Nous avons besoin, en plus d’une série de mesures renfonçant la laïcité et d’une politique de lutte contre les organisations Fréristes, surtout et de façon urgente, d’un moratoire complet sur l’immigration pour une période prolongée (en plus d’une refonte totale de notre politique migratoire) afin de cesser d’aggraver le problème.

Voir aussi

 Réaction hostile de la part des élèves immigrés à l’arrivée d’élèves « de souche »

 France — 23 % des moins de 35 ans fêtent le ramadan

Montréal — 56 % des élèves y sont issus de l’immigration 

Le mythe de l’école « neutre » 

La solitude des enseignants face à la montée de l’islamisme

mercredi 12 février 2025

Ce que l'Occident doit au christianisme

Christophe Dickès, historien et journaliste français spécialiste du catholicisme et du Vatican. Il est fondateur de ‪@storiavoce2091‬, un podcast dédié à l'histoire. Il vient d'écrire "Pour l'Église", ouvrage dans lequel il rappelle ce que nous Occidentaux devons à la religion chrétienne.

Les chapitres :

00:00 Intro
00:58 Présentation de l’invité et pourquoi avoir écrit Pour l’Église aujourd’hui ?
06:31« L’ombre de l’Église est partout et alors que nous la croyons nulle part » : des Occidentaux encore inconsciemment chrétiens ?
10:13 Le christianisme fut une révolution
12:06 L’Église a scolarisé l’Europe
18:10 La laïcité est une idée chrétienne
23:39 L’Église romaine, prototype de l’État moderne
28:40 L’Église et les femmes : une relation loin des clichés historiques
36:53 L’Église et les arts : le génie du christianisme ?
41:27 L’Église, la lecture et l’écriture
43:23 L’Église et la science, la foi et la raison. Oppenheimer a écrit : « le christianisme était nécessaire pour donner naissance à la science moderne »
51:00 Le wokisme, une idée chrétienne devenue folle ?
56:10 Le pape se désintéresse t-il de l’Europe ?
58:44 Conseils de lecture

Présentation de l'ouvrage par l'éditeur

Scandales en tous genres, abus de pouvoir, abus sexuels, escroqueries..., l’Église - c'est le moins que l'on puisse dire - n'a pas bonne presse. Critiquée, voire méprisée, elle évolue par ailleurs dans un contexte de déchristianisation généralisée. Déshonorée par son passé et paralysée dans une crise qui présente n'en finit plus, elle semble n'avoir aucun avenir. Et si elle trouvait justement dans ce passé des motifs d'espérance ? Dans cet essai argumenté et passionné, Christophe Dickès livre un véritable plaidoyer en expliquant ce que le monde lui doit, sans que nous ne le sachions vraiment. À travers dix tableaux enlevés, il révèle l'influence considérable de ces hommes et femmes d’Église qui ont marqué l'histoire des sociétés, l'intelligence politique, les sciences et l'éducation - jusqu'à l'organisation du même temps. À l'opposé de l'image obscurantiste que l'anticléricalisme a souhaité lui accoler, l’Église nous apparaît d'une fécondité rare dans l'histoire des civilisations. Sans occulter les pages sombres de sa longue histoire, l'auteur montre qu'elle peut bel et bien cultiver un sentiment de fierté, sans complexe ni arrogance, tant son apport a été et demeure indéniable. Un essai écrit avec vigueur et rédigé à la lumière des dernières recherches historiques.

Pour l'Église,
Ce que le monde lui doit,
par Christophe Dickès,
paru chez Perrin,
à Paris,
le 17 janvier 2025,
272 pp.,
ISBN-10: 2262104999,
ISBN-13: 978-2262104993

jeudi 9 janvier 2025

Novlangue : « atteinte à la laïcité »

Anne Coffinier-Barry de Créer son école revient à l'antenne de CNews sur le terme « atteinte à la laïcité » souvent employé tant en France, en Belgique qu'au Québec quand il s'agit de parler d'entrisme islamisme dans les écoles publiques.

Voir aussi
 
 
Démographie et l'islam dans école publique québécoise (Sainte-Maxime à Laval) [où il semble que parler une langue étrangère (l'arabe) ou être contre la normalisation de l'homosexualité serait contre la laïcité qui a bon dos.
 
 
 
 
 
 
 

jeudi 12 décembre 2024

Québec — Changer les politiques migratoires plutôt que de « renforcer la laïcité » ?

Pour Alexandre Cormier-Denis de Nomos-TV : « les prières publiques islamistes [plus récemment devant une cathédrale à Montréal] ne sont que la suite logique de nos politiques migratoires. Faire venir des centaines de milliers de musulmans a des conséquences. En changeant de peuple, on change de civilisation. »

Voir aussi

Démographie et l'islam dans école publique québécoise (Sainte-Maxime à Laval) [où il semble que parler une langue étrangère (l'arabe) ou être contre la normalisation de l'homosexualité serait contre la laïcité qui a bon dos.

Québec laïc — Le pont Samuel-de-Champlain bénit par un aîné amérindien

Les évêques catholiques du Québec se sont prononcés contre la volonté du premier ministre François Legault de mettre fin à la prière dans les parcs et autres lieux publics [après les provocations islamistes...].

Dites non à l’interdiction de la prière en public !

 

vendredi 6 décembre 2024

Démographie et l'islam dans école publique québécoise (Sainte-Maxime à Laval)

« Il y avait des ablutions qui se faisaient dans les toilettes, ils cherchaient des coins isolés dans les corridors pour faire leurs prières. Aussitôt qu’on les arrêtait, la gang nous sautait dessus. […] On se faisait accuser de racisme constamment. »

Pour ce carnet, l'exemple français devrait montrer que l'invocation incantatoire à la « laïcité » de l'État ne changera pas grand-chose sur le fond. Le problème en est un de démographie (il n'y a plus de majorité canadienne-française pour assimiler les masses de jeunes immigrants en ville), de convictions identitaire et religieuse des jeunes immigrés, de vide spirituel présenté par l'école publique et de sourd mépris pour la culture québécoise considérée comme athée, faible et décadente.

Des prières en classe. Des membres du personnel qui se parlent entre eux et s’adressent aux élèves en arabe. Une nouvelle école a été signalée au ministère de l’Éducation pour de possibles accrocs à la loi sur la laïcité : l’école secondaire Saint-Maxime, à Laval. Elle fait actuellement l’objet de « vérifications » du Centre de services scolaire (CSS) de Laval.


L’établissement a aussi été le théâtre de fortes réticences d’élèves aussitôt qu’il est question de sexualité dans les cours ou les activités en milieu scolaire.

jeudi 5 décembre 2024

La laïcité suffit-elle pour assurer le « vivre ensemble » ?

Extraits:

«La pression est telle qu’il faut prendre des décisions concernant le nombre de musulmans en Europe. Il ne peut pas croître au rythme actuel sinon nous irons au-devant de drames qu’aucune version de la laïcité ne permettra de maîtriser», prévient Pierre Manent.

«La laïcité sait plus facilement déplacer une statue de Saint Michel que transformer l’islam ! Elle a perdu de son autorité. Les musulmans, qui se sentent chez eux, se disent: «De quel droit elle va réformer notre religion ?», déplore Pierre Manent.

Voir aussi

 Laïcité — oui aux caricatures de Jésus, mais pas « du » prophète  ?

L'entrisme islamiste dans les écoles publiques détourné en remise en question des écoles privées catholiques au Québec

Quel bilan pour la laïcité à la française ? Mathieu Bock-Côté face à Iannis Roder

« France laïque et républicaine » — En dix ans, le port du voile chez les femmes musulmanes a explosé

Le mythe de l'école « neutre »

Il faut cesser de parler « des religions » et oser parler de l’islam et de l’islamisme


 

mercredi 13 novembre 2024

Laïcité — oui aux caricatures de Jésus, mais pas « du » prophète  ?

La région île de France lance un programme pédagogique sur l’humour, le droit de caricaturer et les valeurs de la République dans les lycées en partenariat avec Charlie Hebdo.

Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d'Île-de-France, rassure tout de suite : on y apprendra qu'on peut se moquer des religions (mais attention pas « du » prophète).

 Caricaturer Jésus, c'est bien; caricaturer Mahomet c'est mal (haram devrait-on dire ?)

Pour le journaliste et essayiste Laurent Dandrieu, « Prétendre défendre la laïcité tout en appelant Mahomet "le prophète" : toute l'inconséquence et, disons le mot, la bêtise de la droite française résumée en une phrase. »

Déclaration de Mme Pécresse faite le 13 novembre 2024. Neuf ans auparavant, le 13 novembre 2015, une série d'attentats, revendiqués par l'organisation terroriste État islamique (Daech), étaient perpétrées dans la soirée à Paris et dans sa périphérie par trois commandos distincts. Le bilan officiel des victimes fait état de 130 morts et de 413 blessés hospitalisés, dont 99 en situation d'urgence absolue.

Voir aussi 

samedi 10 août 2024

Le gouvernement turc veut prendre le contrôle des écoles françaises en Turquie (m à j)

La Turquie interdit avec effet immédiat toute nouvelle inscription dans les classes primaires et maternelles des écoles françaises du pays, a annoncé samedi le ministère de l'Éducation. Aux termes d'un accord intérimaire intervenu après « de longues négociations », indique le ministère dans un communiqué, « aucun nouvel étudiant turc ne sera inscrit dans les écoles mentionnées jusqu'à ce qu'un accord international prévoyant un statut juridique soit conclu ».

«Dans ce contexte, aucun nouvel élève turc ne sera inscrit dans les classes de maternelle et de première année des écoles primaires Charles De Gaulle à Ankara et Pierre Loti à Istanbul », poursuit le ministère. Le ministère turc précise également que la mesure prend un effet rétroactif « à partir du 1er janvier 2024, pour couvrir l'année scolaire 2024-2025 et au-delà. De même, aucun nouvel élève ne sera admis dans les classes intermédiaires ».

À moins d'un mois de la rentrée scolaire le 3 septembre, cette décision du gouvernement turc n'a pas encore été communiquée aux parents d'élèves turcs qui représentent l'écrasante majorité des inscrits dans ces deux établissements.

Surveillance et inspection

Le ministère prévient également que « la liste des élèves turcs scolarisés et les informations sur les écoles labellisées par l'Agence française pour l'enseignement à l'étranger (Aefe) seront remises à notre Ministère avant la rentrée prochaine». «Jusqu'à ce que ces écoles obtiennent » un statut légal, les cours de langue turque, culture turque, littérature turque, histoire et géographie turques « ne pourront être dispensés que par des enseignants citoyens de la République de Turquie nommés par notre Ministère », précise le communiqué. Il prévient en outre que les programmes et contenus de ces écoles « seront surveillés et inspectés par les fonctionnaires » du ministère et de l'État.

Par ailleurs, le ministère indique qu'un « accord global de coopération éducative, incluant l'enseignement du turc pour les étudiants turcs résidant en France« est en cours de négociations, et appelle à »poursuivre les négociations pour le finaliser dans les plus brefs délais ».

Après des « mois de négociations », selon l'ambassade de France à Ankara, le ton était subitement monté mi-juillet avec le ministre de l’Éducation Yusuf Tekin qui avait dénoncé « l'arrogance » de la France qui « ne daigne pas nous prendre comme interlocuteur ». « Nous ne sommes pas comme les pays que vous avez colonisés. Nous sommes un État souverain. Vous devez donc agir selon nos conditions si vous voulez enseigner ici », avait-il mis en garde.


Billet originel du 18 juillet

Lycée Pierre Loti d'Istamboul
 
 Le ministère turc de l'Éducation a intensifié sa surveillance des écoles françaises en Turquie à la suite du refus de la France d'autoriser la fondation turque Maarif d'y ouvrir des écoles, selon plusieurs sources.

Maarif, qui a été créée avant la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016 par le biais d'une loi adoptée par le parlement turc, a cherché à fermer les établissements d'enseignement créés par les adeptes du mouvement religieux Gülen depuis le putsch avorté, dans le cadre de la politique étrangère du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir en Turquie, qui qualifie le mouvement d'organisation terroriste et l'accuse d'avoir orchestré le coup d'État raté.

Le mouvement Gülen, une initiative civique mondiale inspirée par les idées du religieux musulman Fethullah Gülen, nie fermement toute implication dans le putsch manqué et toute activité terroriste.

À ce jour, la fondation Maarif a repris des centaines d'écoles dans le monde entier qui avaient été créées par des adeptes du mouvement Gülen dans le cadre des mesures de répression prises par le gouvernement à l'encontre de ce groupe.

Elle est désormais la seule organisation habilitée à ouvrir des écoles dans un pays étranger au nom de la République de Turquie. Elle gère des écoles pour tous les groupes d'âge, de la maternelle à l'université.

Le journaliste Nuray Babacan a écrit sur le site d'information Gazete Pencere que les inspections du ministère turc de l'éducation dans les écoles françaises d'Ankara et d'Istanbul ont atteint un niveau tel qu'elles perturbent l'éducation des élèves. Ces actions sont considérées comme des représailles après l'échec de la tentative de la Fondation Maarif d'établir des écoles en France.

Babacan indique dans son article que le gouvernement turc, sous l'administration de l'AKP, a pris pour cible des établissements français, notamment l'école Charles de Gaulle à Ankara et le lycée Pierre Loti à Istanbul. Les écoles ont dû s'acquitter d'amendes et d'ingérences dans leurs programmes sous couvert d'inspections.

"Cela va au-delà des inspections régulières ; le gouvernement s'immisce maintenant dans les programmes scolaires", écrit M. Babacan. "Ce problème a commencé lorsque les tentatives de la Turquie d'ouvrir des écoles en France ont été bloquées. Aujourd'hui, des pressions sont exercées sur les écoles françaises, exigeant qu'elles incluent des cours de religion et d'éthique, qu'elles suivent le programme turc et qu'elles emploient des enseignants turcs.

Ce développement s'inscrit dans une tendance plus large de détérioration des relations entre la Turquie et la France, qui ont connu des relations diplomatiques fluctuantes. Cette situation a suscité l'inquiétude des élèves et de leurs parents. Des parents français et turcs ont demandé au ministre turc des affaires étrangères, Hakan Fidan, d'intervenir et de chercher une solution diplomatique.

Fidan devrait aborder cette question lors de sa prochaine visite en France, où les discussions devraient se concentrer sur la résolution du problème avant le début de la nouvelle année universitaire en septembre.

Ces dernières années, la Fondation Maarif a reçu un soutien financier substantiel de la part du gouvernement turc. Depuis sa création, la fondation a pris le contrôle de 216 écoles dans 44 pays et prévoit d'en reprendre d'autres.

Malgré l'importance des fonds alloués à Maarif, ses détracteurs estiment que ces ressources devraient être affectées à la résolution des problèmes éducatifs nationaux, tels que les classes surchargées et le nombre insuffisant de nominations d'enseignants.

La résistance du gouvernement français à l'expansion de la Fondation Maarif est en partie due aux inquiétudes concernant l'imposition de l'éducation religieuse, qui contredit le strict système d'éducation laïque de la France. En réponse, la pression accrue exercée par la Turquie sur les écoles françaises à l'intérieur de ses frontières a suscité des critiques pour avoir potentiellement politisé l'éducation et affecté le bien-être des élèves et de leurs familles.Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci.

Déjà en 2020

Déjà en 2020, le quotidien Yeni Safak, proche du pouvoir islamo-conservateur, avait consacré des articles remettant en cause le statut des lycées Charles-de-Gaulle, à Ankara, et Pierre-Loti, à Istanbul, qui accueillent au total 2 300 élèves. « On se demande bien comment cette école illégale [Charles-de-Gaulle], qui n’a rien à voir avec la législation turque et n’a pas le statut d’école privée, a pu inscrire des étudiants turcs », avait écrit le journal, le 8 septembre 2020.

Renommés pour la qualité de leur enseignement, les deux lycées qui préparent au baccalauréat français comptent de nombreux élèves turcs francophones – près de 70 %, pour Pierre-Loti. Dépendants de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), Charles-de-Gaulle et Pierre-Loti ne sont pas enregistrés en tant qu’établissements internationaux. Au regard de la loi turque, ils n’ont pas d’existence légale. Paris estime, pour sa part, que ses écoles « à but non lucratif » sont soumises à la législation française. Conscient de la fragilité de ce statut – qui touche de nombreux établissements français ailleurs dans le monde – la France a créé, il y a sept ans, un groupe de travail avec la Turquie, regroupant des diplomates et des spécialistes des ministères de l’éducation, pour trouver un compromis.

Lycée Charles-de-Gaulle d'Ankara



« Prétendu génocide arménien »

Ankara ne voit pas d'un bon œil le fait que ces établissements échappent à sa supervision. « Aucun officiel ne peut contrôler ces écoles illégales », déplorait Yeni Safak dans son édition du 3 septembre 2020, jugeant sulfureux le contenu des manuels scolaires. « On dit que le prétendu génocide arménien est enseigné aux étudiants turcs qui suivent ces cours. » Empêcher les familles turques d'y envoyer leurs enfants sera difficile à réaliser, pour ne pas dire impossible. D'autant que certains des éditorialistes parmi les plus acharnés à critiquer la France et ses écoles ont, eux-mêmes, leurs enfants sur les bancs de Pierre-Loti.

Le ton de la presse s'est déjà fait menaçant. Des mesures de rétorsion sont évoquées, qui vont de la fermeture des établissements concernés à des représailles à caractère financier. « Évasion fiscale ! Les écoles françaises n'ont pas payé un sou d'impôt », affirmait Yeni Safak dans son article du 8 septembre 2020, en soulignant l'existence de droits d'inscription élevés. Au contraire, Paris souligne que les établissements ne jouissent pas d'un statut fiscal privilégié. Le 7 septembre 2020, en une seule journée, deux tentatives de « visite » avait eu lieu dans ces établissements, de la part de d'officiers de la voirie d'Istanbul, prétendant enquêter sur des travaux, et de jeunes hommes se prétendant agents de l'ONU.

Les établissements catholiques francophones de Turquie

Depuis plus de 150 ans, les établissements catholiques francophones de Turquie forment une partie de la jeunesse de ce pays. Ils ont été fondés par des congrégations françaises au dix-neuvième siècle pour répondre à des besoins de scolarisation des familles étrangères installées au Levant. Il en reste six aujourd’hui, cinq à Istanbul et un à Izmir. Ils portent le nom de Saints, d’ailleurs, on les appelle : « Les Saints ». Saint Joseph (à Istanbul et à Izmir), Saint-Benoît, Saint-Michel, Sainte-Pulchérie et Notre-Dame de Sion.

Leur particularité est d’enseigner le programme turc [ce n'est pas le cas d'autres Lycée comme celui Pierre Loti d'Istanbul ou de Charles-de-Gaulle d'Ankara qui enseignent le programme français], en langue française pour une grande partie des disciplines, hormis, par exemple, la langue turque, l’anglais et l’histoire. Dans ces établissements, qui sont des lycées, les enseignants sont turcs, ne parlant pas français, pour un tiers, turcs francophones pour un tiers et français, venant de l’enseignement public ou de l’enseignement catholique pour le dernier tiers. Cette cohabitation de cultures différentes est extrêmement riche sur un plan professionnel, surtout dans des établissements où le travail en équipe est la règle.

Pour un professeur français qui arrive dans cet univers, où c’est lui l’étranger, il faut s’accoutumer à d’autres habitudes relationnelles, au risque de commettre des indélicatesses. Beaucoup de choses sont différentes dans la relation aux élèves, aux familles, aux collègues, à la direction. Il faut également s’accoutumer à d’autres pratiques professionnelles qui peuvent surprendre au départ. Par exemple, les enseignants de ces établissements doivent assurer des heures de présence sur la cour de récréation pour renforcer la proximité avec les élèves dans un autre cadre que celui de la classe. Ils ont également une heure fixée dans leur emploi du temps hebdomadaire pour recevoir les familles.

Contrairement à l’origine, aujourd’hui, tous les élèves sont turcs. Leurs familles les inscrivent dans ces établissements, après la réussite à un concours, à cause de leur excellent niveau de réussite aux examens. Afin de pouvoir suivre les quatre années de lycée en français, les élèves doivent suivre une année préparatoire de renforcement linguistique avec vingt-cinq heures par semaine d’apprentissage de cette langue. L’ouverture linguistique et culturelle de ces établissements donnent la possibilité aux élèves qui le souhaitent de poursuivre leurs études dans des universités étrangères.

Outre leur excellence académique, les « Saint » sont aussi des promoteurs de la culture française, en lien avec la diplomatie française. De très nombreuses activités culturelles sont proposées : expositions, conférences, pièces de théâtre, concerts... De plus, de grands évènements thématiques sont organisés dans les établissements : Printemps du numérique, Modèle des Nations-Unies, Prix littéraires...

 

Lycée Notre-Dame de Sion, Mustafa Kemal Atatürk y inscrivit ses filles adoptives.