Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
Matthieu Bock-Côté explique le projet totalitaire de l'extrême-centre. Le totalitarisme du XXIe siècle est le mondialo-progressisme.
C'est une mise au point nécessaire, car le danger pour les libertés naturelles vient du centrisme extrémiste et autoritariste. On l'a vu sous le… pic.twitter.com/FGFEBBrYxz
Texte de Bock-Côté sur le même thème paru dans Le Figaro du 16 mars
La proposition de loi votée en première lecture par l’assemblée nationale «visant à renforcer la réponse pénale contre les infractions à caractère raciste, antisémite ou discriminatoire » peut surprendre, dans la mesure où elle projette d’étendre la pénalisation de ce qu’on appelle communément les discours haineux dans le domaine privé. Son promoteur semble surpris qu’on puisse s’y opposer : il soutient que cette proposition de loi n’innove en rien, ne change en rien la caractérisation des délits, et actualise seulement un dispositif répressif nécessaire, dans un contexte marqué par la renaissance de l’antisémitisme, suite au 7 octobre.
Mais la référence au 7 octobre semble surtout servir de prétexte. Car le véritable contexte est autre. Depuis plusieurs années, plusieurs sociétés occidentales ont voulu mettre en place un appareil juridique pour traquer les propos haineux dans le domaine privé. La lutte contre la haine justifie tout, et des lois sont élaborées pour persécuter ceux qui s’en rendraient coupables. L’écosse comme l’irlande ont montré jusqu’où cette volonté pouvait conduire. Mais l’abolition de la distinction entre le public et le privé n’est-elle pas la marque distinctive du totalitarisme, qui met toujours en place non seulement une police de la pensée mais aussi une police des arrièrepensées ?
On nous répond alors que la proposition de loi ne vise pas les propos strictement privés - en gros, ceux qui sont tenus dans la chambre à coucher - mais les propos tenus dans le domaine « non public ». Cette distinction jésuitique, ou orwellienne, devrait-on dire, est censée nous rassurer. On y verra surtout une manière comme une autre d’étendre la société de surveillance à des domaines de l’existence qui, autrefois, étaient sanctuarisés. Elle donne ainsi aux pouvoirs publics de s’immiscer dans les boucles Whatsapp, dans les groupes Facebook privés, pour pénaliser d’éventuels propos jugés litigieux.
Elle permet aussi de surveiller et de sanctionner les propos haineux qui se tiennent, par exemple, sur un lieu de travail. Le principal promoteur de la PPL a ainsi expliqué qu’on pourrait sanctionner un homme qui dirait à un autre «sale juif ». Certes. Mais c’est ici qu’on bute sur la question de la définition des propos haineux. Car le domaine de ces derniers n’a cessé de s’étendre depuis quelques années. Sera-t-il possible, ainsi, de pénaliser celui qui, dans une conversation à la machine à café, oserait affirmer qu’il y a en France un « grand remplacement », quand on sait que cette formule est systématiquement associée par la presse de gauche à une théorie conspirationniste et raciste? Il ne s’agit pas ici de reprendre cette formule à notre compte mais de savoir quel sort sera réservé à celui qui le ferait.
Quel sort réservera-t-on à celui qui, contestant la valeur de la théorie du genre, refusera de croire qu’un homme puisse devenir une femme et osera blaguer à ce sujet? Faudra-t-il sanctionner celui qui se permettra quelques observations sur les liens entre l’insécurité et l’immigration? Ou le farceur, plus ou moins maladroit, qui, au second degré, se moquera de tel ou tel article du dogme diversitaire? On nous répondra peut-être qu’il appartiendra aux tribunaux d’en juger - ce qui ne devrait rassurer personne, quand on voit le bilan de ces derniers. C’est un effet d’engrenage qui s’enclenche. Et quoi qu’on en dise, tôt ou tard, les dîners tomberont aussi sous le coup de la loi. La vie privée sera placée sous surveillance étatique.
Surtout, la pénalisation des propos dans le domaine «non public» s’accompagne par définition d’un appel à la délation généralisé, chacun devant surveiller son prochain pour s’assurer qu’il ne dérape pas, qu’il ne sort pas du cadre de la loi, qu’il ne tient pas des propos que l’ordre idéologico-juridique de notre temps prescrit. Et que faire de ceux qui se seront tus, et n’auront pas dénoncé ? Seront-ils considérés comme complices de l’odieux propos? On devrait pourtant savoir que la transformation du délateur zélé en citoyen exemplaire vient avilir l’esprit civique d’un peuple et semer une méfiance globale qui détruit le lien politique et fait régner partout le soupçon.
Ajoutons que la définition de la haine ne cessant de s’étendre, on ne sait jamais à quel moment tel propos hier anodin sera d’un coup jugé litigieux. Les lois qui sanctionnent le délit d’opinion favorisent à la fois l’autocensure et le règne de l’arbitraire, et marquent au fer rouge le déviant idéologique qu’il faudra un jour priver de ses droits civiques. Le délit d’opinion n’est-il pas que la forme sécularisée du délit de blasphème d’autrefois? J’ai cru comprendre que le simple fait de remettre en question une telle loi suffisait à étiqueter un homme à « l’extrême droite ». Étrange société qui est parvenue à se convaincre que la défense de la société libérale est le masque du fascisme.
Une révolution culturelle est en marche. Elle ne vient pas de Chine, mais des États-Unis. Et elle est tout aussi dévastatrice.
Les « guerriers de la justice sociale » sont nos nouveaux gardes rouges. L’Oréal proscrit les termes « blanc » et « blanchissement » de ses catalogues, Évian présente ses excuses pour avoir fait sa promotion en plein ramadan, Lego annule ses publicités représentant des policiers en solidarité avec Black Lives Matter… Qui peut encore prétendre que le woke demeure un folklore pour campus nord-américains ?
Une révolution culturelle est en marche. Elle est née dans les départements de women's studies, black studies, queer studies des prestigieuses universités américaines. Elle a donné lieu à une « politique des identités » qui impose une radicalisation néfaste au Parti démocrate. Elle a pris la place du vieux fond protestant en déclin. En polarisant la société selon des clivages ethniques, elle menace les États-Unis d’une guerre civile. Avons-nous vraiment envie d’importer dans notre République laïque cette manière de dresser les Noirs contre les Blancs, les femmes contre les hommes, les homosexuels contre les hétéros… ?
En baby-boomer défendant les idéaux universalistes et émancipateurs des sixties, Brice Couturier interpelle la génération des millénariaux : votre hyper-susceptibilité, votre narcissisme victimaire vous poussent à censurer et à interdire. Notre génération a voulu élargir le champ des possibles. Vous êtes en train de le rétrécir. À notre détriment à tous…
Bruce Couturier qui est un « libéral » (progressiste, libertaire, soixante-huitard) de la vieille école répond aux questions (parfois pénibles, mais si modernes) de France Culture :
Brice Couturier : « La gauche woke est manichéenne, intolérante et avide de censure »
En baby-boomer assumé, défendant les idéaux universalistes et émancipateurs de sa jeunesse, Brice Couturier enquête dans OK millennials! sur « la génération woke ». Entretien publié dans le Figaro Magazine.
LE FIGARO. — Votre essai se présente comme l’enquête d’un baby-boomer sur les mythes de la génération « woke ». Mais pour commencer, qu’est-ce que la « génération woke » ?
BRICE COUTURIER. — En gros, les personnes qui ont aujourd’hui entre 20 et 40 ans. Mon livre porte essentiellement sur l’Amérique du Nord et le monde anglo-saxon parce que c’est aux États-Unis qu’il faut situer le départ de feu de cette espèce d’incendie intellectuel. Mais on connaît la chanson : que le feu parte des universités d’Evergreen ou de Berkeley, plutôt que de Pékin, de Cuba, de Moscou… ou même de Berlin, comme autrefois, c’est toujours le même bois mort qui, chez nous, s’enflamme. Ce ne sont, dira-t-on, que des modes intellectuelles. Mais elles façonnent l’esprit d’une génération, tout au long de son histoire. Voyez la mienne, avec le mythe de Mai 68…
Selon vous, une « révolution culturelle » est en marche. D’où vient-elle ? Comment se manifeste-t-elle ?
Oui, c’est une révolution culturelle. De la même ampleur que celle qui, dans les années 1960, a coûté la vie à des millions de Chinois — et qui a eu d’énormes répercussions, en Occident, sur ma propre génération… Mon livre est une enquête intellectuelle sur les manifestations actuelles du mouvement « woke » et sur les étapes qui ont mené à un renversement cul par-dessus tête de tout ce qui faisait la culture de l’Occident démocratique et libéral. Cela a commencé par une « déconstruction » de toutes les idées admises et des institutions établies. On les a décrites comme des « constructions sociales », arbitraires et exclusivement destinées à conforter le pouvoir des hommes blancs, bourgeois et hétérosexuels.
Après avoir ainsi « déconstruit » les fondements mêmes de notre culture, est venu le temps d’une reconstruction sur des bases identitaires : on étudie (et on invente) des cultures féminine, noire, homosexuelle, etc. Et chacun est renvoyé à son identité particulière, enfermé dans sa case et mis au service d’un combat spécifique. L’idée d’universel est dénoncée comme un mythe. La rationalité, comme une manipulation au service du colonialisme. L’objectivité, comme une illusion raciste. Dans un troisième temps, font leur apparition les « guerriers de la justice sociale ». Revanchards, manichéens, intolérants, avides d’interdits et de censure, ils sont devenus la terreur des campus, les moines-soldats d’une religion nouvelle.
N’exagérez-vous pas la force de ce mouvement qui demeure ultraminoritaire en France ? Ne devrait-on pas l’ignorer ou le traiter sous l’angle de la dérision ?
Non, parce que c’est exactement ce qui s’est passé aux États-Unis. À l’époque du « politiquement correct », dans les années 1980-1990, tout le monde ricanait : remplacer chairman (président) par chairperson et sourd par « différemment entendant », de telles absurdités ne sortiront jamais des facs, se disaient les gens. Ils avaient tort : les anciens étudiants sont devenus professeurs, éditorialistes, hauts fonctionnaires, cadres supérieurs du privé…
Et ils ont progressivement imposé à une majorité très réticente des mots nouveaux (le genre, l’équité raciale, l’adjectif queer, l’expression « masculinité toxique », etc.), derrière lesquels il y a toute une idéologie. Et là-bas, elle est en train d’être imposée, dans les grandes sociétés, à coups de séminaires obligatoires sur la « diversité » et l’« inclusion ». Pour les membres des classes dirigeantes et fortunées, cela permet de se positionner à gauche à peu de frais, tout en conservant l’avantage de salaires très élevés… C’est pourquoi les classes populaires se tournent, pour se venger, vers des leaders populistes.
Les professeurs, dans de nombreuses universités, sont soumis à des rituels humiliants, comme celui consistant à confesser leurs « privilèges » de Blancs au début de l’année universitaire. Ils sont surveillés et parfois mis en cause par toute une bureaucratie « diversitaire » dont les procédures ne respectent aucune des règles exigées par la justice en démocratie. Il règne à présent, aux États-Unis, une atmosphère de chasse aux sorcières digne de l’époque de La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne. Je donne des exemples. Des tas de gens perdent leur job et sont mis au ban de la société pour une blague mal comprise lors d’une soirée arrosée, ou pour un vieux twitt, retrouvé par des chasseurs de sorcières professionnels. Et surtout pour « pensée incorrecte », refus de se conformer aux rituels idéologiques obligatoires. C’est orwellien.
On voudrait nous faire honte de voyager en avion ou de manger de la viande. Et en raison de leur prétendue « toxicité », les hommes devraient être « déconstruits » !
Brice Couturier
Le titre OK millennials! sonne comme une réponse à l’expression « OK boomer ». Vous êtes-vous senti directement visé ?
Oui, dans un sens précis : je me réclame de certains des idéaux des sixties, comme l’émancipation individuelle, l’universalisme, la laïcité, la tolérance, l’ouverture d’esprit… Et voilà que nous arrive une génération d’idéologues qui entend, au nom du « respect », restreindre le champ des possibles, limiter, censurer. Ma génération a réclamé des cours de sexologie. Eux, c’est la collapsologie.
Signe des temps. Au nom d’une vision d’apocalypse, promue par sainte Greta Thunberg, on voudrait nous faire honte de voyager en avion ou de manger de la viande. Et en raison de la prétendue « toxicité » de la masculinité, les hommes devraient être « déconstruits » ! Sur les réseaux sociaux, les wokes croient me clouer le bec avec leur mantra « OK Boomer ». Il signifie : tu es vieux, dépassé, tu ne mérites pas qu’on t’oppose des arguments. Je rétorque : « OK millennials! » Et j’ai voulu montrer au public français, peu conscient en général de la gravité de ce qui nous menace, de quoi il retourne au juste. Afin que les gens puissent identifier l’origine des discours dont on commence à les abreuver dans certains médias.
Ne craignez-vous pas de passer pour un vieux grincheux avec ce livre ?
Tant pis ! Je ne supporte plus de voir les idéaux de ma jeunesse, comme l’antiracisme, le féminisme, altérés et dénaturés. Nous étions colour-blind (indifférents aux couleurs de peau), comme le prêchait Martin Luther King. Eux ne voient que ça, la couleur, le genre, l’orientation sexuelle. Ils font de leurs « identités » des politiques. Chacune défendant ses intérêts au détriment des autres et donc de la société tout entière. Nous étions égalitaristes. Eux classent les gens selon tout un système hiérarchique, leur fameuse « intersectionnalité » : au sommet, il y a les transsexuels — au détriment des féministes historiques —, puis viennent les femmes noires homosexuelles… et, tout en bas, les hommes blancs hétérosexuels. Nous nous battions pour l’égalité des droits ; eux pour des droits spécifiques aux communautés.
Des marxistes aux conservateurs en passant par les libéraux dans mon genre, nous avons tous en commun une culture qui devrait nous permettre de résister à l’esprit woke
Brice Couturier
Plus sérieusement, n’êtes-vous pas devenu conservateur avec le temps ?
Dans le combat anti-woke, tel qu’il est mené actuellement dans les pays anglo-saxons, il y a, certes, des conservateurs, comme la jeune essayiste noire Candace Owens, l’essayiste Christopher Caldwell, Heather Mac Donald ou le Britannique Douglas Murray. Mais ils sont épaulés par de grandes figures du centre gauche libéral, telles que le romancier Bret Easton Ellis, l’universitaire Mark Lilla, la journaliste Bari Weiss — démissionnaire du New York Times —, Helen Pluckrose ou Todd Gitlin, qui fut l’un des leaders du mouvement étudiant américain des sixties. Ils se battent ensemble pour la rationalité, les Lumières, le bon sens et le respect des faits.
Des marxistes aux conservateurs en passant par les libéraux dans mon genre, nous avons tous en commun une culture — héritée des Lumières — qui devrait nous permettre de résister à l’esprit woke. Or, il est en train de débarquer sur nos rivages. Voyez, du côté Vert, Sandrine Rousseau, Alice Coffin et consorts… Et Sciences Po baigne déjà dans ce jus.
D’une certaine manière, la génération woke n’est-elle pas l’héritière et le fruit de la génération du baby-boom et de ses dérives ? La gauche soixante-huitarde a été la première à parler de déconstruction, puis la gauche morale, à travers SOS Racisme, est la première à rompre avec notre modèle républicain universaliste en prônant le « droit à la différence »… Bref, les millénaux ne sont-ils pas tout simplement les enfants rebelles des baby-boomers ?
Vous avez raison : au sein du mouvement antiraciste, dans les années 1980, il y avait à la fois ceux qui revendiquaient le droit à la différence, mais aussi ceux qui réclamaient le droit à l’indifférence. Ces derniers brandissaient les idéaux républicains, ils exigeaient leur juste place dans la société et ne voulaient pas renverser la société au nom de leur « différence ». Il en va de même avec le mariage homosexuel : pour les uns, il s’agit de normaliser la situation des couples stables du même sexe, pour d’autres, de miner de l’intérieur l’institution du mariage.
Je cite, dans mon livre, des propos ignobles tenus par certains militants gay à l’encontre de Pete Buttigieg, candidat aux primaires démocrates en 2020. Marié avec un instituteur, menant une vie parfaitement respectable, il a été, pour cette raison, ridiculisé en tant que pseudo-gay. Pas assez queer.
La grande différence entre la génération woke et les précédentes, est-ce finalement son côté victimaire ?
J’ai ouvert mon livre sur les traits psychosociologiques qu’on peut repérer dans cette génération. Elle a été trop couvée par ses parents. Beaucoup se considèrent comme des petits flocons de neige : ils ressentent la moindre contrariété comme une épouvantable blessure narcissique. Ils confondent la douleur physique et les « blessures symboliques ». Ils exigent qu’on les protège des idées qui leur déplaisent. L’essentiel de leurs relations sociales passant par le numérique, le face-à-face interpersonnel leur est souvent pénible. En outre, je le montre, chiffres à l’appui, c’est une génération qui est tentée politiquement par l’autoritarisme.
La gauche woke se présente comme « progressiste » ; y voyez-vous au contraire une résurgence du puritanisme ?
Mais ce n’est nullement contradictoire. Et c’est sans doute le plus troublant. La jeunesse est théoriquement l’âge où l’on fait des expériences, où l’on teste ses limites. Cette génération, au contraire, exige des protections, des bornes strictes à ce qu’on peut dire et faire. Elle prohibe l’érotisme et tient le désir pour un péché. Aux États-Unis, les relations hommes-femmes tournent à la guerre des sexes. C’est d’une tristesse !
Selon vous, cette idéologie peut nous conduire à la guerre civile. Pourquoi ?
La démocratie est fondée sur le dialogue raisonnable entre intérêts divergents et idées différentes. Elle exige un sens du compromis. Elle postule l’existence d’un intérêt collectif supérieur aux intérêts particuliers. Mais les identités, elles, ne sont pas négociables. Et l’idée que les wokes se font de la société est celle d’un jeu à somme nulle, où ce qui est gagné par les uns l’est nécessairement au détriment des autres. À l’horizon, ce qui menace, c’est une espèce de guerre raciale. Qui veut de cela dans notre pays ?
Ryszard Legutko a vécu une partie de son existence dans la Pologne communiste. Professeur de philosophie et éditeur d’une revue clandestine, il a expérimenté le fonctionnement d’un régime totalitaire dans ses aspects les plus concrets. Après la chute du mur et le retour de la liberté, il fut stupéfait de voir les ex-communistes s’adapter bien mieux que les anciens dissidents à la démocratie libérale et aux affaires. Il voulut comprendre les raisons de cette étonnante compatibilité.
En étudiant dans les détails les évolutions récentes de la démocratie libérale, il a découvert qu’elle partage en fait de nombreux traits inquiétants avec le communisme. Culte du « progrès », certitude qu’il existe un « sens de l’Histoire », volonté de transformer la société en luttant contre les adversaires de « l’émancipation et de l’égalité », soumission du suffrage populaire à des instances élitaires non élues, et aboutissement dans les deux cas, derrière le discours de la tolérance, à l’incapacité à tolérer aucune opinion contraire.
À l’heure où, dans les démocraties occidentales, nombre d’électeurs sentent qu’ils ne sont plus vraiment maîtres de leurs choix politiques et qu’ils doivent même censurer leurs propres opinions, cet ouvrage permet, en remontant le fil des changements récents, d’identifier clairement les erreurs commises et les solutions pour les réparer.
Professeur de philosophie, ancien ministre de l’Éducation en Pologne et député européen, il a répondu ci-dessous aux questions d’Anne-Laure Debaecker de Valeurs Actuelles.
Anne-Laure Debaecker. — Votre étude porte sur un sujet peu abordé : les similitudes entre les régimes démocratiques et communistes. Qu’est-ce qui vous a poussé à entreprendre cette enquête ?
Ryszard Antoni Legutko. — Plusieurs choses m’y ont poussé. La première impulsion était une observation selon laquelle les anciens communistes, après l’effondrement du régime, se sont non seulement transformés du jour au lendemain en démocrates libéraux exemplaires, mais ils ont aussi été accueillis comme des partenaires et amis fiables par les démocrates libéraux, alors que les conservateurs des partis postcommunistes étaient considérés de façon assez hostile.
Puis, lorsque je me suis engagé dans la politique européenne, j’ai découvert à ma grande consternation que le pluralisme politique était une imposture. Le pouvoir est entre les mains d’un courant politique résolument de gauche et les soi-disant partis conservateurs ne sont plus conservateurs et ont accepté l’ordre du jour de gauche. Pour donner un exemple, le mariage homosexuel a été introduit par les socialistes en France, par les conservateurs en Grande-Bretagne et par les chrétiens-démocrates en Allemagne. Il y a une hégémonie politique et idéologique et quiconque s’oppose au courant dominant est ostracisé, intimidé et parfois puni par la loi. Nous voyons l’émergence de la censure et le politiquement correct est en train de devenir féroce. Il ne s’agit pas seulement du fanatisme de groupes marginaux, mais de la position officielle du courant dominant, c’est-à-dire un large spectre allant de la gauche à la soi-disant droite. Ce politiquement correct n’aurait pas émergé dans un environnement social véritablement diversifié.
— Certains pourraient vous rétorquer qu’il n’y a pas de comparaison possible entre un régime autoritaire et liberticide tel que le communisme et le régime démocratique, garant des libertés…
— Bien sûr, il existe d’énormes différences, mais ce qui est choquant, c’est qu’il y ait tant de similitudes et que leur nombre augmente. N’oublions pas que les communistes avaient toutes sortes de libertés dans leurs Constitutions. La question n’est pas de savoir ce qui est officiellement déclaré, mais plutôt ce qui se produit réellement. Les droits de l’homme et les libertés fièrement brandies, qui sont pratiquement devenus la religion politique de la civilisation occidentale, n’ont pas beaucoup aidé et ont parfois exacerbé la situation.
Prenez la liberté d’expression. Sous la pression des néomarxistes, des féministes et autres, est apparu le terme de « discours de haine », dont le sens est pour le moins obscur. Mais ce concept a été repris et utilisé comme un bâton pour punir et intimider tous ceux qui ne sont pas d’accord. Regardez le nombre de délits possibles que la démocratie libérale a engendrés. L’un des paradoxes de nos jours est que plus on accorde généreusement des droits aux nouveaux groupes de victimes, moins on peut dire de choses en Amérique et en Europe. Il est devenu beaucoup plus facile que par le passé d’être accusé de violer les droits de quelqu’un, de faire une remarque irrespectueuse, d’avoir des tendances racistes, homophobes, misogynes, transphobes, sexistes, phallocentriques ou autres offenses.
La société prétendument accablée par tous ces crimes devient un endroit de plus en plus dangereux, semblable à un champ de mines où chaque mouvement est risqué. Tout comme il est fortement déconseillé de gesticuler sur un champ de mines, il est tout aussi prudent de ne pas dire des choses qui sont peu orthodoxes, potentiellement répréhensibles, trop dissidentes pour ce qui est politiquement acceptable. La logique politique est irréfutable, quel que soit le système, qu’il soit européen ou soviétique, communiste ou libéral démocrate : plus il y a de victimes, plus il y a de péchés ; plus il y a de péchés, plus il y a d’auteurs ; plus il y a de péchés et plus d’agresseurs, plus il y a d’autocontrôle et d’autosurveillance…
— « D’une certaine manière, la démocratie libérale constitue une mystification idéologique plus insidieuse que le communisme. » Pourquoi ?
— C’est un canular idéologique insidieux parce qu’il est basé sur une mystification ou même sur un mensonge. Ses adhérents affirment qu’ils défendent la liberté, le pluralisme et la tolérance alors qu’en fait, ils font le contraire. Certes, le libéralisme se rapporte étymologiquement à la liberté (libertas en latin signifie liberté), mais il n’a jamais été question de liberté. Tout d’abord, le libéralisme concernait une ingénierie sociale globale. On constate que les programmes libéraux postulent une restructuration de tout selon un modèle libéral. Aucune institution n’est considérée comme pleinement légitime si elle ne répond pas aux critères libéraux.
La présence puissante du libéralisme a abouti à l’acceptation presque universelle de son présupposé majeur, à savoir que la charge de la preuve incombe à ceux qui défendent les institutions existantes et non à ceux qui les attaquent. Face à l’action des groupes qui veulent révolutionner nos institutions Black Lives Matter aux États-Unis, groupes féministes et homosexuels, la réaction est timide. Même la famille n’est pas défendue parce que l’hypothèse largement acceptée est que ceux qui subvertissent les institutions au nom d’un programme libéral ont raison, mais que ceux qui les défendent sont du côté des perdants. Le libéralisme ne consiste donc pas à « vivre et laisser vivre », mais à imposer un ordre libéral qui embrasse la totalité de la vie sociale.
— Vous qui avez pu en voir les arcanes, quel rôle joue l’Union européenne ?
— L’Union européenne est l’incarnation des maux de notre temps. Quelles que soient les raisons de l’intégration communautaire dans le passé, l’Union est aujourd’hui une catastrophe. Elle se transforme en un monolithe politique et idéologique qui veut imposer son agenda aux sociétés européennes. Elle ne tient pas compte de toutes les règles que l’Europe a élaborées au long de son histoire et qui ont plus ou moins été respectées dans les États-nations. Sa structure de pouvoir n’est pas claire et personne ne sait vraiment qui prend les décisions, il n’y a donc aucune responsabilité. Elle ignore la séparation des pouvoirs et viole systématiquement les traités.
Les responsables peuvent s’en tirer parce que dans toutes les institutions de l’Union européenne, il y a la même coalition politique et idéologique des forces libérales de gauche, qui font avancer impitoyablement leurs projets. Elle est imprégnée de malhonnêteté et d’hypocrisie, car deux systèmes politiques de pouvoir coexistent en elle l’un qui est écrit dans les traités, et l’autre qui résulte de la structure réelle du pouvoir. En raison de sa légitimité démocratique limitée, l’Union a perdu tous les mécanismes de contrôle. En tant que membre du Parlement européen, je peux dire que, depuis l’époque du communisme, je n’ai jamais vu autant de doubles standards, d’arbitraire et de jeux déloyaux en politique.
— De quelle façon la démocratie libérale produit-elle de la politisation ?
— La démocratie a toujours été politique, car elle rassemble des personnes plus actives que tout autre système. Mais le problème est qu’en démocratie il y a une tendance à tout démocratiser, même les domaines de notre vie qui sont essentiellement non démocratiques comme l’art, les universités ou les familles. Mais tout démocratiser peut être dangereux. Si vous démocratisez l’art, par exemple en abolissant le canon littéraire, alors vous barbarisez la culture. Quand on observe la tendance à abolir le canon littéraire aux États-Unis, on peut voir qu’il n’a apporté que la destruction. Si vous rejetez Homère parce qu’il était politiquement incorrect, vous perdez une occasion d’apprendre quelque chose et de développer votre sensibilité culturelle. En d’autres termes, vous serez stupide et resterez stupide. Il en va de même pour la démocratisation dans toutes les institutions non démocratiques.
Alexis de Tocqueville avait raison de prédire que la démocratie omniprésente et l’égalitarisme engendreraient une nouvelle forme de tyrannie. À notre époque, l’Union européenne est un bon exemple de la manière dont la démocratie peut créer des structures quasi tyranniques. Avec le libéralisme, c’est différent. Le libéralisme a conduit à l’individualisation, et par conséquent à transformer les gens en particuliers. Mais l’aspect politique était toujours là, le libéralisme proclamant son opposition aux despotismes et s’engageant à lutter pour les droits et à s’opposer aux tendances despotiques. En conséquence, les préoccupations privées de l’homme libéral se sont politisées. La révolution sexuelle a conduit à la politisation du sexe, c’est-à-dire à la politisation de l’un des aspects les plus privés de notre vie. Puis les féministes ont pris le relais et ont dit ouvertement que le domaine privé était politique. Ainsi, ce qui se passe dans notre chambre est devenu un élément central des réglementations politiques, idéologiques et juridiques. Les libéraux américains sont allés encore plus loin, déclarant que les toilettes étaient politiques. Je me demande ce qui sera politisé ensuite.
— À ce sujet, la Pologne a récemment été montrée du doigt, notamment en raison de ses positions sur l’avortement. Qu’est-ce que cela révèle à vos yeux ?
— Cela valide mon analyse sur le monopole du courant dominant et son programme. La Pologne est l’un des rares pays de l’Union européenne où l’avortement n’est pas autorisé à l’exception de deux cas quand la vie de la femme est en danger et en cas de viol ou d’inceste. Dans d’autres pays, il existe de grands groupes qui s’opposent à l’avortement, mais ils n’ont pas la parole sur la place publique tous les médias et toutes les institutions sont favorables à l’avortement. Dans certains pays, dissuader une femme de se faire avorter est puni par la loi. Théoriquement, les questions de vie et de mort relèvent des réglementations nationales, mais en pratique, c’est différent, comme l’a montré la fureur avec laquelle la Pologne a été attaquée par les institutions européennes et les organisations internationales.
Le fanatisme des groupes et des institutions pro-avortement et la disponibilité généralisée et facile de l’avortement indiquent un changement de sensibilité morale des sociétés occidentales. Le droit de se sentir à l’aise a démoli le sentiment d’obligation. Lorsqu’une grossesse interfère avec le droit de la femme (ou de l’homme) de se sentir à l’aise, elle peut être interrompue et le sentiment d’obligation envers l’enfant à naître ne compte plus. Le besoin de se sentir à l’aise à tout prix a rendu la vie et la mort légères et, finalement, sans importance.
— La démocratie veut diriger le monde dans une seule direction : la sienne. En effet, on nous répète régulièrement que la démocratie est le moins détestable des régimes. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Existe-t-il, en réalité, d’autres choix ?
— La réponse est assez simple, du moins en théorie un régime mixte, c’est-à-dire un système qui préserve les institutions non démocratiques en tant que partie intégrante et précieuse de toute la construction politique. Ce n’est pas une spéculation farfelue. Jusqu’à récemment, la plupart des pays d’Europe occidentale étaient des régimes mixtes. Même les États-Unis n’ont pas été fondés en tant que démocratie, mais en tant que république [à l’instar de Rome, d’où les Capitoles, les sénateurs, l’aigle, l’Ordre de Cincinnatus, l’architecture officielle très classique, l’élection indirecte du président par le collège électoral, etc.], ce qui signifiait aussi un système mixte. Il est difficile de dire quand tout a commencé à changer. Sans aucun doute, le changement s’est accéléré avec la révolution sexuelle de 1968 et son attaque contre tout l’édifice, convaincue que la démocratie et les droits sont une solution à tout. Maintenant que le mal est fait, il est difficile de reconstruire un sens de la hiérarchie dans les domaines de la société où des hiérarchies sont nécessaires, mais je pense que ce n’est pas impossible. Il faut avoir une image claire du problème et de l’alternative à la situation existante. Commençons par défendre les domaines qui sont basés sur la hiérarchie : la famille, l’art, l’éducation, la religion, la morale classique et la métaphysique classique. Si nous y parvenons, la politique reculera et nos sociétés se diversifieront à nouveau.
Le Diable dans la démocratie,
tentations totalitaires au cœur des sociétés libres,
de Ryszard Antoni Legutko,
paru le 24 février 2021,
chez L’Artilleur,
368 pages,
ISBN-10 : 2 810 010 080
ISBN-13 : 978-2810010080
22 €.
Zemmour — Quand vous dites il y a une répartition des rôles dans la famille qui n’est pas comme cela devrait être, je me répète : « de quoi vous vous mêlez ? » L’équilibre dans les couples entre les gommes et les femmes cela ne regarde personne. […]
Le quinze pour cent de différence de rémunération est un chiffre faux. C’est un chiffre qui mélange des carottes et des navets. La différence s’explique parce que les femmes font beaucoup plus de temps partiels que les hommes et dans des secteurs qui sont moins payés, c’est-à-dire le social, la santé.
Encore une fois, vous allez me dire, il faut que les femmes aillent dans des secteurs mieux rémunérés, il faut qu’elles soient dans la finance, il faut qu’elles soient ingénieurs.
Et là, de nouveau, je vais vous dire : « de quoi vous vous mêlez ? » Les gens font ce qu’ils veulent. Les femmes choisissent les métiers qu’elles veulent. D’ailleurs, elles sont plutôt meilleures élèves que les garçons. Donc si elles avaient envie de choisir ces secteurs-là, elles le feraient.
Je connais des jeunes femmes qui ont fait des études très brillantes, qui ont commencé dans la finance et qui ont quitté ensuite la finance et ont gagné moins. Parce que le métier ne les intéressait pas. L’ambiance ne les intéressait pas. Donc je vous répète : « de quoi vous vous mêlez ? »
« La charge mentale ». D’abord, on invente des mots. C’est le génie du progressisme en général, c’est qu’il invente des mots et qu’il les impose à la société. C’est le mot de Lénine : « Faites-leur manger le mot, vous le ferez avaler la chose. » C’est une technique de propagande avérée, une technique de propagande communiste avérée que tous les progressistes ont reprise à leur compte : féminicide, charge mentale, écriture inclusive, tous ces mots qui sont en déconnexion avec la vie des gens. C’est cela le problème. Car il y a un fond totalitaire dans le féminisme. Totalitaire, cela veut dire changer la vie des gens. Imposer une vision aux gens. Tout simplement parce que le féminisme pousse à l’indifférenciation : on veut croire que les hommes et les femmes c’est la même chose. Qu’il n’y a pas de différences biologiques, que tout n’est que différences sociales. Or c’est faux.
Vous croyez que les gens n’en parlent pas [de l’affectation des rôles dans le couple] ? Vous croyez que les femmes sont muettes ? Vous croyez qu’elles ne savent pas dire : « tiens, tu pourrais faire cela » ? Je trouve cela dingue.
Vous dites [que cette répartition des rôles dans le couple] : « sans y avoir réfléchi ». Mais c’est faux. C’est faux. La reproduction de modèle, il a du bon le modèle. Le modèle vient d’où Mme Wargon ? Il vient de l’origine des temps. Ce sont les femmes qui portent les enfants.
[Wargon ressort des lieux communs féministes : pas le droit de vote des femmes, pas de chéquier pour les femmes]
Vous voulez que l’on parle de cela ? Qui avait le droit de vote avant 1848 ? Personne. Qui avait des chéquiers avant les années 60 ? Les ouvriers étaient payés à la journée, voire à la semaine ! C’est Georges Pompidou qui a imposé la mensualisation en 1969… Vous êtes dans un narratif de lieux communs féministes. [En 1966, seuls 17 % des Français ont un compte-chèques. En 1972, ils sont 62 %. Cette évolution est liée au développement du paiement des salaires par chèque et à l’assouplissement des procédures d’ouverture des guichets de banque (1967).]
Qu’est-ce qui s’est passé ? Vous avez une évolution de la société, c’est-à-dire il y avait le capitalisme du XIXe siècle qui avait besoin d’une structure de famille qui reposait sur l’épargne et de la division des tâches classiques avec un homme qui allait travailler, qui travaillait très dur, qui travaillait 12 heures, 14 heures par jour… Il était favorisé celui-là ? L’ouvrier de Zola dans Germinal ? Est-ce qu’il était favorisé par rapport à sa femme ? Non ! Il travaillait énormément, très dur. Bien sûr, les deux travaillaient. La femme travaillait aussi, elle travaillait à la maison, parce qu’il y avait une séparation des tâches qui était induite par…
[Wargon interrompt : « elle n’est pas génétique, elle est culturelle. »]
Zemmour reprend — Non, elle est à la fois biologique et culturelle. Elle est biologique parce que les femmes portent les enfants. Elles nourrissent les enfants. Vous voyez, il y a une part de biologie et il y a une part de culturel, comme toujours. […]
[Wargon interrompt à nouveau : « Il est temps de questionner » cet état de fait.]
Zemmour reprend — Mais on ne fait que cela depuis des millions d’années, on questionne…
[Nouvelle interruption… : « On peut le mettre dans le débat ».]
Zemmour reprend Mme Wargon — Vous ne mettez pas dans le débat, vous imposez. Vous culpabilisez les uns et vous victimisez les autres. C’est une vision injuste de la femme. La femme n’est pas une victime. La femme est libre, elle est autonome, elle réfléchit. Et si elle a ce mode de vie, c’est qu’elle le désire. Vous infantilisez les femmes.
[Wargon dit que les femmes sont moins revendicatives dans les négociations, ce n’est pas nécessairement faux, voir Jordan Peterson sur le sujet, mais c’est aussi le revers d’un de leurs atouts : elles sont plus aimables et plus sociables que les hommes, ce qui les sert dans d’autres scénarios.]
Zemmour poursuit — C’est l’erreur d’origine du féminisme. Vous plaquez la lutte des sexes sur la lutte des classes. [Alors que les femmes sont libres, autonomes, font les études qu’elles veulent.] Mais ce que vous ne comprenez pas c’est que ce n’est pas la lutte des femmes qui a permis cela. Ce sont simplement les conditions économiques [et techniques] qui ont changé. C’est-à-dire que le capitalisme a muté. Il faut que vous lisiez Christopher Lasch, vous comprendrez ce que je veux dire. C’est devenu un capitalisme de consommation qui a besoin de plus de consommateurs. Donc on a mis les femmes dans l’espace public. Deuxièmement, la technologie a libéré les femmes des tâches traditionnelles [faire la lessive à la main prenait ainsi beaucoup de temps]. À partir du moment où la technologie les libérait, les femmes tout naturellement pouvaient aller travailler ailleurs. Il n’y a pas de rivalité. Il n’y a pas de luttes avec les hommes.
[Wargon ressort une scie]
Zemmour — Dans la magistrature, il n’y a plus que des femmes. Qu’est-ce que vous allez faire, Mme Wargon, vous allez mettre la parité dans la magistrature parce qu’il y a trop de femmes ? Dans l’Éducation nationale, il y a trop de femmes, est-ce que vous allez imposer la parité ? Pourquoi vous ne l’imposez pas là ? Pourquoi vous ne dites pas qu’il y a des contraintes qui empêchent les hommes d’aller dans ces métiers ? Pourquoi vous ne le dites pas ? Ce serait la même chose. Voyez, c’est sans fin votre histoire. Et donc ça ne peut pas tenir. C’est pourquoi je préfère me référer à la liberté des gens, aux choix des gens, je ne prends pas les femmes pour des mineurs, je ne prends pas les femmes pour des enfants. Car c’est ce à quoi revient votre discours. Les femmes sont toujours des enfants et des mineures éternelles, il faut toujours les aider. Ah ! les pauvres, elles sont martyrisées.