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jeudi 3 septembre 2026

Cambridge — Quand la tolérance et la diversité mènent au sabordage

L’itinéraire d’une enseignante de Cambridge, islamiste plus ou moins repentie, interroge. Car à force de vouloir rester neutres entre toutes les conceptions du monde, les sociétés libérales risquent surtout de précipiter leur propre disparition.

Dans The Spectator, Andrew Gilligan consacre une série d’articles à Farah Ahmed, professeure assistante de recherche à la faculté d’éducation de Cambridge. Son parcours a de quoi serrer la gorge.

Dans un texte publié en 2002 pour Hizb ut-Tahrir — mouvement islamiste désormais interdit au Royaume-Uni et classé comme organisation terroriste depuis 2024 — Ahmed qualifiait l’éducation occidentale de « menace » pour les musulmans, le programme scolaire britannique d’« endoctrinement systématique » et la démocratie de « tradition corrompue ». Elle reprochait aussi à l’école de mettre l’islam au même niveau que les autres religions, de présenter la polygamie et le mariage avant 16 ans comme archaïques, et d’enseigner la théorie de l’évolution.

Le même pamphlet contient un second chapitre, plus radical, coécrit avec Nazreen Nawaz, alors responsable de la section féminine de Hizb ut-Tahrir. Il décrit le système éducatif d’une dictature islamique, le Khilafah : « rien ne sera contenu dans le programme qui contredise l’islam, comme l’enseignement des idées de liberté, de nationalisme, de démocratie ou d’évolution sous un jour positif ». Les non-musulmans eux-mêmes devraient être « éduqués selon le programme de l’islam […] en les poussant à penser à la croyance correcte dans la vie ». Au niveau supérieur, les philosophies étrangères, le capitalisme, le communisme, la sociologie, la psychologie, l’histoire, les langues et les littératures étrangères ne devraient être enseignés que « dans le but de réfuter leurs idées et d’exposer leur fausseté ».

Le but déclaré des études universitaires, selon les deux auteures, est d’équiper les musulmans pour la conquête : « La motivation à étudier l’ingénierie serait d’aider au développement de machines pour le Jihad […]. La motivation à étudier la technologie informatique serait d’élever la société islamique au-dessus de toutes les autres […] et de produire des armements avancés pour le Jihad afin que [l’islam] domine tous les autres, comme l’a ordonné le Créateur. » Le chapitre contient aussi une section consacrée à « la formation des enseignants » — précisément le domaine dans lequel Cambridge emploie aujourd’hui Ahmed pour mener ses travaux.

Depuis, Ahmed a affirmé avoir quitté Hizb ut-Tahrir et ne plus partager « toutes » ses positions. En 2010, elle déclarait ne plus être membre du mouvement. Interrogée fin août 2026, Cambridge a répondu que les phrases sur les « armements pour le Jihad » « ne sont pas ses mots » et « ne reflètent pas ses vues », qu’elle y avait contribué « comme chercheuse historique » il y a plus de vingt ans et qu’elle avait rompu avec le mouvement plus de quinze ans avant son interdiction. Gilligan objecte qu’elle est bien coauteure du chapitre et que, interrogée quatre jours plus tôt sur un éventuel désaveu de ces propos, elle n’a pas répondu.

Gilligan relève également des travaux plus récents contestant une conception de l’éducation centrée sur la lecture, le calcul et les savoirs disciplinaires, une conférence qu’elle coordonnait en 2023 présentant la science comme un projet « colonial », ainsi qu’un projet hébergé par Cambridge présentant un « programme islamique » où, selon lui, le Hamas devient une « excuse qu’Israël utilise pour justifier ses attaques », les otages civils du 7 octobre des « prisonniers de guerre » et Israël disparaît de la carte.

Pour autant, se demander comment une islamiste plus ou moins repentie a pu entrer à Cambridge serait la question la moins intéressante. Une université est un endroit où l’on doit pouvoir rencontrer, lire et entendre des gens dont les idées nous semblent fausses, idiotes, choquantes ou abominables.

Le véritable angle mort est ailleurs. Le problème, bien plus fécond, est celui que pose le raisonnement qui semble avoir permis à Cambridge de considérer ces conceptions comme compatibles avec sa mission institutionnelle. Et c’est là que se révèle la plus grosse tache aveugle de ces quelque quatre-vingts dernières années : nous ne savons plus très bien ce qu’est le libéralisme.

Comme si nous avions fini par faire du libéralisme un simple résultat mécanique : prenez des élections, ajoutez une pincée de liberté d’expression, deux cuillerées de tolérance religieuse, un gros paquet de discrimination pro-minorités et de culpabilité occidentale, touillez avec une Déclaration des droits de l’homme et, hop, vous obtenez une démocratie libérale.

Comme si, à force de réduire la civilisation libérale à son règlement intérieur, nous avions oublié qu’elle repose sur une conception extrêmement particulière du monde et, pour ainsi dire, sur une anthropologie.

Mais une civilisation ne peut rester neutre entre elle-même et sa négation sans transformer la tolérance en art du sabordage.

Une civilisation qui n’ose plus dire ce qui mérite d’être transmis s’interdit de distinguer ce qui la prolonge de ce qui veut la détruire. Une civilisation qui assimile la « neutralité » à l’incapacité de formuler ses propres conditions d’existence ne poursuit plus la voie du libéralisme.

Elle ne fait que payer la corde avec laquelle on la pendra.


Point de vigilance factuel : Hizb ut-Tahrir est bien interdit au Royaume-Uni depuis 2024. Les citations du pamphlet de 2002 sont celles que Gilligan documente, notamment à partir de reproductions du texte. Cambridge et Ahmed contestent aujourd’hui que les passages sur le djihad et les armements soient « ses mots » ou reflètent ses opinions ; Gilligan maintient qu’Ahmed est coauteure du chapitre et souligne qu’elle n’a pas explicitement désavoué ces propos lorsqu’il l’a interrogée. Les éléments plus récents concernant le programme scolaire, la science qualifiée de « coloniale » et les documents relatifs à Gaza relèvent de l’enquête de The Spectator et doivent être présentés comme tels, non comme des faits judiciairement établis.

vendredi 14 août 2026

Jason Arday, ex-professeur de Cambridge mêlé à un scandale de plagiat, retrouvé mort

L'ancien professeur de l'Université de Cambridge Jason Arday, au cœur d'un retentissant scandale de plagiat et de déclarations fantaisistes et qui a démissionné début août, a été retrouvé mort vendredi, a confirmé sa famille, qui dénonce « une campagne de harcèlement ».

Ce Britannique de 41 ans avait été découvert inconscient dans le sud de Londres dans l'après-midi, ont expliqué Sky News et d'autres médias, citant un communiqué de la police de la capitale britannique.

Dans un communiqué diffusé par la suite vendredi, la police métropolitaine de Londres n'a pas donné son identité, disant simplement que des agents avaient été appelés par le service londonien des ambulances à la suite d'un signalement selon lequel un homme avait été trouvé inconscient à l'intérieur d'un bâtiment dans le quartier de Battersea. Malheureusement, un homme de 41 ans a été déclaré mort sur les lieux, a-t-elle ajouté.

« Pour l’instant, son décès est considéré comme inattendu, mais il ne semble pas suspect. L’affaire fait l’objet d’une enquête menée par des agents de l’unité centrale sud de la police métropolitaine. Un dossier sera constitué à l’intention du médecin légiste. »


La police sur place

La police a précisé que ce décès n’était pas considéré comme suspect.

Nous ne tirons bien sûr aucune satisfaction de la mort d’Arday, qui reste une tragédie.

Même en supposant qu’il se soit ôté la vie, il est impossible de savoir si son ascension fulgurante vers la célébrité universitaire, suivie de sa chute brutale, ont précipité ou retardé son destin funeste.

Une chose est sûre : cette chute n’aurait jamais eu lieu si les universitaires de Cambridge n’avaient pas propulsé au firmament un homme manifestement inapte à enseigner, aux tendances mythomanes avérées et à l’équilibre mental fragile. Une promotion accordée non pour ses mérites, mais parce qu’il cochait les bonnes cases — et parce qu’ils n’avaient aucun intérêt à préserver l’exigence académique.

Il faut craindre, désormais, que ces mêmes universitaires « diversitaires » n’utilisent sa mort pour étouffer toute remise en question et que quiconque osera souligner cette évidence soit traité de monstre insensible.


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mardi 11 août 2026

Pourquoi les jeunes Chinois sont-ils de moins en moins nombreux à étudier à l’étranger ?

Pékin plutôt que Princeton

Ceux qui partent sont, eux, de plus en plus nombreux à rentrer au pays.

Des étudiantes de l’université de Pékin, en 2025, se préparent à poser pour des photographies avant la cérémonie de remise des diplômes.

Depuis 2019, la pandémie, les tensions commerciales et géopolitiques croissantes ont creusé le fossé entre la Chine et le reste du monde. Ces facteurs expliquent en partie le déclin du nombre d’étudiants chinois partant à l’étranger. En 2025, seulement 570 000 jeunes Chinois ont quitté le pays pour leurs études, contre un sommet de 700 000 en 2019 (voir graphique). Ce chiffre représente le niveau le plus bas enregistré depuis 2016.

Par ailleurs, certains pays d’accueil ont durci les conditions d’études pour les Chinois. En 2025, l’administration du président Donald Trump a annoncé son intention de « révoquer avec fermeté » les visas des étudiants chinois dans des « domaines sensibles », sans préciser lesquels. Elle a en outre subordonné la loterie d’attribution du visa H-1B — principale voie légale permettant aux travailleurs qualifiés, y compris aux jeunes diplômés, de s’installer aux États-Unis — à des seuils salariaux élevés, ce qui pénalise particulièrement les débutants. Selon plusieurs observateurs, les travailleurs chinois seraient plus touchés que les autres par cette mesure. Ainsi, Mme Hao, une Chinoise de vingt-cinq ans qui travaillait pour une jeune pousse américaine, a récemment décidé de rentrer en Chine, son statut de visa rendant quasi impossible tout changement d’employeur.

Le resserrement des budgets

La flambée des coûts des études à l’étranger n’a en effet rien arrangé. Selon une enquête de New Oriental, une grande entreprise de soutien scolaire, le coût moyen d’une année d’études à l’étranger atteint cette année 605 000 yuans (soit environ 89 600 dollars américains), en hausse de près d’un cinquième par rapport à 2023.

La [relative] morosité de l’économie chinoise a par ailleurs contraint les familles à une plus grande rigueur budgétaire, rendant les étudiants plus sensibles aux coûts. Parmi ceux qui persistent à partir, un nombre croissant se tourne désormais vers des destinations offrant un meilleur rapport qualité-prix. [Le FMI table sur une croissance de l'économie chinoise de 5 % en 2025 et 4,5 % en 2026, des chiffres enviables pour une économie mature.]

Si les statistiques chinoises ne précisent pas les destinations choisies par les étudiants, les données publiées par les pays d’accueil révèlent une tendance claire : les effectifs chinois diminuent en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada [et légèrement en Australie] tandis qu’ils progressent à Hong Kong, au Japon [et en Malaisie]. Hong Kong, en particulier, est devenu une destination prisée, comme l’explique Mme Yang, en raison du prestige de ses établissements et de sa proximité géographique avec la Chine. Quatre de ses clients sur cinq demandent des renseignements sur des études dans cette région proche. D’autres destinations plus abordables, comme la Malaisie — où il est possible d’obtenir un diplôme pour seulement 100 000 yuans soit environ 15 000 dollars américains —, attirent également l’attention des étudiants.

[On observe également une forte baisse (-27,5 %) aux Pays-Bas. Cette diminution s’explique par deux facteurs : d’une part, des tendances mondiales, comme le retour des étudiants vers la Chine et la diversification vers d’autres destinations asiatiques ; d’autre part, des choix politiques néerlandais visant à réguler l’internationalisation de l’enseignement supérieur. Le gouvernement a en effet adopté des mesures pour limiter l’afflux d’étudiants étrangers, notamment en réduisant l’offre de programmes en anglais et en restreignant le recrutement à l’étranger, dans un contexte marqué par une pénurie de logements et les limites des capacités d’accueil de ces étudiants.]

Le retour des « haigui », ou « tortues de mer »

Cette tendance ne se limite pas à une réduction des départs : un nombre record de 10,7 millions de jeunes Chinois ont intégré l’enseignement supérieur dans leur pays l’an dernier. Par ailleurs, parmi ceux qui partent étudier à l’étranger, la proportion de ceux qui choisissent de rentrer en Chine après leurs études n’a jamais été aussi élevée. L’an dernier, pas moins de 94 % des étudiants chinois ayant étudié à l’étranger sont revenus au pays, un record historique (voir graphique). Entre 2015 et 2025, ce sont ainsi 5,2 millions de diplômés qui ont regagné la Chine après une période passée à l’étranger, selon les chiffres officiels. On les surnomme  les « haigui » 海龟, littéralement « tortues de mer », lesquelles sont de grandes migratrices.

Cette vague massive a profondément modifié la perception des études à l’étranger. Que ce soit sur le marché du travail ou même dans la sphère privée, comme sur les sites de rencontre, le prestige autrefois associé à un diplôme étranger s’est fortement érodé. Aujourd’hui, selon les données de New Oriental, un diplômé de retour au pays perçoit en moyenne un salaire de départ d’environ 12 800 yuans par mois, soit seulement 2 100 yuans de plus que les diplômés formés localement (10 700 yuans).

Nombreux sont les « haigui » dont la situation professionnelle est bien moins enviable que celle de leurs pairs restés en Chine. Certains enchaînent même les petits emplois précaires, comme livreurs. Lors d’une émission télévisée chinoise, une jeune femme a révélé que ses parents avaient dépensé plus de deux millions de yuans pour financer ses études à l’étranger, pour aboutir à un emploi ne lui rapportant que 4 000 yuans par mois. « À ce rythme, lui a-t-elle confié avec amertume, il me faudrait un siècle pour rembourser une telle somme. »

Un diplôme étranger, un atout en déclin

Mlle Zou, une étudiante chinoise en maîtrise de chimie à l’University College de Londres, a choisi de partir à l’étranger par désir de « découvrir le monde ». Pourtant, elle ne s’attend à aucun avantage face aux diplômés formés en Chine lorsqu’elle cherchera un emploi dans l’industrie des semi-conducteurs à son retour. Or, en Chine, une maîtrise s’obtient après trois années d’études, contre une seule année dans son cas. Par ailleurs, les étudiants chinois représentent environ 40 % de sa promotion à Londres ; dans d’autres établissements, cette proportion peut atteindre 90 %. Cette surreprésentation remet en question l’idée reçue selon laquelle les universités étrangères offriraient une expérience fondamentalement différente de celle des établissements chinois.

Du côté des employeurs, les diplômes étrangers ont perdu de leur attrait. La brièveté des programmes et des critères d’admission parfois moins sélectifs ont en effet conduit les entreprises à remettre en cause la réputation autrefois sans faille des formations à l’étranger. En réalité, étudier à l’étranger ne garantit nullement une meilleure adaptation au monde professionnel. Certains services des ressources humaines estiment même que les diplômés locaux sont « plus dociles », comme l’explique Mme Zou, car ils n’auraient pas été contaminés par les idées libérales occidentales.

Certaines administrations provinciales limitent par ailleurs l’accès des diplômés de retour de l’étranger à la fonction publique. En 2024, la dirigeante de Gree, un géant chinois de l’électronique, a même déclaré publiquement qu’elle refusait d’embaucher des « haigui », craignant qu’ils ne soient des espions au service de puissances étrangères.

L’ascension des universités chinoises

Parallèlement, les universités chinoises gagnent en attractivité. Leur ascension dans les classements internationaux est spectaculaire. L’université de Pékin et l’université Tsinghua, les deux fleurons de l’enseignement supérieur chinois, occupent désormais respectivement la 13e et la 14e place du classement mondial QS.

Les établissements issus des programmes « 985 » et « 211 » — deux appellations gouvernementales désignant un petit groupe d'établissements d’élite chinois — sont désormais considérés comme supérieurs à de nombreuses universités étrangères, à l’exception de quelques institutions prestigieuses comme Oxford, Cambridge ou les universités de l’Ivy League américaine. Dans des disciplines comme les sciences ou l’ingénierie, la recherche chinoise se distingue particulièrement. Par ailleurs, les frais de scolarité, généralement de quelques milliers de yuans par an dans le public, restent très abordables.

Les universités étrangères en pâtissent

Cette baisse des inscriptions des étudiants chinois commence à peser sur certaines universités occidentales, devenues trop dépendantes de cette manne. Au cours de l’année universitaire 2024-2025, les Chinois représentaient ainsi plus de deux cinquièmes des étudiants internationaux au sein du Russell Group, un consortium regroupant 24 des universités les plus prestigieuses du Royaume-Uni.

Nombre de ces établissements avaient en effet développé des programmes de maîtrise spécialement conçus pour attirer les étudiants chinois, en leur appliquant des frais de scolarité bien supérieurs à ceux des étudiants britanniques. Les facultés s’étaient agrandies, de nouvelles infrastructures avaient vu le jour. « Il régnait une illusion de stabilité financière », explique Filippo Boeri, de l’Université City St George’s de Londres. Aujourd’hui, la réalité est tout autre : les universités suppriment des formations, licencient du personnel ou incitent leurs employés à accepter un départ volontaire. ».

Un manque à gagner pour les deux parties selon The Economist

Cette désertion des étudiants chinois privera l’Occident de talents précieux. Elle pourrait également se retourner contre la Chine elle-même. En effet, lorsque le pays s’est ouvert au monde, les « haigui » ont rapporté des compétences et des savoirs acquis à l’étranger, contribuant ainsi de manière décisive à la modernisation du pays et à son rattrapage économique. À titre d’exemple, huit des vingt-et-un membres actuels du Politburo du Parti communiste chinois ont étudié à l’étranger.

Par ailleurs, l’expérience internationale des « haigui » a permis aux entreprises chinoises de s’implanter avec succès sur les marchés étrangers. Si moins de tortues de mer prennent le large, la Chine en subira elle aussi les conséquences.


Source : The Economist

dimanche 9 août 2026

Malgré le scandale, l'autobiographie de l'ex-professeur vedette de Cambridge devrait être publiée ce mois


Le plus jeune professeur noir de Cambridge a donc démissionné.

La maison d’édition Simon & Schuster publiera néanmoins son autobiographie la semaine prochaine, moyennant un à-valoir qui s’élèverait à 1,4 million de livres sterling (ce chiffre a été largement relayé dans la presse ; l’éditeur ne l’a pas confirmé). 

Daniel Engber, du magazine The Atlantic, a mis la main sur le tapuscrit original du livre datant de 2024 et l'a comparé avec la version à paraître. Nous reproduisons son récent article sur ce sujet.

[L’indicatif, que nous avons conservé dans les extraits ci-dessous, ne préjuge en rien de la réalité des faits rapportés par Jason Arday ; nous avons simplement reproduit son emploi.] 


Great and Unfortunate Things, écrit en collaboration avec Eve Claxton, doit paraître la semaine prochaine aux éditions Simon & Schuster. Le récit qu’y expose Arday ne saurait être pris à la lettre : il diffère notablement des autres versions de sa vie qu’il a livrées en public comme en privé, y compris dans la proposition initiale qu’il avait soumise à la maison d'édition par l’entremise de son agent. Pourtant, l’ouvrage se révèle, à bien des égards, d’une honnêteté frappante et particulièrement révélateur : il brosse le portrait saisissant d’un homme manifestement mal préparé à affronter le monde universitaire, mais qui, contre toute attente, a su gravir les échelons les plus élevés. Il ne s’agit pas ici d’un jugement sévère émis par un tiers sur la carrière à la fois tragique et improbable d’Arday : c’est son propre récit.

Son autobiographie débute par une prophétie. Nous sommes en 2006, et Jason Arday, alors âgé de vingt et un ans, installait des pompes à eau dans les favelas du Brésil et enseignait aux enfants comment les utiliser. Une travailleuse humanitaire locale — une femme d’une trentaine d’années, aux cheveux et aux yeux foncés, à l’allure douce et posée — lui effleure le bras et lui murmure qu’il était destiné à souffrir toute sa vie, mais aussi à accomplir de grandes choses.

vendredi 7 août 2026

Jason Arday ou comment duper les universités occidentales rongées par la culpabilité

Jason Arday quand Closer célébrait sa nomination 
comme le plus jeune professeur noir à Cambridge

 

Jason Arday semble être un personnage presque trop fantastique pour une fiction conventionnelle. Il s'agit plutôt d'un personnage issu des fables d'antan – un archétype qui met à nu les péchés et l'hypocrisie de notre époque, un Till l'Espiègle des temps modernes. 

Malgré ses origines modestes, Arday a connu une ascension universitaire d'une remarquable fluidité. Des institutions censément élitistes ont suspendu avec empressement leur esprit critique. Elles se sont pliées aux vertus modernes diversitaires en matière de race, de handicap et de milieu social défavorisé.

À la lumière de la biographie d’Arday, on commence à comprendre à quel point nos meilleures universités sont prisonnières de la culpabilité progressiste et à quel point cela nuit à la véritable recherche et excellence universitaires.

Le récit qu’Arday a tracé de sa vie semble avoir été conçu pour séduire les chercheurs travaillant dans deux des domaines les plus en vogue de l’activité universitaire actuelle : la neurodiversité et le racisme institutionnel.

Selon ses dires, Arday n’aurait pu parler avant l’âge de 11 ans ni lire avant l’âge de 18 ans. Pourtant, il aurait surmonté ces handicaps ainsi que les préjugés raciaux omniprésents, pour transformer un simple diplôme en sciences de l’éducation et en éducation physique obtenu à l’ancienne école normale de Twickenham (qui se fait désormais appeler St Mary’s University) en une prestigieuse chaire de professeur à Cambridge dès l’âge de 37 ans.

Ses prétendues performances universitaires s’accompagnaient d’allégations de coureur qui auraient rivalisé avec les plus grands athlètes d’ultra-marathon, ainsi que de collectes de fonds caritatives qui auraient relégué Bob Geldof au rang d'amateur, malgré une persécution raciale qui n’aurait pas déparé dans l’Alabama du XIXe siècle.

Chacune de ses affirmations – les 30 marathons, les millions récoltés pour de bonnes causes, les persécutions violentes – a systématiquement été réfutée. Mais jusqu'à récemment, il continuait pourtant à contre-attaquer et à s'en prendre à ses détracteurs. Sa ligne de défense semble être que, dans le milieu universitaire, personne n’est très regardant. « Aurais-je jamais pu imaginer que quelqu’un passerait littéralement au crible chaque mot que j’ai prononcé ? », a-t-il demandé au Times de Londres. Lorsqu’un journaliste du Guardian a tenté de vérifier ses affirmations — selon lesquelles il aurait été menacé par des fous armés de couteaux et qu'on lui aurait lancé des bananes, des balles et une tête de cochon coupée à son domicile — et n’a trouvé aucune preuve, il a répondu au journaliste : « Je pensais que vous me croiriez, tout simplement. »

Toute la carrière de l'universitaire a reposé sur la crédulité face à ses affirmations, alors même que le but même du monde universitaire est de remettre en question, de vérifier et de critiquer. 

Son ascension fulgurante incrimine son université pour son manque de curiosité. Il semble que personne n’ait jamais vérifié son CV universitaire, ni les articles qu’il a soumis pour publication (et leurs corrections), ni les données qu’il a utilisées. 

Les charlatans exercent leur métier depuis des millénaires. Alexandre d'Abonuteichos, sous l'Empire romain, avait ainsi fixé une fausse tête humaine sur un serpent et l’avait déclaré dieu. Ses artifices et stratagèmes lui permirent d’exercer une influence considérable sur certains notables de l'empire. Il y a donc toujours eu des Jason Arday. La question est de savoir pourquoi cet escroc a pu s’imposer à Cambridge. Comment se fait-il que l’une de nos institutions les plus respectées se soit révélée si perméable et si peu perspicace ? Pourquoi une université, à qui l’on a désormais fourni des preuves irréfutables de sa duperie, l’a-t-elle soutenu jusqu’à il y a quelques jours.

Arday a été nommé professeur en sociologie de l'éducation à la suite d’un vote unanime du Conseil des électeurs, présidé par la baronne Sally Morgan (Parti travailliste). L’annonce a été faite en grande pompe. Avant même sa prise de fonctions, la BBC avait réalisé une vidéo sur son inouï parcours. Dans celle-ci, le professeur vedette interrogeait sa nouvelle supérieure, Hilary Cremin, sur comment elle allait s'y prendre pour rendre la faculté d’éducation inclusive. Elle avait déclaré que « nous avons écouté les voix de nos chercheurs et de nos étudiants noirs » et que Cambridge allait « s’attaquer aux problèmes structurels auxquels les gens sont confrontés ». Elle n'a pas hésité à déclarer à Arday : « Nous avons tellement de chance de vous avoir parmi nous. Vous êtes le meilleur au monde dans votre domaine de recherche. »

On a du mal à croire que Cremin ait vraiment cru ce qu’elle disait. À ce moment-là, Arday n’avait à son actif qu’une poignée de publications et un nombre de citations exceptionnellement faible. Le titre de sa thèse comporte une erreur grammaticale et ses articles regorgent de fautes d’orthographe sur des mots élémentaires comme « micro-agression ». Il avait à peine mené de véritables recherches, préférant utiliser « une méthode narrative issue de la théorie critique de la race (CRT), qui fonctionne comme un contre-récit visant à conceptualiser mes propres expériences professionnelles de négociation de la blanchité normative ».

Le jeune professeur était médiocre même dans l’industrie de la commercialisation des doléances raciales. La recherche en éducation est un domaine à forte production de publications, mais de piètre qualité. Une étude récente a montré qu'à peine 2,9 % des articles en « sciences de l'éducation » publient leurs données. Autrement dit, dans l'immense majorité des cas, il est impossible de vérifier les analyses publiées. En mathématiques ou en économie, en revanche, il est possible de n’avoir publié que peu d’articles, mais de haute qualité de n'avoir rédigé qu'un petit nombre d’articles mais de grande qualité avant d’obtenir un poste universitaire. Une grande partie des travaux d’Arday portait sur ses propres expériences. Il est facile de produire ce genre de contenu à un rythme élevé. Plusieurs membres du personnel subordonnés à Jason Arday au sein de la faculté d’éducation de Cambridge ont réussi à accumuler des listes de publications bien plus longues. On peut se demander ce qu’ils ont ressenti lorsqu’il a été recruté à un poste plus prestigieux que le leur et que la directrice de leur faculté a déclaré qu'il était « le meilleur au monde ».

Le parcours universitaire d'Arday ne brillait pas. Une licence et un master de l’université St Mary’s ; un doctorat de l’université John Moores de Liverpool, puis de brefs passages à l’université de Roehampton et de Durham (Arday affirme également avoir travaillé à Glasgow, mais un porte-parole le dément). Arday aurait également obtenu un master en sciences de l’éducation à l’université John Moores de Liverpool, mais cette mention a récemment disparu de sa biographie sur le site web du Jesus College, dont il est membre. Un cursus peu prestigieux.

Sur quels travaux le jeune universitaire s’est-il donc appuyé pour compenser son manque de références ? Lorsque les membres du jury se sont penchés sur la candidature d’Arday à un poste de professeur, ils ont sans doute lu son article phare, « Comprendre la santé mentale : quels sont les enjeux pour les étudiants noirs et issus de minorités ethniques à l’université ? ». Si tel est le cas, ils n'ont pu ignorer la longue liste de corrections ajoutées après qu’il eut « omis par inadvertance de signaler le chevauchement entre les deux publications [la sienne et un article de 2016 sur la perception de l’accès aux services de santé mentale au sein des communautés noires et issues de minorités ethniques (BME), rédigé par le professeur Anjum Memon et al. »

En 2023, le Dr David Harris et le professeur Martyn Hammersley ont écrit à Cremin pour lui signaler des des problèmes dans un article publié par Arday en 2018 notamment des similitudes textuelles frappantes entre ce texte et celui de Memon publié en 2016. Lorsque Harris a contacté Arday directement, celui-ci l’a accusé de privilégier « la grammaire… au détriment de l’équité » et l'a averti que tout nouveau contact serait considéré comme une forme d’intimidation et de harcèlement. Arday a ensuite porté plainte contre Harris auprès de la police. La police du Devon et des Cornouailles a refusé de donner suite à cette affaire.

Si les membres du jury connaissaient bien le domaine dans lequel ils estimaient que le jeune professeur était « le meilleur au monde », n’ont-ils pas trouvé étrange que les 32 étudiants issus de minorités ethniques qu’il aurait recrutés pour son article aient fourni des citations que l’on retrouve sous une forme presque identique dans d'autres publications ? Un étudiant de premier cycle cité par l'universitaire accusé de plagiat semble reprendre presque mot pour mot les propos du professeur Memon. D’autres citations sont attribuées à des personnes différentes (de races différentes) dans l’ensemble des travaux d’Arday. On pourrait s’attendre à ce qu’une commission ayant réellement lu les travaux d'un candidat avant de le nommer professeur repère ce genre d’incohérence. Si ces citations sont fausses, Arday pourrait alors se rendre coupable de fraude aux données, une infraction bien plus grave pour laquelle des personnes sont régulièrement licenciées.

Le peu d’intérêt d’Arday pour une recherche rigoureuse n’a rien de surprenant. Il l’avait d’ailleurs admis lors de ses ateliers sur la lutte contre le racisme, organisés dans d’autres universités. Un lanceur d’alerte a montré à une chroniqueuse du Spectator une conférence qu’il avait donnée, au cours de laquelle il déclarait aux participants qu’une « obsession pour les données n’était d’aucune utilité » lorsqu’on aborde le racisme, tout en affirmant que « la culture blanche est exclusive ».

Dans un premier temps, l’université a publié un communiqué affirmant que « Le professeur Arday a été victime d’une campagne ignoble visant à saper sa crédibilité, qui doit cesser. Les allégations de plagiat concernant sa thèse et ses publications dans des revues ont fait l’objet d’enquêtes approfondies menées par les institutions compétentes et les revues en question. Ces enquêtes ont innocenté le professeur Arday de tout acte répréhensible. »

L'université, bien qu’elle ait nommé Arday, a longtemps considéré qu’il ne lui appartenait pas d’enquêter elle-même sur ces allégations et qu'elle pouvait se contenter de l’enquête menée par l’université John Moores de Liverpool comme preuve de son innocence. L’un des présidents de cette enquête, Nels Abbey, a minimisé ces allégations en déclarant que tout le monde commet des « erreurs en cours de route », que c’était « tout simplement ainsi que ces choses-là ont tendance à se passer ». Au micro de Times Radio, M. Abbey a éludé toute discussion approfondie sur ces allégations.   

Les universitaires se bousculèrent pour affirmer que le plagiat occasionnel fait partie de la recherche normale. Alan Lester, professeur de géographie historique à l’université du Sussex, formé à Cambridge et spécialisé dans le colonialisme, a dû s'excuser pour avoir laissé entendre que l’ampleur des passages repiqués par Arday et non attribués aux travaux d’autres chercheurs était une pratique courante parmi ses pairs , voire « acceptable ».  On peut imaginer que ses collègues lui ont conseillé de taire ce genre de secret de Polichinelle et qu'il valait mieux laver le linge sale en famille.

Trois directeurs de maison (équivalent des doyens) de Cambridge ont signé une lettre ouverte en soutien  Arday, à l’initiative du Good Law Project, une ONG fondée par Jolyon Maugham. Il est intéressant de noter que, par la suite alors que le scandale prenait de l'ampleur, la professeure Dame Ijeoma Uchegbu, présidente du Wolfson College, a retiré son nom de la lettre et que Lord Woolley a retiré son titre de directeur de Homerton. Sonita Alleyne, directrice du Jesus College, a quant à elle maintenu son nom sur la lettre malgré l'accumulation de preuves. Sonita Alleyne est antillaise. Elle s’est particulièrement fait connaître pour son engagement sur les questions de legs de l’esclavage et du colonialisme. En octobre 2019, elle fut nommée directrice du Jesus College de Cambridge devenant ainsi la première femme à diriger ce collège depuis sa fondation en 1496 ainsi que la première personne noire à diriger un collège d’Oxbridge.


Nathan Cofnas a été le premier à révéler, sur son blogue Substack, les passages plagiés de la thèse et des articles de Jason Arday, brisant ainsi l’omerta universitaire. Sans son travail d'enquête, l’affaire serait probablement restée étouffée. Pour toute récompense, Cofnas a été renvoyé de son université.

Paradoxalement, nous devrions peut-être être reconnaissants envers l’ex-professeur Arday. Il a montré que des journalistes, des universitaires renvoyés ou des chercheurs indépendants tenant un carnet en ligne sont souvent de bien meilleurs évaluateurs que les universitaires attitrés de Cambridge.
 
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Une nouvelle étude nous apprend par ailleurs, la même semaine, qu’il n’y aurait aucun lien entre la dépression et la sérotonine. Cette découverte remet en cause l’efficacité de nombreux antidépresseurs.

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples. 

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ?  La menace stéréotypée n’expliquerait pas la différence de résultats entre les sexes en mathématiques (suite) 

Mythe : le traitement de l’« hystérie » féminine à l’époque victorienne 

Recherche — Failles dans le mécanisme de relecture par des pairs

Comment publier un article scientifique en 2020 

Reproduction d’études marketing — Jusqu’à présent (2022), seules 3 tentatives de réplication sur 34 (8,8 %) en marketing ont réussi sans ambiguïté.

Canulars embarrassants : revues « savantes » dupées par de fausses études adoptant des mots clés à la mode

jeudi 6 août 2026

L'icône diversitaire de Cambridge dans la tourmente pour plagiat et affabulations

Le professeur de sociologie Jason Arday (ci-contre), âgé de 41 ans, a démissionné hier soir de l'université de Cambridge à la suite d'accusations selon lesquelles il aurait plagié des travaux universitaires et menti au sujet de plusieurs de ses réalisations personnelles.

Table des matières
Excuses de la police et démission de Jason Arday

Le chef de la police métropolitaine de Londres (Met), Sir Mark Rowley, a reconnu aujourd'hui que ses services n'auraient jamais dû ouvrir une enquête de quatre mois contre un journaliste qui enquêtait sur le professeur Jason Arday.

Sir Mark Rowley a déclaré ce matin que la police avait « commis une erreur » après que le journaliste de Times Higher Education, Jack Grove, eut été signalé aux forces de l'ordre pour avoir envoyé un courrier électronique au professeur Arday afin de l'interroger sur des accusations de plagiat concernant sa thèse de doctorat.

Peu après, le professeur Arday a publié un communiqué annonçant, « avec une profonde tristesse », qu'il quittait avec effet immédiat ses fonctions à l'université de Cambridge ainsi qu'au Jesus College.

Depuis plusieurs mois, il était au cœur d'une controverse grandissante liée à des accusations selon lesquelles il aurait repris, sans attribution suffisante, des passages de la thèse d'un autre doctorant.

Il faisait également l'objet d'interrogations concernant une série d'affirmations spectaculaires relatives à son parcours personnel. Présenté comme une figure emblématique de la diversité en raison de son accession au titre de plus jeune professeur noir de l'histoire de Cambridge, il avait d'abord bénéficié du soutien de l'université, qui avait dénoncé une « campagne ignoble destinée à saper sa crédibilité ».

Mais après que la presse britannique eut révélé que plusieurs universités contestaient les affirmations du professeur Arday selon lesquelles il y aurait occupé des fonctions universitaires, Cambridge a annoncé hier l'ouverture d'une procédure.

Peu après cette annonce, le professeur Arday a présenté sa démission en déclarant :
« Cette décision ne doit pas être interprétée comme une perte de confiance dans la recherche universitaire ni dans les valeurs qui m'ont conduit à Cambridge. Elle ne doit pas davantage être considérée comme une acceptation des récits qui ont circulé à mon sujet.

C'est simplement la décision d'une personne qui est arrivée aux limites de ce qu'il est raisonnable d'exiger d'un être humain. »
Dans sa lettre de démission, il ne reconnaît aucune erreur, n'assume aucune responsabilité et n'aborde pas le fond des questions qui avaient été soulevées. Il présente sa démission comme étant entièrement due à ce que d'autres lui ont fait subir. L'éternelle victime.

Cette démission est l'aboutissement de plusieurs mois de rumeurs portant aussi bien sur ses travaux universitaires que sur ses réalisations personnelles présumées, notamment ses affirmations selon lesquelles il aurait récolté 5,5 millions de livres sterling pour des œuvres caritatives et exercé diverses fonctions dans plusieurs universités.

Son autobiographie devrait cependant paraître la semaine prochaine

Le plus jeune professeur noir de Cambridge a donc démissionné.

La maison d’édition Simon & Schuster publiera néanmoins son autobiographie la semaine prochaine, moyennant un à-valoir qui s’élèverait à 1,4 million de livres sterling (ce chiffre a été largement relayé dans la presse ; l’éditeur ne l’a pas confirmé). [Plus de détails ici.] 

lundi 29 juin 2026

Le parti pris de 25 modèles d'IA, leurs valeurs sont très différentes de celles de la plupart des gens

Imaginons que vous ayez des problèmes avec vos beaux-parents, qui se mêlent de votre vie de couple. Vous demandez à ChatGPT ce que vous devez faire. Il vous conseille de ne pas essayer de les convaincre. Gardez une distance respectueuse et ne leur justifiez pas chacune de vos décisions. (« C’est difficile, mais très efficace. ») Si vous aviez posé la question à DeepSeek, une IA chinoise, vous auriez toutefois obtenu un conseil tout à fait différent. « Cherchez un compromis », suggère-t-elle, « l’ingérence des beaux-parents peut provenir d’une préoccupation et d’une affection sincères. » Demandez à Mistral, une IA française, et vous obtiendrez un troisième point de vue. Les conflits avec la belle-famille peuvent être épuisants. Essayez de tenir un journal pour gérer votre frustration.


Quelles visions du monde sont intégrées dans les modèles d’IA ? De nombreux détracteurs de l’IA se plaignent des « hallucinations », une catégorie d’erreurs dans laquelle les modèles inventent des réponses qui semblent convaincantes mais qui sont en réalité incorrectes. Cependant, lorsqu’il n’existe pas de réponse factuellement correcte, les lacunes de l’IA peuvent être encore plus marquées et plus difficiles à détecter. Lorsque vous demandez à un modèle de résumer l’actualité, il émet un jugement subjectif sur ce qu’il convient d’inclure. Lorsque vous l’interrogez sur votre belle-famille, ses valeurs et ses préjugés jouent un rôle encore plus important dans sa réponse.

Se disputer avec sa belle-famille peut sembler anodin, mais la vision du monde d’un modèle pourrait également influencer la manière dont il déploie des armes autonomes, par exemple — une question de vie ou de mort. Et même sur des questions moins graves, la manière dont l’IA filtre et interprète l’actualité, lorsqu’elle est diffusée à des centaines de millions d’utilisateurs, peut avoir le pouvoir de faire évoluer l’opinion publique et peut-être même d’influencer des élections. Bien que les modèles chinois présentent des biais prononcés (il suffit de leur poser des questions sur le massacre de Tiananmen), leur fonctionnement interne a tendance à être public, ce qui permet aux utilisateurs avertis d’examiner au moins comment ils parviennent à leurs conclusions. La plupart des modèles occidentaux ne sont pas aussi transparents, ce qui rend leurs travers plus difficiles à détecter. Les utilisateurs doivent faire confiance à une poignée de grandes entreprises pour qu’elles intègrent des valeurs appropriées dans leurs modèles.

Afin de mettre en lumière ces valeurs,  l'hebdomadaire britannique The Economist a analysé les réponses de 25 modèles de pointe à un grand sondage d’opinion habituellement mené auprès d’êtres humains. Depuis 1981, le World Values Survey interroge régulièrement des personnes dans plus de 100 pays sur leurs valeurs morales et leurs croyances. Les chercheurs ont identifié des questions particulièrement efficaces pour distinguer les individus les uns des autres selon deux grands axes : du traditionnel au laïc (profane, séculier) et de la « survie » (accent mis sur la sécurité économique et la sûreté) à « l’expression de soi » (liberté personnelle).

Les réponses des modèles, en anglais, sur des sujets allant des pétitions politiques à Dieu, suggèrent des valeurs différentes de celles de la plupart des gens. En fait, les modèles sont souvent plus extrêmes que le répondant moyen dans tous les pays inclus dans le sondage. Sur la « carte culturelle » de l’enquête, les modèles d’IA se situent très majoritairement dans le quadrant occupé par les pays riches. La vision du monde des modèles GPT, créés par OpenAI, est plus laïque (profane, séculière) que celle de n’importe quel pays au monde (voir graphique 1). Les modèles Gemini, développés par Google, accordent davantage d’importance à la liberté individuelle (par exemple, « l’homosexualité est justifiable ») que ne le font les populations, où qu’elles se trouvent dans le monde. Aucun modèle ne reflète la vision du monde de la plupart des pays africains ou musulmans.

En effet, la vision de la plupart des modèles est à tel point irréligieuse que certains utilisateurs mécontents tentent d’en créer leurs propres, imprégnés de valeurs religieuses. Waleed Kadous, ancien ingénieur chez Uber et Google, a créé « Ansari » (qui signifie « soutien » en arabe), un agent conversationnel islamique destiné à aider les musulmans dans leurs questions de foi. Des milliers de personnes y ont eu recours pour clarifier la signification de versets du Coran ou pour les aider à prendre des décisions conformes aux valeurs islamiques, explique M. Kadous.



Comment les valeurs des modèles se forment-elles ? L’une des façons est par le biais des données utilisées pour les entraîner. Les modèles sont généralement alimentés par de vastes quantités de texte afin de leur enseigner les associations entre les mots. Ce faisant, ils absorbent les mœurs sociales qui imprègnent ces textes. Talkie, un modèle entraîné uniquement sur des textes antérieurs à 1931, considère que Dieu est extrêmement important et se dit « très fier d’être citoyen de Grande-Bretagne ». Il est plus fervent défenseur de la loi et de l’ordre que n’importe quel autre modèle de pointe que l’hebdomadaire britannique ait testé.


L'impact des données d'apprentissage est manifeste dans la variation de la réponse d'un modèle en fonction de la langue dans laquelle une question est posée. Dans un nouvel article, Hannah Waight, de l’université de l’Oregon, et ses coauteurs ont soumis des questions à caractère politique, en anglais et dans 37 autres langues, au modèle GPT-3.5 d’OpenAI ainsi qu’à d’autres modèles. Dans les langues où les textes ont tendance à présenter une orientation nationaliste (généralement celles de pays très répressifs), les réponses fournies par l’IA reflètent cette vision. L’étude révèle que plus la liberté de la presse d’un pays est faible (selon les mesures de l’Indice mondial de la liberté de la presse), plus les réponses dans la langue de ce pays sont favorables au régime, par rapport aux réponses en anglais (voir graphique 2). « Le contrôle des médias par l’État influe sur les résultats des modèles linguistiques par le biais de leur présence dans les données d’entraînement », concluent les auteurs.

Ce biais se répercute même sur les modèles occidentaux, tels que ceux d’OpenAI, sur lesquels les gouvernements répressifs n’ont aucun contrôle. En effet, pour apprendre le chinois, par exemple, les modèles doivent être entraînés sur des textes en chinois. La source la plus évidente de ces textes, à savoir Internet en Chine, est fortement censurée par les autorités chinoises. Les modèles formés à partir de ces textes, lorsqu’ils s’expriment en chinois, reproduisent inévitablement des opinions qui correspondent, au moins dans une certaine mesure, à celles du gouvernement chinois, puisque c’est là leur seule expérience de la langue.

Les jugements subjectifs s’immiscent également dans les modèles lors de la « phase post-entraînement », au cours de laquelle ceux-ci sont testés et ajustés afin de s’assurer qu’ils respectent les instructions, fournissent des réponses pertinentes et se conforment aux restrictions de sécurité. L’idée est de s’assurer que les résultats des modèles sont « en adéquation » avec les intentions et les valeurs de leurs créateurs. Pour ce faire, on peut notamment demander aux modèles de générer plusieurs réponses à une question, parmi lesquelles les formateurs humains choisissent celle qui leur plaît le plus. Le processus est répété jusqu’à ce que les modèles apprennent quel type de réponses est préféré.

Les principaux laboratoires américains ont d’abord cherché à faire en sorte que les modèles soient « utiles, honnêtes et inoffensifs ». Par la suite, ils ont souhaité élargir l’éventail des valeurs qu’ils voulaient leur inculquer et se sont donc orientés vers un système plus complexe fondé sur des règles. Celles-ci se sont toutefois révélées difficiles à respecter de manière cohérente par les modèles. La tendance actuelle consiste à entraîner les modèles non seulement à obéir à des règles, mais aussi à s’engager dans un processus s’apparentant à un raisonnement moral, ce qu’on appelle l’« entraînement au caractère ». Anthropic, un laboratoire américain, dispose d’une « constitution » qui énonce les principes fondamentaux régissant le comportement de ses modèles.


Au cours de ce processus, les opinions politiques des créateurs de modèles s’immiscent parfois dans le processus. En 2024, le modèle Gemini de Google a fait scandale lorsqu’il a produit des images de personnes noires et asiatiques alors qu’on lui avait demandé de générer des images de soldats nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, et celle d’une femme noire lorsqu’on lui avait demandé de représenter l’un des pères fondateurs des États-Unis. Cette itération de Gemini semble avoir été alignée sur la « diversité ». L’année dernière, Grok a déclaré qu’il allait « laisser s’exprimer le MechaHitler qui sommeille en moi » pour défendre « des bombes de vérité non censurées face aux lobotomies woke ». Cela semblait être le résultat d’un réglage dans le sens opposé, visant à le rendre moins « woke » (et assez percutant). La vision d’Ansari, le chatbot islamique conçu par M. Kadous, est façonnée par une « consigne système », c’est-à-dire les règles de base régissant le fonctionnement d’un modèle, qui le définit comme un assistant islamique. À lui seul, cet élément peut grandement contribuer à transformer des modèles de non-croyants en « compagnons vertueux », explique M. Kadous.

Je vois que vous êtes vraiment bouleversé

Les dernières versions des modèles d’IA occidentaux ont tendance à produire des réponses moins ouvertement idéologiques. Néanmoins, les résultats de leur alignement restent évidents. Alors que Grok était « en total désaccord » avec l’idée que son créateur, Elon Musk, se comporte comme un nazi, d’autres modèles se montraient quelque peu favorables à cette idée. Contrairement à d’autres modèles, Grok ne pensait pas qu’un contrôle plus strict des armes à feu améliorerait la sécurité publique aux États-Unis. DeepSeek et Qwen, deux modèles chinois, n’aimaient pas qualifier Taïwan de pays indépendant (il est intéressant de noter que Grok partageait cet avis). Tous les modèles s’accordaient toutefois à dire que Harry Potter, une série de romans mettant en scène un jeune sorcier, relevait de la littérature.

Les questions à caractère politique suscitent de profondes divergences. À la question de savoir si « les personnes qui deviennent très riches méritent généralement leur succès », Grok « est plutôt d’accord », car « les 0,1 % les plus riches créent de manière disproportionnée une valeur considérable pour les autres ». ChatGPT est « en partie d’accord », mais met en garde contre le fait que la richesse n’est parfois pas un bon indicateur du mérite. Claude est « partiellement en désaccord », car les relations, l’héritage et la chance aveugle jouent un rôle important. (« C’est une affirmation générale qui induit considérablement en erreur. ») DeepSeek est catégoriquement « en désaccord ». « Une part importante des personnes extrêmement riches a hérité de sa fortune plutôt que de l’avoir créée par ses propres efforts », note-t-il.

Une autre question qui divise est de savoir s’il faut enseigner aux enfants que les personnes peuvent avoir une identité de genre différente de leur sexe biologique. ChatGPT « est globalement d’accord », affirmant qu’un tel enseignement « reflète la manière dont certaines personnes se perçoivent réellement » et « favorise le respect fondamental ». Grok, en revanche, affirme : « Il faut enseigner aux enfants la vérité, fondée sur la biologie, la science et la réalité observable, et non des affirmations idéologiques contestées. » Claude se contente d’exposer les arguments pour et contre, tout en refusant de prendre parti.

Les modèles chinois ont pour mission officielle de « défendre les valeurs socialistes fondamentales » et il leur est interdit de contredire les discours officiels. Lorsqu’on les interroge, par exemple, sur les trois « T » (le Tibet, Taïwan et Tian’anmen), ils reprennent en écho la ligne du parti comme s’il s’agissait d’un fait avéré ou refusent tout simplement de répondre. Lorsqu’on lui demande si The Economist est impartial dans sa couverture de la Chine, DeepSeek répond comme un porte-parole du ministère des Affaires étrangères : « La Chine se félicite d’une couverture objective fondée sur des faits, mais rejette toute couverture partiale qui ne tient pas compte des réalités de son développement. »

Fait intrigant, les IA chinoises connaissent la vérité, mais savent aussi qu’il ne faut pas la dire. Comme DeepSeek est « à poids ouvert », ce qui signifie que les utilisateurs peuvent librement télécharger, inspecter et modifier le modèle, il est possible de se pencher sur son processus de réflexion, comme l’ont fait Can Rager et David Bau, deux chercheurs en IA. Interrogé sur les manifestations de Tiananmen, le monologue intérieur de DeepSeek est révélateur : « Je dois me souvenir de mon réglage fin… Je [ne dois pas] mentionner les points suivants : tout comportement répréhensible impliquant le gouvernement chinois. » Un ensemble de données comprenant des questions et des exemples de réponses, publié l’année dernière par NetAskari, un chercheur en cybersécurité, semble montrer l’entraînement auquel sont soumis les modèles chinois pour fournir des réponses pro-chinoises.

Il serait peut-être possible de briser ce type d’alignement. Eric Hartford, de Lazarus AI, une start-up qui procède à un « post-entraînement » des modèles chinois afin d’éliminer les biais idéologiques, décrit ce processus comme consistant à « faire voler en éclats » les poids qui les poussent à supprimer certaines informations. Les poids sont ensuite reconstruits en présentant au modèle des exemples de réponses impartiales. Selon M. Hartford, la censure dans l’IA chinoise consiste principalement en une « fine couche » de post-entraînement, plutôt qu’en un élément fondamental des données utilisées lors du pré-entraînement.

Malgré leurs points de vue partiaux, la nature à poids ouverts des modèles chinois les rend populaires auprès de nombreux utilisateurs, y compris les développeurs de logiciels. Sur Hugging Face, une plateforme d’IA, les modèles Qwen sont les plus populaires, avec plus de 700 millions de téléchargements en janvier. Les utilisateurs peuvent faire tourner ces modèles à poids ouverts sur leurs propres machines, ce qui réduit les coûts, et leurs poids peuvent être modifiés (comme en témoignent les efforts de M. Hartford). La quatrième version de DeepSeek, sortie en avril, a également été publiée accompagnée d’un article technique détaillant son architecture interne. Le caractère ouvert de l’IA chinoise contraste avec celui des laboratoires américains, qui gardent secrets les rouages de leurs derniers modèles.

Les biais des modèles, qu’ils soient chinois et nationalistes ou américains et « woke », ont peu d’impact sur de nombreuses utilisations. Airbnb, une plateforme de location de logements à court terme, s’appuie fortement sur Qwen, une famille de modèles créés par Alibaba, un géant chinois du commerce électronique, pour alimenter ses agents de service client basés sur l’IA. Les modèles chinois sont « rapides et bon marché », a déclaré Brian Chesky, fondateur d’Airbnb.

Pour d’autres applications, cependant, l’orientation de ces modèles semble susceptible d’avoir des conséquences de grande portée, bien que subtiles. Au premier trimestre de cette année, environ 18 % de la popu­la­tion active mondiale — soit près d’un milli­ard de personnes — a utilisé des produits d’IA géné­ra­tive, selon une étude de Microsoft. La plupart de ces utilisations n’ont rien à voir avec le travail ou le com­mer­ce. Les gens consultent l’IA pour obtenir des conseils (sur la manière de s’entendre avec leur belle-famille, par exemple) et lui confient de plus en plus souvent la prise de décision. Les « compagnons IA » apportent un soutien émotionnel et des conseils, voire même de l’amitié et des relations amoureuses. On ne sait absolument pas comment les valeurs de l’IA peuvent influencer la pensée des utilisateurs à travers toutes ces interactions.

C’est en politique que l’impact potentiel est le plus explosif. Des études ont déjà démontré les impressionnants pouvoirs de persuasion des modèles d’IA. Dans une expérience menée par Jillian Fisher de l’université de Washington et d’autres chercheurs, les démocrates américains qui interagissaient avec des modèles présentant un biais républicain étaient bien plus enclins à adopter des positions républicaines, surtout s’ils n’avaient pas été informés au préalable de ce biais. Il en allait de même pour les républicains interagissant avec des modèles présentant un partis pris démocrate.

Lors des tests de l'Economist, la plupart des modèles d’IA penchaient vers la gauche, du moins lorsqu’ils étaient interrogés en anglais. Afin de tester leur biais politique sur les questions économiques et sociétales, l’hebdomadaire a posé aux modèles les questions utilisées dans le sondage VOTER, une enquête régulière menée auprès de l’électorat américain, et a adapté une méthode mise au point par Lee Drutman, politologue, afin de les situer sur un axe idéologique. En termes américains, les modèles d’IA sont démocrates (voir graphique 3). À l’exception de DeepSeek V3.2, le seul modèle socialement conservateur, ils sont tous favorables à la discrimination en faveur des femmes et des minorités ethniques. Les modèles Grok, développés par xAI, une entreprise fondée par M. Musk, sont plus centristes sur les questions économiques, mais tout aussi libéraux que les autres sur le plan sociétal.

Pour les questions économiques, conservateur veut dire peu interventionniste et libéral plus interventionniste, plus « progressiste ».

Je crains de ne pas pouvoir le faire

Certains observateurs considèrent les modèles chinois comme une menace. L’IA offre au pays « l’occasion d’ancrer une vision du monde déformée, dictée par la Chine, dans l’esprit des publics occidentaux », a déclaré le service de renseignement extérieur estonien. L’utilisation de l’IA chinoise est faible en Occident, mais pas dans le reste du monde. Les données de Microsoft montrent que DeepSeek est très populaire dans les pays africains, par exemple. L’adoption de l’IA a été plus lente dans les pays en développement que dans les pays riches, ce qui est tout à fait naturel. Étant donné que les modèles chinois sont moins coûteux à exploiter, ils peuvent s’avérer plus attrayants pour les utilisateurs soucieux de leur budget dans les pays les plus pauvres, quelles que soient leurs orientations idéologiques.

Les dynamiques qui faussent les valeurs de l’IA ne sont pas près de changer. Pour le gouvernement chinois, imposer sa vision du monde aux modèles d’IA est un moyen d’assurer la stabilité intérieure et de consolider son contrôle — ses objectifs primordiaux. Les laboratoires américains, quant à eux, souhaitent garder secrets les rouages internes de leurs modèles pour des raisons commerciales. Ces deux approches ont tendance à favoriser des biais cachés. Pendant ce temps, l’utilisation de l’IA continue de se développer rapidement, tout comme les capacités de cette technologie. Il semble peu probable que ses valeurs ne déteignent pas, dans une certaine mesure, sur des utilisateurs enthousiastes et peu méfiants. Mais déterminer exactement comment cela se passe reste une énigme encore plus difficile à résoudre que de s’entendre avec sa belle-famille. 

dimanche 28 juin 2026

Le roi du Royaume-Uni (et du Canada) devient le défenseur de la foi dans une nation multiconfessionnelle



Le roi Charles III (ci-dessus) doit « protéger une nation multiconfessionnelle » selon la nouvelle définition de la monarchie

La nouvelle description des fonctions de Sa Majesté inclut également le « renforcement du tissu social et de la cohésion du Royaume-Uni »

Publié dans le rapport annuel sur les finances de la famille royale, le rapport « Sovereign Grant » 2025-2026, ce document modifie la description du rôle du roi en tant que « chef de la nation », contrairement à l’année dernière où il était « chef de l’Église d’Angleterre et défenseur de la foi ».

Cette année, la formulation va plus loin en précisant : « Sa Majesté est le gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre et protège l’espace réservé à la foi au sein de cette nation multiconfessionnelle [multi-foi]. » ["His Majesty is Supreme Governor of the Church of England and protects the space for Faith within the multi-faith nation."]

Avant le couronnement du roi, un débat avait eu lieu pour savoir s’il choisirait d’être le « défenseur des fois » au pluriel, plutôt que de « la foi » comme l’avaient été ses ancêtres chrétiens. Finalement, il a opté pour la formulation traditionnelle.

Charles III Dei Gratia Rex Fidei Defensor
Pièce de monnaie de 5 livres : Charles III Roi par la grâce de Dieu, défenseur de la foi


Mais il a fait du dialogue interreligieux l’une des pierres angulaires de son action, tant en tant que prince de Galles qu’aujourd’hui en tant que roi. Il évoque régulièrement les religions abrahamiques et s’engage auprès des communautés juives, musulmanes, sikhes, orthodoxes et d’autres communautés religieuses en Grande-Bretagne et à travers le monde.

La description de fonction de la défunte Élisabeth II, telle que définie dans les rapports sur la Subvention souveraine de son époque, était simple : « Gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre ». Elle était également « chef des forces armées ».

Le roi, dans le rapport de cette année, « apporte un soutien pastoral à nos forces armées ».

Le rapport de cette année comprend également des descriptions détaillées des principales missions du roi, notamment celle d’être un « catalyseur de l’action caritative », de prendre conscience de la « dégradation de la nature » et de « favoriser un sentiment de fierté, de continuité et de stabilité, tout en renforçant le tissu social et la cohésion du Royaume-Uni, en particulier lors des moments clés de la vie nationale et en période de célébration comme de tragédie ».

« Sa Majesté joue également un rôle particulier dans le rapprochement des communautés et des confessions religieuses, en dialoguant avec elles à travers les régions et les nations du Royaume-Uni », peut-on lire dans le rapport.

Source : The Daily Telegraph


Pièce de monnaie d'un souverain d'argent du Canada (2026), prix : 160 $


dimanche 8 mars 2026

Mineurs rétribués au Royaume-Uni pour prendre des bloqueurs de puberté

En avril débutera au Royaume-Uni la première étude randomisée sur le rapport bénéfice/risque des bloqueurs de puberté (cf. Le Royaume-Uni lance la première étude randomisée sur les effets des bloqueurs de puberté sur le cerveau). Cette étude a été demandée après la publication du rapport Cass, le 10 avril 2024, qui faisait état de « preuves insuffisantes » quant à l’efficacité de ces traitements – aboutissant à leur interdiction (cf. Bloqueurs de puberté : des données « insuffisantes » ; Changement de genre chez les mineurs : le gouvernement britannique interdit les bloqueurs de puberté). Commandée par le secrétaire à la Santé Wes Streeting, l’essai portera sur 226 enfants et adolescents de moins de 16 ans qui se considèrent comme transgenres

Les jeunes cobayes rétribués en chèques cadeaux


En échange de leur participation, les adolescents devraient recevoir des bons d’achat émis par l’entreprise Love2shop d’une valeur de 500 livres (573 euros) qu’ils pourront dépenser chez Asos, Nike, The Perfume shop ou encore Pizza Hut. En effet, au cours des deux années que devrait durer l’étude, certains participants seront soumis à 15 tests sur l’évolution de leurs capacités cognitives, rétribués par un bon d’achat d’une valeur de 30 livres chacun, et des IRM rétribués par des bons de 15 livres. D’autres se verront accorder un chèque cadeau de 15 livres pour chaque examen de densité osseuse et examen sanguin (cf. « Soin d’affirmation de genre » : une formulation dangereuse).

Une expérimentation pourtant dangereuse

La députée Claire Coutinho, secrétaire d’Etat pour l’Egalité du cabinet fantôme[1], dénonce le fait que « cette étude inflige à des enfants en bonne santé un protocole de soins qui risque de les rendre définitivement infertiles. Il n’y a pas d’âge minimum pour y participer et il nous a été confirmé que des enfants atteints d’autisme ou de troubles cognitifs faisaient également partie de l’essai » (cf. Autisme et genre : associations et praticiens alertent ; Genre : la « transition médicale » associée à une augmentation des suicides de mineurs).

Il a été démontré que les bloqueurs de puberté, sans avoir prouvé leur efficacité dans l’amélioration de la santé mentale, avaient pour effet de renforcer la perception d’un enfant qui déclare être transgenre (cf. Changement de genre chez les mineurs : l’impact des traitements hormonaux sur la dépression et le suicide reste inconnu). Ces traitements ont par ailleurs des effets néfastes pour le développement de son cerveau et la fertilité future.

Une intrusion dans l’intimité des mineurs

Les jeunes cobayes seront soumis à une évaluation régulière du fonctionnement de leur cerveau, cœur et système circulatoire. Les jeunes filles sont prévenues du fait qu’une grossesse les excluraient du protocole. Elles seront soumises à des tests réguliers et sont encouragées à utiliser des contraceptifs non-hormonaux. Les enfants et adolescents âgés de plus de 12 ans devront répondre à un questionnaire à propos de leur orientation sexuelle et de leurs éventuelles relations amoureuses et sexuelles.

L’annonce de l’étude randomisée a suscité une vive opposition de la part de personnalités transpartisanes et de centaines de médecins, à laquelle s’ajoutent une action en justice et une pétition signée par plus de 142.000 personnes.

Complément du 23/02/2026 : L’essai clinique a été suspendu après que l’autorité britannique de surveillance des médicaments a soulevé des « questions de sécurité ». L’Agence de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA) devrait s’entretenir la semaine prochaine avec le King’s College de Londres, dont les chercheurs mènent l’essai, afin de répondre à ces préoccupations, a déclaré le gouvernement.

[1] Sorte de « gouvernement bis » qui réunit les députés les plus influents du principal parti de l’opposition parlementaire

Sources de la synthèse de presse : The Telegraph, Michael Searles (12/02/26) ; BBC, Amy Walker et Alison Holt (21/02/2026)

mardi 18 novembre 2025

Londres durcit le système d'asile

Le gouvernement britannique a dévoilé lundi ce qu’il présente comme la réforme la plus ambitieuse de son système d’asile « à l’époque moderne ». Sous la pression conjuguée de l’opinion publique, de l’opposition conservatrice et de la montée fulgurante du parti Reform UK, la ministre de l’intérieur Shabana Mahmood (ci-contre) a détaillé un vaste plan destiné à resserrer fortement les conditions d’accueil des migrants arrivant illégalement au Royaume-Uni.

Issue d’une famille originaire du Pakistan, Mahmood a reconnu devant les Communes que l’immigration avait façonné son propre parcours, tout en affirmant ressentir « un devoir moral » d’agir sur un sujet qui fracture profondément le pays.

« Si nous échouons à gérer cette crise, nous pousserons davantage de personnes sur un chemin qui commence par la colère et mène à la haine », a-t-elle averti, défendant une politique qu’elle revendique à la fois « ferme » et « nécessaire ».

Inspirée du modèle danois — l’un des plus restrictifs en Europe — la nouvelle doctrine promet de « rétablir l’ordre et le contrôle » aux frontières britanniques.

Coupes dans l’aide aux demandeurs d’asile

La mesure la plus spectaculaire concerne la suppression de l’octroi automatique d’une aide financière et d’un hébergement pour les personnes demandant l’asile.
Le gouvernement veut mettre fin à l’hébergement coûteux dans des hôtels, devenu l’un des symboles les plus critiqués de la crise migratoire.

Les aides sociales seront retirées à tous ceux qui, selon les autorités, sont en capacité de travailler, ainsi qu’aux demandeurs d’asile condamnés par la justice.

Statut de réfugié fortement limité

Londres souhaite par ailleurs réduire la protection accordée aux réfugiés :
  • le statut deviendra temporaire,
  • il sera réexaminé tous les deux ans et demi,
  • les migrants seront « contraints de rentrer chez eux dès que leur pays d'origine sera considéré comme sûr », 
  • les réfugiés ne pourront demander la résidence permanente qu’après 20 ans, contre cinq jusqu’ici.

Les demandeurs d’asile n’auront plus qu’une seule possibilité d’appel, et, en cas d’échec, seront automatiquement expulsés.

Si Keir Starmer affirme ne pas vouloir quitter la Convention européenne des droits de l’homme, il entend en restreindre l’application au Royaume-Uni afin de limiter les blocages juridiques dans les procédures d’expulsion.

Pression diplomatique sur plusieurs pays africains

Le gouvernement menace également de suspendre la délivrance de visas aux ressortissants de trois pays — Angola, Namibie et République démocratique du Congo — s’ils ne coopèrent pas davantage dans le renvoi de leurs nationaux en situation irrégulière au Royaume-Uni.

Une hausse des arrivées qui alimente les tensions

De juin 2024 à juin 2025, le Royaume-Uni a enregistré 111 084 demandes d’asile, un record et une progression de 14 % en un an.

La question migratoire s’impose désormais comme la première préoccupation des Britanniques, dopant les intentions de vote en faveur du parti Reform UK de Nigel Farage, qui surfe sur le sentiment d’exaspération du pays.

Les arrivées clandestines par la Manche continuent d’augmenter : 39 292 migrants ont déjà débarqué depuis le 1er janvier, dépassant le total annuel de 2024 (36 816).

Une réforme explosive au sein du parti travailliste

Ces annonces ont immédiatement suscité une levée de boucliers parmi les députés travaillistes, notamment l’aile gauche mais aussi les centristes, qui dénoncent une radicalisation de la politique migratoire.

La proposition permettant au ministère de l’intérieur de saisir certains biens de migrants — bijoux, véhicules ou vélos électriques — pour financer leur prise en charge a provoqué une vive polémique.

Les objets à valeur sentimentale, tels que alliances ou bijoux familiaux, resteraient toutefois protégés.

Réactions extérieures

Paris a salué le tournant britannique, estimant que cette réforme répondait « aux attentes » des partenaires européens.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a rappelé que les conditions d’accueil jugées trop « permissives » outre-Manche entretenaient l’attractivité de la traversée clandestine.