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jeudi 17 septembre 2026

École française : pourquoi les meilleurs élèves disparaissent

Sophie Audugé, auteur de «L'éducation nationale en perdition» (éd. Fayard), dans Points de Vue.
 


Du rôle positif de la concurrence des programmes, du recul dû à la Révolution

Sophie Audugé rappelle qu’il y a eu une concurrence, notamment entre protestants et catholiques : chacun cherche à produire le meilleur en développant les meilleures écoles et la meilleure instruction. Même chose entre les jésuites et l’université, et aussi entre les universités et d’autres écoles. L’École des Ponts a été créée à cette époque parce qu’on trouvait que l’université ne faisait pas assez  bien le travail: on a donc créé l’École des Ponts. Vers 10:05

L’intervieweur : vous consacrez un chapitre à la guerre scolaire.Vers 10:08 – 10:28

De ce point de vue, ce n’est pas une mauvaise chose, c’est même une bonne chose. L'auteur a fait ce travail d’historiographie pour comprendre pourquoi, quand tout s’effondre, on n’arrive pas à réformer. La guerre scolaire entre catholiques et protestants a créé des modèles d’instruction très efficaces.

La période qui a le moins fait pour l’école, c’est évidemment la période révolutionnaire, où l’on voit l’analphabétisme remonter juste après la Révolution. Vers 10:51

Sophie Audugé en vient à Condorcet, figure des Lumières, qui dit qu’il faut instruire mais pas éduquer. Son travail reste très instructif aujourd’hui : on ne peut pas structurer l’éducation comme on structure l’instruction ; l’instruction publique doit affronter la concurrence. Cette concurrence est utile ; ce n’est pas une idée « anti-révolutionnaire ». Condorcet écrit, dans ses projets d’instruction publique, qu’il est essentiel que le citoyen puisse choisir le meilleur système, y compris face à l’instruction publique.

L'école bien adaptée à l'instruction, pas à l'éducation

Pour l'autrice, les « recettes » scolaires (syllabique, programmes structurés, savoirs selon l’âge) collent nien à l’instruction.

Par contre, l’éducation (opinions, morale , façonnage des esprits) n’est pas le métier pour lequel l’école est armée — et quand elle s’en charge, elle cesse d’instruire, elle formate.

Sophie Audugé le dit ailleurs dans l’entretien de façon plus brutale (vers 5:46) :  « Le primaire est devenu un lieu de désinstruction, de façonnage des esprits, mais on n'instruit plus les enfants et les conséquences sont dramatiques. »


Voir aussi

Condorcet (mort le 29 mars 1794) : L’éducation publique doit-elle se borner à l’instruction ?

La morale à l’école : une fausse bonne idée

Condorcet : « Il faut donc que la puissance publique se borne à régler l’instruction, en abandonnant aux familles le reste de l’éducation. »

samedi 20 décembre 2025

À Paris, l’inexorable chute du niveau dans les très bons lycées publics

Depuis la réforme d’Affelnet en 2021, l’origine sociale compte autant que les notes, si ce n’est plus, pour intégrer un établissement réputé. Et les résultats ont considérablement baissé. Affelnet (Affectation des élèves par le Net) est la plateforme informatique du ministère de l'Éducation nationale français qui gère l'affectation centralisée des collégiens de 3e dans les lycées publics (seconde générale, technologique, professionnelle ou CAP) en fonction de leurs vœux, résultats scolaires, critères sociaux et localisation géographique, grâce à un algorithme qui classe les élèves pour leur attribuer une place dans un établissement à la rentrée

L’indice de positionnement social utilisé pour organiser la mixité scolaire augmente les candidatures des élèves des collèges défavorisés et pèse sur les résultats des lycées élitaires. 

Lycée Charlemagne. En 2025, Charlemagne s’est ainsi tout juste maintenu dans le top 100 du classement du Figaro Étudiant.

Condorcet, Charlemagne, Lavoisier, Sophie-Germain, Fénelon… Dans l’esprit des familles parisiennes attachées à l’école publique, ces noms riment encore avec réussite scolaire. Des lycées prisés pour leur exigence et leurs bons résultats.

Pourtant, la situation a bien changé depuis 2021 et la réforme d’Affelnet, cette plateforme de répartition des élèves de 3e vers le lycée. Le recteur de l’académie de Paris et chef d’orchestre de la réforme, Christophe Kerrero, l’avait du reste annoncé : le problème, c’était les « lycées de niveau» (comprendre, les établissements élitistes et attractifs). Puisqu’ils engendraient une « anxiété généralisée », le rectorat entendait introduire davantage de mixité sociale et scolaire dans les établissements de la capitale.

Objectif atteint : entre 2019 et 2023, la « ségrégation sociale » a baissé de 49 %, et la « ségrégation scolaire » de 39 % dans les lycées publics parisiens, selon le bilan du comité de suivi de la réforme de mars 2024. Mais cette mixité scolaire, et l’accueil d’élèves au niveau plus hétéroclite, présentés de manière positive par le rectorat, ont conduit à une baisse du niveau des meilleurs lycées publics parisiens. Une crainte exprimée au moment de la réforme par une partie des parents d’élèves et des enseignants des lycées les plus prestigieux.

lundi 20 octobre 2025

Baisse de la fécondité en France, sabotage de la politique familiale universelle ?

Les Électrons libres ont publié un article qui dresse un constat alarmant : la France, autrefois modèle européen de natalité, voit s’effondrer son avantage démographique à cause du démantèlement progressif de sa politique familiale universelle. Ce « sabotage » met en péril non seulement les familles, mais aussi les fondements économiques et sociaux du pays.

1. Un hiver démographique mondial et français

Près des deux tiers de la population mondiale vivent désormais dans des pays où la fécondité est inférieure au seuil de renouvellement des générations.

  • En Chine, les naissances ont chuté de 40 % entre 2010 et 2024, et la population pourrait diminuer de 200 millions d’habitants d’ici 2054.

  • En Europe, la natalité s’effondre : en 2024, l’Union européenne a enregistré moins de naissances que les États-Unis, malgré 120 millions d’habitants supplémentaires.

  • En France, 663 000 bébés seulement sont nés en 2024, soit une baisse de 21,5 % depuis 2010, et un taux de fécondité de 1,62 enfant par femme, bien en dessous des 2,1 nécessaires au renouvellement.

Cette chute annonce un déséquilibre durable : moins d’actifs pour financer les retraites, une croissance ralentie par le manque de jeunes, et un affaiblissement du dynamisme innovant du pays.

2. Les nouvelles mesures de 2025 : le coup de grâce

Depuis le 1er septembre 2025, les familles françaises subissent deux réformes majeures qui aggravent leurs charges :