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mercredi 22 juillet 2026

Démographie, Ukraine : 3,55 décès pour chaque naissance au 1er trimestre 2026

Le taux décès/naissances de 3,55 en Ukraine au premier semestre 2026 est probablement sans précédent moderne sauf sous les Khmers rouges au Cambodge et le génocide rwandais (mais la guerre d'Ukraine est plus longue).

Les données du ministère de la Justice ukrainien indiquent 73 292 naissances (-15,56 %) et 259 853 décès (+4,4 %), avec une baisse généralisée des naissances dans toutes les régions, particulièrement marquée à l'est.

Cette évolution reflète l'impact démographique prolongé de la guerre, combinant pertes humaines, émigration et baisse de la natalité dans un contexte de conflit prolongé. En 2019, le rapport entre décès et naissances étaient de 2,02 décès pour chaque naissance en Ukraine.

Premier semestre 2026 : 
Naissances : 73 292 (-15,56 %) 
Décès : 259 853 (+4,4 %) 
Le rapport décès/naissances passe de 2,87 à 3,55 !

Source : données définitives du Ministère de la Justice, Kiev, 2026.


jeudi 16 juillet 2026

Le 17 juillet 1761 — la Nouvelle-France a 14 % d'habitants de moins qu'en 1759

Le 17 juillet 1761, dix mois après la capitulation de Montréal, le commandant James Murray envoie à William Pitt, ministre de la Guerre britannique, un relevé de la situation du pays conquis, et il constate que, depuis 1759, il y a au Canada dix mille habitants de moins [1]. Dix mille habitants de moins sur un total qui ne peut pas avoir dépassé de beaucoup soixante-dix mille, c’est là, pour la Nouvelle-France, le prix de la défaite et de l’invasion.

La Place-Royale de Québec est presque entièrement détruite par les Anglais. De l’église Notre-Dame-des-Victoires, il ne reste que les murs calcinés, comme en témoigne une gravure (ci-dessus) de l’officier de marine Richard Short réalisée en 1761.
 
Devant l’ennemi les Canadiens n’ont point accoutumé de se ménager. Au début de la guerre, ils sont seuls à composer les partis qui disputent aux Anglais les marches de l’Ohio. Ce sont eux qui, avec Beaujeu, remportent la belle victoire de la Manongahéla [2] (près de Pittsburgh actuel) ; eux encore qui, avec Villiers, vengent Jumonville et reprennent le fort Duquesne (Pittsburgh actuel) [3]. Ils ont une part beaucoup moindre à la journée de Carillon où la milice n’est représentée que par un détachement de deux cent cinquante hommes [4]. Au siège de Québec, tout le monde prend part à la résistance, même les écoliers, même les séminaristes [5]. À la bataille d’Abraham, les milices forment les deux ailes de l’armée de Montcalm [6]

L’armée de Braddock tombant dans l’embuscade tendue par les Français et de leurs alliés amérindiens à la bataille de la Monongahéla.

Mais c’est surtout dans les deux dernières campagnes que Lévis a recours à la milice, cette milice où toute la population mâle de la colonie, de seize à soixante ans, est enrégimentée [7]. Il verse un certain nombre d’habitants dans ses bataillons de réguliers qui ne peuvent plus se recruter autrement [8]; et quand, en plein hiver, il reprend l’offensive contre l’envahisseur, il emmène tout ce qui est mobilisable dans les districts des Trois-Rivières et de Montréal. De soldats et de miliciens il y a, à Sainte-Foy, à peu de chose près, le même nombre [9]. La dernière victoire française sur la terre canadienne coûte aux milices du Canada cinquante-et-un tués et cent quatre-vingt-dix blessés [10].

Déjà décimé par la guerre et par la maladie, ce malheureux peuple a enfin à subir l’invasion. Les Anglais ont entrepris de décourager la résistance par la dévastation systématique. Dès son entrée dans le fleuve, Wolfe se fait la main sur Gaspé et Montlouis. Parvenu devant Québec il adresse aux habitants, le 27 juin 1759, une proclamation qui se termine sur des menaces terribles. Malheur aux Canadiens s’ils persistent à prendre part « à une dispute qui ne regarde que les deux couronnes [11]. » Le bombardement de Québec commence. Il dure soixante-huit jours. Lorsque Ramezay capitule, la Haute-Ville est à demi détruite, la Basse-Ville l’est tout à fait [12]

Principales batailles de la guerre de Sept Ans (qui commença plus tôt en Amérique du Nord qu’en Europe où elle débuta en 1756)

Le retour offensif de Lévis en 1760 achève la ruine de la petite capitale. Battu à Sainte-Foy, Murray incendie les faubourgs de Saint-Roch et de la Potasse [13]. Les campagnes n’ont pas été épargnées davantage. Exaspéré par l’échec que Montcalm lui inflige à Montmorency, Wolfe livre tout le pays à ses soldats. Ils brûlent toutes les paroisses de l’ile d’Orléans, toutes celles de la côte nord depuis l’Ange-Gardien jusqu’à la baie Saint-Paul, toutes celles de la côte sud depuis L’Islet jusqu’à la Rivière-Ouelle [14]. Le plus souvent l’incendie éclaire le massacre. Les rangers, sorte de coureurs de bois que commande le major Rogers, tiennent à honneur de rapporter des chevelures françaises [15]. Un officier américain se signale par sa fureur sanguinaire : c’est le capitaine Montgomery, un futur lieutenant de Washington. Les Canadiens se vengeront plus tard de l’égorgeur de Saint-Joachim [16].

Murray ne fait pas la guerre plus humainement que Wolfe. Lui aussi, il refuse aux Canadiens le droit de défendre leur patrie [17]. Il prétend réduire Lévis aux débris du détachement de la marine et des sept bataillons de réguliers. Toutes les fois qu’il trouve une maison abandonnée de son propriétaire, c’est-à-dire dont le propriétaire sert à son rang de milicien, il la détruit [18]. Par ses ordres lord Rollo, qui a déjà passé au feu l’île Saint-Jean, renouvelle son exploit à Sorel [19]. Cette guerre sans pitié se prolonge quinze mois sur le sol de la Nouvelle-France. Wolfe paraît à l’entrée du Saint-Laurent le 11 juin 1759, Lévis traite le 8 septembre 1760. Ce que fut le lendemain de cette invasion de barbares on le devine ; la famine et l’hiver achèvent l’œuvre de mort.

Extrait de la colonisation de la Nouvelle France, huitième partie, La guerre de Sept Ans.

Voir aussi  

Histoire — Le 8 juillet 1758 eut lieu la victoire de Fort Carillon

Québec — La communauté anglophone a demandé de modifier le programme d’Histoire pour le rendre plus canadien et divers 

Dix février 1763 — Signature du traité de Paris 

Histoire — Pas de célébration pour le 350e anniversaire de d’Iberville

Préconisé par le rapport Durham, l’Acte d’Union voté en juillet 1840 par le parlement britannique prend effet le 10 février 1841.

 

lundi 13 juillet 2026

Vieillissement — Les annonces de la mort du système de santé sont grandement exagérées

En 2100, la crainte d’un avenir écrasé par le coût des soins de santé pourrait s’avérer exagérée. Longtemps les économistes ont estimé que le vieillissement des populations provoquerait une explosion des dépenses médicales. Cette idée reposait notamment sur la « maladie des coûts » de Baumol : dans les secteurs très dépendants du travail humain, comme la médecine, la productivité progresse peu, car une consultation médicale exige encore à peu près le même temps qu’il y a un siècle. Les salaires doivent néanmoins suivre ceux des secteurs plus productifs (comme l'informatique ou l'industrie), sous peine de voir les futurs médecins partir vers d’autres professions mieux rémunérées.

La question centrale était de savoir si l’allongement de la vie entraînerait une expansion des périodes de maladie ou une compression des handicaps : des vies plus longues, mais en meilleure santé, avec une concentration des maladies graves dans les dernières années. Deux études récentes du National Bureau of Economic Research montrent que le scénario catastrophiste d’une médecine absorbant une part toujours croissante des ressources publiques ne se réalise pas.

David Cutler et Lev Klarnet constatent qu’en 2024 les États-Unis ont dépensé 1 000 milliards de dollars de moins que ne le prévoyaient les projections officielles de 2010. Une autre étude menée par Liran Einav et Amy Finkelstein montre qu’entre 1993 et 2017, le coût prévu des pensions de retraite américaines a augmenté de 14 %, tandis que celui de l’assurance-maladie publique pour les personnes âgées, Medicare, n’a progressé que de 6 %. Les personnes âgées vivent plus longtemps, mais passent moins de temps gravement malades.

L’évolution des coûts hospitaliers confirme cette amélioration. Entre 2000 et 2010, les coûts hospitaliers américains augmentaient d’environ 2,3 points de pourcentage au-dessus de l’inflation chaque année. Entre 2011 et 2024, cette hausse n’a plus été que de 0,5 point. Le progrès technique a changé de nature : autrefois, l’innovation servait surtout à proposer de nouveaux traitements coûteux ; désormais, elle permet davantage de produire les mêmes résultats à moindre coût. La « maladie des coûts » de Baumol semble donc partiellement maîtrisée.

Les besoins médicaux eux-mêmes diminuent grâce à une meilleure organisation des soins, à un ciblage plus précis des traitements et à une gestion plus rigoureuse des dépenses par les assureurs. Aux États-Unis, depuis 1993, l’espérance de vie à 66 ans a augmenté de 2,4 années, entièrement en bonne santé en moyenne. Les personnes âgées peuvent espérer environ trois années supplémentaires de vie saine, tandis que la période de détresse physique ou mentale extrême a diminué de 0,6 année, réduisant les besoins en établissements spécialisés ou en assistance lourde à domicile.

Cette tendance dépasse les États-Unis. Dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, la part des dépenses de santé dans le produit intérieur brut progresse moins rapidement. Une étude prévoit une croissance des dépenses médicales par habitant d’environ 2 % par an durant la prochaine décennie (hors États-Unis), contre 4 % avant 2009. La part du produit intérieur brut consacrée à la santé n’augmenterait que d’environ 0,1 point de pourcentage par an.

Le vieillissement démographique ne condamne pas non plus nécessairement la croissance économique. Une étude dirigée par Daron Acemoglu montre que les régions américaines ayant connu les plus fortes baisses de natalité ont souvent enregistré une productivité plus élevée chez les actifs. L’explication avancée est qu’elles ont davantage adopté des technologies permettant d’économiser du travail humain. Cette explication laisse ce carnet perplexe: une corrélation entre baisse de natalité et hausse de productivité ne démontre pas nécessairement que la baisse de natalité a causé de l'innovation technologique. Voir dans l'incise ci-dessous.

[Il existe plusieurs mécanismes possibles, dont par exemple celui-ci : moins d'enfants → plus de ressources disponibles par adulte → plus d'investissement par travailleur → hausse de productivité. Ce mécanisme est particulièrement visible dans certains pays d'Asie orientale. La Corée du Sud en est un exemple frappant : pendant plusieurs décennies, la baisse spectaculaire de la fécondité a accompagné une transformation économique exceptionnelle. Une société peut bénéficier d'un "dividende démographique" en passant d'une fécondité élevée à une fécondité basse, car elle a temporairement :
  • moins d'enfants à charge ;
  • beaucoup d'adultes en âge de travailler ;
  • une population encore jeune.
Mais une fois passée sous le seuil de remplacement pendant plusieurs générations, elle entre dans une phase différente :
  • moins d'actifs ;
  • davantage de retraités ;
  • moins d'entrepreneurs potentiels ;
  • pression sur les systèmes sociaux ;
  • contraction possible du marché intérieur.
Le cas coréen illustre précisément cette ambiguïté : le modèle a été extrêmement performant pendant la phase de transition démographique, mais la fécondité actuelle (l'une des plus faibles au monde) pose désormais la question de la soutenabilité du modèle.]

En 2100, une population active moins nombreuse pourrait donc être aidée par des technologies avancées, notamment l’intelligence artificielle.

Le problème des retraites restera toutefois important en raison de l’allongement de la durée de vie au-delà de l’âge actuel de départ à la retraite. Selon une analyse du Congressional Budget Office, relever progressivement l’âge légal américain de départ à la retraite de 67 à 70 ans permettrait de couvrir une grande partie des coûts supplémentaires liés au vieillissement de la population d’ici 2100. La principale difficulté sera moins économique que politique, car de telles réformes impliquent des choix collectifs difficiles. Le vieillissement démographique est une évolution inéluctable ; en revanche, l’ampleur de ses conséquences financières et économiques ne l’est pas. L’innovation technologique, l’amélioration de la productivité, une meilleure organisation des systèmes sociaux et des réformes adaptées peuvent en limiter considérablement l’impact.


Source : The Economist

vendredi 10 juillet 2026

L'écart de natalité a explosé pour atteindre presque 4 contre 1 entre les jeunes Républicains blancs et les jeunes Démocrates blancs

L'écart de fécondité entre les jeunes Blancs républicains et les jeunes Blancs démocrates a atteint des proportions spectaculaires : les premiers ont désormais près de quatre fois plus d'enfants que les seconds.

Cela tendrait, selon certains observateurs, à montrer que les racines de la crise de la faible natalité — et, par conséquent, les moyens d'y remédier — relèveraient bien davantage de facteurs culturels que des seules conditions économiques.



Ces données sont cohérentes avec une littérature assez abondante montrant que, dans les pays occidentaux, les variables culturelles (religion, mariage, normes familiales, désir d'enfants, âge au premier enfant, études courtes et vivant principalement dans de petites villes ou à la campagne) expliquent souvent une part importante des écarts de fécondité, parfois davantage que le revenu. 

Les politiques économiques (allocations, fiscalité, logement, garde d'enfants) influencent aussi la natalité, mais leurs effets observés sont généralement modestes comparés aux différences de comportements et de valeurs.

Sans constituer une preuve, le cas des juifs hassidiques illustre que des facteurs culturels peuvent, dans certaines circonstances, l'emporter largement sur les contraintes économiques. Malgré un niveau de vie souvent modeste et des un mode de vie essentiellement urbain, leur fécondité demeure exceptionnellement élevée. Cela suggère que les normes familiales, les convictions religieuses et l'organisation communautaire peuvent exercer une influence déterminante sur le nombre d'enfants.

Les travaux classiques de science politique américaine (notamment The American Voter et les études ultérieures de l'ANES) trouvent généralement que :
  • Si les deux parents sont républicains :
≈ 60 à 75 % des enfants deviennent eux-mêmes républicains à l'âge adulte.
  • Si les deux parents sont démocrates :
≈ 60 à 75 % des enfants deviennent démocrates.
  • Si les parents sont mixtes (un de chaque parti) :
les enfants sont beaucoup plus partagés et plus nombreux à devenir indépendants.

Le chiffre exact varie selon les périodes et les méthodes, mais l'idée importante est que la transmission est forte, sans être totale.

mardi 7 juillet 2026

Partout en Asie, les gouvernements obligent les enfants à prendre soin de leurs parents

En mars, les législateurs de Tel­an­gana, un État du sud de l’Inde, ont adopté un projet de loi prévoyant que jusqu’à 15 % du salaire d’un enfant adulte puisse être versé sur le compte bancaire de ses parents s’il s’avère qu’il les néglige. Selon Revanth Reddy, ministre en chef du Telangana, les enfants qui ne prennent pas soin de leurs parents « n’ont pas leur place dans la société ».

Partout en Asie, la tendance à punir les enfants qui manquent à leurs devoirs filiaux — lancée en 1995 par Singapour avec sa loi sur l’entretien des parents — se généralise. La Malaisie s’attache à faire respecter l’obligation filiale sur deux fronts : un projet de loi laïque sur les personnes âgées protégeant ces dernières contre les mauvais traitements ou l’abandon, et des amendements à la législation relative aux tribunaux de la charia permettant à ces derniers de statuer sur les demandes d’entretien parental. Aux Philippines, les députés ont déposé pour la troisième fois depuis 2016 une loi sur le bien-être des parents visant à punir les contrevenants d’une peine pouvant aller jusqu’à dix ans de prison.


 
Ce sont les derniers ajouts à une liste qui ne cesse de s’allonger. Depuis 2013, la Chine oblige les enfants majeurs à rendre « souvent » visite à leurs parents âgés, sous peine d’amendes ou d’emprisonnement. À Shanghai, ceux qui enfreignent les décisions de justice leur enjoignant de subvenir aux besoins de leurs parents sont inscrits sur une liste noire de crédit. De nombreux pays, dont la Corée du Sud, l’Inde et le Japon, ont mis en place des protections juridiques pour les personnes âgées contre les maltraitances, y compris l’exploitation financière.

À l’échelle mondiale, les taux de maltraitance et d’abandon des personnes âgées augmentent à mesure que la population vieillit. Les autorités malaisiennes ont recensé 2 144 cas de patients âgés abandonnés dans des hôpitaux entre 2018 et 2022. Ce pays de 36 millions d’habitants ne compte que 18 maisons de retraite agréées et environ 70 gériatres. En bref, les gouvernements asiatiques ont perdu foi dans le respect filial en tant que politique sociale.

L’Asie vieillit plus vite que n’importe quelle autre région de l’histoire connue, généralement avant que ses économies ne soient suffisamment riches pour absorber le choc. Quelque 722 millions de personnes, soit environ 15 % de la population asiatique, ont plus de 60 ans. D’ici 2050, cette proportion atteindra 26 %. Une enquête a révélé que 49 % des millénariaux thaïlandais et 31 % des millénariaux indonésiens citaient les soins à prodiguer à leurs parents comme la principale raison pour laquelle ils ne pouvaient pas quitter le foyer familial. La génération censée combler ce vide est elle-même mise à rude épreuve.

En Asie, la piété filiale a toujours obéi à une logique économique. Les enfants ont longtemps été, comme le note un sociologue singapourien, « mis au monde et élevés dans le cadre d’une planification de la retraite ». Une partie de leur salaire était reversée aux parents tant que les familles vivaient sous le même toit. L’urbanisation a rompu ce pacte, les jeunes adultes migrant vers les villes, fondant leur propre foyer et devant faire face à des crédits immobiliers et aux frais liés à la garde des enfants. Les pressions concurrentes sur leurs revenus se multiplient, « alors que l’attente d’une aide financière de la part des enfants persiste », explique Haslina Muhammad, de l’Université Malaya à Kuala Lumpur.

Les détracteurs affirment toutefois qu’au lieu de chercher à sanctionner ceux qui ne s’acquittent pas de cette obligation, les États devraient mettre en place de meilleures infrastructures pour les personnes âgées, notamment des centres d’accueil de jour, des structures de fin de vie et des systèmes de protection sociale qui offrent des choix aux familles, et non des obligations. La Chine offre l’avertissement le plus frappant. Lorsque, en 2013, ses dirigeants ont exigé que les enfants rendent « souvent » visite à leurs parents, la réaction a été immédiate. « Le gouvernement aurait dû réfléchir à la manière dont il allait résoudre ce problème lorsqu’il a instauré la politique de l’enfant unique », pouvait-on lire dans un commentaire largement partagé sur les réseaux sociaux. 

Source : The Economist
 
Voir aussi 
 
 
 
 
Le Japon vient de publier son indice synthétique de fécondité pour 2025. Cet indice a baissé à 1,135 enfant par femme (contre 1,148 en 2024).

L'Iran devrait afficher cette année un indice synthétique de fécondité d'environ 1,5 enfant par femme. Dans la région de Téhéran, cet indice sera toutefois plus proche de 1,1.

 
 

 
 
 

mercredi 1 juillet 2026

Féminisme racialiste et écologisme allemand : « Ma lignée s’éteint avec moi »

Verena Brunschweiger, militante féministe allemande et essayiste controversée du mouvement « kinderfrei » (libre d'enfants), assène que les populations occidentales, et en particulier les femmes blanches, ont le devoir moral de limiter radicalement leur natalité, voire d’y renoncer entièrement. Son slogan qu'elle brandit fièrement, « Ma lignée s’éteint avec moi », est présenté comme un choix responsable et éthique face à ce qu'elle appelle la crise climatique, la surpopulation et l’épuisement des ressources.

Elle dénonce virulemment les appels à une natalité plus élevée, notamment ceux d’Elon Musk, qu’elle interprète comme une volonté d’encourager davantage de naissances parmi les populations blanches, de contrôler les femmes et de limiter l’accueil des réfugiés. Pour elle, ces discours pro-natalistes relèvent d’une idéologie de droite, réactionnaire et raciste, qui cherche à renvoyer les femmes à des rôles traditionnels.

En revanche, elle plaide pour un accueil beaucoup plus large de ce qu'elle nomme « réfugiés ». Les pays occidentaux, principaux responsables historiques du changement climatique selon elle, auraient une obligation morale particulière envers les populations qui en subissent les conséquences. Son discours associe ainsi la réduction des naissances dans les populations occidentales — et plus particulièrement blanches — à un accueil accru des réfugiés, présenté comme un acte à la fois écologique, féministe et relevant de la justice historique.

Incohérences logiques, racialisme, égoïsme et pulsions de mort

Si le refus personnel d’avoir des enfants relève d’une liberté individuelle qui peut parfois se comprendre, la construction idéologique que Mme Brunschweiger en fait soulève de sérieuses difficultés, tant par ses incohérences logiques que par ses implications morales et civilisationnelles.

Sur le plan écologique, son raisonnement présente une incohérence importante. En invoquant l’équation Impact = Population × Affluence × Technologie, elle minimise le rôle du facteur « affluence ». Or, transplanter des populations provenant de régions à faible consommation vers des sociétés à haut niveau de vie européen ou nord-américain ne réduit pas mécaniquement l’impact environnemental global ; cela peut au contraire l’accroître. Le chauffage hivernal, les transports, l’habitat et les modes de consommation propres aux pays développés augmentent généralement l’empreinte carbone par habitant. Promouvoir simultanément une forte baisse de la natalité occidentale et une immigration importante apparaît donc difficile à concilier avec un objectif strictement environnemental. Il s’agit davantage d’un déplacement des populations que d’une réduction assurée de la pression sur les ressources.

Une autre difficulté réside dans la dimension explicitement ethnique (racialiste) du discours. En ciblant plus particulièrement la natalité des populations blanches, tout en défendant parallèlement un accueil accru des réfugiés, Mme Brunschweiger introduit un critère identitaire dans un débat qui se prétend pourtant universaliste. Cette position peut être interprétée comme une forme d’ingénierie démographique fondée sur un critère ethnique. Qu’une militante se réclamant de l’antiracisme défende une telle asymétrie démographique peut apparaître, aux yeux de ses détracteurs, comme une contradiction profonde.

Le fondement philosophique de cette position est sans doute l’aspect le plus dérangeant. Son discours peut être perçu comme traduisant une forme de renoncement civilisationnel : l’Occident n’y apparaît plus comme une civilisation à réformer ou à améliorer, mais essentiellement comme une réalité historique coupable dont le déclin démographique serait non seulement acceptable, mais moralement souhaitable. D’aucuns peuvent voir dans cette logique une forme de haine de soi civilisationnelle, voire une véritable pulsion de mort appliquée à l’Occident blanc ; tel est notamment le point de vue de l’auteur de ces lignes. Sans prétendre sonder les intentions personnelles de Mme Brunschweiger, il est permis de considérer que le slogan « Ma lignée s’éteint avec moi », associé à l’idée d’un devoir moral de réduire les naissances des populations blanches, véhicule un imaginaire de l’effacement davantage que de la transmission, pour rester poli.

Qualifier d’égoïstes ou de narcissiques les parents qui souhaitent transmettre leur langue, leur culture et leur héritage, tout en présentant le renoncement à la postérité comme un acte supérieur de responsabilité, procède d’un renversement moral contestable. Une société qui cesse volontairement d’assurer son renouvellement démographique prend le risque d’un affaiblissement durable de sa continuité culturelle. Les civilisations peuvent disparaître sous l’effet de facteurs extérieurs, mais aussi lorsque leurs propres élites cessent de considérer leur transmission comme un bien.

En définitive, le discours de Mme Brunschweiger n’apparaît ni particulièrement courageux ni véritablement visionnaire. Il peut être lu comme le symptôme d’un courant intellectuel occidental qui appelle plus volontiers de ses vœux le déclin démographique de sa propre civilisation que les moyens de la réformer et de la faire perdurer. Il est parfaitement possible de critiquer le consumérisme, de défendre l’émancipation des femmes et de promouvoir une politique environnementale ambitieuse sans conclure qu’un recul démographique et culturel de l’Europe constituerait un idéal moral.



jeudi 18 juin 2026

Le célèbre examen d'entrée à l'université chinois est en pleine mutation

La démographie et l'IA sont sur le point de transformer le gaokao.

LE 7 JUIN, des millions de jeunes Chinois se sont rendus dans les salles d'examen pour passer le gaokao, le redoutable examen national d'entrée à l'université en Chine. Les résultats détermineront où ils pourront étudier et, par conséquent, la qualité des débouchés professionnels qui s'offriront à eux. Pour beaucoup, il s'agissait d'une chance unique de gravir les échelons de la société chinoise.

Deux éléments ont marqué l'édition de cette année. D'une part, alors que le nombre de candidats était en forte hausse au cours des dernières décennies, il semble désormais en baisse. D'autre part, l'intelligence artificielle est de plus en plus omniprésente. Ces deux tendances vont transformer l'éducation des jeunes en Chine au cours des prochaines années.


Les données officielles indiquent que 12,9 millions de candidats se sont inscrits au gaokao cette année, contre 13,4 millions en 2024, ce qui marque la deuxième année consécutive de baisse (voir graphique). Bien que la Chine ait atteint un pic en termes de gaokao, elle n’a toutefois pas encore atteint un pic en termes de jeunes de 18 ans (l’âge moyen des étudiants passant l’examen). L'une des raisons de cette baisse de participation pourrait être que les réformes rendent plus difficile pour les candidats à l'université de repasser l'examen. Une autre pourrait être le taux de chômage élevé chez les jeunes, qui avoisine les 17 %. La multitude de diplômés qui peinent à trouver un emploi pourrait dissuader certains jeunes de s'engager dans des études universitaires.

À terme, ce déclin s'accélérera. La cohorte des candidats au gaokao de cette année est principalement née en 2008, une année qui a vu 16,1 millions de naissances. En 2025, les naissances avaient diminué de plus de moitié, pour atteindre seulement 7,9 millions. Le précipice démographique est déjà visible dans les crèches, qui ont vu leur effectif chuter de 46 millions à 32 millions entre 2022 et 2025. Les effectifs dans les écoles primaires ont également commencé à diminuer. Inévitablement, avec le temps, les collèges puis les lycées suivront.

L'impact de l'IA se fait sentir beaucoup plus rapidement. Une enquête menée l'année dernière auprès de 322 000 élèves par l'Académie nationale chinoise des sciences de l'éducation, un groupe de réflexion affilié à l'État, a révélé que 85,6 % d'entre eux avaient déjà essayé d'utiliser l'IA pour faire leurs devoirs. Sur des applications populaires telles que Zuoyebang (« Aide aux devoirs ») et Yuanfudao (« Tutorat du Singe »), les élèves prennent des photos des questions et l'IA les guide vers les solutions. (Les enseignants utilisent des technologies similaires pour les aider à corriger les devoirs.) À l’approche du gaokao, les entreprises chinoises spécialisées dans l’IA ont empêché leurs robots conversationnels de résoudre des questions d’examen afin d’empêcher tout tricheur potentiel de les utiliser. Lorsque les résultats seront publiés plus tard ce mois-ci, beaucoup utiliseront également l’IA pour savoir quelle université et quelle filière choisir afin de maximiser leurs chances d’admission.

Le gouvernement a de grands projets pour l’IA dans les salles de classe. Dans certaines régions riches, le changement est déjà en marche. Depuis le trimestre d’automne de l’année dernière, les 1 400 écoles primaires et secondaires de Pékin ont mis en place des cours sur la « culture générale en IA ». À Hangzhou, épicentre de l'essor de l'IA en Chine, les élèves programment des applications, jouent avec des robots fournis par Unitree, une jeune entreprise de robotique, et utilisent l'IA pour réaliser des peintures dans le style de Van Gogh.

Beaucoup en Chine s'inquiètent de la possibilité que l'IA ne rende le système éducatif désuet. Les études consistent encore en une grande part d'apprentissage par cœur et en la résolution fastidieuse de milliers de questions d'entraînement, des méthodes conçues en vue du gaokao. Certains parents trouvent cela plutôt inquiétant, alors que les connaissances sont accessibles via une simple demande à un agent conversationnel. Mais d’autres craignent également que l’IA ne rende l’éducation moins efficace. Mme Luo, une mère de famille à Shanghai, a laissé son fils essayer cette technologie, mais s’est rapidement rendu compte qu’il se contentait de copier la solution générée par l’IA, plutôt que d’essayer de la comprendre. Ses notes ont baissé. Mme Yang, qui vient de terminer son gaokao, affirme que l’IA l’a aidée à réviser, mais craint qu’elle n’affaiblisse ses compétences en rédaction.

Le double coup dur de la démographie et de l’IA mettra à rude épreuve les enseignants et les tuteurs. La demande à leur égard diminuera à mesure que le nombre d’élèves baissera. Dans le même temps, les défenseurs de l’IA affirment que leurs systèmes fourniront des connaissances infinies et une patience sans limite à la demande, pour un coût bien inférieur à celui de véritables tuteurs. Ceux qui enseignent l’anglais sont particulièrement inquiets. L’IA parle déjà la langue plus couramment, et sans accent, que bon nombre d’entre eux. En conséquence, certains parents exaspérés se demandent pourquoi ils paient des humains pour les aider avec cette langue.

Il pourrait toutefois y avoir des avantages pour les enseignants. En Chine, jusqu’à 60 élèves doivent se serrer dans une seule salle de classe ; l’IA pourrait être en mesure de fournir un enseignement sur mesure d’une manière que les enseignants ne pourraient jamais gérer. Mais l’interaction humaine restera toujours nécessaire, estime M. Shi, ancien professeur de mathématiques chez New Oriental, une grande entreprise de soutien scolaire. Les enseignants qui réussissent sont ceux qui parviennent à créer un lien émotionnel avec leurs élèves et ainsi à les motiver.

Source : The Economist

mercredi 10 juin 2026

Démographie : l'Inde ne fait plus assez d'enfants pour remplacer ses générations

« Vous faites trop d’enfants. » Pendant des décennies, ce message brutal a été martelé dans l’esprit des Indiens par leurs dirigeants, avec la complicité de donateurs étrangers malavisés. Dans les années 1960, des slogans affichés sur les bâtiments scolaires réprimandaient les parents en leur disant : « Deux ou trois enfants, ça suffit ». Dans les années 1970, les autorités ont pris un tournant plus cruel, supervisant la stérilisation de millions de jeunes adultes, généralement pauvres, souvent de force. Mais lorsque les manuels scolaires indiens seront réimprimés cet été, ils véhiculeront un message très différent. Ils mettront en garde non pas contre les dangers d’avoir trop d’enfants, mais contre les risques d’en avoir trop peu.

En effet, le pays le plus peuplé du monde connaît actuellement une baisse de la natalité (voir graphique). L’Inde affiche un indice synthétique de fécondité (ISF), qui mesure le nombre d’enfants par femme, de 1,9 et en baisse. Ce chiffre est inférieur au taux de remplacement, d’environ 2,1, nécessaire pour assurer la stabilité démographique à long terme. Dans plusieurs États indiens, l’ISF correspond désormais aux faibles taux observés dans les pays européens riches. Le Tamil Nadou, un État industrialisé du sud, et le Bengale occidental, un État très peuplé de l’est, ont chacun le même taux de fécondité (1,3) que la Finlande. Le Maharashtra, un grand État occidental englobant Bombay, est au même niveau que la Norvège (1,4). Quand on pensait à la démographie indienne, la Scandinavie n’était pas le point de référence qui venait à l’esprit. Elle le deviendra de plus en plus.

La population indienne continuera de croître à partir de son niveau actuel de 1,45 milliard : il faut du temps pour que la baisse des naissances se traduise par une diminution globale de la population. Mais le nombre de naissances a déjà baissé d’un cinquième par rapport à son pic de 2001. Au Tamoul Nadou, 1 200 écoles ont fermé l’année dernière faute d’élèves pour remplir leurs salles de classe. Ceux qui s’y rendent se présentent de plus en plus souvent sans frères ni sœurs. Le gouvernement craint que l’Inde ne vieillisse avant de s’enrichir – que le pays suive une trajectoire similaire à celle de la Chine, où la population a déjà atteint son pic et commence à décliner. Certains politiciens proposent des aides financières pour encourager les Indiens à procréer.

La transition démographique de l’Inde est l’exemple le plus frappant d’une tendance mondiale. Car ce ne sont plus seulement les pays riches où les familles ont peu d’enfants, voire aucun. Plus des deux tiers de tous les pays se situent désormais en dessous du taux de remplacement. Les pays à revenu intermédiaire comme le Brésil, l’Iran, la Thaïlande et la Turquie se situent bien en dessous depuis des années. Les pays plus pauvres les rejoignent progressivement. Le Sri Lanka affiche un indice synthétique de fécondité (ISF) de seulement 1,3 ; celui de la Tunisie est de 1,6. Le Maroc est aussi passé sous le seuil de renouvellement des générations. Nairobi, la capitale du Kenya, pourrait être proche de ce seuil. Dans de nombreux endroits, les taux de natalité s’effondrent bien que le mariage reste quasi universel et même si peu de femmes occupent un emploi formel.

L’Inde illustre également pourquoi ce déclin mondial se produit. La baisse des taux de mortalité infantile fournit une explication : les parents n’ont pas besoin d’avoir autant d’enfants s’ils peuvent être sûrs qu’ils atteindront tous l’âge adulte. Mais les démographes ont depuis longtemps montré que ce qui compte vraiment, c’est l’éducation des filles. La scolarisation permet aux filles d’acquérir plus d’autonomie et d’avoir davantage leur mot à dire dans les décisions de la vie. [C'est une explication un peu simple, voir encadré ci-dessous, l'urbanisation a sans doute un rôle au moins aussi grand.] Ce n’est pas un hasard si, dans les années 1990, l’Inde et une grande partie de l’Afrique ont connu une forte augmentation du nombre de filles scolarisées. Ce n’est que dans les rares endroits où la plupart des filles ne suivent toujours pas d’enseignement formel – comme au Niger, dans le nord du Nigeria ou au Tchad – que la fécondité n’a pratiquement pas évolué.

L’éducation fait également baisser la fécondité d’une autre manière. Plus les parents ont de l’ambition, plus ils doivent investir dans chaque enfant. Cette dynamique s’accélère lorsque les écoles publiques sont en très mauvais état. Il est remarquable de constater que 39 % des enfants indiens fréquentaient des écoles payantes l’année dernière, contre 32 % en 2015. Les parents sont pris dans une course à l’armement éducatif. Si vos voisins ont peu d’enfants et dépensent davantage pour leur éducation, [vous pourriez penser que] les vôtres seront désavantagés à moins que vous ne fassiez de même.

Les influences extérieures se propagent également plus facilement qu’auparavant. Une étude a montré comment l’arrivée de la télévision par câble dans les villages indiens dans les années 2000 a entraîné une légère baisse de la fécondité. Les feuilletons télévisés mettant en scène des femmes urbaines issues de la classe moyenne et ayant des familles peu nombreuses ont peut-être fait évoluer les normes (même si certains se demandent si les gens ne se contentaient pas de regarder la télévision plutôt que d’avoir des relations sexuelles). Le téléphone intelligent est un outil encore plus puissant – et distrayant – pour faire découvrir le mode de vie de leurs pairs plus aisés aux populations plus pauvres.

Quelle qu’en soit la cause précise, la baisse de la natalité a des implications majeures. L’ONU, qui tente de prévoir ce genre de choses, n’a pas pris en compte la rapidité du déclin de la fécondité dans ses prévisions centrales pour la population mondiale. Sa prévision la plus basse est probablement la plus précise. Cela suggère que la population indienne atteindra un pic d’environ 1,6 milliard dans une vingtaine d’années, puis reculera de manière spectaculaire pour s’établir à un peu moins d’un milliard avant la fin du siècle. L’Asie dans son ensemble pourrait également atteindre son apogée dans les années 2040. Quant au pic de la population humaine totale, il surviendra probablement plus tôt que la plupart ne le pensent, peut-être même dans les années 2050, car l’Afrique ne sera pas aussi peuplée qu’on le pensait auparavant. Dans les régions les plus mal gérées et les plus en proie aux conflits, la fécondité restera élevée. Mais la leçon à tirer de l’Inde est qu’il faut considérer avec un scepticisme de mise les prévisions d’un avenir où il y aurait 500 millions de Nigérians ou 3,8 milliards d’Africains.

dimanche 7 juin 2026

Au Québec, les deux sexes veulent 2 enfants en moyenne (mais ils n'en ont que 1,36)

Le rapport Home Alone publié par Cardus propose une réflexion particulièrement riche sur la crise démographique canadienne. Là où beaucoup d’analyses expliquent la chute de la natalité par un simple changement de préférences individuelles, les auteurs défendent une thèse plus nuancée : la plupart des Canadiens ne rejettent pas l’idée de la famille. Une grande partie d’entre eux souhaiteraient même avoir davantage d’enfants qu’ils n’en auront réellement.




Le contraste entre désir et réalité est au cœur du rapport. Le Canada affiche aujourd’hui l’un des taux de fécondité les plus faibles au monde, avec environ 1,25 enfant par femme. Pourtant, les données recueillies par Cardus montrent que les femmes canadiennes disent idéalement souhaiter près de 2 enfants, et que leurs intentions déclarées demeurent elles aussi nettement supérieures au niveau réel des naissances. Plus de la moitié des hommes et des femmes interrogés affirment d’ailleurs que leur famille est actuellement plus petite qu’ils ne l’auraient voulu.

jeudi 4 juin 2026

La natalité en berne en Turquie : un « désastre » démographique qui inquiète Erdogan


La Turquie connaît un déclin démographique rapide.

Selon les données officielles publiées le 21 mai 2026 par l’Institut turc de la statistique (TurkStat), le taux de fécondité (ISF) est tombé à 1,42 enfant par femme en 2025, contre 1,49 en 2024. Ce chiffre se situe largement en dessous du seuil de renouvellement des générations (2,1) pour la neuvième année consécutive.

Le nombre de naissances vivantes a également baissé, atteignant 895 374 en 2025. 

Ce recul touche la quasi-totalité du pays : 76 des 81 provinces affichent désormais un taux inférieur à 2,1, et 59 provinces sont même en dessous de 1,5.

Un revirement historique


En l’espace d’un quart de siècle, la Turquie est passée d’une fécondité dynamique (2,38 en 2001) à un niveau comparable à celui de nombreux pays européens. L’âge médian de la population a fortement augmenté, et la part des personnes âgées de plus de 65 ans devrait plus que doubler d’ici 2050. Ce phénomène marque la fin d’un atout historique pour le pays : son dynamisme démographique.

Le président Recep Tayyip Erdogan a qualifié cette situation de « désastre » et d’« menace plus grande encore que la guerre ». 

Après avoir déclaré 2025 « Année de la famille », il a lancé en mai 2026 un vaste plan décennal (2026-2035) visant à relancer les naissances : aides financières à la naissance, prêts bonifiés pour les jeunes couples, extension des congés parentaux, incitations fiscales et promotion du modèle familial traditionnel avec un appel récurrent à avoir « au moins trois enfants ».

Les paradoxes d’Erdogan sur le rôle des femmes

Un paradoxe majeur traverse la politique d’Erdogan. 

D’un côté, les gouvernements de l’AKP ont objectivement favorisé l’emploi des femmes, notamment dans la fonction publique. Depuis 2002, le taux d’activité féminine a progressé (passant d’environ 27-28 % à environ 34-35 %), des restrictions ont été levées, et l’accès des femmes voilées à la fonction publique, à la police et à l’armée a été facilité. Le nombre de femmes parlementaires et entrepreneures a également augmenté.

De l’autre, Erdogan n’a cessé de tenir un discours conservateur valorisant avant tout la maternité. Il a déclaré à plusieurs reprises que « la femme n’est pas l’égale de l’homme », que « la place première de la femme est la maternité » et qu’une femme qui privilégie sa carrière au détriment des enfants est « incomplète » ou « à moitié personne ». Il a critiqué ouvertement le travail féminin lorsqu’il concurrence la vie familiale et a multiplié les appels à concilier emploi et maternité… tout en plaçant clairement cette dernière en priorité.

Cette approche contradictoire reflète une «modernisation occidentale» partielle : on ouvre des portes aux femmes tout en regrettant qu’elles les franchissent trop largement au détriment du projet nataliste. 

Beaucoup d’observateurs y voient l’une des explications de l’échec relatif des politiques de relance de la natalité.

Des causes profondes et structurelles

Au-delà des discours, les experts identifient des facteurs plus déterminants :

  • La crise économique persistante (inflation chronique, coût du logement et de l’éducation) qui pousse les couples à reporter ou limiter les naissances.
  • L’urbanisation, la hausse de l’âge au mariage, l’augmentation des divorces et la scolarisation prolongée des femmes.
  • Un changement de mentalité chez les nouvelles générations, qui privilégient des valeurs moins familiales.
Un défi stratégique pour l’avenir

Si la tendance se poursuit, la Turquie risque de voir sa population native décliner après un pic attendu vers 2050. Cela pose des questions aiguës sur le financement des retraites, la taille de la population active, la croissance économique et la cohésion sociale.

Pour l’instant, les mesures natalistes peinent à inverser la courbe, comme dans la plupart des pays confrontés à ce phénomène. Le succès ou l’échec du plan décennal d’Erdogan déterminera en grande partie le visage démographique, économique et géopolitique de la Turquie dans les décennies à venir.

Plus forte fécondité chez les Kurdes et Arabes de Turquie

Estimations par groupe ethnique (approximatives, car TurkStat ne publie pas de données officielles par ethnie) :
  • Turcs (majorité, surtout ouest et centre) → autour de 1,3 à 1,5 enfant par femme dans les zones urbaines et occidentales.
  • Kurdes  (entre 15 et 20% de la population) → 2,0 à 2,8 enfant/femme en moyenne selon les régions, avec des poches encore plus élevées en zones rurales du sud-est. La fécondité kurde reste supérieure, mais elle baisse rapidement (elle était souvent supérieure à 4 dans les années 1990-2000).
  • Arabes (sud-est, notamment Şanlıurfa) → souvent les plus féconds localement.
Plus forte fécondité chez les sunnites conservateurs

Régions turques conservatrices sunnites (Anatolie centrale)

Fécondité intermédiaire, souvent supérieure à la moyenne nationale mais inférieure aux provinces du sud-est. 

Exemples : Konya, Kayseri, Aksaray → autour de 1,3 à 1,5.

Ces régions sont très pieuses et conservatrices, ce qui maintient une natalité plus élevée que dans l’ouest laïque.

Régions laïques / sécularisées (ouest, côtes égéennes et Marmara)

Les taux les plus bas du pays (souvent 1,0 à 1,2). 
Exemples : Bartın (1,09), İzmir (1,10), Ankara, Istanbul (autour de 1,1), Eskişehir, Zonguldak.

Facteurs : urbanisation forte, éducation élevée des femmes, activité professionnelle, mariage tardif, valeurs plus individualistes et sécularisées.

Population alévie

Les Alévis (estimés entre 10 % et 20 % de la population, souvent autour de 10-15 % selon les sources) sont généralement associés à une fécondité plus faible. 

Ils sont traditionnellement plus proches des valeurs laïques, kémalistes et égalitaires (y compris sur le rôle des femmes). 

Les études montrent que les femmes alévis ont en moyenne moins d’enfants que les femmes sunnites, un taux d’activité plus élevé et un soutien plus fort à l’éducation laïque.

Voir aussi

En bref:

Le Japon vient de publier son indice synthétique de fécondité pour 2025. Cet indice a baissé à 1,135 enfant par femme (contre 1,148 en 2024).

L'Iran devrait afficher cette année un indice synthétique de fécondité d'environ 1,5 enfant par femme. Dans la région de Téhéran, cet indice sera toutefois plus proche de 1,1.


mercredi 13 mai 2026

Avec 2,9 enfants par femme, Israël avait la natalité la plus élevée de l’OCDE en 2024

Israël est le seul État du forum à se reproduire au-delà du taux de remplacement ; le rapport cite le taux de fécondité élevé chez les Haredim, mais celui de la population laïque dépasse celui des autre pays de l'OCDE.

Le taux de natalité d’Israël reste le plus élevé parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, selon un rapport de l’OCDE publié jeudi, alors que les taux de natalité diminuent dans l’ensemble du monde développé.

Les cinq États membres ayant les taux de natalité les plus élevés ont connu la plus forte baisse, indique le rapport, qui note toutefois « qu’Israël s’écarte de cette tendance car les femmes du groupe de population [ultra-orthodoxe] ont souvent un grand nombre d’enfants ».

L’indice synthétique de fécondité d’Israël est de 2,9 enfants par femme, suivi du Mexique (1,91) et de la France avec 1,62 enfant par femme, soit près du double de la moyenne de l’OCDE (1,5), selon le rapport.

Cette fécondité étonne dans un pays développé où le coût de la vie, et particulièrement le logement, est très élevé. Tel Aviv et Jérusalem figurent parmi les villes les plus chères au monde rapportées aux revenus. Pourtant, la natalité reste robuste, tirée par une combinaison de politiques publiques, d’aides financières, d’une culture pro-familiale et de facteurs religieux/culturels.

Les principales politiques natalistes israéliennes

Israël n’a pas de « politique nataliste » explicite et coercitive, mais un ensemble de mesures très généreuses qui réduisent le coût économique des enfants :

  • Allocations familiales (Bituach Leumi) : Universelles et automatiques pour tous les enfants de moins de 18 ans. En 2026, elles s’élèvent environ à :
Enfant
Montant en NIS/mois
  En CAD (approx.)
  En EUR (approx.)
1er enfant
173 NIS
 81,50 $
50,70 €
2e, 3e et 4e enfant
219 NIS
103,10 $
64,20 €
5e enfant et suivants
173 NIS
 81,50 $
50,70 €


Des suppléments existent pour les familles à bas revenus. Ces allocations ont un effet démontré sur la fécondité, surtout dans les groupes à forte natalité.

  •  Avantages fiscaux : Crédits d’impôt significatifs, particulièrement pour les jeunes enfants (jusqu’à environ 940 NIS/mois par enfant de moins de 3 ans si les deux parents travaillent, soit ≈ 443 CAD / 276 €).
  • Congé maternité : 15 semaines payées, plus des protections pour les parents.
  • Garderies et éducation : Gratuite à partir de 3 ans (et parfois avant avec subventions selon revenus). Les haredim bénéficient d’un réseau dense de yechivot et de garderies subventionnées.
  • Technologies de reproduction : Israël finance généreusement les FIV, avec un des taux d’utilisation les plus élevés au monde. La parentalité biologique est vue comme un droit quasi-civil.
  • Autres aides : Prêts logement bonifiés pour familles (surtout pour ceux ayant servi dans l’armée), aides à l’immigration (Olim), et un fort soutien communautaire (surtout chez les religieux).
Le paradoxe du logement cher

Le logement constitue le principal frein : les prix ont explosé (+130 % entre 2000 et 2022, contre +45 % pour les revenus), en raison de la forte croissance démographique, de la bureaucratie (délais de permis longs), d’une offre insuffisante et d’une demande pour des logements plus grands (familles nombreuses). Beaucoup de jeunes familles peinent à acheter ou louer un appartement adapté.Malgré cela, plusieurs facteurs atténuent le choc : 

  •  Soutien intergénérationnel : Les grands-parents aident souvent financièrement et pour la garde. 
  • Culture pro-familiale : Même chez les laïcs (hiloni), avoir des enfants reste une valeur centrale, liée à l’identité juive et à la résilience nationale.
  • Concentration des naissances chez les haredim : Ils ont un ISF de ~6-7 et bénéficient de fortes subventions. Ils représentent une part croissante de la croissance démographique.
  • Adaptation : Familles nombreuses s’installent souvent en périphérie (où le logement est moins cher) ou dans des communautés solidaires.
Fécondité par groupe religieux / sous-groupes (données ~2022-2024) :
  • Juifs globaux : ~3,03 à 3,09 enfants par femme en 2024 (hausse récente par rapport à 2022-2023). C’est désormais supérieur aux musulmans. 
  • Juifs haredim (ultra-orthodoxes) : ~6,5 (2021-2023), parfois cité autour de 6-7. En baisse lente sur longue période (de ~7,5 dans les années 2000), mais toujours très élevé. Ils représentent ~13-14 % de la population en 2025. 
  • Juifs religieux/national-religieux (Dati) : ~4,0-4,2.
  • Juifs traditionnels (Masorti) : ~2,6-3,0.
  • Juifs laïcs/séculiers (Hiloni) : ~2,0-2,3 (souvent juste au-dessus ou autour du seuil de remplacement 2,1 ; ~1,96-2,0 dans certaines périodes récentes pour les plus laïcs). 
  • Musulmans : ~2,7-2,75 en 2024 (forte baisse sur 20 ans, de ~4,5+ auparavant). Certaines estimations pour 2024 descendent à ~2,5. 
  • Chrétiens (majoritairement arabes) : ~1,6-1,7 (très bas, souvent le plus faible).
  • Druze : ~1,6-1,85.
  • Athées/non-religieux : Pas de catégorie séparée officielle, mais inclus dans les laïcs juifs (~2,0+) ou "autres". Les laïcs juifs maintiennent un ISF relativement élevé par rapport aux standards occidentaux grâce à la culture pro-familiale israélienne. 
L'alignement vers le haut de la fécondité des juifs issus de l'URSS

Les données précises par langue ou origine récente sont limitées, mais les immigrés de l’ex-URSS (souvent russophones, arrivés surtout dans les années 1990) avaient initialement un ISF très bas (proche de 1-1,5 à leur arrivée). Il a convergé vers celui des Juifs natifs laïcs/séculiers israéliens, avec une augmentation notable de la fécondité achevée (surtout chez ceux arrivés jeunes). Chez les plus séculiers, elle se rapproche beaucoup des laïcs natifs (~2,0+). Les non-juifs parmi ces immigrés ont souvent une fécondité plus faible. 

Pas de chiffres officiels ultra-récents isolés pour 2024-2025, mais ils s’intègrent dans la moyenne des Juifs non-haredim (~2,4-2,5 pour les non-haredim globaux).
Bilan et défisLes politiques natalistes israéliennes fonctionnent : elles ont contribué à faire d’Israël l’exception démographique du monde développé. Elles coûtent cher à l’État (surtout avec la croissance haredim), mais elles produisent un « dividende démographique » (population jeune, armée forte, innovation). Cependant, la crise du logement reste un défi majeur. Sans accélération massive de la construction (surtout de logements abordables et adaptés aux familles), la pression sur les jeunes couples pourrait s’accentuer. 

dimanche 3 mai 2026

Autant de nonagénaires que de jeunes enfants (0 à 4 ans) en Italie en 2050 ?

L'Italie n’a jamais enregistré aussi peu de naissances depuis trente ans. 

  • Il pourrait perdre 5 millions d’âmes d’ici à 2050.1,14 enfant par femme C’est le taux de natalité en Italie en 2025, un record historiquement bas. 
  • La région où la fécondité est la plus faible reste la Sardaigne qui, pour la sixième année consécutive, affiche une fécondité inférieure à l'unité, à savoir 0,85, en baisse par rapport à 2024 (0,91). Viennent ensuite le Molise (Sud) et le Latium (Centre, Rome), avec un nombre moyen d'enfants par femme de 1,02 et 1,05 respectivement. Le Trentin-Haut-Adige (en partie germanophone dans le Nord-Est) détient, une fois de plus, le record de la région ayant le taux de fécondité le plus élevé, avec un nombre moyen d'enfants par femme de 1,40.
  • Il faut 2,05 enfants (dans un pays occidental) par femme pour assurer le renouvellement de la population.
  • 31,9 ans, c'est l’âge moyen de la première grossesse chez les Italiennes.
  • 1 million de jeunes de moins de 35 ans ont quitté le sud du pays pour s’installer dans le centre ou le nord entre 2002 et 2024.
  • 385000 jeunes de moins de 35 ans du centre et du nord du pays se sont installés à l’étranger entre 2002 et 2024. Parmi eux, 21 000 diplômés en 2024 (soit +30% par rapport à 2023).
Guardia Perticara (province de Potenza), un village déserté où vivent 400 personnes,
il abritait plus de 1500 habitants en 1960. 

L'espérance de vie dans la Botte a encore augmenté après les années Covid-19. Elle atteint 81,7 ans pour les hommes et 85,7 ans pour les femmes, ce qui place l'Italie dans le peloton de tête des pays de l'Union européenne, selon l'Istituto nazionale di statistica (Istat).

La baisse des naissances en Italie de date pas d'aujourd'hui. Le solde naturel du pays est négatif sans interruption depuis 1993, et le problème n'est plus seulement celui d9une fécondité trop faible. Il est devenu structurel : le pays est pleinement entré dans un piège démographique dont il sortira difficilement à court terme, car les femmes en âge d'être mère ne sont désormais plus assez nombreuses pour inverser la courbe.

Le dernier rapport de l'Istituto nazionale di statistica (Istat) sur les indicateurs démographiques pour 2025 le montre nettement. La population italienne reste globalement stable, à 58,9 millions d'habitants, mais cette constance ne tient que grâce à un solde migratoire positif, qui compense presque entièrement un déficit naturel massif. Les naissances ont encore reculé (355.000 contre 652.000 décès), en baisse de 3,9%, la fécondité tombant à un nouveau minimum historique (1,14 enfant par femme).

Si, en France, le débat se concentre, à juste titre, sur la question de la baisse de la natalité, vue d'Italie, la situation française paraît presque favorable. Si l'Italie avait eu en 2024 la même fécondité que la France (1,61 enfant par femme), elle aurait enregistré environ 494.000 naissances au lieu de 370.000. Ce serait nettement mieux, mais encore très loin des 664.000 naissances françaises. La différence tient donc à la structure par âge de la population.

Le coeur du problème ne réside même plus dans la natalité mais dans le vieillissement. Au 1er janvier 2026, l'âge moyen de la population italienne est estimé à 47,1 ans, soit six mois de plus qu'un an auparavant. D'où cette projection de l9Istat, si la tendance se prolonge : à l'horizon 2050, les nonagénaires pourraient devenir plus nombreux que les jeunes enfants de 0 à 4 ans. Le déséquilibre générationnel est d'ailleurs déjà visible aujourd'hui. Les Italiens âgés de 25 ans sont un peu plus de 600.000, contre plus de 800.000 pour les 65 ans.
 
Selon le scénario médian, la part des jeunes âgés de 0 à 14 ans devrait continuer de baisser pour atteindre 11,2 % d’ici 2050, malgré une légère reprise du taux de fécondité. En termes d’équilibre intergénérationnel, la proportion des personnes âgées de 65 ans et plus pourrait dépasser le triple de celle des enfants et des adolescents en 2050.

La population en âge de travailler, entre 15 et 64 ans, tombe à 63,2 % du total, en baisse de 73.000 individus en un an, alors que les plus de 65 ans atteignent 25,1 % de la population, avec plus de 240.000 personnes supplémentaires sur un an.

Le vieillissement continu de la population résultera également du passage des importantes cohortes du baby-boom (nées dans les années 1960 et au début des années 1970) dans les tranches d'âge plus âgées. Parallèlement, la population en âge de travailler (15-64 ans) devrait reculer à 54,3 % en 2050 selon le scénario médian, avec une fourchette possible comprise entre 53,2 % et 55,4 %. 

Dans la prochaine décennie, cette accélération aura un impact considérable sur le marché du travail, tandis que la composante la plus âgée continue elle aussi de progresser rapidement 3 les plus de 85 ans sont désormais 2,5 millions et représentent 4,3/% de la population 3 avec un effet évident sur le système de santé. 

Cette transformation reconfigure la société italienne. Aujourd'hui, plus d'un tiers des foyers sont composées d'une seule personne, contre un quart il y a vingt ans. Le vieillissement et la faible natalité modifient concrètement la structure des ménages, les équilibres sociaux et commencent déjà à peser sur les politiques publiques. La campagne du ministère de la Santé italien « Il n'est jamais trop tard pour vieillir en bonne santé » en donne une illustration claire : il ne s'agit plus seulement de soigner les personnes âgées, mais de faire du vieillissement actif un enjeu central de santé publique et de soutenabilité du système.

La démographie produit aussi des effets budgétaires très concrets. Le premier signal vient de l'allocation universelle versée pour chaque enfant jusqu'à 21 ans, dont le nombre de bénéficiaires a reculé de 3% en un an, ce qui pourrait représenter une économie de plus de 500 millions d'euros pour les finances publiques. Mais ce répit comptable masque une détérioration beaucoup plus profonde du rapport entre les générations, de la base productive et de la soutenabilité future du système de protection sociale.

Sources : Istat, L'Opinion