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vendredi 20 février 2026

Québec — Quand les permis d'études deviennent des passeports pour le crime organisé

Derrière les façades d'étudiants internationaux légitimes se cache un réseau criminel organisé qui exploite les failles du système d'immigration canadien. Une enquête approfondie de Radio-Canada révèle comment plus de 200 membres d'une organisation criminelle africaine utilisent de faux permis d'études pour s'établir au Québec et développer des activités illicites d'une ampleur inquiétante.

Cette infiltration méthodique soulève des questions cruciales sur la vulnérabilité de nos institutions d'enseignement supérieur et sur l'efficacité des mécanismes de contrôle censés protéger l'intégrité du système éducatif canadien.

Le permis d'études comme porte d'entrée

Le stratagème est aussi simple qu'efficace. Des criminels, principalement originaires de Côte d'Ivoire et du Bénin, obtiennent des permis d'études pour des universités québécoises situées en région. L'Université du Québec à Trois-Rivières, celle de Chicoutimi et celle de l'Outaouais figurent parmi les établissements ciblés. Ces individus, généralement âgés entre 20 et 30 ans, n'ont aucune intention de poursuivre des études.

Selon Karine Caron, analyste de renseignement à l'Agence des services frontaliers du Canada interrogée par Radio-Canada, ces fraudeurs ne mettent jamais les pieds dans les établissements pour lesquels ils ont obtenu leur visa. « Ils étaient membres d'une organisation criminelle outre-mer et ont profité du permis d'études pour pouvoir entrer au Canada », explique-t-elle.

Cette faille du système est d'autant plus préoccupante qu'Immigration Canada reconnaît l'absence de processus de vérification automatique des présences auprès des étudiants étrangers. La responsabilité incombe directement aux établissements d'enseignement, qui peuvent prévenir les autorités fédérales, mais cette délégation crée manifestement des angles morts exploités par les réseaux criminels.

Cri du cœur d'une immigrante ivoirienne installée au Nouveau-Brunswick. « Les Africains de manière générale au Canada vous foutez la honte. » Les conséquences pour les nouveaux arrivants honnêtes sont immédiates : ils subissent désormais une méfiance généralisée en entreprise et dans la vie quotidienne à cause des agissements de réseaux criminels issus de leur propre communauté.

Un réseau tentaculaire et professionnel

dimanche 21 décembre 2025

Chili : la recomposition de la droite

La nette victoire de José Antonio Kast à l’élection présidentielle chilienne marque un tournant politique à Santiago et s’inscrit dans un mouvement plus large de recomposition des droites en Amérique latine.

Le président chilien élu, José Antonio Kast, et son épouse, Maria Pia Adriasola, devant la cathédrale de Santiago, après avoir assisté à la messe, le 19 décembre 2025.

Costume sombre et cravate rouge, José Antonio Kast a conduit une campagne axée sur les thèmes de la sécurité, de l’immigration et du redressement économique. Son discours a trouvé un écho auprès d’une partie de l’électorat, lassée par quatre années de gouvernement progressiste marquées, selon ses critiques, par des réformes inabouties, des tensions institutionnelles et un ralentissement de l’activité économique. Ces préoccupations ont été accentuées par la hausse de la criminalité : d’après les statistiques officielles, le taux d’homicides est passé de 2,5 à 6 pour 100 000 habitants en une dizaine d’années, tandis que les enlèvements ont atteint 868 cas l’an dernier, soit une augmentation de 76 % par rapport à 2021.

Au cours de ses derniers meetings, le candidat du Parti républicain a fait de la lutte contre le crime organisé et le narcotrafic une priorité, appelant à un « gouvernement d’urgence » et à un contrôle renforcé des frontières afin de lutter contre l’immigration illégale.

Cette lecture est partagée par certains acteurs de la droite chilienne. Johannes Kaiser, fondateur du Parti national libertarien, arrivé quatrième au premier tour, attribue en partie la dégradation de la sécurité à l’arrivée massive de migrants vénézuéliens ces dernières années. Selon lui, si la majorité a fui la crise politique et économique de leur pays, des réseaux criminels transnationaux auraient également profité de cette situation, dans un contexte d’accueil jugé trop permissif par l’ancien gouvernement.

Une réaction au progressisme

Âgé de 59 ans, catholique pratiquant et père de neuf enfants, José Antonio Kast incarne une droite conservatrice sur les plans sociétal et économique. Admirateur déclaré de l’économiste Milton Friedman, il se positionne à l’opposé de Gabriel Boric, président sortant de 39 ans, élu en 2021 dans le sillage des grandes mobilisations sociales de 2019. Ces manifestations, connues sous le nom d’estallido social, avaient porté des revendications liées aux inégalités, aux droits sociaux, à l’égalité des genres et à la dénonciation des violences sexuelles.

L’élection de Gabriel Boric avait alors été perçue comme un renouveau pour une gauche latino-américaine en perte de repères depuis la disparition d’Hugo Chávez et l’évolution autoritaire du régime vénézuélien. Le Chili semblait tourner la page de la période pinochetiste pour renouer avec une mémoire plus favorable à l’héritage d’Allende.

Pour Carlos Ominami, ancien ministre de l’Économie au début des années 1990, ce cycle s’est toutefois refermé. Il estime que la gauche au pouvoir n’a pas su répondre aux attentes sociales, privilégiant des thématiques culturelles et sociétales (le « wokisme ») au détriment des enjeux économiques et populaires. Selon lui, la droite bénéficie également du soutien d’une génération plus jeune, qui n’a pas connu directement la dictature militaire.

Une victoire nette

Déjà candidat malheureux en 2022, José Antonio Kast s’est cette fois imposé avec 58 % des voix face à Jeannette Jara, candidate soutenue par le Parti communiste chilien, qui a recueilli 42 %. Ses soutiens présentent Kast comme un représentant d’une droite classique, tandis qu’ils soulignent l’ancrage idéologique de son adversaire à gauche de l’échiquier politique.

Selon Johannes Kaiser, Jeannette Jara était une candidate communiste « dans la plus pure tradition marxiste-léniniste ». « Kast est un homme de droite classique, pas un fasciste comme ils disent. En revanche, Madame Lara s’est dite du centre gauche pendant toute la campagne alors qu’il y a quelques mois encore, elle était militante active du Parti communiste chilien, soutien des régimes cubains et vénézuéliens, et entretenait de très bonnes relations avec les terroristes révolutionnaires des FARC colombiens. »

Un mouvement continental

Au-delà du Chili, cette alternance s’inscrit dans une dynamique régionale. Pour la politologue Renée Fregosi, José Antonio Kast a pris soin d’éviter toute apologie explicite de la dictature de Pinochet, se concentrant sur des thèmes contemporains. D’autres analystes, comme l’Argentin Nicolás Márquez, voient dans cette victoire un effet comparable à celui observé en Argentine avec Javier Milei, illustrant selon eux l’épuisement des modèles politiques issus du « socialisme du XXIᵉ siècle ».

Cette évolution s’accompagne d’un rapprochement de plusieurs gouvernements latino-américains avec les États-Unis, dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues avec la Chine et la Russie. Le renforcement de la coopération sécuritaire et diplomatique américaine dans la région en est l’un des signes.

Enfin, l’attribution récente du prix Nobel de la paix à l’opposante vénézuélienne María Corina Machado, en présence de plusieurs dirigeants de droite du continent, a été interprétée par ses partisans comme un symbole de cette nouvelle phase politique en Amérique latine, marquée par le retour de forces libérales et conservatrices se réclamant d’un ancrage pro-occidental.

« Non, la science n’a pas démontré qu’il n’y avait pas de lien de causalité entre immigration et délinquance »

Une note publiée par un centre de recherches rattachée à Matignon, reprise dans l’émission Complément d’enquête (capture d’écran ci-dessous), assure que, d’après la science, on ne peut établir de lien entre immigration et délinquance. Philippe Lemoine, directeur de la recherche à l’observatoire Hexagone et chercheur invité à Georgetown (Washington, É-U), critique cette affirmation.


L’immigration augmente-t-elle la délinquance en France et plus généralement en Europe ? Pour  Arnaud Philippe et Jérôme Valette, deux économistes qui ont écrit une note pour le CEPII  (un centre de recherche placé auprès du Premier ministre) sur le sujet en 2023, la cause est entendue : les études sur le sujet « concluent unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance ».

Le message semble d’ailleurs avoir été reçu cinq sur cinq par la plupart des lecteurs de cette note. Par exemple, au cours d’un récent épisode de Complément d’enquête, le magazine d’investigation diffusé sur France 2, une journaliste cite la note du CEPII à l’appui de son affirmation selon laquelle le «  lien de causalité entre étrangers et insécurité n’existe pas  », ajoutant même que « c’est la science qui le dit ». Le problème c’est que, n’en déplaise aux journalistes de Complément d’enquête et aux auteurs de cette note du CEPII, « la science » ne démontre rien de la sorte.

D’abord, il est faux que les études sur la question concluent « unanimement » et « sans ambiguïté » à l’absence d’effet de l’immigration sur la délinquance, comme l’écrivent faussement Philippe et Valette. Il existe en effet plusieurs études qui utilisent précisément le type de méthodes permettant d’établir un effet causal de l’immigration dont ils parlent dans leur note et qui trouvent pourtant  un effet de l’immigration sur la délinquance, non seulement sur les atteintes aux biens, mais parfois aussi sur les atteintes aux personnes.

La vérité est que les résultats dans  la littérature scientifique, loin d’être sans ambiguïté, sont au contraire très contrastés : il est vrai que beaucoup d’études ne trouvent pas d’effet, mais d’autres en trouvent un. Parfois des études différentes aboutissent même à des conclusions différentes alors qu’elles portent sur le même pays à la même époque. La note du CEPII, qui se veut pourtant une revue de la littérature, en présente donc un portrait trompeur.

Les données individuelles sur les auteurs de délit montrent non seulement en France, mais partout en Europe que les immigrés et leurs enfants, du moins ceux qui sont originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient, sont mis en cause ou condamnés pour des délits à des taux plusieurs fois supérieurs à ceux du reste de la population. Contrairement à ce que suggèrent Philippe et Valette dans leur note, cela reste vrai même quand on les compare à  des individus sans ascendance migratoire de même âge, sexe et avec des caractéristiques socio-démographiques identiques.

Les biais dans  la police  et  le système judiciaire  pourraient expliquer une partie de cette surreprésentation, mais il est totalement invraisemblable qu’ils puissent l’expliquer en totalité. Personne de sensé ne peut croire que, si les ressortissants de pays africains sont mis en cause dans les affaires de vols avec violence sans arme à un taux plus de 6 fois supérieur à celui des Français, c’est uniquement ou même principalement parce que les forces de police et de gendarmerie sont biaisées contre eux.

vendredi 19 décembre 2025

Aucun lien causal entre l’immigration et la délinquance ? Vraiment ?

Une note du CEPII, publiée en 2023,  affirme qu’il n’existe aucun lien causal entre l’immigration et la délinquance. Cette note, qui a récemment refait surface dans une émission particulièrement controversée, Complément d’enquête, diffusée sur le service public mais visant à pointer du doigt les prétendues dérives de la chaîne concurrente CNews, a suscité une vive polémique.
 
Le chercheur invité à Georgetown, Philippe Lemoine, répond à cette publication : il propose un tour d’horizon détaillé des données disponibles en Europe sur la question, soulignant les limites des études économétriques tout en révélant des vérités souvent ignorées.
 
Il commence par réfuter l’affirmation centrale de Philippe et Valette, les auteurs de la note CEPII, qui soutiennent que aucune étude ne trouve d’effet de l’immigration sur la délinquance. Selon lui, c’est faux, et il va plus loin : il suggère que ces deux économistes savent pertinemment que leur assertion ne tient pas face à la littérature existante. 

Il cite des exemples concrets, comme des études menées en Allemagne, en Grèce ou encore en Suède, qui montrent un impact mesurable, notamment en lien avec certains flux d’immigration, en particulier ceux d’immigrés peu qualifiés originaires d’Afrique et du Moyen-Orient.
 
En s’appuyant sur des données individuelles concernant les auteurs de délits, Lemoine met en lumière une surreprésentation constante des immigrés et de leurs enfants dans les statistiques criminelles à travers toute l’Europe. Cette surreprésentation peut atteindre des taux jusqu’à trois fois supérieurs à ceux du reste de la population, même après avoir ajusté les chiffres pour tenir compte de facteurs comme l’âge, le sexe ou le niveau de revenu. Cela vient directement contredire les explications socio-économiques avancées par Philippe et Valette, qui attribuent ces écarts à la pauvreté ou à l’exclusion sociale. 
 
Mais Lemoine ne s’arrête pas là. Il explore pourquoi les études économétriques basées sur des données agrégées échouent souvent à détecter cet effet. Il pointe du doigt un problème de puissance statistique : les flux d’immigration, bien que significatifs, restent relativement faibles par rapport à la population totale, rendant ces analyses peu fiables. Pour illustrer son propos, il a conduit des simulations calibrées avec des données françaises. Ces simulations révèlent un fait troublant : même dans un scénario extrême où les immigrés commettraient des crimes violents à un taux 30 fois supérieur à celui des non-immigrés, une analyse économétrique de ce type ne détecterait un effet que dans à peine plus de la moitié des cas, soit 56 %. Dans des conditions plus réalistes, reflétant les flux d’immigration observés en France sur plusieurs décennies, la probabilité de détecter un effet s’effondre presque à zéro, même s’il est réel et important.
 
Il ajoute que cette faiblesse statistique est amplifiée par d’autres facteurs, comme l’hétérogénéité des populations immigrées (les immigrés d'origine européenne ne sont pas surreprésentés), souvent ignorée dans ces études, ou les adaptations sociales (les gens peuvent davantage se méfier, se protéger, des dépenses sociales supplémentaires) qui peuvent masquer l’impact réel. 

Lemoine souligne aussi que Philippe et Valette évoquent des biais dans le système pénal pour expliquer la surreprésentation des immigrés, mais il conteste cette idée : selon lui, ces biais ne peuvent expliquer qu’une fraction de l’écart, et aucune preuve solide n’est apportée pour soutenir une explication plus large.

Enfin, il critique l’hypothèse selon laquelle la pauvreté serait la cause principale de cette surreprésentation. Même en comparant des immigrés (et leurs enfants) à des autochtones partageant des caractéristiques socio-économiques similaires, les écarts persistent, comme l’a montré une étude française menée par Hugues Lagrange sur un échantillon de 3 500 adolescents
Lemoine rappelle que la corrélation entre pauvreté et criminalité ne prouve pas une causalité directe : d’autres facteurs, peut-être liés à des dynamiques culturelles ou contextuelles, pourraient être en jeu. 

Et il conclut avec une pointe d’ironie : on ne peut pas affirmer à la fois que l’immigration n’a aucun effet sur la délinquance et que les populations défavorisées, dont font souvent partie les immigrés, ont une propension plus élevée à commettre des crimes. Une contradiction qui, selon lui, mérite d’être creusée bien au-delà des studios d’une émission comme Complément d’enquête.


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lundi 10 novembre 2025

Crèches universelles : la promesse et les dérives d’un modèle québécois exporté

L’idée d’un service universel de garde d’enfants séduit de plus en plus les pays riches. Dans un contexte de crise démographique et de pénurie de main-d’œuvre, la promesse de concilier maternité et carrière exerce une forte attraction politique. Aux États-Unis, plusieurs gouverneurs démocrates et le futur maire de New York, Zohran Mamdani, s’en inspirent ouvertement. Le Nouveau-Mexique vient d’étendre la gratuité complète des garderies à toutes les familles, quel que soit leur revenu. L’ambition affichée : soulager les ménages et permettre aux femmes de rester actives sur le marché du travail.

Ce virage s’appuie sur un précédent souvent cité comme modèle : le Québec, pionnier en la matière. En 1997, la province lança un vaste programme de garde subventionnée à cinq dollars par jour, inspiré des travaux du prix Nobel James Heckman et du célèbre Perry Preschool Project mené dans les années 1960 à Ypsilanti, aux États-Unis. Cette expérience pilote, menée auprès d’enfants défavorisés de trois ans, avait montré des effets spectaculaires : meilleure réussite scolaire, baisse de la criminalité et gains sociaux durables. Ces résultats ont servi de référence mondiale, notamment pour les politiques de Tony Blair au Royaume-Uni ou de Barack Obama aux États-Unis.

Mais, comme le rappelle The Economist, le Québec n’a pas reproduit les conditions de ces essais : il les a étendus à toute la population, dès la naissance, sans garantir la même qualité éducative. Les effets ont été rapidement mesurés. Une étude majeure signée Jonathan Gruber (MIT), Michael Baker (Université de Toronto) et Kevin Milligan (UBC) a suivi des cohortes d’enfants québécois sur plusieurs années à partir des données de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes. Le verdict est sévère : hausse nette de l’anxiété, de l’agressivité et de l’hyperactivité, baisse des compétences sociales et motrices. L’impact a été suffisamment marqué pour se traduire plus tard par une augmentation des crimes contre les biens et de la consommation de drogues chez les adolescents québécois.

Les chercheurs soulignent que le programme québécois a certes stimulé la participation féminine au travail – le taux d’emploi des mères a bondi de huit points pour atteindre aujourd’hui environ 87 %, l’un des plus élevés du monde – mais au prix d’un coût humain et social ignoré. En privilégiant la productivité à court terme, l’État a parfois compromis le bien-être des enfants et, paradoxalement, celui des familles.

Le trio a publié sa première étude en 2005, et les résultats étaient accablants. Le passage à la garde d'enfants universelle semblait entraîner une augmentation de l'agressivité, de l'anxiété et de l'hyperactivité chez les enfants québécois, ainsi qu'une baisse des capacités motrices et sociales. Les effets étaient importants : les taux d'anxiété ont doublé ; environ un tiers d'enfants supplémentaires ont été signalés comme hyperactifs. En effet, la différence entre les taux d'hyperactivité était plus importante que celle généralement observée entre les garçons et les filles.

Dix ans plus tard, lorsque les enfants étaient au secondaire, les auteurs ont poursuivi leur suivi. Le meilleur que l’on puisse dire est que le programme n’a eu aucun effet sur les résultats scolaires ni sur les capacités cognitives. En revanche, les enfants ont déclaré un niveau de satisfaction de vie plus faible. De plus, une hausse de la délinquance juvénile au Québec, comparativement au reste du Canada, laisse entendre qu’ils ont été condamnés pour environ un cinquième de crimes supplémentaires liés à la drogue et aux biens.

Interrogé par le New York Times, James Heckman lui-même a pris ses distances : « Ce que le Québec a créé, ce ne sont pas des écoles préscolaires de qualité, mais des entrepôts d’enfants », déclarait-il. Là où les expériences américaines misaient sur un encadrement intensif et une relation de confiance entre éducateurs et enfants, le Québec a choisi la quantité : un système massif, impersonnel, fonctionnant à coût réduit.

Cette dérive illustre la différence entre deux visions :

  • d’un côté, le modèle ciblé et qualitatif, limité aux enfants défavorisés, qui offre de réels gains éducatifs et sociaux ;

  • de l’autre, le modèle universel et extensif, qui prétend égaliser les chances mais finit souvent par niveler par le bas.

Ce constat résonne en France, où les crèches sont aussi fortement subventionnées – jusqu’à 85 % du coût pris en charge. Là encore, la recherche nuance les résultats. Des travaux de Lawrence Berger, Lidia Panico et Anne Solaz (Ined) montrent que les enfants confiés à une crèche dès l’âge d’un an présentent à deux ans davantage de troubles du comportement que ceux gardés par leurs parents ou une assistante maternelle. Autrement dit, plus la socialisation précoce est forcée, plus elle semble fragiliser le développement affectif.

Les premières années sont cruciales : le développement cognitif et émotionnel des bébés dépend avant tout d’un contact étroit et stable avec un adulte de référence. Ce besoin d’interaction intense explique pourquoi les économies d’échelle ne fonctionnent pas dans les garderies d’enfants en bas âge. Une éducatrice peut superviser vingt élèves à l’école, une douzaine à la maternelle, mais à peine deux ou trois nourrissons en crèche. Toute réduction du ratio qualité/présence adulte se traduit immédiatement par une baisse du bien-être des enfants.

Cette exigence de qualité rend le modèle extrêmement coûteux. La Finlande, qui maintient un système de garde très encadré et généreusement financé, dépense bien davantage que la moyenne de l’OCDE. À l’inverse, les pays qui cherchent à « universaliser » la garde sans moyens suffisants – comme le Québec ou désormais certains États américains – en paient le prix à long terme : dégradation du développement des enfants, pression budgétaire, et tensions sociales croissantes.

Enfin, un angle mort majeur du débat reste occulté : celui de la discrimination entre mères. Au Québec, une femme qui choisit de garder elle-même ses jeunes enfants ne reçoit aucune aide publique, contrairement à celle qui les confie au réseau subventionné. Cette iniquité, rarement discutée, traduit un biais idéologique : le modèle valorise le travail salarié féminin, mais pénalise la maternité à domicile. Il impose une norme économique plutôt qu’un véritable choix familial, marginalisant les femmes qui privilégient la présence auprès de leurs enfants durant leurs premières années.

Ainsi, la garde universelle, vantée comme moteur d’égalité et de prospérité, révèle un paradoxe : elle libère certaines femmes, mais en enferme d’autres dans une logique de conformité sociale. Le cas québécois, admiré à l’étranger, montre qu’une politique de la petite enfance ne peut se réduire à des chiffres d’emploi. Elle doit aussi considérer la qualité du lien, la diversité des parcours familiaux et la liberté réelle des parents.

Comme le conclut The Economist, les sociétés modernes se heurtent à un dilemme : soit renvoyer les mères à la maison sans soutien, soit les inciter à confier leurs bébés à des structures surchargées et mal adaptées. Entre ces deux extrêmes, il reste à inventer un modèle qui respecte à la fois le développement des enfants, la liberté des femmes et la justice entre familles.

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dimanche 12 octobre 2025

Vandalisme antichrétien en forte hausse en France et en Allemagne : l'inquiétude grandit

En France comme en Allemagne, les églises sont la cible croissante d’actes de vandalisme, de vols, de profanations et parfois même d’attaques contre les fidèles. Les chiffres et les faits récents témoignent d’une intensification inquiétante de ce phénomène, dans un climat de plus en plus tendu autour des symboles religieux chrétiens.

Guingamp : une statue de la Vierge Marie incendiée en pleine messe

En France, une recrudescence marquée des actes antichrétiens

Au premier semestre 2025, 322 actes antichrétiens ont été recensés en France, soit une augmentation de 13 % par rapport à l’an passé. Selon le ministère de l’Intérieur, la majorité de ces actes concernent des atteintes aux biens : croix arrachées, portes fracturées, statues brisées, objets liturgiques volés. Le nombre de vols d’objets sacrés a bondi de 22,8 % en 2024, avec 820 cas signalés.

Les zones rurales sont particulièrement touchées. Dans les Landes, 27 églises ont été profanées en quelques semaines. À Mont-de-Marsan, trois individus ont été arrêtés en possession de ciboires et de calices volés. Le diocèse s’est constitué partie civile. À Badefols-d’Ans, en Dordogne, la mairie a fermé l’église du XIIe siècle après un cambriolage : tronc vidé, tapis liturgique disparu, cierges allumés retrouvés sous les chaises. Les clés sont désormais délivrées en mairie.

Dans le Nord et la Creuse, des vagues de cambriolages similaires ont visé des édifices parfois centenaires. Les régions les plus touchées en 2024 sont la Nouvelle-Aquitaine, l’Île-de-France, le Grand Est, Auvergne-Rhône-Alpes et l’Occitanie. À l’Observatoire du patrimoine religieux, on évoque une moyenne de cinq vols par semaine dans les églises françaises. Des plateformes de revente comme Leboncoin proposent régulièrement des calices ou ciboires en argent, sans traçabilité. Le président de l’Observatoire, Édouard de Lamaze, appelle à un encadrement strict de la vente de biens liturgiques, uniquement par des commissaires-priseurs.

La violence ne s’arrête pas aux objets. À Lyon, un chrétien d’origine irakienne a été assassiné en direct sur TikTok. À Paris, deux incendies ont ravagé l’église Notre-Dame-des-Champs en juillet ; le préjudice est estimé entre 2 et 3 millions d’euros. L’auteur présumé, déclaré pénalement irresponsable, était un SDF en situation irrégulière. À Pantin et La Courneuve, un autre homme, sous l’emprise du crack, a vandalisé deux églises en pleine messe, sous les yeux des fidèles.

Les profanations deviennent parfois sciemment humiliantes : à Arudy, dans les Pyrénées-Atlantiques, des excréments ont été déposés à l’entrée de l’église, de façon à ce que les fidèles les piétinent. À Panilleuse, dans l’Eure, l’autel a été partiellement incendié par des jeunes délinquants. Ces actes prennent une dimension clairement antireligieuse, au-delà du simple vandalisme.

Face à cette vague, des voix s’élèvent. La sénatrice LR Sylviane Noël dénonce une asymétrie de traitement médiatique et politique entre les actes antichrétiens et ceux visant d’autres confessions. Dans une tribune cosignée par 86 sénateurs, elle réclame la création d’un dispositif national de signalement pour les victimes d’actes antichrétiens, à l’instar des structures existantes pour l’antisémitisme et l’islamophobie. Elle critique aussi une forme d’hostilité culturelle envers les racines chrétiennes, évoquant des syndicats qui souhaitent débaptiser les vacances de Noël.

En Allemagne, une hostilité croissante envers le christianisme

La situation en Allemagne suit une évolution similaire. Si les autorités fédérales, via le Bundeskriminalamt (BKA), ne recensent que les actes motivés politiquement, ces derniers sont en forte hausse. En 2024, 337 actes antichrétiens à motivation politique ont été enregistrés, contre 277 en 2023 (+21,7 %), ainsi que 111 infractions visant des églises (contre 92 l’année précédente).

Les chiffres globaux, cependant, seraient bien supérieurs. L’Observatoire OIDAC Europe, basé à Vienne, estime à au moins 2 000 le nombre de dommages matériels causés aux églises chrétiennes allemandes en 2023. Ces actes incluent des vols, des détériorations graves et des profanations. Selon sa directrice, Anja Hoffmann, « les bibles brûlées, têtes de statues décapitées, confessionnaux détruits » deviennent de plus en plus fréquents.

La paroisse Saint-Antonius de Gronau, en Rhénanie-du-Nord–Westphalie, a ainsi décidé en février de ne plus ouvrir son église en dehors des offices, après des insultes envers les fidèles, des vols de plaques commémoratives, et des dégradations du tabernacle. Le sceptre d’une statue de la Vierge du XVIIe siècle a été volé ; le baptistère a été utilisé comme poubelle. Une habitante déplore « la perte du respect pour le sacré », dans un pays où près de 50 % de la population se réclame encore du christianisme.

Matthias Kopp, porte-parole de la conférence épiscopale allemande, observe une aggravation qualitative des attaques contre les lieux de culte. Il y voit une « hostilité ouverte contre le christianisme » et demande une répression systématique de ces actes, considérés comme des atteintes à la liberté religieuse. Il insiste sur la gravité du phénomène, qui touche au cœur de la pratique spirituelle.

Les autorités allemandes relèvent également une montée générale des « crimes de haine » : en 2024, les actes islamophobes ont augmenté de 26 %, les actes antisémites de 20,7 %. Le chancelier Friedrich Merz, dans un discours empreint d’émotion, a récemment dénoncé cette recrudescence, qualifiant de « honte » le retour d’un antisémitisme manifeste. Mais plusieurs observateurs regrettent que l’antichristianisme, bien que réel et croissant, ne bénéficie pas de la même visibilité ni du même traitement politique et médiatique.

OIDAC et la conférence épiscopale allemande s’accordent : au-delà des dégâts matériels, la fermeture progressive des églises face à ces attaques envoie un signal négatif, affaiblissant le droit au culte et le rôle spirituel de ces lieux. Ils appellent à des mesures concrètes pour sécuriser les églises, soutenir les fidèles, et préserver la liberté religieuse chrétienne, souvent perçue aujourd’hui comme minorée.

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France — 90 % du vandalisme et profanations de lieux de cultes visent des églises (deux par jour !)

samedi 30 août 2025

Allemagne — Dix ans après, le bilan amer de l’ouverture des frontières par Angela Merkel

Le 30 août 2015, Angela Merkel, euphorique, accueillait des centaines de milliers de réfugiés syriens. Depuis, l’enthousiasme a disparu et Friedrich Merz prend le contre-pied de sa politique.

Anas Modamani se souvient comme d’hier de ce selfie mythique en compagnie d’ Angela Merkel  qui l’a rendu célèbre. Après avoir prononcé le 30 août 2015 la fameuse phrase « Wir schaffen das » (« nous y arriverons »), la chancelière était venue visiter un centre d’accueil de réfugiés dans le quartier de Spandau. Le jeune Syrien fuyant la guerre civile ne savait pas qui était cette dame avenante à la coupe blonde. Et, dans son enthousiasme, il s’est photographié avec « Mutti ». « Je suis très reconnaissant envers l’Allemagne. Grâce à elle, j’ai fait des études, étudié la communication, je parle la langue, je me suis fait des amis allemands et arabes, j’ai un passeport et un magnifique appartement à Berlin. »


Ce cliché et la réussite de son auteur illustrent la face heureuse d’un des épisodes les plus marquants de l’histoire allemande. À partir de septembre 2015, sous la pression des réfugiés bloqués à la frontière hongroise, majoritairement syriens, qui souhaitent rallier l’Allemagne via l’Autriche, Angela Merkel décide, pour de strictes raisons humanitaires, de s’affranchir des règles communautaires de l’accueil et d’ouvrir les portes de son pays. Le seul week-end du 6 septembre, 18.000 migrants débarquent via Munich. Ils seront très vite 1,6 million. 

[...]

Selon une étude de l’Institut du marché du travail (IAB), [seuls] 70 % des réfugiés de 2015 avaient trouvé un emploi neuf ans après leur arrivée.

Mais l’image est trompeuse. Outre l’opposition de son ministre de l’Intérieur, rapidement bousculée par un afflux non anticipé, la chancelière a demandé à ses voisins l’instauration d’un mécanisme communautaire de répartition des migrants. « L’Europe ne peut pas accueillir plus de réfugiés », lui a répondu le premier ministre français,  Manuel Valls , soutenu par les pays d’Europe centrale. Traditionnel pays d’immigration ayant déjà intégré une forte diaspora turque, et balkanique dans une moindre mesure, l’Allemagne s’est retrouvée seule en première ligne dans la crise des réfugiés syriens.

Ainsi 29 % des Afghans sont-ils au chômage, cela ne veut cependant pas dire que 71 % des Afghans travaillent car la définition du chômage est précise et peu inclusive. En réalité, graphique ci-dessous,  seuls environ 42% des Afghans sont en emploi.

 


 Merkel toujours fière de son bilan

Dix ans plus tard, l’image du pays en est profondément changée. Sur la plage de Timmendorfer, près de Lübeck, un soir d’été 2025, sur l’embouchure de la Baltique, deux mondes se font face. À l’arrière de la plage, les Allemands de souche sirotent leur bière. Sur les pelouses adjacentes, les familles d’origine orientale ont déroulé leurs tapis. Seules ces dernières occupent le ponton et le coin de baignade, les femmes s’ébattent dans l’eau, vêtues de burkinis, des pieds à la tête. « Il est très difficile de se lier d’amitié avec des Allemands »,regrette Anas Modamani.

Dix ans après, Angela se dit fière de son bilan, insensible aux nouvelles humeurs nationales qui lui reprochent d’avoir « divisé le pays ». « Je ne crois pas avoir surmené l’Allemagne », a dit la chancelière à la chaîne ARD. Dans la foulée de son initiative, le parti d’extrême droite  AfD , autrefois marginal, a vécu une renaissance jusqu’à devenir la principale force d’opposition du pays. Aussi positifs soient-ils, les chiffres de l’IAB montrent que seules 35 % des femmes immigrées ont trouvé un emploi. 

Prisonniers du carcan allemand de reconnaissance des diplômes, la grande majorité des réfugiés ont hérité d’un poste sous-qualifié. Ne maîtrisant pas la langue, les enfants de cette génération se sont difficilement intégrés dans le système scolaire. « À l’époque, on pensait qu’on allait pouvoir faire d’une pierre deux coups : résoudre le problème du vieillissement de la population allemande grâce à l’accueil humanitaire. Mais l’euphorie est vite retombée », observe Jonas Wiedner, chercheur au Centre d’études sociales de Berlin (WZB). 

Lecture : le taux de mise en cause des Algériens (rouge) est plus de douze fois supérieur à celui des Allemands. 
 

Manque de soutien public

Épuisées, ralenties par les vents contraires, les ONG allemandes, qui ont joué un rôle déterminant dans l’accueil des réfugiés de 2015, se plaignent d’un manque de soutien public. « Nous devons constamment faire campagne pour récolter des dons et y passons une grande partie de notre temps » regrette Diana Henniges, directrice de l’Association berlinoise Moabit Hilft, 

La vague ukrainienne de 2022 – environ 1 million de personnes – a davantage saturé les structures d’accueil. Puis la vague d’attaques commises par des migrants dans les douze derniers mois, en particulier à  Solingen il y a un an, où un jeune syrien a tué trois personnes, a scellé la fin d’une époque. Après que le gouvernement du social-démocrate Olaf Scholz a durci les conditions du droit d’asile, c’est le successeur conservateur d’Angela Merkel qui a pris le contre-pied de sa politique migratoire libérale. 

À l’évidence, nous n’y sommes pas arrivés

« À l’évidence, nous n’y sommes pas arrivés », a lâché Friedrich Merz cet été, reprenant en négatif la formule de « Mutti » (« Wir haben nicht geschafft »). Berlin est devenue en Europe la capitale du club des durs en matière d’immigration, comme l’a montré l’organisation, cet été, d’un sommet organisé par l’actuel ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt. Ce dernier milite pour le refoulement des illégaux, y compris vers des pays jugés peu sûrs.  

 
[...]

Dix ans ont passé et le vent a tourné. L’aide aux réfugiés n’est plus dans l’air du temps d’une Allemagne pressée de tourner la page. Selon un sondage paru cette semaine, publié par l’institut économique DIW, 65 % des réfugiés se sentent les bienvenus en Allemagne. En 2016, ils étaient 83 %. Dans un mouvement symétrique, leur crainte de subir des agressions à cause de leur origine a bondi, de 32 % à 54 %.

Réussite à la Pyrrhus

L'hebdomadaire anglais The Economist parle de victoire à la Pyrrhus pour l'Allemagne. Oui, bien sûr, l'Allemagne pouvait se débrouiller en 2015, comme n'importe quel pays riche de plus de 80 millions d'habitants qui aurait accueilli une vague importante de migrants. Mais la plupart des Allemands contraints de se débrouiller n'étaient pas les gauchistes aisés qui accueillaient les Syriens dans les gares avec des ours en peluche et des fleurs. Ce sont plutôt ceux qui vivent loin des quartiers chics de Berlin et de Munich, dont les camarades de classe de leurs enfants ne parlaient pas allemand, qui ont dû supporter les coûts. Ils s'attendaient à ce que l'État veille sur eux, mais ils se sont sentis traités avec condescendance par leur propre chancelière. Aujourd'hui, sept Allemands sur dix estiment que l'État est dépassé par l'immigration.

  
Sources : Le Figaro, The Economist
 
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mercredi 6 août 2025

Une première peine adaptée aux criminels racisés au Québec (comprendre un an de moins car le coupable était noir)

Pour la première fois dans l’histoire judiciaire du Québec, une peine a été déterminée en s’appuyant sur l’analyse des facteurs systémiques, censément adaptée aux criminels racisés – surtout les Noirs. Cette démarche, qui existe déjà dans le reste du Canada, risque d’être de plus en plus utilisée dans les prochaines années.

Le cabinet du ministre québécois responsable de la Lutte contre le racisme, Christopher Skeete, a qualifié de « triste première » la prise en compte d’un rapport censément adapté aux « réalités » des criminels racisés (noirs en l'occurrence) dans la détermination d’une peine.  Bien que nous respections pleinement l’indépendance judiciaire, ce jugement soulève des questions fondamentales sur l’égalité des citoyens devant la justice. Créer deux classes de citoyens, selon leur origine, est préoccupant », a réagi le cabinet du ministre Skeete.

Dans une décision récente rendue fin juillet au palais de justice de Longueuil, la juge Magali Lepage a condamné l’accusé Frank Paris à 24 mois de prison dans une affaire de trafic de cannabis et de haschich. Ce dernier avait déjà plaidé coupable. Jusqu’ici, rien d’inhabituel, nous rassure la Presse de Montréal.



Or, pour déterminer sa peine, la juge a considéré la jurisprudence, une analyse de la preuve, une balance des facteurs [style du journaliste ! lire : a soupesé les facteurs] aggravants et atténuants… mais aussi une évaluation de l’impact de l’origine ethnique ou culturelle (EIOEC), une analyse particulière qui se penche sur le parcours personnel d’un criminel à travers la loupe des [prétendues] barrières systémiques auxquelles il a pu faire face.

Après la lecture de l’évaluation, la juge a décidé d’accepter la suggestion de [peine proposée par] la défense, presque un an plus courte que celle de la poursuite.

Il s’agit d’une première au Québec. Aucun juge québécois n’avait considéré une EIOEC dans la détermination d’une peine jusqu’au 28 juillet dernier. La décision risque donc de faire jurisprudence dans le contexte québécois. De telles procédures existent depuis 2014, ailleurs au Canada.

Qu’est-ce qu’une EIOEC ?


Une EIOEC est un rapport présentenciel [le jargon! calque de l'anglais « presentential », comprendre ici « préalable » à la sentence] d’experts qui est utilisé pour déterminer la peine d’une personne racisée – mais qui est surtout utilisé pour les personnes noires. Elle est donc déposée après qu’un accusé est reconnu coupable, mais avant que la peine soit déterminée.

Le rapport fait un examen exhaustif du parcours de l’accusé, avec une insistance sur les « réalités propres » aux personnes racisées, à la « discrimination systémique » qu’elles ont vécue et aux défis spécifiques auxquels elles sont plus exposées (plus bas taux de diplomation, plus grande proportion de familles monoparentales et de père absent, plus grand risque de vivre dans des quartiers défavorisés et criminalisés, etc.). [On ne comprend pas pourquoi les condamnés pauvres blancs ou issus de famille défavorisée n'ont pas droit aux mêmes égards... Mais bon la loi est égale pour tous... hmmm]

Pour le journal La Presse, on considère que ces facteurs, plus présents chez les Noirs, mènent plus facilement à la criminalité.

Comme tente de l’expliquer Me Valérie Black St-Laurent, avocate et directrice des opérations chez Jurigo, « l’objectif d’une EIOEC, c’est vraiment d’informer la Cour pour contextualiser le parcours de la personne qui se trouve devant elle et pour qu’elle puisse rendre une peine qui est juste » et individualisée, comme le prévoit le Code criminel.

« C’est individualisé, mais il reste que les statistiques montrent que tout le groupe des personnes noires est victime de discrimination », renchérit sans hésitation Karine Millaire, professeure adjointe à la faculté de droit de l’Université de Montréal.

« Il faut tenir compte du fait qu’il y a une surincarcération des personnes noires qui est issue du fait que notre système est aussi discriminatoire », prétend-elle.



Concrètement, ça s’articule comment ?

Dans le cas de Frank Paris, le rapport rappelle qu’il a grandi sans son père et que la monoparentalité est beaucoup plus importante chez les Noirs du Canada que chez d’autres groupes. L’EIOEC soulève également son enfance à Côte-des-Neiges, à Montréal, un « quartier défavorisé caractérisé par la pauvreté et le crime », et où « il y avait du profilage racial ».

Sans faire de diagnostic, les autrices du rapport arguent aussi pour que soit considérée « la possibilité de syndrome post-traumatique (TSPT) » associé au « traumatisme intergénérationnel de l’esclavage » en Nouvelle-Écosse – d’où vient sa mère – dans l’appréciation du parcours de vie de M. Paris, et donc dans sa peine.

La Nouvelle-Écosse compte une population noire historique issue de l’esclavage [aboli il y a près de deux siècles]. Même s’il est né au Québec, les visites fréquentes de M. Paris dans la famille de sa mère « ont forgé une expérience d’homme noir diverse, enracinée dans les églises noires » de cette province, peut-on lire dans le rapport.

Le rapport relève aussi des moments précis de discrimination raciale subis par l’accusé, notamment lorsqu’il a été erronément détenu dans un centre pour migrants parce qu’on le croyait jamaïcain, malgré sa citoyenneté canadienne.

Dans sa décision, la juge écrit qu’après la lecture de l’EIOEC, « la Cour a décidé de réduire la sentence qui devrait être de 35 mois à une sentence de 24 mois », comme le voulait la défense – une peine déjà purgée en détention préventive. Elle a aussi ajouté une probation de trois ans.

« Nous devons apprendre. Nous devons nous adapter », écrit la juge Lepage.

Est-ce que cette démarche est aussi utilisée pour d’autres groupes ?

Oui. Le fondement même des EIOEC repose sur ce qui est fait avec les délinquants autochtones depuis plus d’un quart de siècle.

En 1999, l’arrêt R. c. Gladue de la Cour suprême du Canada énonce que les juges doivent considérer les « facteurs systémiques » distinctifs des Autochtones, notamment l’impact de la colonisation, lors de la détermination de la peine. C’est le début des rapports Gladue, qui jouent un rôle semblable à celui des EIOEC.

Dans sa décision, la juge Lepage a tenu à souligner que la démarche qui a mené à la peine réduite de M. Paris est « réminiscente des sentences adaptées aux besoins et enjeux » des Autochtones.

Il existe cependant une distinction entre ces procédures. Les juges ont l’obligation de considérer les rapports Gladue ; les mettre de côté constituerait une erreur de droit. Les EIOEC, elles, ne sont ni obligatoires ni codifiées. Elles sont plutôt traitées comme des opinions d’experts, au même titre que le serait une évaluation psychiatrique ou une analyse balistique.

Karine Millaire souligne que les Autochtones et les Noirs partagent des caractéristiques fondamentales. Historiquement, ce sont les deux groupes qui ont subi de l’esclavage au pays [euh, on y reviendra mais les autochtones étaient aussi esclavagistes et jusqu'au XIXe siècle en Colombie-Britannique!]. De manière plus contemporaine, ce sont les groupes ayant les plus importants enjeux de surincarcération – attribuables à la discrimination, selon la Cour suprême.

N’existe-t-il pas déjà des rapports présentenciels [préalables à la sentence] ?

Oui. « Même pour des personnes qui ne sont ni racisées ni autochtones, des rapports présentenciels (RPS) sont remplis tous les jours » pour permettre à la Cour d’avoir un portrait plus global des personnes devant elle, explique Me Black St-Laurent. On y évalue évidemment les agissements de l’accusé, mais aussi le « milieu sociodémographique dans lequel il évolue, le type d’emploi qu’il occupe », son entourage, son parcours, etc.

Or, « les RPS ne viennent souvent pas contextualiser les aspects systémiques et les enjeux institutionnels, et sont donc incomplets », argue Me Black St-Laurent. D’où la nécessité du processus formalisé de l’EIOEC, selon elle.

« Il faut défaire le mythe que ce sont des processus différents. Toute personne qui est condamnée pour sa détermination de la peine a ce droit de présenter tous les facteurs pertinents dans la prise en compte de son contexte. On ne se retrouve pas à créer un régime qui est hors-la-loi pour les personnes noires », allègue  Karine Millaire.

« Ultimement, c’est le même pouvoir discrétionnaire du juge de tenir compte de la situation de la personne. Mais la situation est que, si on est racisé, on fait partie d’un groupe qui vit du racisme systémique. » [par définition circulaire dirait-on, racisme systémique dont les effets seraient séculaires voir l'invocation à l'esclavage en Nouvelle-Écosse]. 


Source : La Presse

samedi 1 février 2025

Les descendants d'immigrés extra-européens présentent bien souvent des taux de criminalité plus élevés que ceux de leurs parents.

On pourrait penser que les descendants d'immigrés seraient moins criminogènes que leurs parents.

Les statistiques disponibles en Europe disent pourtant bien souvent le contraire.

L'intégration fonctionnant peu ou moins, le lien entre immigration et délinquance semble ne faire qu'empirer.





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mardi 3 décembre 2024

Le taux de crimes violents et contre les biens du Canada dépasse désormais celui des États-Unis

Le taux de crimes violents et de crimes contre les biens du Canada, corrigé en fonction de la population, dépasse désormais celui des États-Unis, et l’écart se creuse, selon les statistiques criminelles les plus récentes.


L’Institut Fraser a « prépublié » un chapitre d’une étude à venir qui révèle que les taux d’homicides, d’atteintes aux biens et de crimes violents pour 100 000 habitants sont en hausse au Canada, les deux derniers dépassant désormais ceux de ses voisins du Sud.

Selon l’étude, qui s’appuie sur les statistiques du Federal Bureau of Investigation (FBI) et du Bureau of Justice ainsi que sur les données de la criminalité déclarée au Canada, les deux pays ont connu une baisse « spectaculaire » à long terme des taux de crimes contre les biens et de crimes violents entre les années 1990 et 2014. Après 2014, cependant, le Canada a commencé à voir ses taux de criminalité augmenter, inversant ainsi les progrès accomplis.

L’étude a révélé qu’entre 2014 et 2022, lorsque les dernières statistiques sur la criminalité étaient disponibles, le taux de criminalité violente, comme les meurtres, les vols et les agressions armées, a augmenté de 43,8 % au Canada pour atteindre 434,1 crimes violents pour 100 000 habitants.

Cela signifie que le Canada a maintenant un taux de crimes violents corrigé pour la population de 14 % plus élevé que les États-Unis, qui ont connu une augmentation des crimes violents de 5,3 % au cours de la même période, avec 380,7 crimes pour 100 000 personnes.

Alors que le taux de crimes contre les biens en Amérique, y compris les cambriolages, les vols et les vols de véhicules à moteur, a diminué de 24,1 % entre 2014 et 2024, avec 1954,4 crimes pour 100 000 habitants, le taux de crimes contre les biens au Canada a augmenté de 7 %, avec 2 491 crimes pour la même mesure.

Cela signifie que le taux de crimes contre les biens au Canada était 27 % plus élevé qu’aux États-Unis en 2022, une mesure pour laquelle le Canada avait un chiffre plus bas que les États-Unis avant l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Justin Trudeau.

Le taux d’homicide ajusté à la population des États-Unis est deux fois et demie plus élevé que celui du Canada, bien que le taux d’homicide du Canada ait augmenté plus rapidement au cours de la même période.

Le taux d’homicide du Canada a augmenté de 53,4 % entre 2014 et 2022. Il est passé de 1,5 meurtre pour 100 000 habitants à 2,3 en 2022. En revanche, le taux d’homicide corrigé de la population aux États-Unis a augmenté de 49,4 % pour atteindre 5,8 pour 100 000 au cours de la même période.

Malgré l’augmentation des taux de criminalité dans les deux pays, les statistiques sont toujours considérées comme des niveaux historiquement bas par rapport aux taux de criminalité du début des années 1990, qui ont marqué le début d’un déclin spectaculaire à long terme.


Un examen des rapports de Statistique Canada montre que la traite des êtres humains a également augmenté. Le nombre d’incidents de traite des êtres humains signalés par la police a presque triplé au cours de la même période, passant de 200 incidents signalés en 2014 à 597 incidents en 2022.

Selon le rapport de Statistique Canada, depuis l’exercice 2012/2013, 84 % des affaires judiciaires pour adultes concernant des accusations de traite des êtres humains se sont soldées par un retrait, un non-lieu ou une relaxe.

L’Institut Fraser a déclaré que le chapitre ne portait que sur les statistiques nationales et que le rapport complet comparerait les taux de criminalité aux États-Unis et dans les zones métropolitaines canadiennes afin de fournir un contexte plus large.

Le Parti conservateur du Canada a publié une déclaration en réponse à l’étude jeudi, accusant les politiques de « prise et remise en liberté » de M. Trudeau d’être à l’origine de l’augmentation de la criminalité.

« Après neuf ans de gouvernement néo-démocrate et libéral, nos villes, autrefois sûres, sont désormais en proie à la criminalité et au chaos. Les politiques radicales d’arrestation et de remise en liberté de M. Trudeau ont libéré des récidivistes violents dans nos rues », peut-on lire dans le communiqué. « Les Canadiens méritent de se sentir en sécurité dans leurs communautés. »

Les conservateurs pointent du doigt deux projets de loi qu’ils ont l’intention d’abroger, car ils estiment qu’ils sont à l’origine de la hausse de la criminalité sous Trudeau.

Le projet de loi C-75 insiste sur le fait que les juges accordent la priorité à la mise en liberté sous caution dans la plupart des situations, ce qui, selon les conservateurs, a eu pour conséquence que des récidivistes, même ceux qui ont déjà violé les conditions de mise en liberté sous caution, se sont vu accorder une mise en liberté sous caution. L’autre projet de loi, C-5, révoque les peines minimales obligatoires pour certains crimes violents, y compris les infractions liées aux armes à feu.

lundi 2 décembre 2024

Suède — Des enfants exécutent une vague de meurtres sous contrat alors que les gangs exploitent une faille dans la loi

Les « manipulateurs » recrutent des jeunes marginaux de 11 ans sur les médias sociaux, alors que les services publics de prise en charge des jeunes délinquants sont débordés.

 Carin Götblad, chef de la police de Stockholm, déclare que de nombreux enfants assassins sont « totalement dépourvus d'empathie ».

Fernando, tueur à gages pour un gang de narcotrafiquants suédois, consulte son téléphone qui émet ses derniers ordres : rassembler les armes, se rendre à la porte d'entrée de la cible et tirer jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de balles.

« Oui, je comprends, mon frère », répond-il avec désinvolture. Il rassemble deux pistolets, un fusil Kalachnikov et un complice, avant de se précipiter vers leur cible, dans la banlieue de Stockholm.

Mais il ne s'agit pas d'un banal règlement de comptes entre gangs. Fernando a 14 ans, c'est un assassin adolescent qui jouait à Fifa dans son club de jeunes lorsque les ordres lui sont parvenus par texto.

Il fait partie des dizaines d'enfants tueurs à gages en Suède, recrutés par des intermédiaires de gangs sur les réseaux sociaux qui paient jusqu'à 150 000 couronnes (13 000 euros, 19 000 dollars canadiens) par mission.

Le nombre d'affaires de meurtre impliquant des enfants suspects en Suède, où le taux de violence armée par habitant est le plus élevé de l'Union européenne, a explosé au cours de l'année écoulée. Les chiffres sont passés de 31 chefs d'accusation au cours des huit premiers mois de 2023 à 102 au cours de la même période de cette année, selon le ministère public suédois.

jeudi 25 juillet 2024

Insécurité croissante à Montréal : le Japon et la France mettent en garde leurs citoyens

Le Japon signale une « détérioration de la sécurité » du métro. La France avertit contre la hausse des vols.

« À Montréal, les crimes contre la personne ont augmenté de 50 % entre 2018 et 2023, selon les statistiques du SPVM [service de police de la ville de Montréal] et la police a du mal à expliquer cette croissance fulgurante des voies de fait, agressions sexuelles et vols en tout genre. »

La hausse de la criminalité à Montréal n'a pas échappé aux visiteurs étrangers. Le Japon a diffusé un avis pour ses citoyens, le 18 juillet, pour leur demander de faire attention dans le métro. La France a aussi revu son avertissement aux voyageurs pour signaler l'augmentation des vols à la tire, vols de véhicules et cambriolages à Montréal.

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Fady Dagher, s'explique mal la croissance fulgurante des crimes contre la personne. « Ça va prendre des études sociologiques pour mieux comprendre. »

Il suspecte néanmoins une banalisation de la violence chez les jeunes, jumelée à un isolement sur les réseaux sociaux.

Montréal n'est pas la seule ville au Canada a connaître une hausse de la criminalité et des délits.

À Toronto aussi
 
Entretemps à Peel (grande région de Toronto), la police affirme que 18 suspects arrêtés (photo ci-dessous) dans le cadre d'une série d'invasions de domicile, de détournements de voiture et de vols avec violence dans la région de Peel sont liés à un « réseau criminel organisé » opérant à partir de Brampton et de Mississauga.

La police régionale de Peel affirme que la quasi-totalité des armes à feu utilisées dans la piraterie routière et les violations de domicile sont passées illégalement en contrebande depuis les États-Unis. Elle a également déclaré que la quasi-totalité des suspects arrêtés dans le cadre d'une vaste opération baptisée " ProjectWarlock " étaient des récidivistes qui avaient été libérés sous caution. Peel a connu depuis le début 2024 une augmentation de 58 % des détournements de voitures et de 350 % des violations de domicile.




dimanche 2 juin 2024

Que faut-il qu'un étranger fasse au Canada pour en être définitivement déporté...?

Résumé :
  • 2007: arrive du Nigéria comme réfugié avec un faux passeport.
  • 2010: Interpol informe le Canada qu’un jugement utilisé pour justifier son récit était faux.
  • 2015: expulsé et renvoyé au Nigéria.
  • 2015, 2 mois plus tard: retour au Canada avec passeport prétendument perdu.
  • 2024: sans statut au Canada, il était visé par un ordre de renvoi, mais neuf ans plus tard le processus judiciaire est toujours en cours.
  • 2024: condamné, pour avoir volé 59 véhicules accidentés à un encanteur (commissaire-​priseur) grâce à un stratagème complexe, à deux ans de prison à domicile, alors que la Couronne réclamait 30 mois de pénitencier. Il risque d'être déporté.
  • 2024: il fait appel.

Ekens Azubuike a été arrêté chez lui en 2020.

Détails:


Quelques heures de délibérations ont suffi au jury pour déclarer l’homme de 52 ans coupable de fraude de plus de 5000 $ à la mi-mai au palais de justice de Montréal. Mercredi dernier, le juge James Brunton de la Cour supérieure l’a condamné à deux ans moins un jour, de prison à domicile et à deux ans de probation.

En entrevue avec La Presse de Montréal, Ekens Azubuike se dit victime d’une « conspiration » de l’Agence des services frontaliers. Il accuse le juge d’être « biaisé » et d’avoir « protégé » l’État.

Il n’est pas question ici de vols de véhicule dans les rues, véritable fléau à Montréal. Le stratagème d’Ekens Azubuike était beaucoup plus élaboré. Les médias en avait d’ailleurs rapporté les grandes lignes en 2020. En résumé, il a acquis frauduleusement un lot de 59 véhicules vendus par un encanteur spécialisé dans la vente de véhicules accidentés rejetés par les compagnies d’assurances. Une fraude d’environ 300 000 $.

Pour ce faire, Ekens Azubuike a mis sur pied une société à numéro [sans raison sociale, sans nom d'entreprise] en utilisant l’identité d’une personne à son insu. Le fraudeur a ensuite falsifié un paquet de documents, dont une lettre d’avocate et des papiers d’identité. Sa société fantoche censément  spécialisée dans le transport de marchandises est devenue une cliente légitime de l’encanteur [vendeur aux enchères] COPART, une multinationale américaine présente à Montréal.

Entre décembre 2019 et janvier 2020, la société factice a acheté une cinquantaine de véhicules de COPART grâce à de fausses traites bancaires. Pendant cette période, Ekens Azubuike est même allé jusqu’à appeler COPART à plusieurs reprises sous un faux nom à consonance russe

Quand COPART a découvert que les traites étaient sans fond, il était trop tard. Des véhicules avaient déjà été livrés. En outre, le jour même de l'opération, l'entreprise bidon avait déjà vendu les véhicules à Ekens Foundation International. C’est par l’entremise de cette société appartenant à l’accusé que de nombreux véhicules ont pris la mer vers l’Afrique.

Selon la preuve présentée au procès, sur les 59 véhicules volés, 27 ont été retrouvés, dont 4 au port de Montréal dans un conteneur. Une quinzaine de véhicules qui étaient déjà dans un bateau en direction de l’Afrique ont pu être rapatriés. On ignore ce qui est advenu des véhicules manquants.

L’art du mensonge

Ekens Azubuike, qui se présentait sans avocat, n’a pas témoigné pour sa défense. Le juge Brunton le décrit comme un homme « peu sincère ». « Il est difficile de lui accorder de la crédibilité », a-t-il résumé.

C’est d’ailleurs par un mensonge qu’Ekens Azubuike s’est installé au Canada. En 2007, il est arrivé comme réfugié avec un faux passeport allemand en se disant persécuté au Nigeria en raison de sa participation à un mouvement séparatiste régional. Or, en 2010, Interpol a informé le Canada qu’un jugement invoqué par Azubuike pour justifier son récit était faux.

Le fraudeur a finalement été expulsé au Nigeria en 2015. À peine deux mois plus tard, il était de retour au Canada avec un passeport qu’il prétendait avoir perdu. Il déclara alors avoir été torturé pendant son séjour au Nigeria et souhaitait obtenir le statut de résident permanent pour motif humanitaire. Sans statut au Canada, il était visé par un ordre de renvoi. Mais le processus judiciaire est toujours en cours.

Le procureur de la Couronne Me Denis Trottier réclamait de 25 à 30 mois de pénitencier et la restitution de 136 000 $ à la victime. Il a relevé de nombreux facteurs aggravants, dont la préméditation, la complexité de la machination, le vol d’identité et le montant de la perte.

Il fait appel de sa condamnation

Le juge James Brunton se montre sévère à l’égard de la Couronne : il lui reproche de n’avoir fait aucune « réelle tentative » pour établir le montant de la fraude et de la perte subie par l’encanteur. Le juge souligne que l’encanteur a d’ailleurs décidé de mettre fin à une poursuite civile contre l’accusé. C’est pourquoi le juge a refusé d’obliger Azubuike à rembourser.

Pourquoi le juge a-t-il accordé une peine de prison à domicile à Ekens Azubuike ? Son analyse est résumée en un seul paragraphe. Le juge y souligne l’absence d’antécédent judiciaire de l’accusé [et son entrée au Canada sous faux prétexte ?!], son respect des conditions de remise en liberté, ses problèmes de santé et le fait qu’il ne soit pas un danger pour la société.

« Le Tribunal souligne que les ennuis de santé de M. Azubuike ne l’ont pas empêché d’orchestrer un stratagème frauduleux prolongé et prémédité qui inclut la contrefaçon de documents », affirme le juge Brunton.

Ekens Azubuike espérait toutefois une peine de moins de six mois pour éviter son expulsion du Canada. Or, son crime méritait une peine plus sévère, malgré les impacts sur son statut d’immigration, selon le juge.

Ekens Azubuike a porté le verdict en appel. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales dit être en train de l’analyser.


Source : La Presse de Montréal