Affichage des articles dont le libellé est adoption. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est adoption. Afficher tous les articles

mardi 24 février 2026

Québec — Qui osera encore dénoncer la DPJ ?

Après avoir dénoncé le fonctionnement de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), Geneviève Guérin a dû rester recluse chez elle pendant deux semaines, avant d’apprendre qu’elle était congédiée.

« Lorsque l’on a su que j’avais parlé à un journaliste, on m’a téléphoné à domicile. C’était vers 19 heures. On m’a ordonné de ne pas sortir et de ne parler à personne tant que le conseil d’administration — le C.A. — n’aurait pas décidé de mon sort. Cela a duré plus de quatorze jours. »

Durant cette période, elle est restée dans l’attente. Puis la décision est tombée : elle était licenciée et devait venir récupérer ses effets personnels.

« Cela a été l’une des épreuves les plus difficiles de ma vie. Ce n’est que depuis quelques mois que j’ai retrouvé une parole fluide ; auparavant, je me mettais à bégayer dès qu’une personne inconnue me posait une question. »

Travailleuse sociale depuis plus de vingt ans, Geneviève Guérin dirigeait le Centre PIE, un organisme communautaire financé en partie par des fonds publics. Cet organisme accompagne des familles suivies par la DPJ de la région Mauricie–Centre-du-Québec. Au Québec, la DPJ est un service public chargé d’intervenir lorsque la sécurité ou le développement d’un enfant est compromis — par exemple en cas de négligence, de maltraitance ou de graves conflits familiaux.

Au fil du temps, Mme Guérin dit avoir vu passer des dossiers qui l’ont profondément troublée : des évaluations caviardées ou modifiées, des informations altérées, des documents falsifiés. Selon elle, certains enfants étaient orientés vers l’adoption de manière expéditive, « en tournant les coins très ronds », expression québécoise qui signifie agir trop rapidement ou en négligeant des étapes importantes.

Elle affirme également avoir signalé plusieurs situations à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), un organisme public indépendant chargé de veiller au respect des droits fondamentaux, notamment ceux des enfants. D’après elle, ces signalements n’ont pas été suivis d’effets.

Refusant d’accepter que certains dossiers d’adoption soient précipités ou que des informations y soient modifiées, elle a finalement décidé de parler publiquement. « Il y a eu des démarches avant d’en arriver à dire à Sébastien : “vas-y, publie.” » Le journaliste auquel elle fait référence est Sébastien Houle, du quotidien régional Le Nouvelliste.

La révélation a fait l’effet d’une bombe.

Le ministre responsable à l’époque, Lionel Carmant, a qualifié la situation d’« inacceptable ». La CDPDJ a alors décidé d’examiner 140 dossiers d’adoption traités entre le 1er janvier 2021 et le 1er janvier 2023.

Dans son rapport rendu en avril 2025, la Commission écrit avoir des raisons de croire qu’un problème systémique existait au sein de la DPJ de la Mauricie–Centre-du-Québec et que cette situation avait entraîné de nombreuses atteintes aux droits des enfants.

Les constats sont sévères :

* dans 80 % des dossiers, aucun outil clinique n’avait été utilisé ;
* dans 66 % des cas, la décision reposait uniquement sur le fait qu’un parent avait lui-même eu affaire à la DPJ durant son enfance ;
* dans 49 % des dossiers, les faits invoqués pour justifier la décision n’avaient pas été vérifiés.

La Commission a aussi relevé des informations omises, manipulées ou même inventées.

À la suite de ces révélations, le ministre Carmant avait annoncé que la DPJ serait placée « sous tutelle ». Au Québec, cela signifie normalement qu’une autorité supérieure prend temporairement le contrôle d’un organisme pour le redresser. Or, on a appris par la suite qu’il ne s’agissait en réalité que d’un accompagnement de trois mois. Au terme de cette période, la personne chargée de cet accompagnement, Sonia Mailloux, a été nommée directrice.

Quoi qu’il en soit, l’affaire a provoqué un choc important dans le réseau.

Mais Geneviève Guérin a-t-elle été remerciée d’avoir mis en lumière un problème systémique dans le traitement des dossiers d’adoption ? D’avoir contribué à une prise de conscience collective ? Évidemment non. Non seulement la lanceuse d’alerte n’a jamais retrouvé son poste, mais il lui a fallu trois ans pour décrocher un nouvel emploi, et encore dans une autre région.

Pourtant, elle avait été encouragée par plusieurs responsables politiques, dont le premier ministre du Québec François Legault, à porter plainte auprès du Protecteur du citoyen. Au Québec, cette institution joue un rôle comparable à celui d’un médiateur ou d’un ombudsman : elle enquête sur les plaintes visant l’administration publique.

Cette démarche s’appuyait sur une nouvelle loi destinée à protéger les lanceurs d’alerte — appelés au Québec « divulgateurs » ou parfois « sonneurs d’alerte » — entrée en vigueur en novembre 2024. Or, les faits dénoncés par Mme Guérin étaient antérieurs à cette loi.

« Je lui ai dit : “Monsieur Carmant, les représailles que j’ai subies datent d’avant votre loi.” Il m’a répondu : “Non, votre plainte est recevable, nous avons modifié la loi à cause de vous.” »

La décision du Protecteur du citoyen, rendue en juin, a toutefois été tout autre. L’enquêtrice a rappelé qu’une divulgation est considérée conforme à la loi lorsqu’elle est faite aux autorités compétentes — comme le Protecteur du citoyen, la Commission municipale du Québec ou le Commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale — ou à l’intérieur même de l’organisme concerné. Cela permet, en principe, que les faits soient examinés et que des mesures correctrices soient prises.

Mais parler directement aux médias ne donne pas accès aux protections prévues contre les représailles. Par conséquent, l’examen de la plainte a été clos.

Autrement dit : dénoncer publiquement la DPJ ne permet pas de bénéficier des protections juridiques destinées aux lanceurs d’alerte.

Le paradoxe est frappant : selon plusieurs observateurs, si Geneviève Guérin n’avait pas témoigné publiquement, l’enquête d’envergure de la CDPDJ n’aurait sans doute jamais été lancée.

Quant à la directrice nationale de la DPJ, Lesley Hill, elle a plutôt pris la défense des intervenants du réseau de la DPJ. Le 7 mai, alors que Mme Guérin assistait aux travaux de l’Assemblée nationale — le parlement du Québec — et que des élus la remerciaient d’avoir attiré l’attention sur les droits bafoués de plusieurs enfants, Mme Hill diffusait une vidéo destinée au personnel de la DPJ.

Elle y évoquait la difficulté d’entendre des accusations telles que « parjure », « falsification » ou « omission volontaire », laissant entendre que les intervenants n’agissaient pas délibérément de la sorte.

Pourtant, ce sont précisément des pratiques de ce type que la Commission a relevées dans plusieurs dossiers.

Dans son message, la directrice invitait plutôt à se concentrer sur les « petits miracles » accomplis par le réseau, tout en affirmant sa solidarité avec les intervenants.

La question demeure : dans ces conditions, qui osera encore soulever le couvercle ?


Voir aussi
 
 

DPJ — acharnement et impunité de la DPJ. Qui protège les parents contre la DPJ ?

Projet de loi 15 du Québec — les parents de plus en plus évincés par l’État comme protecteur de l’intérêt de l’enfant  

DPJ utilisée pour harceler les parents-éducateurs à la maison

Ce n’est pas aux législateurs de décider ce qui est bon pour les enfants, c’est aux parents  

« Il faut démanteler la DPJ », déclare l’ex-juge Andrée Ruffo

Syndicats : « Adapter l’école aux garçons nuirait à leur réussite »

DPJ retire deux filles à leurs parents sur fond d’instruction à la maison 

Abus par la DPJ et par le personnel de l’hôpital pour enfants Sainte-Justine  

Mort d’une fillette à Granby : « Les institutions payées pour protéger la petite, elles n’ont pas fait leur devoir », affirme l’ex-juge Ruffo

DPJ — Un juge parle d’« un manquement important [aux] devoirs » de la direction

Le projet de loi S-206 empêcherait d’utiliser la force raisonnable pour corriger un élève ou un enfant

La CAQ veut que la DPJ puisse sévir contre les parents rétifs au Monopole de l’Éducation du Québec

Québec projet de loi 144 et son impact sur l’instruction à domicile (la DPJ pourra être impliquée !)

Tribunal reconnaît deux intervenantes de la DPJ coupables, mais la DPJ échappe à toute condamnation, car une clause d’immunité la protège

Abus par la DPJ et par le personnel de l’hôpital pour enfants Sainte-Justine

Droits parentaux amoindris — Des parents en furie contre la DPJ

Menacée par l’école de faire appel à la DPJ, la mère renvoie sa fille à l’école où elle vit le martyre, la fille se suicide

La DPJ intervient, dans l’intérêt supérieur de l’enfant, vraiment ?

Cour suprême : Enfant envoyé par un juge en garderie pour le « socialiser » après que seuls les experts de la DPJ ont pu témoigner

Ne pas trop parler des dysfonctionnements de la DPJ afin de garder la foi dans le système

La DPJ recule après plus 3 ans d’interrogatoires, de tests et de procès : une famille recouvre sa liberté

Euthanasie — le Québec et son culte du consensus froissés

Comment Québec a privé les parents et les élèves d’un choix de cours de morale ou de religion à l’unanimité, encore une fois...
 

jeudi 12 septembre 2024

Chine — La politique de l'enfant unique est terminée, mais le taux de fécondité continue de baisser

La politique de l'enfant unique en Chine est terminée. Pourtant, le taux de fécondité en Chine continue de baisser et ne sera plus que de 1,02 naissance par femme en 2023.

Un rappel de l'histoire de la Chine en matière de contrôle brutal de la population, et de la façon dont les répercussions des politiques passées se font encore sentir aujourd'hui.

La politique de l'enfant unique en Chine a finalement pris fin en 2015.  Le tollé suscité par l'avortement forcé de Feng Jianmei en 2012, après que des photos explicites (ci-dessous) eurent été diffusées de manière virale en Chine, a été l'un des éléments déclencheurs de la fin de cette politique.

Quels que soient les arguments avancés pour justifier la politique de l'enfant unique, ils n'avaient plus aucun sens en 2012. La capacité de la Chine à se nourrir ne faisait aucun doute et sa fécondité était inférieure au taux de remplacement depuis deux décennies.

Pourtant, les autorités locales ont maintenu cette politique avec une ferveur grotesque.

Les récits de l'application de la politique de l'enfant unique en Chine sont atroces, d'autant plus tristes que l'on se rend compte que tout cela était inutile (tous les pays d'Extrême-Orient ont vu leur natalité diminuer rapidement), et que la Chine serait bientôt confrontée à une crise de déclin démographique rapide.

L'un des moyens d'application de cette politique consistait à refuser les papiers de citoyenneté aux enfants nés en violation de la politique, ce qui compromettait leur avenir. Ainsi, He Shenguo a-t-il tué deux fonctionnaires qui refusaient d'enregistrer la naissance de son enfant. Dans la photo ci-dessous, il fait ses adieux à sa femme avant d'être exécuté.

Aujourd'hui encore, des millions de personnes nées en violation de cette politique restent des citoyens de seconde zone, sans papiers, dans le seul pays qu'ils aient jamais connu.

Le livre de Paul R. Ehrlich intitulé « La bombe P», publié en 1968 afin de semer la panique, a eu un impact profond sur les dirigeants du PCC et a été l'une des principales raisons de la politique de l'enfant unique.

L'idéologie anti-nataliste d'Ehrlich a aujourd'hui de nombreuses ramifications destructrices, dont le mouvement pour l'extinction de l'espèce humaine.

L'un des effets persistants de la politique chinoise est un déséquilibre démographique entre les hommes et les femmes, avec un « excès » de jeunes hommes allant jusqu'à 40 % dans certaines régions de Chine.

Bien que la Chine souhaite désespérément augmenter son taux de natalité, trop peu de jeunes filles sont nées pour devenir des épouses et des mères aujourd'hui.

Pire encore, la culture confucéenne pro-famille qui avait soutenu la Chine pendant des millénaires a été pratiquement anéantie.

Dans certaines provinces du nord, où la politique a été appliquée avec plus de fermeté, le taux de fécondité ne représente que la moitié de celui du sud, où la politique a été appliquée avec moins de fermeté.

La fécondité de la Chine risque de baisser encore davantage, car les intentions de fécondité des jeunes Chinois sont les plus faibles du monde.

Que peut faire la Chine pour augmenter son taux de natalité ?

La Chine devra tirer un trait sur l'ère du contrôle de la population et reconnaître sincèrement ses erreurs passées, faute de quoi les efforts en faveur de la natalité seront accueillis avec cynisme.

D'une manière générale, la Chine devra peut-être embrasser la liberté religieuse si elle veut que des sous-cultures à fécondité plus élevée s'enracinent.

Le démographe William Huang écrit : « Le parti communiste chinois ne tolérerait jamais l'existence d'une communauté religieuse fermée. Mais regardons les choses en face : les amish n'existent que parce que la Constitution américaine garantit la liberté de religion et que ce principe est effectivement appliqué en Amérique.
Si une telle communauté venait à s'implanter en Chine, les amish qui se déplacent à cheval et en buggy seraient envoyés dans des camps de travail, leurs enfants seraient rééduqués de force ou les femmes seraient tout simplement stérilisées en masse ».

Espérons que Huang se trompe. Peut-être la Chine autorisera-t-elle la liberté de croyance lorsqu'elle reconnaîtra que des cultures aussi variées pourraient jouer un rôle clé dans le redressement démographique, tout comme elles constituent une part importante de la vitalité de l'Amérique.

Outre la religion, la culture du travail en Chine pose problème. La culture dite « 996 » (travail de 9 heures à 21 heures six jours par semaine) ne laisse guère de temps pour une vie sociale, et encore moins pour une famille.

Enfin, le style de construction de la Chine au cours des dernières décennies a certainement été antinataliste, avec une mer de gratte-ciel dans chaque ville.

La Chine est peut-être coincée avec le parc immobilier qu'elle a construit, à moins qu'elle ne soit prête à démolir nombre de ses tours modernes.

À l'avenir, la Chine devrait construire autant de maisons unifamiliales que possible, pour au moins donner à ceux qui veulent essayer d'avoir une famille plus nombreuse une base de travail.
 
 On pourrait penser que le taux de fécondité ne pourrait pas être plus bas que le chiffre apparemment impossible de 0,72 naissance par femme en Corée du Sud en 2023 ? Pourtant, Macao tend vers 0,49 naissance par femme en 2024. Une leçon évidente serait de ne pas concevoir des logements comme à Macao si l'on veut que son pays ait un avenir.

Macao

Le fait que la plupart des habitants de Macao soient irréligieux ou que la religion la plus répandue, le bouddhisme, ne soit pas favorable à la famille par rapport aux religions abrahamiques ne favorise pas les choses.

Les variables qui expliquent la baisse de la natalité sont nombreuses, mais la densité en est une importante, mais pas la seule. Mais que préconiser ? Réduire l'éducation des femmes ? Il est difficile d'imaginer que cela serait populaire. Devrions-nous plutôt supprimer la contraception ? Cette idée est loin d'être gagnée d'avance.

On pourrait objecter que Le Caire, avec sa forte densité, a une population très jeune, mais même Le Caire a une fécondité plus faible que le reste de l'Égypte. La plus grande différence entre Le Caire et la Chine est qu'il y règne une religion extrêmement pronataliste, l'islam.

Forte densité et faible natalité

Mais le lien entre densité plus élevée et faible fécondité se vérifie partout, même en Afrique.

Considérons quelques études.

Tout d'abord, Lutz et coll. (2006) ont examiné 145 pays et, en tenant compte de plusieurs variables socio-économiques, Lutz et coll. concluent : « La densité de population est désormais le facteur le plus important pour expliquer le niveau de fécondité, seule l'alphabétisation des femmes s'en rapprochant le plus. » Lutz et coll. indiquent que le taux de fécondité diminue avec l'augmentation de la densité dans de nombreux pays.


En outre, dans 94 régions d'Europe, la taille idéale de la famille est corrélée négativement avec la densité de population.
 
 
Dans une étude portant sur 174 pays et menée sur une période de 69 ans, Rotella et coll. (2021) ont constaté une relation négative robuste entre la densité et la fécondité, tant à l'intérieur des pays qu'entre les pays, même en tenant compte d'une série de variables. Ils écrivent que « les différences entre les pays et les changements de densité à l'intérieur des pays au fil du temps prédisent les taux de fécondité, représentant 31 % de la variance de la fécondité » (p < 0.001).

Cette corrélation négative se vérifie dans tous les pays développés et dans la plupart des pays en développement.

De plus, de la Croix et coll. (2017) rapportent que dans 44 pays en développement, une augmentation de la densité de 10 à 1000 habitants par km² entraîne une diminution de la fécondité d'environ 0,7 enfant. En utilisant 20 groupes de densité, les auteurs trouvent une relation négative entre la densité et la fécondité qui est significative à un niveau de p<0,01. 

Enfin, Testa (2004) constate dans un article intitulé Population Density and Fertility que pour l'Indonésie, la fécondité est fortement corrélée négativement avec la densité dans toutes les provinces. 

Voir aussi
 
Le gouvernement de la Chine a annoncé jeudi passé la fin de son programme d’adoptions internationales 32 ans après son lancement, en 1992. La majorité des 160 000 enfants chinois adoptés dans le monde depuis 1992 sont ainsi des femmes.  En effet, beaucoup de familles chinoises voulaient que le seul enfant auquel ils avaient droit soit un garçon, les hommes ayant longtemps été perçus comme les pourvoyeurs de leurs familles, les filles rejoignant leur belle-famille.

  • Indice de fécondité (nombre d'enfants par femme) en Malaisie par ethnie, basé sur les données des naissances de janvier-juin 2024 (2023 entre parenthèses) :
  • Total 1,55 (1,65)
    • Bumiputera [malais de souche] 1,88 (2,00)
    • Chinois 0,79 (0,80)
    • Indiens 1,03 (1,13)
  • L'ISF chinois est stable jusqu'à présent en raison de l'effet de l'année du dragon.
  • Et de même pour Singapour, ISF en 2024 (2023 entre parenthèses) :
  • Total 0,93 (0,97) [chaque génération est deux fois plus petite que la précédente]
    • Chinois 0,81 (0,81)
    • Malais 1,55 (1,65)
    • Indiens 0,94 (0,95)

Tours d'habitation à Singapour nommées l'Avenir (en français...)

 

jeudi 13 juillet 2023

Québec — Nouveaux articles au Code civil portant sur les mères porteuses (GPA)

D’aucuns prétendent que la Coalition Avenir Québec (Québec), au pouvoir, serait de droite. Pourtant sur les dossiers sociétaux, la CAQ ne se distingue pas de la gauche.

Nouvel exemple, ces nouveaux articles au Code civil portant sur les mères porteuses (GPA) entrés en vigueur le 6 juin 2023.

§2. — Du projet parental impliquant une grossesse pour autrui

I — Dispositions générales

Art. 541,1 Formation du projet Le projet parental impliquant une grossesse pour autrui est formé dès lors qu’une personne seule ou des conjoints domiciliés au Québec ont décidé, afin d’avoir un enfant, de recourir à une femme ou à une personne qui n’est pas partie au projet parental pour donner naissance à cet enfant.

Enfants visés

Le projet parental vise tous les enfants qui en sont issus et ne peut permettre de les dissocier.

Art. 541,2 Convention de grossesse pour autrui La personne seule ou les conjoints ayant formé le projet parental doivent, avant la grossesse projetée, conclure une convention de grossesse pour autrui avec la femme ou la personne qui a accepté de donner naissance à l’enfant. Aucune autre personne ne peut y être partie.

Âge minimal Cette femme ou cette personne qui a accepté de donner naissance à l’enfant doit, au moment de la conclusion de la convention, être âgée de 21 ans ou plus. Si elle est une sœur, une ascendante ou une descendante de la personne seule ou de l’un des conjoints ayant formé le projet parental, il ne doit y avoir aucune combinaison de son matériel reproductif avec celui de sa fratrie, de son ascendant ou de son descendant.

Art. 541.3 Contribution à titre gratuit La contribution au projet parental de la femme ou de la personne qui a accepté de donner naissance à un enfant doit être à titre gratuit ; elle a néanmoins droit, conformément aux normes prévues par règlement du gouvernement, au remboursement ou au paiement de certains frais et à une indemnisation, le cas échéant, pour la perte de revenus de travail occasionnée par cette contribution. Lorsqu’elle est domiciliée hors du Québec, elle a aussi droit, selon ce qui est prévu par la loi de l’État de son domicile, au remboursement ou au paiement de certains frais et à l’indemnisation pour la perte de revenus de travail.

Remboursement des montants La personne seule ou les conjoints ayant formé le projet parental ne peuvent réclamer le remboursement des montants qu’ils ont versés en vertu du premier alinéa du seul fait que le projet n’a pas été mené à terme.

Art. 541.4 Filiation de l’enfant Pour que soit mené à terme le projet parental impliquant une grossesse pour autrui, la femme ou la personne qui a donné naissance à l’enfant doit, après la naissance de celui-ci, consentir à ce que la filiation de l’enfant soit établie exclusivement à l’égard de la personne seule ou des deux conjoints ayant formé le projet parental.

Art. 541,5 Renonciation sans effet Est sans effet la renonciation de la femme ou de la personne qui a accepté de donner naissance à l’enfant à son droit d’exprimer, après la naissance de l’enfant, sa volonté quant à l’établissement de la filiation de celui-ci.

Clause sans effet Est aussi sans effet la clause tendant à empêcher la femme ou la personne qui a accepté de donner naissance à un enfant d’exprimer de façon libre et éclairée son consentement après la naissance de l’enfant. L’est également la clause pénale visant le même but.

Art. 541,6 Réclamation de filiation interdite L’enfant ne peut réclamer une filiation à l’égard de la femme ou de la personne qui lui a donné naissance dans le cadre d’un projet parental impliquant une grossesse pour autrui auquel elle a contribué. Pareillement, celle-ci ne peut, une fois que son consentement à ce que la filiation de l’enfant soit établie exclusivement à l’égard de la personne seule ou des deux conjoints ayant formé le projet parental a été donné ou est réputé avoir été donné, réclamer un lien de filiation à l’égard de l’enfant.

II — Des enfants issus d’un projet parental dans le cadre duquel les parties à la convention sont domiciliées au Québec

1. — Dispositions générales

Art. 541.7 Domicile La personne seule ou les conjoints ayant formé le projet parental ainsi que la femme ou la personne qui a accepté de donner naissance à l’enfant doivent être domiciliés au Québec depuis au moins un an lors de la conclusion de la convention de grossesse pour autrui pour que les règles permettant l’établissement légal ou judiciaire de la filiation de l’enfant puissent s’appliquer au projet parental impliquant une grossesse pour autrui.

Art. 541.8 Fin de la grossesse Seule la femme ou la personne qui a accepté de donner naissance à un enfant dans le cadre d’un projet parental impliquant une grossesse pour autrui peut, en tout temps avant la naissance de l’enfant, mettre fin unilatéralement à la convention de grossesse pour autrui ; elle doit alors le faire par écrit et en notifier copie à la personne seule ou aux conjoints ayant formé le projet parental. Dans ce dernier cas, la notification à l’un des conjoints est réputée faite à l’égard de l’autre.

Fin de la convention En cas d’interruption de la grossesse, il est mis fin à la convention de grossesse pour autrui sans autre formalité.

Art. 541,9 Consentement Pour donner son consentement, la femme ou la personne qui a donné naissance à l’enfant doit consentir expressément à ce que son lien de filiation à l’égard de l’enfant soit réputé n’avoir jamais existé et à ce qu’un lien de filiation soit établi à l’égard de la personne seule ou des deux conjoints ayant formé le projet parental.

Forme du consentement Le consentement doit être donné par acte notarié en minute ou par acte sous seing privé en présence de deux témoins qui n’ont pas d’intérêt au projet de grossesse pour autrui. Dans ce cas, son auteur et les témoins le signent et y indiquent la date et le lieu où il est donné. Le consentement peut aussi être donné par une déclaration judiciaire dans le cadre d’une instance ayant trait à la filiation de l’enfant. Le refus de consentir n’est, pour sa part, soumis à aucune forme particulière.

Autre langue Si le consentement est donné dans une autre langue que le français, il doit être accompagné d’une traduction vidimée au Québec.

Réglementation Un règlement du gouvernement peut déterminer d’autres éléments sur lesquels le consentement doit porter ainsi que le contenu du document qui en fait état.

Art. 541.10 Insaisissabilité Les montants versés en remboursement de certains frais et, le cas échéant, l’indemnité versée pour la perte de revenus de travail à la femme ou à la personne qui a accepté de donner naissance à l’enfant en raison de sa contribution à un projet parental impliquant une grossesse pour autrui sont insaisissables. Toutefois, l’indemnité versée pour indemniser la perte de revenus de travail est saisissable à l’égard d’une dette alimentaire conformément aux articles 694 et suivants du Code de procédure civile (RLRQ, chapitre C-25.01), compte tenu des adaptations nécessaires.

Voir aussi

Québec — Cours d’éducation à la sexualité ou comment endommager une génération en une seule prise…

La CAQ (censément de droite), ce gouvernement dur avec les conservateurs qui défend les travelos et les nus anti-blancs dans un musée

Unanimisme — L’Assemblée nationale se porte à la défense des travelos lecteurs de contes pour enfants

Ministre de la condition féminine défend hommes trans et annonce dépenses de 0,8 million $. Et « vos yeules ! » 

La « personne » enceinte — Loi sur les normes du travail du Québec, article 81.4 (oui, oui, sous la CAQ)

François Legault : « Notre société doit peut-être donner un petit peu moins de pouvoir au parent biologique »

DPJ — acharnement et impunité de la DPJ. Qui protège les parents contre la DPJ ?

Projet de loi 15 du Québec — les parents de plus en plus évincés par l’État comme protecteur de l’intérêt de l’enfant  

DPJ utilisée pour harceler les parents-éducateurs à la maison

Québec — contrairement aux promesses électorales, un record d’immigrants (plus de 100 000/an) [m à j]

 

dimanche 20 juin 2021

États-Unis — La Cour Suprême unanime pour défendre la liberté de refuser l’adoption par des homosexuels

La Cour suprême des États-Unis a donné raison jeudi à un organisme catholique qui refusait de placer des enfants dans des familles homosexuelles. La haute cour a jugé à l’unanimité que la ville de Philadelphie, gérée par des démocrates, avait eu tort de rompre, en 2018, un contrat qui la liait à un de ses prestataires en matière d’aide à l’enfance, l’agence Catholic Social Services (CSS). La décision est en ligne ici.

L’agence Catholic Social Services célèbre la décision de la Cour suprême du 17 juin 2021 à Washington

La mairie avait décidé de ne plus lui confier d’enfants parce qu’un de ses responsables avait déclaré dans la presse qu’elle refuserait de placer des mineurs dans des foyers de couple de même sexe.

Premier amendement violé

Le juge en chef John Roberts a écrit dans un avis à la majorité du tribunal que Philadelphie avait violé le premier amendement en refusant de contracter avec les services sociaux catholiques une fois qu’il avait appris que l’organisation ne certifierait pas les couples de même sexe pour adoption.

« La clause de libre exercice du premier amendement, applicable aux États en vertu du quatorzième amendement, prévoit que » le Congrès ne fera aucune loi… interdisant le libre exercice « de la religion », a écrit Roberts.

« Dans un premier temps, il est clair que les actions de la Ville ont pesé sur l’exercice religieux de la CSS en la mettant au choix de restreindre sa mission ou d’approuver des relations incompatibles avec ses croyances », a-t-il ajouté.

 Système d’exceptions prévu par la ville

« Il est clair que la ville a fait pression sur CSS en lui donnant le choix de restreindre sa mission, ou d’approuver des relations incompatibles avec ses convictions », a estimé le juge en chef John Roberts qui a rendu l’avis de la Cour. Il ajoute que la CSS ne souhaite pas imposer ses idées à qui que ce soit, mais ne cherche « qu’un accommodement qui lui permettra de continuer à servir les enfants de Philadelphie d’une manière conforme à ses croyances religieuses ». Pour la Cour suprême, le refus de la ville de Philadelphie de conclure un contrat avec CSS viole le premier amendement de la Constitution, qui garantit la liberté religieuse.

La cour écrit que « dans ce dossier » le principe de non-discrimination « ne peut pas justifier de refuser une exception pour motif religieux à la CSS » puisqu’il existe un système d’exceptions dans le contrat entre la ville et ses prestataires, a-t-elle souligné.

La Cour suprême a « de nouveau pris une décision favorable aux libertés religieuses ! Aucune institution privée ne devrait avoir à sacrifier sa foi pour aider la communauté », a tweeté l’élu républicain Jody Hice, proche des milieux chrétiens.

La décision sur cette question délicate était très attendue. Elle vient infirmer le jugement rendu par la troisième Cour d’appel des États-Unis, qui avait statué en faveur de Philadelphie, estimant que la ville appliquait de manière neutre sa politique de non-discrimination et que les services sociaux catholiques n’avaient pas le droit à une exemption.  
 
Les clivages demeurent

Alors que le 4 novembre, la Cour suprême examinait le dossier, la juge Amy Coney Barrett, prenant position en faveur de l’agence, recevait le soutien de « dizaines d’églises, d’élus du Congrès et d’États de la Ceinture biblique, mais aussi du gouvernement républicain de Donald Trump, pour qui Philadelphie avait fait preuve d’“hostilité” envers la religion », rapportait alors Le Figaro le 3 novembre 2020.

La grande ville du Nord-Est aux mains des démocrates, quant à elle, recevait également de nombreux soutiens, dont celui de la puissante organisation de défense des droits civiques ACLU, qui mettait en garde contre les conséquences d’un jugement favorable à l’agence catholique. L’association estimait qu’une victoire de la CSS autoriserait des agences privées qui assurent des missions de service public — familles d’accueil, banque alimentaire, foyer pour sans-abri, etc. — à refuser leurs services à la « communauté » LGBT.

Selon le lobby LGBT, une décision en demi-teinte

Selon les défenseurs des droits LGBT, la victoire de leurs opposants ne serait cependant pas complète. « La Cour n’a pas établi un droit général pour les organisations religieuses à violer les lois anti-discriminations », a souligné ACLU.

L’opinion des juges est cependnant considérée comme une nouvelle victoire pour les droits religieux. Une étude publiée plus tôt cette année a révélé une augmentation de 35 points de pourcentage du taux de décision de la Cour suprême en faveur de la religion au cours des 70 dernières années. Il faut cependant se demander si cela n’explique pas par le fait que la liberté religieuse est de plus en plus entamée par des autorités et fonctionnaires, censément « progressistes », rétives aux points de vue conservateurs chers aux religions établies.

Douglas Laycock, professeur de droit à l’Université de Virginie et éminent universitaire dans le domaine de la liberté religieuse, a déclaré que, comme l’a souligné la décision, il existe plus de 20 agences de placement familial à Philadelphie, dont beaucoup s’adressent aux couples LGBTQ. « Personne n’aura de difficulté à adopter ou à proposer un placement familial à cause de cette décision », a-t-il déclaré.

Nécessité d'un arrêt plus large pour renforcer la liberté religieuse

Il faut se demander ce qui se serait passé si Philadelphie n’avait pas prévu des exceptions dans son système d’accréditation. Cette décision n’incitera-t-elle pas les États et les villes à éliminer les possibilités d’exceptions, privant les institutions religieuses de l’argument utilisé par les juges ici.

Trois des neuf sages de la haute cour ont ajouté, dans une opinion distincte, qu’un arrêt plus large était nécessaire pour renforcer les droits des groupes religieux.

L’opinion de Roberts a été rejointe par les juges Stephen Breyer, Sonia Sotomayor, Elena Kagan, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett. Les juges Clarence Thomas, Samuel Alito et Neil Gorsuch étaient d’accord avec le résultat de l’affaire, mais n’ont pas adhéré au raisonnement de Roberts.

Alito, rejoint par Thomas et Gorsuch, écrit que le raisonnement étroit de Roberts rendra au mieux l’action du tribunal temporaire.

« Cette décision pourrait aussi bien être écrite sur le papier dissolvant vendu dans les magasins de magie », a écrit Alito. « La Ville a insisté pour faire pression sur CSS pour qu’elle cède, et si la Ville veut contourner la décision d’aujourd’hui, elle peut simplement éliminer le pouvoir d’exemption jamais utilisé. »

Alito a écrit que, dans l’arrêt Division de l’emploi que le juge en chef ne remet pas en question, le tribunal « a brusquement écarté près de 40 ans de précédents et a estimé que la clause d’exercice libre du premier amendement [sur la liberté religieuse] tolérait toute règle interdisant ou ordonnant catégoriquement une conduite spécifiée tant qu’elle ne visait pas la pratique religieuse ». Selon une interprétation de cet arrêt donc, tant que les catholiques peuvent « pratiquer leur religion » (aller à la messe, effectuer les sacrements, etc.) il n’y a pas d’enfreinte à leur liberté religieuse même si on leur impose des actions qu’ils réprouvent moralement (comme de placer des enfants à adopter chez des couples homosexuels).

« Même si une règle ne sert aucun objectif important et a un effet dévastateur sur la liberté religieuse, la Constitution, selon l’arrêt [Division de l’emploi c.] Smith, n’offre aucune protection. Cette disposition sévère est mûre pour un réexamen », a ajouté Alito.


vendredi 13 novembre 2020

La Hongrie propose un amendement constitutionnel pour s'opposer à la théorie du genre

Viktor Orban, Premier ministre de Hongrie
Le gouvernement hongrois a proposé mardi un amendement constitutionnel qui défend l’intégrité sexuelle des enfants tout en limitant l’adoption aux couples mariés.

Dans le projet d’amendement soumis au parlement par la ministre de la Justice Judit Varga, la constitution nationale déclarerait que « la mère est une femme, le père est un homme », rapportent les médias hongrois, tout en interdisant le changement de sexe pour les mineurs.

En opposition directe à la théorie du genre, le texte amendé déclare que « la Hongrie protège le droit des enfants à une identité conforme à leur sexe de naissance et garantit une éducation conforme aux valeurs fondées sur l’identité constitutionnelle et la culture chrétienne de la Hongrie. »

La « dignité humaine », déclare un exposé des motifs, « comprend également le droit de chaque enfant à avoir une identité appropriée à son sexe, y compris la protection contre les interférences mentales ou biologiques avec son intégrité physique et mentale. »

La loi hongroise reconnaît déjà le mariage comme une union stable entre un homme et une femme, et l’amendement de mardi stipulerait que seules les personnes vivant dans une telle union seraient autorisées à adopter des enfants. Les célibataires ne peuvent adopter des enfants qu’avec une autorisation spéciale du ministre chargé des affaires familiales.

« La base des relations familiales est le mariage », dit-il. « La mère est une femme, le père est un homme. »

Les responsables gouvernementaux affirment que le nouveau projet de loi renforcera « l’accent mis sur les droits des enfants lors de l’adoption ».

En août, le gouvernement hongrois avait déjà mis fin aux programmes d’études de genre dans les universités publiques après avoir déterminé que les programmes ne servaient aucun but identifiable et étaient basés sur « l’idéologie plutôt que la science ».

Bence Rétvári, secrétaire d’État au ministère des Ressources humaines, a déclaré que les diplômes universitaires doivent être ancrés sur une base scientifique, alors que les études de genre, « comme le marxiste-léninisme », sont plus justement appelées idéologie que science, et sont foncièrement inappropriées pour l’enseignement universitaire.

Le nombre d’étudiants touchés par l’interdiction est minime : seuls 11 candidats ont été admis en étude de genres cette année à l’université Eötvös Loránd de Budapest et deux à l’Université d’Europe centrale, les deux seules universités qui offrent des études de genre en Hongrie.

samedi 12 mai 2018

Québec — un juge demande la reconnaissance des familles à trois parents

Dans la série le Québec toujours à la fine pointe du progrès (voir nos précédents épisodes : À dépenses similaires, l’Ontario diplôme de plus en plus alors que le Québec fait du surplace et Québec : jamais aussi peu de naissances depuis 10 ans, jamais autant de décès depuis la tenue des statistiques).


Le gouvernement devrait permettre à un enfant d’avoir trois parents, demande un juge de Joliette qui devait trancher le sort d’un enfant mis au monde « coopérativement » par un couple de lesbiennes et un homme trouvé sur l’internet.

« Raisonnement » : parce qu’on est en 2018

Le couple lesbien a éclaté, mais les trois individus continuent à prendre soin de la fillette, maintenant âgée de 3 ans. La loi devrait reconnaître cette situation, selon le magistrat, parce que l’impossibilité actuelle « pose problème eu égard à la réalité sociale de 2018 ».

À défaut, le juge a dû à contrecœur expulser la mère non biologique du certificat de naissance afin de faire de la place pour le père biologique de l’enfant, qui souhaitait y apparaître.

« Au lieu d’être en mesure de formaliser la situation par une filiation à trois parents pour le bien de l’enfant, ils se retrouvent dans un combat juridique, tentant d’en éliminer un parmi eux, a regretté le juge Gary Morrison. De quelle façon peut-on conclure que cette situation est dans le meilleur intérêt de l’enfant ? » [Meilleur intérêt est un calque de l’anglais, M. le juge, en français on dit l’intérêt supérieur ou fondamental.]

Le parent dont le nom a été supprimé du certificat de naissance qualifie la décision d’« immorale ». « Moi, ma fille m’appelle papa, elle me saute dans les bras et elle s’en fout, elle », a-t-il dit. Christian* s’appelait Christiane* au moment de la naissance de la fillette et était marié à Johanne*, mais est depuis en transition pour devenir un homme.

C’est sur l’internet que Christiane et Johanne, un couple lesbien de longue date installé dans les Laurentides, ont trouvé Jonathan* dans le but d’avoir un enfant. Ils signent devant un notaire un document qu’ils intitulent « Entente pour mettre un enfant au monde ».

Le texte indique bien que le bébé est un projet des trois individus qui désirent « individuellement et coopérativement mettre au monde et aimer un enfant, dans un contexte d’amour et de diversité ».

Les « experts » interrogés par La Presse valorisent et banalisent ce projet à trois

« Ça existe déjà des coparents qui sont les grands-parents, qui agissent comme figures parentales. Ou encore les parents par alliance [beaux-parents] qui agissent comme coparents. Et ce n’est pas le problème : l’enjeu [pour le développement de l’enfant], c’est la qualité de la relation, la qualité de l’investissement et la permanence. Si l’individu a un rôle auprès de l’enfant, il ne peut pas disparaître par après, il faut qu’il y ait une stabilité. »

– Julie Laurin, professeure adjointe en psychologie à l’Université de Montréal

« Ce qui fait la différence, c’est vraiment la façon dont les adultes s’entendent. C’est ça l’enjeu. Si les adultes s’entendent bien, le développement des enfants est conséquent. [...] Quand on fait des enfants à trois ou à quatre, on réfléchit avant de faire des enfants. Quand on fait des enfants à deux dans un couple hétérosexuel, on peut avoir réfléchi, on peut être rendu là, mais ça peut être aussi par accident. »

– Isabel Côté, professeure de travail social à l’Université du Québec en Outaouais

Réactions

Le gouvernement est demeuré muet sur la récente suggestion d’un juge de la Cour supérieure de permettre la « triparentalité », plus tôt dans la semaine, alors que les autorités catholiques ont clairement exprimé leur opposition à une avenue allant contre « la nature des choses ».

La solution n’est pas de briser le modèle familial traditionnel, a répliqué Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal.

« Plus on peut rester près de la nature des choses — l’enfant vu comme le fruit de l’amour de deux parents —, plus l’enfant est gagnant », a-t-il affirmé en entrevue téléphonique. « Je suis [favorable à ce qu’on trouve] des chemins de bonheur pour les gens, mais le fait de maintenir deux parents pour un enfant m’apparaît important. »

« Le fait même de la procréation assistée — dans le sens de recourir à un donneur — n’est pas privilégié. On voit vraiment l’enfant comme le fruit de l’amour de deux parents. Quand on ouvre la porte à la procréation assistée, ça ouvre la porte à ce que trois personnes se sentent impliquées, comme dans ce couple-là, et finalement demeurent impliquées émotivement, ce qui est compréhensible, a-t-il dit. Ça ouvre la porte à compliquer les choses par la suite. »

« Il faut que les lois restent le plus près possible de la nature des choses », a-t-il ajouté.

Du côté du gouvernement, dans une déclaration transmise par écrit, la ministre de la Justice Stéphanie Vallée ne s’est pas prononcée sur la demande du juge Morrison.

« Par respect pour l’indépendance de la magistrature, nous nous abstiendrons de commenter les opinions contenues au jugement », a-t-elle indiqué. La déclaration souligne que le jugement Morrison est toujours susceptible de faire l’objet d’un appel et qu’il « respecte le droit en vigueur au Québec en matière de filiation ».

La ministre souligne aussi qu’un rapport d’expert de 2015 sur une possible réforme du droit de la famille recommandait le maintien de la limite de deux parents qui existait jusque-là.

* Nom changé.

dimanche 20 décembre 2015

Mariage et adoption pour les homosexuels — 63 % Slovènes s'y opposent par référendum

Selon les résultats de la Commission électorale d'État, les Slovènes ont voté contre une loi qui permettrait aux couples de même sexe de se marier et d'adopter des enfants.

Quelque 63,48 pour cent des électeurs se sont déclarés opposés à la loi, tandis qu'environ 36,52 % l'appuient, selon les résultats préliminaires après le dépouillement de plus de 99 pour cent des votes.

La loi avait été adoptée à une large majorité au Parlement par la gauche et le parti centriste du premier ministre Miro Cerar et elle donnait aux couples homosexuels les mêmes droits qu’aux hétérosexuels, dont celui de l’adoption, point le plus contesté par les opposants au mariage homo. Le premier ministre et le président Borut Pahor soutenaient le camp du Oui.

Le Pape investi pour le « non »

Grâce à 40 000 signatures, l’opposition de droite et l’Église catholique avaient obtenu la tenue d’un référendum d’initiative populaire, suspendant immédiatement l’application de la loi. Aussi, aucun homosexuel ne s’était encore « marié ».

En 2012, les Slovènes avaient déjà dit non à 55 % au prétendu mariage homosexuel lors d’un référendum similaire.

Si ce pays de deux millions d’habitants, membre de l’Union européenne depuis 2004, est généralement considéré comme le plus libéral des anciennes nations communistes, l'importance de l’Église catholique y demeure très forte. Sans évoquer explicitement le vote, le Pape a encouragé mercredi dernier « tous (les Slovènes), spécialement ceux qui ont des responsabilités publiques, à soutenir la famille, structure de référence de la vie en société ».

Sondages et médias 

Selon Reuters, les derniers sondages laissaient augurer d'un résultat serré... TV5 parlaient de sondages serrés.



La télé belge parlait de même d'un sondage serré à 19 h 30 heure locale lors de son journal télévision, répétant ainsi la dépêche sur son site internet :






Un sondage mené par Delo Stik en février 2015 indiquait que 51 % des Slovènes soutenaient le projet de loi alors qu'il était débattu à l'Assemblée nationale à l'époque, alors que 42 % s'y opposaient.

Un autre sondage réalisé par Ninamedia en mars 2015 indiquait qu'il ne restait plus que 42 % de répondants favorables à la nouvelle loi, tandis que 54 % y étaient opposés. Les jeunes de moins de 30 ans et les Slovènes de la région littorale étaient ceux qui soutenaient le plus cette nouvelle loi.

Un sondage réalisé en novembre 2015 montrait que 46 % des répondants appuyaient la loi alors que 54% étaient contre. Le sondage suggérait une forte polarisation. Alors que la plupart des femmes, des athées et des citadins soutenaient le projet de loi, une majorité importante d'hommes, de catholiques et de ruraux s'y opposait.

L'avenir  ?

Comme nous l’avons vu, les Slovènes avaient déjà refusé à 55 % le « mariage homosexuel » en 2012. Le peuple ayant mal voté, les partis politiques de gauche avaient décidé de passer par la voie législative. On peut craindre qu’on ne fasse bientôt revoter les Slovènes jusqu’à ce qu’ils votent « bien » ou que l’on trouve une Cour suprême qui décide « correctement » pour le peuple. Entretemps, les écoles et les médias prépareront les Slovènes à s'ouvrir à la modernité et lutteront contre l'hétérosexisme.  À partir de ce moment, uniquement, le débat sera clos et on ne pourra y revenir. La Lumière étant enfin descendue sur ce peuple « où l’Église catholique a encore un poids très fort ».

Source : gouvernement slovène, AFP et Reuters

dimanche 22 mars 2015

Ministre Blais et ECR : pas l'intention d'utiliser la clause dérogatoire

Le journaliste du Devoir, Antoine Robitaille, se demandait si « l’appui indéfectible » du ministre de l’Éducation, François Blais, envers le cours d’éthique et de culture religieuse (ECR) le « conduira-t-il à l’invocation de la clause “nonobstant” afin de déroger à ce jugement ? La question se pose. »

Invocation que Jocelyn Maclure, professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval et membre de la commission Bouchard Taylor, ancien collègue de François Blais, appelle lui aussi à considérer, comme c’est curieux.

Mais, selon Radio-Canada, le ministre François Blais (ci-contre) indique qu’il n’a pas l’intention d’utiliser la clause dérogatoire, la fameuse « clause nonobstant » pour imposer le cours d’éthique et de culture religieuse aux écoles confessionnelles. « On n’en est pas du tout là pour le moment », affirme-t-il.



(Le résumé de la décision de la Cour suprême dans la cause Loyola qui termine cette nouvelle de la SRC vaut son pesant de cacahouètes... : « La Cour suprême a permis jeudi à l’école secondaire Loyola, une école privée, d’enseigner la foi catholique d’un point de vue religieux. [C’était déjà permis, mais pas au sein du cours ECR !] L’école devra aussi [pas “aussi”, il n’y a pas d’opposition !] donner le cours d’éthique et de culture religieuse du ministère de l’Éducation du Québec. » [Passe sous silence le fait que Loyola peut aussi enseigner l’éthique catholique d’une façon non neutre : « Une exemption ne peut pas être refusée au motif que Loyola doit enseigner le catholicisme et l’éthique catholique suivant une perspective neutre » dans la conclusion majoritaire de l’arrêt Loyola c. MELS])

jeudi 19 décembre 2013

Russie — la démographie expliquerait-elle le retour au conservatisme ?

Moscou rejette le mariage homo­sexuel, au nom de l’avenir. Les raisons sont éthiques, poli­tiques et démo­graphiques. Explications de la présidente de la com­mission de la famille à la Douma (Diète) interrogée par Valeurs actuelles.

Les Russes ont suivi de près l’intense débat franco-français du prin­temps dernier sur le mariage homo­sexuel.

Présidente de la commission de la famille à la Diète, la Chambre basse du Parlement russe, Éléna Borisovna Mizoulina reconnaît le vif intérêt de son pays pour ce sujet : « Oui, on s’est posé beaucoup de questions sur vos lois, car nos deux pays ont signé un accord sur l’adoption. On ne voulait pas que nos enfants en pâtissent. » L’enfant adopté en Russie conserve en effet la nationalité russe, au moins jusqu’à ses 18 ans. Pendant cette période, les autorités russes exigent même des « rapports de suivi » : « Il n’y a pas de problème pour les enfants adoptés par des couples traditionnels, un homme et une femme, poursuit Mme Mizoulina, mère de deux enfants. En revanche, nous ne sommes pas d’accord sur votre loi promariage homo. La Russie n’accepte pas ce type de mariage, encore moins le fait que ces couples puissent adopter un enfant. »

En 2011, lorsque l’accord d’adoption franco-russe fut signé, la loi française autorisant le mariage homosexuel n’existait pas. Seuls étaient concernés les couples hétérosexuels. Votée en juillet dernier par 444 députés sur 450 et avec le soutien de 89 % de la population, la nouvelle loi russe interdit donc l’adoption aux familles homosexuelles, aux couples non mariés, aux célibataires.




Au même moment, 116 célibataires français étaient en attente d’adoption en Russie.

Le pays assume sans complexe sa défense de la famille traditionnelle (un homme et une femme). « Bâtie entre un homme et une femme, de génération en génération, la famille est sacrée dans la culture russe », rappelle Mme Mizoulina.

Ce choix justifie aussi l’interdiction désormais légale de toute forme de propagande en faveur de « relations sexuelles non traditionnelles » (homosexuelles) auprès des mineurs. Les amendes prévues sont doublées et un nouveau projet de loi prévoit de retirer leurs droits parentaux aux personnes ayant des relations homosexuelles.

La défense de la famille et la défiance devant l’homosexualité militante sont jugées vitales à l’heure où la Russie subit un affaissement démographique sans précédent. « Oui, c’est un problème grave pour notre avenir, reconnaît me Mizoulina. Il nous manque environ un million d’enfants par an. Ce n’est pas en facilitant les familles homosexuelles qu’on réglera ce problème. Seule la famille traditionnelle peut nous aider à résorber ce déficit démographique. »

Ce chantier familial est une priorité de Poutine. À peu près seul parmi les chefs d’État des grandes puissances, il défend la famille, pilier naturel de toute société, et rejette le prétendu « mariage pour tous » à la socialiste française, qui menace cet ordre naturel. « C’est un suicide social », a dit aux Russes François Légrier, le président du Mouvement catholique des familles, invité à témoigner devant la Diète de l’engagement de nombreux jeunes Français pour la défense de l’institution familiale.

« C’est un suicide démographique, car l’homosexualité, c’est l’infécondité ; un suicide moral, car l’individu qui ne sait d’où il vient ni où il va ne sera qu’un révolté, n’ayant à aimer ni famille ni patrie. »

Les députés russes ont applaudi et confié leur déception devant le choix de la France. Ils soulignent que leur défense de la famille est liée à leur volonté de redressement démographique de la Russie autant qu’à la restauration morale et spirituelle de leur pays. Vingt mille églises y ont été reconstruites en quinze ans, parfois à l’identique, à l’exemple de la porte de la Résurrection et sa célèbre petite chapelle, au pied même du Kremlin, qui avaient été détruites sur ordre de Staline, en 1931.



Bilan démographique

Hausse de la natalité, baisse de la mortalité, augmentation de l’espérance de vie : la période propice à la reproduction naturelle de la population touche à sa fin en Russie, écrit mercredi le quotidien Vedomosti.

Les démographes tirent la sonnette d’alarme : si la tendance actuelle se maintenait, la population russe retomberait à 130 millions d’habitants à l’horizon 2030 et à 100 millions d’ici 2060. Certaines estimations sont encore plus pessimistes – 120 millions d’habitants d’ici 2030 et une division par deux de la population d’ici 2060 pour atteindre 70 millions.

Tels sont les résultats du rapport « Sera-t-il trop tard dans 10 ans ? La politique démographique de la Fédération de Russie : défis et scénarios ». La Russie a donc besoin d’une nouvelle politique pour « préserver le peuple », qui sera loin de se limiter à un soutien social.

Le rapport actuel entre la population apte à travailler et les retraités, de 2,8/1, chutera à 2/1 d’ici 2030 selon les prévisions de l’agence russe des statistiques Rosstat, voire jusqu’à 1,6/1 selon certains experts, entraînant une charge supplémentaire pour le budget, les employeurs et les employés.

L’immigration ne permettra probablement pas de sortir du trou démographique. En effet les auteurs du rapport soulignent que dans les pays d’Asie centrale, la natalité est en baisse ces dernières années. En particulier en Ouzbékistan où, après une augmentation au milieu des années 2000, selon les informations officielles, le nombre de naissances a baissé de 652 000 en 2009 jusqu’à 625 000 en 2012. Le nombre d’enfants par femme se réduit également.

Un ensemble de mesures est nécessaire pour préserver la population, avant tout une amélioration de la qualité des services médiaux et la réduction de la mortalité. La mortalité infantile en Russie en 2012 était de 8,6 pour 1 000 naissances. En descendant au niveau de la Lituanie ou de la Pologne (4,9 et 5,9), sans parler de l’Estonie (3,5), la Russie sauverait chaque année entre 60 000 et 80 000 vies.

Selon les autorités, il faudrait également réduire le nombre d’avortements (1,1 million en 2012). Une prévention à grande échelle des maladies cardiaques pourrait également avoir d’importants résultats, sachant qu’elles provoquent 2 à 3 fois plus de décès en Russie que dans la majorité de pays européens. Autres solutions : renforcer le contrôle de l’accès aux spiritueux et la sécurité routière.

Ces deux derniers facteurs sont la cause d’une mortalité élevée en Russie parmi les hommes aptes à travailler. Ces mesures permettraient de maintenir la population russe à hauteur de 130 millions d’habitants d’ici 2060.

Pour cela, il est nécessaire de faire passer le financement de la santé au même niveau que les ex-républiques socialistes. Actuellement, les dépenses de la Russie pour la santé (2 450 milliards de roubles en 2013, soit 55,6 milliards d’euros) représentent 3,6 % du PIB. Il est prévu de les réduire jusqu’à 3,2 % d’ici 2016. À titre de comparaison, la Pologne et l’Estonie consacrent à la santé 4,7 % du PIB, pour 4,5 % en Lituanie et 5,7 % en République tchèque.

dimanche 2 juin 2013

France — Débat autour du premier « mariage » homo et le rôle des gros médias

Revenant sur le premier « mariage » homosexuel célébré à Montpellier, Éric Zemmour confie samedi sur Itélé « (avoir) vu la propagande médiatique se déchainer sur [ce sujet]. »

Notons que la chaîne où il débat a participé pleinement à cette propagande. En guise d'introduction à ce débat, le présentateur ne prétend à aucune neutralité et parle d'image la plus romantique [sic!] de la semaine quand il évoque cette cérémonie où l'État a uni deux hommes dans ce qu'il nomme un « mariage pour tous » (qui exclut pourtant pour l'instant les polygames et les incestueux).

Pour Éric Zemmour, « On ressemble de plus en plus à des régimes soviétiques avec une religion d’État et des médias qui sont là pour convaincre et pour endoctriner le bon peuple par des images sans cesse ressassées ». Face à lui, Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction du magazine hebdomadaire de gauche Marianne. Il tente de diaboliser les opposants au mariage et à l'adoption par des couples de même sexe. Il s’emporte lorsque son contradicteur le met face à la réalité des faits : faiblesse du gouvernement quand il s'agit de pilleurs et de voyages, gouvernement intraitable quand il affronte des opposants pacifiques.






Le philosophe Alain Finkielkraut revient sur ce même thème dans la vidéo ci-dessous. Il y aborde également le rôle des médias, la gauche qui croit représenter le bien ce qui explique son autisme.





Le grand magazine Le Point revient sur les arrestations arbitraires du gouvernement socialiste qui visent les opposants au mariage et à l'adoption par des couples homosexuels. Il s'est procuré une vidéo qui montre un avocat exiger la libération de personnes arrêtées en marge des manifestations contre le mariage pour tous. Me Jérome Triomphe menace les policiers de poursuite pour abus de pouvoirs (« sept ans de prison pour chacun d'entre vous ») et parvient à faire libérer les opposants au mariage et à l'adoption homosexuels.


[Le « souite-cheurte » mentionné par Me Triomphe au début est un simple maillot]





Dans un autre article, Le Point se demande également si les opposants au mariage pour tous n'ont pas été interpellés lors d'un autre rassemblement par simple « convenance personnelle du chef de l'État », le socialiste François Hollande.

Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

vendredi 26 avril 2013

Russie et Turquie veulent interdire l'adoption de leurs enfants dans les pays qui permettent le mariage homo

Début avril, le président russe demandait à la Cour suprême de préparer, d'ici juillet, une réforme de la législation sur l’adoption. Vladimir Poutine s'était en effet prononcé contre l'adoption pour les couples étrangers ayant contracté un mariage gay. Ce vendredi, le dirigeant russe pense visiblement à aller plus loin : interdire l'adoption à tous les pays ayant légiféré sur le mariage homo.

Un combat pour l'éthique qui se radicalise

Trois jours après le vote accéléré par la gauche à l'Assemblée nationale française du projet très controversé du mariage et de l'adoption par des homosexuels, Moscou tape du poing sur la table : « J'estime que nous sommes en droit d'introduire des changements. Nous devons réagir à ce qui se passe autour de nous », justifie Vladimir Poutine face aux députés russes. Le président fait valoir les « traditions culturelles et les normes éthiques » de son pays. Selon les chiffres du centre sociologique Levada, 38% des russes sondés considèrent l’homosexualité comme une perversion. La même proportion la considère comme une maladie, voire le résultat d’un traumatisme psychique. L'homosexualité n'a pas été légalisée grâce à un lobby gay culpabilisant et omniprésent comme en Europe ou au Canada, mais simplement pour que le pays puisse adhérer au Conseil de l'Europe et se plier aux normes imposées de L’Organisation mondiale de la Santé.

Le 25 janvier, la Douma — l’Assemblée russe — a donc pu approuver un projet de loi en première lecture qui prévoit des amendes de 100 à 12 400 euros en cas de « promotion de l'homosexualité », notamment « auprès des mineurs ». Si le 25 mai, ce texte contre la propagande homosexuelle était définitivement voté, les diverses activités du lobby homosexuel deviendraient illégales. Les controversées défilés de la « Fierté homosexuelle » par la LGBTQQ2SA (lesbiennes, gay, bi et trans, allosexuels, en questionnement, bi-spirituels et alliés) locale seraient passibles d'amendes.

Les États-Unis déjà interdits d'adopter

Interdits d'adoption en Russie et en Turquie ?
Quant à l'adoption, l'idée n'est pas neuve. Depuis quelques mois déjà, Moscou remet en question le droit des Américains à élever un orphelin russe. Le pays avait notamment exprimé sa « vive préoccupation » au sujet d'un garçon adopté par une femme américaine, qui, selon Moscou, avait caché qu'elle vivait en couple avec une autre femme. La situation dans laquelle s'est trouvé le petit Egor Chatabalov après son adoption aux Etats-Unis «est inacceptable et nuisible à sa santé psychologique», assurait fin février le délégué du ministère russe des Affaires étrangères pour les droits de l'enfant, Constantin Dolgov. La Russie a maintes fois accusé les Américains de maltraiter les enfants russes.

En décembre, le parlement a même promulgué une loi interdisant l'adoption de ses orphelins par des Américains. Controversée, elle est l'une des mesures les plus hostiles prises par Moscou envers les États-Unis depuis la guerre froide. Bien que déposée pour d'autres raisons, plus politiques, la loi entendait « protéger » les enfants russes des couples homo du monde. Déjà début 2013, certains responsables politiques avaient en effet appelé à généraliser cette interdiction d'adopter à tous les étrangers, notamment après la décision de la Grande-Bretagne, début février, d'autoriser les mariages entre personnes du même sexe.

La Turquie y pense aussi

Fin février, le gouvernement conservateur turc a lui aussi lancé une campagne pour favoriser le retour de certains enfants turcs de l'immigration adoptés par des Européens, notamment des couples homosexuels, dans des familles ou des institutions qu'il juge plus conformes à leurs valeurs et leur culture.

Source

Voir aussi



Garçon gardé par un couple de lesbiennes subit un traitement hormonal pour bloquer sa puberté

Plaintes d'abus sexuels auraient été ignorées car les parents adoptifs étaient homosexuels

jeudi 11 avril 2013

France — Les deux mesures les plus impopulaires : le mariage homo et réforme des rythmes scolaires



Sondage BVA 11 avril 2013


L’instauration du droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels rallie désormais 55 % des Français (43 % sont en revanche pour ce « mariage pour tous »).

La réforme des rythmes scolaires est opposée par encore plus de Français (58 %). Près d'un élève sur quatre adoptera les nouveaux rythmes scolaires:  semaine de 4½ jours, journées réduites en moyenne de 45 minutes, trois heures par semaine d'activités péri-éducatives à la charge des communes.








Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)

samedi 6 avril 2013

L'homoparentalité : au nom de l'égalité des droits entre adultes, faut-il créer par la loi des inégalités entre enfants ?

Du journal de gauche Marianne du 27 janvier 2013, article rédigé par E. Conan et J.-D. Merchet :

 « Laurent Joffrin (dans Le Nouvel Observateur) et Bernard-Henri Lévy (dans Le Point) viennent d'avouer leur embarras face à la tournure prise par le débat sur le « mariage pour tous » et l'homoparenté. Avec les mêmes réflexes sartriens face au réel déconcertant : escamoter les vrais problèmes, s'inventer des ennemis imaginaires et décréter qu'avec eux le débat, n'étant pas digne, ne doit pas avoir lieu.

Ce refus de la confrontation a une raison : plus l'on parle de ce projet sociétal, plus se dissocient deux questions différentes : le mariage et l'adoption. Les sondages montrent qu'une [faible et décroissante] majorité de Français approuvent le mariage et qu'une majorité d'entre eux s'opposent à l'adoption [par des couples homosexuels]. Position qui recoupe celle que l'on a comprise de François Hollande et que défendent de nombreuses voix à gauche.



Alors Laurent Joffrin et Bernard-Henri Lévy, qui ont tout oublié de leur jeunesse militante sauf la technique de l'enfumage, osent la plus simpliste des tactiques : ne parler que du mariage qui fait presque consensus et feindre de n'affronter que des intégristes catholiques homophobes. Tout le monde le sait ou le sent, les choses sont plus complexes, et il leur faut dissimuler que les catholiques [sociologiques, historiques] sont majoritairement favorables au mariage homosexuel et que l'on trouve beaucoup d'opposants à l'homoparenté à gauche, à commencer, c'est embêtant, par l'épouse de Lionel Jospin [ex-Premier ministre socialiste], la philosophe et féministe Sylviane Agacinski, et les chevènementistes [gauche nationaliste], guère connus comme des fantassins du Christ-Roi. Ils préfèrent donc dénoncer en boucle les [prétendues] divines insanités d'un évêque ou d'un élu UMP (il y a le choix) devant lesquelles ils brandissent frénétiquement leurs gousses d'ail.

Cette esquive leur permet d'éviter des arguments auxquels ils ne savent pas répondre. On les comprend : contrairement à ce qu'ils répètent pour se rassurer, la principale et la plus gênante objection à l'adoption ne vient pas des « livres sacrés », des « croyances religieuses » ou des « dogmes de la foi » bloqués sur la « sacro-sainte famille » et le respect de la « pure nature », mais relève du plus moderne et plus progressiste des impératifs : le respect des droits de l'homme et du principe d'égalité.

Voilà ce dont ils ne veulent pas parler : le thème de l'« égalité des droits » invoqué pour revendiquer un droit à l'enfant est contradictoire avec les droits de l'enfant à avoir une figure paternelle et une figure maternelle, droit dont nous avons tous bénéficié, en principe sinon en réalité. Il y a bien une rupture d'égalité dans le fait de priver a priori un mineur de l'intimité d'une femme ou d'un homme dans son enfance, et cela sans autre raison que le désir de deux adultes. Ce défaut conceptuel de l'homoparenté plonge nos deux « droits-de-l'hommistes » en plein mutisme : pas une ligne dans leurs éditoriaux sur l'adoption et la procréation médicalement assistée (PMA) autour de laquelle commencent à se déchirer verts et socialistes !

[...]


La seule vraie question - que refusent d'affronter Joffrin et Lévy - est donc celle qu'a bien exprimée Bernadette Laclais, maire de Chambéry et députée PS : « Au nom de l'égalité des droits entre adultes, faut-il créer par la loi des inégalités entre enfants ? » Loin d'être un combat d'arrière-garde (l'archaïsme contre le modernisme), le refus majoritaire de ce droit à l'adoption bafouant celui des adoptés pourrait préfigurer les nouveaux types de conflits provoqués par un individualisme croissant qui réduit la société au jeu des revendications de « droits » sans souci de ceux qui ne sont pas en situation de défendre les leurs. Le philosophe allemand Jürgen Habermas considère que les parents qui veulent choisir le génome de leur enfant commettent un abus de pouvoir. A fortiori lorsqu'ils le condamnent à une enfance privée de différence sexuelle. Du point de vue de l'égalité, il y a donc bien deux problématiques distinctes : la revendication du droit au mariage homosexuel ne prive pas autrui d'autres droits tandis que le droit à l'homoparenté empiète sur celui des enfants, dans l'incapacité de défendre leur droit à une enfance sexuée. Certains d'entre eux le feront dans vingt ans, en demandant à la justice l'accès à leur filiation biologique comme des adoptés par des couples hétérosexuels le font déjà aujourd'hui...

Mettre autrui à disposition

Ajoutons que l'engagement des religieux dans ce conflit si moderne ne s'explique pas d'abord par biblisme ou par naturalisme, mais parce qu'ils font partie, avec d'autres, des derniers défenseurs des faibles et des sans-voix pénalisés par ce social-individualisme en vogue : ils ne sont pas, sur l'homoparenté, en contradiction avec leur propos sur les Roms, les sans-logis, les vieux ou les malades, mais dans la même logique, qui fut longtemps celle de la gauche [Enfin, voir Marc Crapez d'une certaine gauche et encore].

Une liberté des mœurs qui met autrui à sa disposition sans se soucier de son avis se révèle en effet comme la face sociétale de ce néolibéralisme considérant que tout doit se régler selon le droit et le marché : tout ce qui se fait s'obtient, s'achète, se vend. Position ultralibérale bien exprimée par l'homme d'affaires Pierre Bergé : « Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l'usine, quelle différence ? » Où le social-individualisme rejoint le social-libéralisme, comme l'a souligné Christine Meyer, maire adjointe de Nantes : « En tant que femme de gauche, je fais un lien entre le libéralisme économique qui vise à supprimer toute norme ou règle faisant obstacle à la circulation généralisée des marchandises et la libération infinie des désirs qui elle aussi refuse toute norme ou obstacle. »



*Éric Conan est directeur délégué de Marianne
Jean-Dominique Merchet est directeur-adjoint de la rédaction.






Soutenons les familles dans leurs combats juridiques (reçu fiscal pour tout don supérieur à 50 $)