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jeudi 24 septembre 2026

Pourquoi les intellectuels se trompent (si souvent)


 

Chronique d'Eugénie Bastié sur le dernier livre de Samuel Fitoussi  [la personne derrière Balance ton Claude].

Lors des législatives anticipées de juin dernier des intellectuels et écrivains français, mais aussi du monde entier, ont appelé à voter pour le Nouveau Front populaire. Des centaines d’économistes bardés de diplômes ont soutenu un programme économique aberrant. Sur les campus des facultés les plus prestigieuses du monde occidental, on a vu des étudiants crier leur haine de l’Occident, juger la médecine « trop blanche » ou proclamer que la différence biologique des sexes n’existait pas. Comment expliquer un tel parti pris dans la frange de la population censée être la plus éduquée ?

« Et si la culture, l’intelligence et l’éducation n’étaient pas gages de sagesse, mais en réalité prédisposaient à l’erreur ? » : c’est la thèse audacieuse du jeune essayiste Samuel Fitoussi dans son dernier livre Pourquoi les intellectuels se trompent (Éditions de l’Observatoire). Dans la lignée d’un Raymond Aron (L’Opium des intellectuels), d’un Raymond Boudon (Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme), d’un Jean-François Revel (La Connaissance inutile), ou d’un Jean Sévillia (Le Terrorisme intellectuel), Fitoussi se penche sur une question épineuse de notre temps : comment des gens éclairés et cultivés peuvent-ils embrasser les pires options idéologiques ? Le XXe siècle en fut plein d’exemples funestes. L’écrasant soutien des intellectuels au communisme a montré la propension des clercs à s’aveugler sur le pire et même à le justifier. Simone de Beauvoir a fait l’éloge du maoïsme, Jean-Paul Sartre estimait qu’on n’avait pas tué assez pendant la Terreur. Les Khmers rouges, qui ont commis un génocide sur leur propre peuple, étaient dirigés par huit intellectuels francophones qui avaient tous étudié à la Sorbonne. À la conférence de Wannsee où les nazis décidèrent de la Solution finale, la moitié des participants détenaient un doctorat.

Féru de psychologie évolutionniste, cette discipline qui explique les comportements humains à partir de la théorie de l’évolution, Fitoussi cite abondamment (trop, peut-être) des études scientifiques pour expliquer les biais de l’intelligence. L’évolution a, dit-il, favorisé le conformisme. La raison n’est pas seulement une faculté orientée vers la recherche de la vérité, elle est aussi au service de notre réputation. Le souci de la vérité et le souci d’être bien vu s’affrontent en nous. Or les intellectuels ont souvent beaucoup à perdre à reconnaître qu’ils ont fait fausse route : que resterait-il de leur crédit ? C’est pourquoi, note Fitoussi, même « les intellectuels de gauche qui finissent par être en désaccord avec “la gauche” sur la quasi-intégralité des sujets ne passent jamais à droite, mais affirment plutôt vouloir rebâtir une “vraie gauche” ». En revanche l’intellectuel n’a pas grand-chose à perdre s’il se trompe. À la différence d’un entrepreneur qui fait faillite s’il fait les mauvais choix, l’intellectuel paie rarement le prix de ses erreurs. Le biais de confirmation, qui nous fait sélectionner des informations allant déjà dans le sens de nos croyances, et la douceur du déni, qui fait que notre cerveau évite au maximum les informations désagréables, font qu’il est très difficile à un intellectuel d’admettre avoir eu tort.

L’intellectuel est en outre prédisposé à l’idéologie car celle-ci lui donne un rôle prépondérant de grand organisateur social. Si la société est un jeu de Meccano à construire et déconstruire, l’intellectuel en devient le grand architecte, d’où sa propension à adopter les idéologies les plus constructivistes, à haïr la société telle qu’elle est et à s’éloigner du sens commun.

On sort de ce livre brillant un peu découragé. Si ni la culture ni l’intelligence ne nous préservent de l’erreur, et pire, si elles nous y prédisposent, à quoi bon lire, fréquenter les chefs-d’œuvre du passé et nourrir son âme ? Il semble que les philosophes ne sortent de la caverne que pour mieux y enchaîner leurs semblables. Fitoussi insiste sur « l’humilité » à laquelle devrait nous pousser la compréhension des biais de l’intelligence, mais aussi sur la nécessité de préserver la liberté d’expression, qui permet de mettre les idées en concurrence et de corriger les erreurs. « Personne ne méprise autant la crétinerie d’hier que le crétin d’aujourd’hui », écrivait Nicolás Gómez Dávila. Ce livre nous invite à nous méfier des doxas du présent qui seront les hérésies de demain.

Pourquoi les intellectuels se trompent
par Samuel Fitoussi,
paru le 9 avril 2025,
aux éditions de l'Observatoire,à Paris,
272 pp.,
ISBN-13: 979-1032933886

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Autres citations de l'aphoriste colombien Nicolás Gómez Dávila :


« L'instruction ne guérit pas la bêtise, elle lui donne des armes. »

 « “Social” est l'adjectif qui sert de prétexte à toutes les escroqueries. »

« L’homme d’aujourd’hui est libre, comme le voyageur perdu dans le désert. » 


jeudi 18 décembre 2025

Histoire vraie de l'ère woke : l'affaire Yi-Fen Chou

En 2015, une controverse inattendue secoue le milieu littéraire américain et relance le débat sur les préjudices raciaux, conscients ou non, qui traversent les institutions culturelles. Au cœur de cette affaire se trouve Michael Derrick Hudson, poète américain blanc originaire de Fort Wayne, dans l’Indiana, et son poème au titre foisonnant : The Bees, the Flowers, Jesus, Ancient Tigers, Poseidon, Adam and Eve.

Un poème rejeté… puis accepté sous pseudonyme

Avant d’être remarqué, le poème de Hudson avait essuyé environ quarante refus de la part de revues littéraires lorsqu’il était soumis sous son véritable nom. Lassé par ces échecs répétés, l’auteur décide d’adopter un pseudonyme à consonance asiatique, Yi-Fen Chou, inspiré du prénom d’une connaissance d’origine chinoise.
Michael Derrick Hudson alias Yi-Fen Chou

Soumis sous cette nouvelle identité, le même poème est accepté par la prestigieuse revue Prairie Schooner, publication reconnue dans le paysage poétique américain. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais elle prend une dimension nationale lorsque le texte est ensuite sélectionné par Sherman Alexie, écrivain amérindien de renom, pour figurer dans l’anthologie The Best American Poetry 2015.

La révélation et le scandale

C’est Hudson lui-même qui révèla la supercherie. Dans une note adressée aux contributeurs de l’anthologie, il expliqua avoir utilisé ce pseudonyme pour contourner ce qu’il percevait comme une série de rejets injustifiés. Cette révélation déclencha immédiatement une vive polémique.

Sherman Alexie reconnut publiquement que le nom asiatique de l’auteur ait pu jouer un rôle dans sa perception initiale du poème. Il précisa toutefois que son choix reposait aussi sur la qualité littéraire du texte. Cette admission, loin d’apaiser les tensions, alimenta un débat plus large sur la place de l’ethnie ou de l'identité raciale dans les processus de sélection artistique.

Une condamnation quasi unanime

La réaction dominante du monde littéraire est sévère à l’égard de Hudson. Celui-ci est accusé de manipulation, de tromperie et d’appropriation identitaire. En revanche, peu de voix institutionnelles s’élèvent pour interroger de manière approfondie les biais potentiels des comités éditoriaux ou les critères implicites qui auraient pu favoriser un texte en fonction du nom de son auteur.

Ce déséquilibre dans les réactions est souligné par plusieurs observateurs : l’auteur est largement blâmé, tandis que le système de sélection lui-même fait l’objet de peu d’autocritique officielle.

Des conséquences durables pour l’auteur

Après cet épisode, Michael Derrick Hudson disparaît pratiquement de la scène littéraire dominante. Il est ostracisé par une partie du milieu et ne retrouve pas la visibilité qu’il avait brièvement obtenue. Aucune réforme notable des pratiques éditoriales n’est annoncée à la suite de l’affaire, et aucun mea culpa institutionnel majeur n’émerge du scandale.

L’affaire Hudson est solidement documentée. Elle a été couverte par des médias de référence, notamment le New York Times en septembre 2015, et figure dans les archives publiques, y compris sur Wikipédia (anglais), dont la page consacrée à l’auteur est régulièrement mise à jour. Les éléments clés — les nombreux rejets initiaux, l’acceptation sous pseudonyme et la sélection dans Best American Poetry 2015 — sont confirmés par des sources concordantes.

En revanche, les interprétations qui en découlent varient fortement. Certains y voient la preuve de politiques implicites de discrimination positive ou de quotas identitaires dans le monde littéraire ; d’autres estiment qu’il s’agit d’un cas isolé, instrumentalisé à des fins idéologiques. Ces lectures relèvent du commentaire social et politique, non du fait brut.

Une affaire révélatrice

Dix ans plus tard, l’affaire Michael Derrick Hudson demeure un symbole des tensions qui traversent les institutions culturelles contemporaines : entre quête de diversité, exigences d’équité et soupçons de biais inversés. Si les opinions restent profondément polarisées, un point fait consensus : l’épisode est réel, documenté et révélateur des fragilités d’un système où l’identité de l’auteur peut parfois peser aussi lourd que son œuvre.
 
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Les contes de Noël publiés aujourd’hui diluent voire effacent les valeurs chrétiennes

Pourquoi est-il important de lire des contes aux enfants ?

Les contes véhiculent un imaginaire qui permet de structurer leur intelligence et leur apprend à construire leur univers intérieur. Parce qu’ils placent d’emblée le récit hors du temps, hors de la réalité, les contes ont la vertu de stimuler l’imagination de l’enfant, de lui montrer que le champ des possibles est ouvert devant lui, et de le pousser ainsi à grandir, à devenir adulte. On voit malheureusement se développer toute une littérature destinée aux enfants qui consiste essentiellement à explorer des problèmes psychologiques auxquels ils peuvent être confrontés. C’est un dévoiement de la lecture, parce qu’on les prive dans ces livres de la dimension imaginaire, si structurante à leur âge.

Quels sont les ingrédients d’un bon conte de Noël ?

Comme dans tous les contes, il faut qu’il délivre une morale qui élève l’enfant. Pour Noël, cette morale est par essence chrétienne. Et il faut de belles illustrations, car l’image est pour les enfants une porte d’entrée dans la lecture. À Noël, cette nécessité de créer une ambiance qui fasse rêver et donne envie de lire est plus importante encore, car c’est une période de l’année où la vue est très sollicitée, on le voit bien avec les illuminations dans les rues, les vitrines de Noël… C’est le moment par excellence où l’on peut toucher les enfants par de beaux livres illustrés.


Les contes de Noël sont-ils en voie de disparition ?

De nombreux contes liés à Noël continuent d’être publiés chaque année. Ce qui, en revanche, est en voie de disparition, c’est le conte de Noël traditionnel, celui qui est pétri de traditions chrétiennes. Dans les contes de Noël publiés aujourd’hui, ces valeurs chrétiennes sont très souvent diluées, voire effacées. Seule persiste la connotation positive de Noël. On continue d’y trouver l’idée du don de soi, souvent d’ailleurs à travers les cadeaux qui sont une tradition païenne, l’idée de convivialité, de rassemblement, d’esprit de famille qui disent quelque chose de ce qu’est l’amour.

vendredi 19 septembre 2025

Humour — Désolé d'être là (Les Québécois de souche sont-ils de trop ?)

 

Dans le monde de la publicité

 

Créé par René Richard Cyr et Dominic Champagne, le spectacle se démarque des autres spectacles du Cirque du Soleil. Destiné à un public adulte.

 

vendredi 29 août 2025

Tabou — Tous les partis politiques (sauf l'AfD) à Cologne s'engagent à ne parler de l'immigration qu'en termes positifs

COLOGNE : accord électoral insolite ! Les partis s'engagent à ne parler que positivement de l'immigration On ne parle pas d'immigration. Et si on en parle, c'est uniquement de manière positive. Du moins, dans le cadre de la campagne électorale municipale actuelle à Cologne. Sept partis y ont signé un accord dit « d'équité ». Ils souhaitent éviter de mener une campagne électorale aux dépens des migrants et de les dénigrer, selon les termes de l'accord. Des observateurs politiques critiquent le fait que les préoccupations de la population, notamment en ce qui concerne la criminalité des étrangers, soient tout simplement ignorées. Selon eux, rendre le sujet tabou ne profite qu'à l'AfD.

De la CDU à Die Linke (ex-communistes) : sept partis politiques de Cologne ont convenu de ne pas rendre les migrants responsables « des évolutions sociales négatives » dans le cadre de la campagne électorale municipale. L'AfD en a été exclue.

Avant les élections municipales du 14 septembre en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, sept partis ont signé un « accord d'équité » pour la campagne électorale. À l'initiative de l'association Kölner Runder Tisch für Integration (Table ronde de Cologne pour l'intégration), la CDU, le SPD, le FDP, les Verts, Die Linke, Die Partei et Volt se sont associés pour s'engager à lutter contre le racisme et l'antisémitisme et à ne pas instrumentaliser le thème de la migration, comme le rapporte RTL.

Les partis s'engagent également en faveur de « la tolérance et d'une coexistence pacifique » et acceptent de « ne pas rendre les migrants et les réfugiés responsables des évolutions sociales négatives telles que le chômage ou la menace pour la sécurité intérieure », selon la déclaration.

L'AfD a été délibérément exclue de l'accord, comme l'explique Wolfgang Uellenberg van Dawen, porte-parole de l'association à l'origine de l'initiative. « Nous n'avons expressément pas envoyé cet accord d'équité à l'AfD, car le programme fondamental de l'AfD va à l'encontre de ce que nous défendons. »

Christer Cremer, porte-parole de l'AfD pour la région de Cologne, conteste l'équité même de l'accord. « Je suis plutôt critique à l'égard de cet accord d'équité, car je pense qu'il vise à étouffer les débats », a déclaré le politicien à RTL. « En période électorale, tout devrait pouvoir être abordé, y compris les questions de migration, mais aussi bien d'autres sujets. C'est à cela que servent les campagnes électorales, et il ne faut pas essayer d'instaurer une sorte de démocratie contrôlée. »


Source : Die Welt

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Douglas Murray sur les gangs musulmans violeurs, Tommy Robinson et ce qui cloche en Grande-Bretagne (aussi incident de la Saint-Sylvestre à Cologne sur le parvis de la gare)

Quand la femme était vénérée... (féministes et incident de la Saint-Sylvestre à Cologne)

Allemagne — Parents inquiets protestent contre l'imposition de la théorie du genre 

Allemagne — Dix ans après, le bilan amer de l’ouverture des frontières par Angela Merkel

 

jeudi 14 août 2025

Universités : écoles de l'autocensure, de la duplicité et du conformisme ?

Forest Romm et Kevin Waldman sont des chercheurs en psychologie rattachés à l’Université Northwestern à Chicago.

Entre 2023 et 2025, ils ont interviewé confidentiellement 1452 étudiants de premier cycle à Northwestern et à l’Université du Michigan.

Données

Leur but: vérifier si les opinions exprimées à voix haute par ces jeunes reflètent ou non leurs vraies convictions.
  • 88% de ces jeunes disent avoir déjà exprimé des vues plus à gauche que leurs convictions réelles pour réussir à l’université ou pour être acceptés socialement.
  • 78% disent s’autocensurer quand il est question de l’identité de genre.
  • 77% désapprouvent l’idée que le ressenti devrait primer sur la réalité biologique dans les sports, les soins de santé ou l’identification sur les documents officiels, mais avouent qu’ils ne le diront pas publiquement.
  • 87% disent croire que le sexe est fondamentalement binaire.
  • Ils ne sont que 7% à dire que le sexe est un spectre large, et la plupart de ceux qui disaient cela étaient des activistes.
  • 72% s’autocensurent dès qu’il s’agit de parler politique.
  • 80% disent avoir remis des travaux reflétant ce qu’ils pensent que leur professeur veut lire, plutôt que d’exprimer le fond de leur pensée.
Vous trouverez l'article ici.

Si on connaît un peu le milieu universitaire québécois et canadien, on sait que ce phénomène d’autocensure et de conformisme qui clignote à gauche y est aussi massif.

Et détrompez-vous si vous pensez que ce virus ne contamine que les sciences humaines. À des degrés divers, tous les secteurs sont infectés.

Et certains prétendent que le wokisme est inexistant ou marginal!

Si la bêtise est infinie, la mauvaise foi l’est tout autant.

On aurait tort, disent Romm et Waldman, de critiquer ces jeunes. Ils ne sont pas cyniques: ils se protègent.

Ils épousent les vents dominants parce que leurs notes et leur insertion dans les réseaux formels et informels détermineront leur avenir professionnel.

Il ne doit pas être facile de vivre continuellement ce grand écart entre ce que vous dites et ce que vous pensez.

Le milieu les pousse à jouer double jeu en permanence, sauf pendant les moments où, entre vrais amis, autour de quelques bières, ou devant leur écran, ils peuvent réconcilier leur être et leur paraître.

Pourtant, l’université n’est-elle pas l’institution où l’on est censé apprendre à penser par soi-même avec rigueur, mais en toute liberté?

C’est d’autant plus préoccupant, notent Romm et Waldman, que cette duplicité est vécue à un moment critique du développement personnel, celui où le jeune adulte combine ses expériences vécues et les valeurs héritées pour construire les fondations de sa pensée éthique ultérieure, de sa cohérence civique et de sa résilience émotionnelle.

Crise
 
Bref, l’institution fabrique de petits soldats moralisateurs, mais qui sont aussi anxieux et fragiles sur le plan psychologique.

L’université a troqué la quête de la vérité fondée sur les faits pour le faux consensus politique et moral.

Source : Journal de Montréal
 
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vendredi 13 juin 2025

France — Sciences Po renoue (un peu plus) avec les grands lycées parisiens publics et privés

Le nombre d’élèves admis venus d’établissements élitistes de la capitale a progressé cette année. Depuis la suppression du concours écrit en 2021, il avait considérablement baissé.
 
Depuis la suppression du concours écrit d’entrée à Sciences Po en 2021, de grands lycées parisiens, publics et privés, avaient vu le nombre de leurs élèves admis Rue Saint-Guillaume se réduire à peau de chagrin. La procédure 2025 montre une inversion de tendance. 

Selon des chiffres que Le Figaro s’est procurés, le lycée Louis Le Grand compte cette année 11 admis, contre 4 l’année dernière. Il est ainsi le premier établissement représenté à Sciences Po. Henri IV reste stable par rapport à 2024, avec 4 élèves admis. Du côté du privé, l’établissement catholique Franklin passe de zéro à 4. Stanislas, lui, compte un admis, contre zéro l’an dernier. 

Ces données doivent être mises en regard avec le nombre de places ouvertes à Sciences Po chaque année, seulement 1000 environ, pour 18 000 candidats. Mais surtout, elles semblent traduire un retour à la recherche de l’excellence. Depuis que le concours écrit avait cédé la place en 2021 à une sélection sur dossier, agrémentée d’un entretien, l’idée d’un «malus» à l’élitisme et au privé, et d’un recrutement empreint d’idéologie, s’était répandu comme une traînée de poudre dans les cercles parisiens. C’est ébahi que certains avaient alors constaté que Franklin, établissement jésuite du 16e arrondissement qui alimentait historiquement les rangs des étudiants à Sciences Po, ne comptait plus aucun admis. La presse s’était fait l’écho de témoignages de candidats recalés. 

Face à l’accusation de boycott, la direction s’était défendue de toute volonté de discriminer et justifiait cela par l’entrée de l’école sur la plateforme Parcoursup, qui avait provoqué un afflux mécanique de candidats. 

L'amphi « Gaza » de Sciences Po

En 2023, Mathias Vicherat, alors directeur, constatait cependant avec satisfaction que l’école n’était plus « le petit monde d’il y a 20 ou 25 ans, qui avait les mêmes origines sociales, les mêmes origines géographiques».
« Beaucoup de familles bourgeoises parisiennes considéraient que Sciences Po était une forme de prébende pour leurs enfants », ajoutait-il. 

Mais les temps ont changé Rue Saint-Guillaume. Cette sélection survalorisant l’engagement, plutôt à gauche, des étudiants, n’est plus au goût du jour. L’amphi Boutmy rebaptisé le 12 mars 2024 «amphi Gaza» (image ci-dessus) par des militants propalestiniens et les mobilisations qui avaient jalonné la fin de l’année, avec une forte résonance politique et médiatique, ont largement écorné l’image.  Nouveau directeur arrivé à l’automne, 

Luis Vassy a rapidement envoyé des signaux de retour à une procédure de sélection plus objective, basée sur l’excellence académique. Cette année, la note obtenue au bac de français a donc compté pour 60%, là où elle ne pesait qu’à 7 à 8%. Les essais qui étaient demandés aux candidats ont été supprimés. Demander à des élèves de 16 ans de démontrer leur engagement social, c’est « faire peser une responsabilité très lourde» sur leurs épaules et celles de leurs familles, estimait le directeur à l’automne 2024. [C'était surtout très idéologique.]

La valorisation du bac de français semble donc avoir eu un impact sur la procédure 2025. Luis Vassy a également pris soin de faire savoir aux grands lycées d’élite que leurs élèves étaient toujours les bienvenus. Reste que le lycée Stanislas n’a pas présenté cette année beaucoup de candidats, ce qui explique qu’un seul de ses élèves ait été admis. Outre ces lycées bien connus, Janson-de-Sailly, Saint-Michel de Picpus, mais aussi des lycées internationaux ou de l’étranger ont vu le nombre de leurs élèves progresser. Dans ce contexte, la proportion de candidats admis issus de l’Île-de-France, située en 2024 à 22%, devrait elle aussi progresser. 

L’école détaillera ces données lors de sa conférence de rentrée prévue fin septembre, à l’issue de la procédure Parcoursup actuellement toujours en cours. L’occasion, aussi, de donner davantage de détails sur le retour annoncé d’une procédure écrite pour l’année 2026.


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La Chute de la maison Sciences Po

mercredi 11 juin 2025

La chute de la maison Sciences Po

La Chute de la maison Sciences Po: extraits de l’enquête au cœur de la crise des élites. 
 
Dans un ouvrage dense et éclairant, Caroline Beyer raconte les vingt dernières années de la « fabrique des élites », prise aujourd’hui dans la tourmente. De la disparition de Richard Descoings à l’amphi « Gaza », elle retrace les événements et les décisions qui ont fait trembler l’institution. Caroline Beyer est grande reporter au Figaro . Son enquête «La Chute de la maison Sciences Po» est parue aux éditions du Cerf. 
 
Si Sciences Po fait tant parler d’elle, c’est qu’elle se plaît à alimenter son image d’école du pouvoir. Passage quasi obligé pour accéder à la haute fonction publique, elle compte parmi ses anciens une ribambelle de figures de la politique et du monde des affaires. Rue Saint-Guillaume se tiennent ainsi une multitude de conférences, données par des invités prestigieux. Parmi sa flotte d’enseignants vacataires, elle compte le Tout-Paris. Ici, les mythes et les codes sont soigneusement entretenus. Dans son hall d’entrée, se dresse la « Péniche », un grand banc en bois. 
 
Au coin de la rue Saint-Guillaume, Le Basile, brasserie appréciée des étudiants, semble résister au temps qui passe. Sciences Po a aussi ses « conférences de méthode », qui désignent les cours en petits groupes, et ses « académiques », qui ne sont rien d’autre que des professeurs. Mais à trop vouloir attirer l’attention, elle s’est brûlé les ailes. Avant la déflagration de l’amphi « Gaza », le bateau a régulièrement tangué, secoué par les démissions fracassantes de ses directeurs et les polémiques en tout genre. 
 
La crise de réputation s’est imposée comme une évidence avec les mobilisations propalestiniennes de 2024. Mais comment en est-elle arrivée là ? Rue Saint-Guillaume, les professeurs qui regrettent les grands esprits de Raymond Aron ou de René Rémond et l’époque où Sciences Po était un salon bourgeois, retournent cette question dans leur tête. Dans les cercles des anciens et au-delà, le mouvement militant étudiant interroge, même si l’école est connue pour son ancrage à gauche. Est-il le fait d’une jeunesse bourgeoise qui, en ce XXIe siècle, embrasse le combat pour la défense des minorités, emmené par l’extrême gauche nouvelle, ou le résultat de l’ouverture sociale et internationale ? Comment une minorité agissante a-t-elle pu occuper tant d’espace, au point d’incarner le visage de l’école des élites ? » 
 
Dans les lycées d’élite de la capitale, et surtout dans les lycées privés catholiques, s’installe le soupçon d’un recrutement idéologique, avec un « malus à l’élitisme » et au privé. Depuis 2021, le nombre d’admis venus de « Stan », fleuron de l’enseignement catholique parisien, oscille entre zéro et deux. Avant cela, ils étaient une petite dizaine. Alors que les témoignages se répandent dans les médias, le sujet scandalise aussi les cercles bourgeois. 

Le DRH d’une entreprise du CAC 40 se souvient des mots que l’associé d’un grand cabinet de conseil lui lâche, lors d’un dîner : «  Les élèves du privé sont blacklistés ! Tu te rends compte, ils n’ont pris aucun élève de Franklin depuis trois ans ! » « Jusque-là, Sciences Po était culturellement proche de cet établissement jésuite du 16e arrondissement », ajoute ce DRH, lui-même un ancien de l’école. Pour se défendre de l’accusation de « boycott » des lycées privés, l’école va jusqu’à tenir une conférence de presse, en août 2021. Le directeur, Mathias Vicherat, répétera ensuite qu’« aucune discrimination n’est faite envers les lycées privés ou l’origine géographique » et que, comme par le passé, 35 % des admis viennent du privé. 
 
Mais avec la nouvelle procédure d’admission et l’entrée de l’école sur la plateforme d’orientation vers le supérieur Parcoursup, qui lui a donné davantage de visibilité, l’origine géographique des admis est beaucoup plus hétérogène. Ce dont se félicite la direction. En 2024, les inscrits en première année viennent de 843 lycées différents en France et dans le monde, et seuls 22 % sont issus d’Île-de-France. « Avant, les épreuves écrites amenaient à Sciences Po les élèves des meilleurs lycées de France. Avec le dossier et l’injonction à la discrimination positive, on regarde Henri-IV, mais aussi le lycée d’Albi ! », résume un professeur. » 
 
«  Je vois passer des candidats qui aident les réfugiés, qui se battent pour la planète, qui militent pour l’égalité homme-femme. Je ne sais si ces dossiers sont sincères ou insincères, mais le recrutement est assurément marqué à gauche ! », constate pour sa part un professeur qui examine ces dossiers depuis plusieurs années. « Sciences Po a fait le choix d’une sélection à l’anglo-saxonne. Avant, lorsqu’on était admis, on était considérés comme des petits génies. L’art de la dissertation, de l’argumentation… Cela correspondait à l’esprit français, c’était prestigieux  », déplore un ancien, passé par le lycée du Parc à Lyon, qui travaille aujourd’hui au côté d’un député de la majorité présidentielle. « Je ne sais pas si le Sciences Po d’aujourd’hui m’aurait autant séduit », ajoute-t-il. Une école woke ? « Après l’assassinat de Samuel Paty, j’ai quand même eu une prof d’histoire qui nous avait expliqué qu’elle avait plus peur du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin que des terroristes ! », raconte Quentin Coton . 
 
«  En sociologie, il n’y a qu’un seul discours : la méritocratie n’existe pas. Mon histoire personnelle prouve le contraire, mais nous sommes bien obligés de nous conformer à ce postulat pour avoir de bonnes notes », raconte Pierre, en troisième année. Aujourd’hui diplômé de Sciences Po, Alexandre a pu constater le poids et le pouvoir de la sociologie à l’école. Lorsqu’il intègre Sciences Po, le jeune homme est admis dans la formation « scube », un double cursus ultra-sélectif, « pire que la prépa », qui permet de mener de front le parcours à Sciences Po et une formation scientifique à l’université Pierre-et-Marie-Curie. Sur les 40 élèves de sa promotion, trois ont ensuite intégré Polytechnique, tandis que deux autres ont rejoint Normale Sup. «  On suivait des cours de maths et de physique, tout en se formant aux politiques publiques », explique-t-il. Mais les choses prennent une allure bien différente lorsque Sciences Po charge un sociologue de revoir le cursus, à l’occasion d’un changement de partenaire universitaire. « Au lieu de faire des sciences dures en parallèle des sciences humaines, il a voulu faire de l’interdisciplinarité. C’est donc devenu des pseudosciences », regrette Alexandre, qui garde un souvenir intact d’un cours de sociologie sur les ponts aux États-Unis. « Le prof nous a expliqué que les ponts étant trop bas, ils rallongeaient les trajets des personnes qui prenaient le bus. Ces personnes étant issues des minorités, il y avait donc une volonté de discriminer. Conclusion : les ponts américains sont racistes ! De l’idéologie absurde », raconte-t-il, encore éberlué.

Une nouvelle tête qui tombe

Lorsqu’il arrive Rue Saint-Guillaume, Mathias Vicherat retrousse les manches de son impeccable costume tendance, pour s’attaquer comme il se doit aux « VSS » (violences sexistes et sexuelles, NDLR). Le directeur de 46 ans, qui se veut proche des préoccupations de la jeune génération, promet d’en faire « une priorité absolue ». Tout signalement déclenchera systématiquement une enquête de la cellule d’enquête interne préalable (CEIP), qui sera présidée par une magistrate. « Une formation aux VSS a été mise en place sur Zoom pour tous les élèves », raconte un étudiant. Las, le 4 décembre 2023, l’école et le Tout-Paris apprennent, stupéfaits, que Mathias Vicherat et sa compagne ont été placés en garde à vue, à l’issue d’une dispute aux portes du palace parisien Lutetia. Ils s’accusent mutuellement de violences conjugales. La « malédiction » a encore frappé la gouvernance de Sciences Po. De manière parfaitement lamentable. 
 
« C’est le wokisme qui se mord la queue, l’arroseur arrosé », ricanent alors les mauvais esprits de l’école. L’institution s’embrase. Le jusqu’alors sympathique directeur devient l’homme à abattre . Dès le lendemain, le campus de Paris est bloqué. Sa démission est exigée par les syndicats d’extrême gauche Solidaires, proche du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste), et l’Union étudiante. Cette dernière, sur le réseau social X s’explique : « Victime, on te croit. Nous ne pouvons avoir un directeur auteur de violence. » Dans le hall de l’école, des affiches représentant la silhouette noire de Mathias Vicherat sur fond orange sont placardées, appelant à son départ. La députée Europe Écologie-Les Verts (EELV) Sandrine Rousseau fait le déplacement à Saint-Germain-des-Prés pour soutenir les étudiants. L’association Garces de Sciences Po, qui se définit sur Instagram comme un « collectif féministe radical intersectionnel » agissant « en mixité choisie sans hommes », monte au front. » 
 
La communauté enseignante n’est pas en reste. Le département de sociologie réclame la tête de Vicherat. «  C’était une véritable chasse à l’homme. On ne pouvait pas faire entendre un discours de raison, témoigne un professeur de politique. Il ne pouvait que démissionner. Mais l’emballement de l’institution montrait à quel point elle était instable.  » Sur le groupe WhatsApp des enseignants vacataires, certains se déchaînent. «  Dès la garde à vue, ils piétinaient la présomption d’innocence  », rapporte un membre de cette boucle réunissant 250 personnes. Lorsque le tribunal rendra sa décision, un an plus tard, il condamnera Mathias Vicherat, mais aussi son ex-compagne : cinq mois de prison avec sursis pour lui, huit pour elle. La justice fera état d’«  une relation particulièrement dysfonctionnelle depuis de nombreux mois  ». 

Un avant et un après Gaza

«  Il y a eu un avant et un après Gaza.  » Lancinante, cette phrase revient, de la bouche de professeurs de Sciences Po, d’étudiants, mais aussi de recruteurs et d’anciens, qui occupent des postes clés dans une multitude de secteurs. Et qui se désespèrent. Les plus aveugles, ou les plus confiants, auront beau balayer cela d’un revers de main, l’assertion correspond à une réalité. Après l’affaire de l’amphi Boutmy rebaptisé « Gaza » en avril 2024, les vidéos et les images qui ont circulé dans les médias, agrémentées d’abondants commentaires de la classe politique, ont été dévastatrices pour la réputation de l’institution. Elles ont montré une école aux prises avec des militants masqués, martelant des slogans propalestiniens coiffés de keffiehs, et une direction dans l’impasse, incapable de gérer le désordre. » 
 
Si l’amphi « Gaza », les manifestations et les bloqueurs évacués par la police ont fait l’effet d’un séisme, c’est aussi la goutte d’eau dans une tempête qui semble plus vaste. Voilà une dizaine d’années que Sciences Po fait les gros titres de la presse avec sa valse des directeurs et ses coups successifs portés à l’élitisme à la française, qui ont eu pour point d’orgue la suppression de son concours. Dès mai 2024, sur le réseau social X, les publications sur la « démonétisation » du diplôme et des CV que les recruteurs jetteraient directement « à la poubelle » se multiplient. Ces employeurs du privé, ayant «  pris conscience qu’intégrer des Sciences Po est un risque  », seraient en train de les «  blackbouler », tandis qu’en parallèle beaucoup de diplômés iraient «  s’incruster dans la fonction publique  », peut-on lire, en substance, sur ce réseau social peu réputé pour sa nuance, mais à forte influence. 
 
Vers un nouvel horizon

Par-delà le brouhaha ambiant, c’est justement des dossiers de fond qui attendent le directeur. Depuis la suppression du concours écrit en 2021, les critères de sélection de l’école ont été vivement interrogés. Les lycées élitistes publics et privés, ainsi que la bourgeoisie parisienne se sont sentis mis de côté, et l’ont fait savoir dans leurs cercles d’influence. En octobre 2024, quinze jours à peine après sa prise de fonction, Luis Vassy annonce, dans une interview aux Échos, une réforme de la procédure d’admission. «  Nous recrutons les plus compétents, pas les plus militants », promet-il, à l’adresse des candidats de la session 2025. » 
 
 Les lettres sur l’engagement et le projet de l’étudiant, qui étaient jointes au dossier, n’auront plus cours. 
 
Demander à des élèves de 16 ans de démontrer leur engagement social, c’est « faire peser une responsabilité très lourde » sur leurs épaules et celles de leurs familles, estime-t-il. Les notes obtenues au bac de français, une épreuve nationale et anonyme, seront surpondérées à 60 %, contre tout juste 7 % à 8 % auparavant. Il s’agit de laisser moins de place au « contrôle continu », ces notes données au cours de l’année par les professeurs du lycée. Elles flirtent aujourd’hui avec de si hauts sommets qu’il devient difficile de distinguer les dossiers les plus performants. Avec ce petit changement qui pourrait faire évoluer à la marge les profils des candidats retenus, Sciences Po espère voir les choses bouger.
 
 
LA CHUTE DE LA MAISON SCIENCES PO
de BEYER CAROLINE,
publié aux éditions du CERF,
le 28 mars 2025,
à Paris,
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2204171298

Voir aussi
 
 
 

 Très fort tropisme à gauche des étudiants de Sciences Po (Paris)

Anglo-saxonisation de Sciences Po, source de sa radicalisation gauchiste

Sciences Po a supprimé son concours d'entrée, plus personne n'en parle (2019)  

À l’instar des universités anglo-saxonnes, Sciences Po de Paris supprime les épreuves sur table (2021)

Sciences Po secouée par l’affaire Duhamel, Des étudiants veulent la démission du directeur de l’école Frédéric Mion. Il aurait eu vent des rumeurs d’inceste et de pédophilie homosexuelle visant le président de la Fondation nationale des sciences politiques.

En 2011, Sciences Po annonçait la suppression l'épreuve de culture générale. Richard Descoings, son directeur mort dans des circonstances sordides en avril 2012 aux États-Unis qu'il adulait, avait supprimé du concours d’entrée l’épreuve écrite de culture générale pour les titulaires d’une mention "Très Bien" au baccalauréat et instauré une procédure d’entrée "convention d’éducation prioritaire" [zone d'éducation prioritaire est un euphémisme pour banlieue immigrée] afin d'ouvrir «socialement» l’école.

Université — Liste de lecture anti-blanche de Sciences Po fait polémique

Eschyle interdit, Finkielkraut insulté: sectarisme à l’université

Baisse du niveau des examens d'entrée pour intégrer plus d'immigrés à Sciences Po de Paris

Baisse de niveau à Sciences Po, l'école recrute sur d’autres critères que ceux de l’excellence scolaire, dont l’engagement associatif

 

mardi 10 juin 2025

Grande-Bretagne — S'inquiéter de l'immigration massive relève de l'idéologie terroriste selon un programme gouvernemental

Le programme Prevent du gouvernement britannique est une composante de la stratégie antiterroriste nationale appelée CONTEST, mise en place en 2003 pour prévenir la radicalisation et empêcher les individus de s'engager dans le terrorisme ou de soutenir des activités terroristes.

 
S'inquiéter de l'immigration massive relève de l'idéologie terroriste, selon ce programme Prevent.

Selon des documents officiels, les inquiétudes liées à l'immigration massive relèvent de l'« idéologie terroriste » et nécessitent l'intervention du programme gouvernemental de lutte contre la radicalisation, Prevent.

Une formation en ligne hébergée sur le site web du gouvernement pour Prevent cite le « nationalisme culturel » comme une croyance pouvant conduire un individu à être orienté vers le programme de déradicalisation.

Cela englobe la conviction que « la culture occidentale est menacée par l'immigration massive et le manque d'intégration de certains groupes ethniques et culturels », comme l'apprennent les participants à la formation.

Il s'agit du dernier exemple en date de la restriction de la liberté d'expression par les autorités, la police et les tribunaux.

Ces dernières semaines, le Telegraph a révélé qu'un retraité avait été arrêté à tort pour avoir mis en garde contre l'antisémitisme sur Twitter, et a également mis en lumière le cas d'un homme qui a été condamné pénalement pour avoir brûlé le Coran.

Le programme Prevent a fait l'objet d'un rapport accablant il y a deux ans et n'a pas réussi à arrêter Axel Rudakubana, le tueur de Southport, qui lui avait été signalé à trois reprises.

Les défenseurs de la liberté d'expression ont averti que la définition du « nationalisme culturel » était trop large et pouvait, en théorie, signifier que même Sir Keir Starmer et Robert Jenrick, le secrétaire à la justice fantôme, pourraient être condamnés pour leurs commentaires passés.

Parmi les autres personnes risquant d'être qualifiées d'extrémistes figurent Douglas Murray, l'auteur à succès qui a beaucoup écrit sur l'immigration, ainsi que Matthew Goodwin, l'universitaire devenu présentateur sur GB News, ont déclaré les militants.

Un porte-parole du ministère de l'Intérieur a déclaré : « Prevent ne vise pas à restreindre le débat ou la liberté d'expression, mais à protéger les personnes susceptibles de se radicaliser. »

Lord Young, secrétaire général de la Free Speech Union (FSU), a écrit à Yvette Cooper, ministre de l'Intérieur, pour l'exhorter à reconsidérer d'urgence cette classification.

Il a affirmé que toute personne signalée à Prevent pourrait subir des « conséquences graves et durables » sur son éducation, son emploi et sa réputation publique.

Prevent vise à identifier les personnes susceptibles de se tourner vers le terrorisme, qui sont ensuite signalées au programme, où des agences s'efforcent de les détourner de la radicalisation. Les données personnelles des personnes signalées sont conservées dans les bases de données de Prevent pendant au moins six ans et reproduites dans les systèmes de la police et des services de renseignement.

Les écoles, les universités, les hôpitaux et autres organismes du secteur public ont l'obligation légale d'empêcher les personnes d'être entraînées dans le terrorisme. Chaque année, des milliers d'enseignants, de policiers, de professionnels de santé et d'autres membres du personnel suivent une formation Prevent.

Le cours officiel de « remise à niveau » de Prevent, hébergé sur gov.uk, indique que le « nationalisme culturel » est l'une des « sous-catégories d'idéologies terroristes d'extrême droite » les plus courantes, au même titre que la suprématie blanche et le nationalisme ethnique blanc.

Dans une lettre adressée à Mme Cooper, Lord Young a déclaré qu'il s'agissait d'une « question très préoccupante ».

Il a déclaré : « Bien qu'il ne soit pas défini par la loi ni soumis à des contraintes légales, la définition donnée dans le cours de formation élargit le champ des soupçons pour inclure des personnes dont les opinions sont tout à fait légales mais politiquement controversées.

« Maintenant que le « nationalisme culturel » a été classé comme une sous-catégorie de l'idéologie terroriste d'extrême droite, même les croyances traditionnelles de centre-droit risquent d'être considérées comme idéologiquement suspectes, bien qu'elles restent largement dans les limites de l'expression légale.

Les thèmes couverts par la catégorie « nationalisme culturel » du programme Prevent comprennent des opinions largement répandues, allant des préoccupations relatives à l'immigration et à la cohésion sociale à la conviction que l'intégration devrait être une priorité politique et que les normes culturelles communes contribuent à maintenir une société libérale. »

Lord Young a suggéré que cette définition pourrait même s'appliquer à M. Jenrick, l'ancien ministre de l'Immigration, qui avait précédemment averti que « l'immigration excessive et incontrôlée menace de cannibaliser la compassion du public britannique ».

Selon lui, des politiciens travaillistes de haut rang pourraient également entrer dans le champ d'application de cette définition. Lord Young a cité la récente déclaration de Sir Keir selon laquelle sans règles d'immigration équitables, « nous risquons de devenir une île d'étrangers, et non une nation qui avance ensemble ».

Et en France ?


 

samedi 7 juin 2025

Des chercheurs anglophones dénoncent le guide gastronomique Michelin comme étant « raciste, eurocentré et élitiste »...

Le guide Michelin des restaurants serait raciste, eurocentrique et élitiste, affirment des universitaires.

Le célèbre guide, publié pour la première fois par la société française de pneumatiques en 1900, couvre aujourd'hui plus de 30 pays et s'est vendu à plus de 30 millions d'exemplaires.

Son système de notation par étoiles - une étoile pour une cuisine de haute qualité, deux pour l'excellence et les célèbres trois étoiles pour une cuisine exceptionnelle - est convoité par les restaurateurs du monde entier. De nombreux cuisiniers le considèrent comme l'honneur suprême et les chefs étoilés, tels que Gordon Ramsay et Heston Blumenthal, sont souvent devenus des célébrités à part entière.

Dans la version la plus récente du guide pour la Grande-Bretagne et l'Irlande, qui contient 1 147 restaurants, 220 sont étoilés, dont le premier restaurant grec à recevoir cette distinction, un restaurant anglo-thaïlandais et un restaurant coréen. Deux restaurants d'Afrique de l'Ouest situés dans le quartier londonien de Fitzrovia ont été étoilés en 2024.

Malgré une certaine variété dans les guides, les critiques affirment que l'approche de Michelin est généralement « trop locale » et qu'elle ignore « d'immenses pans du monde ».

Ces omissions pourraient être dues au racisme, suggère Tulasi Srinivas, professeur d'anthropologie, de religion et d'études transnationales à l'Emerson College, à Boston.

« Il n'y a pas de Guide Michelin en Inde, l'une des plus grandes et des plus anciennes cuisines du monde, ni en Afrique avec sa multiplicité de saveurs culturelles. Vous prendrez un peu de racisme avec le bœuf bourguignon ? », écrit-elle dans un blog sur le site The Conversation.

Au lieu de promouvoir les restaurants d'autres régions du monde, elle reproche au guide « intrinsèquement élitiste » de célébrer des procédés gastronomiques européens « obscurs » tels que la « cuisine au feu » à Stockholm et la « gastronomie moléculaire » en Espagne.

« Malgré un mouvement visant à décoloniser l'alimentation en repensant aux héritages coloniaux du pouvoir et aux modes d'alimentation extractifs, le guide Michelin a tiré sa réputation de la cuisine européenne métropolitaine », a-t-elle déclaré.

L'expansion du guide Michelin dans de nouvelles régions est souvent financée par les offices du tourisme ou les gouvernements locaux. La Thaïlande, par exemple, a payé plus de 5,5 millions de dollars canadiens (3,5 millions d'euros) pour que le guide classe les restaurants de Bangkok. Selon le professeur, cet arrangement s'apparente à du « chantage » : des étoiles en échange d'argent.

D'autres universitaires décrivent le guide Michelin comme le « gardien » de la gastronomie, privilégiant les restaurants blancs et eurocentriques et contrôlant les styles de cuisine qui valent la peine d'être payés plus cher.

Zeena Feldman, professeur de culture numérique au King's College de Londres, a comparé les critiques des influenceurs alimentaires sur les médias sociaux au guide Michelin et a conclu que le premier donnait la parole à des « cuisines sous-représentées » de différentes parties du monde. « Culturellement et économiquement, la critique gastronomique sur Instagram est beaucoup plus inclusive que celle du guide Michelin », a-t-elle déclaré dans un blog séparé sur le site The Conversation.

Mais les partisans du guide ont répliqué. Chris Watson, un ancien inspecteur du guide Michelin qui dirige un cabinet de conseil en ressources humaines, a rejeté les allégations de racisme et a déclaré qu'il y aurait toujours un élément d'exclusivité dans les guides gastronomiques qui notent les restaurants.

« Michelin a introduit un prix «Bib Gourmand» représentant des expériences gastronomiques d'un bon rapport qualité-prix, et il y a actuellement plus de 3 200 Bib Gourmand dans les guides Michelin du monde entier », a-t-il déclaré.

« Il a également introduit l'étoile verte, en 2020, pour récompenser les restaurants qui utilisent 100 % d'ingrédients locaux - ce qui est loin d'être élitiste. Il existe d'ailleurs une multitude de restaurants indiens dans le monde qui ont reçu ces étoiles. C'est loin d'être raciste ».

Une porte-parole du Guide Michelin a déclaré : « Le Guide Michelin évalue toutes les cuisines selon cinq critères universels, sans quotas ni favoritisme eurocentrique. Son expansion au-delà de l'Europe l'a conduit à être présent aujourd'hui dans plus de 60 destinations dans le monde, du Mexique à la Thaïlande, en passant par le Brésil et la Turquie. Le guide célèbre la richesse et la diversité des cultures culinaires en mettant en avant plus de 200 styles de cuisine, résultat d'inspections rigoureuses menées par des inspecteurs de plus de 30 nationalités.

Trésind Studio, le premier restaurant indien de Dubaï récompensé par trois étoiles Michelin, El Califa de León, une Taquería étoilée au Mexique, les célèbres hawker centers de Singapour ou encore les kebab shops d'Istanbul sont autant d'exemples qui illustrent parfaitement cette ambition : célébrer l'excellence culinaire universelle, sans frontières.

Cette diversité se reflète également dans le large éventail de prix pratiqués par les restaurants sélectionnés par le guide Michelin. Par exemple, certains établissements étoilés en France proposent des menus de trois plats pour moins de 40 euros, tandis que certains restaurants étoilés en Asie servent des plats pour moins de 10 dollars américains ».

Source : The Telegraph


mardi 3 juin 2025

L'Armée canadienne, la plus « woke »

L'un des objectifs déclarés du gouvernement Carney est de réorganiser les différentes relations militaires du Canada. Après avoir suivi pendant des décennies les États-Unis sur les questions de défense, les libéraux annoncent leur intention de se rapprocher de l'Europe.


Dans son discours du trône de cette semaine, le roi Charles III a déclaré que le Canada allait rejoindre « ReArm Europe », un vaste programme de renforcement de la puissance militaire du continent, largement considéré comme un moyen de contrer la Russie.

Mais alors que le Canada s'efforce de se faire de nouveaux amis, ces nouveaux alliés pourraient découvrir une armée canadienne légèrement différente de celle dont ils se souviennent. Même pour les armées occidentales qui ont adopté les principes d'équité et d'inclusion, le Canada est allé plus loin qu'elles à bien des égards.

Le code vestimentaire de l'armée canadienne est désormais le plus laxiste au monde

C'est en 2022 que les Forces armées canadiennes ont considérablement assoupli leurs normes en matière d'habillement, de toilette et de présentation. Il n'y a plus aucune restriction concernant la longueur ou la couleur des cheveux, et tout, des boucles d'oreilles aux écarteurs d'oreilles en passant par les extensions de cils, peut désormais être porté librement sur les places d'armes.

Le Canada a reconnu à l'époque que personne d'autre ne faisait cela. Wayne Eyre, alors chef des forces armées canadiennes, a déclaré à l'époque que le Canada était « à l'avant-garde » en matière de codes vestimentaires militaires du XXIe siècle. « Nous avons consulté nos alliés, qui nous ont dit que nous avions plusieurs années d'avance sur eux », a déclaré M. Eyre.

Trois ans plus tard, le Canada reste une exception avec ses unités remplies de barbus, de cheveux verts, de piercings faciaux et de favoris. Partout en Europe, l'interdiction de la barbe est la norme, avec des exceptions autorisées sous des conditions strictes. L'armée norvégienne, par exemple, n'autorise la barbe qu'avec une autorisation écrite explicite.

Même la France, un pays connu pour ses codes vestimentaires libéraux sur le lieu de travail, oblige ses soldats à se raser avant de défiler dans Paris le jour de la fête nationale.

Aucune autre armée n'impose l'utilisation de tampons dans les toilettes pour hommes

Pratiquement toutes les armées européennes comptent désormais des membres ouvertement transgenres et ont adopté des politiques visant à protéger ces derniers contre la discrimination. La Pologne est probablement l'exception la plus notable, mais même cela pourrait changer, car des signes récents indiquent que le transgenre ne sera plus un motif d'exclusion du service militaire.

Selon l'armée britannique, la première femme à avoir servi en première ligne est transgenre ; il s'agit d'un soldat qui a été recruté en tant qu'homme, mais qui a « changé de sexe » pendant son service. L'Allemagne compte une commandante de bataillon transgenre : le lieutenant-colonel Anastasia Biefang, qui a fait l'objet d'un documentaire en 2019.

Mais là où le Canada va encore plus loin, c'est en imposant à l'ensemble de l'armée de fournir des tampons dans les toilettes pour hommes, qu'il y ait ou non des hommes transgenres dans l'unité.

Comme le rappellent rapidement les initiés de l'armée aux détracteurs, cette politique n'est pas propre aux Forces armées canadiennes. Le ministère de la Défense est simplement soumis à un mandat plus large qui exige la mise à disposition gratuite de tampons dans tous les lieux de travail réglementés par le gouvernement fédéral.

Mais cela signifie que les bases militaires et les navires de guerre canadiens sont les seuls au monde (et dans l'histoire de l'humanité) où il est obligatoire de stocker des tampons à côté des urinoirs.

Les pays les plus proches sont peut-être la Norvège et la Suède. Ces deux pays ont un service militaire obligatoire pour les deux sexes et fournissent gratuitement des produits menstruels à leurs recrues féminines. En Norvège, les hommes et les femmes partagent même des casernes et des toilettes mixtes. Pourtant, même en Scandinavie, cela ne s'est pas traduit par une politique imposant la mise à disposition gratuite de tampons dans toutes les toilettes.

Les quotas diversitaires (raciaux et sexistes) au Canada sont bien plus explicites qu'ailleurs

Pratiquement toutes les grandes armées de l'Union européenne et de l'OTAN ont fait des ouvertures en faveur de la « diversité et de l'inclusion ». Être soldat dans une armée occidentale du XXIe siècle, c'est participer à au moins un atelier sur l'importance de la diversité, de l'équité ou de l'égalité des sexes.

L'OTAN publie désormais un rapport annuel sur la « diversité et l'inclusion » qui recense le sexe, la nationalité et l'âge de son personnel militaire. Chaque unité de l'armée britannique dispose désormais d'un conseiller désigné pour la « diversité et l'inclusion ».

La Bundeswehr allemande explique aux recrues qu'elles rejoignent une organisation où tous les âges, toutes les capacités et toutes les origines nationales sont les bienvenus. « Ils insufflent de la vie aux troupes, représentent la diversité de la Bundeswehr et renforcent ses liens avec notre société diversifiée », peut-on lire sur le site officiel de l'armée allemande.

Les Forces armées canadiennes ont peut-être suscité des réactions mitigées ces dernières années en déployant des conseillers en matière de genre dans des zones sensibles telles que Haïti et l'Ukraine, mais de telles mesures sont désormais monnaie courante dans les armées occidentales. Ce poste a même son propre acronyme militaire reconnu à l'échelle internationale : GENAD (GENder ADvisor).

Néanmoins, toutes ces initiatives en faveur de la diversité visent généralement à rendre la vie militaire plus accueillante pour les femmes et les minorités, et à supprimer les obstacles au recrutement et à la promotion.

Le Canada est allé plus loin en précisant explicitement le nombre idéal de femmes et de membres de minorités qu'il souhaite voir porter l'uniforme. Les Forces armées canadiennes, à l'instar du gouvernement fédéral dans son ensemble, fixent des objectifs précis quant au nombre de membres non masculins et non blancs qu'elles doivent recruter.

Dès 2018, le ministère de la Défense a fixé un quota de diversité pour 2026, selon lequel au moins 11,8 % des militaires seraient issus de minorités visibles, 3,5 % seraient autochtones et 25 % seraient des femmes.

Lorsque tous ces groupes ont systématiquement échoué à se présenter en nombre suffisant dans les centres de recrutement, l'armée a imputé la responsabilité à la discrimination systémique. Il y a trois ans à peine, un rapport officiel du ministère de la Défense déclarait que « le racisme au Canada n'est pas un dysfonctionnement du système ; il est le système. Le colonialisme et les systèmes interdépendants tels que le patriarcat, l'hétéronormativité et le capacitisme constituent les causes profondes de l'inégalité au Canada ».

Source : National Post

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vendredi 30 mai 2025

Québec ne veut pas d'enfants avec trois parents : la question des «trouples» portée en appel

Québec s’oppose à la reconnaissance d’une parentalité à trois têtes.

Le gouvernement de M. Legault, fidèle à une conception classique des fondements de la famille, a résolu de porter en appel une décision judiciaire l’enjoignant de reconnaître, en droit, la pluriparentalité. Le ministre de la Justice, Me Simon Jolin-Barrette (ci-contre), entend défendre ce qu’il qualifie de « modèle québécois », fondé sur le principe de la dualité parentale.

Il n’est pas dans les vues du gouvernement du Québec de reconnaître légalement les liens de filiation unissant un enfant à plus de deux adultes. Un trio amoureux, aussi sincère soit-il dans ses affections, ne saurait à ses yeux fonder une cellule parentale aux yeux de la loi. C’est cette position, qualifiée de principe fondamental, que le gouvernement s’apprête à faire valoir devant la Cour d’appel.

« Le modèle québécois qu’on a choisi, c’est deux parents », proclame Me Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice et Procureur général, dans un entretien accordé à notre Bureau parlementaire. Selon lui, cette norme repose sur la pierre angulaire du droit familial : l’intérêt supérieur de l’enfant.

Or, voilà qu’un jugement récent de la Cour supérieure, émis par le juge Andres C. Garin, est venu ébranler cette conception. Celui-ci a estimé que le Code civil du Québec, en restreignant la reconnaissance parentale à deux individus, portait atteinte aux droits fondamentaux consacrés par la Charte canadienne. Cette restriction constituerait une forme de discrimination à l’égard de ceux qui, selon ses termes, vivent dans un « modèle familial particulier ».

Pour appuyer sa réflexion, le magistrat a examiné trois affaires singulières : la première concernait un trio amoureux revendiquant le droit d’élever ensemble leur progéniture ; la seconde, un couple de femmes ayant sollicité l’aide d’un ami afin de concevoir un enfant ; la troisième, une femme, convalescente après un traitement de chimiothérapie, ayant fait appel à une mère porteuse et au concours fidèle d’une amie pour donner naissance à ses enfants.

Néanmoins, le gouvernement ne souhaite point s’engager sur la voie d’une reconnaissance juridique de telles configurations parentales, fussent-elles motivées par les circonstances de la vie ou la générosité des cœurs. Procréation assistée, gestation pour autrui : autant de cas particuliers qui ne sauraient, selon l’exécutif, justifier une remise en cause des fondements du droit civil québécois.

« On est en désaccord avec la décision du juge Garin », déclare sans détour Me Jolin-Barrette. Il affirme que la province portera cette cause devant le plus éminent tribunal de son ordre juridictionnel.

La filiation, un pacte à double sens


Le ministre rappelle que les parents conservent la liberté de désigner, dans la vie de leur enfant, les personnes qui leur sont chères. Toutefois, ajoute-t-il avec gravité, il revient à l’État de veiller à l’intérêt fondamental de l’enfant et à la cohérence de ses liens juridiques de filiation.

« Si on est dans la logique du jugement, il n’y a pas de limite, ça peut être quatre, cinq, six, sept, huit parents qui auraient des droits reconnus sur les enfants. Donc on se retrouve dans une situation où, en cas de conflit, en cas de séparation, ça pourrait être pas nécessairement dans l’intérêt de l’enfant, [...] qui ne choisit pas cette situation. »

Et ce lien de filiation, précise le ministre, n’est point unilatéral. Le droit québécois reconnaît que si les parents sont tenus de subvenir aux besoins matériels et moraux de leurs enfants, les enfants, à leur tour, doivent assistance à leurs géniteurs.

« L’enfant [devenu majeur] a des obligations alimentaires et financières envers ses parents », rappelle Me Jolin-Barrette. Dès lors, l’on peut concevoir qu’une multiplication des liens de filiation pourrait engendrer, dans les années futures, des situations complexes où un adulte serait appelé à soutenir un nombre croissant de personnes légalement reconnues comme ses parents.

Un choix de civilisation

Par sa décision de contester ce jugement, le Québec affirme une volonté d’autonomie doctrinale, distincte des orientations adoptées ailleurs au Canada. Provinces et territoires tels que l’Ontario, la Colombie-Britannique, la Saskatchewan ou le Yukon ont déjà reconnu la légalité de la pluriparentalité. Le Québec, pour sa part, entend s’en tenir à sa propre voie.

« C’est le choix comme société que nous faisons, clame Simon Jolin-Barrette. Au Québec, on a le droit de faire nos propres choix en fonction de notre propre modèle, [...] qui place l’enfant au cœur des décisions. »

Ainsi s’exprime le ministre, soucieux de préserver une conception structurée de la famille, qui, à ses yeux, demeure l’un des piliers de la stabilité sociale. 

lundi 12 mai 2025

L'écart salarial entre les minorités ethniques et les Blancs a été surestimé d'environ 10 %, selon étude

En 2016, des chercheurs ont constaté que l'écart salarial entre les minorités et les Blancs était surestimé d'environ 10 % parce que, au travail, les non-Blancs avaient tendance à s'adonner davantage aux loisirs, à l'attente, etc.

Ils ont retardé la publication de l'étude de peur que Trump ne l'utilise comme un élément de propagande.

L'écart salarial entre la minorité et les Blancs a été surestimé d'environ 10 % parce que, au travail, les non-Blancs ont tendance à s'adonner davantage aux loisirs, à l'attente et à la recherche d'un emploi.


Toute étude présentant les hommes noirs et hispaniques comme plus paresseux que les Blancs et les Asiatiques ne manquera pas de susciter la controverse.

Un article provocateur des économistes Daniel Hamermesh, Katie Genadek et Michael Burda s'aventure dans ces eaux troubles. Ils suggèrent que l'écart salarial racial bien documenté aux États-Unis est surestimé de 10
% parce que les minorités, en particulier les hommes, passent une plus grande partie de leur journée de travail à ne pas travailler. Après avoir rejeté un certain nombre d'explications plausibles, les auteurs attribuent finalement l'écart à des « différences culturelles » inexpliquées.

Conscients de la sensibilité de ces résultats, les professeurs ont retardé la publication jusqu'à la fin de l'élection présidentielle (en 2017). «
Je savais pertinemment que Trump et ses sbires s'en serviraient à des fins de propagande », explique M. Hamermesh, un économiste du travail haut en couleur et respecté. Le document pourrait toutefois être utilisé par ceux qui sont désireux d'éradiquer le « politiquement correct » et qui sont toujours mécontents des lois antidiscriminatoires actuelles.

La méthode de l'étude est simple. Les données proviennent de près de 36
000 « agendas quotidiens », c'est-à-dire d'autodéclarations sur la façon dont les Américains passent leurs heures de travail, recueillies entre 2003 et 2012. Partant du principe que les travailleurs sont tout aussi honnêtes lorsqu'ils admettent leur paresse, les auteurs calculent la fraction du temps passé hors travail - à se détendre ou à manger, par exemple - et constatent qu'elle varie en fonction de la race dans une mesure faible mais statistiquement significative. L'écart subsiste, bien que sous une forme plus faible, même après l'ajout de contrôles étendus pour la géographie, l'industrie et le statut syndical, entre autres. Les travailleurs masculins non blancs passent 1,1 % de plus de leur journée à ne pas travailler, soit cinq minutes supplémentaires par jour. En supposant que les contrôles soient adéquats, il resterait 90 % de la différence de salaire entre les travailleurs blancs et les minorités ethniques, estimée récemment à 14 %, qui n'est pas expliquée. Il est concevable que cette différence soit le fruit d'une discrimination ou d'un autre facteur.

Il reste périlleux de trouver la cause de ce curieux écart. Selon Philip Cohen, sociologue à l'université du Maryland, le fait que les cadres traitent moins bien les travailleurs issus des minorités peut en soi encourager le relâchement. Les auteurs affirment que ce point est discutable, car les travailleurs indépendants appartenant à une minorité ont un comportement similaire, mais la différence n'est pas statistiquement significative. Une approche expérimentale récente, dans laquelle des caissières de magasins d'alimentation français ont été affectées au hasard à des supérieurs plus ou moins biaisés, a révélé des absences plus nombreuses et un balayage plus lent lorsqu'elles travaillaient sous les ordres des patrons les plus injustes. L'étude aurait démontré que l'élimination des préjugés des supérieurs augmenterait le temps passé au travail par les minorités d'environ 2,5
%.

Malgré l'inconfort du sujet, les auteurs ont tenté une analyse rigoureuse. Les dénonciations n'ont cependant pas tardé. Quelques heures après la publication, M. Hamermesh a reçu des messages vitrioliques et a été qualifié de raciste dans un forum en ligne populaire parmi les économistes. M.
Hamermesh, un progressiste avoué, qui ne fait référence à Donald Trump que par des surnoms amusants et qui a démissionné d'un poste à l'université du Texas en raison d'une loi de l'État autorisant le port d'armes à feu en public, trouve cela injuste. Il note que les Américains travaillent trop. La solution qu'il préfère ne serait pas que certains groupes travaillent plus, mais que d'autres travaillent moins.

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