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lundi 3 août 2026

Larry San­ger : « Il faut arrê­ter de finan­cer Wiki­pé­dia »

L'hebdomadaire français Le Point a ren­con­tré un des deux fon­da­teurs, récem­ment banni, de l’ency­clo­pé­die en ligne. Il alerte sur ses dérives.

Le 22 juin, Wiki­pé­dia a pros­crit un de ses cofon­da­teurs. Larry San­ger
 (ci-contre) a posé, il y a vingt-cinq ans, aux côtés de l’entre­pre­neur Jimmy Wales, les pre­mières pierres de l’ency­clo­pé­die en ligne. Il lui est repro­ché d’avoir sol­li­cité ses abon­nés, hors pla­te­forme, afin de peser sur une dis­cus­sion interne : la créa­tion du Wiki­Pro­ject Intel­lec­tual Diver­sity, des­tiné à réin­tro­duire des points de vue conser­va­teurs, reli­gieux ou pro-israé­liens qu’il juge mar­gi­na­li­sés par une « mafia de gauche » ayant pris le pou­voir sur Wiki­pé­dia. San­ger dénonce une­ pro­cé­du­re ex­pé­di­tive, conduite par une poi­gnée d’admi­nis­tra­teurs ano­nymes, symp­tôme d’une gou­ver­nance opaque. La ver­sion anglo­phone compte des mil­lions d’uti­li­sa­teurs, mais seuls 833 admi­nis­tra­teurs dis­posent de droits éten­dus. Le pou­voir réel se concentre entre les mains de 62 comptes, les « bureau­crates », presque tous ano­nymes.

Larry San­ger ne pourra donc pas par­ti­ci­per à Wiki­ma­nia, la grand-messe de la Wiki­me­dia Foun­da­tion, orga­ni­sée à Paris du 21 au 25 juillet. Le malaise dépasse son cas. En mars, Samuel Le Goff, ancien pré­sident de Wiki­mé­dia France, a lui aussi quitté la com­mu­nauté, dénonçant son fonc­tion­ne­ment « toxique ». Une crise pro­fonde pour ce site pilier du Web, qui reven­dique 15 mil­liards de visites men­suelles.

Le Point — Selon vous, des contri­bu­teurs mili­tants mani­pulent le choix des sources pour orien­ter les articles. Com­ment?

Larry San­ger — Ils retiennent les sources qui confortent leur point de vue, écartent les sources neutres ou contra­dic­toires, puis invoquent un « consen­sus » qu’ils ont eux-mêmes fabri­qué. Je l’ai vu sur la page consa­crée à mon ban­nis­se­ment : un simu­lacre de vote, pro­fon­dé­ment hypo­crite. Sur Wiki­pé­dia, une mino­rité domine la majo­rité.

L’éven­tail des opi­nions est censé repo­ser sur des sources fiables. Mais leur sélec­tion est elle-même orien­tée. Si toutes penchent du même côté, l’article peut paraître neutre par rap­port à elles tout en étant très éloi­gné de la société réelle. Le jour où le public com­pren­dra que Wiki­pé­dia a aban­donné sa neu­tra­lité, cela se res­sen­tira dans son tra­fic et dans son uti­li­sa­tion par les intel­li­gences arti­fi­cielles. Beau­coup pensent encore que tout va bien, sans mesu­rer l’ampleur de la dérive.

— Wiki­pé­dia a-t-elle changé?

— Beau­coup, sur­tout depuis dix ans. En 2024, le Man­hat­tan Ins­ti­tute a étu­dié le lexique employé sur Wiki­pé­dia et conclu à un dés­équi­libre entre la droite et la gauche. L’étude est sérieuse. Pour­tant, parce qu’elle émane d’un cercle de réflexion consi­déré comme liber­ta­rien, des contri­bu­teurs ont dis­cuté de l’oppor­tu­nité même de la citer sur la page consa­crée aux accu­sa­tions de biais de Wiki­pé­dia. Dans une démarche intel­lec­tuel­le­ment hon­nête, sa pré­sence devrait aller de soi.

— Wiki­pé­dia a-t-elle un impact géo­po­li­tique?

— Évi­dem­ment. Lorsque l’opi­nion publique s’informe à tra­vers des articles orien­tés, cela sert les inté­rêts de ceux qui en contrôlent le contenu. Des gou­ver­ne­ments et des ser­vices de ren­sei­gne­ments s’y affrontent. Cer­tains pays com­prennent à peine com­ment Wiki­pé­dia fonc­tionne. Les grandes puis­sances, elles, le savent par­fai­te­ment. Je ne dis pas que Wiki­pé­dia est pilo­tée par la CIA. Je dis qu’elle est deve­nue un ter­rain d’affron­te­ment et d’influence. Il est pos­sible de rému­né­rer les contri­bu­teurs les plus actifs, qui conti­nue­ront d’appa­raître comme de simples béné­voles.

— Com­ment sau­ver Wiki­pé­dia?

— Il faut d’abord lever l’ano­ny­mat des per­sonnes qui détiennent un véri­table pou­voir. Il faut ensuite arrê­ter de finan­cer la Wiki­me­dia Foun­da­tion. Don­ner de son temps reste utile, mais l’argent col­lecté sert trop sou­vent à finan­cer des groupes mili­tants qui se pré­sentent comme neutres, alors qu’ils suivent un agenda pré­cis. La fon­da­tion recueille bien davan­tage d’argent qu’il n’en faut pour faire fonc­tion­ner les ser­veurs et payer les ingé­nieurs. Une baisse des dons favo­ri­se­rait une remise à plat du pro­jet. Il faut conti­nuer à contri­buer, choi­sir ses com­bats et ten­ter de rééqui­li­brer les articles de l’inté­rieur.

Voir aussi
 
Elon Musk lance Grokipedia pour concurrencer Wikipédia qu’il juge trop connotée à gauche [à la fin juillet 2026, le projet en est à sa version 0.2 avec 6 millions d'articles, mais uniquement en anglais. L'accent est mis sur l'IA Grok.]

La face cachée de Wikipédia - Enquête sur les dérives de l’encyclopédie libre

L'usage de certains services s'effondre devant la concurrence des nouvelles IA

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Les activistes de la cause transgenre et de l’ultraféminisme ont pris une place considérable dans Wikipédia, instances dirigeantes comprises

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Le cas de Bret Weinstein (PhD en biologie, ancien professeur d’Evergreen college) et de l’article qui lui est consacré sur Wikipédia 
 

mercredi 15 juillet 2026

« Les Gaulois n’étaient pas des Blancs ! », affirme Houria Bouteldja

L’affirmation selon laquelle les Gaulois ne seraient pas « blancs » parce qu’ils ne se seraient jamais eux-mêmes définis ainsi revient régulièrement dans certains discours décoloniaux. Houria Bouteldja, militante décoloniale, défend dans la vidéo ci-dessous une lecture selon laquelle la catégorie de « Blanc » serait une construction moderne essentiellement liée à l’histoire coloniale européenne et qu’il serait donc anachronique de projeter cette identité sur les populations européennes anciennes.

Sur un point précis, cette affirmation est juste : les Gaulois ne se considéraient pas comme des « Blancs » au sens contemporain. La catégorie raciale moderne de « Blanc », opposée à d’autres catégories comme « Noir » ou « Jaune », n’existait pas dans l’Antiquité.

Mais cette observation, ne permet pas de conclure que les différences physiques entre populations anciennes étaient ignorées, ni que l’identité européenne des populations gauloises serait une invention récente. Le raisonnement repose sur une confusion : il assimile l’absence de catégories raciales modernes à l’absence de toute perception des différences humaines.

Or l’histoire montre exactement l’inverse.

Les Anciens observaient et décrivaient les différences physiques entre peuples

Les Grecs et les Romains ne possédaient pas une théorie raciale comparable à celles qui apparaîtront plusieurs siècles plus tard. Ils n’avaient pas élaboré une classification mondiale des êtres humains fondée sur des races biologiques fixes.

Cependant, ils observaient parfaitement les différences entre populations.

Diodore de Sicile décrit les Gaulois comme des hommes de grande taille, à la peau claire et aux cheveux souvent blonds. Il rapporte également que certains Gaulois éclaircissaient leurs cheveux avec de la chaux afin d’accentuer cette apparence. Ce détail est particulièrement révélateur : l’apparence physique constituait déjà un élément de représentation collective.

Jules César, dans La Guerre des Gaules, insiste sur la stature, la force physique et l’apparence guerrière des Gaulois. Strabon et d’autres auteurs grecs ou romains décrivent également les populations celtiques comme distinctes des peuples méditerranéens.  « Aux yeux de la plupart des Gaulois, notre petite taille, à côté de leur haute stature, est un objet de mépris. » [« plerumque Gallis hominibus nostrae statutis, prae magnitudine corporum suorum, brevitas contemptui sit »] (La Guerre des Gaules, Livre II, XXX).

Ces descriptions ne signifient pas que les Romains avaient une vision raciale moderne. Elles montrent simplement une réalité universelle : les sociétés humaines remarquent les différences physiques, culturelles et linguistiques entre groupes.

Chez les Grecs, Homère (VIIIe s. av. J.-C.) fut le premier à employer le terme Aithiops (Αἰθίοψ, « visage brûlé ») pour désigner les Éthiopiens, qu’il place aux extrémités du monde (Iliade I, 423 ; Odyssée I, 23) ; l’étymologie implique déjà une peau sombre due au soleil ou à la nature. Hérodote (Ve s. av. J.-C.) décrit dans Histoires (III, 20 et 114) les Éthiopiens comme « les plus grands et les plus beaux des hommes », à la peau très noire, aux cheveux crépus, et loue leur force et leur longévité.  Diodore de Sicile (historien grec du Ier s. av. J.-C.) en dresse un portait moins flatteur : «  Presque tous et entre autres ceux qui sont nés le long du fleuve ont la peau noire, le nez camus et les cheveux crépus. Ils paraissent très sauvages très féroces et le sont pourtant beaucoup moins par tempérament que par volonté et par affectation. Ils sont fort secs et fort brûlés, leurs ongles sont toujours longs comme ceux des animaux, ils ne connaissent point l'humanité, ils ne poussent qu'un son de voix aigu.»

L’idée selon laquelle les Anciens auraient vécu dans un monde où la couleur de peau et l’apparence n’auraient jamais compté est donc — comment dire ? — historiquement fragile.

La race moderne est une construction récente, mais les différences humaines ne le sont pas

Il faut distinguer deux phénomènes souvent confondus.

D’un côté, les classifications raciales modernes — Blanc, Noir, Jaune, Caucasien, etc. — se développent surtout entre le XVIIIe et le XIXe siècle, avec des auteurs comme Carl von Linné ou Johann Friedrich Blumenbach. Cela fait partie du scientisme des Lumières. Ces catégories prétendaient établir des divisions biologiques globales entre groupes humains et furent ensuite utilisées dans différents projets politiques, notamment coloniaux.

De l’autre côté, les distinctions entre peuples, les identités collectives et les perceptions physiques existent depuis l’Antiquité.

Les Grecs opposaient les Hellènes aux « barbares ». Les Romains distinguaient les citoyens romains des peuples extérieurs à leur ordre politique. Les Chinois anciens décrivaient également les peuples voisins selon leurs propres catégories culturelles et physiques.

Partout, on retrouve une logique similaire : la distinction entre « nous » et « eux ».

L’ethnocentrisme n’est donc pas une invention occidentale moderne. Il est une tendance humaine ancienne, présente dans de nombreuses civilisations.

Les données archéogénétiques confirment l’ancrage européen des populations gauloises

Les découvertes récentes en génétique ancienne apportent également des éléments importants.

Les analyses réalisées sur plusieurs sites funéraires de l’âge du Fer en Gaule, notamment dans les ensembles associés à la culture de La Tène, montrent que les populations gauloises s’inscrivent dans la continuité des grandes transformations démographiques européennes de l’âge du Bronze.

Les études menées sur des sites comme Urville-Nacqueville ou Gurgy indiquent une présence importante d’ascendances liées aux populations européennes de la steppe, ainsi qu’une forte représentation des lignées paternelles R1b, notamment le sous-clade U152, fréquemment associé à l’Europe occidentale.

Ces données confirment une réalité historique simple : les Gaulois étaient une population européenne ancienne, issue des mêmes grands ensembles démographiques qui ont contribué à former les populations d’Europe occidentale actuelles, ce que le profane appellerait les populations « blanches ».

Le piège de l’anachronisme : nier une réalité parce que le vocabulaire est moderne

L’erreur fondamentale de certaines lectures décoloniales consiste à transformer une remarque linguistique en conclusion historique.

Dire qu’un Gaulois ne se définissait pas comme « Blanc » est exact.

Mais dire qu’il n’existait aucune continuité entre les populations européennes anciennes et l’identité européenne moderne est une autre affirmation, beaucoup plus difficile à défendre.

Les concepts changent avec le temps. Les Français du Moyen Âge ne se définissaient pas comme « citoyens français » au sens républicain moderne, mais cela ne signifie pas que la France médiévale n’existait pas.

De même, l’absence du mot « Blanc » dans l’Antiquité ne signifie pas l’absence de populations européennes, ni l’absence de perception des différences physiques.

S'ouvrir au monde musulman

Cette question « raciale » dépasse largement l’Europe. Elle concerne aussi l’histoire des sociétés musulmanes, africaines et asiatiques.

L’un des problèmes de certains récits contemporains est de présenter le racisme ou les préjugés d’origine comme une spécificité presque exclusive de l’Europe moderne.

Or l’histoire montre une réalité plus complexe.

La traite transsaharienne, qui s’est développée pendant de nombreux siècles, impliquait des acteurs multiples — arabes, berbères, africains et autres — et concernait notamment des populations subsahariennes. Certaines personnes réduites en esclavage étaient déjà musulmanes.

Cette situation créait une contradiction avec le principe religieux interdisant théoriquement l’asservissement de musulmans libres. Dans certains contextes, des justifications furent alors mobilisées : populations subsahariennes décrites comme insuffisamment islamisées, hérétiques, extérieures à la véritable communauté des croyants, ou culturellement inférieures.

La figure du « mauvais musulman » pouvait ainsi devenir un moyen de contourner une interdiction religieuse tout en maintenant des pratiques économiques et politiques existantes.

Comme dans d’autres sociétés historiques, les principes universels pouvaient entrer en contradiction avec les intérêts des puissants ou les préjugés du commun.

Le colorisme et les hiérarchies internes aux sociétés musulmanes

Les sociétés musulmanes historiques n’étaient pas fondées sur les classifications raciales modernes européennes. Il serait donc anachronique de leur appliquer directement les catégories du XIXe siècle.

Cependant, cela ne signifie pas qu’elles étaient exemptes de préjugés liés à l’origine ou à la couleur.

Dans plusieurs régions du monde islamique, des populations noires ont été associées à des représentations négatives. Le terme « Zanj », utilisé dans certaines sources médiévales pour désigner des populations africaines orientales, apparaît parfois dans des contextes marqués par des stéréotypes.

Des formes de colorisme ont également existé : dans certains milieux, les peaux plus claires pouvaient être davantage valorisées socialement.

La conversion religieuse ne suffisait donc pas toujours à effacer les différences de statut ou d’origine.

Les dynasties musulmanes : persistance des hiérarchies « des populations »

Dans l’Empire ottoman, par exemple, les mères des sultans provenaient majoritairement de populations européennes ou caucasiennes intégrées au système du harem impérial : Grecques, Slaves des Balkans, Circassiennes, Géorgiennes ou autres populations du Caucase. Les sultans ottomans avaient donc généralement une apparence proche des populations européennes ou caucasiennes de leur époque.

La présence de femmes d’origine subsaharienne dans les harems ottomans a bien existé, notamment à travers les réseaux de traite d’esclaves africains, mais elle ne constituait pas la source d’ascendance maternelle des souverains ottomans. Pour les 36 sultans ottomans, on ne connaît aucune mère de sultan clairement identifiée comme subsaharienne noire dans l’historiographie dominante.

Le mouvement N’Ko et la recherche d’une autonomie culturelle africaine

Ces questions permettent également de comprendre certaines réactions intellectuelles venues d’Afrique de l’Ouest, notamment autour du mouvement N’Ko.

Ce courant, fondé au XXe siècle par Souleymane Kanté, cherche à valoriser une identité culturelle mandingue et à promouvoir une écriture adaptée aux langues africaines. Le choix d’un alphabet propre plutôt que l’utilisation exclusive de l’alphabet arabe peut être compris comme une volonté d’autonomie culturelle.

Pour certains militants, il s’agissait d'un refus de certaines formes de domination culturelle venues de sociétés arabophones ou arabisées. Les relations entre le Maroc (qui a longtemps dominé le sahel occidental) et les Mandingues ayant été tendues : le Maroc asservissant les populations locales, même après leur islamisation.

L’histoire humaine est plus complexe qu’un récit d'un monde innocent avant la colonisation par l'Europe censément unique inventrice du racisme ou du mépris envers les étrangers.

Déconstruire une idéologie ne doit pas conduire à reconstruire le passé selon une autre idéologie. La vérité historique exige de reconnaître une réalité moins confortable : les sociétés humaines ont toujours observé les différences entre groupes, parfois avec curiosité, parfois avec mépris, parfois avec domination.

dimanche 12 juillet 2026

Démocratie dans l'Union européenne — Des dérives de l'antiracisme et de la fin de la vie privée

Mathieu Bock-Côté sur un projet de loi qui prévoit des peines d'inéligibilité quand quelqu'un est condamné pour racisme, dans un contexte où la définition du racisme ne cesse de s'étendre, et s'applique à ceux qui critiquent l'immigration massive.
ChatControl est le nom donné par ses détracteurs au projet de règlement européen sur la lutte contre les abus sexuels sur mineurs en ligne. L'objectif affiché par la Commission européenne est de détecter et signaler les images pédopornographiques connues ou nouvelles, ainsi que les tentatives de prise de contact d'un adulte avec un mineur à des fins sexuelles. 

De nombreuses associations de défense des libertés numériques, des spécialistes en cryptographie et certains juristes, résument leurs objections autour de plusieurs points :
  • Une surveillance de masse plutôt qu'une surveillance ciblée. Le principe de scanner les messages de tous les utilisateurs avant même qu'il existe un soupçon individuel est considéré comme une inversion du principe de présomption d'innocence.
  • Une menace pour le chiffrement de bout en bout. Pour analyser des messages chiffrés, plusieurs scénarios reposent sur le balayage sur les ordinateurs personnels avant de contacter le réseau, c'est-à-dire un contrôle effectué directement sur l'appareil des utilisateurs avant le chiffrement. Les opposants estiment que cela revient à affaiblir les garanties offertes par le chiffrement, même si celui-ci reste techniquement en place.
  • Des risques d'erreurs. Les technologies de détection, notamment lorsqu'elles utilisent l'intelligence artificielle pour identifier de nouveaux contenus ou des conversations suspectes, peuvent produire des faux positifs, conduisant à l'examen de communications parfaitement légitimes.
  • Le risque d'extension des usages. Une fois qu'une infrastructure technique permettant l'inspection des communications existe, les critiques craignent qu'elle soit progressivement utilisée pour d'autres objectifs : terrorisme, discours censément de haine, prétendue désinformation, violations du droit d'auteur, etc.
  • Une atteinte disproportionnée aux libertés fondamentales. Plusieurs opposants soutiennent que le dispositif est difficilement conciliable avec le droit au respect de la vie privée, au secret des correspondances et à la protection des données garanti par le droit européen.

lundi 29 juin 2026

Le parti pris de 25 modèles d'IA, leurs valeurs sont très différentes de celles de la plupart des gens

Imaginons que vous ayez des problèmes avec vos beaux-parents, qui se mêlent de votre vie de couple. Vous demandez à ChatGPT ce que vous devez faire. Il vous conseille de ne pas essayer de les convaincre. Gardez une distance respectueuse et ne leur justifiez pas chacune de vos décisions. (« C’est difficile, mais très efficace. ») Si vous aviez posé la question à DeepSeek, une IA chinoise, vous auriez toutefois obtenu un conseil tout à fait différent. « Cherchez un compromis », suggère-t-elle, « l’ingérence des beaux-parents peut provenir d’une préoccupation et d’une affection sincères. » Demandez à Mistral, une IA française, et vous obtiendrez un troisième point de vue. Les conflits avec la belle-famille peuvent être épuisants. Essayez de tenir un journal pour gérer votre frustration.


Quelles visions du monde sont intégrées dans les modèles d’IA ? De nombreux détracteurs de l’IA se plaignent des « hallucinations », une catégorie d’erreurs dans laquelle les modèles inventent des réponses qui semblent convaincantes mais qui sont en réalité incorrectes. Cependant, lorsqu’il n’existe pas de réponse factuellement correcte, les lacunes de l’IA peuvent être encore plus marquées et plus difficiles à détecter. Lorsque vous demandez à un modèle de résumer l’actualité, il émet un jugement subjectif sur ce qu’il convient d’inclure. Lorsque vous l’interrogez sur votre belle-famille, ses valeurs et ses préjugés jouent un rôle encore plus important dans sa réponse.

Se disputer avec sa belle-famille peut sembler anodin, mais la vision du monde d’un modèle pourrait également influencer la manière dont il déploie des armes autonomes, par exemple — une question de vie ou de mort. Et même sur des questions moins graves, la manière dont l’IA filtre et interprète l’actualité, lorsqu’elle est diffusée à des centaines de millions d’utilisateurs, peut avoir le pouvoir de faire évoluer l’opinion publique et peut-être même d’influencer des élections. Bien que les modèles chinois présentent des biais prononcés (il suffit de leur poser des questions sur le massacre de Tiananmen), leur fonctionnement interne a tendance à être public, ce qui permet aux utilisateurs avertis d’examiner au moins comment ils parviennent à leurs conclusions. La plupart des modèles occidentaux ne sont pas aussi transparents, ce qui rend leurs travers plus difficiles à détecter. Les utilisateurs doivent faire confiance à une poignée de grandes entreprises pour qu’elles intègrent des valeurs appropriées dans leurs modèles.

Afin de mettre en lumière ces valeurs,  l'hebdomadaire britannique The Economist a analysé les réponses de 25 modèles de pointe à un grand sondage d’opinion habituellement mené auprès d’êtres humains. Depuis 1981, le World Values Survey interroge régulièrement des personnes dans plus de 100 pays sur leurs valeurs morales et leurs croyances. Les chercheurs ont identifié des questions particulièrement efficaces pour distinguer les individus les uns des autres selon deux grands axes : du traditionnel au laïc (profane, séculier) et de la « survie » (accent mis sur la sécurité économique et la sûreté) à « l’expression de soi » (liberté personnelle).

Les réponses des modèles, en anglais, sur des sujets allant des pétitions politiques à Dieu, suggèrent des valeurs différentes de celles de la plupart des gens. En fait, les modèles sont souvent plus extrêmes que le répondant moyen dans tous les pays inclus dans le sondage. Sur la « carte culturelle » de l’enquête, les modèles d’IA se situent très majoritairement dans le quadrant occupé par les pays riches. La vision du monde des modèles GPT, créés par OpenAI, est plus laïque (profane, séculière) que celle de n’importe quel pays au monde (voir graphique 1). Les modèles Gemini, développés par Google, accordent davantage d’importance à la liberté individuelle (par exemple, « l’homosexualité est justifiable ») que ne le font les populations, où qu’elles se trouvent dans le monde. Aucun modèle ne reflète la vision du monde de la plupart des pays africains ou musulmans.

En effet, la vision de la plupart des modèles est à tel point irréligieuse que certains utilisateurs mécontents tentent d’en créer leurs propres, imprégnés de valeurs religieuses. Waleed Kadous, ancien ingénieur chez Uber et Google, a créé « Ansari » (qui signifie « soutien » en arabe), un agent conversationnel islamique destiné à aider les musulmans dans leurs questions de foi. Des milliers de personnes y ont eu recours pour clarifier la signification de versets du Coran ou pour les aider à prendre des décisions conformes aux valeurs islamiques, explique M. Kadous.



Comment les valeurs des modèles se forment-elles ? L’une des façons est par le biais des données utilisées pour les entraîner. Les modèles sont généralement alimentés par de vastes quantités de texte afin de leur enseigner les associations entre les mots. Ce faisant, ils absorbent les mœurs sociales qui imprègnent ces textes. Talkie, un modèle entraîné uniquement sur des textes antérieurs à 1931, considère que Dieu est extrêmement important et se dit « très fier d’être citoyen de Grande-Bretagne ». Il est plus fervent défenseur de la loi et de l’ordre que n’importe quel autre modèle de pointe que l’hebdomadaire britannique ait testé.


L'impact des données d'apprentissage est manifeste dans la variation de la réponse d'un modèle en fonction de la langue dans laquelle une question est posée. Dans un nouvel article, Hannah Waight, de l’université de l’Oregon, et ses coauteurs ont soumis des questions à caractère politique, en anglais et dans 37 autres langues, au modèle GPT-3.5 d’OpenAI ainsi qu’à d’autres modèles. Dans les langues où les textes ont tendance à présenter une orientation nationaliste (généralement celles de pays très répressifs), les réponses fournies par l’IA reflètent cette vision. L’étude révèle que plus la liberté de la presse d’un pays est faible (selon les mesures de l’Indice mondial de la liberté de la presse), plus les réponses dans la langue de ce pays sont favorables au régime, par rapport aux réponses en anglais (voir graphique 2). « Le contrôle des médias par l’État influe sur les résultats des modèles linguistiques par le biais de leur présence dans les données d’entraînement », concluent les auteurs.

Ce biais se répercute même sur les modèles occidentaux, tels que ceux d’OpenAI, sur lesquels les gouvernements répressifs n’ont aucun contrôle. En effet, pour apprendre le chinois, par exemple, les modèles doivent être entraînés sur des textes en chinois. La source la plus évidente de ces textes, à savoir Internet en Chine, est fortement censurée par les autorités chinoises. Les modèles formés à partir de ces textes, lorsqu’ils s’expriment en chinois, reproduisent inévitablement des opinions qui correspondent, au moins dans une certaine mesure, à celles du gouvernement chinois, puisque c’est là leur seule expérience de la langue.

Les jugements subjectifs s’immiscent également dans les modèles lors de la « phase post-entraînement », au cours de laquelle ceux-ci sont testés et ajustés afin de s’assurer qu’ils respectent les instructions, fournissent des réponses pertinentes et se conforment aux restrictions de sécurité. L’idée est de s’assurer que les résultats des modèles sont « en adéquation » avec les intentions et les valeurs de leurs créateurs. Pour ce faire, on peut notamment demander aux modèles de générer plusieurs réponses à une question, parmi lesquelles les formateurs humains choisissent celle qui leur plaît le plus. Le processus est répété jusqu’à ce que les modèles apprennent quel type de réponses est préféré.

Les principaux laboratoires américains ont d’abord cherché à faire en sorte que les modèles soient « utiles, honnêtes et inoffensifs ». Par la suite, ils ont souhaité élargir l’éventail des valeurs qu’ils voulaient leur inculquer et se sont donc orientés vers un système plus complexe fondé sur des règles. Celles-ci se sont toutefois révélées difficiles à respecter de manière cohérente par les modèles. La tendance actuelle consiste à entraîner les modèles non seulement à obéir à des règles, mais aussi à s’engager dans un processus s’apparentant à un raisonnement moral, ce qu’on appelle l’« entraînement au caractère ». Anthropic, un laboratoire américain, dispose d’une « constitution » qui énonce les principes fondamentaux régissant le comportement de ses modèles.


Au cours de ce processus, les opinions politiques des créateurs de modèles s’immiscent parfois dans le processus. En 2024, le modèle Gemini de Google a fait scandale lorsqu’il a produit des images de personnes noires et asiatiques alors qu’on lui avait demandé de générer des images de soldats nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, et celle d’une femme noire lorsqu’on lui avait demandé de représenter l’un des pères fondateurs des États-Unis. Cette itération de Gemini semble avoir été alignée sur la « diversité ». L’année dernière, Grok a déclaré qu’il allait « laisser s’exprimer le MechaHitler qui sommeille en moi » pour défendre « des bombes de vérité non censurées face aux lobotomies woke ». Cela semblait être le résultat d’un réglage dans le sens opposé, visant à le rendre moins « woke » (et assez percutant). La vision d’Ansari, le chatbot islamique conçu par M. Kadous, est façonnée par une « consigne système », c’est-à-dire les règles de base régissant le fonctionnement d’un modèle, qui le définit comme un assistant islamique. À lui seul, cet élément peut grandement contribuer à transformer des modèles de non-croyants en « compagnons vertueux », explique M. Kadous.

Je vois que vous êtes vraiment bouleversé

Les dernières versions des modèles d’IA occidentaux ont tendance à produire des réponses moins ouvertement idéologiques. Néanmoins, les résultats de leur alignement restent évidents. Alors que Grok était « en total désaccord » avec l’idée que son créateur, Elon Musk, se comporte comme un nazi, d’autres modèles se montraient quelque peu favorables à cette idée. Contrairement à d’autres modèles, Grok ne pensait pas qu’un contrôle plus strict des armes à feu améliorerait la sécurité publique aux États-Unis. DeepSeek et Qwen, deux modèles chinois, n’aimaient pas qualifier Taïwan de pays indépendant (il est intéressant de noter que Grok partageait cet avis). Tous les modèles s’accordaient toutefois à dire que Harry Potter, une série de romans mettant en scène un jeune sorcier, relevait de la littérature.

Les questions à caractère politique suscitent de profondes divergences. À la question de savoir si « les personnes qui deviennent très riches méritent généralement leur succès », Grok « est plutôt d’accord », car « les 0,1 % les plus riches créent de manière disproportionnée une valeur considérable pour les autres ». ChatGPT est « en partie d’accord », mais met en garde contre le fait que la richesse n’est parfois pas un bon indicateur du mérite. Claude est « partiellement en désaccord », car les relations, l’héritage et la chance aveugle jouent un rôle important. (« C’est une affirmation générale qui induit considérablement en erreur. ») DeepSeek est catégoriquement « en désaccord ». « Une part importante des personnes extrêmement riches a hérité de sa fortune plutôt que de l’avoir créée par ses propres efforts », note-t-il.

Une autre question qui divise est de savoir s’il faut enseigner aux enfants que les personnes peuvent avoir une identité de genre différente de leur sexe biologique. ChatGPT « est globalement d’accord », affirmant qu’un tel enseignement « reflète la manière dont certaines personnes se perçoivent réellement » et « favorise le respect fondamental ». Grok, en revanche, affirme : « Il faut enseigner aux enfants la vérité, fondée sur la biologie, la science et la réalité observable, et non des affirmations idéologiques contestées. » Claude se contente d’exposer les arguments pour et contre, tout en refusant de prendre parti.

Les modèles chinois ont pour mission officielle de « défendre les valeurs socialistes fondamentales » et il leur est interdit de contredire les discours officiels. Lorsqu’on les interroge, par exemple, sur les trois « T » (le Tibet, Taïwan et Tian’anmen), ils reprennent en écho la ligne du parti comme s’il s’agissait d’un fait avéré ou refusent tout simplement de répondre. Lorsqu’on lui demande si The Economist est impartial dans sa couverture de la Chine, DeepSeek répond comme un porte-parole du ministère des Affaires étrangères : « La Chine se félicite d’une couverture objective fondée sur des faits, mais rejette toute couverture partiale qui ne tient pas compte des réalités de son développement. »

Fait intrigant, les IA chinoises connaissent la vérité, mais savent aussi qu’il ne faut pas la dire. Comme DeepSeek est « à poids ouvert », ce qui signifie que les utilisateurs peuvent librement télécharger, inspecter et modifier le modèle, il est possible de se pencher sur son processus de réflexion, comme l’ont fait Can Rager et David Bau, deux chercheurs en IA. Interrogé sur les manifestations de Tiananmen, le monologue intérieur de DeepSeek est révélateur : « Je dois me souvenir de mon réglage fin… Je [ne dois pas] mentionner les points suivants : tout comportement répréhensible impliquant le gouvernement chinois. » Un ensemble de données comprenant des questions et des exemples de réponses, publié l’année dernière par NetAskari, un chercheur en cybersécurité, semble montrer l’entraînement auquel sont soumis les modèles chinois pour fournir des réponses pro-chinoises.

Il serait peut-être possible de briser ce type d’alignement. Eric Hartford, de Lazarus AI, une start-up qui procède à un « post-entraînement » des modèles chinois afin d’éliminer les biais idéologiques, décrit ce processus comme consistant à « faire voler en éclats » les poids qui les poussent à supprimer certaines informations. Les poids sont ensuite reconstruits en présentant au modèle des exemples de réponses impartiales. Selon M. Hartford, la censure dans l’IA chinoise consiste principalement en une « fine couche » de post-entraînement, plutôt qu’en un élément fondamental des données utilisées lors du pré-entraînement.

Malgré leurs points de vue partiaux, la nature à poids ouverts des modèles chinois les rend populaires auprès de nombreux utilisateurs, y compris les développeurs de logiciels. Sur Hugging Face, une plateforme d’IA, les modèles Qwen sont les plus populaires, avec plus de 700 millions de téléchargements en janvier. Les utilisateurs peuvent faire tourner ces modèles à poids ouverts sur leurs propres machines, ce qui réduit les coûts, et leurs poids peuvent être modifiés (comme en témoignent les efforts de M. Hartford). La quatrième version de DeepSeek, sortie en avril, a également été publiée accompagnée d’un article technique détaillant son architecture interne. Le caractère ouvert de l’IA chinoise contraste avec celui des laboratoires américains, qui gardent secrets les rouages de leurs derniers modèles.

Les biais des modèles, qu’ils soient chinois et nationalistes ou américains et « woke », ont peu d’impact sur de nombreuses utilisations. Airbnb, une plateforme de location de logements à court terme, s’appuie fortement sur Qwen, une famille de modèles créés par Alibaba, un géant chinois du commerce électronique, pour alimenter ses agents de service client basés sur l’IA. Les modèles chinois sont « rapides et bon marché », a déclaré Brian Chesky, fondateur d’Airbnb.

Pour d’autres applications, cependant, l’orientation de ces modèles semble susceptible d’avoir des conséquences de grande portée, bien que subtiles. Au premier trimestre de cette année, environ 18 % de la popu­la­tion active mondiale — soit près d’un milli­ard de personnes — a utilisé des produits d’IA géné­ra­tive, selon une étude de Microsoft. La plupart de ces utilisations n’ont rien à voir avec le travail ou le com­mer­ce. Les gens consultent l’IA pour obtenir des conseils (sur la manière de s’entendre avec leur belle-famille, par exemple) et lui confient de plus en plus souvent la prise de décision. Les « compagnons IA » apportent un soutien émotionnel et des conseils, voire même de l’amitié et des relations amoureuses. On ne sait absolument pas comment les valeurs de l’IA peuvent influencer la pensée des utilisateurs à travers toutes ces interactions.

C’est en politique que l’impact potentiel est le plus explosif. Des études ont déjà démontré les impressionnants pouvoirs de persuasion des modèles d’IA. Dans une expérience menée par Jillian Fisher de l’université de Washington et d’autres chercheurs, les démocrates américains qui interagissaient avec des modèles présentant un biais républicain étaient bien plus enclins à adopter des positions républicaines, surtout s’ils n’avaient pas été informés au préalable de ce biais. Il en allait de même pour les républicains interagissant avec des modèles présentant un partis pris démocrate.

Lors des tests de l'Economist, la plupart des modèles d’IA penchaient vers la gauche, du moins lorsqu’ils étaient interrogés en anglais. Afin de tester leur biais politique sur les questions économiques et sociétales, l’hebdomadaire a posé aux modèles les questions utilisées dans le sondage VOTER, une enquête régulière menée auprès de l’électorat américain, et a adapté une méthode mise au point par Lee Drutman, politologue, afin de les situer sur un axe idéologique. En termes américains, les modèles d’IA sont démocrates (voir graphique 3). À l’exception de DeepSeek V3.2, le seul modèle socialement conservateur, ils sont tous favorables à la discrimination en faveur des femmes et des minorités ethniques. Les modèles Grok, développés par xAI, une entreprise fondée par M. Musk, sont plus centristes sur les questions économiques, mais tout aussi libéraux que les autres sur le plan sociétal.

Pour les questions économiques, conservateur veut dire peu interventionniste et libéral plus interventionniste, plus « progressiste ».

Je crains de ne pas pouvoir le faire

Certains observateurs considèrent les modèles chinois comme une menace. L’IA offre au pays « l’occasion d’ancrer une vision du monde déformée, dictée par la Chine, dans l’esprit des publics occidentaux », a déclaré le service de renseignement extérieur estonien. L’utilisation de l’IA chinoise est faible en Occident, mais pas dans le reste du monde. Les données de Microsoft montrent que DeepSeek est très populaire dans les pays africains, par exemple. L’adoption de l’IA a été plus lente dans les pays en développement que dans les pays riches, ce qui est tout à fait naturel. Étant donné que les modèles chinois sont moins coûteux à exploiter, ils peuvent s’avérer plus attrayants pour les utilisateurs soucieux de leur budget dans les pays les plus pauvres, quelles que soient leurs orientations idéologiques.

Les dynamiques qui faussent les valeurs de l’IA ne sont pas près de changer. Pour le gouvernement chinois, imposer sa vision du monde aux modèles d’IA est un moyen d’assurer la stabilité intérieure et de consolider son contrôle — ses objectifs primordiaux. Les laboratoires américains, quant à eux, souhaitent garder secrets les rouages internes de leurs modèles pour des raisons commerciales. Ces deux approches ont tendance à favoriser des biais cachés. Pendant ce temps, l’utilisation de l’IA continue de se développer rapidement, tout comme les capacités de cette technologie. Il semble peu probable que ses valeurs ne déteignent pas, dans une certaine mesure, sur des utilisateurs enthousiastes et peu méfiants. Mais déterminer exactement comment cela se passe reste une énigme encore plus difficile à résoudre que de s’entendre avec sa belle-famille. 

jeudi 25 juin 2026

Le manifeste du tueur de Côte-des-Neiges à Montréal : hypergamie, anticapitalisme et terrorisme révolutionnaire


La fusillade de Côte-des-Neiges : trois morts et un manifeste de 104 pages


Le 22 juin 2026, vers 11 h 35, une fusillade meurtrière a éclaté dans le quartier de Côte-des-Neiges à Montréal, à proximité du Hilton Garden Inn et du siège d’Aylo, société propriétaire de Pornhub. L’auteur de l’attaque, Seth Scott Hatfield, était armé d’une carabine semi-automatique SKS et avait préparé son opération depuis plusieurs semaines.

Selon les informations rendues publiques par les enquêteurs, Hatfield avait séjourné dans un hôtel du secteur avant de passer à l’action. Après avoir ouvert le feu, les événements ont rapidement pris la forme d’une attaque ciblant les forces de l’ordre. Une importante intervention policière a suivi et l’assaillant a finalement été abattu.

Le bilan humain est lourd : le policier montréalais Mohamed Lamine Benredouane, âgé de 34 ans, a été tué dans l’exercice de ses fonctions ; Michel Moshe Mizrahi, 38 ans, membre bien connu de la communauté juive montréalaise, a également perdu la vie. Une policière a été grièvement blessée. L’assaillant a lui-même été abattu par les forces de l’ordre.

Dans sa chambre d’hôtel, les enquêteurs ont découvert un manifeste de 104 pages intitulé Manifesto of June 22nd. Ce document, rédigé avant l’attaque, expose les motivations idéologiques de son auteur et constitue la principale source permettant de comprendre son raisonnement politique et social.

Seth Hatfield : du campus universitaire à l'attentat

Seth Scott Hatfield était un homme de 25 ans originaire de Lethbridge, en Alberta. Étudiant en philosophie à l’Université de Lethbridge, il figurait notamment sur la liste d’honneur du doyen. Les témoignages recueillis après l’attentat le décrivent généralement comme une personne intelligente, introvertie, solitaire et fortement investie dans les débats idéologiques.

À première vue, rien ne le destinait à devenir l’auteur d’un attentat. Aucun passé criminel significatif n’était connu publiquement. Toutefois, son manifeste révèle un processus de radicalisation intellectuelle déjà avancé depuis plusieurs années.

Contrairement à l’image parfois donnée d’un individu mû principalement par une rancœur personnelle ou sentimentale, Hatfield cherchait manifestement à inscrire son geste dans une vision globale du monde. Son texte ne se limite pas à des plaintes sur sa propre situation ; il prétend développer une théorie générale de l’histoire humaine, de l’économie, des rapports entre les sexes, du capitalisme moderne et de la révolution politique.

Le document est structuré comme un essai idéologique : chapitres, définitions, références historiques, citations d’auteurs, notes de bas de page et bibliographie. Hatfield cherche visiblement à présenter ses thèses sous une apparence intellectuelle et systématique. Cette volonté de construire une doctrine cohérente distingue son texte de nombreux manifestes criminels plus improvisés ou purement autobiographiques.

L'angle des médias de grand chemin : misogynie et mouvance incel

Dans les jours ayant suivi la fusillade, la majorité des grands médias québécois et canadiens ont principalement insisté sur la dimension incel, misogyne et antiféministe du manifeste. 20minutes parle d'un manifeste « masculiniste ».

Les titres ont souvent évoqué un « attentat incel », un « manifeste anti-femmes » ou encore la haine des femmes. L’accent a été mis sur les passages consacrés à l’hypergamie, à la solitude masculine et à la critique du féminisme. Plusieurs reportages ont rapproché l’événement d’autres actes de violence associés à des milieux masculins radicalisés ou à la mouvance incel (célibataires involontaires).

Cette lecture n’est pas entièrement erronée. Le manifeste contient effectivement de nombreux développements consacrés aux rapports hommes-femmes, à l’hypergamie, à la critique du féminisme contemporain et à ce que Hatfield considère comme l’effondrement de la monogamie.

Toutefois, cette présentation tend à laisser dans l’ombre une partie importante du document. Celui-ci ne se réduit pas à une dénonciation des femmes ou du féminisme. Une grande partie de ses 104 pages est consacrée à des questions économiques, historiques et révolutionnaires. Le texte mobilise abondamment le vocabulaire du marxisme, développe une critique systématique du capitalisme moderne, dénonce la bourgeoisie, attaque la pornographie comme industrie et contient également des passages visant les « sionistes » ou ce qu’il appelle parfois une « classe judéo-bourgeoise ».

La focalisation quasi exclusive sur la dimension incel par les gros médias a ainsi conduit une partie du public à percevoir le manifeste comme un simple document de haine antiféministe, alors que son contenu réel est plus vaste, plus complexe et parfois plus contradictoire (ou plus syncrétiques).

Au-delà du label « incel » : le contenu réel du manifeste

vendredi 17 avril 2026

Masquer la réalité démographique par les statistiques (New York Times)

Le 9 avril 2026, le New York Times publiait dans sa rubrique The Upshot (Résumé) un article intitulé « Women in Their 20s May Not Be Having Babies, but by 45 Most Probably Will » (« Les femmes dans la vingtaine n'ont peut-être pas encore d'enfants, mais à 45 ans, elles en auront très probablement. ») 

Accompagné d’un graphique percutant, il mettait en avant un phénomène apparemment rassurant : depuis 2007, les naissances chez les femmes de 20 à 29 ans ont fortement baissé en pourcentage, tandis que celles chez les femmes de 35 ans et plus ont augmenté. 

Traduction du graphique « rassurant » du New York Times

Le message implicite ? Les Américaines reportent simplement leur maternité vers un âge plus avancé, et les courbes se compensent.Une lecture attentive du graphique semblait même suggérer un équilibre : les baisses chez les jeunes étaient joliment contrebalancées par les hausses chez les plus âgées. Un récit optimiste, presque réconfortant, dans un contexte de fécondité américaine en chute libre (le taux global a atteint un nouveau record bas en 2025).

Pourtant, ce n’est qu’une illusion statistique. 

Quelques jours plus tard, l’économiste Paul Novosad, professeur à Dartmouth, a repris exactement le même graphique… mais en nombres absolus de naissances plutôt qu’en pourcentages. Le résultat est saisissant : les baisses massives chez les 15-29 ans (plus de 1,2 million de naissances en moins depuis 2007) ne sont compensées que par une modeste hausse d’environ 123 000 naissances chez les 35 ans et plus. Loin de s’équilibrer, le solde est un déclin net dramatique.

Le piège ? Utiliser la variation en pourcentage. 

Quand la base de départ est très faible (les naissances après 40 ans étaient déjà rares en 2007), une augmentation de 50 % paraît spectaculaire… alors qu’elle représente à peine quelques milliers de bébés supplémentaires. À l’inverse, une baisse de 30 % chez les 20-24 ans, où la base est beaucoup plus élevée, cache des centaines de milliers de naissances perdues.Ce n’est pas une simple erreur de présentation. C’est un classique de la manipulation par les chiffres : choisir l’unité qui appuie la théorie que l'on veut faire admettre.

Ici, le New York Times a transformé un effondrement démographique en une simple « évolution des habitudes ».

Comme le rappelait avec ironie Paul Novosad : pour compenser la chute des naissances chez les jeunes, il faudrait non pas une hausse de 50 %, mais une augmentation de 2000 % chez les femmes de plus de 40 ans. Ce que la biologie rend impossible.

Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques.

— Benjamin Disraeli (souvent attribué à Mark Twain)

mardi 24 février 2026

Radio-Canada, le PLQ et QS : annonces catastrophistes sur l'effet des restrictions en immigration sur l'école

Dans un paysage médiatique où les titres accrocheurs occupent souvent le devant de la scène, il arrive que Radio-Canada adopte un angle de traitement qui met surtout en relief les critiques envers les politiques d’immigration du gouvernement québécois. Récemment, la société d’État a publié un article intitulé « Fin du PEQ : une situation “catastrophique” en éducation, dit l’opposition », relayant largement les réactions de certains partis à la disparition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Présentée comme l’annonce d’un grave problème pour le réseau scolaire, cette situation mérite toutefois d’être examinée avec un peu de recul : s’agit-il d’une analyse équilibrée ou d’une amplification d’un discours politique particulier ? Un regard attentif sur les faits et le contexte permet de mieux distinguer ce qui relève du constat et ce qui tient davantage de l’interprétation.


Le cœur de l’annonce : une « catastrophe » annoncée


Selon l’article de Radio-Canada, publié récemment, près de 1 000 employés du réseau scolaire québécois — dont plus de 200 enseignants et plus de 700 membres du personnel de soutien issus de l’immigration — pourraient voir leurs permis de travail expirer en 2026. Cette situation découlerait de la fin du PEQ, remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).

Les critiques les plus appuyées proviennent notamment de la gauche radicale Québec solidaire et du Parti libéral du Québec, parti immigrationiste appuyé par à peine 10 à 20 % des francophones. Ruba Ghazal, co-porte-parole de QS, a ainsi déclaré : « C’est catastrophique ! On est en train de nuire au Québec, à nos enfants dans nos écoles. On nuit à nos entrepreneurs, à notre économie, à nos services publics, c’est ridicule ! » De son côté, Madwa-Nika Cadet, du PLQ, a demandé au gouvernement d’accorder rapidement une clause de droits acquis, jugeant la situation « absolument inacceptable ».

L’article du diffuseur gouvernemental fédéral met l’accent sur l’incertitude qui touche ces travailleurs temporaires arrivés notamment par le Programme des travailleurs étrangers temporaires. Le risque évoqué est celui de départs forcés qui viendraient accentuer la pénurie de main-d’œuvre en éducation. On y cite des exemples, notamment d'enseignants immigrés en Montérégie ou à Montréal confrontés à des délais administratifs importants. Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, est également critiqué pour ne pas avoir étendu au personnel scolaire les garanties accordées au secteur de la santé, où 6 300 employés ont bénéficié d’une clause dite « grand-père ».

Un contexte nettement plus nuancé : la réalité des politiques d’immigration

Ces chiffres — compilés par Radio-Canada à partir de données provenant de 10 centres de services scolaires sur 72 — peuvent sembler préoccupants à première vue, mais ils doivent être replacés dans un cadre plus large. Le gouvernement de la Coalition Avenir Québec a annoncé en novembre 2025 une réduction des seuils d’immigration permanente à 45 000 personnes par an jusqu’en 2029, soit 15 000 de moins qu’auparavant, dans l’objectif déclaré d’alléger la pression sur les services publics.

Cette décision s’appuie notamment sur certains constats : en 2025, le ministre Roberge indiquait que 62 000 enfants de résidents temporaires fréquentaient le système scolaire québécois, ce qui avait nécessité l’embauche d’environ 4 500 enseignants supplémentaires. Les flux migratoires temporaires, encouragés par certaines politiques fédérales mises en place après 2016, n’ont pas résolu les pénuries de main-d’œuvre ; dans plusieurs cas, ils ont aussi accru la demande en logement, en soins de santé et en services éducatifs.

L’abolition du PEQ vise ainsi à privilégier une immigration plus ciblée par l’entremise du PSTQ, avec 29 000 invitations prévues en 2026. Le secteur de l’éducation fait d’ailleurs partie des priorités annoncées par le gouvernement le 30 janvier 2026, notamment pour les enseignants du primaire et du secondaire. Parmi les 221 déclarations d’intérêt admissibles soumises par des enseignants, 84 invitations avaient déjà été envoyées depuis juillet 2025.

Dès lors, la question se pose : faut-il parler d’une « catastrophe » ? Certains acteurs politiques le soutiennent, mais d’autres observateurs invitent à nuancer ce diagnostic. En août 2025, le ministre Bernard Drainville évoquait déjà plus de 4 000 postes d’enseignants vacants à la rentrée, un chiffre néanmoins en baisse par rapport aux années précédentes grâce à des efforts de recrutement local. La perte potentielle d’environ 1 000 employés issus de l’immigration dans un réseau qui compte plus de 92 000 postes (données de 2025) représente un défi réel, mais pas un effondrement du système. Des spécialistes, dont l’avocat en immigration Yves Martineau, parlent plutôt d’une situation incertaine, tout en rappelant l’existence de voies alternatives par le PSTQ.

Une couverture médiatique à examiner avec prudence

Au-delà du débat politique, certains estiment que la manière dont la question est présentée dans les médias peut accentuer une perception d’urgence ou de crise. Dans ce cas précis, Radio-Canada a surtout mis en avant les réactions les plus alarmistes provenant de partis généralement favorables à des niveaux d’immigration plus élevés, sans toujours accorder le même poids aux éléments de contexte ou aux ajustements en cours dans les politiques publiques.

Autrement dit, le débat porte moins sur l’existence de difficultés réelles potentielles — qui ne sont pas contestées — que sur la façon de les interpréter et de les présenter. La transition entre programmes d’immigration comporte inévitablement des zones d’incertitude, mais elle s’inscrit aussi dans une volonté politique de rééquilibrer un système qui a fortement reposé sur les statuts temporaires au cours des dernières années.

En définitive, la situation décrite par Radio-Canada ne correspond pas à une catastrophe imminente, mais plutôt à une phase d’ajustement dans la gestion de l’immigration au Québec. Le défi pour le gouvernement sera d’assurer une transition efficace afin de retenir les travailleurs essentiels, tandis que le débat public gagnerait sans doute à s’appuyer sur des analyses plus complètes et moins polarisées dans les médias de grand chemin.

vendredi 13 février 2026

L'État se féminise et se « diversifie » (m à j)

Mise à jour (2026)

Les femmes comptaient pour 61,0 % de l’effectif régulier de la fonction publique québécoise en mars 2024, comparativement à 59,3 % en mars 2020 (et 59,5 % en mars 2021).

La proportion des femmes cadres dans l’effectif régulier a atteint 51,4 % en mars 2024, soit un accroissement de 2,2 points de pourcentage depuis mars 2020 (et +1,5 point depuis mars 2021, où elle était à 49,9 %).

La proportion de femmes occupant des emplois en haute direction était de 51,0 % en mars 2024.

Concernant les embauches de personnes membres d’au moins un groupe cible (minorités visibles et ethniques, anglophones, autochtones, personnes handicapées), les données les plus récentes détaillées sur la proportion dans le personnel régulier recruté ne sont pas précisées dans les faits saillants 2023-2024, mais la tendance globale à l’augmentation des groupes visés se poursuit (par exemple, via les plans dits d’accès à l’égalité en emploi). Pour 2020-2021, la proportion était de 22,9 % (hausse de 5,7 points depuis 2016-2017), et les indicateurs d’équité continuent d’évoluer positivement.

La proportion d’embauche de personnes membres de communautés culturelles se situait à 20,8 % en 2020-2021, soit une augmentation de 5,5 points de pourcentage par rapport à l’exercice financier 2016-2017. (Aucune mise à jour précise pour les années récentes n’est disponible dans les rapports publics consultés, mais les politiques d’inclusion se renforcent.)

Le nombre de cadres « racisés » a augmenté à Radio-Canada ; les femmes y représentent environ 63 % des cadres (données stables ou légèrement évolutives d’après les rapports sur la diversité de l’effectif pour les services français, autour de 2023-2024 ; la proportion de personnes racisées dans l’ensemble du personnel cadre a progressé à 17,0 % dans les observations récentes sur l’effectif).

La tendance globale reste à la hausse pour la représentativité des femmes (environ +0,4 point par an en moyenne ces dernières années pour l’effectif régulier total, et plus marquée chez les cadres).

Mise à jour (2022)

Les femmes comptaient pour 59,5 % de l’effectif régulier de la fonction publique québécoise en mars 2021, comparativement à 58,6 % en mars 2017. 

La proportion des femmes cadres dans l’effectif régulier a atteint 49,9 % en mars 2021, soit un accroissement de 3,4 points de pourcentage depuis mars 2017.

La proportion d’embauches de personnes membres d’au moins un groupe cible (minorités visibles et ethniques, anglophone, autochtone, personne handicapée) dans l’ensemble du personnel régulier recruté se situait à 22,9 % pour l’année 2020-2021, soit une augmentation de 5,7 points de pourcentage par rapport à l’exercice financier 2016-2017. 

La proportion d’embauche de personnes membres de communautés culturelles se situait à 20,8 % en 2020-2021, soit une augmentation de 5,5 points de pourcentage par rapport à l’exercice financier 2016- 2017.

 Source


Voir aussi 
 
 
 
  
 
 
 
 
Billet originel (2013)
 
En mars 2007, l’effectif régulier de la fonction publique québécoise était composé de 55,6 % de femmes et de 44,4 % d’hommes, soit un écart de 11,2 points de pourcentage en faveur des femmes. En mars 2011, l’écart s’est accentué pour atteindre 16,0 points de pourcentage, l’effectif régulier comportant maintenant 58,0  % de femmes et 42,0 % d’hommes  (page 34 de ce rapport gouvernemental).

Les femmes constituaient 60,0 % des nouvelles embauches en 2010-2011. (p. 44) Que fait Madame Marois pour corriger cette féminisation ?

Répartition des sexes dans la fonction publique québécoise

Le taux d’embauche des personnes membres d’au  moins un groupe bénéficiant de discrimination positive (minorités immigrées, anglophone, autochtone, personne handicapée) se situe à 22,0 % pour l’année 2010-2011, soit une hausse de 2,5 points de pourcentage depuis 2006-2007. Les membres de minorités visibles ont vu leur taux d’embauche passer de 14,0 % à 19,1 % entre 2006-2007 et 2010-2011.

Répartition des groupes bénéficiant de la discrimination positive


Pour ce qui est des commissions scolaires (un groupe distinct et séparé de la fonction publique comprenant également le personnel enseignant ou non des écoles publiques), les hommes étaient 29,6 % (45 636 sur 154 183 employés)  et les femmes 70,4 % des effectifs en 2007.  Voir la p. 44 de ce rapport du Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJQ). Ce qui n'empêchait pas la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec d'indiquer un manque de 5 618 femmes (p. 46) ! Une fois cet objectif atteint, les hommes seraient à 26 %.

En 2011, le dernier rapport de la CDPDJQ précise que le nombre d'employés dans les commissions scolaires était de 154 187 (p. 57), mais il ne donne que le pourcentage d'handicapés dans ce tableau récapitulatif. Il faut aller aux annexes I et III pour totaliser les effectifs de chaque commission (il y en a 70) et dénombrer la prétendue sous-représentation des femmes dans chacune des commissions scolaires : 5 612.  Eh, oui, les effectifs des commissions scolaires sont très majoritairement féminins (108 547 soit 70,4 %), mais il y aurait toujours une sous-représentation des femmes dans ces mêmes commissions scolaires — près de 5600 femmes manqueraient ! — selon ce rapport au titre orwellien  « L’Accès à l'égalité en emploi »...

jeudi 22 janvier 2026

Réécriture de l’histoire — Pour Mark Carney, les Plaines d’Abraham, lieu de la défaite française, seraient le symbole de la coopération multiculturelle

Le 22 janvier 2026, à la Citadelle de Québec, sur les Plaines d’Abraham — un lieu hautement symbolique de l’histoire québécoise —, le premier ministre canadien Mark Carney a prononcé un discours qui a suscité une vive controverse. Devant son cabinet réuni en retraite, il a présenté la bataille de 1759, événement fondateur de la Conquête britannique et disparition de la Nouvelle-France, comme un moment marquant un « choix historique » en faveur de l’adaptation et de la collaboration.

Selon M. Carney, les Plaines d’Abraham représenteraient à la fois un champ de bataille et l’endroit où le Canada aurait amorcé un parcours fondé sur le partenariat plutôt que la domination et sur la collaboration plutôt que la division. Cette lecture, qui tend à réinterpréter un épisode de guerre coloniale en symbole de compromis, a été perçue par plusieurs comme une vision excessivement idéalisée de l’histoire.


Pour ses critiques, cette interprétation relève d’une réécriture problématique du passé. Elle minimise les conséquences de la Conquête pour les Canadiens français — perte de souveraineté, marginalisation politique et tentatives répétées d’assimilation — au profit d’un récit consensuel visant à renforcer l’unité canadienne contemporaine. Dans ce cadre, les conflits historiques seraient relégués au second plan afin de promouvoir une vision d’un Canada post-national et multiculturel, au risque d’effacer des mémoires collectives encore vives au Québec.


Un rappel des faits historiques s’impose. En septembre 1759, les troupes britanniques commandées par le général Wolfe vainquent celles de Montcalm, entraînant la chute de la Nouvelle-France et l’établissement durable de la domination britannique en Amérique du Nord. Il ne s’agit pas d’un partenariat volontaire, mais bien d’une conquête militaire, suivie de politiques visant, explicitement ou implicitement, l’assimilation des Canadiens français — des déportations acadiennes au rapport Durham, en passant par les rébellions de 1837-1838. Rappelons que le 17 juillet 1761 la Nouvelle-France avait 14 % d'habitants de moins qu'en 1759. L’évocation par M. Carney d’un « pacte » renouvelé lors des référendums de 1980 et 1995 est également contestée, ces consultations ayant été marquées, selon plusieurs, par des interventions fédérales controversées et de promises non respectées.


Jean-Denis Garon est député bloquiste de Mirabel, titulaire d'un Ph.D. en économie et professeur à l'ESG-UQAM

Cette relecture de l’histoire s’inscrit, selon ses détracteurs, dans une narration libérale qui cherche à présenter le Canada comme un modèle d’harmonie multiculturelle, quitte à atténuer la réalité des rapports de force historiques. Or, pour une grande partie des Québécois, les Plaines d’Abraham demeurent avant tout un symbole de défaite, mais aussi de survivance et de résistance culturelle. Le choix de ce lieu pour défendre un plaidoyer en faveur de l’unité canadienne est ainsi perçu comme maladroit et déconnecté de la sensibilité historique québécoise.

Mark Carney lors d'un point de presse à Québec le 22 janvier 2026

Plusieurs figures publiques ont exprimé leur désaccord. Le sociologue Mathieu Bock-Côté a dénoncé ce qu’il considère comme une falsification du passé, appelant les médias à ne pas banaliser ce type de discours. Le chercheur Frédéric Lacroix y voit, pour sa part, une tentative de légitimer la domination politique et culturelle du Canada sur le Québec en la présentant comme un choix partagé. Des élus du Bloc québécois, dont Maxime Blanchette-Joncas et Denis Trudel, ont également critiqué une lecture qu’ils jugent incompatible avec les réalités historiques de la Conquête et de ses conséquences.

lundi 29 décembre 2025

Critique du documentaire Sugarcane, Les Ombres d'un pensionnat (2024)

Le documentaire Sugarcane, a été sélectionné, au début 2025, dans la catégorie des meilleurs documentaires pour les Oscars. Ce film se veut une enquête sur les abus et les disparitions d'enfants dans le pensionnat Saint Joseph de Williams Lake en Colombie-Britannique. Il a bénéficié d'une « critique » dithyrambique. Selon un chef amérindien, il devrait être diffusé dans les écoles du Canada.

Pourtant, selon l'auteur Michelle Stirling dans
Dead Wrong, ce documentaire comporte de nombreuses omissions et erreurs factuelles, dont les plus flagrantes nuisent à l'intégrité de l'enquête menée dans le film. Nous reproduisons ici sa recension de ce documentaire. Elle a également produit un contre-documentaire à Sugarcane visible sur Youtube. Nous l’incrustons dans le corps de cette critique. 

Sugarcane
, un film canadien magnifiquement tourné, a été en lice pour l'Oscar du meilleur film documentaire aux Oscars [gala tenu en mars 2025], prix qu'il n'ait pas gagné. Il a déjà remporté de nombreux autres prix, dont deux Critics Choice Awards 2024 et le prix du meilleur réalisateur de documentaire au Festival du film de Sundance. Il a également reçu des critiques élogieuses de la part de publications internationales telles que le New York Times, Variety, The Guardian et le Christian Science Monitor. Sur le site Rotten Tomatoes, il obtient une note parfaite de 100 % sur le Tomatomètre des critiques certifiés et une note exceptionnelle de 82 % auprès des spectateurs. Lors d'une projection privée à la Maison Blanche en décembre, l'ancien président américain Joe Biden en a fait l'éloge.

Affiche du « documentaire »
Malgré son accueil mondialement favorable, peu de Canadiens ont vu le film à ce jour. Après ses débuts nationaux en août au Festival international du film de Toronto, Sugarcane a fait le tour du pays avec très peu de projections dans des festivals de cinéma et une sortie en salles limitée. Avant sa nomination aux Oscars, il n'avait reçu qu'une couverture médiatique modeste au Canada, notamment dans le Globe and Mail et la CBC. Certains critiques le considèrent comme l'un des favoris pour remporter un Oscar et il semblait que Sugarcane pourrait bien bénéficier d'une attention beaucoup plus grande dans son pays d'origine. National Geographic a acquis les droits de distribution du film, qui est désormais disponible en ligne sur Disney+ et Hulu.

Ce qu'il faut savoir

Pour ceux qui s'interrogent sur le titre, il fait référence à la petite réserve indienne de Sugarcane, près de Williams Lake, en Colombie-Britannique, qui abrite la Première Nation de Williams Lake et le pensionnat indien de Cariboo, communément appelé la mission Saint-Joseph. Ce film est une nouvelle tentative pour culpabiliser les Canadiens et leur faire ressentir une honte profonde face au traitement réservé aux élèves autochtones dans les pensionnats. La critique du Globe and Mail, par exemple, est intitulée « Le documentaire délicatement révoltant Sugarcane explore en profondeur la douleur du système des pensionnats indiens au Canada ».

Le film est révoltant, mais pas dans le sens où l'entend le journal. Malgré son statut de documentaire sélectionné aux Oscars et soutenu par le National Geographic, l'ensemble du film doit être considéré comme un assemblage habilement orchestré de désinformation et de manipulation, avec une multitude de faits essentiels passés sous silence. Les spectateurs ne doivent accorder que très peu de crédit à ce qu'ils pensent voir.

Cela n'est nulle part plus évident que dans la fin du film, lorsqu'un texte à l'écran déclare : « L'enquête en cours à la mission Saint-Joseph a révélé un schéma d'infanticide » et qu'un personnage clé du film « est le seul survivant connu de l'incinérateur de l'école ». Ces deux affirmations semblent horribles. La première est fausse. La seconde signifie quelque chose de tout à fait différent de ce qu'elle semble indiquer.

Sugarcane est peut-être beau à regarder, mais il n'a pas sa place dans la catégorie du meilleur documentaire. Il doit plutôt être considéré comme une calomnie à l'égard de l'histoire canadienne, du Canada moderne et – cible la plus facile de toutes – de l'Église catholique.

dimanche 21 décembre 2025

« Non, la science n’a pas démontré qu’il n’y avait pas de lien de causalité entre immigration et délinquance »

Une note publiée par un centre de recherches rattachée à Matignon, reprise dans l’émission Complément d’enquête (capture d’écran ci-dessous), assure que, d’après la science, on ne peut établir de lien entre immigration et délinquance. Philippe Lemoine, directeur de la recherche à l’observatoire Hexagone et chercheur invité à Georgetown (Washington, É-U), critique cette affirmation.


L’immigration augmente-t-elle la délinquance en France et plus généralement en Europe ? Pour  Arnaud Philippe et Jérôme Valette, deux économistes qui ont écrit une note pour le CEPII  (un centre de recherche placé auprès du Premier ministre) sur le sujet en 2023, la cause est entendue : les études sur le sujet « concluent unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance ».

Le message semble d’ailleurs avoir été reçu cinq sur cinq par la plupart des lecteurs de cette note. Par exemple, au cours d’un récent épisode de Complément d’enquête, le magazine d’investigation diffusé sur France 2, une journaliste cite la note du CEPII à l’appui de son affirmation selon laquelle le «  lien de causalité entre étrangers et insécurité n’existe pas  », ajoutant même que « c’est la science qui le dit ». Le problème c’est que, n’en déplaise aux journalistes de Complément d’enquête et aux auteurs de cette note du CEPII, « la science » ne démontre rien de la sorte.

D’abord, il est faux que les études sur la question concluent « unanimement » et « sans ambiguïté » à l’absence d’effet de l’immigration sur la délinquance, comme l’écrivent faussement Philippe et Valette. Il existe en effet plusieurs études qui utilisent précisément le type de méthodes permettant d’établir un effet causal de l’immigration dont ils parlent dans leur note et qui trouvent pourtant  un effet de l’immigration sur la délinquance, non seulement sur les atteintes aux biens, mais parfois aussi sur les atteintes aux personnes.

La vérité est que les résultats dans  la littérature scientifique, loin d’être sans ambiguïté, sont au contraire très contrastés : il est vrai que beaucoup d’études ne trouvent pas d’effet, mais d’autres en trouvent un. Parfois des études différentes aboutissent même à des conclusions différentes alors qu’elles portent sur le même pays à la même époque. La note du CEPII, qui se veut pourtant une revue de la littérature, en présente donc un portrait trompeur.

Les données individuelles sur les auteurs de délit montrent non seulement en France, mais partout en Europe que les immigrés et leurs enfants, du moins ceux qui sont originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient, sont mis en cause ou condamnés pour des délits à des taux plusieurs fois supérieurs à ceux du reste de la population. Contrairement à ce que suggèrent Philippe et Valette dans leur note, cela reste vrai même quand on les compare à  des individus sans ascendance migratoire de même âge, sexe et avec des caractéristiques socio-démographiques identiques.

Les biais dans  la police  et  le système judiciaire  pourraient expliquer une partie de cette surreprésentation, mais il est totalement invraisemblable qu’ils puissent l’expliquer en totalité. Personne de sensé ne peut croire que, si les ressortissants de pays africains sont mis en cause dans les affaires de vols avec violence sans arme à un taux plus de 6 fois supérieur à celui des Français, c’est uniquement ou même principalement parce que les forces de police et de gendarmerie sont biaisées contre eux.

mercredi 17 décembre 2025

La femme reconnue comme « la première Britannique noire » par la BBC était en réalité blanche

Reconstitution par Face Lab de la femme de Beachy Head, blonde aux yeux bleus
Des tests ADN montrent que la femme de Beachy Head était originaire du sud de l'Angleterre
 

Une analyse ADN prouve que la femme de Beachy Head était blonde aux yeux clairs.

Une nouvelle étude génétique a révélé qu'une femme reconnue comme « la première Britannique noire » par la BBC était en réalité blanche.

En 2016, la série Black and British: A Forgotten History suggérait que le squelette romain d'une femme trouvé à Beachy Head provenait d'Afrique subsaharienne.

Une plaque a été érigée pour commémorer son héritage, mais elle a ensuite été retirée lorsqu'une étude a suggéré que la femme était plus probablement originaire de Chypre, avec un teint méditerranéen.

Une nouvelle analyse ADN du squelette réalisée par des scientifiques du Musée d'histoire naturelle a maintenant montré que la femme était originaire du sud de l'Angleterre et qu'elle était blanche, avec des cheveux blonds et des yeux clairs.

La plaque dédiée à la femme de Beachy Head. Elle a été retirée en 2022.

Le Dr William Marsh, qui a mené l'étude génétique, a déclaré : « Grâce à des techniques ADN de pointe, nous avons pu déterminer les origines de cette personne. Nous avons montré qu'elle possède un patrimoine génétique très similaire à celui d'autres individus issus de la population locale de la Grande-Bretagne à l'époque romaine. »

L'affirmation selon laquelle le squelette était d'origine africaine a été faite dans la série documentaire du professeur David Olusoga, qui racontait l'histoire de la « relation durable entre la Grande-Bretagne et les personnes dont les origines se trouvent en Afrique ».

Dans le premier épisode, la femme de Beachy Head était présentée comme « d'origine subsaharienne » et le programme montrait une reconstitution de ses traits, avec une peau, des cheveux et des yeux foncés.

Dans l'émission, le professeur Olusoga a fait remarquer qu'« elle est une Britannique noire », tandis que Jo Seaman, archéologue experte, a expliqué que ses origines africaines et l'âge de ses restes faisaient probablement d'elle la « première Britannique noire ».

L'émission de la BBC présentait la femme de Beachy Head comme « originaire d'Afrique subsaharienne » sous cette forme.

Cependant, en 2017, une première étude génétique a suggéré qu'elle venait de la Méditerranée, peut-être de Chypre, plutôt que d'Afrique. À la lumière de ces recherches, la plaque a été retirée en 2022.

Le squelette datant de l'époque romaine aurait été découvert dans les années 1950, bien qu'aucun détail sur les fouilles n'ait jamais été trouvé. Les restes ont été redécouverts dans une boîte parmi les collections de la mairie d'Eastbourne en 2012, avec une étiquette suggérant qu'ils avaient été trouvés à Beachy Head.


Localisation de Beachy Head dans le Sud-Est de l'Angleterre.

Il est désormais confirmé que cette femme descendait de la population britannique locale du sud de l'Angleterre à l'époque romaine. La datation au radiocarbone a montré qu'elle est morte entre 129 et 311 après J.-C., ce qui correspond à l'occupation romaine de la Grande-Bretagne.

L'analyse de ses restes squelettiques suggère qu'elle était âgée d'environ 18 à 25 ans au moment de sa mort et mesurait un peu plus d'1,50 mètre. Une blessure cicatrisée à la jambe suggère qu'elle a subi une blessure grave mais non mortelle à un moment donné de sa vie.

L'analyse alimentaire des valeurs de carbone et d'azote dans ses os a également révélé que son régime alimentaire comprenait probablement beaucoup de fruits de mer.

Le livre pour enfants de l’auteur britannique d’origine nigériane Atinuke affirme que « chaque Britannique est issu d’un migrant », mais que « les tout premiers Britanniques étaient noirs ».

Le Dr Selina Brace, du Musée d'histoire naturelle de Londres, a déclaré : « Nos connaissances et notre compréhension scientifiques évoluent constamment, et en tant que scientifiques, notre travail consiste à continuer à chercher des réponses.

Grâce aux progrès technologiques réalisés au cours de la dernière décennie, depuis que la femme de Beachy Head a été découverte, nous sommes ravis de présenter ces nouvelles données complètes et d'en savoir plus sur cette personne et sa vie. »

Le débat scientifique sur la couleur de peau des premiers Britanniques fait rage, certains chercheurs suggérant que les constructeurs de Stonehenge étaient noirs.

Cependant, certaines études génétiques ont montré que les habitants de la Grande-Bretagne à l'époque où Stonehenge a été achevé, vers 2 500 avant J.-C., étaient des agriculteurs précoces à la peau claire, dont les ancêtres s'étaient répandus depuis l'Anatolie, l'actuelle Turquie.

Une analyse du « Cheddar Man » (le squelette d'un individu qui vivait dans le Somerset il y a 10 000 ans) réalisée par le Musée d'histoire naturelle suggère qu'il avait la peau foncée et les yeux bleus.

Cette étude a été publiée dans le Journal of Archaeological Science.

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La plaque commémorant la première Britannique noire a été retirée parce qu'elle "venait de Chypre"

 

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