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mardi 24 février 2026

Homophobie et transphobie en hausse dans les écoles québécoises

Une étude présentée récemment au Québec indiquerait une augmentation des propos et comportements sexistes, homophobes et transphobes dans les écoles primaires et secondaires. Les témoignages recueillis auprès d’enseignants et d’intervenants évoquent des situations allant du sexisme ordinaire aux graffitis haineux, en passant par des attaques collectives ou des gestes symboliques extrêmes comme des saluts nazis.

L’enquête, menée auprès de plus d’une centaine d’acteurs scolaires provenant d’environ deux cents établissements publics dans plusieurs régions du Québec, conclut que ces comportements sont devenus plus fréquents et plus assumés qu’auparavant, même s’ils restent le fait d’une minorité d’élèves.

Les manifestations les plus visibles et agressives sont majoritairement le fait de garçons (des sportifs), et leurs effets sur le climat scolaire peuvent être importants, allant jusqu’à créer un sentiment d’insécurité chez certains élèves et enseignants.  Selon le chercheur en anti-féminisme à l’origine de l’étude, Francis Dupuis-Déri, le hockey scolaire serait un vecteur de cette culture d’intolérance.

Les responsables de l’étude affirment également que ce phénomène apparaît dans des écoles aux profils très variés et prétendent qu’il ne peut être attribué simplement à l’origine sociale, culturelle ou religieuse des élèves. L'étude du politologue Francis Dupuis-Déri n’est pas construite comme une enquête sociologique avec des échantillons représentatifs, des variables socio‑démographiques (religion, origine, milieu social) ou des analyses statistiques croisées,  elle est une simple synthèse de témoignages professionnels. Il ne s'agit pas une enquête sociologique rigoureuse permettant de dire « X % des comportements viennent de tel groupe religieux, culturel ou social ». On ne peut donc pas déduire scientifiquement de ce rapport que la religion, la culture ou le niveau social ne joue aucun rôle — simplement parce qu’il n’a pas été conçu pour mesurer cela.

Endoctrinement ?

Le rapport du politologue de gauche Francis Dupuis-Déri propose notamment de multiplier les drapeaux LGBT dans les écoles québécoises, une suggestion que d'aucuns trouvent proche de l’endoctrinement.

Dans une entrevue accordée au quotidien français Le Monde, publiée le 19 février dernier, Francs Dupuis-Déri souligne que la remise en cause croissante par les garçons de l’égalité femmes-hommes, à la maison comme à l’école, est liée à la large diffusion de l’idéologie masculiniste d’extrême droite.

Selon l'UQAM les filles seraient «féministes» plus jeunes que leurs mères ou leurs grands-mères. Avant, elles le devenaient à 19 ou 20 ans. Elles le seraient aujourd’hui à 13-14 ans, dès l'école ce qui n'est peut-être pas un hasard. 

Le controversé Dupuis-Déri avait reçu une subvention d'un montant de 21 495 $ du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (fédéral) fin 2024 pour son projet de recherche intitulé Enseigner dans des écoles face à la misogynie, l'antiféminisme, l'homophobie et la transphobie.

Exemples de comportements soulignés dans le rapport 

Des garçons qui refusent de travailler ou pratiquer un sport avec des filles

Des garçons qui traitent les filles de « salopes » et de « putes »

Un élève qui dit à son enseignante que sa place, « c’est à la cuisine »

Des élèves qui se lancent le défi « Si tu fais ça, t’es gai »

Des élèves qui demandent de sortir de la classe lorsqu’il est question d’éducation à la sexualité

Des élèves qui se filment en piétinant ou en brûlant des drapeaux de la communauté LGBTQ+ (vidéo)

Des garçons qui pratiquent le salut nazi dans des écoles d’un peu partout au Québec (y compris au primaire)

Une hausse reconnue, mais encore mal expliquée publiquement

Le point frappant est que l’étude elle-même propose peu d’explications tranchées. Les acteurs du milieu évoquent surtout un contexte social plus large, notamment l’influence croissante des réseaux sociaux et des discours polarisés auxquels les jeunes sont exposés.

D’autres travaux québécois évoquent toutefois un phénomène connexe : la diffusion d’attitudes masculinistes ou antiféministes chez certains jeunes, phénomène discuté depuis quelques années dans le milieu scolaire et universitaire.

Autrement dit, la hausse constatée pourrait refléter des transformations culturelles plus profondes plutôt qu’un simple problème disciplinaire à l’école.

Plusieurs pistes possibles — au-delà du silence prudent des rapports

Dans le débat public, plusieurs hypothèses sont évoquées, parfois avec prudence, parfois avec réticence.

1) L’effet des réseaux sociaux et des sous-cultures numériques

De nombreux enseignants soulignent que les élèves sont aujourd’hui exposés très tôt à des contenus polarisés, parfois misogynes ou hostiles aux minorités sexuelles. Ces discours circulent rapidement et peuvent donner l’impression qu’ils sont plus répandus qu’ils ne le sont réellement.

2) Une réaction identitaire chez certains garçons

Le fait que les comportements les plus visibles soient majoritairement masculins n’est pas anodin. Plusieurs chercheurs observent une forme de réaction ou de crispation identitaire face aux transformations rapides des normes sociales autour du genre et de la sexualité.

3) Le retour de références idéologiques radicalisées

Certains observateurs notent aussi la banalisation de symboles ou de provocations politiques extrêmes chez des adolescents, souvent davantage comme geste de transgression que par adhésion réfléchie — mais avec des effets bien réels sur les victimes.

4) La question religieuse : une hypothèse sensible mais parfois évoquée

Dans certaines recherches menées par des organismes de lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, il a été observé que les convictions religieuses fortes peuvent parfois être associées à des attitudes plus négatives envers l’homosexualité.

Cela ne signifie évidemment pas que la religion explique l’ensemble du phénomène — ni même qu’elle en constitue le facteur principal — mais elle peut jouer un rôle dans certains milieux ou groupes d’élèves.

5) Lié à cette question religieuse, la composition ethnique de la population scolaire

Depuis trente ans, la population scolaire québécoise a changé de manière significative. La part d’élèves issus de l’immigration est passée d’environ 14 % à plus de 35 % aujourd’hui, avec une concentration encore plus forte à Montréal et Laval. Mais ce qui importe ici n’est pas le fait qu’ils soient nés au Québec : ce sont les valeurs et références culturelles transmises par leurs familles qui comptent.

La composition de l’immigration a aussi évolué : moins européenne ou asiatique chrétienne (Vietnam, Liban, Europe de l’Ouest), plus maghrébine, africaine francophone et moyen-orientale. Dans ces milieux, la religion reste souvent un repère central, et certaines attitudes conservatrices sur le genre et la sexualité sont transmises dès l’enfance. Plusieurs études québécoises, dont celles du GRIS, montrent que la religiosité peut être corrélée à des réactions plus hostiles envers l’homosexualité et les identités transgenres.

Cette transformation démographique et culturelle coïncide avec la hausse constatée de propos misogynes, homophobes et transphobes dans certaines écoles. Le phénomène se manifeste surtout dans des écoles où la diversité culturelle et religieuse est très élevée, et il est amplifié par la dynamique adolescente et l’influence des réseaux sociaux.

Autrement dit, le climat scolaire est affecté par un mélange de facteurs : changement des populations, valeurs conservatrices plus présentes, et exposition à des discours polarisants. Le fait que ces élèves soient nés au Québec ne change rien : ce sont les normes et références familiales et communautaires qui influencent leur comportement et leur vision sociale.

Voir aussi 

Une enquête de deux ans menée par la chaîne publique australienne révèle qu’à Sydney, des adolescentes et adolescents gay ou bisexuels ont été attirés par des profils en ligne puis sauvagement agressés, certains épisodes étant filmés et diffusés par leurs assaillants. Ces attaques, survenues entre 2023 et 2025, impliqueraient des jeunes radicalisés liés à un réseau islamiste s’inspirant de l’État islamique, le même qui serait derrière la tuerie de Bondi Beach en décembre dernier, selon les autorités et des vidéos judiciaires. Des victimes de 14 à 17 ans ont décrit des scènes violentes où des groupes les traînaient au sol, les frappaient et proféraient des injures homophobes, alors que des enquêtes policières ont permis des arrestations et des condamnations dans plusieurs cas. Les responsables de l’enquête soulignent que ces crimes, souvent liés à des appels à la violence contre les personnes LGBTQIA+, exposent particulièrement cette communauté à des risques extrêmes et appellent à une réponse plus large pour protéger les personnes ciblées. (Encore des joueurs de hockey sur glace australiens, à n'en pas douter...)

vendredi 30 janvier 2026

Italie : un projet de loi visant à encadrer l’éducation affective et sexuelle à l’école

Le Parlement italien examine actuellement un projet de loi portant sur le cadre des activités scolaires liées à l’éducation affective, sexuelle et aux questions de genre. Connu sous le nom de projet de loi Valditara, du nom du ministre de l’Éducation Giuseppe Valditara, ce texte a été approuvé en première lecture par la Chambre des députés le 3 décembre 2025, par 151 voix pour, 113 contre et une abstention.

Intitulé officiellement « Disposizioni in materia di consenso informato in ambito scolastico », le projet s’inscrit dans une réflexion plus large sur le rôle respectif de l’école et des familles dans l’éducation des mineurs, ainsi que sur les modalités de participation d’intervenants extérieurs au système scolaire.

Sur la photo, les porte-parole de Pro Vita & Famiglia, Jacopo Coghe et Maria Rachele Ruiu, avec le député Rossano Sasso - rapporteur du projet de loi à la Chambre - devant le palais de la Chambre des députés , le 3 décembre 2025, lorsque la loi a été approuvée par la Chambre. Sur les pancartes : «Consentement informé préalable» (à gauche),  « Leçons LGBT? Pas à mon enfant » (centre) et « Pas à mon enfant » et en petit en dessous « écoles libres du "genre" » (à droite).

Les dispositions prévues par le texte

Dans la version adoptée par la Chambre, le projet de loi distingue clairement selon les niveaux d’enseignement.
  • Pour l’école maternelle et primaire (scuola dell’infanzia et scuola primaria), le texte prévoit l’interdiction de toute activité, intervention ou projet — y compris extracurriculaire — portant sur la sexualité, les relations affectives, l’identité ou la fluidité de genre, ainsi que sur l’orientation sexuelle. En revanche, l’enseignement de notions biologiques générales, telles que l’anatomie humaine, la reproduction ou la prévention des maladies sexuellement transmissibles, demeure autorisé, dès lors qu’il est présenté sous un angle scientifique et non identitaire (dans le sens d'identité sexuelle, pro-LGBTQ+ et théorie du genre).
  • Pour l'école secondaire, soit le collège et le lycée (scuola secondaria di primo e secondo grado), le projet de loi introduit l’obligation d’un consentement éclairé, préalable et écrit des parents ou tuteurs légaux pour toute activité abordant ces thématiques. Ce consentement doit être détaillé et doit préciser les objectifs pédagogiques, les contenus abordés, les supports utilisés ainsi que l’identité d’éventuels intervenants extérieurs. En l’absence d’autorisation, l’élève concerné ne participe pas à l’activité et se voit proposer une alternative organisée par l’établissement.
  • Le texte prévoit également que les intervenants extérieurs soient préalablement validés par les organes collégiaux de l’établissement, notamment le conseil d’institut et le collège des enseignants.
Les objectifs affichés par le gouvernement

Selon le gouvernement, cette réforme vise avant tout à renforcer la collaboration entre l’école et les familles et à garantir la transparence des contenus proposés aux élèves. L’exécutif met en avant le principe constitutionnel du droit des parents à participer aux choix éducatifs concernant leurs enfants, en particulier sur des sujets considérés comme sensibles.

Les promoteurs du texte soulignent également la volonté d’assurer un cadre homogène au niveau national, dans un contexte où les initiatives en matière d’éducation affective et sexuelle reposent largement sur des projets locaux et sur l’intervention d’acteurs extérieurs aux établissements scolaires.

Un texte encore en discussion


Au 28 janvier 2026, le projet de loi n’a pas encore été adopté définitivement. Après son approbation à la Chambre, il doit être examiné par le Sénat, qui pourra l’amender ou le valider en l’état. La majorité parlementaire actuelle laisse envisager une poursuite du processus législatif au cours de l’année 2026, même si le calendrier et l’issue exacte des débats ne sont pas encore arrêtés.

Un débat parlementaire et sociétal

Comme souvent sur les questions éducatives et familiales, le texte a suscité des positions contrastées. Les groupes de la majorité y voient un instrument de clarification et de responsabilisation, tandis que plusieurs formations d’opposition et certaines associations expriment des réserves, estimant que le dispositif pourrait restreindre l’accès de certains élèves à des informations jugées utiles à leur développement.

Ces échanges s’inscrivent dans un contexte italien particulier : l’éducation sexuelle n’est pas obligatoire au niveau national et reste principalement organisée à l’initiative des établissements, ce qui distingue l’Italie de nombreux autres pays européens.

vendredi 23 janvier 2026

France — « Le masculinisme : "un enjeu de sécurité nationale" »

Mathieu Bock-Côté, sociologue, critique un rapport du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes publié en janvier 2026, qui qualifie le masculinisme de menace à l'ordre public et à la sécurité nationale.

Bock-Côté dénonce une dérive idéologique en assimilant paternalisme traditionnel (comme la galanterie ou la protection financière des hommes) à un sexisme hostile, et en liant ce dernier à des positions de droite ou religieuses, sans aborder les violences issues de cultures immigrées.


Mathieu Bock-côté est revenu sur ce sujet dans sa chronique du 24 janvier dans le Figaro.

Il faut toujours s’intéresser aux rapports que publient régulièrement les « hautes autorités ». Car, à travers eux, l’État - ou plus exactement la technostructure - s’exprime, et même si ses différentes instances sont « indépendantes », elles ne sont pas axiologiquement neutres. Une élite s’y est installée. Son pouvoir dépend de son expertise supposée et, plus encore, de sa capacité à l’exprimer dans le langage des sciences sociales, qui donne à la fois l’impression de dévoiler pleinement les mécanismes sociaux, mais, plus encore, de pouvoir les maîtriser, en multipliant les programmes, les règlements, les lois. C’est la technique de l’ingénierie sociale.

C’est à cette lumière qu’on comprendra le nouveau rapport (rédigé en écriture inclusive) du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, paru cette semaine, encensé par la presse officielle, et qui prétend dévoiler un nouveau péril pour la France : la menace masculiniste. Le masculiniste menacerait tout à la fois la démocratie, la sécurité publique, et même la sécurité nationale, car il lui arriverait de se faire terroriste. Et le Haut Conseil précise que ce phénomène est insuffisamment documenté en France : c’est grâce à lui que nous serions alertés. Manière comme une autre, pour le Haut Conseil, de justifier son existence et ses crédits, à un moment où on commence à se questionner sur les planqués de la République.

Comment nous explique-t-on le monde dans ce rapport ? La France, comme tous les pays occidentaux, serait un pays fondamentalement sexiste. Ce sexisme aurait deux piliers. D’abord le paternalisme, le sexisme ordinaire, reposant sur le constat apparemment erroné de la différence entre les sexes, et prenant le visage trompeur de la courtoisie, de la galanterie, ou même du sentiment d’obligation que peut avoir un homme devant les femmes, qu’il s’agisse de les complimenter, de les défendre ou bien simplement d’assurer la situation financière de sa famille. La galanterie serait le fard mondain du patriarcat, et les bonnes manières, une stratégie normalisant culturellement la subordination des femmes.

Mais surtout, il faudrait s’en prendre au sexisme hostile, qui serait aujourd’hui le moteur du masculinisme. Mais que doit-on faire entrer dans cette définition ? Tout à la fois la misogynie, la vraie, mais aussi la critique du féminisme, le constat que celui-ci a souvent misé sur une logique de discrimination positive d’effacement des hommes (le fameux homme blanc de plus de 50 ans qui devait dégager, comme on osait encore le dire sans gêne il y a quelques années), ou la simple défense d’une conception plus traditionnelle de la masculinité ? Il y aurait même une forme de continuum entre la critique du féminisme idéologique et institutionnel et le terrorisme masculiniste, qu’on nous présente comme un sujet de sécurité nationale.

Les gens de droite sont visés. Le masculinisme serait d’ailleurs un des visages de l’internationale réactionnaire, que le Haut Conseil associe directement à l’administration Trump. La critique du féminisme relèverait donc de l’ingérence étrangère. Étrangement, toutefois, on ne trouve pas un mot dans ce rapport sur l’islam, ni même sur l’islamisme, qui ne trouvent pas leurs racines en France. Apparemment, le statut problématique de la femme qu’on y trouve ne mérite pas la moindre mention. Le voilement des femmes et des fillettes est un non-sujet. De même, l’arrivée de cultures comme celles du Maghreb, du Pakistan ou de l’Afghanistan passe sous le radar. Il ne sera pas dit que l’immigration peut causer un problème.

Ces considérations mises à part, est-ce à dire que tout va pour le mieux entre les hommes et les femmes en Occident ? Non. La jeune génération est à la fois victime de la colonisation pornographique de son imaginaire et d’un puritanisme nouveau, fondé sur la culpabilisation du désir qui aboutit à une forme de récession sexuelle inédite. On ne sous-estimera pas non plus les effets de l’esthétique de la laideur, qui n’est peut-être rien d’autre qu’une traduction idéologique de la pulsion de mort qui s’est libérée dans le monde occidental. Mais de cela, il n’est évidemment pas question dans ce rapport, occupé à fantasmer les prochains attentats masculinistes.

Ce néoféminisme n’est-il pas finalement qu’un socialisme misandre ? À voir derrière chaque disparité une discrimination, derrière chaque inégalité, une injustice, à refuser de penser la différence des sexes, à refuser aussi son ancrage dans la nature, sa dimension anthropologique, et pas que sociale, on en vient à cultiver l’indignation permanente et à voir une forme de lien entre un homme qui, toujours, insiste pour inviter sa compagne ou son amie au restaurant et le poignardeur de femmes. Je ne peux m’empêcher d’associer cette vision du monde qui conjugue le ressentiment et une infinie tristesse à une forme de névrose paranoïaque.


mercredi 14 janvier 2026

Diffusion et effets de l’idéologie de la « justice sociale critique » dans les écoles américaines

Publié en février 2023 par le Manhattan Institute, un laboratoire d'idées américain d’orientation conservatrice, le rapport intitulé School Choice Is Not Enough: The Impact of Critical Social Justice Ideology in American Education a été rédigé par Zach Goldberg, analyste politique, et Eric Kaufmann, chercheur associé.

Cette étude analyse la diffusion et les effets de ce que les auteurs désignent comme l’idéologie de la « justice sociale critique » (Critical Social Justice, CSJ) dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis.


La CSJ regroupe un ensemble de concepts issus principalement de la théorie critique de la race (Critical Race Theory, CRT) et de certaines approches radicales de l’idéologie du genre : privilège blanc, racisme systémique, patriarcat, ou encore l’idée selon laquelle l’identité de genre serait indépendante du sexe biologique.

Le rapport conteste l’affirmation selon laquelle ces notions seraient marginales ou cantonnées à quelques établissements militants. Il soutient au contraire qu’elles sont largement diffusées dans le système éducatif américain, y compris dans les écoles privées et religieuses, et qu’elles exercent une influence durable sur les attitudes politiques, raciales et civiques des élèves.

Méthodologie

L’étude repose sur une enquête menée auprès d’un échantillon national représentatif de 1 505 jeunes Américains âgés de 18 à 20 ans. Les participants ont été interrogés sur :

  • leur exposition à huit concepts centraux de la CSJ ;
  • la manière dont ces idées leur ont été présentées (comme des vérités établies ou comme des points de vue parmi d’autres) ;
  • leurs opinions politiques, leurs attitudes à l’égard des relations raciales et leur vécu scolaire.

Les données ont été croisées avec des variables démographiques (origine ethnique, sexe, région, type d’établissement fréquenté) et contextuelles (orientation politique du comté, niveau de revenu familial).
Les auteurs soulignent que l’école constitue la deuxième source d’exposition initiale à ces idées (23 %), derrière les réseaux sociaux (40 %), ce qui relativise sans l’annuler la responsabilité du cadre scolaire.

Ampleur de l’exposition aux concepts de justice sociale critique

Les résultats font apparaître une diffusion très large de ces notions.

Ainsi, 93 % des répondants déclarent avoir été exposés à au moins l’un des huit concepts par un enseignant ou un adulte dans le cadre scolaire. La proportion atteint 90 % pour les concepts liés à la théorie critique de la race et 74 % pour ceux associés à l’idéologie de genre.

En moyenne, les jeunes interrogés ont été confrontés à plus de la moitié de ces concepts. Cette exposition concerne tous les types d’établissements :

  • 73 % dans les écoles paroissiales,
  • 82 % dans les écoles privées non confessionnelles,
  • 83 % parmi les élèves instruits à domicile.

Les écoles publiques se distinguent par une présence plus marquée des thématiques liées au genre. Des variations démographiques apparaissent également : les élèves noirs et hispaniques sont davantage exposés aux concepts issus de la CRT, tandis que les zones urbaines et les comtés à majorité démocrate présentent des taux plus élevés concernant les questions de genre.

Point particulièrement préoccupant pour les auteurs : dans près de 70 % des cas, ces idées sont perçues comme ayant été présentées sans contre-discours, non comme des hypothèses discutables, mais comme des vérités allant de soi.

Effets sur les opinions politiques et idéologiques

L’un des constats centraux du rapport est l’existence d’une corrélation forte entre l’exposition à la CSJ et un déplacement des opinions politiques vers la gauche.

Chez les jeunes n’ayant été exposés à aucun de ces enseignements, l’identification partisane reste relativement équilibrée (27 % se déclarent républicains, contre 20 % démocrates). À l’inverse, chez ceux ayant connu une exposition maximale, l’écart devient très marqué : 53 % se déclarent démocrates, contre seulement 7 % républicains.

L’auto-identification comme « libéral » progresse également de manière significative, passant de 28 % en l’absence d’exposition à plus de 50 % chez les individus fortement exposés.

Le soutien à des politiques explicitement différenciées selon l’origine ethnique, telles que l’embauche préférentielle en faveur des Noirs, augmente de 17 % à 44 % avec l’intensité de l’exposition.

Ces effets persistent après prise en compte de l’environnement familial et géographique, ce qui suggère que l’école joue un rôle propre dans la formation des convictions, parfois en tension avec les valeurs transmises par la famille.

Attitudes raciales, culpabilité collective et rapport à la nation

Le rapport met également en lumière un renforcement des croyances selon lesquelles les Blancs porteraient une responsabilité spécifique dans la persistance des inégalités raciales. Parmi les élèves exposés à cinq concepts relevant de la CRT, 75 % adhèrent à cette idée.

Chez les répondants blancs, le sentiment de culpabilité lié à l’appartenance raciale progresse sensiblement, passant de 39 % à 58 % en cas de forte exposition. Les auteurs observent parallèlement une augmentation du sentiment de honte à l’égard de l’histoire et de l’identité nationales.

Sans nier la nécessité d’un regard lucide sur le passé, le rapport s’inquiète d’une pédagogie qui tendrait à substituer l’examen critique à une mise en accusation morale durable, au risque de fragiliser le lien civique.

Climat scolaire et liberté d’expression

Un autre résultat préoccupant concerne le climat de discussion dans les établissements. Les élèves exposés aux concepts de la CSJ déclarent se sentir nettement moins libres d’exprimer un désaccord.
La crainte d’être sanctionné, humilié ou mis à l’écart augmente fortement, passant de 38 % à près de 70 %, et jusqu’à 74 % chez les élèves se déclarant républicains.

L’exposition aux concepts de la CRT réduit également la disposition à critiquer un camarade noir, même de manière constructive. La proportion d’élèves se disant mal à l’aise dans une telle situation passe de 32 % à 50 %. Les auteurs soulignent le risque paradoxal que cette retenue excessive fasse obstacle à l’exigence académique et à l’égalité réelle des attentes.

Conclusions et implications

Les auteurs concluent que la promotion du libre choix de l’école — qu’il s’agisse de l’enseignement privé, des écoles à charte ou de l’instruction à domicile — ne suffit pas à elle seule à protéger les élèves de l’influence de cette idéologie, dès lors qu’elle imprègne l’ensemble du paysage éducatif et culturel.

Ils plaident en conséquence pour une intervention des pouvoirs publics visant à :

  • interdire la présentation de ces doctrines comme des vérités indiscutables ;
  • renforcer la transparence des programmes et des supports pédagogiques ;
  • garantir un véritable pluralisme intellectuel, incluant les traditions libérales classiques ;
  • réaffirmer l’enseignement des principes du Premier Amendement ;
  • mettre en place des mécanismes de recours pour les élèves et les familles.

Faute de telles réformes, préviennent-ils, ces approches continueront de façonner durablement les préférences politiques et la vision du monde des générations futures, au détriment du pluralisme, de la liberté de pensée et de la cohésion nationale.

Fondé sur un ensemble de données empiriques substantiel, ce rapport contribue utilement au débat sur la neutralité idéologique de l’école américaine. Sans verser dans l’alarmisme, il met en évidence des tendances profondes qui interrogent le rôle de l’institution scolaire : former des citoyens capables de juger par eux-mêmes, ou orienter implicitement leurs convictions au nom d’une morale présentée comme indiscutable.


lundi 3 novembre 2025

États-Unis : l’enseignement de l’histoire amorce un retour à l’équilibre

Des programmes militants remis en question

Longtemps dominé par une vision « progressiste » de l’histoire et de la société, le monde de l’éducation américain vit aujourd’hui une profonde réévaluation.

Sous l’effet conjugué des pressions politiques, des controverses publiques et d’un ras-le-bol grandissant face à l’idéologie militante dans les écoles, plusieurs États et grandes institutions universitaires ont commencé à revoir leurs programmes — parfois à les retirer purement et simplement.

Dans de nombreux cas, il s’agit de corriger des excès idéologiques : des manuels centrés sur la « race », le « genre » ou le « colonialisme » sont mis de côté, tandis que les cours d’éducation civique ou d’histoire reviennent à des contenus plus factuels et moins polémiques.

Fin d’un cycle d’endoctrinement éducatif

La Californie, bastion démocrate, illustre bien cette inflexion.

Après avoir voulu rendre obligatoire un cours d’« études ethniques » au secondaire — discipline souvent militante, accusant l’Occident et Israël de colonialisme —, l’État a finalement suspendu son financement.

Désormais, les districts scolaires ne sont plus tenus d’offrir ce cours, et les enseignants de San Francisco doivent s’en tenir à un manuel unique, expurgé de tout contenu idéologique lié au conflit israélo-palestinien.

Ce recul marque un tournant symbolique pour un État longtemps à la pointe du militantisme éducatif. « Même les démocrates de centre gauche s’éloignent de ces idéologies gauchistes, devenues un handicap politique », résume le penseur conservateur Christopher Rufo. Selon ce militant conservateur qui a milité pour ces changements dans l’éducation, le retour au pouvoir de Donald Trump n’a qu’accéléré le mouvement du pendule. Depuis cinq ans, au moins 20 États ont adopté des lois encadrant les discussions en classe sur la race, le genre et l’histoire américaine.

Des institutions sous pression pour plus de neutralité

Le mouvement touche aussi le monde universitaire.

L’Université Brown, connue pour ses programmes d’éducation sociale, a fermé son programme “Choices”, utilisé depuis trente ans dans de nombreuses écoles secondaires.

Conçu à l’origine pour encourager la réflexion critique, le programme avait glissé vers une approche partisane, notamment dans ses modules sur le Moyen-Orient, accusés d’entretenir un biais anti-israélien.

Officiellement, l’université invoque des raisons budgétaires, mais des documents internes montrent que la baisse de la demande et les controverses autour de ses contenus ont pesé lourd dans la décision.

Les archives en ligne ont été effacées, et les plans de cours — représentant plus de 200 000 $ de matériel pédagogique — ne seront pas redistribués.

L’Anti-Defamation League (ADL), pourtant pilier militant du mouvement antiraciste américain, a elle aussi retiré des dizaines de leçons de son site.


Parmi les sujets supprimés : l’identité transgenre (voir ci-dessus), les microagressions, ou encore les stéréotypes de genre dans les jeux vidéo. Comme on peut le voir le programme cherchait à faire naître l'empathie envers les adolescents dits transgenres.

Officiellement, ces contenus sont « révisés », mais leur retrait marque un virage vers davantage de prudence et de neutralité dans le traitement des questions sociales.

Des enseignants désormais plus prudents

Même les organismes non partisans ressentent ce changement.

iCivics, plateforme d’enseignement fondée par l’ancienne juge de la Cour suprême Sandra Day O’Connor, note une baisse de fréquentation de certaines de ses leçons, notamment celles sur la séparation des pouvoirs ou la Constitution.

Les enseignants, craignant d’ouvrir des débats politiques houleux, se concentrent sur des documents primaires et des explications neutres, évitant de commenter l’actualité ou les personnalités politiques.

L’organisation encourage cette approche : enseigner le fonctionnement du gouvernement américain sans glisser dans le militantisme, en s’appuyant sur les textes fondateurs plutôt que sur les débats idéologiques du moment.

Un recentrage bienvenu

L’ensemble de ces évolutions traduit une prise de conscience croissante : l’école ne peut pas être un laboratoire d’expérimentations idéologiques.

Le rôle de l’enseignement de l’histoire et de la citoyenneté est d’instruire, non de militer.

Alors que la polarisation politique continue de diviser la société américaine, de plus en plus d’éducateurs, de parents et de responsables politiques appellent à un retour à la neutralité, au pluralisme et à la rigueur historique.

Ce recentrage, encore fragile, pourrait bien marquer la fin d’une époque où l’éducation servait d’instrument à des combats identitaires, au détriment de la transmission des savoirs et du sens civique.

dimanche 10 août 2025

Le gouvernement Carney prévoit de dépenser 14 millions pour convaincre les jeunes Canadiens de l'« urgence climatique »

Dans une annonce récente, le gouvernement Carney a détaillé plus de 14,4 millions de dollars de nouvelles dépenses pour 17 projets visant à « donner aux jeunes Canadiens les moyens de lutter contre le changement climatique ». Ces 14,4 millions de dollars ne sont que la dernière tranche d'un financement total de 206 millions de dollars prévu sur cinq ans. L'objectif du « Fonds d'action et de sensibilisation au climat », comme l'appelle le gouvernement, est essentiellement d'accroître la préoccupation du public à l'égard du changement climatique.


Pour justifier ces dépenses de 14,4 millions de dollars, le député libéral Taleeb Noormohamed a déclaré : « À ce moment critique, alors que notre planète est confrontée à une urgence climatique, il est essentiel que les jeunes acquièrent des connaissances en matière d'environnement. »

Ironiquement, si l'objectif est d'améliorer les connaissances en matière d'environnement, l'une des premières choses que le gouvernement devrait faire est de cesser d'utiliser l'expression « urgence climatique », une expression tout à fait inexacte qui vise à susciter l'inquiétude. Les données disponibles ne corroborent tout simplement pas les affirmations selon lesquelles nous serions confrontés à une urgence climatique. En effet, par rapport à une planète hypothétique sans changement climatique, même les scénarios les plus pessimistes suggèrent que le changement climatique ne réduirait probablement le PIB mondial par habitant (un indicateur du niveau de vie) que d'environ 16,5 % d'ici 2200.

Certes, 16,5 % du PIB, c'est beaucoup. Mais même avec une baisse de 16,5 % des revenus actuels, nous serions toujours bien mieux lotis que les gens qui vivaient il y a 175 ans. Une baisse de 16,5 % des revenus des personnes vivant dans 175 ans leur permettrait très certainement d'être encore bien mieux loties que nous ne le sommes aujourd'hui. Ce n'est pas une urgence.

La description des 17 projets ébranle encore davantage l'idée d'une situation d'urgence. Un projet qui devrait recevoir 939 592 dollars provenant des contribuables est « destiné aux jeunes Canadiens (en particulier les Autochtones, les personnes noires et de couleur, les jeunes membres de la communauté 2ELGBTQ+, ainsi que d’autres communautés mal desservies), leur permettra d’acquérir des connaissances sur l’environnement et leur offrira des possibilités d’apprentissage par le service communautaire et de leadership. Ce projet fera participer les jeunes à des actions communautaires liées aux grandes crises environnementales et formera les éducateurs pour qu’ils puissent mieux intégrer la sensibilisation à l’environnement dans leur enseignement. ».

Imaginez une véritable urgence pour laquelle vous composez le 9-1-1, par exemple un immeuble en feu. Vous voulez simplement que les pompiers arrivent et éteignent l'incendie le plus rapidement possible. Vous ne vous souciez pas de savoir si les pompiers sont autochtones, noirs ou issus d'une minorité sexuelle. De même, si le changement climatique était vraiment une urgence, le gouvernement affecterait toutes les ressources à ceux qui pourraient le mitiger le plus efficacement, plutôt que de répartir les ressources en fonction d'objectifs de diversité raciale ou autres.

Parmi les autres projets financés par les contribuables, 782 922 dollars sont destinés à aider les enfants autochtones et les jeunes du nord-ouest de l'Ontario et de l'est du Manitoba à « des chefs de file en matière de climat dans leurs communautés et qu’ils participent à l’économie verte émergente. La programmation combinera la science du climat occidentale et les connaissances traditionnelles des Anishinaabe propres au Traité no 3. ». Et 342 524 dollars sont destinés à donner aux jeunes, en particulier en Alberta, « des compétences et des perspectives qui les aideront à surmonter les défis environnementaux actuels et à faire la promotion des pratiques écologiques. ».

Une autre somme de 396 213 dollars sera versée à une organisation qui créera « du matériel d’éducation environnementale expérientiel et élaboré par des Autochtones pour aider les enseignants de la maternelle à la 12e année dans les écoles des Six Nations et de Hamilton à ancrer la culture environnementale des jeunes dans les perspectives culturelles des Haudenosaunee. » Selon le blog de cette organisation, la « résilience climatique » exige que nous « rejetions le capitalisme et l'hétéronormativité » ainsi que le « racisme environnemental ».

Au vu des descriptions des projets et des organisations bénéficiaires des fonds publics, une personne raisonnable pourrait en déduire qu'au moins une partie importante des 14,4 millions de dollars de la dernière série de financements – et des 206 millions de dollars au total sur cinq ans – servira à financer des actions militantes à caractère politique ciblant les jeunes, et non des initiatives éducatives concrètes. Ces dépenses devraient être annulées. 

mercredi 2 juillet 2025

Les jeunes femmes plus de gauche car plus exposées aux discours de gauche sur internet, à l'université ?

Une jeune manifestante brandit une pancarte, le 8 mars dernier, lors de la manifestation parisienne célébrant la Journée internationale des droits de la femme.


En France, les jeunes femmes votent plus pour La France insoumise [parti d'extrême gauche] que leurs homologues masculins. Cette radicalisation de la jeunesse féminine à gauche se retrouve partout en Occident. 

[...] Comme le remarquait la chercheuse Kay S. Hymowitz dans un article du journal conservateur City journal intitulé « The New Girl Desorder », les jeunes femmes sont de plus en plus nombreuses dans les manifestations propalestiniennes sur les campus occidentaux.

Sans directement s’identifier à l’insoumise en quête de frissons, une partie de la jeunesse féminine française semble bel et bien adhérer aux idées de la gauche… la plus à gauche. C’est en tout cas ce que révèle une étude Ifop-Hexagonal publiée en mai 2025. On y apprend que 32 % des jeunes sondées de 18 à 24 ans seraient enclines à voter pour le candidat traditionnel de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à la prochaine présidentielle en 2027. Ce pourcentage s’effondre à mesure que l’âge augmente : elles seraient 12 % parmi les 25-64 ans et 2 % chez les 65 ans et plus. La proportion est également plus basse chez leurs homologues masculins : chez les 18-24 ans, ils seraient moins de 24% à envisager de voter pour Jean-luc Mélenchon, soit 8 points de moins que les femmes. Et si elles sont à gauche, les jeunes hommes, pour leur part, serrent les rangs à droite. « À la dernière présidentielle en 2022, ce sont seulement 16 % des femmes de moins de 25 ans qui ont donné leur voix à la droite nationale contre 33 % des hommes du même âge. C’est du simple au double», résume le directeur du pôle politique-actualités à l’ifop, François Kraus, qui précise toutefois que les Françaises sont bien moins hostiles à l[a prétendue] extrême droite aujourd’hui qu’auparavant. Les écarts étaient similaires aux Européennes et aux législatives de 2024, précise le sondeur.

Ce «gender gap» (« fossé/écart/clivage de genre») est donc bien ancré et très récent. « Cela fait 5 à 8 ans que l’on retrouve ces chiffres », estime François Kraus. Le fossé était en effet bien moins important au premier tour de l’élection présidentielle de 2017. Si 27 % des femmes de moins de 35 ans avaient voté pour Jean-luc Mélenchon, 24% des hommes du même âge avaient aussi glissé son nom dans l’urne. En 2012, la différence était encore plus faible. François Hollande et Jean-Luc Mélenchon avaient réuni au total 41 % des voix de la jeunesse, donnant à voir un vote de gauche chez les jeunes, tout à la fois moins radical et plus égalitaire. Outre-atlantique, on retrouve le même tropisme récent chez les jeunes Américaines, détaille un article du Financial Times publié en janvier 2024. « À la dernière présidentielle américaine, chez les 18-29 ans, les jeunes femmes qui ont voté Kamala Harris étaient bien plus nombreuses que les garçons du même âge, avec 14 points d’écart », explique Flora Baumlin, directrice d’expertise au sein du département opinion de l’ifop. Même constat chez nos voisins allemands et anglais.

« Une nouvelle fracture mondiale entre les sexes se dessine », a ainsi titré le Financial Times. « Sur tous les continents, un fossé idéologique s’est creusé entre les jeunes hommes et les jeunes femmes. Des dizaines de millions de personnes qui occupent les mêmes villes, lieux de travail, salles de classe et même foyers ne partagent plus la même vision », peut-on y lire. Les filles et garçons vivent donc côte à côte, mais leurs idées, elles, tracent des routes indépendantes, nourries par des algorithmes et des penseurs aux antipodes. Si l’on connaissait jusqu’à présent la fracture sociale, la fracture identitaire et la fracture géographique, il faudra désormais aussi compter avec la fracture sexuelle.

Dès lors, dans l’esprit de nombreuses féministes, la droite et a fortiori l’extrême droite seraient les ennemies de leurs droits et libertés car garantes d’un conservatisme structurellement opposé aux femmes. « Pourquoi des femmes votent RN ? », s’étranglait Anne-Cécile Mailfert, militante féministe et présidente de la Fondation des femmes, sur France Inter en juin 2024. Voter à gauche serait le geste féministe par excellence. Et cette opposition est d’autant plus forte que les jeunes femmes adhèrent davantage que leurs homologues masculins aux thèses sur le genre et s’identifient plus volontiers comme appartenant à des minorités sexuelles. Des sujets largement investis par la gauche radicale. Chez les 18-29 ans, 19 % des femmes ne se définissent pas comme hétérosexuelles, alors qu’ils ne sont que 8 % chez les hommes, nous apprend une étude de l’Ined publiée en avril dernier.

[...]

Les partis de gauche ont ciblé prioritairement les femmes en surfant sur ce mouvement. Cela n’est pas sans rappeler la « stratégie Terra Nova », du nom du think-tank qui avait publié un rapport conseillant au Parti socialiste de dessiner une coalition comprenant les diplômés, les jeunes, les minorités, les quartiers populaires et, bien sûr, les femmes. « La nouvelle gauche a le visage de la France de demain : plus jeune, plus féminin, plus divers, plus diplômé, mais aussi plus urbain et moins catholique », pouvait-on lire.

Face à ces thèses, les hommes seraient-ils dans une pure logique de réaction ? Pour Anne-cécile Mailfert, contactée par Le Figaro, il s’agit surtout d’une logique d’algorithmes. « Si vous créez un profil homme ou femme sur un réseau social, en seulement 24 heures, vous allez être exposé à des contenus très différents », explique-t-elle. Les hommes découvriraient sur leurs écrans de téléphone des contenus masculinistes quand les femmes ouvriraient des vidéos en lien avec la beauté, la nature mais aussi des publications féministes et politisées. Allongés dans leur lit, le mari et la femme pourraient ainsi vivre « dans deux univers parallèles ». « Avant, même s’il y avait déjà des divergences, tout le monde regardait le “20 Heures”. Et qu’ils lisent Libération ou Le Figaro, ils partageaient une base commune. Aujourd’hui, les clivages sont bien plus forts », poursuit la militante. Ces bulles informationnelles donnent à chacun les informations alimentant sa pensée sans risque de contradiction. Et polarisent chaque genre.

Mais la jeunesse n’est pas seulement divisée sexuellement, elle est – comme le reste de la société française - archipélisée et donc plurielle. Et les jeunes sont surtout abstentionnistes. «C’est leur premier parti », pointe le professeur à HEC Yann Algan. «La jeunesse française est persuadée qu’elle vivra beaucoup moins bien que ses parents. L’abstentionnisme ou les votes polarisés sont de simples expressions de ce désespoir », analyse-t-il.

« La polarisation à la gauche de la gauche concerne les femmes issues des classes moyenne et supérieure, qui ont bénéficié d’un certain niveau d’éducation, détaille ainsi François Kraus de l’Ifop. Le modèle type est celui des jeunes filles qui quittent leur province, leur zone pavillonnaire ou leur ville moyenne et qui vont être sensibilisées dans des grandes métropoles à des idées progressistes et aux discours multiculturalistes. Il y a une véritable rupture par rapport au modèle de genre qu’elles avaient jusque-là dans leur vie courante. C’est un mouvement d’acculturation féministe très puissant, que l’on n’a jamais connu jusque-là», poursuit-il. «Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon se recrutent massivement parmi les professeurs, les cadres, les diplômés, les étudiants de Sciences Po, la chose est établie. Ceux-là mêmes qui élaborent, diffusent ou simplement donnent leur adhésion à l’idéologie diversitaire et victimaire, à laquelle Jean-Luc Mélenchon s’est converti et dont il se fait le tribun inquiétant », abonde la philosophe Bérénice Levet.

Outre Rima Hassan, il est frappant de constater que la plupart des égéries de la gauche médiatique sont des jeunes femmes. [Les égéries sont des nymphes, muses, des conseillères...],  On peut citer entre autres Salomé Saqué, Camille Étienne ou Greta Thunberg… Cette dernière, la première à avoir fait parler d’elle, suédoise, se trouvait aussi à bord de la « flottille de la liberté » en direction de Gaza aux côtés de Rima Hassan. Suivie par près de 15 millions de personnes sur Instagram, Greta Thunberg a construit son incroyable audience sur son combat écologique affirmée dès le plus jeune âge. Du haut de ses 15, 16 puis 17 ans, de sommets internationaux en grèves de la faim, la jeune militante lançait des «How dare you?» («Comment osez-vous?») à l’adresse de personnalités publiques et politiques d’envergure internationale. Ce faisant, elle a marqué le monde d’un style pour le moins novateur : une jeune fille, mineure à l’époque, peut aisément, et peut-être même mieux que les autres (en tous les cas, selon ses dires) dresser un diagnostic juste sur le monde.

Plus récemment, elle s’est illustrée dans son combat antisioniste entêté, ce qui la catégorise facilement dans les personnalités de gauche qui adhèrent sans aucune nuance à la « convergence des luttes ». Phénomène également à l’origine de ce vote féminin à gauche, pointe Flora Baumlin de l’Ifop. Les thèses intersectionnelles « créent un lien entre différentes formes de domination sociale (classe sociale, genre, race), détaille-t-elle. Les grilles de lecture de cette gauche font des ponts entre différentes formes de militantisme - antiracisme, écologie, féminisme – pour trouver des lignes d’analyse communes. » Les jeunes femmes, qui estiment être victimes d’un système patriarcal, se sentent plus proches de populations qu’elles considèrent elles aussi comme victimes, à l’instar des immigrés ou des étrangers. Et votent logiquement pour ceux qui défendent leurs causes convergentes. De manière bien plus consensuelle et à la sauce française, la journaliste de Blast Salomé Saqué a récemment publié un essai, Résister (Payot), pour se dresser contre l’extrême droite qui met selon elle la France en péril. Le petit ouvrage, déjà vendu à 150 000 exemplaires, dispense un prêt-à-penser à tous ceux qui seraient en mal de repères. La militante travaille pêle-mêle sur l’écologie, le féminisme et les inégalités hommes-femmes.

La présence croissante de tous ces thèmes à l’université serait une des dernières explications de la différence qui s’installe et se creuse entre les hommes et les femmes. Scolairement, ces dernières réussissent en moyenne mieux que leurs homologues masculins et sont de plus en plus présentes dans les études supérieures. En France par exemple, les jeunes femmes sont plus diplômées, quel que soit le niveau d’étude. Mais si tout le monde s’accorde sur les faits, les avis divergent quant à leurs interprétations. Pour certains spécialistes, les jeunes femmes seraient plus diplômées, donc plus éduquées et donc plus progressistes. Pour d’autres, comme Eric Kaufmann, chercheur canadien vent debout contre le wokisme, les femmes (qui constituent 60% du corps étudiant aux Étatsunis) seraient surtout bien plus exposées aux discours intersectionnels que leurs pairs masculins. Ce qui les orienterait vers un vote de gauche. [...]

Source : Le Figaro

 

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mercredi 2 avril 2025

Toutes les fictions historiques ne consistent pas à transformer des blancs en noirs... (m à j)

La série à succès de Netflix « Adolescence », qui explorerait l’influence des contenus toxiques et misogynes auxquels sont exposés les jeunes en ligne et suscite des débats de société dans plusieurs pays, va être diffusée dans les écoles secondaires du Royaume-Uni.

« C’est une initiative importante pour encourager le plus grand nombre possible d’élèves à regarder ce programme », a déclaré lundi le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui a lui-même vu la série avec son fils et sa fille, tous deux adolescents.

La série Adolescence de Netflix ne se fonde pas sur un seul cas réel, mais le co-créateur Stephen Graham a révélé que le feuilleton avait été inspiré par l’épidémie croissante de crimes au couteau au Royaume-Uni.

« Il y a eu un incident au cours duquel un jeune garçon a [prétendument] poignardé une fille », a déclaré M. Graham à l’émission Tudum de Netflix.

Selon l’Office des statistiques nationales (ONS), 83 % des homicides d’adolescents en 2023-2024 ont été commis à l’aide d’une lame. Au cours de l’année se terminant en mars 2024, environ 50 500 infractions liées à des instruments tranchants ont été enregistrées en Angleterre et au Pays de Galles (à l’exclusion du Grand Manchester), soit une augmentation de 4,4 % par rapport à 2022-23, mais une diminution de 2,8 % par rapport à 2019-20. Les mineurs âgés de 10 à 17 ans étaient responsables d’environ 17,3 % de ces infractions.

La diffusion d’Adolescence fait suite à la condamnation du tueur de Southport, Axel Rudakubana, qui a écopé d’un minimum de 52 ans pour avoir assassiné trois jeunes filles lors d’un atelier de danse sur le thème de Taylor Swift en juillet 2024. Entertainment Weekly a indiqué que le spectacle aurait été conçu et écrit plusieurs mois avant l’attentat, mais le moment choisi semble particulièrement pertinent. Mais il existe des cas antérieurs de coups de couteau mortels très médiatisés, comme le meurtre en 2023 d’Elianne Andam, 15 ans, à Croydon, par un adolescent noir.

Les données indiquent une surreprésentation des individus non blancs dans les infractions liées aux armes blanches, en particulier à Londres. En 2017, environ deux tiers des auteurs de crimes au couteau âgés de moins de 25 ans à Londres étaient issus de minorités ethniques. À l’échelle nationale, cette proportion était de 38 % pour la même tranche d’âge.​ ​En 2011, selon le recensement de l’Angleterre et du Pays de Galles, environ 19 % des individus âgés de 16 à 24 ans appartenaient à des minorités ethniques, les 80,5 % restants s’identifiant comme Blancs.

Dans certaines communautés, le port d’un couteau est associé à une démonstration de virilité ou de force, renforçant ainsi une culture de la violence. La surreprésentation des jeunes hommes noirs dans les statistiques de crimes au couteau a encore été soulignée récemment par la police. Étrangement, ces réalités sont passées sous silence dans la série Netflix.

Les crimes au couteau commis par les jeunes sont majoritairement liés à la culture des gangs, aux foyers brisés et au désespoir socio-économique, et non au mouvement de la « pilule rouge » ou aux chaînes YouTube antiféministes. Il faut se demander si en faisant d’un garçon blanc le méchant, Adolescence ne se livre pas à un « transfert de race » flagrant, réécrivant la réalité pour l’adapter à un discours politique à la mode dans certains cercles qui met en accusation les hommes blancs.

Il y a bien des personnages importants noirs dans Adolescence. Par exemple, celui valorisant d’inspecteur de police Luke Bascombe qui arrête le jeune Jamie Miller, âgé de 13 ans, soupçonné d’avoir poignardé une jeune fille.



Billet du 20 mars

Non, méchantes langues, toutes les fictions historiques modernes ne consistent pas à transformer des blancs en noirs… comme dans le cas d’Anne Boleyn :


Anne Boleyn (vers 1501 – 19 mai 1536) est la deuxième épouse du roi Henri VIII d’Angleterre et reine consort de 1533 à 1536. Elle est la mère de la reine Élisabeth Ire


« Adolescence » est un feuilleton inspiré par le meurtre de l’écolière Elianne Andam aux mains de Hassan Sentamu à Croydon, en 2023. À l’écran, le rôle du meurtrier est bizarrement joué par un jeune blanc.

Les créateurs de la série Netflix « Adolescence » ont déclaré qu’ils souhaitaient qu’elle soit diffusée au Parlement et dans les écoles afin qu’elle « provoque des discussions et des changements »

La série met en lumière l’influence toxique des médias sociaux et des influenceurs misogynes sur les adolescents. 

Martin Daubney, présentateur à GBNews, a répondu :



jeudi 28 novembre 2024

Histoire du premier réseau d'écoles publiques aux É.-U.

Samuel Blumenfeld dans son livre Is Public Education Necessary? — ouvrage sur lequel nous reviendrons — nous rappelle comment le premier réseau d'écoles publiques vit le jour aux État-Unis.

Couverture de Is Public Education Necessary?,
enlèvement par la police d'un enfant éduqué
à la maison sous les yeux effarés de sa mère.
Vers 1817, un mouvement apparut à Boston dont le but était d’étendre le système d’écoles financées par les contribuables aux écoles primaires. Pour déterminer si un tel réseau se justifiait le Comité scolaire de Boston commanda une enquête.

« [L']enquête eut lieu en novembre 1817, elle révéla que Boston, alors peuplée d’environ 40 000 habitants, avait 8 écoles publiques [qui n’accueillaient que les enfants sachant déjà lire, leur fréquentation était libre, en partie payante et était en partie contrôlée par les parents], y compris l’École latine, une école africaine pour les enfants des Afro-Américains et une école dans l’Hospice pour les enfants des pauvres. L’effectif total de ces 8 écoles était de 2 365 élèves. Il s’agissait là d’approximativement 33 pour cent de la population d’âge scolaire. L’enquête révéla également que 154 écoles privées pour garçons et filles avec un effectif total de 3 757 étaient réparties à travers toute la ville. Il existait également 8 « écoles gratuites de la charité » avec un effectif de 365 élèves. Tout compris, plus de 4 000 étudiants âgés de 4 à 14 ans fréquentaient des écoles privées d’un type quelconque au prix total de près de 50 000 $ payés par les parents. L’enquête signalait que seuls 283 enfants âgés de 7 ans et moins ne fréquentaient aucune école. Ainsi, un pourcentage étonnant des enfants de la ville fréquentait bien l’école et les quatre pour cent qui n’en fréquentaient pas, pouvaient aller aux écoles de la charité si leurs parents le voulaient » (p. 43 de Is Public Education Necessary?)



Le grand architecte Bulfinch déclara en conclusion de ce rapport que l’imposition d’un système d’écoles primaires publiques complet pour y inclure les premières années d'apprentissage était inutile. En effet, non seulement 96 % des enfants fréquentaient déjà une école à l’époque, mais, au besoin, il vaudrait mieux aider financièrement les parents des 4 % restants, la plupart pauvres, à fréquenter une école de leur choix grâce à des bourses plutôt que de mettre en place un nouveau système d’écoles publiques financé par les contribuables, système dispendieux qui dédoublerait le réseau des écoles déjà en place. Bulfinch expliquait que « la plupart des parents qui envoient leurs enfants à l’école privée payante ne considèrent pas cette dépense comme une charge : il paie volontiers les frais, mus par l’amour de leur progéniture et par un sens du devoir. Ceci en fait de meilleurs parents. Ils sont, en effet, plus enclins à se préoccuper des affaires liées à l’éducation quand ils doivent verser une petite contribution que lorsque cette dépense est complètement prise en charge par le trésor public. » Bulfinch laissait, en outre entendre, que l’utilisation d’argent public pour usurper une compétence manifestement du domaine privé ne pouvait mener qu’à la dégénérescence morale. La solidarité familiale serait affaiblie par l’action d’un gouvernement qui prendrait en charge ce qui revenait de droit aux familles. Il ne faut pas oublier – devait-il ajouter – que la charge d’éducateur revient aux parents et que ceux-ci ne délèguent au maître d’école qu’une partie du rôle de parent et des droits afférents.

Malgré ce rapport et cette analyse de Bulfinch, la ville de Boston, principalement à l'instigation des unitariens, se décida à étendre le réseau des écoles publiques subventionnées par les contribuables pour y inclure désormais des écoles élémentaires.

L’instauration du premier système d’école publique aux États-Unis, celui de Boston, ne trouve donc pas sa cause dans un échec des nombreuses écoles publiques et privées qui couvraient Boston pas plus que dans une défaillance du libre marché. Il s’agit plutôt du résultat de l’action conjointe – et en apparence contradictoire – de plusieurs groupes de pression qui cherchaient tous à utiliser l’éducation publique pour accroître leur influence politique ou pour renforcer la puissance de l’État, qu’ils espéraient maîtriser. Les conservateurs religieux, les unitariens (des hérétiques ariens pour les calvinistes et les congrégationalistes) et les socialistes considéraient tous que l’éducation publique était une prise idéale dont il fallait à tout prix se rendre maître. Chacun de ces groupes avait plus à cœur de modifier les sentiments et les idées des enfants de leurs concitoyens selon des normes gouvernementales (qu’ils édicteraient) que de prodiguer un enseignement de base de qualité à ces enfants.

mardi 12 novembre 2024

Sciences Po Paris : les recruteurs s'alarment, car le diplôme se dévalorise


Le 27 rue Saint-Guillaume fait la une de l’actualité, pas toujours pour les meilleures raisons. Mais que pensent les recruteurs de cette situation ? Le diplôme de l’école ayant pour objectif de former l’élite de la République se dévalorise-t-il dans le secteur privé ? Les témoignages récoltés devraient interpeller la direction…

Temple de l’excellence ouvert à l’international et à tous les milieux sociaux pour les uns, école minée par les problèmes de gouvernance, le "wokisme" et l’ultragauche pour les autres. Il suffit de prononcer les mots "Sciences Po Paris" pour récolter des opinions tranchées, parfois décorrélées de la réalité. Mais que vaut vraiment le diplôme de cette grande école ?

Pour répondre à la question, Décideurs Magazine a interrogé six recruteurs dans divers secteurs embauchant souvent des élèves de Sciences Po Paris. S’exprimant officieusement, l’anonymat leur a été garanti. Point important, l’appel à témoins lancé dans le cadre de la rédaction de cet article était ouvert à tous les points de vue. "Vous pensez que l’établissement forme toujours l’élite ? Vous avez noté une baisse globale de niveau ? Vous avez arrêté de recruter dans cette école pour des raisons diverses et variées ?", demandait un message publié sur LinkedIn et X. Voici les réponses qui devraient intéresser la direction de l’école, les employeurs et les diplômés.

"Plus d’effet Waouh"

Thomas est à la tête d’une entreprise spécialisée dans le lobbying, les affaires publiques et la communication. Non diplômé de Sciences Po, il a longtemps eu un complexe face aux anciens élèves de cet établissement prestigieux : "Lorsque je suis entré dans la vie active il y a une vingtaine d’années, les collègues passés par Sciences Po Paris étaient au-dessus au niveau de la connaissance et de la réflexion. Logiquement, les CV de cette école étaient toujours en haut de la pile", se souvient le dirigeant. Désormais dans la peau du recruteur, il constate que les temps ont changé : "Maintenant, c’est moi l’employeur et j’affirme d’expérience que, chez les jeunes diplômés de ma branche, c’est devenu une formation parmi d’autres." Thomas se pensait isolé mais, en abordant le sujet avec ses pairs, il s’est rendu compte qu’il n’était pas le seul à observer une "dévalorisation du diplôme depuis cinq ans environ".

Un avis partagé par Herschel qui travaille pour un gros cabinet de recrutement collaborant avec de grands groupes dans des secteurs variés comme l’industrie, la distribution ou l’énergie. "J’interviens sur des postes très "Sciences Po" dans la communication institutionnelle ou la direction de cabinet." Le chasseur de têtes est catégorique : "Dans les grands groupes, il n’y a plus le même emballement qu’avant pour Sciences Po. Sur des postes de juniors, une bonne école de commerce prend pratiquement toujours le dessus dans la dernière ligne droite, ce qui est assez nouveau." Même son de cloche du côté de Françoise, elle aussi active dans la chasse de têtes : "Chez les jeunes diplômés, les faits me laissent penser que le sceau "Sciences Po" se démonétise." Un point attire son attention : "Les anciens élèves ne privilégient plus forcément leur école, comme s’ils ne la reconnaissaient plus, ce qui n’est pas le cas ailleurs."

Cette perte de prestige est également ressentie par Brice, qui dirige un syndicat professionnel après avoir occupé des fonctions de cadre sup dans des sociétés cotées au CAC 40. "Traditionnellement, Sciences Po c’était la certitude d’avoir des très bons. Aujourd’hui, ce n’est plus un gage de qualité. Évidemment, je ne vais pas exclure un jeune issu de cet établissement mais j’examine son dossier avec beaucoup de réserve." Voilà pour la vue d’ensemble. Mais qu’est-il reproché à ces diplômés censés incarner l’excellence ?

Dégradation des compétences de base

La réponse tient en peu de mots : Sciences Po n’incarnerait plus l’excellence à la française. Sur le savoir de base et les connaissances académiques, l’établissement fondé en 1872 par Émile Boutmy pour former les élites de la République ne remplirait plus sa mission. Détail révélateur, dans son processus de recrutement de juniors, Françoise a commencé à intégrer des tests de logique et d’orthographe. "Cela aurait été impensable il y a quelques années mais ça devient nécessaire. Et pour cause !" Elle n’en revient toujours pas, récemment une diplômée qui a passé cinq années sur les bancs de Sciences Po a rendu un texte avec six fautes grossières en une page. "Sans compter la syntaxe et le style", soupire la professionnelle du recrutement.

Brice, de son côté, s’appuie sur les dizaines d’entretiens effectués avec des diplômés depuis de nombreuses années pour constater "une chute énorme en matière de logique, de rigueur intellectuelle, de culture générale. Bref, nous sommes loin des humanités de naguère". Plus embêtant pour le monde de l’entreprise, "il existe une réelle méconnaissance du secteur privé et de l’économie de marché". Ce que constate également Thomas qui n’a pas peur d’affirmer que, dans le secteur de la communication et des affaires publiques, "un diplômé d’une école de commerce lambda n’a plus forcément à rougir face à un Sciences Po Paris".

Évidemment, un jeune diplômé n’est pas toujours 100 % adapté au monde du travail. Les compétences relationnelles s’apprennent sur le tas, toutefois cela suppose de l’agilité et de l’ouverture d’esprit. Traditionnellement, c’était un point fort de l’établissement.

Perte d’ADN

L’adage est connu des recruteurs mais aussi des élèves passés par Sciences Po. Un diplômé de cette prestigieuse école ne sait rien faire de concret. Il est toutefois capable en peu de temps d’exercer n’importe quelle profession intellectuelle à forte responsabilité. Les raisons ? Sa culture générale, son agilité intellectuelle, son ouverture d’esprit. En somme, il possède le fameux "ADN Sciences Po" si prisé dans le monde du travail.

Mais cet ADN n’est plus ce qu’il était. N’étant pas dans les salles de classe et les amphis, les recruteurs ne savent pas ce qui s’y passe exactement. Seule certitude, les jeunes élèves sont moins ouverts d’esprit, moins adaptables, plus dogmatiques. Et sur le marché du travail, c’est plutôt un handicap. Flora, recruteuse dans la tech, le constate au quotidien. Celle qui aimait faire appel à des salariés ou des prestataires issus de l’école passe désormais son tour après des expériences peu concluantes : "Le véritable atout était l’ouverture d’esprit, mais les profils sont désormais uniformes et dogmatiques. Ils sont de facto peu adaptés à un univers où il faut se remettre en question en permanence."

Une ligne partagée par Raphaëlle. "Si quelqu’un peut l’affirmer sans crainte de procès en dérive droitière ou Sciences Po bashing, c’est bien moi", glisse-t-elle. Diplômée de Sciences Po il y a quinze ans, elle a milité et continue à s’engager dans les associations féministes. Après des passages dans la pub et les relations presse, elle est aujourd’hui dircom d’une grande société. Le constat qu’elle porte sur son ancienne école est sévère : "Ce n’est absolument pas grave d’être politisé lorsque l’on sort de Sciences Po, c’est même sain. Mais la politisation me semble irrationnelle et à sens unique." À la suite de mauvaises expériences avec des stagiaires ou des profils fraîchement diplômés, elle pense avoir mis le doigt sur le cœur du problème : "Il n’y a plus d’habitude à débattre avec quelqu’un qui pense différemment du moule. L’émotivité l’emporte sur le cartésianisme et j’ai plusieurs fois eu l’impression d’avoir affaire à des enfants de 8 ans", se plaint-elle. Selon elle, ce type de profil est peu adapté au secteur privé où  "il est obligatoire d’être agile, constructif, à l’aise dans un monde complexe et divers".

Brice a lui aussi été confronté à ces vingtenaires qu’il qualifie de "clones conformistes". Raphaëlle et Brice s’accordent sur un point : tous les CV estampillés Sciences Po ne sont pas ainsi et il faut continuer à les recevoir, les former. Ce à quoi Thomas a renoncé. "Dans mon secteur, on doit se mettre dans la peau de l’autre. Les profils arrogants, moralisateurs et peu consensuels sont un handicap. Prendre des Sciences Po devient risqué et clivant. Je ne jette pas la pierre à certains de mes pairs qui ne souhaitent pas faire entrer le loup dans la bergerie."

Au Royaume des aveugles…


Si le tableau semble de prime abord peu idyllique, l’école présente encore certains atouts. Certes, le niveau baisse. Mais moins qu’ailleurs, estime Brice : "Les élèves de la rue Saint-Guillaume sont moins bons, c’est une certitude. Mais c’est principalement lié à la chute du niveau scolaire dans le secondaire que montre bien la dégradation de la France dans les classements Pisa." Selon lui, Sciences Po offre des "profils moins mauvais que la moyenne dans un pays qui s’idiocratise".

Françoise note qu’au moins 30 % des diplômés restent de "très haute volée", notamment en droit public et en finance. Pour sa part, Raphaëlle tient à dissiper un cliché : "Oui, Sciences Po s’est ouvert aux milieux modestes et à la diversité, mais mon expérience montre que ce ne sont pas ces profils qui sont les plus mauvais." Au contraire, elle y décèle une "niaque et une envie de réussir supérieure indéniable".

Pas d’effet 7 octobre… pour l’instant

Évidemment, impossible de parler de Sciences Po sans mettre sur la table la question des manifestations pro-Palestine des derniers mois. Les slogans "From the river to the sea" [scandés en anglais à Paris], le malaise des étudiants juifs, les manifestants en keffieh, les mains peinturlurées de rouge ont été médiatisés. Que ce soit pour condamner ou soutenir les manifestants, la classe politique a fait de l’entrée du 27 rue Saint-Guillaume "l'endroit où il faut être".

Quel est l’impact sur les employeurs ? "Je pense que ce qui se passe risque d’abîmer l’image de l’école auprès de nombreuses entreprises, mais pour le moment c’est de la supputation, personne n’a de chiffres pour l’affirmer", glisse Herschel.

Le pire est à venir ?

Si effet 7 octobre il y a, les conséquences ne sont pas actuellement mesurables. Reste un fait : les recruteurs sont plutôt pessimistes sur le devenir de Sciences Po et s’attendent au pire si aucune réforme de fond n’est engagée. Les étudiants qui ont intégré l’école sans passer le concours écrit traditionnel et les promos "Gaza" ne sont pas encore confrontés aux fourches caudines des entretiens d’embauche. Seront-ils à la hauteur ? Impossible de le prévoir.

En revanche, le fait de pénaliser les grands lycées parisiens dans les procédures d’admission, de s’en prendre aux supposés "sionistes", "fachos", "droitards", "réacs", génère une ambiance malsaine qui peut repousser de nombreux candidats et contribuer à uniformiser davantage une école qui faisait de sa diversité une richesse. Détail important : aucun professionnel interrogé n’inciterait ses enfants à intégrer les différents campus de l’école. "Avec mon nom de famille hébraïque, je ne postulerais plus", affirme même Raphaëlle. Visiblement, l’état-major de la rue Saint-Guillaume est conscient du problème. Son nouveau directeur Luis Vassy souhaite rétablir le concours écrit traditionnel et favoriser le pluralisme. Efficace ? Réponse dans quelques années.


Source : Décideurs Magazine

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Sciences Po secouée par l’affaire Duhamel, Des étudiants veulent la démission du directeur de l’école Frédéric Mion. Il aurait eu vent des rumeurs d’inceste et de pédophilie homosexuelle visant le président de la Fondation nationale des sciences politiques.

En 2011, Sciences Po annonçait la suppression l'épreuve de culture générale. Richard Descoings, son directeur mort dans des circonstances sordides en avril 2012 aux États-Unis qu'il adulait, avait supprimé du concours d’entrée l’épreuve écrite de culture générale pour les titulaires d’une mention "Très Bien" au baccalauréat et instauré une procédure d’entrée "convention d’éducation prioritaire" [zone d'éducation prioritaire est un euphémisme pour banlieue immigrée] afin d'ouvrir «socialement» l’école.

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mercredi 3 juillet 2024

Ontario — Tribunal des droits de la personne accorde 35 K$ pour refus d'épiler un homme se disant femme

Le plaignant a déclaré qu'il avait dit au propriétaire de l'entreprise que celle-ci fournissait des services "à toutes les femmes, quelle que soit leur identité sexuelle".

Jason Carruthers, propriétaire du salon d'épilation Mad Wax, sur les lieux à Windsor, en Ontario, en 2018.

Un amérindien qui s'identifie comme une femme, qui aurait tenté de se suicider à la suite du tollé provoqué par le refus d'un service d'épilation à la cire dans un salon de Windsor, s'est vu accorder 35 000 dollars de dommages-intérêts par le Tribunal des droits de la personne de l'Ontario.

L'incident a eu lieu en 2018, mais la décision n'a été publiée que le mois dernier.

Le 17 mars 2018, la requérante anonyme a téléphoné à Mad Max Windsor Inc, un salon d'épilation à la cire, et a demandé s'il offrait des services d'épilation à la cire aux « femmes transgenres » (c-à-d aux hommes biologiques qui se disent femmes). L'employée qui a répondu au téléphone lui a d'abord dit "non", puis "je ne sais pas", selon le demandeur. L'employée elle-même a déclaré qu'elle ne savait pas ce que signifiait le terme "transgenre" et a dit au demandeur que le propriétaire du salon le rappellerait.

Le litige porte essentiellement sur l'appel téléphonique entre la propriétaire et la requérante anonyme, désignée uniquement sous le nom d'AB dans les documents du tribunal.

Les souvenirs qu'ils ont de cette conversation téléphonique diffèrent considérablement.

Le propriétaire a déclaré qu'il avait supposé que le requérant demandait une épilation brésilienne et non une épilation des jambes. Le requérant a déclaré que le propriétaire l'avait également qualifié à plusieurs reprises d'homme ou avec de "parties du corps masculines", bien qu'il ne lui ait jamais dit qu'il avait des organes génitaux masculins. Le propriétaire a nié avoir « mégenré » le requérant, mais après avoir nié avoir posé des questions sur ses organes génitaux, il a admis qu'il "l'avait peut-être fait".

Le plaignant a déclaré que le défendeur lui avait dit qu'il n'y avait personne dans le personnel qui serait à l'aise pour fournir des services à "quelqu'un comme vous"", peut-on lire dans la décision du tribunal.

Le propriétaire a contesté cette affirmation, rappelant qu'il avait dit qu'il "n'avait personne dans son personnel à ce moment-là qui pouvait fournir des services d'épilation à la cire pour hommes". Le requérant a déclaré qu'il avait dit au propriétaire de l'entreprise qu'il avait pour mission de fournir des services "à toutes les femmes de manière égale, quelle que soit leur identité sexuelle" et qu'il avait proposé de le rencontrer pour l'"éduquer" sur les obligations légales. (L'homme s'identifiant comme une femme, selon la décision du tribunal, travaillait comme directeur exécutif d'une organisation locale de Windsor qui fournit des services et un soutien à la communauté transgenre).

Le propriétaire a également déclaré que le demandeur l'avait menacé de "problèmes avec le tribunal" et d'un "cirque médiatique". Le demandeur a nié avoir proféré de telles menaces et le tribunal a convenu qu'il ne l'avait pas fait. Cependant, le requérant a publié sur Facebook une vidéo sur sa rencontre avec Mad Max. Le propriétaire a contacté les médias pour "rétablir la vérité" et a fourni le nom et les coordonnées du trublion aux journalistes. Aucun article n'a été publié à ce moment-là.

Mais le 11 mai 2018, après que le plaignant a déposé une plainte pour violation des droits de l'homme, le propriétaire de Mad Max a publié un communiqué de presse, affirmant que le salon n'avait pas de personnel disponible pour effectuer des services d'épilation à la cire pour hommes ou des services d'épilation à la cire sur les organes génitaux masculins, affirmant que le personnel avait des objections culturelles et religieuses à la réalisation de tels services. Ce communiqué a donné lieu à une couverture médiatique du désaccord et à des plaintes pour discrimination.

En fin de compte, le tribunal [Mark Steyn a déjà déclaré ces « tribunaux des droits de la personne » de parodie de justice] a estimé que la mention répétée des organes génitaux d'AB et les questions posées à ce sujet, ainsi que l'erreur de genre commise par le demandeur, suggéraient que la discrimination avait joué un rôle dans le refus d'offrir des services d'épilation des jambes. Karen Dawson, vice-présidente du Tribunal des droits de la personne de l'Ontario, a également estimé que le communiqué de presse et les entretiens avec les médias étaient "destinés à mettre le requérant dans l'embarras et à saper ses plaintes" plutôt qu'à donner aux médias les deux versions de l'histoire.

En particulier, l'utilisation de mots tels que "menace" et "attaque" en relation avec la vidéo du requérant sur Facebook, ainsi que les références au "sentiment de sécurité" du personnel, ont joué sur les stéréotypes néfastes des femmes transgenres [des hommes disant qu'ils sont des femmes]", a déclaré le tribunal dans sa décision.

Le communiqué, bien qu'il ne nommait pas AB directement, citait son employeur et le propriétaire de l'entreprise a fourni son nom et ses coordonnées aux médias qui l'ont demandé. (Il est coutumier dans le journalistique de rechercher de telles informations afin d'obtenir les commentaires des deux parties à un litige). Dans l'ensemble, Mme Dawson a estimé que le communiqué de presse constituait des "représailles" parce que le requérant avait déposé une plainte auprès du Tribunal des droits de la personne de l'Ontario.

Le plaignant a affirmé que les commentaires des médias "l'avait poussé[e] à se cacher et même à se déplacer, parce qu'elle [il] craignait pour sa sécurité". Bien qu'il soit un militant transgenre bien connu à Windsor, il n'avait jamais parlé de ses organes génitaux en public et les commentaires du salon "ont ouvert une conversation publique non consensuelle" à ce sujet.

"Elle [il] a déclaré que ces commentaires étaient incroyablement traumatisants pour elle [lui] et, à un moment donné, elle [il] a tenté de se suicider", peut-on lire dans la décision.

Le plaignant se serait également tourné vers des drogues, perdu son emploi et rompu son mariage (selon le National Post) et aurait dû déménager dans une nouvelle communauté à sept heures de route pour s'en sortir.

"J'estime que les actions des défendeurs ont touché le cœur de l'identité de la requérante, et ce de manière très publique", écrit Mme Dawson.

Le plaignant s'est vu ordonner une indemnisation de 35 000 dollars et le personnel du salon a dû suivre une formation « au code des droits de la personne ».