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vendredi 3 juillet 2026

Certains étudiants ont des résultats similaires aux enfants de dix ans

Au cours des dernières semaines, plus de 1 800 professeurs de mathématiques et de sciences de l’Université de Californie, l’un des plus grands et des meilleurs réseaux universitaires publics des États-Unis, ont signé une lettre ouverte exposant un problème épineux. Selon eux, les étudiants de première année arrivent de plus en plus souvent sans les compétences de base nécessaires pour réussir. Sur le campus de Berkeley, écrivent-ils, environ 20 à 30 % des étudiants qui suivent un cours d’initiation au calcul différentiel et intégral présentent de « graves lacunes de préparation ». Les difficultés sont devenues si importantes, ajoutent-ils, que les enseignants sont contraints de réenseigner les mathématiques du collège (France) ou début du secondaire (Québec).

Cette lettre est le dernier épisode en date d’un débat qui ne cesse de s’amplifier sur l’enseignement supérieur, les pratiques d’admission à l’université — et le niveau d’érudition des jeunes Américains. Elle fait suite à un rapport stupéfiant publié en novembre sur le campus de San Diego du système universitaire californien. Les universitaires de cet établissement ont constaté que le nombre d’étudiants de première année arrivant avec des compétences en mathématiques inférieures au niveau du lycée (fin secondaire) avait été multiplié par près de trente en cinq ans, pour atteindre près d’un sur huit. Selon eux, environ 70 % des étudiants en difficulté n’atteignaient pas le niveau attendu d’un élève de 14 ans.

Les inquiétudes concernant les compétences en mathématiques des étudiants de premier cycle s’ajoutent à une consternation de longue date face à la baisse des niveaux de maîtrise de la lecture et de l’écriture. Les enseignants mettent en garde contre des étudiants en lettres qui semblent incapables de lire un livre jusqu’au bout. Ces problèmes ne sont pas seulement signalés sur la côte ouest ou dans les universités publiques. À Harvard, certains professeurs de sciences humaines et de sciences sociales affirment se sentir contraints de raccourcir leurs textes, selon un rapport communiqué au corps enseignant en octobre. Les étudiants arrivent dans la plus célèbre université des États-Unis « avec moins d’expérience dans la lecture de textes complexes et une capacité réduite à se concentrer et à maintenir leur attention ».

Ils « ont du mal avec des lectures que les étudiants maîtrisaient sans peine il y a à peine dix ans ».

vendredi 17 octobre 2025

Quand l’intelligence artificielle défie l’intégrité universitaire : les scandales de l’ULB et du concours médical belge

Ces derniers mois, la Belgique a été secouée par deux affaires révélatrices des défis posés par l’intelligence artificielle (IA) dans le monde universitaire. À l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et lors du concours d’entrée en médecine en Flandre, l’usage présumé d’IA pour tricher a mis en lumière les failles des systèmes d’évaluation et déclenché des débats brûlants, mêlant égalité, technologie et prétendue islamophobie.



À l’ULB, une mesure anti-triche devient polémique religieuse

En juin 2025, un examen de génétique en deuxième année de psychologie à l’ULB a provoqué une controverse inattendue. Le professeur Christophe Leys, doyen de la faculté, a imposé une consigne stricte : tous les étudiants devaient dégager leurs oreilles et poignets pour s’assurer qu’aucun dispositif connecté, comme une oreillette Bluetooth ou une montre intelligente, ne soit utilisé. L’objectif : empêcher qu’un étudiant soumette une question à une IA, comme ChatGPT, via un téléphone discret, et reçoive la réponse audio en quelques secondes.

Si la mesure semblait justifiée pour garantir l’égalité devant les examens, elle a rapidement déclenché un scandale. Plusieurs étudiantes voilées ont refusé le contrôle, dénonçant une atteinte à leur liberté religieuse et une discrimination islamophobe. L’Union Syndicale Étudiante (USE) a parlé d’une mesure « extrêmement discriminante », et un signalement a été déposé auprès de la Cellule Genres et Diversité de l’université ainsi que de l’UNIA, qui l’a jugée « attentatoire à la dignité ».

Le professeur Leys avait déjà tenté un contrôle similaire en janvier 2025 avec l’aide d’assistantes féminines, mais celles-ci avaient trouvé l’exercice « trop violent ». Il a alors proposé un examen oral en alternative, mais cette solution a été perçue par l’USE comme une nouvelle forme de discrimination. Le 17 juin, plusieurs cercles étudiants ont organisé une manifestation silencieuse devant le grand auditoire Janson. Le rectorat de l’ULB a finalement opté pour des contrôles ponctuels plutôt que systématiques, une décision critiquée par le professeur Leys qui estimait ses prérogatives bafouées.

Cette affaire illustre un dilemme complexe : comment garantir l’intégrité des examens face aux outils technologiques tout en respectant les sensibilités culturelles et religieuses, réelles ou alléguées ? On évoque des solutions comme les brouilleurs de signal ou les examens oraux. Le Mouvement Réformateur (MR) a soutenu le professeur Leys, rappelant que la liberté religieuse ne peut servir de prétexte pour contourner des règles neutres. À l’Université de Liège, des mesures similaires existent dans le règlement et sont appliquées sans heurts majeurs.

En Flandre, un concours médical entaché par une fraude massive à l’IA

Un second scandale a éclaté lors du concours d’entrée en médecine et dentisterie en Flandre, organisé le 6 juillet 2025. Pour la première fois, l’examen s’est déroulé en ligne, sur des ordinateurs fournis dans 70 centres, avec des mesures de sécurité censément strictes : navigation verrouillée, accès internet bloqué. Pourtant, les résultats ont surpris tout le monde : sur 5 544 candidats, 47 % ont réussi, contre 18,9 % en 2024 et 37 % en 2023, alors que la difficulté des épreuves restait comparable.

Les soupçons se sont rapidement tournés vers une fraude massive facilitée par l’IA. Trois candidats ont été exclus pour usage avéré de ChatGPT via une faille technique permettant d’ouvrir des onglets qui permettait d'accéder à Internet. D’autres irrégularités ont été détectées : écouteurs dissimulés, codes gestuels, voire photos d’écrans partagées.

L’affaire a pris une tournure judiciaire. Avec seulement 1 740 places disponibles, environ 870 candidats admis ont été écartés par tirage au sort, suscitant la colère des recalés. Plusieurs plaintes ont été déposées, dont cinq devant les tribunaux. Des témoignages anonymes évoquent des centres laxistes où « ouvrir un nouvel onglet était un jeu d’enfant ». Axelle Mpinganzima, de l’organisme Up2Study, confirme que les IA modernes excellent dans ce type de tests, rendant le bond de réussite « invraisemblable sans aide extérieure ».

La ministre flamande de l’Enseignement, Zuhal Demir, a tenté de minimiser l’affaire, évoquant « un nombre limité de cas ». Mais Jan Eggermont, président de la commission d’examen, a reconnu des failles techniques. Une enquête est en cours, basée sur l’analyse des journaux de bord informatiques, mais prouver rétroactivement l’usage d’IA reste difficile sans aveux ou preuves matérielles. Trois candidats ont été pris en flagrant délit et exclus. Pour 2026, le concours repassera au format papier centralisé, une décision saluée mais jugée tardive.

Un défi global pour l’éducation

Ces incidents ne sont pas isolés. Partout dans le monde, les universités explorent des solutions : IA anti-triche, examens oraux ou environnements ultra-sécurisés. En Belgique francophone, le concours médical du 28 août 2025, resté sur papier, a évité ces écueils, avec un taux de réussite stable de 28 %. 
 
Sources : RTBF, RTL Info, La Libre, Le Point, Sudinfo

jeudi 29 mai 2025

Professeure célèbre de Harvard licenciée pour avoir manipulé des données sur la malhonnêteté


Une professeure renommée de l'université Harvard a été dépouillée de son poste permanent et licenciée après qu'une enquête a révélé qu'elle avait falsifié des données dans plusieurs études consacrées à la malhonnêteté.

Francesca Gino, célèbre spécialiste du comportement à la Harvard Business School, a été licenciée après que le conseil d'administration de l'école a déterminé qu'elle avait modifié les observations de quatre études afin que leurs conclusions corroborent ses hypothèses, a rapporté GBH News.

Les administrateurs de Harvard ont informé la faculté de commerce que Mme Gino (ci-contre) avait perdu son emploi lors d'une réunion à huis clos la semaine dernière, a rapporté le média.

Harvard n'a pas donné de détails sur le licenciement de la professeure ni sur la révocation de son poste permanent, invoquant une question personnelle, mais a déclaré à GBH News que l'école n'avait pas révoqué le poste permanent d'un professeur depuis des décennies.

Aucun professeur n'a vu son poste permanent révoqué à Harvard depuis les années 1940, lorsque l'Association américaine des professeurs d'université a officialisé les règles de licenciement, selon The Harvard Crimson.

Cette professeure vedette de l'Ivy League, auteure de plus de 140 articles scientifiques et lauréate de nombreux prix, avait fait l'objet d'une enquête en 2023 lorsqu'un trio de spécialistes du comportement avait publié une série d'articles sur le carnet Data Colada, présentant des preuves accusant quatre de ses articles publiés entre 2012 et 2020, dont elle était co-auteure, de contenir des « données frauduleuses ».

Une enquête préliminaire sur les travaux de Mme Gino fut lancée par Harvard en octobre 2021, à la suite de préoccupations concernant une étude dont elle était co-auteure et qui affirmait que le fait d'exiger des individus qu'ils signent un engagement d'honnêteté au début d'un formulaire, plutôt qu'à la fin, augmentait considérablement le nombre de réponses honnêtes.

Cette étude a été définitivement retirée en 2021 en raison de « preuves » de fabrication de données, qui s'appuyaient sur trois expériences de laboratoire distinctes pour étayer ses conclusions.

Les trois mêmes spécialistes du comportement identifièrent des preuves indiquant que trois autres études figurant dans le même article semblaient s'appuyer sur des données manipulées.

Une enquête approfondie sur ces allégations fut menée en 2022 et 2023, au cours de laquelle Gino et les personnes qui avaient collaboré avec elle sur ces articles furent interrogées, et les professeurs de la Harvard Business School examinèrent et analysèrent également ses données, ses e-mails et les manuscrits de ses articles.

Une société d'expertise judiciaire externe fut également engagée pour analyser les données de ses études.

Interrogée sur les problèmes liés à ses travaux, Gino affirma que ceux-ci pouvaient provenir d'erreurs commises par elle-même ou ses assistants de recherche, ou d'une éventuelle falsification par une personne ayant des « intentions malveillantes », selon le rapport de l'université.

Cependant, les enquêteurs rejetèrent ces deux théories et présentèrent leurs conclusions au doyen de la HBS, Datar, en mars 2023.

L'université de l'Ivy League mit Gino en congé sans solde et entama une procédure de licenciement.

Les enquêteurs par ailleurs suggérèrent que l'université procède à un audit du travail de Gino et demande le retrait de trois de ses articles ; un quatrième article avait déjà été retiré au moment de leur enquête.

Alors que l'enquête était en cours en 2023, Gino a nié les accusations portées contre elle sur son site web.

« Il y a une chose dont je suis certaine : je n'ai pas commis de fraude académique. Je n'ai pas manipulé les données pour obtenir un résultat particulier », avait-elle écrit.

« Je n'ai pas falsifié de données pour renforcer un résultat quelconque. Je n'ai pas commis l'infraction dont je suis accusée. Point final. »

Gino, dont les recherches comportementales sur la tricherie, le mensonge et la malhonnêteté ont fait l'objet d'une large couverture médiatique au cours de la dernière décennie, a intenté un procès de 25 millions de dollars contre Harvard, le doyen de la Harvard Business School, Srikant Datar, et les blogueurs de Data Colada.

Dans ses documents judiciaires, Gino a invoqué une atteinte à sa réputation ainsi qu'une perte de revenus et d'opportunités professionnelles en raison de l'enquête menée par l'université et de sa décision de la mettre en congé administratif à compter de juin 2023, en plus des blogs Data Colada.

« Harvard a rendu son affaire publique. Et bien que mes avocats m'aient déconseillé de m'exprimer, je tiens à dire que je ne me suis jamais livrée à une fraude académique », a déclaré Mme Gino sur son site web en mars 2024.

« Une fois que j'aurai l'occasion de le prouver devant les tribunaux, avec le soutien d'experts qui m'ont été refusés lors de l'enquête menée par Harvard, vous comprendrez pourquoi leur dossier est si faible et qu'il s'agit d'allégations fallacieuses. »

Cependant, un juge fédéral de Boston a rejeté les accusations de diffamation portées par Gino contre Harvard et les blogueurs de Data Colada en septembre dernier, selon The Harvard Crimson.

Le juge a estimé que la professeure était une personnalité publique, ce qui permettait que son travail soit examiné à la lumière du premier amendement.

Voir aussi

La chute de Michael Mann, la figure de proue du changement climatique

Études manipulées autour de la maladie d'Alzheimer

Fraude délibérée aurait plombé deux décennies de recherche sur Alzheimer

Une nouvelle étude nous apprend par ailleurs, la même semaine, qu’il n’y aurait aucun lien entre la dépression et la sérotonine. Cette découverte remet en cause l’efficacité de nombreux antidépresseurs.

Comment la science se trompe.... Dans The Economist du 26 octobre, un dossier sur l’évolution du système mondial de recherche scientifique : « How science goes wrong ». On y apprend notamment qu’un nombre important et croissant de publications souffrent de biais statistiques ou défauts méthodologiques qui devraient inciter à la prudence sur les conclusions, quand il ne s’agit pas d’erreurs pures et simples. 

« Des coraux plus résistants à la chaleur » ou des études précédentes peu fiables et alarmistes ? 

La menace stéréotypée n’expliquerait pas la différence de résultats entre les sexes en mathématiques (suite) 

Mythe : le traitement de l’« hystérie » féminine à l’époque victorienne 

Recherche — Failles dans le mécanisme de relecture par des pairs

Comment publier un article scientifique en 2020 

Reproduction d’études marketing — Jusqu’à présent (2022), seules 3 tentatives de réplication sur 34 (8,8 %) en marketing ont réussi sans ambiguïté.

Canulars embarrassants : revues « savantes » dupées par de fausses études adoptant des mots clés à la mode

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Les études de McKinsey sur la relation entre la diversité et la performance des entreprises ne sont pas reproductibles

La plaque commémorant la première Britannique noire a été retirée parce qu’elle « venait de Chypre »

« Racisme systémique » — Professeur congédié après des soupçons de falsification de données dans de nombreuses études

Le président de l’université de Stanford a été démasqué pour falsification de données. Les preuves sont choquantes et il est déprimant de voir que Marc Tessier-Lavigne, ancien éminent neuroscientifique, n’ait pas été sanctionné comme il se doit pour sa faute professionnelle. (Voir les articles qui ont dévoilé ces scandales 1re partie, 2nde partie). 

Médecins admettent le lien entre hormonothérapie transgenre et le cancer dans des courriels fuités

La langue des thèses universitaires devient de plus en plus impénétrable (surtout dans les sciences humaines et sociales)

Selon une étude universitaire, une bonne partie des études universitaires ne seraient pas fiables…

 

 

 

vendredi 29 novembre 2024

Inde — Le scandale de la triche organisée des examens d'État

Imaginez que le baccalauréat ou les examens d’État soient volés et vendus.

C’est exactement ce qui se passe en Inde, où un réseau criminel a divulgué pendant des années les questions des examens gouvernementaux.

Dans un cas, un médecin a physiquement volé des questions d’examen dans un entrepôt et les a vendues.

Au cours des cinq dernières années, pas moins de 40 examens dans 15 États ont été divulgués, ce qui a affecté 14 millions de personnes, dont beaucoup étaient en lice pour des emplois gouvernementaux qui allaient changer leur vie.

Lors d’un examen récent, 5 millions de candidats se sont battus pour 60 000 postes à peine, avant de découvrir que l’examen était truqué, ce qui les a obligés à le repasser. Voir ci-dessous pour les détails révélés par le New York Times.


L’appel retentit : il fallait y aller. Le médecin se précipita à l’aéroport pour une opération de minuit à des centaines de kilomètres de là, dans l’ouest de l’Inde.

Mais cette mission n’avait pas pour but de sauver des vies. Le médecin transportait un tournevis, une pince, une lame et un téléphone cellulaire — des outils pour un casse. Sa cible était quelque chose dont la valeur dépasse celle de l’or dans la course effrénée aux emplois publics et aux stages universitaires en Inde : les sujets de l’examen d’agent de police.

Après avoir atterri dans la ville d’Ahmedabad, le médecin, Shubham Mandal, a été conduit en toute hâte dans un entrepôt de fret situé à la périphérie de la ville, selon des documents de la police et des entretiens menés par le New York Times avec l’enquêteur principal. Pour éviter les caméras de surveillance, le docteur Mandal est entré par une fenêtre arrière dans une pièce remplie de caisses. C’est là, selon la police, qu’il a ouvert une boîte portant la mention « confidentiel » et en a sorti une enveloppe.

Il a utilisé l’appareil photo de son téléphone pour photographier chaque page à l’intérieur avant de recoller l’enveloppe et de refermer à clé la boîte. Il a répété l’exercice au moins une fois dans les nuits qui ont suivi, au fur et à mesure que de nouveaux documents arrivaient à l’entrepôt en provenance de l’imprimerie, pendant qu’il séjournait dans un hôtel une étoile situé à proximité. Chaque fois, trois hommes attendaient dans une voiture, dont, selon la police, le cerveau du cambriolage, Ravi Atri.

M. Atri se considérait à la fois comme un criminel et un Robin des Bois. Il avait passé cinq fois l’examen national d’entrée à l’école de médecine, qu’il avait finalement réussi, mais n’était jamais devenu médecin. Au lieu de cela, il s’est tourné vers le vol d’examens pour aider les autres.

Étudiants se préparent à un examen de la fonction publique dans un parc de Delhi


Sa bande et lui ne reculaient devant aucune tâche. Selon la police, il avait déjà participé à la fuite de sujets d’examen pour des postes d’infirmières, de banquiers, d’enseignants et des places dans des instituts professionnels, et avait été emprisonné au moins deux fois.

L’examen d’agent de police, sa dernière proie, était organisé en février de cette année à près de cinq millions de candidats postulant à 60 000 postes vacants dans l’État d’Uttar Pradesh, au nord du pays, où M. Atri est domicilié. Un nouvel agent est payé environ 400 dollars par mois. Mais même les emplois gouvernementaux les moins bien payés en Inde sont convoités pour leur stabilité, et les candidats endurent des mois d’études exténuantes dans des centres de formation coûteux pour se préparer aux examens qui déterminent l’embauche.

M. Atri offrait un coup de pouce. Et maintenant, avec l’examen d’agent de police entre les mains, la course était lancée. M. Atri a envoyé le signal à son vaste réseau de correspondants locaux dans l’Uttar Pradesh. Ils avaient déjà réservé une grande salle de restaurant et une station balnéaire luxuriante où des milliers de ses clients seraient transportés par autocar pour suivre un cours accéléré consacré aux réponses.

Il ne leur restait plus qu’à éviter de se faire prendre.

« Si cela fonctionne, vous gagnerez tellement d’argent que vous n’aurez plus besoin de faire quoi que ce soit d’autre dans votre vie », a déclaré M. Atri à l’un des ouvriers de l’entrepôt dont il avait patiemment appris à connaître pour obtenir l’accès à l’examen, selon un rapport de police. « Et vous obtiendrez également un emploi dans la fonction publique ».

Un énorme déséquilibre

M. Atri et ses semblables tirent parti de ce qui est depuis longtemps un problème structurel de l’économie indienne : trop de jeunes gens instruits pour trop peu d’emplois.

L’économie indienne est l’une des plus dynamiques au monde. Mais une grande partie de cette croissance provient du secteur des services, qui ne génère pas suffisamment d’emplois pour l’énorme population en âge de travailler du pays. La part de l’industrie manufacturière à forte intensité de main-d’œuvre dans l’économie s’est réduite comme peau de chagrin avant même d’avoir eu la possibilité de faire de l’Inde une nation développée. Près de la moitié des Indiens travaillent encore à la ferme et la grande majorité des emplois privés en Inde sont informels.
 

Un quartier de Delhi avec de nombreux centres d’études

C’est pourquoi les emplois gouvernementaux sont très prisés. L’année dernière, 1,3 million de personnes ont postulé pour 1 000 places dans la prestigieuse fonction publique du gouvernement central. Les journaux publient fréquemment des articles sur un grand nombre de personnes titulaires de diplômes de haut niveau qui se disputent des emplois subalternes tels que balayeur ou « péon ».

L’attribution des emplois sur la base des résultats des examens donne un sentiment d’équité. Mais avec une concurrence aussi féroce, la tentation de chercher des raccourcis peut être forte.

Certains candidats, tout en passant de longues heures dans des groupes d’étude, gardent également un œil sur des figures de l’ombre qui proposent l’accès aux sujets des examens. Ils échangent leurs numéros de téléphone avec des intermédiaires locaux, négocient des prix provisoires, souvent de l’ordre de centaines de dollars ou plus, et prient pour que le stratagème réussisse.

« Lorsque quatre millions d’étudiants se préparent à un examen, la moitié d’entre eux tentent également d’obtenir les sujets à l’avance - pas seulement eux, mais aussi leurs parents, leurs grands-parents, tout le monde », a déclaré Brijesh Kumar Singh, un officier de police supérieur de la ville de Meerut, dans l’Uttar Pradesh, qui enquête sur le crime organisé, et qui consacre une grande partie de son temps aux gangs qui recherchent des fuites d’examens.

Une enquête menée par l’un des plus grands journaux indiens, The Indian Express, a révélé que plus de 40 examens avaient été compromis par des fuites au cours des cinq dernières années, affectant 14 millions de candidats dans 15 États.

Cette année, l’examen national de sélection pour les écoles de médecine a fait l’objet de nombreuses interrogations après qu’un nombre inhabituel de deux millions de candidats ont obtenu des notes parfaites. Alors que le gouvernement tentait de limiter les retombées de cette affaire, il a annulé un examen national pour l’obtention de bourses d’études supérieures et de postes subalternes dans les universités en raison d’une fuite.

Des manifestants campèrent devant le domicile du ministre de l’Éducation à New Delhi. La colère n’a fait que croître lorsque deux jeunes hommes qui se préparaient à un examen se sont noyés dans la cave d’un centre d’études, les rues ayant été inondées à la suite des pluies de la nuit.
« Nous travaillons dur depuis plusieurs années et les étudiants riches profitent du système en dépensant de l’argent », a déclaré Harsh Dubey, 22 ans, qui tentait de passer le test d’entrée à l’école de médecine depuis quatre ans, lors d’une manifestation à Delhi.

Un système pyramidal

Des aspirants policiers se préparent aux examens à Meerut en août

M. Atri avait à une époque espéré réussir à l’ancienne.

Après avoir terminé ses études secondaires, il a fait ses valises dans l’Uttar Pradesh et est parti pour Kota, une petite ville du Rajasthan connue dans toute l’Inde pour ses centaines de centres de préparation aux examens qui brassent des centaines de millions de dollars par an.

Mais comme il ne cessait d’échouer au test d’entrée à l’école de médecine (après avoir réussi l’examen, il n’a pas terminé ses études de médecine), il a commencé à se concentrer davantage sur l’industrie des examens elle-même et moins sur le travail auquel l’examen pouvait mener.

Personnel de police vérifiant les données d’identification des personnes attendant de passer l’examen de police à Meerut

À l’autre extrémité du spectre, dans des milliers de petites villes dotées de leurs propres mini-Kotas, on trouve des tuteurs aux nombreux adeptes, ainsi que des gérants de « bibliothèques » où les gens peuvent payer pour un bureau et étudier jusqu’à tard dans la nuit.

M. Atri a d’abord proposé ses services en tant que « solutionneur », c’est-à-dire qu’il passait des examens pour d’autres personnes. Plus tard, il s’est lancé dans le commerce de gros du vol d’examens, selon les autorités.

À l’époque où il a commencé, un scandale lié aux examens dans l’État du Madhya Pradesh en 2015 a clairement montré à quel point ce trafic était lucratif, des milliards de dollars de pots-de-vin ayant été attribués à des politiciens, à des gangs criminels et à d’autres personnes.

M. Singh, policier à Meerut, a expliqué les irrégularités en matière d’examens comme un modèle pyramidal. Au sommet se trouve l’auteur de la fuite. Au-dessous de lui se trouvent les intermédiaires. Ils travaillent avec des représentants au niveau des villages, qui recrutent des clients.

Avant le vol des sujets de l’examen pour devenir agent de police, M. Atri avait été présenté au Dr Mandal, qui, selon la police, est devenu son voleur à gages.

Son histoire est similaire à celle de M. Atri : tout en poursuivant ses études de médecine, qu’il a menées à bien en 2021, Le Dr Mandal a gardé un pied dans le monde lucratif des fuites d’examens. Il a fini par se faire connaître dans les milieux du vol d’examens pour ses compétences précises en matière d’ouverture de boîtes. Il a été emprisonné en 2017 pour avoir contribué à la fuite d’un examen de médecine, selon les dossiers de la police.

Cette année, alors que le Dr Mandal travaillait dans une clinique de l’État du Bihar, M. Atri l’a mis en attente. Si M. Atri entendait parler d’un envoi de sujets d’examen par l’une des personnes qu’il avait mandatées le long de la chaîne d’approvisionnement, le Dr Mandal recevait un appel.

Un tour supplémentaire

L’appel pour le contrat d’Ahmedabad avait été lancé, les clients de M. Atri avaient passé l’examen de policier — et le Dr Mandal voulait son argent.

Mais il y avait un hic : après l’examen, on a appris que les questions avaient fait l’objet d’une fuite.

Cela ne signifiait pas pour autant que le Dr Mandal, qui, selon la police, s’était vu promettre un paiement final d’environ 20 000 dollars pour avoir volé l’examen, ne serait pas dédommagé. Selon l’accord conclu avec M. Atri, il serait payé tant que les résultats de l’examen ne seraient pas annulés. Cela n’arrive généralement que lorsqu’une fuite est avérée.

C’était le cas ; les résultats ont été annulés. M. Atri a cessé de répondre aux appels du Dr Mandal.

Le réseau de M. Atri a été démantelé grâce à un travail de routine de la police. En enquêtant sur une autre affaire de fuite, la police a trouvé des preuves de la divulgation des sujets de l’examen de policier.
La police a essentiellement remonté la filière du bas de la pyramide jusqu’au sommet, en remontant la chaîne de la fuite depuis un représentant villageois jusqu’à M. Atri et M. Mandal.

« Nous avons trouvé sur leur téléphone les épreuves de l’examen d’agent de police de l’Uttar Pradesh — et lorsque nous avons vérifié la date, c’était avant l’examen », a déclaré M. Singh, qui était l’enquêteur en chef de l’affaire.

Les autorités de l’Uttar Pradesh ont déclaré qu’il y aurait un nouvel examen avec des questions différentes — cette fois-ci, un examen plus sécurisé. Une nouvelle fuite serait une humiliation.

Six mois après la première épreuve, à la fin du mois d’août, des millions de candidats ont à nouveau afflué dans les villes pour passer l’examen. Aux arrêts de bus et dans les gares, c’était le chaos.

À Meerut, les quais de gare étaient bondés de gens qui s’installaient confortablement pour la nuit. La gare routière voisine était envahie de jeunes portant des sacs à dos. Alors qu’ils s’apprêtaient à dormir sur le trottoir, certains regardaient des vidéos YouTube en accéléré de professeurs donnant des cours devant un tableau blanc.

Des millions de candidats ont dû se déplacer pour repasser l’examen d’agent de police dans l’État d’Uttar Pradesh en août

Le jour du nouvel examen, un nouveau policier nommé Raghvendra Kumar Mishra a eu la difficile tâche de s’assurer que tout se passait bien à Meerut. La fourrière de motos confisquées devant son bureau évoquait son travail habituel : il est chargé de la circulation dans la ville.

Son grand bureau avait été transformé en salle de crise. Une demi-douzaine d’officiers regardaient les images des 36 centres où se déroulait l’examen.

Dans l’un des centres d’examen, des policiers vérifiaient les documents alors qu’une file d’étudiants se frayait un chemin sous un panneau publicitaire vantant les mérites d’un tonique capillaire contre la calvitie.

« Seuls les stylos sont autorisés », annonce un policier dans un mégaphone. « Chaussures à la main à l’entrée. Les ceintures sont interdites à l’intérieur. Les bijoux sont interdits. Les manches ne doivent pas être repliées. »

Parmi les candidats se trouvait Subhash Gupta, 24 ans, venu du centre de l’Inde pour passer le concours pour la deuxième fois, en plus d’essayer tous les concours qu’il pouvait passer dans son État d’origine. Lui et son frère jumeau, qui travaillait à temps partiel comme tuteur, avaient quitté leur village avec une seule idée en tête : trouver un emploi dans la fonction publique, n’importe où et à n’importe quel prix.

Lorsqu’il a quitté la salle d’examen en début d’après-midi, il a déclaré avoir réussi à répondre à 138 questions sur 150. Les questions de mathématiques étaient faciles, mais son point faible était la culture générale.

Avant de monter dans un bus pour rejoindre son jumeau, qui passait le même examen dans un autre district, il a résumé les raisons pour lesquelles il tenait absolument à obtenir un emploi dans la fonction publique.

« La mentalité est telle dans la société que seul celui qui décroche un emploi gouvernemental est considéré comme ayant réussi », a-t-il déclaré.

M. Atri et le Dr Mandal, les hommes qui, selon la police, ont forcé des millions de personnes à repasser l’examen de policier, ont tous deux été arrêtés dans cette affaire. M. Atri est actuellement en prison, dans l’attente de son procès. Ses avocats ont fait valoir qu’il avait été faussement impliqué. Le Dr Mandal a été libéré sous caution.

Le père de M. Atri, Gorakh Singh, l’a décrit comme un travailleur acharné, affirmant qu’il restait debout toute la nuit à étudier des livres pendant ses années d’études. « Il est peut-être un malfaiteur pour la police, a déclaré son père, mais pas pour nous. »

Il a déclaré que les frais de justice de son fils avaient ramené la famille 10 à 15 ans en arrière. Si son fils est effectivement dans son tort, il préférerait que le gouvernement l’achève lors d’une « rencontre » — un assassinat extrajudiciaire par la police.

« Nous pleurerions pendant dix jours, puis nous reprendrions nos activités quotidiennes », a-t-il déclaré. « Notre persécution prendrait fin ».

Voyage en autocar vers un centre d’examens à Meerut

Source : New York Times

mercredi 31 janvier 2024

La responsable en chef de la diversité à Harvard accusée de plagiat et de manipulation de données

Harvard est de nouveau sous le feu de la critique après le départ de son ancienne présidente, Claudine Gay, accusée de plagiat. Sherri Ann Charleston (ci-dessous), responsable de la diversité et de l’inclusion à l’université de Harvard, semble avoir commis de nombreux plagiats dans ses travaux universitaires, reprenant de larges portions de texte sans guillemets et s’attribuant même le mérite d’une étude réalisée par un autre chercheur — son propre mari — selon une plainte déposée auprès de l’université lundi et une analyse du Washington Free Beacon.


La plainte contient 40 accusations de plagiat qui couvrent l’ensemble des publications de Charleston. Dans sa thèse de 2009, présentée à l’université du Michigan, Mme Charleston cite ou paraphrase près d’une douzaine d’universitaires sans les citer comme il se doit, selon la plainte. Et dans son seul article publié dans une revue évaluée par des pairs — écrit avec son mari, LaVar Charleston, en 2014 — le couple recycle une grande partie d’une étude publiée en 2012 par LaVar Charleston, vice-chancelier adjoint chargé de la diversité et de l’inclusion à l’université du Wisconsin-Madison, en faisant passer l’ancien matériel pour une nouvelle recherche.

Par ce tour de passe-passe, Sherri Ann Charleston s’est effectivement attribuée les travaux de son mari. L’article de 2014, coécrit avec Jerlando Jackson, aujourd’hui doyen de la faculté d’éducation de l’université d’État du Michigan, et publié dans le Journal of Negro Education, reprend les mêmes méthodes, les mêmes résultats et la même description des sujets de l’enquête que l’étude de 2012, qui comportait des entretiens avec des étudiants noirs en informatique et qui a été publiée pour la première fois dans le Journal of Diversity in Higher Education (Journal de la diversité dans l’enseignement supérieur).

Les deux articles font même état de réponses identiques de la part de ces étudiants. Ce chevauchement suggère que les auteurs n’ont pas mené de nouveaux entretiens pour l’étude de 2014, mais qu’ils se sont appuyés sur les entretiens de LaVar Charleston de 2012, ce qui constitue une grave violation de l’éthique de la recherche, selon les experts qui ont examiné les allégations.

« L’article de 2014 semble être entièrement contrefait », a déclaré Peter Wood, directeur de la National Association of Scholars et ancien doyen associé de l’université de Boston, où il a mené plusieurs enquêtes sur l’intégrité académique. « Il s’agit d’une manifeste fraude en matière de recherche ».

Sherri Ann Charleston était responsable de la discrimination positive à l’université du Wisconsin-Madison avant de rejoindre Harvard en août 2020 en tant que première responsable de la diversité dans l’histoire de l’université. À ce titre, Mme Charleston a siégé au comité consultatif du personnel qui a contribué à orienter le processus de recherche du président de l’université, lequel a abouti à la sélection de l’ancienne présidente de Harvard, Claudine Gay, en décembre 2022, selon le Harvard Crimson.

Historienne et avocate de formation, Mme Charleston a donné des cours sur les études de genre à l’université du Wisconsin, selon sa biographie à Harvard, qui la décrit comme « l’une des principales expertes nationales en matière de diversité ». Le site précise que son travail consiste à « traduire la recherche sur la diversité et l’inclusion en actions concrètes pour les étudiants, le personnel, les chercheurs, les boursiers postdoctoraux et les professeurs de couleur ».

Les experts qui ont examiné les allégations contre Charleston ont déclaré qu’elles allaient d’un plagiat mineur à une possible falsification de données et qu’elles justifiaient une enquête. Certains ont également affirmé que Charleston avait commis un péché scientifique plus grave que Gay, l’ancienne présidente de Harvard, qui a démissionné en janvier après avoir été accusée d’avoir repris de longs passages d’autres auteurs sans les attribuer correctement.

Les articles qui omettent quelques citations ou guillemets reçoivent rarement plus qu’une correction, selon les experts. En revanche, lorsque les chercheurs recyclent de grandes parties d’une étude antérieure — en particulier ses données ou ses conclusions — sans les citer, l’article ainsi reproduit est souvent rétracté et peut même enfreindre la loi sur le droit d’auteur.

Cette infraction, connue sous le nom de « publication en double », est typiquement une forme d’auto-plagiat dans laquelle les auteurs republient d’anciens travaux dans le but d’étoffer leur CV. Dans le cas présent, l’article dupliqué ajoute deux nouveaux auteurs, Sherri Ann Charleston et Jerlando Jackson, qui n’ont pas participé à l’original, ce qui leur permet de s’attribuer le mérite de la recherche et de se rendre complices de l’escroquerie.

« Sherri Charleston semble avoir utilisé les recherches de quelqu’un d’autre sans attribution appropriée », a déclaré Steve McGuire, ancien professeur de théorie politique à l’université de Villanova, qui a examiné les articles de 2012 et de 2014.

Un cinquième de l’article de 2014, y compris les deux tiers de sa section « résultats », a été publié dans l’étude de 2012, selon la plainte, et trois réponses d’entretien sont identiques dans les deux articles, ce qui suggère qu’elles proviennent de la même enquête.

Selon Lee Jussim, psychologue social à l’université Rutgers, « il est essentiellement impossible que deux personnes différentes dans deux études différentes produisent la même citation ». Dans le meilleur des cas, les auteurs se sont trompés et ont mélangé des interviews réalisées dans le cadre de deux enquêtes distinctes, qui impliquaient toutes deux 37 participants présentant exactement le même profil démographique. Dans le pire des cas, les auteurs ont commis une falsification de données en faisant passer d’anciennes réponses à l’enquête pour de nouvelles, ce qui constitue une infraction distincte et plus grave.

Le Journal of Negro Education n’a pas répondu à une demande de commentaire. Sherri Ann Charleston, LaVar Charleston et Jerlando Jackson n’ont pas répondu aux demandes de commentaires du FreeBeacon.

La plainte déposée lundi sous le couvert de l’anonymat intervient alors que Harvard est confrontée à des questions concernant l’intégrité de ses partenaires de recherche et l’idéologie de ses bureaucrates de la diversité, dont la plupart dépendent du bureau tentaculaire que Sherri Ann Charleston supervise.

Le Dana-Farber Cancer Institute, l’un des trois hôpitaux universitaires de la Harvard Medical School, a annoncé en janvier qu’il allait rétracter six articles et en corriger des dizaines d’autres après que certains de ses cadres supérieurs ont été accusés de manipulation de données. Cette nouvelle fait suite à un essai viral dans lequel Carole Hooven, biologiste à Harvard, décrit comment elle a été chassée de son poste d’enseignante par le comité de diversité de son département après avoir déclaré lors d’une interview qu’il n’y a que deux sexes.

L’université Harvard fait également l’objet d’une enquête du Congrès sur sa gestion de l’antisémitisme et sur sa réponse aux allégations de plagiat à l’encontre de Gay, que Harvard a d’abord tenté d’étouffer par des coups de sabre juridiques. La moitié des travaux publiés par Mme Gay contenaient des éléments plagiés, allant de simples phrases à des paragraphes entiers, certains des plagiats les plus graves ayant été relevés dans sa thèse. Bien que Mme Gay ait quitté ses fonctions de présidente le 2 janvier, elle reste membre permanent de la faculté et perçoit un salaire annuel de 900 000 dollars.

mardi 2 janvier 2024

M à j : elle démissionne et crie au racisme (Solidarité — Controversée présidente de Harvard maintenue grâce à Obama ?)

La présidente de l'université américaine Harvard, Claudine Gay, a annoncé mardi démissionner, après des accusations de plagiat et une audition tendue au Congrès sur la lutte contre l’antisémitisme dans les campus.

« C’est le cœur lourd, mais avec un profond amour pour Harvard que je vous écris pour vous annoncer que je vais quitter mon poste de présidente », a déclaré Claudine Gay, 53 ans, dans une lettre de démission publiée mardi.

Cette professeure de sciences politiques – devenue en juillet la première présidente noire de l’université Harvard, située près de Boston – était ces dernières semaines sous le feu des critiques. Elle détient ainsi le mandat de présidente le plus court de l'histoire de Harvard.

Elle était visée par des accusations de plagiat liées à ses travaux universitaires et par des critiques liées à ses réponses, lors d’une audition parlementaire sur la lutte contre l’antisémitisme sur les campus. Notons que dans le monde de Harvard (voir ci-dessous), le plagiat de la part d'une présidente d'origine haïtienne devient du « langage dupliqué » pour finit encore plus euphémisé en « faux pas ». Nouveaux exemples de plagiats découverts ces derniers jours.

Depuis l’attaque sanglante du Hamas en Israël le 7 octobre, suivie de représailles meurtrières de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, le conflit déchaîne les passions dans les universités américaines les plus renommées.

Mardi 5 décembre, dans une ambiance tendue, Claudine Gay et ses homologues de l’université de Pennsylvanie et du Massachusetts Institute of Technology, Elizabeth Magill et Sally Kornbluth, avaient répondu cinq heures durant aux questions d’élus de la Chambre des représentants.

Lorsque Mme Stefanik avait demandé si « appeler au génocide des juifs violait le règlement sur le harcèlement à Harvard, oui ou non ? », Mme Gay avait répondu : « Cela peut, en fonction du contexte », avant d’ajouter : « Si c’est dirigé contre une personne. »

Leurs réponses, devenues virales, ont provoqué un tollé jusqu’à la Maison-Blanche, dont un porte-parole, Andrew Bates, a jugé « incroyable que cela doive être dit : les appels au génocide sont monstrueux ».

«Il a été compliqué de voir le doute planer quant à mes engagements à faire face à la haine et à respecter la rigueur académique... et effrayant de faire l'objet d'attaques personnelles et de menaces alimentées par du racisme», a expliqué Claudine Gay dans sa lettre de démission. Vieille technique pour détourner l'attention, inverser les rôles et jouer la victime. Mais le "racisme" explique-t-il pourquoi la présidente de l'Université de Pennsylvanie, Liz Magill, blanche elle, a également démissionné après le même genre de déclarations devant Mme Stefanik ? À moins que ce soit alors du sexisme ?

Claudine Gay est une descendante d'immigrants haïtiens aux États-Unis ; ses parents se sont rencontrés à New York alors qu'ils étaient étudiants.


 

Billet du 28 décembre sur la solidarité ethnique et le soutien actif de Barack Obama

Selon le New York Post, l’ancien président Barack Obama a secrètement fait pression sur les responsables de l’université de Harvard pour qu’ils soutiennent la présidente Claudine Gay, alors qu’elle est poussée à démissionner pour avoir cautionné l’antisémitisme sur le campus de son université et pour avoir commis des plagiats dans la rédaction de sa thèse.

Barack Obama (à gauche), Mme Gay (à droite)

M. Obama, 62 ans, diplômé de la faculté de droit de Harvard en 1991, a demandé en privé à l’université de laisser Mme Gay en poste après son témoignage du 5 décembre devant la commission de l’éducation et du travail de la Chambre des représentants, lors duquel elle a déclaré que les appels au génocide des juifs pouvaient être autorisés par le code de conduite de l’université, selon le « contexte ».

« Il semble que l’on ait demandé aux gens de resserrer les rangs pour préserver la stabilité de l’administration dans son ensemble, y compris sa composition », a déclaré une source au Jewish Insider à propos des efforts dissimulés de l’ancien président.

Le rapport ne précise pas si cet effort s’est poursuivi après que les compétences de Mme Gay ont été remises en question en raison de son témoignage sur des dizaines de cas de plagiat présumés.

Une porte-parole d’Obama n’a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire. Harvard a refusé de commenter l’affaire auprès de Jewish Insider.

Le sort de Mme Gay est en partie entre les mains de Penny Pritzker, ancienne secrétaire d’État au commerce de Barack Obama, membre d’une grande famille de Chicago — son frère est le gouverneur de l’Illinois J. B. Pritzker — qui est membre de la Harvard Corporation, la plus haute instance dirigeante de l’université, qui a récemment examiné les publications universitaires de la présidente Gay pour y déceler des preuves de plagiat.

Mme Gay a déclaré au Boston Globe : « Je suis convaincue de l’intégrité de mon travail universitaire. Tout au long de ma carrière, j’ai veillé à ce que mes travaux universitaires respectent les normes académiques les plus strictes ».

Harvard a annoncé que des « exemples de duplication de langage sans attribution appropriée » avaient été trouvés dans la thèse de doctorat de M. Gay en 1997, à la suite d’un examen effectué par un sous-comité de quatre personnes de la Corporation.

Le même jour, la commission de l’éducation de la Chambre des représentants a envoyé une lettre à Mme Pritzker pour demander à l’université de lui remettre des documents internes sur sa gestion du scandale, après avoir lancé une enquête antérieure sur l’antisémitisme à Harvard.

« Si une université est prête à fermer les yeux et à ne pas demander des comptes à ses professeurs pour des comportements scientifiques malhonnêtes, elle dévalorise sa mission et la valeur de son enseignement », a écrit la présidente de la commission, la députée Virginia Foxx (R-NC).

« Les étudiants doivent être évalués équitablement, selon des normes connues, et ont le droit de voir que les professeurs le soient aussi. »

Au cours de l’audition, la députée Elise Stefanik (R-NY) a reproché à Mme Gay, à la présidente du Massachusetts Institute of Technology, Sally Kornbluth, et à la présidente de l’Université de Pennsylvanie, Liz Magill, d’avoir refusé de dénoncer les manifestations antisémites qui se déroulaient sur leurs campus.

Chacun a souligné que les discours antisémites — y compris les appels au génocide des Juifs — n’enfreignaient pas nécessairement les politiques universitaires et dépendaient du contexte.

Magill a démissionné une semaine après l’audition, tandis que Gay et Kornbluth sont restés à leur poste.

Mme Pritzker, diplômée de Harvard en 1981, a été nommée senior fellow de la Corporation en 2022 après avoir fait don de 100 millions de dollars à l’université — et elle a dirigé le comité de recherche qui a nommé Mme Gay comme nouvelle présidente de l’école l’année dernière.

Lors de l’annonce de ce choix en décembre 2022, elle a fait l’éloge de Mme Gay en la qualifiant de « dirigeante remarquable profondément dévouée au maintien et à l’amélioration de l’excellence académique de Harvard ».

À la suite de nouvelles allégations de plagiat à l’encontre de la présidente, de nombreux universitaires ont demandé la démission de Claudine Gay, en plus de ceux qui l’ont demandée après son audition au Congrès, notamment un professeur dont la présidente de Harvard aurait copié les travaux.

« Virez Claudine Gay sans délai », a déclaré Carol Swain, professeur de sciences politiques à l’université Vanderbilt, sur X. « Elle peut être relevée de ses fonctions jusqu’à ce que les conditions [de son renvoi] soient négociées. Engagez le meilleur homme ou la meilleure femme qui puisse ramener l’université à la raison ».

Mme Swain a déclaré que Mme Gay avait repris des parties d’un livre qu’elle avait publié en 1993 et d’un article qu’elle avait écrit en 1997 sans les citer.

John McWhorter, chroniqueur au New York Times et professeur de linguistique à l’université de Columbia, a également demandé à Mme Gay de démissionner. Il estime que les plus de 40 cas d’attribution incorrecte dans ses travaux scientifiques « rendent insoutenable son maintien en fonction ».

Mme Pritzker n’a pas encore réagi publiquement à la controverse, mais les membres du conseil d’administration de la Harvard Corporation ont déclaré, le 12 décembre, qu’ils « réaffirmaient » leur soutien à la direction de Mme Gay.

Toutefois, le gestionnaire de fonds spéculatifs et milliardaire Ken Griffin a déclaré au New York Times que Mme Pritzker, qui est juive, avait convenu en privé que la réaction de Harvard à l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre avait été tiède et qu’une déclaration de solidarité avec Israël s’imposait.

Entre-temps, les fidèles partisans de l’école ont suspendu des centaines de millions de dollars de dons en raison de la décision de Mme Gay de soutenir les groupes d’étudiants qui accusent l’État juif des atrocités commises par le Hamas.

Source : New York Post

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mardi 15 août 2023

Professeurs d'université reviennent aux examens papier, aux dissertations manuscrites et aux oraux pour lutter contre l'utilisation du ChatGPT

  • Les éducateurs ne savent toujours pas quoi faire du ChatGPT d’OpenAI.
  • Alors que certains professeurs l’ont adopté comme outil, d’autres trouvent des moyens de lutter contre son utilisation.
  • Certains optent pour des examens écrits et des dissertations personnelles afin de réduire la tricherie.
Le nombre croissant d’étudiants qui utilisent le programme d’intelligence artificielle ChatGPT comme raccourci dans leurs cours a conduit certains professeurs d’université à reconsidérer leurs plans de cours pour le prochain semestre d’automne.


Le programme ChatGPT d’OpenAI progresse chaque jour. Le robot conversationnel a obtenu la meilleure note à un examen de Biologie de placement avancé (donné à la fin du secondaire) et a réussi une première année à Harvard avec une moyenne générale de 3,34 (sur 4, proche d’un A —).

Depuis son lancement, les enseignants, les administrateurs et les étudiants s’interrogent sur le rôle de l’IA dans l’éducation. Si certaines écoles ont choisi d’interdire purement et simplement l’utilisation de ChatGPT, d’autres explorent les moyens d’en faire un outil d’apprentissage.

Alors que les vacances d’été touchent à leur fin, certains professeurs d’université cherchent désormais des moyens de lutter contre l’utilisation de l’IA générative, en rendant leurs examens « à l’épreuve de ChatGPT », selon un article de Fortune et de l’Associated Press.

Poser aux étudiants des questions telles que « Dites-moi en trois phrases ce qu’est le cycle de Krebs en chimie » ne fonctionnera plus. Cela ne fonctionnera plus, car ChatGPT recrachera une réponse parfaitement correcte à cette question », a déclaré à Fortune Bill Hart-Davidson, doyen associé du College of Arts and Letters de l’université de l’État du Michigan.

Des professeurs inquiets ont déclaré à Business Insider qu’ils prévoyaient de revenir aux devoirs manuscrits et aux examens oraux pour éviter l’utilisation de l’IA générative.

« Je prévois être médiéval avec les étudiants et de revenir aux examens oraux », a déclaré Christopher Bartel, professeur de philosophie à l’Appalachian State University, à Business Insider en janvier. « Ils peuvent générer du texte par IA toute la journée dans leurs notes s’ils le souhaitent, mais s’ils doivent être capables de le prononcer, et ça, c’est une autre paire de manches. » Dans certains pays européens, cette tradition ne s’est pas perdue y compris dans les sciences. Une bonne partie des examens dès les premières années étant des oraux (en « colloque singulier » comme on dit en médecine).
 
Examen oral en médecine

 
Un professeur d’écriture canadien a déclaré à Fox News qu’il envisageait de personnaliser davantage les devoirs afin de réduire l’utilisation du ChatGPT dans les dissertations.

Les changements apportés aux devoirs scolaires interviennent alors que les enseignants s’interrogent sur la meilleure façon d’intégrer les outils d’IA dans leurs classes. Alors que certains professeurs demandent à leurs étudiants d’utiliser ChatGPT pour générer des idées de projets, certaines écoles ont carrément interdit l’utilisation de l’IA pour éviter les cas de malhonnêteté académique.

L’utilisation de ChatGPT a chuté de près de 10 % entre mai et juin, et certains techniciens pensent que c’est parce que la plupart des étudiants sont partis en vacances d’été. Si les étudiants sont les principaux utilisateurs du programme, les experts pensent que cela pourrait causer des problèmes à OpenAI.

« Si ce sont des écoliers, c’est un véritable signal d’alarme quant à l’importance du prix », a déclaré l’analyste Internet Mark Shmulik à Business Insider. « Si la baisse du ChatGPT est ebin due aux étudiants en vacances d’été, cela implique un public plus restreint et moins de cas d’utilisation. »

Malgré la controverse, certains enseignants utilisent eux-mêmes des robots d’intelligence artificielle pour rationaliser leur travail. Shannon Ahern, professeur de mathématiques et de sciences dans un lycée de Dublin, a expliqué à Business Insider qu’elle utilisait ChatGPT Plus pour rédiger des plans de cours, générer des feuilles d’exercices et trouver des questions de quiz, ce qui lui a permis de gagner des heures de travail.

En ce qui concerne la tricherie, certains enseignants ne voient pas les choses changer, avec ou sans l’IA.

« Je craignais que mes élèves ne l’utilisent pour tricher et plagier », explique Mme Ahern. « Mais je me suis souvenue que les élèves ont toujours triché, qu’il s’agisse de copier les devoirs d’un camarade de classe ou de demander à un frère ou une sœur de rédiger une dissertation, et je ne pense pas que le ChatGPT changera cela.

lundi 1 mai 2023

Québec accuse de nombreux immigrants d’avoir menti sur leurs compétences linguistiques en français

Québec accuse de nombreux immigrants d’avoir menti sur leurs compétences linguistiques et les recale lors d’une entrevue orale, en dépit d’une preuve attestant qu’ils ont déjà réussi le niveau requis en français, a appris Le Devoir. Plusieurs d’entre eux peuvent même être « bannis pour cinq ans » du processus de sélection du Québec, dénoncent des avocats. Ces derniers — et leurs clients — déplorent ce qu’ils qualifient d’acharnement de la part du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). 

Le Devoir s’est entretenu en français, à l’oral et à l’écrit, avec plusieurs candidats à l’immigration n’ayant pas le français comme langue maternelle qui ont été convoqués à une entrevue. Il préserve leur anonymat pour ne pas nuire à leurs démarches. Le Devoir ne donne pas son appréciation du niveau de compétence en français des gens avec qui il a parlé.

D’origine chinoise, Chang déplore la façon dont il a été traité par le MIFI, qu’il qualifie d’« arrogant » et d’« irresponsable ». Le jeune homme a fait une maîtrise dans une université anglophone d’ici et dit être « tombé en amour » avec le Québec. Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) lui permettait de réaliser son rêve d’immigrer, mais il devait apprendre le français et obtenir l’équivalent du fameux « niveau 7 » sur l’Échelle québécoise des niveaux de compétence en français. Au printemps 2022, après avoir réussi tous les tests de français oraux et écrits agréés par le MIFI, il a demandé le Certificat de sélection du Québec (CSQ), le précieux sésame lui permettant de demander la résidence permanente au gouvernement fédéral. 

Or, son rêve s’est effondré lorsqu’il a été convoqué quelques mois plus tard à une entrevue de contrôle par le ministère de l’Immigration du Québec. Celui-ci lui a dit avoir des raisons de croire qu’il avait soumis des « documents faux ou trompeurs » pour attester de son niveau de français, ce que nie le principal intéressé. Au terme de l’entretien, qui « s’est très mal passé », Chang s’est vu octroyer un niveau 4. 

Dans la lettre du MIFI, on l’informe aussi que sous prétexte qu’il a menti sur ses compétences en français, toute nouvelle demande qu’il voudrait soumettre pourrait ne pas être évaluée, et ce, pour les cinq prochaines années. « J’étais dévasté », a-t-il dit. En 2016, des soupçons de fraude et de production de faux documents avaient mené l’Unité permanente anticorruption à ouvrir une enquête, ont révélé des documents de cour. C’est ce qui avait incité le ministère de l’Immigration du Québec à prendre les devants et à vérifier davatange le niveau de français oral des candidats au PEQ en les convoquant pour un entretien. D’après les données du MIFI, plus de 2000 personnes se sont soumises à cette entrevue depuis l’automne 2016. Les convocations ont connu une augmentation et sont en voie de rattraper le niveau prépandémique. Quant au taux d’échec, il varie beaucoup, allant de 16 % à 84 % selon les années. 

Source

samedi 4 mars 2023

Universités et publications — ChatGPT fait peur aux chercheurs

Le rédacteur en chef de la revue Science, Holden Thorp (ci-contre), a rappelé que la prestigieuse revue scientifique a décidé « d’interdire l’utilisation de ChatGPT pour la rédaction d’études » publiées par le périodique.

Lors d’une conférence de presse, le rédacteur en chef de la revue Science, Holden Thorp, a croisé le fer avec la responsable de l’éthique de l’intelligence artificielle (IA) chez IBM, Francesca Rossi.

« Nous avons pris la décision fin janvier d’interdire l’utilisation de ChatGPT pour la rédaction d’études que nous publions, a rappelé M. Thorp. Il y a 20 ans, nous n’avons pas réagi quand Photoshop a permis de modifier des photos de manière réaliste. Résultat, maintenant, nous passons beaucoup de temps à arbitrer entre des chercheurs qui s’accusent de manipulation d’images. Nous avons décidé d’être plus prudents avec l’IA. »

De son côté, Mme Rossi, qui dirige l’Association pour l’avancement de l’intelligence artificielle, a défendu sa décision de permettre aux revues de cette association d’accepter l’utilisation de ChatGPT. « Il vaut mieux que ce soit transparent, a dit Mme Rossi. De toute façon, bientôt ce sera difficile à détecter. Nous avons tracé la limite à l’inclusion de ChatGPT comme coauteur. »

Car Nature révélait fin janvier que quatre études publiées ce mois-là nommaient le logiciel comme coauteur : deux études américaines sur l’utilisation de ChatGPT dans les écoles de médecine et de sciences infirmières, une revue de littérature hongkongaise sur l’utilisation d’un immunosuppresseur pour accroître la longévité humaine, et une étude de neurobiologistes sur la capacité de ChatGPT à écrire sur lui-même.

Pour le moment, ChatGPT ne permet pas de produire une publication scientifique parce que le logiciel ne donne pas ses sources. Mais Microsoft travaille justement à une version qui les fournira, selon Mme Rossi.

En marge de la conférence de presse, à la question de savoir si une version avec sources de ChatGPT pourrait produire la recension de la littérature scientifique qui forme généralement la première section d’une étude rapportant des résultats expérimentaux, M. Thorp a répondu : « Je ne vois pas ce qui l’empêcherait. Mais c’est très peu souhaitable, selon moi, parce qu’on ne sait pas quels seront les biais du logiciel. Il importe pour moi que l’humain reste au cœur de la recension de la littérature. »

M. Thorp pense que ChatGPT pourrait aussi se charger des deux dernières sections d’un article scientifique typique, la discussion des résultats et la conclusion résumant les principales leçons des données expérimentales.

« C’est exactement ce pour quoi le logiciel a été conçu, a dit M. Thorp. Mais il faut que l’humain soit celui qui interprète les résultats. »

Accepterait-il qu’un chercheur demande à ChatGPT d’améliorer une publication déjà rédigée ? « Si on ouvre la porte à cela, on n’aura plus aucun contrôle, répond-il. La science est basée sur la confiance [honor system]. Si on se rend compte qu’une personne a utilisé ChatGPT, ce serait un cas de fraude scientifique, comme la manipulation significative d’images par Photoshop. »

Francesca Rossi a quant à elle fait valoir durant la conférence de presse que les chercheurs dont l’anglais n’est pas la langue première pourraient bénéficier de ChatGPT. « Ça pourrait éliminer certaines barrières pour les chercheurs issus de la diversité », a-t-elle dit. La traduction automatique s'améliorant sans cesse (surtout sur des textes au vocabulaire précis de type scientifique), on est en droit de se demander si la connaissance des langues étrangères (de l'anglais) sera encore longtemps nécessaire pour faire de la science de haut niveau.

Chose certaine, les revues savantes regorgent d’essais sur la question. Et il y a aussi des études créées avec ChatGPT sans qu’il soit désigné comme coauteur. Par exemple, des professeurs de gestion irlandais ont demandé à ChatGPT de rédiger un projet d’étude empirique sur les cryptomonnaies. ChatGPT a suggéré d’étudier le lien entre l’engouement des investisseurs pour les cryptomonnaies et la performance des marchés boursiers.

L’étude irlandaise, publiée dans les Finance Research Letters, conclut que ChatGPT a des forces et des faiblesses par rapport aux différentes étapes de la recherche scientifique. Elle était intitulée L’hypothèse Bananarama, en l’honneur d’une chanson du groupe féminin des années 1980. Le titre de cette chanson, It Ain’t What You Do (It’s the Way That You Do It), reprise d’un classique du jazz, fait écho au fait qu’un outil peut être utilisé de manière positive ou néfaste selon les circonstances, estiment les auteurs irlandais.

samedi 14 janvier 2023

Trahis par leur orthographe et grammaire trop parfaites : 50 % des devoirs en maîtrise rédigés par une intelligence artificielle

Nombre de mots, syntaxe, anecdotes, grammaire et orthographe… De nombreuses similitudes ont alerté cet enseignant qui n’en revient pas. Le phénomène de recours à cette intelligence artificielle pourrait être généralisé.


C’est un devoir maison dont les copies étaient beaucoup trop ressemblantes. Stéphane Bonvallet, professeur à la fac de Lyon (Rhône) a remarqué que la qualité des devoirs rendus par ses élèves de maîtrise a changé, rapportent nos confrères du Progrès.

En recoupant les similitudes dans la rédaction, les réponses, les anecdotes utilisées par les copies des élèves, il a pu démasquer une grande opération de triche puisque 50 % des copies étaient rédigées par l’intelligence artificielle ChatGPT. Si les copies n’étaient pas exactement identiques, 7 des 14 élèves de cet enseignant d’université en handicapologie se recoupaient. Ils devaient répondre au sujet : « Définir les grands traits de l’approche médicale du handicap en Europe ».

« Il ne s’agissait pas de copier-coller. Mais les copies étaient construites exactement de la même manière, raconte-t-il au Progrès. On y retrouvait les mêmes constructions grammaticales. Le raisonnement était mené dans le même ordre, avec les mêmes qualités et les mêmes défauts. Enfin, elles étaient toutes illustrées par un exemple personnel, relatif à une grand-mère ou un grand-père… Il semblait donc évident que ces copies n’étaient pas normales ».

Le phénomène serait global

Après avoir écarté la thèse d’un plagiat d’un site Internet, Stéphane Bonvallet admet toutefois ne pas avoir « tout de suite compris de quoi il s’agit ». Il compte le même nombre de mots dans les réponses et aussi « très peu de fautes d’orthographe, très peu de fautes de grammaire, ce qui correspond peu à la réalité », glisse-t-il à France Inter.

Il a alors décidé de questionner l’une de ses élèves, dont le devoir rendu était suspect. L’embarras de son visage l’a poussé à tout confesser. « Elle m’a avoué que 50 % des élèves de la classe s’étaient servi de l’intelligence artificielle ChatGPT pour rédiger leur copie. Apparemment, ils s’étaient passé le mot sur les réseaux sociaux ».

Il dit être alors tombé des nues, « n’ayant jamais pensé cette intelligence artificielle capable d’être aussi performante (…) notamment en rédigeant un devoir qui méritait la note moyenne ». Ne trouvant pas de sanction évoquant cette possibilité dans le règlement de l’université, il a décidé de mettre la même note de 11,75 aux sept élèves concernés.

Il dit avoir averti la direction à qui il a remis les copies. Une « enquête » a été ouverte. « Cette pratique pose un véritable problème d’intégration des savoirs, car les élèves n’ont plus besoin d’effectuer la moindre recherche pour composer », s’inquiète Stéphane Bonvallet. D’autant plus qu’après avoir échangé de cette nouvelle « triche » avec ses collègues, beaucoup l’ont assuré avoir à faire à des « copies louches » depuis plusieurs semaines. Les lycées seraient notamment les plus exposés. « Je ne sais pas comment cela va se régler. Mais il va falloir trouver rapidement une solution… », termine l’enseignant.

Source : Le Parisien


samedi 24 décembre 2022

ChatGPT, l’intelligence artificielle qui inquiète les profs : « Elle réussit l’examen d’entrée pour les ingénieurs ! »

ChatGPT : c’est le nom de la nouvelle intelligence artificielle qui agite le monde de la « tech ». Pourtant, elle n’est qu’au stade de développement. Pourquoi alors en parle-t-on tellement et qu’est ce qui explique son succès ?

Elle a déjà gagné 1 million d’utilisateurs en 1 semaine. Premièrement, parce qu’il y a Elon Musk derrière. Deuxièmement, parce que chacun peut tester derrière son écran d’ordinateur cette version bêta. Troisièmement : parce qu’on a tenté l’expérience et que c’est bluffant.

Exemple de requête à ChatGPT (faite en français) et sa réponse (en français)

 Alors c’est quoi exactement ?

Imaginez que vous avez une question précise et que vous voulez avoir une réponse dans la seconde. C’est ce que propose ChatGPT : plus besoin de chercher des heures sur internet. Et puis et surtout, l’intelligence vous pond un texte, bien rédigé, sur des questions qui sont parfois existentielles. ChatGPT n’est pas sans faille : elle ne peut évidemment pas prédire l’avenir et ses compétences se limitent au savoir acquis. Plus intéressant qu’un Google, elle permet d’écrire en clic de souris des dissertations ou de la poésie avec le nombre de mots que vous souhaitez.

Un exemple de question : L’intelligence artificielle va-t-elle remplacer l’être humain ?

Réponse de ChatGPT : « Il est vrai que l’intelligence artificielle est en train de devenir de plus en plus avancée et qu’elle pourrait un jour être capable de remplacer l’être humain dans certaines tâches. Cependant, il est important de garder à l’esprit que l’IA ne peut pas remplacer l’être humain dans toutes les situations. Les êtres humains ont des qualités uniques, comme l’empathie et la créativité, qui ne peuvent pas être reproduites par l’IA. De plus, il est important de veiller à ce que l’IA soit utilisée de manière éthique et responsable pour ne pas nuire aux êtres humains. »

Une aide à la triche

Et puis — vous me voyez venir —, c’est un bon moyen pour certains de gagner du temps, pour les étudiants de composer un travail de fin d’année en un clic de souris. Nous avons fait l’exercice sur une dissertation de 6e secondaire.

Autre requête (il n’y a pas d’exemples précis dans ce cas…)

 

Résultat : l’intelligence artificielle a reçu la cote de 5 sur 5. « J’ai toutefois repéré que c’était écrit par un ordinateur : le style, le peu de fautes d’orthographe (sic), le manque d’humour ou de prise de position », nous explique Lionel Dohet-Eraly, professeur de français. « Mais à part cela, c’est excellent. Il faudra être attentif et se réinventer : demander des dissertations plus créatives aux étudiants. »

« Il réussit l’examen d’entrée pour les ingénieurs ! », constate Axel Legay, professeur d’informatique à l’Université catholique de Louvain. « En tout cas, je crois que cela signe la mort des examens à distance, comme on le faisait pendant le Covid. »

ChatGPT est capable d’écrire de petits programmes simples. Il est nettement moins bon quand l’énoncé est plus compliqué. Exemples ci-dessous de programmes produits erronés.

 

Il faudra que les profs soient vigilants. Oui, mais comment ? En vérifiant sur ChatGPT ? Ce sera compliqué. Il faudra également être attentif pour qu’elle ne diffuse pas de fausses informations, ou, qui sait, qu’elle crée de nouvelles arnaques via des personnes malintentionnées.

Source : RTBF

Autres exemples :

lundi 13 juin 2022

Pour la sixième année consécutive, l’Algérie est privée d’Internet pour cause de Bac.

Pour la sixième année consécutive, l’Algérie est privée d’Internet pour cause de bac. Les épreuves de l’examen de fin du cycle secondaire ont démarré ce dimanche 12 juin et les principaux services de messagerie et les réseaux sociaux étaient inaccessibles dès la matinée.

La promesse de ne pas bloquer la connexion cette année n’a pas été tenue. Même la connexion filaire a été perturbée.

La mesure a été prise pour éviter la triche. L’avènement d’Internet et des réseaux sociaux fait craindre aux autorités une fraude massive et une fuite des sujets à grande échelle. Depuis quelques années, l’obsession de lutter contre la triche a pris le dessus sur le reste, bien que les épisodes de grande fuite des sujets ne soient pas très fréquents.

Le plus mémorable est celui de 1992. À l’époque, ni Internet ni la téléphonie mobile et ses terminaux n’existaient pas encore mais l’examen a dû être refait à cause de l’ampleur de la fraude. D’où les critiques qui ciblent les mesures actuelles de blocage de la connexion.

Le scénario de 1992 est la preuve que les méthodes « classiques » de triche peuvent être aussi, sinon plus, dévastatrices que ce que permettent aujourd’hui les nouvelles technologies.

De plus, des techniques existent pour limiter les velléités de fraude, ou même les annihiler, comme l’interdiction des terminaux dans les salles d’examen et le brouillage du réseau dans les environs le temps que durent les épreuves. Mais c’est, semble-t-il, le « risque zéro » qui est recherché, un objectif pas évident à atteindre ni dans les examens scolaires ni dans d’autres domaines.

L’Algérie a aussi durci sa législation en la matière. Un amendement du Code pénal effectué en 2020 prévoit des peines de prison allant jusqu’à 10 ans pour toute tentative de fraude ou de fuite des sujets, et jusqu’à 15 ans si la fuite cause l’annulation partielle ou totale de l’examen.

Un problème de fond

Cette année les autorités ont frappé très fort contre des responsables indélicats pris la main dans le sac à l’occasion des épreuves du Brevet de l’enseignement moyen (BEM) qui ont eu lieu la semaine passée (du 6 au 8 juin).