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mardi 23 décembre 2025

Quand l’écologie radicale infiltre les écoles de commerce

Une récente étude d’un réseau pensant explique comment HEC, l’EM Lyon ou Sciences Po ont progressivement introduit l’enseignement d’une écologie décroissante et anticapitaliste au détriment des matières fondamentales.

Oui, oui, une école de commerce de France (il reste un petit drapeau français peu visible à côté du drapeau de la European Union of Brussels)

La France est-elle en train de former une génération de cadres qui considéreront comme un devoir moral de freiner, de contester ou de saboter les stratégies de croissance de leurs propres entreprises ? C’est ce que laisse entendre le Centre d’études et de recherches universitaires (Ceru), qui, dans une étude publiée début décembre, affirme que les grandes écoles de commerce françaises sont devenues des « foyers du radicalisme écologique ».

Dans cette note, le laboratoire d’idées, marqué à droite, explique comment HEC, l’ESSEC, l’ESCP, l’EM Lyon ou encore Sciences Po ont progressivement introduit l’enseignement d’une écologie décroissante et anticapitaliste au détriment des matières fondamentales que sont la gestion, la finance ou le marketing. « Ce basculement traduit une recomposition profonde. Le prestige universitaire traditionnel est supplanté par la conformité idéologique », alerte l’étude, qui, sans remettre en question l’urgence climatique, décrit « un tournant résolument écologique, jusqu’à repenser tous les programmes sous cet angle ».

En une dizaine d’années, les « business schools » [écoles de commerce en Hexagonal] ont bien changé. 

Dans ces temples de la formation au monde des affaires, l’étudiant se prête désormais aux incontournables ateliers Fresque du climat, mais aussi au Sulitest, un test du développement durable imaginé en 2014. Dans les enseignements, l’écologie et la « sustainability » [durabilité dans le jargon prétentieux de ces « business schools »] ont pris une place « démesurée », « une centaine d’heures par an, soit le tiers des enseignements », affirme l’auteur de cette note, Morgane Daury-Fauveau, présidente du Ceru et professeur de droit privé à Amiens. Elle a passé au crible les maquettes de l’offre de formation. Outre la profusion, elle pointe une idéologie à l’œuvre, avec l’enseignement d’« une écologie radicale, notoirement anticapitaliste ». « La mission première de l’enseignant est de développer l’esprit critique, pas de le paralyser. Les écoles de commerce, dont l’objet est fondamentalement l’enseignement sur la production de richesses, font la publicité de la décroissance ! », s’effare-t-elle.

dimanche 26 octobre 2025

L’exode des médecins québécois formés en anglais : une gabegie dénoncée depuis 2006

Alors que le gouvernement Legault vient de faire adopter sous bâillon une loi spéciale pour encadrer les médecins, la pénurie persiste, au grand désespoir de la population. Or, ce problème n’a rien de nouveau : un article paru dès 2006 tirait déjà la sonnette d’alarme, soulignant une gabegie parfaitement évitable dans la formation et la rétention des médecins au Québec. Les chiffres précis ont sans doute évolué depuis, mais les causes structurelles, elles, demeurent tristement inchangées. Ce qui suit est un résumé de l'article de 2006.

Une pénurie chronique malgré une formation abondante

Le Québec manque toujours de médecins — environ 1000 spécialistes et autant d’omnipraticiens, selon les estimations les plus récentes. Certaines régions, comme le Saguenay, en viennent même à signer des ententes pour attirer des praticiens étrangers. Paradoxalement, la province fait partie de celles qui forment le plus de médecins par habitant au Canada. Et malgré des investissements massifs, notamment les 3,6 milliards injectés dans les mégahôpitaux du CHUM et du MUHC, le déficit médical s’aggrave.

Un exode massif, particulièrement chez les diplômés de McGill

Dès 2006, les données montraient que le Québec offrait l’un des plus faibles taux de rétention de médecins au pays. Chaque année, plus de 75 praticiens quittaient la province, principalement pour l’Ontario et les États-Unis — un exode deux fois plus important qu’en Ontario. Contrairement à ce qu’on croit souvent, la rémunération n’était pas la seule cause. L’analyse révélait que l’immense majorité des départs provenait de l’Université McGill, alors que les diplômés des universités francophones — Montréal, Laval, Sherbrooke — restaient en grande partie au Québec.

En dix ans, plus de 550 diplômés de McGill avaient quitté la province, représentant près des deux tiers de tous les départs. À la fin de leurs études, environ la moitié des jeunes médecins mcgillois partaient exercer ailleurs, tandis que ceux issus des facultés francophones demeuraient, pour la plupart, au service du réseau québécois.
Au Québec, la formation d’un médecin représente un investissement majeur pour les contribuables, financé à plus de 90 % par l’État. Selon les données récentes du ministère de la Santé et des Services sociaux, former un médecin généraliste coûte environ 435 000 $ CAD, tandis que la formation d’un spécialiste varie entre 600 000 $ et 790 000 $ CAD, selon la durée de la résidence (5 à 7 ans). Ces montants, qui incluent les études universitaires et les salaires de résidence, reflètent une hausse due à l’inflation et aux investissements accrus dans les facultés de médecine. En 2024, des mesures comme le projet de loi 83 visent à garantir un retour sur cet investissement en obligeant les nouveaux médecins à pratiquer cinq ans dans le système public, sous peine de remboursement partiel.

Une erreur de politique publique connue depuis longtemps

La conclusion du rapport de 2006 était sans équivoque : en finançant massivement une université anglophone dont la majorité des diplômés s’en vont, le gouvernement québécois subventionne la formation de médecins pour l’Ontario et les États-Unis. Chaque médecin formé coûte environ 150 000 $ (en 2006, voir encadré pour une mise à jour des coûts)aux contribuables, mais une grande partie de cet investissement profite à d’autres systèmes de santé.

Pire encore, les autorités universitaires de McGill assumaient ouvertement ce rôle d’exportation de talents, se félicitant de former des médecins francophones « destinés à faire carrière aux États-Unis ». Cette tendance s’observe d’ailleurs dans d’autres domaines, comme la physique médicale, où de faibles taux de rétention à McGill ont forcé la création de programmes francophones au CHUM et au CHUQ pour combler les besoins locaux.

Une solution qui existe depuis vingt ans

L’article de 2006 proposait déjà un correctif simple : rééquilibrer les quotas et les investissements en faveur des facultés de médecine francophones, qui forment les médecins les plus susceptibles de rester. Ramener le taux d’exode de McGill à la moyenne des autres universités suffirait presque à combler le déficit migratoire des médecins québécois.

Presque vingt ans plus tard, cette « fuite des cerveaux » demeure l’un des secrets les plus coûteux du système de santé. Le Québec, en continuant à financer sans condition une université dont la majorité des diplômés quittent le territoire, forme toujours un médecin pour le prix de deux — et n’en garde qu’un.

mercredi 11 juin 2025

La chute de la maison Sciences Po

La Chute de la maison Sciences Po: extraits de l’enquête au cœur de la crise des élites. 
 
Dans un ouvrage dense et éclairant, Caroline Beyer raconte les vingt dernières années de la « fabrique des élites », prise aujourd’hui dans la tourmente. De la disparition de Richard Descoings à l’amphi « Gaza », elle retrace les événements et les décisions qui ont fait trembler l’institution. Caroline Beyer est grande reporter au Figaro . Son enquête «La Chute de la maison Sciences Po» est parue aux éditions du Cerf. 
 
Si Sciences Po fait tant parler d’elle, c’est qu’elle se plaît à alimenter son image d’école du pouvoir. Passage quasi obligé pour accéder à la haute fonction publique, elle compte parmi ses anciens une ribambelle de figures de la politique et du monde des affaires. Rue Saint-Guillaume se tiennent ainsi une multitude de conférences, données par des invités prestigieux. Parmi sa flotte d’enseignants vacataires, elle compte le Tout-Paris. Ici, les mythes et les codes sont soigneusement entretenus. Dans son hall d’entrée, se dresse la « Péniche », un grand banc en bois. 
 
Au coin de la rue Saint-Guillaume, Le Basile, brasserie appréciée des étudiants, semble résister au temps qui passe. Sciences Po a aussi ses « conférences de méthode », qui désignent les cours en petits groupes, et ses « académiques », qui ne sont rien d’autre que des professeurs. Mais à trop vouloir attirer l’attention, elle s’est brûlé les ailes. Avant la déflagration de l’amphi « Gaza », le bateau a régulièrement tangué, secoué par les démissions fracassantes de ses directeurs et les polémiques en tout genre. 
 
La crise de réputation s’est imposée comme une évidence avec les mobilisations propalestiniennes de 2024. Mais comment en est-elle arrivée là ? Rue Saint-Guillaume, les professeurs qui regrettent les grands esprits de Raymond Aron ou de René Rémond et l’époque où Sciences Po était un salon bourgeois, retournent cette question dans leur tête. Dans les cercles des anciens et au-delà, le mouvement militant étudiant interroge, même si l’école est connue pour son ancrage à gauche. Est-il le fait d’une jeunesse bourgeoise qui, en ce XXIe siècle, embrasse le combat pour la défense des minorités, emmené par l’extrême gauche nouvelle, ou le résultat de l’ouverture sociale et internationale ? Comment une minorité agissante a-t-elle pu occuper tant d’espace, au point d’incarner le visage de l’école des élites ? » 
 
Dans les lycées d’élite de la capitale, et surtout dans les lycées privés catholiques, s’installe le soupçon d’un recrutement idéologique, avec un « malus à l’élitisme » et au privé. Depuis 2021, le nombre d’admis venus de « Stan », fleuron de l’enseignement catholique parisien, oscille entre zéro et deux. Avant cela, ils étaient une petite dizaine. Alors que les témoignages se répandent dans les médias, le sujet scandalise aussi les cercles bourgeois. 

Le DRH d’une entreprise du CAC 40 se souvient des mots que l’associé d’un grand cabinet de conseil lui lâche, lors d’un dîner : «  Les élèves du privé sont blacklistés ! Tu te rends compte, ils n’ont pris aucun élève de Franklin depuis trois ans ! » « Jusque-là, Sciences Po était culturellement proche de cet établissement jésuite du 16e arrondissement », ajoute ce DRH, lui-même un ancien de l’école. Pour se défendre de l’accusation de « boycott » des lycées privés, l’école va jusqu’à tenir une conférence de presse, en août 2021. Le directeur, Mathias Vicherat, répétera ensuite qu’« aucune discrimination n’est faite envers les lycées privés ou l’origine géographique » et que, comme par le passé, 35 % des admis viennent du privé. 
 
Mais avec la nouvelle procédure d’admission et l’entrée de l’école sur la plateforme d’orientation vers le supérieur Parcoursup, qui lui a donné davantage de visibilité, l’origine géographique des admis est beaucoup plus hétérogène. Ce dont se félicite la direction. En 2024, les inscrits en première année viennent de 843 lycées différents en France et dans le monde, et seuls 22 % sont issus d’Île-de-France. « Avant, les épreuves écrites amenaient à Sciences Po les élèves des meilleurs lycées de France. Avec le dossier et l’injonction à la discrimination positive, on regarde Henri-IV, mais aussi le lycée d’Albi ! », résume un professeur. » 
 
«  Je vois passer des candidats qui aident les réfugiés, qui se battent pour la planète, qui militent pour l’égalité homme-femme. Je ne sais si ces dossiers sont sincères ou insincères, mais le recrutement est assurément marqué à gauche ! », constate pour sa part un professeur qui examine ces dossiers depuis plusieurs années. « Sciences Po a fait le choix d’une sélection à l’anglo-saxonne. Avant, lorsqu’on était admis, on était considérés comme des petits génies. L’art de la dissertation, de l’argumentation… Cela correspondait à l’esprit français, c’était prestigieux  », déplore un ancien, passé par le lycée du Parc à Lyon, qui travaille aujourd’hui au côté d’un député de la majorité présidentielle. « Je ne sais pas si le Sciences Po d’aujourd’hui m’aurait autant séduit », ajoute-t-il. Une école woke ? « Après l’assassinat de Samuel Paty, j’ai quand même eu une prof d’histoire qui nous avait expliqué qu’elle avait plus peur du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin que des terroristes ! », raconte Quentin Coton . 
 
«  En sociologie, il n’y a qu’un seul discours : la méritocratie n’existe pas. Mon histoire personnelle prouve le contraire, mais nous sommes bien obligés de nous conformer à ce postulat pour avoir de bonnes notes », raconte Pierre, en troisième année. Aujourd’hui diplômé de Sciences Po, Alexandre a pu constater le poids et le pouvoir de la sociologie à l’école. Lorsqu’il intègre Sciences Po, le jeune homme est admis dans la formation « scube », un double cursus ultra-sélectif, « pire que la prépa », qui permet de mener de front le parcours à Sciences Po et une formation scientifique à l’université Pierre-et-Marie-Curie. Sur les 40 élèves de sa promotion, trois ont ensuite intégré Polytechnique, tandis que deux autres ont rejoint Normale Sup. «  On suivait des cours de maths et de physique, tout en se formant aux politiques publiques », explique-t-il. Mais les choses prennent une allure bien différente lorsque Sciences Po charge un sociologue de revoir le cursus, à l’occasion d’un changement de partenaire universitaire. « Au lieu de faire des sciences dures en parallèle des sciences humaines, il a voulu faire de l’interdisciplinarité. C’est donc devenu des pseudosciences », regrette Alexandre, qui garde un souvenir intact d’un cours de sociologie sur les ponts aux États-Unis. « Le prof nous a expliqué que les ponts étant trop bas, ils rallongeaient les trajets des personnes qui prenaient le bus. Ces personnes étant issues des minorités, il y avait donc une volonté de discriminer. Conclusion : les ponts américains sont racistes ! De l’idéologie absurde », raconte-t-il, encore éberlué.

Une nouvelle tête qui tombe

Lorsqu’il arrive Rue Saint-Guillaume, Mathias Vicherat retrousse les manches de son impeccable costume tendance, pour s’attaquer comme il se doit aux « VSS » (violences sexistes et sexuelles, NDLR). Le directeur de 46 ans, qui se veut proche des préoccupations de la jeune génération, promet d’en faire « une priorité absolue ». Tout signalement déclenchera systématiquement une enquête de la cellule d’enquête interne préalable (CEIP), qui sera présidée par une magistrate. « Une formation aux VSS a été mise en place sur Zoom pour tous les élèves », raconte un étudiant. Las, le 4 décembre 2023, l’école et le Tout-Paris apprennent, stupéfaits, que Mathias Vicherat et sa compagne ont été placés en garde à vue, à l’issue d’une dispute aux portes du palace parisien Lutetia. Ils s’accusent mutuellement de violences conjugales. La « malédiction » a encore frappé la gouvernance de Sciences Po. De manière parfaitement lamentable. 
 
« C’est le wokisme qui se mord la queue, l’arroseur arrosé », ricanent alors les mauvais esprits de l’école. L’institution s’embrase. Le jusqu’alors sympathique directeur devient l’homme à abattre . Dès le lendemain, le campus de Paris est bloqué. Sa démission est exigée par les syndicats d’extrême gauche Solidaires, proche du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste), et l’Union étudiante. Cette dernière, sur le réseau social X s’explique : « Victime, on te croit. Nous ne pouvons avoir un directeur auteur de violence. » Dans le hall de l’école, des affiches représentant la silhouette noire de Mathias Vicherat sur fond orange sont placardées, appelant à son départ. La députée Europe Écologie-Les Verts (EELV) Sandrine Rousseau fait le déplacement à Saint-Germain-des-Prés pour soutenir les étudiants. L’association Garces de Sciences Po, qui se définit sur Instagram comme un « collectif féministe radical intersectionnel » agissant « en mixité choisie sans hommes », monte au front. » 
 
La communauté enseignante n’est pas en reste. Le département de sociologie réclame la tête de Vicherat. «  C’était une véritable chasse à l’homme. On ne pouvait pas faire entendre un discours de raison, témoigne un professeur de politique. Il ne pouvait que démissionner. Mais l’emballement de l’institution montrait à quel point elle était instable.  » Sur le groupe WhatsApp des enseignants vacataires, certains se déchaînent. «  Dès la garde à vue, ils piétinaient la présomption d’innocence  », rapporte un membre de cette boucle réunissant 250 personnes. Lorsque le tribunal rendra sa décision, un an plus tard, il condamnera Mathias Vicherat, mais aussi son ex-compagne : cinq mois de prison avec sursis pour lui, huit pour elle. La justice fera état d’«  une relation particulièrement dysfonctionnelle depuis de nombreux mois  ». 

Un avant et un après Gaza

«  Il y a eu un avant et un après Gaza.  » Lancinante, cette phrase revient, de la bouche de professeurs de Sciences Po, d’étudiants, mais aussi de recruteurs et d’anciens, qui occupent des postes clés dans une multitude de secteurs. Et qui se désespèrent. Les plus aveugles, ou les plus confiants, auront beau balayer cela d’un revers de main, l’assertion correspond à une réalité. Après l’affaire de l’amphi Boutmy rebaptisé « Gaza » en avril 2024, les vidéos et les images qui ont circulé dans les médias, agrémentées d’abondants commentaires de la classe politique, ont été dévastatrices pour la réputation de l’institution. Elles ont montré une école aux prises avec des militants masqués, martelant des slogans propalestiniens coiffés de keffiehs, et une direction dans l’impasse, incapable de gérer le désordre. » 
 
Si l’amphi « Gaza », les manifestations et les bloqueurs évacués par la police ont fait l’effet d’un séisme, c’est aussi la goutte d’eau dans une tempête qui semble plus vaste. Voilà une dizaine d’années que Sciences Po fait les gros titres de la presse avec sa valse des directeurs et ses coups successifs portés à l’élitisme à la française, qui ont eu pour point d’orgue la suppression de son concours. Dès mai 2024, sur le réseau social X, les publications sur la « démonétisation » du diplôme et des CV que les recruteurs jetteraient directement « à la poubelle » se multiplient. Ces employeurs du privé, ayant «  pris conscience qu’intégrer des Sciences Po est un risque  », seraient en train de les «  blackbouler », tandis qu’en parallèle beaucoup de diplômés iraient «  s’incruster dans la fonction publique  », peut-on lire, en substance, sur ce réseau social peu réputé pour sa nuance, mais à forte influence. 
 
Vers un nouvel horizon

Par-delà le brouhaha ambiant, c’est justement des dossiers de fond qui attendent le directeur. Depuis la suppression du concours écrit en 2021, les critères de sélection de l’école ont été vivement interrogés. Les lycées élitistes publics et privés, ainsi que la bourgeoisie parisienne se sont sentis mis de côté, et l’ont fait savoir dans leurs cercles d’influence. En octobre 2024, quinze jours à peine après sa prise de fonction, Luis Vassy annonce, dans une interview aux Échos, une réforme de la procédure d’admission. «  Nous recrutons les plus compétents, pas les plus militants », promet-il, à l’adresse des candidats de la session 2025. » 
 
 Les lettres sur l’engagement et le projet de l’étudiant, qui étaient jointes au dossier, n’auront plus cours. 
 
Demander à des élèves de 16 ans de démontrer leur engagement social, c’est « faire peser une responsabilité très lourde » sur leurs épaules et celles de leurs familles, estime-t-il. Les notes obtenues au bac de français, une épreuve nationale et anonyme, seront surpondérées à 60 %, contre tout juste 7 % à 8 % auparavant. Il s’agit de laisser moins de place au « contrôle continu », ces notes données au cours de l’année par les professeurs du lycée. Elles flirtent aujourd’hui avec de si hauts sommets qu’il devient difficile de distinguer les dossiers les plus performants. Avec ce petit changement qui pourrait faire évoluer à la marge les profils des candidats retenus, Sciences Po espère voir les choses bouger.
 
 
LA CHUTE DE LA MAISON SCIENCES PO
de BEYER CAROLINE,
publié aux éditions du CERF,
le 28 mars 2025,
à Paris,
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2204171298

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Sciences Po secouée par l’affaire Duhamel, Des étudiants veulent la démission du directeur de l’école Frédéric Mion. Il aurait eu vent des rumeurs d’inceste et de pédophilie homosexuelle visant le président de la Fondation nationale des sciences politiques.

En 2011, Sciences Po annonçait la suppression l'épreuve de culture générale. Richard Descoings, son directeur mort dans des circonstances sordides en avril 2012 aux États-Unis qu'il adulait, avait supprimé du concours d’entrée l’épreuve écrite de culture générale pour les titulaires d’une mention "Très Bien" au baccalauréat et instauré une procédure d’entrée "convention d’éducation prioritaire" [zone d'éducation prioritaire est un euphémisme pour banlieue immigrée] afin d'ouvrir «socialement» l’école.

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lundi 5 mai 2025

En France, le wokisme fait de la résistance

Après avoir été déprogrammé par son éditeur, Face à l’obscurantisme woke paraît enfin cette semaine aux Presses universitaires de France. Un livre collectif qui pourrait être un tournant dans la bataille culturelle qui se joue entre wokes et antiwokes. Alors que le wokisme reflue aux États-Unis, il fait de la résistance en France, où le président de la République souhaite accueillir des chercheurs américains.

Rarement un livre aura été autant vilipendé avant même sa parution. avant même que quiconque n’ait pu le lire. on dit que le monde de l’édition se nourrit de polémiques, mais Paul Garapon, qui dirige les Puf, le temple de l’édition universitaire, se serait bien passé de celle qu’a déclenchée l’annonce de la parution de Face à l’obscurantisme woke. Au point que l’éditeur, pourtant initiateur du projet, a hésité à censurer l’ouvrage, sans doute effrayé par la campagne médiatique orchestrée par une partie du monde journalistique et intellectuel de gauche.

Aux yeux des journalistes du Monde et de Libération, le seul titre du livre a suffi pour le disqualifier et instruire un procès en trumpisme et en poutinisme à ses auteurs. côté intellectuels, c’est l’historien Patrick Boucheron, professeur au collège de France et coauteur de la cérémonie d’ouverture des Jo de Paris, qui a décoché les premières flèches. Le vendredi 7 mars, lors d’une conférence de presse à l’occasion d’une journée de mobilisation contre les coupes budgétaires opérées par Donald Trump au sein de la recherche américaine, il s’indigne : « On trouve aussi quelques idiots utiles dans l’Université. Il y a des livres qui continuent de paraître. Il y en a un aux Puf qui s’appelle Face à l’obscurantisme woke. Aux Puf ! Aux Puf ! » s’étrangle-t-il.

La maison d’édition est tout près de céder devant la pression exercée par le mandarin. Au lendemain de la sortie de Patrick Boucheron, alors que le texte était édité, maquetté, la jaquette choisie, la parution annoncée pour début avril sur le site des Puf et sur les réseaux sociaux, la direction annonce dans un communiqué qu’elle suspend la publication. « À deux doigts de se trumpiser en publiant un pamphlet antiwoke, les éditions Puf rétropédalent », peut-on lire dans Le Nouvel Obs.


Mais quelques jours après la polémique, sans doute par crainte d’apparaître comme un censeur, Paul Garapon revient finalement sur sa décision qu’il dit avoir prise dans l’urgence. Le livre est repoussé, mais pas enterré. Les lecteurs vont pouvoir se faire leur propre opinion. Le Figaro Magazine s’est procuré en exclusivité Face à l’obscurantisme woke, qui paraît cette semaine, pour juger sur pièces. Et rétrospectivement, on comprend mieux l’inquiétude des thuriféraires du wokisme.

Une contre-révolution scientifique

De nombreux essais sont déjà parus sur le sujet, mais ce qui a déclenché l’ire et suscité la peur de l’intelligentsia, c’est que Face à l’obscurantisme woke n’est en rien un pamphlet, n’en déplaise à une certaine presse. Il s’agit du fruit des travaux de chercheurs dont la légitimité académique est incontestable. rassemblant les contributions de 26 auteurs (Nathalie Heinich, Sami Biasoni, Céline Masson, Samuel Fitoussi, Guylain Chevrier, Tarik Yildiz, Florence Bergeaud-Blackler, Renée Fregosi, Pierre-André taguieff…), l’ouvrage de 460 pages est dirigé par trois universitaires reconnus : la professeur de lettres Emmanuelle Hénin, le professeur d’histoire Pierre Vermeren et le linguiste Xavier-Laurent Salvador, par ailleurs directeur de l’observatoire du décolonialisme.

Dans la bataille culturelle qui se joue actuellement entre wokes et antiwokes, le livre pourrait être un tournant. Il démontre d’abord la faiblesse intellectuelle du wokisme. « Ce qui caractérise le mouvement woke, c’est son ignorance et la pauvreté abyssale des raisonnements qu’il propose, ce n’est clairement pas une idéologie charpentée, structurée comme pouvait l’être le marxisme ou le maoïsme », analyse Emmanuelle Hénin avant de pointer les contradictions évidentes du mouvement : Ne pas cesser de revendiquer les droits des femmes tout en clamant que la femme n’existe pas, il faut le faire. Encore hier, je suis tombée sur la vidéo d’une enseignante à Sciences Po expliquant qu’on ne peut pas garder la devise “Liberté, Égalité, Fraternité” car le mot “fraternité” exclut les femmes. Ce type de raisonnement absurde, on en trouve à la pelle par des gens qui sont pourtant professeurs ou professeurs des universités », raconte-t-elle au téléphone, mi-amusée, mi-dépitée. Et de conclure : « Nous sommes dans un délire idéologique, mais plus profondément dans une contre-révolution scientifique. »

Pour les auteurs, le wokisme, comme l’indique le titre de leur ouvrage, est moins une idéologie qu’une nouvelle forme d’obscurantisme inaugurant un âge de la bêtise. S’il se réclame d’une démarche scientifique et se pare de la légitimité universitaire, il n’est rien d’autre qu’un charabia pseudo-intellectuel fondé sur quelques mots-clés : « hétéropatriarcat », « racisme systémique », « culture du viol », « intersectionnalité »… Le caractère grotesque des sujets de recherche à la mode, qu’énumère Emmanuelle Hénin dans son introduction et qui attirent les financements au détriment de recherches fondamentales, est édifiant : « Musicologies gaies, lesbiennes et queer » ; « hétéronormativité dans les sources : représentations et transgressions de l’injonction hétérosexuelle » ou encore « Contre-je : genre et énonciations minoritaires en littérature ».

Des institutions gangrenées

Aux yeux des auteurs, le wokisme constitue une incroyable régression de la rationalité au cœur même du temple de la raison et du savoir que devrait être l’Université. Ils y voient aussi une défaite de l’universalisme et une dérive totalitaire car cet obscurantisme s’impose par la terreur intellectuelle et la censure (annulation de colloques et de conférences, marginalisation et diabolisation des chercheurs non woke), et applique à tous les sujets une même grille de lecture identitaire et manichéenne opposant systématiquement les « dominés » aux « dominants », c’est-à-dire les femmes et les minorités (qu’elles soient ethniques, religieuses ou sexuelles) au « mâle blanc hétérosexuel occidental ». Le wokisme, en plus d’aggraver le déclin de l’enseignement et de forger une jeune génération d’ignorants, alimente ainsi les fractures communautaires et vient légitimer la rhétorique séparatiste des islamistes.

jeudi 19 décembre 2024

Prix 2024 de la Carpette anglaise

Décerné à Mme Astrid Woitellier et à la Conférence des évêques de France

COMMUNIQUÉ DE l’ACADÉMIE DE LA CARPETTE ANGLAISE

Réunie  chez Lipp, le  18 décembre, sous la présidence de Philippe de Saint Robert, l’académie de la Carpette anglaise a décerné son prix d’indignité civique à Mme Astrid Woitellier (ci-dessus), déléguée générale du concours Puissance Alpha, préparatoire aux écoles d’ingénieur, pour avoir supprimé l’épreuve de français qu’elle juge « anxiogène », alors que l’épreuve d’anglais, elle, est obligatoire ; ex æquo avec la Conférence des évêques de France, pour avoir mis en œuvre à l’occasion des Jeux olympiques 2024 le projet « Holy Games » !



À titre étranger, la Carpette anglaise 2024 est revenue au magazine France Football, pour l’organisation à Paris de la cérémonie dite du « Ballon d’or », le 28 octobre 2024, uniquement en anglais.

L'Académie de la Carpette anglaise est composée de Paul-Marie Coûteaux, Philippe Deniard, Marc Favre d’Échallens, Guillemette Mouren-Verret,  Marie-Josée de Saint Robert, Philippe de Saint Robert, Albert Salon, Marie Treps et Ilyes Zouari.

Adresses pour commentaires :

Conférence des évêques de France : https://eglise.catholique.fr/contact/
Mme Astrid Woitellier, déléguée générale du concours Puissance Alpha : contact@puissance-alpha.fr

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mardi 12 novembre 2024

Sciences Po Paris : les recruteurs s'alarment, car le diplôme se dévalorise


Le 27 rue Saint-Guillaume fait la une de l’actualité, pas toujours pour les meilleures raisons. Mais que pensent les recruteurs de cette situation ? Le diplôme de l’école ayant pour objectif de former l’élite de la République se dévalorise-t-il dans le secteur privé ? Les témoignages récoltés devraient interpeller la direction…

Temple de l’excellence ouvert à l’international et à tous les milieux sociaux pour les uns, école minée par les problèmes de gouvernance, le "wokisme" et l’ultragauche pour les autres. Il suffit de prononcer les mots "Sciences Po Paris" pour récolter des opinions tranchées, parfois décorrélées de la réalité. Mais que vaut vraiment le diplôme de cette grande école ?

Pour répondre à la question, Décideurs Magazine a interrogé six recruteurs dans divers secteurs embauchant souvent des élèves de Sciences Po Paris. S’exprimant officieusement, l’anonymat leur a été garanti. Point important, l’appel à témoins lancé dans le cadre de la rédaction de cet article était ouvert à tous les points de vue. "Vous pensez que l’établissement forme toujours l’élite ? Vous avez noté une baisse globale de niveau ? Vous avez arrêté de recruter dans cette école pour des raisons diverses et variées ?", demandait un message publié sur LinkedIn et X. Voici les réponses qui devraient intéresser la direction de l’école, les employeurs et les diplômés.

"Plus d’effet Waouh"

Thomas est à la tête d’une entreprise spécialisée dans le lobbying, les affaires publiques et la communication. Non diplômé de Sciences Po, il a longtemps eu un complexe face aux anciens élèves de cet établissement prestigieux : "Lorsque je suis entré dans la vie active il y a une vingtaine d’années, les collègues passés par Sciences Po Paris étaient au-dessus au niveau de la connaissance et de la réflexion. Logiquement, les CV de cette école étaient toujours en haut de la pile", se souvient le dirigeant. Désormais dans la peau du recruteur, il constate que les temps ont changé : "Maintenant, c’est moi l’employeur et j’affirme d’expérience que, chez les jeunes diplômés de ma branche, c’est devenu une formation parmi d’autres." Thomas se pensait isolé mais, en abordant le sujet avec ses pairs, il s’est rendu compte qu’il n’était pas le seul à observer une "dévalorisation du diplôme depuis cinq ans environ".

Un avis partagé par Herschel qui travaille pour un gros cabinet de recrutement collaborant avec de grands groupes dans des secteurs variés comme l’industrie, la distribution ou l’énergie. "J’interviens sur des postes très "Sciences Po" dans la communication institutionnelle ou la direction de cabinet." Le chasseur de têtes est catégorique : "Dans les grands groupes, il n’y a plus le même emballement qu’avant pour Sciences Po. Sur des postes de juniors, une bonne école de commerce prend pratiquement toujours le dessus dans la dernière ligne droite, ce qui est assez nouveau." Même son de cloche du côté de Françoise, elle aussi active dans la chasse de têtes : "Chez les jeunes diplômés, les faits me laissent penser que le sceau "Sciences Po" se démonétise." Un point attire son attention : "Les anciens élèves ne privilégient plus forcément leur école, comme s’ils ne la reconnaissaient plus, ce qui n’est pas le cas ailleurs."

Cette perte de prestige est également ressentie par Brice, qui dirige un syndicat professionnel après avoir occupé des fonctions de cadre sup dans des sociétés cotées au CAC 40. "Traditionnellement, Sciences Po c’était la certitude d’avoir des très bons. Aujourd’hui, ce n’est plus un gage de qualité. Évidemment, je ne vais pas exclure un jeune issu de cet établissement mais j’examine son dossier avec beaucoup de réserve." Voilà pour la vue d’ensemble. Mais qu’est-il reproché à ces diplômés censés incarner l’excellence ?

Dégradation des compétences de base

La réponse tient en peu de mots : Sciences Po n’incarnerait plus l’excellence à la française. Sur le savoir de base et les connaissances académiques, l’établissement fondé en 1872 par Émile Boutmy pour former les élites de la République ne remplirait plus sa mission. Détail révélateur, dans son processus de recrutement de juniors, Françoise a commencé à intégrer des tests de logique et d’orthographe. "Cela aurait été impensable il y a quelques années mais ça devient nécessaire. Et pour cause !" Elle n’en revient toujours pas, récemment une diplômée qui a passé cinq années sur les bancs de Sciences Po a rendu un texte avec six fautes grossières en une page. "Sans compter la syntaxe et le style", soupire la professionnelle du recrutement.

Brice, de son côté, s’appuie sur les dizaines d’entretiens effectués avec des diplômés depuis de nombreuses années pour constater "une chute énorme en matière de logique, de rigueur intellectuelle, de culture générale. Bref, nous sommes loin des humanités de naguère". Plus embêtant pour le monde de l’entreprise, "il existe une réelle méconnaissance du secteur privé et de l’économie de marché". Ce que constate également Thomas qui n’a pas peur d’affirmer que, dans le secteur de la communication et des affaires publiques, "un diplômé d’une école de commerce lambda n’a plus forcément à rougir face à un Sciences Po Paris".

Évidemment, un jeune diplômé n’est pas toujours 100 % adapté au monde du travail. Les compétences relationnelles s’apprennent sur le tas, toutefois cela suppose de l’agilité et de l’ouverture d’esprit. Traditionnellement, c’était un point fort de l’établissement.

Perte d’ADN

L’adage est connu des recruteurs mais aussi des élèves passés par Sciences Po. Un diplômé de cette prestigieuse école ne sait rien faire de concret. Il est toutefois capable en peu de temps d’exercer n’importe quelle profession intellectuelle à forte responsabilité. Les raisons ? Sa culture générale, son agilité intellectuelle, son ouverture d’esprit. En somme, il possède le fameux "ADN Sciences Po" si prisé dans le monde du travail.

Mais cet ADN n’est plus ce qu’il était. N’étant pas dans les salles de classe et les amphis, les recruteurs ne savent pas ce qui s’y passe exactement. Seule certitude, les jeunes élèves sont moins ouverts d’esprit, moins adaptables, plus dogmatiques. Et sur le marché du travail, c’est plutôt un handicap. Flora, recruteuse dans la tech, le constate au quotidien. Celle qui aimait faire appel à des salariés ou des prestataires issus de l’école passe désormais son tour après des expériences peu concluantes : "Le véritable atout était l’ouverture d’esprit, mais les profils sont désormais uniformes et dogmatiques. Ils sont de facto peu adaptés à un univers où il faut se remettre en question en permanence."

Une ligne partagée par Raphaëlle. "Si quelqu’un peut l’affirmer sans crainte de procès en dérive droitière ou Sciences Po bashing, c’est bien moi", glisse-t-elle. Diplômée de Sciences Po il y a quinze ans, elle a milité et continue à s’engager dans les associations féministes. Après des passages dans la pub et les relations presse, elle est aujourd’hui dircom d’une grande société. Le constat qu’elle porte sur son ancienne école est sévère : "Ce n’est absolument pas grave d’être politisé lorsque l’on sort de Sciences Po, c’est même sain. Mais la politisation me semble irrationnelle et à sens unique." À la suite de mauvaises expériences avec des stagiaires ou des profils fraîchement diplômés, elle pense avoir mis le doigt sur le cœur du problème : "Il n’y a plus d’habitude à débattre avec quelqu’un qui pense différemment du moule. L’émotivité l’emporte sur le cartésianisme et j’ai plusieurs fois eu l’impression d’avoir affaire à des enfants de 8 ans", se plaint-elle. Selon elle, ce type de profil est peu adapté au secteur privé où  "il est obligatoire d’être agile, constructif, à l’aise dans un monde complexe et divers".

Brice a lui aussi été confronté à ces vingtenaires qu’il qualifie de "clones conformistes". Raphaëlle et Brice s’accordent sur un point : tous les CV estampillés Sciences Po ne sont pas ainsi et il faut continuer à les recevoir, les former. Ce à quoi Thomas a renoncé. "Dans mon secteur, on doit se mettre dans la peau de l’autre. Les profils arrogants, moralisateurs et peu consensuels sont un handicap. Prendre des Sciences Po devient risqué et clivant. Je ne jette pas la pierre à certains de mes pairs qui ne souhaitent pas faire entrer le loup dans la bergerie."

Au Royaume des aveugles…


Si le tableau semble de prime abord peu idyllique, l’école présente encore certains atouts. Certes, le niveau baisse. Mais moins qu’ailleurs, estime Brice : "Les élèves de la rue Saint-Guillaume sont moins bons, c’est une certitude. Mais c’est principalement lié à la chute du niveau scolaire dans le secondaire que montre bien la dégradation de la France dans les classements Pisa." Selon lui, Sciences Po offre des "profils moins mauvais que la moyenne dans un pays qui s’idiocratise".

Françoise note qu’au moins 30 % des diplômés restent de "très haute volée", notamment en droit public et en finance. Pour sa part, Raphaëlle tient à dissiper un cliché : "Oui, Sciences Po s’est ouvert aux milieux modestes et à la diversité, mais mon expérience montre que ce ne sont pas ces profils qui sont les plus mauvais." Au contraire, elle y décèle une "niaque et une envie de réussir supérieure indéniable".

Pas d’effet 7 octobre… pour l’instant

Évidemment, impossible de parler de Sciences Po sans mettre sur la table la question des manifestations pro-Palestine des derniers mois. Les slogans "From the river to the sea" [scandés en anglais à Paris], le malaise des étudiants juifs, les manifestants en keffieh, les mains peinturlurées de rouge ont été médiatisés. Que ce soit pour condamner ou soutenir les manifestants, la classe politique a fait de l’entrée du 27 rue Saint-Guillaume "l'endroit où il faut être".

Quel est l’impact sur les employeurs ? "Je pense que ce qui se passe risque d’abîmer l’image de l’école auprès de nombreuses entreprises, mais pour le moment c’est de la supputation, personne n’a de chiffres pour l’affirmer", glisse Herschel.

Le pire est à venir ?

Si effet 7 octobre il y a, les conséquences ne sont pas actuellement mesurables. Reste un fait : les recruteurs sont plutôt pessimistes sur le devenir de Sciences Po et s’attendent au pire si aucune réforme de fond n’est engagée. Les étudiants qui ont intégré l’école sans passer le concours écrit traditionnel et les promos "Gaza" ne sont pas encore confrontés aux fourches caudines des entretiens d’embauche. Seront-ils à la hauteur ? Impossible de le prévoir.

En revanche, le fait de pénaliser les grands lycées parisiens dans les procédures d’admission, de s’en prendre aux supposés "sionistes", "fachos", "droitards", "réacs", génère une ambiance malsaine qui peut repousser de nombreux candidats et contribuer à uniformiser davantage une école qui faisait de sa diversité une richesse. Détail important : aucun professionnel interrogé n’inciterait ses enfants à intégrer les différents campus de l’école. "Avec mon nom de famille hébraïque, je ne postulerais plus", affirme même Raphaëlle. Visiblement, l’état-major de la rue Saint-Guillaume est conscient du problème. Son nouveau directeur Luis Vassy souhaite rétablir le concours écrit traditionnel et favoriser le pluralisme. Efficace ? Réponse dans quelques années.


Source : Décideurs Magazine

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Sciences Po secouée par l’affaire Duhamel, Des étudiants veulent la démission du directeur de l’école Frédéric Mion. Il aurait eu vent des rumeurs d’inceste et de pédophilie homosexuelle visant le président de la Fondation nationale des sciences politiques.

En 2011, Sciences Po annonçait la suppression l'épreuve de culture générale. Richard Descoings, son directeur mort dans des circonstances sordides en avril 2012 aux États-Unis qu'il adulait, avait supprimé du concours d’entrée l’épreuve écrite de culture générale pour les titulaires d’une mention "Très Bien" au baccalauréat et instauré une procédure d’entrée "convention d’éducation prioritaire" [zone d'éducation prioritaire est un euphémisme pour banlieue immigrée] afin d'ouvrir «socialement» l’école.

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vendredi 25 octobre 2024

18 % des étudiants français au Québec y étudient en anglais à un prix défiant toute concurrence


Il y a environ 3000 Français, soit 18 % du contingent, qui étudient en anglais à McGill, à Concordia ou à Bishop’s au même tarif que les Québécois.

Les étudiants français paient aujourd’hui moins cher que les Canadiens venus des autres provinces, y compris ceux qui étudient dans des universités anglophones.

Les tarifs préférentiels ont été reconduits pour les étudiants universitaires en avril dernier. Les Français continuent de payer environ 9000 $ par année au premier cycle universitaire, contre un minimum de 20 000 $ pour les étudiants d’autres nationalités, et les mêmes droits de scolarité que les Québécois à la maîtrise et au doctorat. 

[Marché de dupes ?]

La mesure est bien sûr réciproque, mais le Québec reçoit 10 fois plus de Français qu’il n’envoie de Québécois là-bas.

Il y avait en effet plus de 20 000 étudiants français inscrits cet automne dans les établissements d’enseignement supérieur ici, et 2200 « étudiants canadiens », nous a indiqué le ministère français de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ne différenciant pas ceux qui sont québécois.

Source : Le Devoir

 

jeudi 3 octobre 2024

La campagne publicitaire anglomane d'Évian en France, mais en français à Montréal

La première photo a été prise dans le métro de Montréal, à la station Longueuil. La deuxième photo fait partie de la campagne d'affichage en France.

Moralité : Évian respecte la langue française au Québec, mais s'en moque dans son pays d'origine (la France, pradon la start-up nation chère à Macron).



Voir également la vidéo ci-dessous (tous les slogans sont en anglais, « evian » n'a pas d'accent car trop alpestre et français sans doute, la musique est un machin en anglais, la traduction des slogans (vu la Loi Toubon détournée, est reléguée à de petites inscriptions sur le site web).

Ces publicitaires sûrement surpayés manquent totalement d'imagination et de créativité : on sait à l'avance qu'on aura droit à de l'anglais, de la zizique anglais, des acteurs « déjantés » issus de la diversité ethnique.


Pour les ploucs selon Évian (pardon evian), les traductions fournies en tout petit par la marque:

evian® dévoile sa nouvelle campagne : Mountain of Youth*. Partez à la découverte de ce lieu magique, inspiré par les Alpes, où l'eau minérale naturelle evian® prend sa source. Rencontrez ses habitants qui incarnent l'état d'esprit Live Young. 


Welcome to the Mountain of Youth!


Live young = Vivons jeune  [plutôt vivez ou vivre jeune]

Mountain of Youth = Montagne de Jeunesse 

Welcome to the Mountain of Youth = Bienvenue à la Montagne de Jeunesse

 

Voir aussi

lundi 26 août 2024

Langue française : quels sont ces « mots haïssables » ?

« Impactant », « iconique », « dispruptif », « débunker », « manspreading »… Les anglicismes, les vocables journalistiques éculés, les néologismes popularisés par les communicants de la start-up nation envahissent nos écrans, nos journaux, les discours politiques, la musique populaire. Mais ces mots ont-ils encore un sens ? En ont-ils seulement déjà eu un ? Le journaliste Samuel Piquet a disséqué cette insupportable novlangue dans son Dictionnaire des mots haïssables (éd. du Cherche-midi).


Résumé

Ils apparaissent soudain dans un texte de chanson, un séminaire d'entreprise, un discours politique. Peu à peu, ils s'insinuent dans les médias et les conversations. Et, quelques mois plus tard, chacun d'entre nous se surprend à les employer, sans même le décider ou le vouloir. Ce sont les mots haïssables, ces vocables à la signification nébuleuse façonnés par notre époque pour dissimuler son vide, son injustice, son hypocrisie. Avec humour et précision, Samuel Piquet décortique, analyse puis pulvérise ces mots détestables qui polluent notre quotidien. Un dictionnaire non pas « jubilatoire », « iconique » ou « addictif », mais tout simplement utile pour ceux qui veulent échapper à l'air du temps et aux discours creux..
 

Dictionnaire des mots haïssables

de Samuel Piquet,
paru le 3 novembre 2023
au Cherche-midi,
217 pp,
ISBN 9782749177076

 

vendredi 26 juillet 2024

Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris en 2024 et 1924 (m à j)

Travelo barbu se trémousse dans la pluie:
La république française évoquée (Marie-Antoinette décapitée) lors de la cérémonie d'ouverture.  
La Sainte Cène de Léonard de Vinci à la mode travelo    

Trio multiracial (deux hommes de couleur, une femme blanche) qui s'embrasse et s'apprête à passer à l'action (oui, oui, cela faisait partie du «spectacle»)
 


À Moscou en 1980, c'était en russe et en français :

Heureusement, il y a eu Céline Dion...

L'avis d'Éric Zemmour :






Il y a 100 ans, les Français vivaient la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris en français (uniquement).

Documentaire intéressant mais orienté sur les J.O. de 1924 :



(Le documentaire, très politiquement correct et féministe, aime à dire que la décennie des années 20 est celle des femmes « libres et audacieuses », c'est surtout celle de femmes jeunes sans homme, la guerre a tué 20 % des hommes français de 20 à 44 ans. Pour ne rien dire du million d'invalides, mutilés et des gueules cassées. La concurrence était donc rude (pardon audacieuse) entre femmes pour attirer les jeunes hommes valides. Les restrictions sévères contre la contraception s'expliquent par l'hécatombe de la Guerre et la chute vertigineuse des naissances qui s'en est suivie, il manquait déjà des millions d'enfants en 1920...)

. Effet de la guerre de 1914-1918 sur la structure par âge et par sexe de la France métropolitaine (frontières d’avant-guerre) : pyramides des âges attendues en 1920 avec (rouge) et sans la guerre (vert).

Entretemps en 2024, la Macronie parle franglais, voire anglais à Paris pour les Jeux Olympiques.

Full speed ?


  Messages sans correspondance ou traduction en français:

 

etc.

samedi 4 mai 2024

Wokisme, Gaza… les universités françaises sous influence américaine

 
Fer de lance des idées et concepts venus d’outre-Atlantique, Sciences Po a donné le « la », en France des manifestations parties des grandes universités aux États-Unis.

À l’image des mobilisations d’ampleur observées sur les campus de Columbia, de Harvard ou d’UCLA, les manifestations propalestiennes se multiplient dans les universités françaises. Une nouvelle illustration de l’américanisation de l’enseignement supérieur, avec Sciences Po à la pointe des idées woke venues des États-Unis.

Des campements de solidarité avec Gaza dans les quartiers chics. Comme à l’université de Columbia, à New York, d’où est partie il y a quinze jours la mobilisation propalestienne, des étudiants ont monté des tentes le 29 avril dans la cour d’honneur de la Sorbonne, et la semaine dernière dans la cour d’un bâtiment de Sciences Po, dans le 7e arrondissement parisien. Une nouvelle occupation a été annoncée jeudi soir, poussant la direction à fermer, vendredi, plusieurs bâtiments. Des mobilisations sous le parrainage d’une France insoumise en campagne électorale. Sur le réseau social X, l’ayatollah Khamenei, guide suprême de la Révolution islamique iranienne, a apporté le 28 avril son soutien aux manifestations « contre Israël », aux États-Unis, « en Angleterre et en France », dans un billet accompagné d’une compilation de vidéos, parmi lesquelles des images de L’IEP Paris.

Symbole de l’américanisation de l’enseignement supérieur français, Sciences Po, à la pointe des idées woke venues des États-Unis, a répliqué les manifestations outre-Atlantique. Comme à Columbia, Harvard, Yale, Princeton ou UCLA, les étudiants mobilisés ces derniers jours à Paris et dans les IEP de région, de Rennes à Strasbourg, arborent des keffiehs et brandissent des drapeaux palestiniens. Les slogans sont souvent formulés en anglais. À Sciences Po, le Comité Palestine, organisation étudiante informelle à l’origine de la mobilisation, a obtenu, dans le cadre des négociations consenties par la direction après les blocages, la tenue d’un « town hall [meeting] » [assemblée populaire]. Un terme importé des campus américains, que beaucoup, à L’IEP et ailleurs, ont découvert à l’occasion. Ces « town hall meeting » qui, dans la tradition démocratique américaine, permettent aux citoyens en désaccord avec leurs élus locaux de le faire savoir en participant à des réunions publiques, étaient devenus, après l’élection de Trump en 2017, de hauts lieux de résistance. Le « town hall » organisé le 2 mai à Sciences Po dans l’historique amphi Boutmy est donc venu remplacer la traditionnelle « AG » syndicale. Le Comité Palestine avait demandé la tenue de ce débat en anglais, arguant de la forte présence d’étudiants étrangers à l’école.

Une chaire sur le genre

Lundi, lors de sa préparation, la table de négociation comptait des représentants de la direction de l’école, les syndicats étudiants (Nova, majoritaire et revendiqué « transpartisan », l’union étudiante, créée en 2022 dans le sillon de LFI, l’UNEF, Solidaires et l’UNI, marquée à droite), mais aussi le Comité Palestine et « Students for Justice in Palestine » (SJP). Très active à Sciences Po, l’organisation SJP vient des États-Unis. Créée à l’université de Berkeley (Californie) en 1992, après la première guerre du Golfe, elle revendique plus de 200 sections en Amérique du Nord. « Nous pensons que la lutte pour une Palestine libre est aussi la lutte pour la libération des Noirs, la liberté de genre et sexuelle, et une planète vivable et durable, explique-t-elle sur son site. Toutes les quêtes de liberté, de justice et d’égalité sont matériellement liées et nous obligent à lutter contre la violence d’état, le colonialisme, le capitalisme et l’impérialisme, sous toutes leurs formes. » Elle a été fondée par un certain Hatem Bazian, maître de conférences à Berkeley, où il dirige depuis 2009 un centre de recherches dédié à l’islamophobie.

« Je ne me suis pas senti dans mon école, rapporte Quentin Coton, à l’UNI. Les étudiants de Solidaires étaient venus masqués. Ceux du Comité Palestine en étaient à remettre en question la légitimité des conseils de Sciences Po, selon eux sous tutelle de l’État. La direction a commencé la réunion en leur demandant de faire un communiqué sur les mains rouges (cette référence au massacre de deux réservistes israéliens à Ramallah le 12 octobre 2000, dont le Comité Palestine se défend, NDLR). »

Comme sur les campus américains, les mobilisations étudiantes propalestiennes portent une revendication : la coupure des liens de leurs établissements avec les mécènes et entreprises liés à Israël. À Sciences Po, le Comité Palestine a ainsi exigé « la fin des collaborations » avec toutes « les institutions ou entités » jugées complices « de l’oppression systémique du peuple palestinien ». L’école a accepté d’aborder le sujet. « Mais pas question de revenir sur les partenariats avec des universités israéliennes », affirme-t-elle au Figaro.

Ces derniers jours, les yeux se sont tournés vers Menton (Alpes-maritimes), l’un des six campus de régions de Sciences Po Paris, fermé « jusqu’à nouvel ordre » depuis une mobilisation propalestinienne en début de semaine. Une partie des étudiants juifs y dénoncent leur ostracisme depuis le 7 octobre. Ce campus accueille des étudiants ayant choisi la mineure « Méditerranée-moyen-orient ». Étrangers à 60 %, ils sont largement issus de cette zone géographique. Au-delà de Menton, Sciences Po compte en moyenne 50 % d’étudiants étrangers. Le résultat de l’internationalisation lancée il y a vingt ans par feu Richard Descoings [mort dans des circonstances troublantes, la nuit de sa mort, il avait fait appel aux services de deux prostitués homosexuels qui sont rapidement mis hors de cause]. « Cette “anglosaxonalisation” assumée a mené à la formation de “produits” mondialisés. Les contenus de certains cours se font l’écho d’idéologies venues des États-Unis », résume un connaisseur de l’école.

« Je ne suis pas étonné de ce qu’il se passe aujourd’hui à Science Po. C’est la plus américaine des universités françaises », constate Souleymane Bachir Diagne, philosophe sénégalais diplômé de la Rue d’Ulm, qui enseigne à Columbia la philosophie française et africaine. « Sciences Po et Columbia proposent un double diplôme. Elles dirigent aussi des thèses en commun, rappelle-t-il. Dans les universités américaines, la “critical race theory” est très enracinée, dans les départements d’études africaines et afro-américaines, mais aussi dans ceux de philosophie. L’un de mes collègues l’enseigne à Columbia. La France est encore timide là-dessus. La seule spécialiste que je connaisse est Magali Bessone (professeur de philosophie politique à Paris 1 Panthéon Sorbonne) », explique-t-il. Développée à partir des années 1960 aux États-Unis, la « théorie critique de la race », cœur de la philosophie woke, étudie les relations entre la race, la loi et le pouvoir. Elle est à l’origine de la notion d’« intersectionnalité », qui désigne l’imbrication de multiples instances de domination, telle que la race, le genre et la classe sociale. « Je comprends cette idée de racialisation du monde, très liée à l’histoire de l’esclavage aux États-Unis, même si elle ne fait pas partie de ma tradition française universaliste », poursuit Souleymane Bachir Diagne, qui, face à « des études postcoloniales très méfiantes à l’égard de l’universalisme », enseigne « le concept d’universel vraiment universel », « différent de l’universalisme de surplomb ».

À la pointe des idées venues du monde anglo-saxon, Sciences Po est l’école qui a relayé en France la vague Metoo, à travers le hashtag #Sciencesporcs, en 2021. Elle est l’un des porte-drapeaux de l’écriture inclusive, qui s’est frayé un chemin dans les universités françaises. Elle a été la première à créer, en 2010, une chaire sur le genre. Son département de sociologie est perméable aux concepts venus d’Amérique du Nord, comme le sont les sciences sociales dans certaines universités françaises, où les « studies » postcoloniales et de genre sont apparues.

À Sciences Po, les incursions américaines dans les contenus sont à chercher parmi les « électifs », dans lesquels les étudiants peuvent piocher, et autres séminaires. On se souvient de la polémique en 2021 autour du concept de « blanchité alimentaire » comme outil de « l’identité raciale dominante », défendu par une chargée de recherche au CNRS, également maître de conférences à l’université du Connecticut, lors d’une semaine doctorale organisée par l’école de droit de Sciences Po. À Poitiers, sur le campus Europe-Amérique latine de l’école, les étudiants de deuxième année peuvent suivre un cours de « sociologie de la race ».

« Quel serait l’intérêt d’aller à Sciences Po si ses cours sont alignés sur les universités américaines [ou McGill et Concordia] ? interroge Olivier Béatrix, professeur d’économie depuis vingt ans à L’IEP. Certains étudiants viennent aujourd’hui à Sciences Po pour faire de l’activisme. Il nous faut un directeur qui incarne l’autorité républicaine », estime-t-il. Pilotée par un administrateur provisoire depuis la démission, mi-mars, de Mathias Vicherat, l’école s’apprête à entrer dans une douloureuse procédure de nomination d’un nouveau directeur.

« Antisémitisme moderne »

« Nous sommes dans l’“islamo-wokisme” ! », assène Xavier-Laurent Salvator, cofondateur de l’observatoire du décolonialisme, qui depuis 2020, dénonce les dérives dans le monde académique. « Nous avons choisi le mot “décolonialisme”, car il désigne l’antisémitisme moderne. Pour les décolonialistes, Israël est le dernier État colonial », poursuit-il. Agrégé de lettres modernes, il enseigne à Paris 13 Villetaneuse (Seine-Saint-Denis). « Ici, l’union des étudiants algériens de France (UEAF) est la principale association. Et ça ne bouge pas du tout autour de la cause palestinienne, comme dans toutes les composantes pauvres des universités. Cette cause est portée par une idéologie mondialisée et par de jeunes bobos qui passent leur brevet de mondialisation ! » lâche-t-il. S’il veut encore croire à « l’universalisme », il constate que les jeunes n’y adhèrent plus et « préfèrent les étiquettes ». « On les a habitués à penser le monde à travers le prisme des minorités. Ce n’est même plus de l’idéologie, c’est de la morale », conclut-il.

Franco-américaine installée aux États-Unis depuis vingt ans, Alice Sedar, ancienne journaliste, a enseigné longtemps à l’université de Northeastern, à Boston. « Pour les jeunes Américains, la Palestine est la dernière cause à défendre, comme ils défendent les racisés, les homosexuels, les LGBT, le climat », résume-t-elle. Elle décrit cette « Gen Z », née après 1995, comme « la première génération vraiment multiculturelle des États-Unis ». Elle représenterait 20 % de la population. Une génération « très investie dans la démocratie multiraciale, là où, par le passé, la communauté noire portait la lutte ». Une génération qui a aussi vécu le 6 janvier 2021, lorsque des émeutiers [manifestants] pro-Trump ont pris d’assaut le Capitole dans un contexte de contestation des résultats de l’élection présidentielle.

« Cette génération s’engage pour des causes, pas dans des partis. Elle se méfie des institutions, poursuit Alice Sedar. Elle considère que la démocratie est en danger et assiste au détricotage par la Cour suprême des avancées sociales depuis les années 1970. » En juin, la Cour suprême a mis fin, dans les universités américaines, à la discrimination positive qui permettait aux étudiants noirs, latinos et asiatiques de bénéficier d’une surpondération.

« Slogans moins cash [francs, directs] »

« En France, les militants propalestiniens ne sont pas au niveau des Américains ! Les slogans sont moins cash. Mais ils s’inspirent directement des États-Unis », constate Thomas Le Corre, étudiant à Sciences Po, qui revient de deux ans passés à « Berkeley la Rouge », dans le cadre d’un double diplôme. Il suit aujourd’hui un double master [maîtrise] à HEC, d’où il observe, consterné, le spectacle offert par son école. « J’attendais de Sciences Po qu’elle organise un débat éclairé », explique le jeune homme. « On y parle de racisme systémique, de racisés, alors que le concept de communauté ethnique est étranger à la France. Aux États-Unis, la race est omniprésente », conclut l’étudiant qui a découvert, à Berkeley, que les Blancs étaient minoritaires derrière les Latinos et les Asiatiques, et que des logements privés étudiants étaient réservés à certaines ethnies.
 
 

Mais ce « copié-collé » américain a malgré tout une résonance en France. « L’importation de la conflictualisation des rapports raciaux y trouve un écho avec la guerre d’Algérie. La cause palestinienne canalise tout ce qui n’a pas été résolu », explique un professeur de littérature anglaise à Paris 8 Saint-Denis (93) qui, dans son groupe de langues étrangères appliquées anglais-arabe, compte 100 % d’étudiants algériens. Dans son université, le collectif Palestine est présent de longue date. « Il n’y a pas eu de problème, ni d’occupation puisqu’ils sont présents en permanence. Jean-Luc Mélenchon n’est pas venu. Il n’y a pas de voix à prendre », observe-t-il. À Paris 8, les « journées d’études » et manifestations artistiques font la part belle aux questions coloniales et de genre, très prisées des étudiants. « Les cours restent classiques à 80 %, car définis par les maquettes nationales. Mais on sait que l’on ne peut pas étudier Les Versets sataniques ou, pour ma part, certains textes de Shakespeare contenant des allusions sexuelles. La moitié de mes étudiantes sont voilées, explique-t-il. En revanche, quand je leur fais étudier des textes bibliques, c’est succès garanti. Ce qui les passionne, c’est la religion. »


Source : Le Figaro