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dimanche 6 octobre 2024

Les religions font-elles plus de bien que de mal ?

Les religions sont-elles à l’origine des conflits ? Mènent-elles à la violence, ou bien pacifient-elles les rapports humains ? Font-elles plus de bien que de mal ?

Ce débat oppose Pierre Conesa, historien, ancien administrateur civil au ministère de la Défense, auteur de nombreux essais sur les fondamentalismes religieux, et Rémi Brague philosophe et historien de la philosophie, membre de l'Institut de France.


lundi 27 novembre 2023

École, famille, immigration : que restera-t-il de la France d’avant dans la France d’après ?

Évoquer la France d’hier pour comprendre celle de demain et ausculter notre présent : c’est la tâche à laquelle se sont attelés Jérôme Fourquet et Jean-Pierre Le Goff dans le cadre des Rencontres du Figaro. (vidéo réservée aux abonnés).

LE FIGARO. - Vous avez publié, Jean-Pierre le Goff, La France d’hier il y a cinq ans et cette année vous poursuivez cette plongée dans le passé avec Mes années folles (Robert Laffont). Aujourd’hui, que reste-t-il de la France d’hier ?

Jean-Pierre LE GOFF. – Pas grand-chose, répondrais-je spontanément. Mais encore faut-il s’entendre sur ce qu’on appelle la France d’hier et de quelle période historique au juste il est question. La France d’hier dont je parle est celle de la seconde moitié du XXe siècle, des années 1950 et 1960, en sachant qu’entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et les années 1960, il s’est produit une modernisation rapide du pays qui l’a profondément transformé.

Pour le dire de façon schématique, au lendemain de la guerre, la France reste encore un pays rural avec des traditions ancestrales, des valeurs de stabilité et de modération liées à la civilisation paysanne. Le christianisme continue d’imprégner la société et le catholicisme demeure la religion de la grande majorité des Français. Il existe également un mouvement ouvrier dynamique et structuré avec ses syndicats, ses associations d’entraide et d’éducation populaire, au sein duquel dominent le Parti communiste et la CGT. Au tournant des années 1950 et 1960, la France entre dans une nouvelle étape de la modernité marquée par le développement de la société de consommation, des loisirs et de ce qu’on appelle alors les « mass medias ».

La France d’hier, celle des années 1950-1960, c’est celle qui reste encore liée à une histoire ancestrale et qui, en même temps, se modernise rapidement pour aboutir à une nouvelle société qui va entraîner sur une échelle de masse des changements de mentalités et de comportements dans les domaines de la consommation, des loisirs et des mœurs. L’acquisition de nouveaux biens de consommation, la valorisation de la vie privée et des loisirs comme lieux de l’épanouissement participent d’un individualisme hédoniste qui se développe dès cette époque et commence à mettre en question la centralité du travail et la solidité des appartenances et des engagements collectifs. C’est précisément dans ce contexte de bouleversement rapide de la société française et de l’allongement de la scolarité que va se développer le «peuple adolescent» (expression que j’emprunte à Paul Yonnet). On ne comprend rien à mai 68 et à la révolution culturelle qui va suivre sans prendre en compte cette nouvelle situation historique dans l’ensemble de ses aspects. N’est-ce pas de cette France-là que nous avons hérité ?

Jérôme Fourquet , votre livre s’appelle La France d’après. Philippe de Villiers, en 2005, disait : «La France d’après, c’est la France d’après la France…»

mardi 23 mai 2023

France — Catholicisme en forte perte de vitesse, les sans religion, protestants évangéliques et musulmans augmentent

L’enquête Trajectoires et origines de l’Insee rendue publique en avril est une précieuse source d’informations sur l’évolution des religions en France. La Croix résume : « L’historien Guillaume Cuchet en liste quelques-unes : chute du catholicisme, montée des évangéliques et de l’identitarisme juif. »  Étrangement ce résumé omet l’augmentation rapide du nombre de musulmans (de 2 % à 9 % en 12 ans…).
 

Selon la nouvelle étude Trajectoire et origines de l’Insee, les catholiques déclarés en France sont passés de 43 % à 25 % en douze ans.
 
Une information chassant l’autre, on ne s’est guère attardé sur les enseignements religieux de l’enquête Trajectoires et origines de l’Insee, dite TEO 2, qui portent sur des données datant de 2019-2020 et qui a été rendue publique en avril. La comparaison avec les données issues de TEO 1 de 2007-2008 est pourtant instructive.

Le premier constat est que les choses évoluent très rapidement depuis douze ans. C’est d’autant plus sensible que l’enquête porte sur les 18-59 ans et pas sur la totalité de la population, c’est-à-dire des personnes nées après 1960, ligne de partage des eaux désormais bien repérée par les historiens. On a affaire à des générations sans grand passé religieux ou issues de l’immigration disponibles pour de profondes réorganisations.

Déclin du catholicisme
 
Les grandes tendances déjà perceptibles dans TEO 1 s’accentuent. La seule vraie nouveauté est la croissance spectaculaire des protestants évangéliques. On peut en distinguer cinq principales. La première est la hausse des sans-religion déclarés qui passent de 45 à 53 %. Avec eux, on est dans un processus classique de « sortie de la religion » tel que le décrivent depuis le XIXe les théoriciens de la sécularisation, d’Auguste Comte à Marcel Gauchet.

La deuxième est le déclin du catholicisme, qui passe de 43 à 25 %, soit une quasi-division par deux en douze ans. La « crise des abus sexuels dans l’Église » a amplifié la tendance mais ne l’a pas créée. Ce n’est plus de déclin qu’il faut parler mais d’effondrement, et nul ne peut dire à quel niveau se fera la stabilisation.

Anciens catholiques : pourquoi quittent-ils l’Église ?
 
La troisième est la forte montée des « autres chrétiens », de 2,5 à 9 %, surtout des protestants évangéliques. C’est la plus forte progression depuis TEO 1. La quatrième est la progression des musulmans, qui passent de 8 à 11 %, moins par conversions d’éléments extérieurs que par reproduction de l’identité et de la ferveur à l’intérieur du monde musulman. 26 % des femmes portent le voile.

Le judaïsme, la religion la plus identitaire
 
La cinquième tendance est le caractère de plus en plus identitaire et fervent du judaïsme. C’est même, à bien des égards, la religion la plus « identitaire » de France, si l’on en croit l’enquête. Les succès de librairies spirituels de la rabbin libérale Delphine Horvilleur ne doivent pas donner le change de ce point de vue sur les tendances dominantes du groupe. 
 
Le bouddhisme enfin reste stable, à 0,5 % des Français.

L’enquête délivre par ailleurs des enseignements instructifs sur les moteurs du changement religieux en France. L’immigration joue un rôle croissant, à la fois parce qu’elle reste massive (plus de 10 % d’immigrés) et parce que le groupe central de la société française sans ascendance migratoire, souvent d’origine catholique, est de plus en plus sécularisé. Elle recompose puissamment la religion qui reste. Le point n’est pas sans importance pour comprendre les impressions collectives qui accompagnent le processus : un grand nombre de Français regardent d’assez loin ces recompositions qui leur paraissent secondaires, liées à l’immigration et ne modifiant pas le sens de leur histoire qui continue de se ramener, bien souvent, à la sortie du catholicisme.

Transmission

Deuxième facteur important, le taux de reproduction spirituelle des groupes, c’est-à-dire leur capacité à transmettre leurs convictions à la génération suivante. Il est lié à la dimension identitaire de la religion et à la ferveur. Le meilleur est celui de l’islam (91 %), le moins bon celui du catholicisme (67 %), mais celui des évangéliques (69 %) est plus près des seconds que des premiers. Les Églises évangéliques sont aussi des Églises dont on sort, ce qui rend d’autant plus spectaculaire leur progression.

Le troisième facteur est l’efficacité du prosélytisme, c’est-à-dire la capacité à faire des convertis. Elle est surtout évangélique, l’islam ayant tendance à se spécialiser dans la reconversion identitaire de populations d’origine musulmane. La croissance des évangéliques est aussi liée à l’immigration parce que les zones de départ, en Afrique par exemple, ont été touchées par la révolution évangélique de ces dernières décennies et que les migrants arrivent déjà convertis. Le dernier facteur est l’inégale dynamique démographique des groupes, notamment à la deuxième génération, avant l’alignement tendanciel de la troisième sur les standards hexagonaux.

Déclassement annoncé

De toutes ces tendances, il ressort que le paysage religieux français au sens de répartition des cultes déclarés, qui n’avait guère bougé dans ses grandes lignes depuis le XVIIe siècle et qui avait résisté à la Révolution française, à la révolution industrielle, aux deux guerres mondiales, à l’effondrement de la pratique depuis les années 1960, est en train de changer profondément sous nos yeux. En 1872, dans le dernier recensement public à avoir comporté officiellement une rubrique religieuse, plus de 97 % des Français avaient répondu qu’ils étaient catholiques romains et on en était encore pratiquement là au début des années 1960.

Dans TEO 2, ils ne sont plus que 25 % à le dire, et la réduction n’est pas terminée. Dans ces conditions, il n’est pas sûr que le catholicisme reste encore longtemps la première religion du pays. À terme, il pourrait passer au deuxième, voire au troisième rang des religions en France. Un déclassement annoncé qui, étrangement, suscite peu de commentaires dans l’Église, comme si les évêques, sonnés par la crise des abus sexuels, ne savaient plus qu’assister, muets et impuissants, à l’effondrement.
 
Voir aussi
 

Vatican II, « déclencheur » de l’effondrement de la pratique catholique ? (M-à-j vidéos) 

L’Église anglicane au Québec se meurt, elle soutient fortement le cours ECR  

L’Église catholique — pour qui sonne le glas ? (M-à-j)

Les plus religieux hériteront-ils de la Terre ? (sur la fécondité des conservateurs religieux par le professeur Eric Kaufmann).

Éric Zemmour : « Quand Joe Biden et le pape François jouent contre les évêques américains »

 
 
Le Pape François a donné quitus à une éradication du christianisme dans sa Terre natale
 

 

 

jeudi 23 mars 2023

Les Québécois plus susceptibles d’avoir une vision négative des religions, d'abord l'islam, mais aussi le christianisme

Les Canadiens de partout au pays sont plus enclins à avoir une mauvaise opinion de l’islam que des autres religions étudiées (les cinq principales religions du monde). Au Québec, le quart des répondants (25 %) ont une opinion favorable de l’islam. À noter, le nombre de répondants favorables à l’islam dans les différentes régions du Canada ne dépasse jamais 37 % :


Au pays, les Québécois sont les plus susceptibles d’avoir une vision négative de la plupart des religions présentées. Cependant, le reste du pays n’est pas non plus à l’abri de ce genre de perspective, en particulier lorsqu’il est question de l’islam :


Les Québécois se disent également les plus défavorables au christianisme (37 % d’avis défavorables), mais cette mesure doit être nuancée par le fait que le mariage avec un chrétien/une chrétienne est l’option la plus favorable pour les Québécois (acceptable à 80 %). Un rejet de la théologie catholique, mais l’acceptation des chrétiens historiques le plus souvent non pratiquants ?

En utilisant un indice net de favorabilité, une comparaison du pourcentage des répondants ayant une vision positive et de ceux dont l’opinion est négative, on peut observer clairement que l’opinion des Canadiens par rapport à l’islam est plus négative que celle qu’ils ont des autres religions.


Les symboles religieux en public et au travail

lundi 25 janvier 2016

Islam et christianisme : les impasses du dialogue interreligieux actuel

L'islamologue François Jourdan revient dans les colonnes du FigaroVox sur les différences spécifiques qui distinguent l'islam du christianisme. Il déplore un déni de réalité ambiant qui masque les problèmes à résoudre dans le dialogue avec la religion musulmane.

Extraits

[...]

François JOURDAN. — Nous ne sommes pas prêts au vrai dialogue, ni l'islam très figé depuis de nombreux siècles et manquant fondamentalement de liberté, ni le christianisme dans son retard de compréhension doctrinale de l'islam par rapport au christianisme et dans son complexe d'ancien colonisateur. L'ignorance mutuelle est grande, même si on croit savoir : tous les mots ont un autre sens dans leur cohérence religieuse spécifique. L'islamologie est en déclin dans l'Université et dans les Églises chrétiennes. Le laïcisme français (excès de laïcité) est handicapé pour comprendre les religions. Alors on se contente d'expédients géopolitiques (histoire et sociologie de l'islam), et affectifs (empathie sympathique, diplomatie, langage politiquement correct). Il y a une sorte de maladie psychologique dans laquelle nous sommes installés depuis environ 1980, après les indépendances et le Concile de Vatican II qui avaient ouvert une attitude vraiment nouvelle sur une géopolitique défavorable depuis les débuts de l'islam avec les conquêtes arabe et turque, la course barbaresque séculaire en mer méditerranée, les croisades et la colonisation.

[...]

[L]es mots ont tous un autre sens pour l'autre. Par exemple le mot prophète (nabî en hébreu biblique et en arabe coranique) ; or le prophétisme biblique actif n'est pas du tout de même nature que le coranique passif devant Dieu. Les erreurs comme sur Abraham qui serait le premier monothéiste et donc le père d'un prétendu abrahamisme commun au judaïsme, au christianisme et à l'islam ; alors que, pour les musulmans, le premier monothéiste de l'histoire est Adam.

Mais chut ! Il ne faut pas le dire ! Pourtant l'islam est foncièrement adamique, « la religion de toujours », et non pas abrahamique puisque l'islam ignore totalement l'Alliance biblique faite avec Abraham et qui est la trame de l'histoire du Salut pour les juifs et les chrétiens où Dieu est Sauveur.

En islam Dieu n'est pas sauveur. L'islam n'est pas une religion biblique. Et on se doit de le respecter comme tel, comme il se veut être… et en tenir compte pour la compréhension mutuelle que l'on prétend aujourd'hui afficher haut et fort pour se flatter d'être ouvert.

Figarovox. — L'Andalousie de l'Espagne musulmane présentée comme le modèle parfait de la coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans, les très riches heures de la civilisation arabo-islamique sont pour vous autant d'exemples historiques dévoyés. Comment, et dans quel but?

François JOURDAN. — Les conquérants musulmans sont arrivés sur des terres de vieilles et hautes civilisations (égyptienne, mésopotamienne, grecque antique, byzantine, latine) ; avec le temps, ils s'y sont mis et ont poursuivis les efforts précédents notamment par la diffusion due à leurs empires arabe et turc ; mais souvent cela n'a pas été très fécond par manque de liberté fondamentale. Les grands Avicenne et Averroès sont morts en disgrâce. L'école rationnalisant des Mu'tazilites (IXe siècle) a été rejetée. Cela s'est grippé notamment au XIe siècle et consacré par la «fermeture des portes de l'ijtihâd», c'est-à-dire de la réinterprétation. S'il y a eu une période relativement tolérante sous ‘Abd al Rahmân III en Andalousie, on oublie les persécutions contre les chrétiens avant, et après par les dynasties berbères almoravides et almohades, y compris contre les juifs et les musulmans eux-mêmes. Là encore les dés sont pipés : on exagère à dessein un certain passé culturel qu'on a besoin d'idéaliser aujourd'hui pour faire bonne figure.

[...]

[O]n se laisse berner par les apparences constamment trompeuses avec l'islam qui est un syncrétisme d'éléments païens (les djinns, la Ka‘ba), manichéens (prophétisme gnostique refaçonné hors de l'histoire réelle, avec Manî le ‘sceau des prophètes'), juifs (Noé, Abraham, Moïse, David, Jésus… mais devenus musulmans avant la lettre et ne fonctionnant pas du tout pareil: Salomon est prophète et parle avec les fourmis…), et chrétiens (Jésus a un autre nom ‘Îsâ, n'est ni mort ni ressuscité, mais parle au berceau et donne vie aux oiseaux d'argile…). La phonétique des noms fait croire qu'il s'agit de la même chose. Sans parler des axes profonds de la vision coranique de Dieu et du monde: Dieu pesant qui surplombe et gère tout, sans laisser de place réelle et autonome à ce qui n'est pas Lui (problème fondamental de manque d'altérité dû à l'hyper-transcendance divine sans l'Alliance biblique). Alors si nous avons ‘le même Dieu' chacun le voit à sa façon et, pour se rassurer, croit que l'autre le voit pareil… C'est l'incompréhension totale et la récupération permanente dans les relations mutuelles (sans le dire bien sûr : il faudrait oser décoder).

Si l'on reconnaît parfois quelques différences pour paraître lucide, on est la plupart du temps (et sans le dire) sur une tout autre planète mais on se rassure mutuellement qu'on fait du ‘dialogue' et qu'on peut donc dormir tranquilles.

Figarovox. — Une fois que le concile Vatican II a «ouvert les portes de l'altérité et du dialogue», écrivez-vous «on s'est installé dans le dialogue superficiel, le dialogue de salon, faussement consensuel.» Comment se manifeste ce consensualisme sur l'islam?

François JOURDAN. — Par l'ignorance, ou par les connaissances vues de loin et à bon compte: c'est la facilité. Alors on fait accréditer que l'islam est ‘abrahamique', que ‘nous avons la même foi', que nous sommes les religions ‘du Livre', et que nous avons le ‘même' Dieu, que l'on peut prier avec les ‘mêmes' mots, que le chrétien lui aussi doit reconnaître que [Mahomet] est «prophète» et au sens fort ‘comme les prophètes bibliques' et que le Coran est ‘révélé' pour lui au sens fort « comme la Bible » alors qu'il fait pourtant tomber 4/5e de la doctrine chrétienne… Et nous nous découvrons, par ce forcing déshonnête, que «nous avons beaucoup de points communs»! C'est indéfendable.

[...]

On entretient la confusion qui arrange tout le monde: les musulmans et les non-musulmans. C'est du pacifisme: on masque les réalités de nos différences qui sont bien plus conséquentes que ce qu'on n'ose en dire, et tout cela par peur de nos différences. On croit à bon compte que nous sommes proches et que donc on peut vivre en paix, alors qu'en fait on n'a pas besoin d'avoir des choses en commun pour être en dialogue. Ce forcing est l'expression inavouée d'une peur de l'inconnu de l'autre (et du retard inavoué de connaissance que nous avons de lui et de son chemin). Par exemple, la liberté religieuse, droit de l'homme fondamental, devra remettre en cause la charia (organisation islamique de la vie, notamment en société) . Il va bien falloir en parler un jour entre nous. On en a peur: ce n'est pas « politiquement correct ». Donc ça risque de se résoudre par le rapport de force démographique… et la violence future dans la société française. Bien sûr on n'est plus dans cette période ancienne, mais la charia est coranique, et l'islam doit supplanter toutes les autres religions (Coran 48,28; 3,19.85; et 2,286 récité dans les jardins du Vatican devant le Pape François et Chimone Pérès en juin 2014). D'ailleurs Boumédienne, Kadhafi, et Erdogan l'ont déclaré sans ambages.

[...]

L'islam est globalisant. Les musulmans de Chine ou du sud des Philippines veulent faire leur Etat islamique… Ce n'est pas une dérive, mais c'est la cohérence profonde du Coran. C'est incompatible avec la liberté religieuse réelle. On le voit bien avec les musulmans qui voudraient quitter l'islam pour une autre religion ou être sans religion: dans leur propre pays islamique, c'est redoutable. De même, trois versets du Coran (60,10; 2,221; 5,5) obligent l'homme non musulman à se convertir à l'islam pour épouser une femme musulmane, y compris en France, pour que ses enfants soient musulmans. Bien sûr tout le monde n'est pas forcément pratiquant, et donc c'est une question de négociation avec pressions, y compris en France où personne ne dit rien. On a peur.

[...]

Charlie Hebdo fait de l'amalgame par lâcheté
Figarovox. — La couverture du numéro spécial de Charlie Hebdo commémorant les attentats du 7 janvier, tiré à un million d'exemplaires représente un Dieu en sandales, la tête ornée de l'œil de la Providence, et armé d'une kalachnikov. Il est désigné comme «l'assassin [qui] court toujours»… Que révèle cette une qui semble viser, par les symboles employés, davantage la religion chrétienne que l'islam ?


François JOURDAN. — Il y a là un tour de passe-passe inavoué. Ne pouvant plus braver la violence islamique, Charlie s'en prend à la référence chrétienne pour parler de Dieu en islam. Représenter Dieu serait, pour l'islam, un horrible blasphème qui enflammerait à nouveau le monde musulman. Ils ont donc choisi de montrer un Dieu chrétien complètement déformé (car en fait pour les chrétiens, le Père a envoyé le Fils en risquant historiquement le rejet et la mort blasphématoire en croix: le Dieu chrétien n'est pas assassin, bien au contraire). Mais il faudrait que les biblistes chrétiens et juifs montrent, plus qu'ils ne le font, que la violence de Dieu dans l'Ancien Testament n'est que celle des hommes mise sur le dos de Dieu pour exprimer, par anthropomorphismes et images, que Dieu est fort contre le mal. Les chrétiens savent que Dieu est amour (1 Jean 4,8.16), qu'amour et tout amour. La manipulation est toujours facile, même au nom de la liberté.

Figarovox. — Toutes les religions ont-elles le même rapport à la violence quand le sacré est profané?

François JOURDAN. — Toutes les civilisations ont légitimé la violence, de manières diverses. Donc personne n'a à faire le malin sur ce sujet ni à donner de leçon. Il demeure cependant que les cohérences doctrinales des religions sont variées. Chacune voit ‘l'Ultime' (comme dans le bouddhisme sans Dieu), le divin, le sacré, Dieu, donnant sens à tout le reste: vision du monde, des autres et de soi-même, et le traitement de la violence en fait partie. C'est leur chemin de référence. [Mahomet], objectivement fondateur historique de l'islam, a été chef religieux, politique et militaire: le prophète armé, reconnu comme le « beau modèle » par Dieu (33,21) ; et Dieu « prescrit » la violence dans le Coran (2,216.246) et y incite (8,17; 9,5.14.29.73.111.123; 33,61; 47,35; 48,29; 61,4; 66,9…), le Coran fait par Dieu et descendu du ciel par dictée céleste, étant considéré par les musulmans comme la référence achevée de la révélation; les biographies islamiques du fondateur de l'islam témoignent de son usage de la violence, y compris de la décapitation de plus de 700 juifs en mars 627 à Médine. Et nos amis de l'islam le justifient.

Selon la règle ultra classique de l'abrogation (2,106), ce sont les versets les derniers qui abrogent ceux qui seraient contraires ; or les derniers sont les intolérants quand Mahomet est chef politique et militaire. Ce n'est pas une dérive.

Quand, avec St Augustin, le christianisme a suivi le juriste et penseur romain païen Cicéron (mort en 43 avant Jésus-Christ) sur l'élaboration de la guerre juste (« faire justement une guerre juste » disait-il), il n'a pas suivi l'esprit du Christ.

Gandhi, lisant le Sermon sur la Montagne de Jésus (Mt 5-7), a très bien vu et compris, mieux que bien des chrétiens, que Dieu est non-violent et qu'il faut développer, désormais dans l'histoire, d'autres manières dignes de l'homme pour résoudre nos conflits. Car il s'agit bien de se défendre, mais la fin ne justifie pas les moyens, surtout ceux de demain qui seront toujours plus terriblement destructeurs. Mais les chrétiens qui ont l’Évangile dans les mains ne l'ont pas encore vraiment vu. Ces dérives viennent bien des hommes mais non de Dieu qui au contraire les pousse bien plus loin pour leur propre bonheur sur la terre. Pour en juger, il faut distinguer entre les dérives (il y en a partout), et les chemins de référence de chaque religion: leur vision de Dieu ou de l'Ultime. Au lieu de faire lâchement l'autruche, les non-musulmans devraient donc par la force de la vérité («satyagraha» de Gandhi), aider les musulmans, gravement bridés dans leur liberté (sans les juger car ils sont nés dans ce système contraignant), à voir ces choses qui sont cachées aujourd'hui par la majorité ‘pensante' cherchant la facilité et à garder sa place.

Le déni de réalité ambiant dominant est du pacifisme qui masque les problèmes à résoudre, lesquels vont durcir, grossir et exploseront plus fort dans l'avenir devant nous. Il est là le vrai dialogue de paix et de salut contre la violence, l'aide que l'on se doit entre frères vivant ensemble sur la même terre.

Islam et christianisme, comprendre les différence de fond
Par le père François Jourdan
(islamologue et théologien eudiste),
Paru le 25 Novembre 2015,
aux Éditions du Toucan
à Paris,
384 pages,
ISBN : 9782810006762

Voir aussi

Livre ECR (secondaire) nous dit « Un Dieu, trois religions », vraiment ?

L’idée banale selon laquelle il suffirait d’oublier ce qui sépare ne mène à rien…

Le dialogue, au sens strict, entre les religions est impossible

Histoire — « On a trop souvent mythifié el-Andalous »

Rémi Brague — Sur le « vrai » islam

Manuel d'histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint-Louis précurseur des nazis, pas de critique de l'islam tolérant pour sa part

Manuel d'histoire (2) — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

mercredi 30 septembre 2015

Birmanie — Les autorités locales soutiennent les radicaux bouddhistes

Article du Myanmar Now de Rangoun, capitale de la Birmanie, sur la radicalisation de certains bouddhistes (y compris de nombreux moines) envers l’islam.

En Birmanie, où la population est majoritairement bouddhiste, la minorité musulmane représente environ 5 % des habitants. Dans le delta de l’Irrawaddy, les musulmans vivent essentiellement des activités liées aux abattoirs et au commerce du bœuf.

Actuellement, les entreprises musulmanes sont la cible des radicaux bouddhistes, dont la voix a beaucoup gagné en puissance avec l’ouverture politique de la Birmanie.



Depuis fin 2013, une campagne soutenue par Ma Ba Tha (lire ci-dessous) a entraîné la fermeture de dizaines d’abattoirs et d’usines de transformation de viande tenus par des musulmans dans la région d’Ayeyarwady. Des milliers de vaches ont été enlevées de force à leurs propriétaires musulmans. Les commerces de certains musulmans ont vu leurs revenus s’effondrer.

Des documents officiels que nous avons obtenus et des entretiens avec des représentants de l’État révèlent que les hauts fonctionnaires soutiennent cette croisade. Lwin Tun, 49 ans, a investi dans les secteurs du bâtiment, de l’immobilier et de l’hôtellerie, à la fois dans le delta et dans la région de Rangoun. Selon lui, les actions de Ma Ba Tha menacent gravement ses intérêts. « La campagne appelant à un boycott des entreprises gérées par des musulmans dure depuis quelque temps, affirme-t-il. Des tracts sont distribués. La police le sait, mais ne fait rien. »

lundi 11 mai 2015

La Russie et sa relation apaisée avec la religion


À comparer avec la volonté laïciste au Québec et au Canada de chasser le religieux de l’espace public : en Russie un ministre de la Défense bouddhiste est le premier à se signer avant de passer sous l’icône d’un Christ sauveur.

Défilé du 9 mai 2015, à 9 minutes 56 secondes, le ministre de la Défense se signe

Le 9 mai 2015, la Russie a célébré avec pompe le 70e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie. Pendant ce conflit, l’URSS a perdu quelque 25 millions de ses citoyens, alors que l’Allemagne perdait 5,38 millions de soldats sur le front de l’Est, contre « seulement » 0,6 sur le front de l’Ouest.

Le défilé du 9 mai comprenait pour la première fois un détachement de l’Inde et un autre de Chine. On notera d’ailleurs que, lors de ce défilé, les symboles de la Russie tsariste et soviétique se côtoyaient en commençant par les drapeaux, le ruban de Saint-Georges, les aigles tsaristes ou l'étoile soviétique. La Russie commémore toute son histoire.

Mais une autre chose, non moins étonnante, s’est également produite : le ministre de la Défense Choïgou a fait le signe de la croix avant le début des célébrations.

Jamais, depuis la Révolution d’Octobre 1917, aucun ministre russe de la Défense n’avait fait un tel geste. Certes, une vieille tradition veut qu'on fasse le signe de croix quand on passe sous la Tour du Saint-Sauveur du Kremlin parce qu’une icône du Sauveur orne le haut du portail.

Comme le note le journaliste russe Victor Baranets : « À ce moment-là, j’ai senti que par son geste simple Choïgou a galvanisé toute la Russie. Il y avait tant de bonté, tant d’espoir, tant de notre sens russe du sacré [dans ce geste] ». Voir un bouddhiste touvain faire le signe de la Croix à la manière orthodoxe a envoyé un électrochoc à travers la blogosphère russe : tout le monde sentait que quelque chose d’incroyable venait de survenir.



Les commentateurs russes s’accordent pour dire que Choïgou n’a pas fait ce signe « pour la frime ». L’homme a un immense capital de popularité et de crédibilité en Russie et il n’a nul besoin de jouer au Tartuffe. En tant que bouddhiste, Choïgou vit facilement la diversité religieuse et la domination symbolique de l'orthodoxie russe. En outre, plusieurs commentateurs soulignent que Choïgou était très concentré, très solennel, quand il a fait ce signe. 

Un des commentateurs croit que « Choïgou a littéralement demandé l’aide de Dieu dans un des moments les plus dangereux de l’histoire russe contemporaine alors que — en tant que ministre russe de la Défense — il pourrait être appelé à prendre des décisions capitales dont l’avenir de la planète pourrait dépendre. »

L’icône du Saint-Sauveur est restée cachée pendant près de 80 ans. L’icône était considérée comme perdue avant qu’elle ne fût redécouverte en 2010 au-dessus de la Porte du Sauveur. La sainte image avait été murée dans les années 1930. Le pouvoir soviétique athée ne pouvait tolérer que tous ceux qui entraient au Kremlin par la porte principale vénérassent l’icône. L’ordre fut alors donné de supprimer l’image. Mais au lieu de détruire l’icône, on la recouvrit d’un crépi. Et sous la couche de crépi se dissimulaient un grillage et un treillis métalliques qu’environ 10 cm séparaient de la couche chromatique de l’icône. (Plus de détails.)

Voir aussi

Éducation, démographie : la surprenante Russie (Emmanuel Todd)

Démographie russe — le solde naturel est redevenu positif

Russie — la démographie expliquerait-elle le retour au conservatisme ?

Malgré les prédictions des Cassandre occidentales, la démographie russe se stabilise

L’enseignement de la culture religieuse en Russie, le patriarche se plaint

La Russie rend obligatoire l’enseignement religieux dans les écoles


mercredi 7 août 2013

Bouddhisme : les bonzes birmans veulent limiter les mariages interreligieux

Du quotidien La Croix :

« Une dizaine d’activistes opposés aux mariages interreligieux hèlent les jeunes à la sortie des cours pour leur faire signer une pétition. Beaucoup acceptent d’apposer leur paraphe au projet de loi des bonzes, qui vise notamment à restreindre les mariages entre musulmans et bouddhistes.

« Le but de cette législation est de permettre à notre religion et à notre ethnie de ne pas disparaître », explique Thura, 19 ans, étudiant en biochimie, signataire de la pétition. « Nous nous sentons responsables de la protection du bouddhisme », renchérit son ami Aung. En quelques heures, les bonzes qui organisent l’événement recueillent 2 600 signatures, disent-ils.

S’il était adopté en l’état, leur texte obligerait les hommes musulmans à se convertir au bouddhisme pour se marier à une bouddhiste. De son côté, la future épouse devrait obtenir l’autorisation de ses parents et de l’administration pour valider l’union. Les contrevenants s’exposeraient à dix années de prison. Le projet de loi émane du groupe de moines radicaux « 9-6-9 », qui a pris cette dénomination en référence aux neuf attributs du Bouddha, aux six du dhamma (ses enseignements) et aux neuf de la sangha (le clergé).



Policiers birmans restent impassibles alors que des moines bouddhistes attaquent des musulmans
(avec commentaires un peu simpliste du présentateur américain sur les religions)

Ce mouvement appelle au boycott des commerces tenus par les musulmans. Il considère que leur pression démographique est trop importante. Elle mettrait en péril la culture bouddhiste en Birmanie. « Ils font exprès de se marier à des bouddhistes pour les convertir, pas par amour, accuse Achin Dhama Pala, un moine posté sous un haut-parleur qui crache des airs entraînants, à la sortie de l’université de Mandalay. Les bouddhistes, les chrétiens et les hindous peuvent s’aimer. Je ne pense pas qu’un musulman puisse tomber amoureux d’une bouddhiste. »

Les relations entre les deux communautés ne cessent de se détériorer depuis un peu plus d’un an. Mi-2012, les affrontements entre musulmans et bouddhistes ont forcé plus de cent mille villageois à fuir leurs habitations à l’ouest du pays. Les violences se sont lentement étendues à d’autres régions. À ce jour, elles ont entraîné la mort de plus de deux cents personnes selon des bilans officiels. »

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« J'aimerais mieux être bouddhiste, parce qu'ils ont cinq vies » dit l'enfant de 7 ans à son grand-père




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jeudi 31 janvier 2013

L’enseignement de la culture religieuse en Russie, le patriarche se plaint

Le patriarche orthodoxe Cyrille s’alarme de voir que seulement 23,4 % des élèves choisissent le module culture orthodoxe dans les écoles moscovites (et 28,7 % au niveau national), dans le cadre de l’enseignement des « Fondamentaux des cultures religieuses et d’éthique laïque », obligatoire depuis septembre dernier.

Les élèves ont le choix entre des modules correspondant à leur religion (orthodoxe, juive, bouddhiste, musulmane) ou des modules « neutres » comme l’éthique laïque ou les bases des cultures religieuses du monde.

Or, selon les statistiques du ministère de l’Education, 47 % des élèves ont choisi les Fondamentaux d’une éthique laïque, 28,7 % les Fondamentaux de la culture orthodoxe, 20,3 % les bases des cultures religieuses dans le monde, 5,6 % les fondements culturels de l’islam, 1,2 % la culture bouddhiste, 0,1 % la culture juive.

Selon le patriarche, les parents ne sont pas libres, en fait, de choisir le module qui leur convient, ils sont influencés par des chefs d’établissement qui font pression sur eux pour qu’ils choisissent un module laïque. Tout en reconnaissant que c’est le patriarcat qui avait insisté pour qu’il y ait des modules non religieux afin de respecter les convictions de chacun, Cyrille demande que la loi ne soit pas utilisée pour détourner les enfants orthodoxes de l’étude de leur propre culture.

Le ministre de la Culture a déclaré qu’il allait s’employer à résoudre le problème, car « c’est l’un des principaux objectifs du gouvernement de soutenir les organisations qui promeuvent pratiquent les valeurs traditionnelles, historiques et culturelles ».

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lundi 7 janvier 2013

La Russie rend obligatoire l’enseignement religieux dans les écoles

Cette année, tous les élèves de quatrième année (10-11 ans) en Russie doivent suivre un cours de religion. Contrairement au Québec qui prétend valoriser la diversité, mais impose un seul programme à tous, les élèves russes ont le choix entre six options : le christianisme orthodoxe, l'islam, le judaïsme, le bouddhisme, la morale laïque ou les religions du monde. La plupart des Russes se considèrent comme des chrétiens orthodoxes, mais la majorité des parents n'ont pas choisi cette classe pour leurs enfants.

Les élèves de quatrième année dans la classe de « Bases de la culture orthodoxe » discutent aujourd'hui de concepts sérieux. « Dieu est le créateur », explique l’institutrice. « Que faut-il entendre par là ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Une fillette répond : « Il a créé le monde entier. »

La classe appelée « Bases de la morale laïque » est populaire parmi les élèves
Ici un cours sur le temple de Jérusalem, centre spirituel du peuple hébreu

L'enseignante utilise des manuels scolaires tout neufs et du matériel audiovisuel préparé par le ministère de l'Éducation.

Cette petite salle de classe à Saint-Pétersbourg est l'un des fruits d'une bataille de plus de 20 ans menée par l'Église orthodoxe russe pour réintroduire l'éducation religieuse dans toutes les écoles de Russie. Le porte-parole de l’Église orthodoxe, Vsevolod Tchapline affirme que ce fut vraiment une tâche très difficile.

« Nous avons eu des discussions eu commodes et très émotionnelles avec certains bureaucrates » de déclarer Tchapline. « Certains membres de la bureaucratie pédagogique sont encore très soviétiques d'esprit. »

En fin de compte, selon Tchapline, l'Église orthodoxe est satisfaite du résultat. « Je pense que les enfants et leurs parents comprennent qu'une telle éducation apporte un supplément de morale dans la vie de l'enfant et de la famille, il apporte une meilleure compréhension de ce qui fait la différence entre un musulman, un juif, un chrétien et un non-croyant », précise Tchapline.

Mais le nouveau programme n'est pas nécessairement ce que l'église escomptait. Les analystes disent que l'Église a dû accepter un compromis avec la bureaucratie d'État russe profondément laïque. L'Église avait tout d'abord insisté pour que ne soient offerts que des cours de religion orthodoxe russe.

Alors que, selon les sondages, entre 70 et 80 pour cent des Russes se considèrent comme des croyants orthodoxes, beaucoup sont clairement mal à l'aise de voir un programme de religion présentée par l’État dans les écoles laïques du pays. Au niveau national, seul un tiers des parents ont choisi de faire suivre le programme sur l'orthodoxie par leurs enfants.

Manuel du cours de religion orthodoxe

Nathalie Saprouga, mère d’écolier qui se dit une fervente orthodoxe, soutient que la religion n'a pas sa place dans les écoles publiques.

« Nous pensons que la religion est vraiment une affaire privée et que l’éducation religieuse devrait commencer en famille et continuer à l'église », explique Mme Saprouga. « C'est pourquoi nous avons choisi ce cours de morale laïque qui vise à aider nos enfants à développer des qualités telles que l'honnêteté, la bonté et de la justice. » (Au passage, on ne sait pas trop quelles valeurs le Cours d’éthique et de culture religieuse québécoise veut et peut inculquer si ce n’est la « tolérance » et le « dialogue »…)

Lors de ce cours de « bases de morale laïque », la classe discute d’Abraham et son importance pour les juifs et les musulmans. (C’est un grand classique de la tolérance superficielle, mais Ibrahim est en fait assez différent d’Abraham, voir ici.) La classe est le plus populaire des six choix, tant au niveau national que dans cette école.

Pour l’institutrice Nathalie Savinova, le programme laïc est très populaire parce qu'il va au-delà de la religion. Elle dit que les parents veulent que leurs enfants soient des personnes morales, mais ils ne se sentent pas confiants dans leur capacité à leur enseigner cette morale à la maison.

L’option la plus populaire après morale laïque est le cours orthodoxe, viendrait ensuite le cours qui présente un survol des religions du monde. En plus de ces trois options, on peut également donner des cours de base sur l'islam, le judaïsme et le bouddhisme. Selon le commentateur politique Constantin von Eggert, l'Église orthodoxe russe n’a peut-être pas obtenu ce qu'elle espérait, mais il salue les efforts de l'Église orthodoxe pour se rendre plus « pertinente » dans le monde d'aujourd'hui.

« Notre hiérarchie ne peut simplement pas penser que parce que nous sommes en théorie un pays majoritairement orthodoxe, ils peuvent se reposer sur leurs lauriers », de déclarer von Eggert.

En tant qu'église nationale, l'orthodoxie russe n'a jamais eu à rivaliser avec les autres religions, poursuit von Eggert. Jusqu'à présent. Il dit que la lutte pour les cœurs et les esprits renforceront l'Église. Toutefois, les parents russes préfèrent enseigner eux-mêmes la religion à leurs enfants, et cela ne fera probablement pas à l’aide d’un cours dans les écoles publiques.

Le président russe Vladimir Poutine a signé une nouvelle Loi sur l’éducation qui rend obligatoires ces classes de religion (à six options) dans toutes les écoles de Russie.

Sources (The Word & Moscow Times)

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Russie — Retour de l’enseignement religieux dans les écoles

Regard sur l'Est.

mercredi 15 février 2012

L’enseignement d'une parmi quatre religions ou de la morale devient obligatoire à l’école russe

Le premier ministre Vladimir Poutine entre le patriarche Cyrille de Moscou et le grand moufti de Russie Talgat Tadjouddine, lors d’une rencontre avec les responsables religieux russes, mercredi 8 février au monastère Saint-Daniel, la résidence du patriarche.

Le premier ministre russe Vladimir Poutine a signé le décret introduisant l’enseignement obligatoire de la religion dans toutes les écoles de la Fédération de Russie. À partir de septembre, les élèves pourront choisir d’étudier soit l’une des quatre religions « traditionnelles » (orthodoxie, islam, judaïsme ou bouddhisme) soit de suivre des cours plus généraux sur les « fondements de la culture religieuse » ou sur les « fondements de l’éthique publique ».

Jusqu’à présent, ces enseignements étaient concentrés sur un trimestre de l’année scolaire, mais l’Église orthodoxe russe avait demandé qu’ils soient donnés sur l’ensemble de l’année, à partir de 2012.

Banni de l’école durant la période communiste, l’enseignement religieux y est retourné en avril 2010, mais dans 19 régions seulement. Cette initiative avait été fortement appuyée par le patriarche de Moscou et par le Kremlin qui souhaitait voir l’identité nationale se cimenter autour de valeurs communes.


Sujet devenu très populaire

Cette idée d’introduire des cours de religion dans toutes les écoles a, dès le début, soulevé de vives critiques en Russie, pays qui a connu 70 ans d’athéisme d’État, et où vivent différentes ethnies et religions.

Les représentants du monde religieux ne partagent pas le scepticisme du monde séculier à l’égard de cet enseignement. Le patriarche de Moscou n’est pas le seul à le soutenir, mais la communauté musulmane le considère aussi comme très utile. Le moufti Krganov Albir a déclaré que « le nouveau sujet d’étude est devenu très populaire auprès des élèves et des parents dans la République russe autonome de Tchouvachie (ouest). Les parents ont affirmé avoir beaucoup appris sur la religion quand leurs enfants ont suivi ces cours ».

Catholicisme écarté, mais hiérarchie comprend que l'orthodoxie prime

En février, sur l’ordre de Poutine, le ministère de l’éducation a mis sur pied des cours de formation pour les enseignants. Les parents devront se déterminer jusqu’en mars pour savoir quel cours leurs enfants suivront.

Bien qu’écartée du nouveau projet d’enseignement religieux, l’Église catholique de Russie avait, en 2009, soutenu l’introduction de l’enseignement religieux facultatif dans les écoles. Selon Mgr Paolo Pezzi, archevêque catholique à Moscou, il apparaissait ainsi clairement que la dimension religieuse fait partie de l’éducation.

Pour l’archevêque catholique à Moscou, il était compréhensible que, dans un pays où l’Église orthodoxe est majoritaire, l’orthodoxie ait la priorité. Il demandait toutefois que, dans les ouvrages scolaires, les passages relatifs à l’Église catholique soient imprégnés de respect.

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mardi 13 septembre 2011

Suisse — introduction d’un cours de « religion et culture » obligatoire à Zurich

Une nouvelle matière intitulée « Religion et culture » a été imposée à la rentrée scolaire dans les écoles publiques du canton de Zurich.

Le programme prévoit un aperçu des diverses religions et traditions dans le monde. Il est centré sur le christianisme de la première à la sixième classe primaire, puis lors des trois années suivantes sur d’autres religions (hindouisme, bouddhisme, judaïsme, islam). Dix écoles du canton n’ont pas encore pu donner ce cours en raison du manque de personnel. Le cours est obligatoire et aucune exemption n'est accordée.

Le cours a été imposé en insistant auprès des Églises sur la chance que constituait ce nouveau programme, car celui-ci devrait enseigner le respect envers toutes les religions dans une société de plus en plus apathiques envers la religion. On ne sait pas comment cet enseignement évitera au secondaire les écueils du relativisme ou d'un genre d'indifférentisme devant l'ensemble des religions qu'il faut « respecter ». Pour ce qui est de la population générale, le gouvernement cantonal a fait appel à des études qui suggèrent que l'apprentissage des religions augmente la tolérance et améliore le vivre-ensemble. On remarque de forts parallèles avec les techniques utilisées au Québec pour vendre le cours ECR.

Pour l'instant, l'opposition la plus stridente à ce cours provient des « sans-religion » (voir ici et en allemand) qui s'insurgent contre le fait que ce cours qui désire enseigner le respect envers toutes les religions n'est pas neutre de par ce simple fait. Ils demandent l'abolition pure et simple de cette nouvelle matière : « Il est inacceptable dans notre société largement sécularisée de donner aux enfants l'impression que la religion est essentielle à la vie en société » de déclarer Andreas Kyriacou, président des « libres penseurs zurichois ». Les connaissances de base sur les religions devraient plutôt, selon lui, être enseignées dans un cours d'histoire. M. Kyriacou et trente-trois autres candidats se présenteront aux prochaines élections cantonales de Zurich au sein d'une liste appelée konfession-lose.ch (sans confession) afin de mettre en œuvre, selon ses dires, la séparation de l'Église et de l'État et, notamment, abolir le cours de religion et culture. Les libres penseurs s'insurgent également contre le fait que le cours de Religion et culture est le plus souvent donné par des anciens enseignants de religion qui n'ont pas changé d'optique et que le cours n'est de ce fait pas neutre.

Ce nouveau programme avait déjà été annoncé en 2006, À l'époque, les fonctionnaires zurichois avaient déjà prévu une opposition de la part des athées et agnostiques ainsi que des « intégristes » (voir la vidéo en allemand). Les mêmes accusations et mots gentils qu'au Québec. On remarquera dans la vidéo — enfin ceux qui comprennent l'alémanique — que les élèves interrogés sont modérément intéressés par la religion (sans avoir d'attitude de rejet non plus) et que certains s'y intéressent, plus particulièrement les religions orientales.


Contexte

En Suisse, se côtoient quatre types d'enseignement de la religion :
  1. un enseignement confessionnel exclu du plan scolaire, se déroulant toutefois dans les locaux de l'école (par exemple le canton deGenève); 
  2. un enseignement confessionnel dans le cadre du programme scolaire, mais sous responsabilité de l'Église (les cantons de Grisons, Bâle-Campagne et les cantons officiellement catholiques); 
  3. un enseignement confessionnel soumis à la responsabilité conjointe de l'Eglise et de l'école (canton du Valais et Saint-Gall) et
  4. un enseignement dit supraconfessionnel du christianisme incluant des essais de « coopération interconfessionnelle » comme à Zurich.
Selon la Constitution fédérale helvétique (art. 15, § 4), aucun de ces types d'enseignement n'est obligatoire. En outre depuis la fin du XXe  s., il existe des types particuliers dans de nombreuses communes. Récemment, un nouveau manuel d'enseignement des religions (dit Enbiro, du nom de la société éditrice Enseignement biblique et interreligieux romand) a été introduit dans les écoles de Suisse romande (sauf à Genève et à Neuchâtel).






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jeudi 12 novembre 2009

Cours d'ECR vendu par les élèves

Les jeunes élèves vendent le cours ECR en répétant la doxa sur l'ouverture : « rester moins dans notre religion à nous ». Même thème répété par trois filles ainsi que par le professeur. « Notre religion » ? On a de la difficulté à croire que ces jeunes connaissent même « leur religion à eux ».

La vidéo a bien sûr été produite dans une optique favorable : une classe de grands (cela soulève moins la réprobation que des jeunes de 6 ans), on ne présente que des faits en classe lors du tournage (rien de scandaleux avec des grands), aucune question difficile de la part de la journaliste, aucune critique de la part des enfants. Le cours c'est vraiment le fun, on fait des sorties, on fait des activités amusantes, on visite, on parle, on apprend pas comme dans les autres cours. Du tourisme « pour s'ouvrir et comprendre la diversité culturelle », « sans trop juger ». Un reportage gentillet en faveur du cours d'Accommodements raisonnables 101.

Notons aussi le grand véhicule — puisqu'on parle du bouddhisme — que sont les enfants convaincus par leur prof comme outil de propagande.

Incidemment, l'école en question est une des écoles impliquées dans le procès de Drummondville.



Remarquez que le christianisme ne semble guère avoir une place privilégiée : nous sommes en novembre, les enfants ont vu l'hindouisme et voient le bouddhisme. Puis, chronologiquement viendra le judaïsme, le christianisme, l'islam et enfin, « chronologiquement », les spiritualités autochtones et l'athéisme. On sera loin de la nette prédominance du christianisme. Un évêque catholique rencontré récemment pensait que le cours passerait 75 % de son temps à voir le christianisme... On sera loin du compte.

Fantastique aussi le débat organisé, même sur une base bénévole, entre croyants et non-croyants, les parents vont être ravis alors que lors du procès de Drummondville, le responsable du MELS, M. Jacques Pettigrew, avait dit que ce n'était jamais le cas !

Enfin, une des jeunes filles dit également que le cours permet « de choisir ce qui peut nous aider ». La religion, une religion puisqu'on ne parle que de cela avant ? Une autre dit : « Ça m'a aidé à savoir dans quoi je me retrouvais plus. » À nouveau au niveau religieux, pour choisir sa spiritualité, c'est ça ? Dès le début de l'année alors qu'elles n'ont vu que l'hindouisme et le bouddhisme ? On a l'impression qu'elles répètent ce qu'on leur a dit que le cours leur permettra de faire. Accessoirement, on avait assuré les parents que le cours n'aurait pas d'effet sur la foi des enfants...






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dimanche 4 octobre 2009

Aucun manuel ECR en anglais n'existe, mais le dalaï-lama est enthousiasmé

Nous en avions déjà parlé il y a un an, le dalaï-lama serait enthousiasmé par le cours ECR.

Comme le rapporte Radio Canada,
« Après Vancouver et Calgary, le dalaï-lama était samedi à Montréal, dernière étape de sa tournée canadienne.

Il a rencontré en matinée 500 étudiants en éducation qui donneront bientôt le cours d'éthique et de culture religieuse.

Le contenu du cours, au programme des élèves québécois depuis 2008, a suscité l'enthousiasme du chef spirituel tibétain.

La rencontre avec les étudiants, qui ont été choisis parmi les universités francophones et anglophones du Québec, a été diffusée en direct sur le web.

« Toutes les religions envoient un message d'amour et de compassion, et elles ont toutes le potentiel pour apporter la paix intérieure », leur a-t-il fait valoir. »
C'est, en effet, une vision que le programme ECR semble véhiculer (surtout au primaire), mais elle n'est guère compatible avec des religions comme l'islam, le judaïsme et le christianisme (voir la document Dominus Jesus). Mais que pense le dalaï-lama de la partie du programme au secondaire qui porte sur l'athéisme ? Pense-t-il aussi que l'athéisme «envoi[e] un message d'amour et de compassion, et [qu'il a] le potentiel pour apporter la paix intérieure » ? Si c'est le cas, tout se vaudrait-il donc, tout serait-il dans tout et inversement ?

On peut douter que le dalaï-lama ait regardé en détail les manuels d'ECR, il n'en existe aucun en anglais. Mais on lui a peut-être dit qu'il était souvent cité en exemple alors qu'on ne puisse pourtant pas vraiment dire qu’il ait réussi à améliorer le sort des Tibétains. Se cantonnant à établir son hagiographie, les manuels ne disent rien du dalaï-lama comme chef temporel et spirituel intransigeant qui n’hésite pas, par exemple, à exclure violemment les pratiquants de Dordjé Chougdèn de la communauté bouddhiste tibétaine et d'interdire une pratique pourtant ancestrale. Voir l'illusion bouddhiste.

Enfin, on peut se demander si le dalaï-lama est d'accord avec la manière dont ce programme est imposé : en supprimant des droits dans les chartes, en enlevant le droit d'objection de conscience aux enseignants, en imposant le cours à tous et en menaçant les parents récalcitrants.

Aucun journaliste québécois pour lui poser la question.






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mardi 25 août 2009

Prof. Jean Laberge — Le programme ECR est vicié dans sa conception même, il doit être abandonné

Jean Laberge, professeur de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal et auteur de En quête de sens, continue de se pencher sur le programme d'éthique et de culture religieuse.

Extraits.

« Selon moi, il est préférable de partir de l’exclusivisme chrétien pour aborder ensuite le pluralisme, contrairement à la position qui anime le programme d’Éthique et de culture religieuse (ECR) qui vise l’apprentissage du pluralisme. L’exclusivisme chrétien permet de mieux préparer les jeunes Québécois à penser avec une pensée pluraliste. L’argument est que, même si l’exclusivisme chrétien ne peut justifier ses croyances, il offre néanmoins une garantie de fiabilité. En d’autres termes, il est préférable d’adhérer à une croyance fiable que de pas avoir de croyance du tout, car c’est sur la base de l’adhésion à des croyances fiables qu’il devient possible de comprendre les autres croyances et, partant, de mieux se comprendre soi-même.

L’idée reçue qui circule au sujet du pluralisme, c’est qu’il existe plus d’une valeur (pluralisme moral), ou plus d’une vérité (pluralisme épistémique). Très souvent, on confond le pluralisme avec une position différente, le relativisme, qui allègue que toutes les valeurs (relativisme moral) ou toutes les vérités (relativisme épistémique) se valent, qu’il n’y a pas de valeur ou de vérité qui soit supérieure aux autres. Le pluralisme signifie quelque chose de différent. Il affirme que toutes les valeurs ou toutes les vérités ne se valent pas (le pluralisme est donc différent du relativisme) et, par ailleurs, il affirme que certaines valeurs (ou vérités) entre irrémédiablement en conflit.

[...]

Selon moi, l’exclusivisme chrétien est préférable au pluralisme de Berlin. Après avoir présenté succinctement le pluralisme de Berlin, je montrerai qu’il entre directement en contradiction avec le libéralisme. [Laberge explique plus tard ce qu'il entend par libéralisme : le libéralisme est une philosophie politique qui admet un facteur explicatif unique. Le penseur libéral entend résoudre ou arbitrer les différents conflits survenant au sujet des différentes conceptions de «la vie bonne», il pense qu'il n'existe pas parfois de conflit de valeurs irréconciliables.] Or, comme nous allons le voir, le programme d’ECR repose sur le libéralisme. Par conséquent, le pluralisme de Berlin est incompatible avec le programme d’ECR, de sorte que, ce programme est vicié dans sa conception même, et qu’il doit être abandonné.

[...]

Pour un partisan du pluralisme comme Berlin, les valeurs du bouddhisme et du catholicisme sont conflictuelles, irréconciliables et irréductibles. Aucune n’est meilleure ou supérieure à l’autre. Les deux s’affrontent directement de manière insoluble.

Autre exemple de pluralisme irréconciliable ou « incommensurable » pour employer le vocable de Berlin. La Charte québécoise des droits et libertés de la personne (1975), à l’article 41, stipule que « Les parents… ont le droit d’exiger que, dans les établissements d’enseignement publics, leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs convictions… ». L’État québécois ne peut honorer ce droit dit « socio-économique » en raison du fait qu’il reconnaît au préalable la liberté fondamentale de religion (article 3). C’est d’ailleurs la conclusion du rapport Proulx, suivant laquelle, l’article 41 est incompatible avec l’article 3 reconnaissant à tous les citoyens du Québec la liberté de religion. Voilà donc un autre exemple illustrant le pluralisme.

Le pluralisme berlinien est donc tragique. Comme on le verra plus après, l’idéal d’une société libérale parfaitement tolérante et harmonieuse comme le proclament les chantres libéraux aux lunettes roses constitue une pure illusion. La vie d’une démocratie libérale abonde en drames où des valeurs que nous chérissons sont sacrifiées sur l’autel du libéralisme. Le pluralisme de Berlin n’est pas un optimisme digne de Pangloss. L’idée donc que les valeurs, dans une société libérale, soient résolubles (ou « accommodables », pour emprunter un terme à la mode) constitue une belle illusion dont bon nombre de libérlaux se plaise à entretenir.

[...]

Le libéralisme est une philosophie politique moniste. [Le monisme est une doctrine qui tend à expliquer les choses par les transformations d’un élément unique, il s'oppose au dualisme et au pluralisme.] Que ce soit sur la base d’un système de droits, ou de principes de justice comme chez Rawls, le penseur libéral entend résoudre ou arbitrer les différents conflits survenant au sujet des différentes conceptions de « la vie bonne ». [Georges Leroux lors du procès a souvent cité John Rawls.] Comme dit le slogan rawlsien, « le juste a priorité sur le bien ». Le libéral se drape de « l’ouverture » à la différence, au pluralisme, à la tolérance. C’est là cependant l’un des plus grands mythes de toute la modernité ! Le libéralisme est foncièrement moniste, pas du tout pluraliste. Il laisse entendre qu’il l’est ou qu’il veut le devenir, mais il cache son monisme intransigeant derrière un système de droits ou de principes de justice.

Voyez, par exemple - un exemple parmi tant d’autres – le cas évoqué plus haut du droit à l’enseignement religieux et moral énoncé dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne (article 41). L’État libéral gère si bien ce conflit de droits qu’il brime purement et simplement le droit des croyants à recevoir l’enseignement religieux qu’ils réclament de droit ! Tolérant, l’État libéral ? Une farce grossière ! Il se réfugie derrière l’existence d’autres droits jugés plus fondamentaux, en l’occurrence celui de la liberté de religion, pour soustraire le droit à l’enseignement religieux et moral. Et quand l’exercice d’un droit menace soi-disant l’intérêt public, l’État invoque alors la clause de L’exercice des libertés et droits fondamentaux (article 9.1 de la Charte québécoise) où il est stipulé que « Les libertés et les droits s’exercent dans le respect des valeurs démocratiques, de l’ordre public et du bien-être général des citoyens du Québec. » Voilà une procédure nettement conséquentialiste dans sa mouture, parfaitement contraire à la nature déontologique des droits ! Qui peut oser encore croire que le libéralisme soit une philosophie politique parfaitement cohérente !

En fait, le libéralisme donne raison au pluralisme : le « bateau libéral » fuit de toutes parts; d’innombrables conflits de valeurs sont résolus arbitrairement, contrairement à ce que prétend le libéralisme. Une chose demeure : les conflits de valeurs existent malgré la mascarade moniste des solutions libérales.

En fait, le libéralisme ne peut tout simplement pas admettre le pluralisme car ce sont des philosophies politiques radicalement contraires. Il suffit d’une simple réflexion pour comprendre ce point crucial. Si Berlin dit vrai, c’est-à-dire si les conflits de valeurs sont insolubles, alors aucune autorité politique ne peut avoir de bonnes raisons d’imposer à qui que ce soit une solution à ces conflits qui, par nature, sont insolubles. Ce qui signifie qu’un État libéral devrait s’abstenir de légiférer, c’est-à-dire d’exister. Voilà l’objection centrale, selon Gray, du pluralisme contre le libéralisme. Alors, le libéral qui veut intégrer le pluralisme doit cesser de rêver. Il doit abandonner le libéralisme s’il veut véritablement épouser le pluralisme.

Le libéralisme du programme ECR

Dans l’introduction à Éthique, culture religieuse, dialogue, Georges Leroux écrit :
L’école laïque n’est pas en effet l’école de ceux qui ont renoncé à la religion et qui tolèrent en les méprisant ceux qui lui conservent une place dans leur vie; elle est l’école du respect de la liberté de religion et de la liberté de conscience de tous. L’athéisme et l’agnosticisme y trouvent une place aussi légitime que la croyance. La démocratie à l’école est à ce prix, et tous les arguments qui, déjà, dans le rapport Proulx, montraient l’importance de cette neutralité dans une société pluraliste nous apparaissent aujourd’hui comme des arguments déterminants.
On ne peut pas trouver plus belle profession de foi au libéralisme que ce passage.

La neutralité accueillante à la diversité dont se drape le libéral est ici éloquente. Tous les conflits réels entre les divers protagonistes sont ici balayés sous le tapis de la neutralité apparente du respect des libertés de conscience et de religion. Ces droits sont conçus comme soustraits aux conflits. Ils les transcendent.

En bon programme de facture libérale, le cours ECR va donc chercher à colmater arbitrairement les conflits insolubles que posent le pluralisme en ramenant constamment l’élève aux balises inviolables mais arbitraires que sont les droits de la personne. Les plus lucides ne manqueront d’observer que la résolution de ces conflits est arbitraire et que ce programme est lui-même foncièrement arbitraire. Ils arriveront au collégial avec une pensée plus confuse que celle avec laquelle nous arrivent nos étudiants actuels.

[...]

 »

Le billet au complet.

jeudi 21 août 2008

Complément au cours d'ECR — le bouddhisme militariste


On pense souvent en Occident que le boudhhisme est intrinsèquement une philosophie pacifiste incapable d'excès militaires ou de soutien à l'agression, que ce genre de comportement n'est réservé qu'à l'Occident et au christianisme dévoyé. Les manuels d'ECR analysés ne font rien pour combattre ce préjugé, un d'entre eux propose même comme modèle aux jeunes enfants de 11 et 12 ans le dalaï-lama (parmi tout un panthéon de modèles des plus prévisibles et fort à la mode chez nos « élites »).

Apportons donc notre pierre pour combattre ce préjugé si répandu aujourd'hui et jeter une lumière plus crue sur le bouddhisme « religion pacifiste » en présentant l'ouvrage de Brian Victoria intitulé Le Zen en guerre, 1868-1945.

Présentation de l'éditeur

Comment les écoles du zen ont-elles pu, à ce point et dès l’aube du XXe siècle, identifier bouddhisme et militarisme impérial ? Comment ont-elles pu collecter des fonds pour soutenir l’effort de guerre, organiser des cérémonies pour obtenir la victoire, créer des centres d’instruction réactivant ainsi le mythe du moine guerrier ? Alors qu’on s’interroge aujourd’hui sur les rapports entre les religions et la guerre, Brian Victoria apporte une importante contribution à cette réflexion en dévoilant comment le bouddhisme japonais s’est dévoyé en devenant une idéologie au service d’un pouvoir agressif et impérialiste.

Bénédiction des drapeaux, croisade pour la défense de la civilisation chrétienne face au bolchevisme, théories suspectes de la guerre juste, on croyait ces images et ces thèmes réservés à l'Occident. Au moins la compassion bouddhiste aurait-elle protégé l'Asie de pareilles dérives. Point, comme le démontre à l'envi le livre de Brian Victoria. Très tôt dans le XXe siècle, le bouddhisme japonais s'est dévoyé en idéologie guerrière au service d'un pouvoir agressif et impérialiste. Les plus grands maîtres, et le célèbre D. T. Suzuki, ont légitimé l'alliance entre le sabre et le zen. Collecte de fonds pour l'effort de guerre, cérémonies spéciales pour l'obtention de la victoire, création de centres d'instruction, activités de renseignement, endoctrinement des populations, cette collusion n'a pas cessé en 1945, elle s'est métamorphosée dans le fameux « zen d'entreprise », du Japon en plein essor. Le pouvoir impérial a réussi à fabriquer de toutes pièces, avec la complicité des maîtres de sagesse, une « âme du Japon éternel » inquiétante.

lundi 28 juillet 2008

Université de Californie : pas de mention à Dieu dans vos écoles si vous voulez que vos diplômés soient admis

L’Université de Californie, un des réseaux universitaires publics de Californie répartis dans 10 villes avec une clientèle de 190 000 étudiants, a adopté une politique l’an dernier qui stipule que les écoles qui utilisent les manuels de sciences, d’histoire et de littérature des grands éditeurs chrétiens ne verront plus leurs diplômés acceptés sur présentation de dossier. En cause : l’inclusion dans ces manuels d’une perspective chrétienne.

Robert Tyler qui représente l’école chrétienne Calvary Chapel et cinq étudiants dans l’affaire qui les oppose à l’Université de Californie a déclaré que la politique discriminatoire de l’université équivaut à un ultimatum : « Si vous voulez que vos cours privés soient reconnus et que vos diplômés puissent être admis dans le réseau universitaire public, vous devez adopter une perspective laïque dans vos écoles. »

« Les écoles chrétiennes devront décider : enseigner en adoptant une perspective chrétienne et priver leurs élèves de la possibilité d’étudier dans une université publique ou adopter une perspective laïque pour qu’ils puissent poursuivre leurs études dans les universités subventionnées de l’État » a-t-il expliqué.

« Ceci revient à dire que l’Université de Californie doit approuver à l’avance les matières enseignées dans nos écoles secondaires » d’ajouter Tyler. « C’est scandaleux, car les représentants de l’Université nous ont déclaré qu’il s’agisse de l’anglais, de l’histoire ou de la science, l’addition d’une perspective chrétienne rend ces cours inacceptables ».

Conditions d’admission dans le réseau universitaire public

Les règles d’admission de l’Université de Californie permettent aux étudiants résidant en Californie d’être reçus s’ils réussissent à se classer parmi les 2 ou 3 pour cent supérieurs à des examens d’aptitude normalisés ou s’ils ont réussi le programme de base des classes préparatoires approuvées.

Selon le dossier présenté par les écoles chrétiennes lors du procès qu’elles intentent actuellement contre l’Université de Californie, plus de 90 pour cent des étudiants du réseau universitaire public ont été admis en réussissant les classes préparatoires.

Enlevez les versets bibliques au début de chaque chapitre et ça ira

Les règles contestées en justice indiquent, toutefois, que les classes préparatoires qui utilisent des manuels qui mentionnent Dieu ou la Bible n’entrent pas en ligne de compte, ce qui revient à rendre l’éducation laïque obligatoire pour avoir être admis.

Les représentants de l’Université de Californie ont rejeté les manuels des principaux éditeurs chrétiens, Bob Jones University Press et A Beka Books, parce qu’ils complémentaient le matériel de base d’un point de vue chrétien.

Burt Carney, dirigeant auprès d’Association of Christian Schools International, a déclaré — à l’issue d’une rencontre avec les employés du réseau universitaire — qu’on lui avait dit qu’aucun fait relié à la physique ne posait de difficulté dans les manuels de physique de BJU Press qui ont cependant été désapprouvés.

En effet, un rapport de l’ASCI précise que les représentants de l’Université auraient confirmé « que, si les versets bibliques au début de chaque chapitre étaient supprimés des manuels, ceux-ci seraient probablement approuvés… » C'est ce que rapporte également Naomi Schaefer Riley dans le Wall Street Journal : « Barbara Sawrey, un professeur de chimie à l'Université de Californie à San Diego qui a conseillé l'université dans ce dossier, a affirmé à Burt Carney [...] que l'utilisation des versets bibliques à elle seule justifiait le refus d'approbation du manuel. »

Alors que les perspectives juives, musulmanes, hindoues sont admises…

« Et cette même université nous parle de liberté d’enseignement » de dire Carney. « C’est très discriminatoire. Ils n’interdisent pas les manuels à thème musulman, hindou ou juif, uniquement ceux à thème chrétien. »

Selon les documents de la poursuite, l’université publique a accepté un ensemble de manuels avec des sensibilités et perspectives différentes – mais pas ceux ayant une perspective chrétienne.

Parmi les manuels acceptés, on retrouve « La Civilisation occidentale : une expérience juive » et « Questions en histoire africaine », par contre « L’influence du christianisme sur l’histoire américaine » a été refusé. « Les rôles féminins en littérature », « Le genre, la sexualité et l’identité en littérature » et « Littérature de la dissidence » ont été approuvés alors que « Christianisme et moralité dans la littérature » ne l’a pas été.

Le manuel « Christianisme et moralité dans la littérature » comprend des extraits de Mark Twain, Stephen Crane et Nathaniel Hawthorne ; l'Université de Californie l'a cependant rejeté car, selon elle, « il ne présente pas cette matière de façon objective ». À quoi ressemble donc un cours objectif ? L'Université de Californie a accepté les manuels « Perspectives féminines en littérature » et « Expériences ethniques en littérature » qui eux sont utilisés dans les écoles publiques de Californie.

Encore plus frappant, « Intro au bouddhisme », « Introduction à la pensée juive », « Études féminines et féministes » et « Études sur la raza [hispanique] » sont des cours facultatifs approuvés tandis que « Providence spéciale : le gouvernement américain » n’a été approuvé ni comme cours d’instruction civique, ni comme cours facultatif.

Le dossier du greffe déposé par les associations chrétiennes résume leurs griefs : « En d’autres mots, les universités publiques californiennes approuvent couramment des programmes qui ajoutent des perspectives non chrétiennes, féministes, ethniques, politiques ou multiculturelles ou qui se concentrent sur une religion comme le judaïsme ou le bouddhisme, mais elles désapprouvent les programmes qui y incorporent une dimension conservatrice chrétienne. »

Emprise grandissante de l’Université d’État sur les programmes scolaires

Ce même dossier accuse « les facultés de l’Université de Californie d’exercer de manière méthodique et menaçante une emprise grandissante sur les écoles secondaires en Californie en imposant de plus en plus de conditions aux diplômés des écoles privées s’ils veulent être admis à l’Université de Californie (et, dans les faits, également à [l’autre réseau public de] l’Université d’État de Californie). Sans aucun mandat dans ce sens, l’Université de Californie est passée de l’établissement des règles d’admission à l’établissement des sensibilités philosophiques ou religieuses qui peuvent être enseignées dans les classes des écoles secondaires et à l’approbation ou non des manuels qui peuvent y être utilisés avec comme conséquence que certains élèves ne seront pas admis à l’Université de Californie alors qu’ils ont les mêmes résultats scolaires que ceux qui y seront admis. »

L’ACSI, avec l’aide d'Advocates for Faith and Freedom, un bureau d’avocats sans but lucratif voué à la protection des libertés religieuses devant les tribunaux, prétend que les règles discriminatoires d’admission de l’Université de Californie sont anticonstitutionnelles pour plusieurs raisons, parmi lesquelles une intrusion illicite du gouvernement dans les affaires de l’Église.

Le dossier de l’ASCI déposé au greffe affirme que « Le fait que l’Université et l’État inspectent les manuels et l’enseignement des écoles chrétiennes pour en supprimer une sensibilité ou perspective religieuse particulière que l’État désapprouve alors que les résultats des élèves qui utilisent ces manuels aux tests standardisés n'en pâtissent pas constitue une intrusion dans le domaine religieux. »

« Chaque enseignant adopte un point de vue » a déclaré Tyler à WorldNet. « Nous avons tous une sensibilité et enseigner une matière d’une perspective laïque, c’est aussi adopter un point de vue. »

« Selon nous, le gouvernement doit demeurer neutre quant à la perspective adoptée dans les manuels scolaires. »