Affichage des articles dont le libellé est musulmans. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est musulmans. Afficher tous les articles

lundi 25 août 2025

En Espagne, la bataille entre le parti Vox et la hiérarchie de l'église catholique

Je ne sais pas si c’est lié aux affaires de pédophilie qui bâillonnent complètement l’église… », a insinué le politique. « Un xénophobe ne peut pas être un vrai chrétien », a répliqué l’évêque. Vox, le parti de droite nationaliste qui prône comme valeurs le respect de la famille traditionnelle et de la culture chrétienne, s’écharpe de manière inédite avec la hiérarchie de l'église catholique. Les évêques d’Espagne prennent en effet, contre Vox, la défense des migrants et de la liberté de culte des musulmans. Une bataille dialectique inattendue à laquelle se livrent les dirigeants du parti Vox et ceux de l’église espagnole.



Les hostilités ont commencé fin juillet à Jumilla, dans la région de Murcie, au sud-est de l’Espagne. Dans cette ville de 27 000 habitants, l’unique conseiller municipal de Vox parvient à faire adopter par le PP (Parti populaire, droite centriste) au pouvoir l’interdiction de l’usage religieux d’un gymnase municipal et les prières sur la voie publique.  La résolution interdit explicitement la tenue d'événements tels que la fin du ramadan (Aïd el-Fitr) ou la fête du sacrifice (Aïd el-Adha), qui sont des événements clés du calendrier religieux musulman. La conférence épiscopale diffuse alors un communiqué pour, dès la première phrase « s’unir à la position de la Commission islamique d’Espagne», puis défendre la liberté religieuse «garantie par la Constitution espagnole (…) et par la Déclaration des droits de l’homme », qu’elle juge entravée par « une discrimination qui ne peut pas avoir lieu dans des sociétés démocratiques ».

Trois jours plus tard, le président de Vox, Santiago Abascal, concède une interview à une chaîne YouTube Bipartidismo Stream. Et élargit le champ de la confrontation. « Je suis perplexe et attristé face à une partie de la hiérarchie catholique, a commencé Abascal. Ce n’est pas seulement leur position en matière d’immigration ou face à l’islamisme extrémiste qui avance, c’est aussi leur silence devant de nombreuses politiques de ce gouvernement (du socialiste Pedro Sanchez, NDLR). Ils parlent très peu des politiques de genre, du droit à la vie, des anciens en fin de vie… »

Arrive alors l’estocade, sous forme d’interrogations rhétoriques : « Je ne sais pas à quoi cela répond. Je ne sais pas si ce sont les subventions publiques de l’église qui l’empêchent de combattre certaines politiques du gouvernement (…). Je ne sais pas si ce sont les revenus qu’elle reçoit dans le cadre du système d’aide à l’immigration illégale (en allusion à l’action sociale d’ONG catholiques comme Caritas, NDLR). Je ne sais pas si c’est lié aux affaires de pédophilie qui bâillonnent complètement l’église face aux actions de gouvernements liberticides, y compris contre la liberté religieuse et la foi. »

Une attaque en règle qui surprend au sommet de l’église. « Cette fois-ci, il a dépassé les bornes, réagit anonymement un évêque interviewé par le média Eldiario.es. L’extrême droite n’avait jamais utilisé le sujet des abus sexuels. » Les sources consultées rappellent que Vox n’en est pas à sa première attaque et que « ce ne sera pas non plus la dernière ». Elles y voient « une stratégie de la division ».



Le journal El Mundo explicite le calcul de la formation politique : « Parmi les 14,8 % d’électeurs qui disent vouloir voter Vox, 72 % s’identifient comme catholiques. » S’appuyant sur ses sondages, le quotidien estime qu’au cours des deux derniers mois, marqués par l’épisode de Jumilla et, auparavant, par les agressions violentes contre la communauté maghrébine de la petite ville de Torrepacheco, «Vox a monté au sein de l’électorat catholique. Entre juin et août, avec ses propositions de déportations massives, éloignées des thèses de l’église, Vox a engrangé 304.085 nouveaux électeurs catholiques croyants. » Le parti politique tablerait ainsi sur un décalage entre le discours de la hiérarchie catholique, empreint du message d’aide au prochain de l’Évangile, et les attentes des fidèles, qu’il suppose inquiets de la progression de l’islam en Espagne.

L’archevêque de Tarragone, Joan Planellas, était interviewé mardi par la chaîne publique régionale Catalunya Radio. Après avoir défendu la liberté religieuse, rattachant la position de la conférence épiscopale au concile de Vatican II, Mgr Planellas a mis en garde : « C’est un piège, et il faut en être conscient. Ils peuvent essayer de se présenter à dessein comme procatholiques, mais ils ne le sont pas. Un xénophobe ne peut pas être un vrai chrétien, et il faut le dire très fermement. » 
Sources : Le Figaro, ABC
 
Voir aussi 
 
 
 
 
 

samedi 4 janvier 2025

Scandale des gangs sexuels pakistanais au Royaume-Uni

Voir également le texte de Mathieu Bock-Côté sur le même sujet paru dans le Figaro de samedi :
 
 C’est une histoire qui remonte à 2017 [note du carnet : bien plus tôt, nous en reparlerons]. On parlait alors des viols de Telford. À l’époque, l’Angleterre découvrait qu’au fil de nombreuses années jusqu’à 1 400 filles blanches [note du carnet : ainsi que des sikhes et hindoues, mais pas des musulmanes] de la classe ouvrière britannique avaient été mises en esclavage sexuel par des gangs pakistanais [et autres musulmans]. L’affaire vient de remonter à la surface, suite à différents rapports, dans une ampleur insoupçonnée, et domine de nouveau la vie politique et la presse britanniques. Les gangs pakistanais auraient en effet opéré dans la plupart des grandes villes britanniques. On parle même de plusieurs dizaines de milliers de jeunes filles, peut-être même davantage. La dimension « ethnique » de ces viols de masse ne peut être occultée, dans la mesure où elle était assumée, et rappelle que les femmes sont toujours les premières victimes d’une conquête, dans la mesure où la souveraineté nouvelle s’exerce d’abord sur leurs corps. Depuis les agressions sexuelles de Cologne, en 2016, chaque société occidentale aurait pu et dû le savoir, d’autant qu’elles ont chacune fait l’expérience à leur manière.

Pourtant, les autorités britanniques ont détourné le regard, quand elles n’ont pas cherché à enterrer l’affaire : elles craignaient, si ce phénomène était révélé, de susciter la haine raciale. Ce scandale à grande échelle fut au fil du temps présenté par la presse de gauche comme une théorie conspirationniste de droite. Ceux qui s’inquiétèrent de ces viols culturellement marqués furent accusés de racisme ou même envoyés subir des séances de rééducation diversitaire pour se guérir de leurs préjugés. Le gouvernement travailliste a récemment refusé d’ouvrir une enquête nationale sur la question, comme si ces viols organisés et publiquement dissimulés relevaient de la logique du fait divers ou n’avaient qu’une dimension locale. Ce refus compte pour beaucoup dans la réactivation politique de ce scandale. Plusieurs considèrent que cela donne raison à Enoch Powell, qui, dès avril 1968, avait annoncé dans un célèbre discours les ravages à venir de la société multiculturelle — il fut pour cela diabolisé et sa mémoire est encore aujourd’hui maudite, la simple évocation de son nom pouvant engendrer une polémique. Il est des hommes dont le crime fut d’avoir nommé la réalité trop tôt.

Ce n’est probablement pas sans raison non plus que l’histoire de Tommy Robinson remonte en même temps à la surface. L’activiste identitaire britannique, présenté comme un activiste d’« extrême droite », a été la cible de persécutions juridiques à répétition au fil des ans, sous de nombreux faux prétextes, qui font à bien des égards penser au sort des dissidents soviétiques. Robinson n’a rien d’un enfant de chœur, mais, derrière les reproches formels et valables qu’on peut lui adresser, on trouve surtout la volonté d’utiliser le droit pour mettre à l’écart un homme qui a voulu exposer le vrai visage du multiculturalisme britannique en dévoilant et visibilisant ces agressions. Elon Musk a d’ailleurs dénoncé récemment son emprisonnement, et plus encore, l’extrême sévérité des conditions de sa détention. Robinson incarne la situation de ceux qu’il faut bien appeler les nouveaux prisonniers politiques d’occident. Le slogan « Free Tommy Robinson » est désormais repris à l’extérieur du Royaume-Uni.

Son incarcération éclaire celle de certains manifestants de l’été 2024, condamnés pour avoir simplement partagé des « mèmes » polémiques remettant en question la viabilité de la société multiculturelle, au point où le gouvernement britannique a voulu libérer par anticipation certains criminels de droit commun pour faire de la place aux délinquants idéologiques, coupables de propos jugés haineux. Partout en Occident, les militants « identitaires », très souvent issus des milieux populaires subissant la diversité réelle, comme on parlait autrefois du socialisme réel, sont la cible d’une répression ciblée, qu’il est généralement mal venu de souligner, comme s’ils avaient en quelque sorte cherché leur mauvais sort. Qui rappelle que leurs droits élémentaires sont bafoués est accusé de complaisance pour l’extrême droite, cette catégorie servant encore une fois à marquer ceux qui doivent être mis au ban de la communauté politique.

Les sociétés occidentales se veulent aujourd’hui particulièrement sensibles aux violences sexuelles, mais elles ne le sont vraiment que lorsqu’elles peuvent mettre en cause leur supposé « patriarcat ». Les violences issues de la diversité sont plutôt passées sous silence, ou même carrément niées, d’autant qu’elles révèlent que la sécurité et la liberté des femmes sont le prix à payer pour la poursuite de l’aventure multiculturelle. Le jusqu’au-boutisme idéologique pousse même le régime diversitaire à se retourner contre les lanceurs d’alerte ou, plus encore, contre ceux qui la subissent directement et n’acceptent pas d’en être les victimes sacrificielles.

Voir aussi
 
 
 
 
 

vendredi 1 novembre 2024

Liban, « Pourquoi les enfants musulmans verraient les enfants chrétiens apprendre et pas eux ? »

Tandis que les écoles publiques accueillent massivement des déplacés et ont dû reporter la rentrée scolaire, les établissements privés - majoritairement chrétiens - ont pu accueillir leurs élèves.


Beyrouth

Dans l’école Saint Vincent de Paul située dans le quartier Clémenceau, à Beyrouth (photo de la cour ci-dessus), un groupe de femmes vêtues de noir est assis sur un banc, le regard dans le vide. De rares bouffées d’air frais agitent le linge qui, sur les fenêtres de l’établissement, sèche au soleil. Il y a là des couvertures, des t-shirts encore tachés et des sous-vêtements. Une dizaine d’enfants jouent dans la cour de récréation tandis que la sonnerie retentit pour rien. Ces enfants n’ont pas fait leur rentrée scolaire début octobre. Près de 880 déplacés ont trouvé refuge dans les salles de classe après que leurs quartiers ont été lourdement bombardés par Israël. À la place des tables, les matelas jonchant le sol accueillent des corps fatigués par l’exil. Au deuxième étage du bâtiment principal, une femme aide son fils à se laver à l’aide du lavabo des toilettes.

« Je suis arrivée de Dahié le 27 septembre et j’ai trouvé l’école ouverte, donc je me suis installé , raconte Mohammed, assis sur un banc de la cour de récréation, ses deux mains massives posées sur ses genoux. On est très bien accueillis ici, ils font tout pour que l’on soit bien». Chaque jour, une dizaine de membres du personnel de l’établissement continue de travailler et épaule les réfugiés. Pour autant, bien qu’ils ne nient pas l’urgence de la situation, ces salariés tiennent les déplacés pour responsables du report de la rentrée des classes.

En raison de la guerre, cet établissement public ne peut pas accueillir ses propres élèves. Quelque 700 écoles publiques libanaises se sont transformées en centres d’hébergement d’urgence pour accueillir une partie des 1,2 million de Libanais qui ont dû fuir leurs lieux d’habitation depuis le 23 septembre, selon les dernières estimations de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Par conséquent, la rentrée scolaire a été reportée au début du mois de novembre. Pour les écoles privées, la situation est différente: le 14 octobre, le ministre de l'Éducation Abbas Halabi a autorisé celles situées en zones sûres à ouvrir leurs portes. Peu d’entre elles accueillent des déplacés. Cette rentrée des classes différenciée cristallise les tensions entre les communautés réfugiées, principalement chiites, et les communautés chrétiennes.

Une rentrée scolaire politique

«Il n’y a quasiment pas d’enfants chiites dans ces écoles privées. Qui a les moyens de payer 2000 dollars par an de frais scolaires ?», s’indigne Hassan Mourad, député sunnite et Président de la commission parlementaire pour l’éducation. Le 26 septembre, cet élu de la Bekaa a dénoncé sur Facebook « les logiques communautaires» de certains acteurs au sujet de l’ouverture des écoles privées. Dans son viseur: le réseau des écoles chrétiennes. « Je n’aime pas parler en ces termes, mais c’est la réalité aujourd’hui. Je ne veux pas qu’il y ait deux Liban. Pourquoi les enfants musulmans verraient les enfants chrétiens apprendre et pas eux ?» S’indigne-t-il. Il déplore les pressions que le ministre de l’Éducation aurait subies de la part du directeur du comité des écoles privées, dirigé par le père Youssef Nasr.

L’intéressé nie ces accusations. Surtout, il refuse de parler de divisions : « Si quelqu’un n’est pas capable d’aller à l’école, il ne peut pas obliger les autres à ne pas y aller non plus », estime celui qui est également secrétaire général des écoles catholiques du Liban. Il appelle à ce que les déplacés soient accueillis dans d’autres lieux que les écoles, même si aucune solution n’a pour l’instant été trouvée par l’État.

Les membres des organisations du secteur éducatif se déchirent au sujet de la marche à suivre dans ce contexte de guerre entre le Hezbollah et Israël . Pour les uns, cette guerre doit mobiliser l’ensemble de la population libanaise. Pour les autres, elle doit épargner ceux qui peuvent l’être, les enfants en particulier. « En réalité, ceux qui réclament la fermeture des écoles privées pendant encore un mois car ce n’est pas leur priorité. Leur priorité, c’est de soutenir la résistance», avance Youssef Nasr.

Dans le secrétariat de l’établissement Saint Vincent de Paul, Élias (dont le prénom a été modifié), un membre du personnel, soupire: « Certains ont choisi cette situation (de guerre, ndlr) , d’autres non et nous ne voulons pas perdre un an à cause de cela». « Nous avons dû débuter les cours en ligne en raison de l’occupation de l’école» , poursuit-il en passant sa main dans ses cheveux grisonnants.

Un système éducatif exsangue

Il estime que 20 à 30 élèves décrochent chaque jour, car le manque d’électricité, de réseau internet et d’ordinateurs au Liban ne leur permet pas d’étudier dans des conditions favorables à l’apprentissage. « Nous avons demandé à tous les acteurs de ce pays, l’État, l’Église, des associations, de trouver une autre solution pour ces réfugiés, mais ça n’a rien changé». Dans le bureau plongé dans une demi-obscurité, seuls les cris des enfants troublent le silence qui a envahi la pièce.

En 2019, le secteur privé assurait plus de 70% de la scolarisation des élèves libanais, un chiffre qui aurait augmenté depuis le début de la crise économique, selon le secrétariat général de l’enseignement catholique. Par ailleurs, un tiers des élèves inscrits dans les écoles chrétiennes sont issus d’autres communautés, selon la même source.

«L’éducation est un secteur vital pour la survie du Liban », fulmine Vincent Gelot, responsable des projets de l’Œuvre d’Orient au Liban et en Syrie. L’association apporte un soutien financier aux écoles privées libanaises. La réouverture de ces établissements est pour l’humanitaire essentielle, afin d’assurer un niveau minimum d’éducation malgré la guerre. «On sort de cinq années calamiteuses avec la révolution de 2019, la crise économique et la pandémie qui a été gérée de façon catastrophique», rappelle-t-il. Selon le ministère de l’éducation, 300.000 enfants libanais, sur 1.2 million, n’étaient plus scolarisés avant le 23 septembre.
 
À Jabboulé, dans le nord de la plaine de la Bekaa, Mère Jocelyne Joumaa, directrice de l’orphelinat Notre Dame du Bon Service témoigne d’une situation humanitaire très difficile : « Avec les bombardements d’hier soir, la panique domine dans la région. Les femmes et leurs enfants viennent se réfugier dans notre couvent. C’est terrible. Notre mission est de témoigner du visage du Christ. »

Depuis le 7 octobre, des dizaines d’écoles privées ont ouvert leurs portes à travers le pays. Le sort des écoles publiques, censées ouvrir dans deux semaines, reste suspendu à la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. Et si celle-ci ne s’arrête pas ? « Le sud du pays vivra comme j’ai vécu en 1982. Nous étions bombardés, et nous n’avons pas pu étudier », augure le député Hassan Mourad.
 
 « L'école en ce moment, ce n'est pas notre priorité ? »

Fatima, huit ans, erre dans cet abri en se languissant de son école, laissée derrière elle, comme sa maison. « L'école et les cahiers de coloriage me manquent », assure-t-elle à l'AFP.

Les hostilités transfrontalières ont débuté il y a un an, après l'ouverture d'un front contre Israël par le Hezbollah, dans la foulée de l'attaque sur le sol israélien de son allié palestinien du Hamas, qui a déclenché la guerre à Gaza. Mais si elles ont été meurtrières, elles n'ont longtemps eu qu'un impact limité sur le fonctionnement des écoles du sud du Liban. Depuis qu'elles ont laissé la place à une guerre ouverte, étendue aux abords de Beyrouth, qui a fait plus de 1 100 morts en deux semaines, selon les autorités, tout a changé.

« Danger sécuritaire », « entraves au mouvement » des élèves et des professeurs... Le ministre de l'Éducation, Abbas al-Halabi, énumère toutes les raisons pour lesquelles son ministère ne « prendra pas le risque » d'organiser la rentrée avant un mois.

« Ça fait deux semaines qu'on dort dans la rue, donc l'école, ce n'est pas notre priorité en ce moment », affirme Salma Salmane, 30 ans, réfugiée dans le centre de Beyrouth avec ses jumelles de sept ans. Jennifer Moorehead, de l'ONG Save the Children, anticipe déjà une année blanche. Avec au moins un mois de scolarisation en moins en 2024-2025, les enfants vont encaisser « un lourd retard sur le programme ».

Sources : AFP, Le Figaro, Œuvre d’Orient, Le Télégramme

mercredi 4 septembre 2024

France — Statistiques des écoles indépendantes à la rentrée 2024 : l’État contre les attentes sociales ?

Créer son école a tenu sa traditionnelle conférence de presse de rentrée ce mercredi 4 septembre au sein de l’école Atouts-Plus de Monique Canto-Sperber, ancienne directrice de l’ENS de la rue d’Ulm, à Paris Ve.

116 OUVERTURES D'ÉCOLES LIBRES (HORS CONTRAT) À LA RENTRÉE 2024


À la rentrée 2024, on compte 116 ouvertures d’établissements indépendants (non subventionnés) ou de niveaux (contre 107 l’an dernier). Cela représente 76 groupes scolaires.

CARTE DES NOUVELLES ÉCOLES INDÉPENDANTES OUVRANT À LA RENTRÉE 2024

Consultez notre carte interactive en ligne en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://creer-son-ecole.com/annuaire-rentree-2024

UN NOMBRE D'ÉCOLES INDÉPENDANTES EN ACTIVITÉ EN FORTE CROISSANCE

Depuis 15 ans, le rythme des créations d’école est soutenu.

Si les fermetures d’école sont plus fréquentes depuis la COVID-19, l’augmentation nette reste importante : le paysage éducatif indépendant français compte 58 écoles en plus cette année, soit un nombre total de 2485 en activité actuellement.


lundi 1 juillet 2024

Forte absence dans les écoles publiques francophones d'Ottawa au lever du drapeau LGBTQ


Selon Campaign Life Coalition, malgré l'absence de reportages, de nombreux élèves étaient absent lors de la journée du lever du drapeau LGBTQ à leur école.

Kamel El-Cheikh, de HandsOffOurKids.ca, s'est personnellement impliqué dans l'organisation de débrayages dans quatre écoles publiques françaises de la région d'Ottawa. Dans ces écoles, un grand nombre d'élèves sont restés à la maison.

Voici les chiffres pour ces écoles selon ce militant.

ÉCOLE PRIMAIRE PUBLIQUE MICHAËLLE-JEAN - NEPEAN (ONTARIO)



Sur un total de 738 élèves, 591 auraient boycotté la cérémonie du hissage du drapeau de la fierté LGBT le 4 juin. Cela représenterait 80 % de l'effectif de l'école. Les classes ont apparemment dû être regroupées pour les 147 élèves restants, dont 50 % ont demandé à ne pas participer aux activités de la Fierté.


ÉCOLE PRIMAIRE PUBLIQUE MICHEL-DUPUIS - OTTAWA (ONTARIO)


225 élèves seraient restés à la maison le 3 juin.

ÉCOLE PRIMAIRE PUBLIQUE L'ODYSSEE - NEPEAN (ONTARIO)

 


160 élèves auraient quitté leur classe et seraient rentrés chez eux avec leurs parents le 3 juin à la suite d'une émission diffusée en direct sur Instagram par Kamel, qu'il a commencée juste avant le lever du drapeau de la "Fierté" prévu, et dans laquelle il a appelé les parents du quartier à venir chercher leurs enfants.

Les parents sont venus et ont ramené leurs enfants à la maison, laissant le personnel de l'école perplexe (photo ci-dessus). La protestation de Kamel a en fait retardé le lever du drapeau, de sorte que lorsque le personnel a hissé l'emblème LGBT, de nombreux enfants étaient déjà sortis de l'école !

ÉCOLE PRIMAIRE PUBLIQUE GABRIEL-ROY - ORLÉANS (ONTARIO)


50 élèves seraient restés chez eux pour protester contre le drapeau de la fierté LGBT.

Se basant sur ses sources d'information internes, Kamel affirme que dans les 31 écoles publiques francophones de la région d'Ottawa, un taux d'absence moyen de 70 % aurait été observé.

mercredi 19 juin 2024

Canada — Intention de vote fédéral par religion


L'évolution démographique du Canada s'est traduite par un changement proportionnel dans la manière dont les partis politiques sollicitent le soutien des électeurs. Les politiciens contemporains cherchent à faire appel à des bases de soutien dans diverses diasporas linguistiques, culturelles et religieuses. En 2015, l'appel des libéraux aux électeurs musulmans a permis au Premier ministre Justin Trudeau de former un gouvernement majoritaire. Mais les tensions récentes provoquées par la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza, et la crise humanitaire qui en résulte, ont changé le paysage politique.

De nouvelles données de l'institut à but non lucratif Angus Reid Institute révèlent que l'exercice d'équilibrisme auquel se livrent les libéraux en abordant le conflit entre Israël et Gaza leur coûte le soutien de deux groupes d'électeurs clés. Le parti de M. Trudeau talonne le NPD (41 % contre 31 %) dans les intentions de vote des musulmans canadiens et le PCC (42 % contre 33 %) chez les juifs canadiens.

Cependant, ce ne sont pas les seuls groupes religieux pour lesquels les libéraux accusent un déficit de soutien. Pierre Poilièvre et le Parti conservateur sont le choix préféré d'une majorité (53 %) de chrétiens, d'hindous (53 %) et de sikhs (54 %).

Ces résultats interviennent alors que les Canadiens de toutes les confessions - ou sans aucune - indiquent être de moins en moins satisfaits du premier ministre.



(source : Angus-Reid)


Prévisions basées sur le dernier sondage Angus-Reid:

CON: 228 sièges (+109)

BQ: 52 sièges (+20) 

NPD; 37 sièges (+12)

LIB: 24 sièges (-136)

VERTS: 2 sièges (=)




vendredi 22 septembre 2023

En Belgique, les parents musulmans s’opposent aux cours d’éducation sexuelle imposés à l’école (mais pas qu'eux)

En Belgique, des musulmans s’opposent aux cours d’éducation sexuelle à l’école. Ci-gît l’islamo-gauchisme. Un clivage d’avenir, car à mesure que l’Occident devient de plus en plus libéral et progressiste, il importe des populations conservatrices à travers l’immigration massive.


La contestation ne se limite pas aux musulmans,  c'est ainsi que La Libre a publié le 18 septembre un texte signé par une soixantaine de parents intitulé « Pour une Evras respectueuse de la sensibilité des enfants, neutre, transparente et incluant les parents ».
La Libre réserve cette lettre ouverte à ses seuls abonnés, mais elle est visiblement gratuitement ici.

Sur le même thème
Directeur d’une des plus grandes écoles de Bruxelles, je m’insurge contre certains passages du guide Evras.

Voir aussi

Belgique — le guide de l'éducation à la sexualité pour la maternelle attaqué par des pédopsychiatres

Suisse — Zurich recommande aux parents de bannir les termes «papa» et «maman» 

Assiste-t-on à l'effritement de l'alliance entre la gauche libérale woke et l'islam politique au Canada ?

Ces autres Églises ou religions que l’ouverture à marche forcée à la modernité a… tuées

Le consensus « conservateur » serait-il terminé ? Nationalistes contre Libéraux 

Étude — Plus une personne est riche, urbaine et de gauche, moins elle accepte les gens qui ont une autre vision du monde

Le grand écart : ce fossé qui se creuse entre les valeurs « occidentales » [progressistes] et celles du reste du monde

Québec — Le Guide gouvernemental à l'intention des milieux scolaires reprend les clichés militants LGBTQ2SAI+

Québec — Cours d’éducation à la sexualité ou comment endommager une génération en une seule prise… 

Au Québec, un cours d’éducation sexuelle « imprégné par la théorie du genre » ?
 
Euthanasie — une femme belge étouffée avec un coussin
 
 

lundi 4 septembre 2023

École — Abaya, l’arbre qui cache la forêt, la censure à l'école


Les contestations d’enseignement et la remise en cause de la parole des professeurs, habillées d’arguments religieux, minent l’Éducation nationale. Les jeunes enseignants sont de plus en plus perméables au multiculturalisme de la France insoumise.



Une requête de l’association Action Droits des Musulmans demande au Conseil D’État en référé de suspendre l’interdiction des abayas prise par le ministre de l'Éducation. « Nous devons être intraitables » a assuré vendredi Emmanuel Macron, affirmant que le gouvernement « ne laissera rien passer » à ce sujet.

Cette rentrée sert de test grandeur nature. Que se passera-t-il ce lundi dans le quartier de La Duchère à Lyon où, avant l’été, jusqu’à deux cents abayas étaient vues dans la cour d’un lycée ? En Seine-Saint-Denis où ces tenues sont portées de longue date ? A Marseille, quand, en juin dernier, des professeurs et des surveillants dénonçaient « l’acharnement » de l’administration contre de jeunes musulmanes ? Des manifestants vont-ils crier à « l’islamophobie », des exclusions d’élèves provoquer des heurts avec la police ? L’effervescence appelant à « faire la da`wa » (prosélytisme) pour protéger « les soeurs » et incitant à faire passer sa large tunique « pour une robe de femme enceinte » dépassera-t-elle le virtuel des réseaux sociaux ? Trente équipes « Valeurs de la République », soit 600 personnes, sont sur le pont pour venir épauler les chefs d’établissement.
 
Abayas et qamis ne sont pas le principal cheval de bataille des islamistes. « La cible des Frères musulmans, c’est l’Ecole, pas le vêtement » , résume le chercheur, spécialiste du jihadisme, Hugo Micheron. Affaiblir le modèle républicain, différencier les élèves par leur tenue vestimentaire, par leurs habitudes alimentaires, par leur pratique sportive (en décrétant ce qui est « halal » ou « haram » ) : tel est le programme défini, théorisé de longue date. Ce que l’anthropologue et chercheuse au CNRS, Florence Bergeaud-Blackler appelle « la logique de surenchère du halal ».




vendredi 20 mai 2022

«Chez les catholiques pratiquants réguliers, le vote contestataire est désormais dominant»

Une étude de l’IFOP pour La Croix montre que quatre électeurs catholiques sur dix ont voté Marine Le Pen ou Éric Zemmour, et 69 % des musulmans pour Jean-Luc Mélenchon. Le politiste Yann Raison du Cleuziou, spécialiste des religions, analyse ces résultats. « Les catholiques et encore plus les catholiques pratiquants ont un très fort niveau de participation électorale », explique Yann Raison du Cleuziou. Yann Raison du Cleuziou est politiste, maître de conférences à l’université de Bordeaux — Institut de Recherche Montesquieu.


 

LE FIGARO. — Selon une étude IFOP pour La Croix, Marine Le Pen et Éric Zemmour réalisent, au total, 40 % chez les catholiques. Que vous inspire ce chiffre ? Faut-il voir, chez une partie des catholiques, le signe d’une hantise du déclin ?

Yann RAISON DU CLEUZIOU. — Pour interpréter le vote des catholiques, il faut déjà se demander de quels catholiques parle-t-on? Le catholicisme renvoie à des idées, à des identités, et à des formes d’appartenance extrêmement variables dans la société française. Selon les différentes études, entre 45 et 50 % de la population française de 18 ans et plus se déclare catholique. En même temps, seulement 1,8 % des catholiques vont à la messe de manière hebdomadaire.

Par ailleurs, tous les catholiques électeurs ne sont pas des électeurs catholiques. Autrement dit, tous les électeurs catholiques ne votent pas en fonction de leur appartenance religieuse. Il faut faire attention à ne pas surinterpréter la dimension religieuse du vote des catholiques. Une enquête de l’IFOP publiée par La Vie en mars 2022 montre que seulement 22 % des électeurs catholiques pratiquants considèrent que leurs convictions religieuses ont beaucoup d’influence dans leurs choix électoraux.

Depuis la publication des travaux de Guy Michelat et Michel Simon (1977), on sait que tendanciellement, les catholiques pratiquants votent bien plus à droite que le reste de la population française. Au premier tour d’une élection présidentielle sous la Ve République, ils ont toujours voté à 65 ou 70 % pour les différents courants de droite, mais le Front national n’en a jamais profité. En revanche, cette résistance où cette réserve ne se retrouve pas chez les catholiques non-pratiquants qui, depuis les années 1990 votent au-dessus des moyennes nationales pour le Front national.

En ce qui concerne les catholiques non-pratiquants, leur engouement pour le Rassemblement national augmente à mesure que ce parti continue de percer dans le corps électoral français. La nouveauté est ailleurs : les réserves que pouvaient avoir les pratiquants à l’égard du RN sont en train de s’estomper : 21 % d’entre eux ont choisi Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle 2022. C’est donc un clair alignement sur les tendances nationales, même s’ils restent encore juste en deçà.

— Si seulement 7 % des non-pratiquants ont voté Zemmour, ils sont 10 % parmi les pratiquants occasionnels et 16 % parmi les réguliers. Dans un contexte d’effondrement statistique, le catholicisme se recompose sur ceux qui restent, les plus fervents et conservateurs ?

— Le score d’Éric Zemmour chez les pratiquants réguliers, soit plus du double de la moyenne nationale, montre une radicalisation de cette frange du catholicisme. Par ailleurs, une enquête pour La Vie de mars 2022 montrait que ce vote pour Zemmour repose sur une dynamique spécifiquement religieuse : 71 % des électeurs catholiques qui votent pour lui le font au nom de leurs convictions religieuses.

C’est très différent du vote Marine Le Pen puisque la candidate du RN obtient 21 % chez les pratiquants réguliers, 26 % chez les pratiquants occasionnels, et 29 % chez les non pratiquants. Plus il y a un détachement de la pratique religieuse, plus le vote en faveur de Marine Le Pen augmente, au contraire du vote Zemmour.

Éric Zemmour a permis la structuration politique d’une droite catholique conservatrice, et par sa rhétorique (le « grand remplacement ») il a contribué à la tirer vers l’extrême droite. Cela s’explique par plusieurs facteurs. Des facteurs politiques liés à la reconfiguration partisane d’abord. Les courants catholiques conservateurs, qui se sont réaffirmés depuis la Manif pour tous, se sont dispersés après 2013 dans tous les partis de droite. Dans ces formations, les catholiques conservateurs (Sens Commun chez LR, le Cercle Fraternité au RN…) ont été mis en échec et marginalisés. Éric Zemmour a accordé à ces réseaux catholiques conservateurs une place centrale, une notabilité qu’ils ne parvenaient pas à avoir dans leur précédent parti. Jean-Frédéric Poisson ou Laurence Trochu n’ont jamais eu autant d’exposition médiatique que depuis leur ralliement à Reconquête !

Les catholiques conservateurs sont conscients du déclin du catholicisme, mais ils ont le sentiment qu’ils sont les seuls à anticiper les effets sociaux profonds que ce déclin va susciter.

Yann Raison du Cleuziou

Cet engouement repose aussi sur le positionnement d’Éric Zemmour et la manière dont il construit les enjeux politiques. Il accorde une place cardinale au catholicisme dans la définition des défis politiques que la France doit relever dans les prochaines décennies. Pourquoi ? Parce qu’il fait du catholicisme l’origine de l’identité nationale. Il en fait ensuite la matrice des formes de gouvernement qui existent en France, lesquels accordent une grande importance à la liberté politique et à la laïcité. Enfin, il en fait le marqueur des mœurs majoritaires. Par conséquent, pour Éric Zemmour, l’effondrement statistique du catholicisme pose des problèmes fondamentaux à la France. Et ces problèmes sont selon lui aggravés par des flux migratoires qui tendent à importer une autre forme de civilisation sur le territoire, une forme de civilisation qu’il identifie à l’islam. Ce discours a été abondamment mis en scène, et suscite un engouement certain chez les catholiques qui pensent que leur religion à une dimension civilisationnelle.

Les catholiques conservateurs sont conscients du déclin du catholicisme, mais ils ont le sentiment qu’ils sont les seuls à anticiper les effets sociaux profonds que ce déclin va susciter. Cette indifférence les accable. Éric Zemmour vient leur apporter de la reconnaissance et les confirmer dans leur vision de la décadence de la France.

— Aussi, 29 % des catholiques ont voté pour Emmanuel Macron, et le vote de gauche n’a pas disparu, y compris chez les pratiquants réguliers, comme cela a pu être parfois avancé. Comment l’expliquez-vous ?

— Emmanuel Macron fait un score tout à fait honorable parmi les catholiques pratiquants réguliers, avec 25 % des voix. Cela reste en deçà des moyennes nationales. Et en 2017, François Fillon obtenait dans le même électorat 55 % des voix au premier tour. Le président sortant ne parvient donc pas à mobiliser derrière lui les catholiques pratiquants qui partagent un positionnement de centre-droit ou un attachement à une droite de gouvernement raisonnable dans son conservatisme.

Chez les électeurs catholiques pratiquants, il y a toujours entre 20 et 25 % de voix qui vont à gauche.

Yann Raison du Cleuziou

Grâce à cette enquête IFOP/La Croix, on observe que le vote contestataire est désormais dominant, à plus de 60 %, chez les catholiques pratiquants réguliers alors qu’auparavant le vote pour les partis de gouvernement était la tendance dominante. C’est un phénomène majeur qui nécessite de nouvelles investigations pour être bien compris. Je pense qu’il peut y avoir un effet de la pandémie de Covid-19. La restriction des libertés publiques et religieuses, la surexposition aux réseaux sociaux, la montée en puissance d’un pouvoir médical dont les catholiques se méfiaient déjà en raison de leur expérience des débats bioéthiques, ont sans doute favorisé une exaspération dans le rapport aux institutions.


 

Jean-Luc Mélenchon, lui, a considérablement augmenté son vote. Cette dynamique est encore plus forte que celle du vote pour Éric Zemmour, mais est moins liée à des considérations religieuses.

Chez les électeurs catholiques pratiquants, il y a toujours entre 20 et 25 % de voix qui vont à gauche. Cette année, le candidat LFI a réussi à prendre un leadership sur toutes les autres candidatures de gauche. La logique de vote utile a fonctionné parmi les catholiques pratiquants. De plus, un certain nombre de personnalités catholiques, comme l’économiste et jésuite Gaël Giraud ou Samuel Grzybowski, cofondateur de la Primaire populaire, avaient appelé à voter pour Jean-Luc Mélenchon.

— En termes de participation, 78 % des catholiques ont mis un bulletin dans l’urne. Est-ce lié à un sens du civisme plus prononcé ou en raison du statut social des catholiques, en moyenne plus favorisés que le reste des Français ?

— Le très fort civisme des catholiques est un fait établi. C’est un constat qui se renouvelle à chaque élection. Les catholiques et encore plus les catholiques pratiquants ont un très fort niveau de participation électorale. Cela s’explique, historiquement, par une forte conscientisation de l’enjeu moral qu’est la participation à la vie de la cité politique. Ils ont un vrai sens du devoir, et de la culpabilité lorsqu’ils ne peuvent pas participer.

Les travaux de Claude Dargent ou de Vincent Tiberj ont montré que les Français musulmans votent, de manière massive et quasi unanime pour la gauche.

Yann Raison du Cleuziou

Ce phénomène est aussi lié à leur intégration sociale, lié à la classe sociale ou à l’âge. Il ne faut pas oublier que la pyramide des âges du catholicisme est inversée. Les retraités constituent de forts bataillons du catholicisme. Et il est connu que les retraités ont aussi un fort niveau de participation électorale.

— Par ailleurs, 69 % des Français musulmans ont voté Jean-Luc Mélenchon. Est-ce un vote d’adhésion, lié au projet économique du candidat notamment, ou un rejet d’Éric Zemmour et Marine Le Pen, qui ont en partie fait campagne sur la crainte de voir la France s’islamiser ?

— Les travaux de Claude Dargent ou de Vincent Tiberj ont montré que les Français musulmans votent, de manière massive et quasi unanime pour la gauche. Cette orientation électorale s’inscrit dans la longue durée. C’est pourquoi leur choix pour Jean-Luc Mélenchon n’a rien d’exceptionnel, et il ne faut pas le surinterpréter.

Claude Dargent a par ailleurs expliqué que ces Français ne votent pas en raison de leur foi, mais en raison de leur positionnement social et de leur environnement professionnel. L’expérience de la précarité et la mémoire ou l’expérience des migrations par exemple, nouent leur alliance avec les gauches plus que leur positionnement religieux. [C’est vrai en partie, les musulmans demandent plus d’interventions de l’État, mais c’est une explication lacunaire, l’abandon de la volonté d’assimilation républicaine et de la laïcité militante par les Insoumis a rapproché Mélenchon des musulmans, voir : « Il est le seul qui a défendu les musulmans ».]


dimanche 23 décembre 2018

La question de l'immigration, devenue centrale en Belgique, a fait tomber le gouvernement

Marche contre le pacte de Marrakech le 16 décembre 2018
Le sénateur belge Alain Destexhe (Mouvement réformateur, même parti que le Premier ministre démissionnaire, Charles Michel) analyse les tensions autour de l’immigration en Belgique. Le modèle multiculturaliste a échoué, argumente-t-il.

– Pourquoi y a-t-il une crise autour de la question de l’immigration en Belgique ?

Alain DESTEXHE. —Le plus grand parti politique du Royaume, la NV-A (Nouvelle Alliance flamande, un parti « nationaliste » de centre droit), a refusé que le Gouvernement belge signe le « Pacte migratoire » de l’ONU. Dès lors, le Premier ministre, Charles Michel, n’avait plus de majorité au Parlement. Il a tenté de gouverner avec une minorité, mais après quelques jours, il a été contraint de présenter sa démission.

Que reprochait la NV-A au Pacte de Marrakech ?

D’abord, elle avait de sérieux doutes quant au caractère « non contraignant » du Pacte, étant donné que les signataires « s’engageaient à honorer les engagements contenus dans le Pacte ». Ensuite, elle craignait le fait que le Pacte fasse partie de la « droit souple », de la coutume internationale et donc que des ONG, des juges belges, ou la CEDH puissent l’invoquer. Enfin, et surtout, elle rejetait une partie du texte : la non-distinction claire entre migration légale et illégale, l’obligation de tenir compte de la culture des migrants par exemple dans les soins de santé (ce qui pourrait signifier l’obligation de femmes médecins pour soigner les femmes), la protection absolue des enfants et donc l’interdiction de placer en centre fermé une famille pour la rapatrier, même en dernier recours, etc.

Pourquoi la question de l’immigration a-t-elle une telle importance en Belgique ?

Par rapport à sa population, la Belgique a reçu beaucoup plus d’immigrés que ses voisins, y compris la France. Dans les années 2000, le solde migratoire a été quatre fois plus important en Belgique qu’en France ou en Allemagne ! Les problèmes qui en résultent (absence d’intégration, communautarisme, développement de l’islamisme) ont été niés ou minimisés.

Il y a aussi un clivage entre Flamands et Wallons. Au nord du pays, la NV-A et le Vlaams Belang (l’« Intérêt flamand  », parti proche des thèses de Marine Le Pen) se sont emparés depuis longtemps de ces questions migratoires. Au sud du pays, la presse et les partis politiques se sont montrés plus réticents. De plus, le nord du pays vote majoritairement à droite (l’extrême droite et la droite nationaliste comptent pour près de 40 % du corps électoral alors que le sud vote à gauche. Le PTB [Parti des travailleurs de Belgique], un mouvement d’extrême gauche qui se réfère encore au marxisme et au communisme, y effectue une percée spectaculaire. Cette différence est clairement une menace pour l’unité du pays. Le président de la N-VA, Bart de Wever, qui est aussi un intellectuel, a développé la thèse de deux démocraties en Belgique qui ne seraient plus en phase, ce qui justifierait de passer du fédéralisme au confédéralisme. Le débat actuel autour de l’immigration ne peut que renforcer ses convictions.

Le problème est-il plus aigu encore en Belgique qu’en France ?


Dans les années 2000, une politique d’ouverture a été pratiquée en Belgique : facilitation du regroupement familial [qui constitue désormais 50 % de l’immigration], opérations de régularisation des clandestins, tolérance vis-à-vis de l’islamisme, naturalisations en masse… En une vingtaine d’années, presque un million de personnes ont été naturalisées sur une population de dix millions. Beaucoup ne sont pas intégrées. Imaginez que cinq ou six millions de personnes accèdent à la nationalité française sans que leur soit demandée une intégration économique ou culturelle à la société française : cela provoquerait un tollé. Pourtant, c’est, proportionnellement, ce qui s’est passé en Belgique.

À quel point Bruxelles est-elle aujourd’hui une ville multiculturelle ?

Bruxelles compte déjà probablement 30 % de musulmans. En quelques années à peine, les Belges d’origine sont devenus minoritaires à Bruxelles. En soi, ce ne serait pas un problème si l’intégration [en Belgique, on ne parle plus d’assimilation depuis longtemps] avait eu lieu, mais la plupart des indicateurs montrent que ce n’est pas le cas. Prenons des. À chaque élection en Turquie, Erdogan et son parti l’AKP réalisent un score d’environ 10 % supérieur parmi les Belgo-Turcs qu’en Turquie. La plupart, issus de la seconde ou troisième génération d’immigrants, sont pourtant nés en Belgique. La dérive autoritaire et islamiste d’Erdogan ne suscite aucune protestation chez les nombreux élus turcs de Belgique parmi lesquels des députés et un maire, ancien ministre. Chez les musulmans, l’homophobie et l’antisémitisme restent très répandus. Les différentes communautés vivent de plus en plus repliées sur elles-mêmes.

Un nouveau modèle de multiculturalisme bruxellois, très problématique de mon point de vue pour le socle de valeurs communes.

Le Parlement régional bruxellois, où les Belges d’origine étrangère sont en passe de devenir majoritaires, vote des résolutions sur la Palestine ou les Rohingyas de Birmanie, mais ne s’intéresse pas à la situation des droits de l’Homme en Turquie. Dans les écoles primaires publiques bruxelloises, plus de 50 % des enfants suivent le cours de religion musulmane. On assiste à l’émergence d’un nouveau modèle de multiculturalisme bruxellois, très problématique de mon point de vue pour le socle de valeurs communes, mais le discours officiel célèbre cette diversité et le « vivre ensemble ». Le sursaut provoqué par les attentats terroristes est bien loin. Le terrorisme est combattu, mais l’islamisme qui est le plus souvent non violent progresse dans une indifférence quasi générale. Il n’y a pas non plus d’études comme celles de l’Institut Montaigne en France qui tenteraient de mesurer le degré d’intégration. Le monde politique et médiatique préfère ne pas voir les problèmes.

Cette situation est-elle inquiétante ?

Ce modèle diversitaire devrait être étudié objectivement, car avec la poussée migratoire que connaissent la plupart des grandes villes d’Europe de l’Ouest, il pourrait s’imposer progressivement, un peu partout, à travers des élections démocratiques. Comme on le sait, la démocratie c’est le pouvoir du nombre, le pouvoir du peuple, qui ne va pas forcément dans le sens des valeurs libérales ou des notions de laïcité ou de neutralité de l’État [notions parfois peu acceptées par certains immigrés].

La démographie est, ici, une question centrale. Bruxelles est devenue la seconde ville la plus cosmopolite du monde après Dubaï, sans en avoir la richesse. Autrefois, la ville la plus riche du royaume, elle est en voie de paupérisation suite aux vagues migratoires. À Bruxelles, 90 % des allocataires sociaux sont d’origine étrangère. Cela devrait faire réfléchir ceux qui prônent des frontières ouvertes tout en dénonçant la montée des inégalités.

Comment cette évolution est-elle perçue par les autres régions de la Belgique ?

Ce qui se passe à Bruxelles sert de repoussoir à une partie de la Flandre. Sans sombrer dans l’extrême droite, la NV-A a pris conscience des dangers de la société multiculturelle et du besoin d’identité, un thème central dans son discours. Elle a d’ailleurs réussi à attirer quelques jeunes femmes éminentes de la société civile d’origine étrangère, mais qui refusent cette évolution vers le multiculturalisme.

Source

« La Belgique finira arabe »

Jeune Afrique, le 9 décembre 2018, par Fawzia Zouari

L’islamisation des esprits a gagné le Nord et le Sud. Des immigrés traînent une mentalité de « daéchistes » sans le savoir.

J’étais de passage à Bruxelles. Je n’aime pas beaucoup Bruxelles. C’est une « capitale pour rire », disait Baudelaire. Elle est faite de tunnels et de voies de sortie sombres, de ponts moches, de trottoirs défoncés, les belles bâtisses y sont noyées sous des immeubles à l’architecture foireuse et la gare du Midi est une horreur. Cependant, j’adore les Belges ! Je trouve que c’est le peuple le plus doux et le plus innocent de la terre. Et c’est sans doute pour cette raison que je me suis fâchée avec le chauffeur de taxi qui m’emmenait au lieu de conférence où je devais me rendre. Le chauffeur en question est tunisien, comme moi. La trentaine, il est installé depuis dix ans à Bruxelles. Dès qu’il a su d’où je venais, il a fait l’arabe, a abandonné la langue de Molière pour ne parler que la langue du Coran, avec les expressions, les jurons, les wallah et les inch Allah à tout bout de phrase. J’avais l’impression de me retrouver au cœur de la médina de Tunis. Je l’ai branché sur Bruxelles. Il a dit :

« J’y suis très bien, al hamdoullah ! J’ai un travail, une femme et des enfants. En plus, il y a plein de Maghrébins, m’a-t-il répondu.

– Tant que ça ?

– Ah ! oui, ma sœur, nous allons devenir majoritaires ! J’ai quatre enfants, mon voisin marocain en a six. Si Dieu le veut, la Belgique finira arabe et musulmane.

– Et ça te plairait ?

– Ben oui. Nous sommes appelés à peupler la terre entière. »

J’ai regardé le jeune homme. Il n’avait ni barbe ni trace sur le front attestant de sa pratique de la prière. Et j’ai compris le mal. Insidieusement, l’islamisation des esprits a gagné le Nord comme le Sud. De jeunes immigrés trimbalent une mentalité de « daéshistes » sans le savoir.

« Pourquoi as-tu quitté la Tunisie ? l’ai-je interrogé.

– Pour être tranquille. Travailler avec des gens sérieux, pas corrompus, et des administrations qui marchent. »

Jugeant inutile de le raisonner, je me suis contentée de le taquiner à la façon de l’humoriste algérien Fellag : « Tu imagines le jour où la Belgique sera gérée par des Arabes ? Tu crois que tu vas continuer à jouir de ces privilèges ? » Il a calé. J’ai ajouté : « Et puis, ils iront où, les Belges ? » Soudain, il m’a semblé triste et désorienté. J’ai détendu l’atmosphère en lui racontant l’histoire de l’un de mes oncles qui avait décidé de ne plus aller à la mosquée après un prêche du vendredi lors duquel l’imam avait affirmé que le bon croyant était destiné d’office à retrouver au paradis ses cousins, ses voisins et toute la smala : « Si c’est pour tomber sur ces mêmes idiots qui me pourrissent la vie ici-bas, merci ! » Nous avons ri.

Théorie du remplacement

Après la conférence, il y a eu un cocktail et une rencontre avec le public. Là, un gars du même âge que mon chauffeur de taxi s’est avancé vers moi, un verre de champagne à la main. C’était un Tunisien… Ils sont tous en Belgique ou quoi ? Et il va falloir que je demande pour quelles raisons mes compatriotes ont quitté aussi nombreux la Tunisie alors qu’il y a eu la révolution et que Ben Ali est parti. Je pose la question à mon interlocuteur en train de savourer ses bulles : « Il n’y a pas que la politique, madame. “Là-bas”, c’est la corruption à plein régime et “ces gens-là” ne fichent rien de la journée. De toute façon, moi, si je suis venu ici, ce n’est pas pour fréquenter mes coreligionnaires, c’est pour vivre parmi les Belges. Les Arabes, je ne veux plus les voir, même pas en photo ! » Voilà qui est clair.

Je suis rentrée à l’hôtel en repensant à la fameuse théorie du remplacement tenue par l’un et au rejet des siens exprimé par l’autre. Et j’ai dû m’avouer que je ne comprenais pas ce qui passe dans la tête de ces jeunes immigrés, moi qui fais partie de la vieille immigration.

Source : Jeune Afrique


Voir aussi

Changement démographique en Belgique — Bruxelles musulmane dès 2030 ?

Pacte de Marrakech : quand Facebook et Le Monde vous disent que penser

Le Pacte mondial sur les migrations pourrait devenir contraignant

vendredi 11 mai 2018

Éthique et culture religieuse : « lutter contre les préjugés à l'endroit des musulmans »

Un jeune chercheur de l’UQTR a constaté que les enseignants étaient souvent mal à l’aise lorsque venait le temps de parler en classe de ce qu’il qualifie comme des préjugés à l’endroit des musulmans dans le cadre du cours d’éthique et culture religieuse au secondaire.

Après avoir animé une série d’ateliers dans les écoles, il en conclut que les professeurs manquent surtout d’outils et de guides pour bien lutter contre les préjugés anti-musulmans. Devant d’autres chercheurs intéressés par le domaine, Mathieu Lizotte a parlé de son expérience avec un guide pédagogique développé par le Centre Justice et Foi à Montréal, « Québécois(e)s, musulman(e)s… et après ? ». « Très rapidement, on a senti qu’il y avait un intérêt d’avoir un outil supplémentaire. On sent parfois qu’il y a un manque de formation sur le terrain », a observé l’étudiant en sciences de l’éducation.

Le guide, conçu pour le Centre justice et foi et — mais cela ni Radio-Canada ni Le Devoir ne le mentionne — l’organisation de femmes musulmanes LaVoiEdesFemmes, a pour but d’aider les enseignants à déconstruire les images préconçues, particulièrement au sujet de la religion musulmane.

Le document propose notamment des ateliers pédagogiques et des activités d’animation à organiser en classe pour engendrer la réflexion. « Ne serait-ce que pour rappeler que tous les terroristes ne sont pas musulmans et que tous les musulmans ne sont pas terroristes », explique-t-il. On aimerait avoir plus d’exemples de préjugés déconstruits, car qui pensent vraiment que tous les terroristes sont musulmans, plutôt disons qu’un grand nombre récemment ?

Au fil de ses rencontres, il a constaté que de nombreux enseignants hésitent même à aborder ce genre de sujet.

« Le fait de ne pas avoir de conseiller pédagogique dans les cours d’éthique et de culture religieuse fait en sorte que les enseignants qui auraient besoin d’aide se sentent moins bien outillés », a-t-il constaté. Résultat : des professeurs tentent d’éviter certaines discussions, comme celles portant sur le voile, par exemple.

Mais ce n’est pas toujours si simple.

Mathieu Lizotte s’engage donc dans une étude en sciences de l’éducation qui porte précisément sur la façon dont les enseignants gèrent les échanges qui s’imposent d’eux-mêmes, notamment en raison de l’actualité. Il commencera cet automne un processus d’entrevues auprès d’enseignants.

« Je veux savoir d’où viennent les préjugés? Qu’est-ce que l’enseignant fait lorsque ces stéréotypes s’invitent en classe ? », se demande-t-il.

Il espère ainsi dresser un portrait dans le but d’adapter les interventions dans les salles de classe au Québec.