Affichage des articles dont le libellé est révisionnisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est révisionnisme. Afficher tous les articles

vendredi 12 décembre 2025

Manitoba — « La honteuse disparition de l'évêque Grandin »

En 2023, le conseil municipal de Winnipeg a officiellement et à l’unanimité changé le nom du boulevard Monseigneur Grandin (Bishop Grandin) en Abinojii Mikanah, qui signifierait « route des enfants » en ojibwé et en cri, même si un conseiller municipal a estimé que ce changement serait « source de confusion, coûteux et potentiellement dangereux » dans les cas où les premiers intervenants recherchent des adresses. Il a également fait part de ses inquiétudes quant au fait que certaines personnes pourraient refuser d’utiliser ce nouveau nom imprononçable. 



[Winnipeg a également renommé le Sentier Grandin Awasisak Mēskanôw (« la route des enfants » en cri) et la rue Grandin devient la Taapweewin Way ce qui signifierait « La voie de la vérité » en michif la « langue ancestrale » des Métis du Manitoba selon Radio-Canada. Ce qui linguistiquement est — comment dire ? — peu précis. Le michif est une langue métisse, parlée par les Métis, qui mélange le français et le cri et d’autres langues autochtones comme l’ojibwé. Mais il existe en réalité plusieurs langues michif (français michif, michif du Nord, michif du Sud) qui ne sont pas toujours mutuellement intelligibles. Winnipeg n’a pas choisi du michif français (qui serait quelque chose comme La chmin d’la vraytay) alors que c’était de loin la variété la plus parlée par les Métis du Manitoba et que Saint-Boniface était pourtant le centre urbain du Manitoba francophone… Le mot Taapweewin est cri : ᑖᐯᐧᐃᐧᓂᐤ.]

Mais début mars 2023, une conseillère municipale de Winnipeg a demandé que le changement de nom prévu ait lieu dès que possible. 

La conseillère Sherri Rollins, présidente du comité de l’immobilier et du développement, a déclaré que le nouveau nom déjà approuvé par la ville marquait une étape essentielle vers la réconciliation avec les peuples autochtones, un argument commun chaque fois qu’il s’agit de changer des noms actuellement en Amérique du Nord.



À l’appui de sa position, Mme Rollins a souligné que les demandes du public en faveur d’un renforcement des efforts de réconciliation se sont considérablement accrues au Canada au cours des deux années qui ont suivi la première annonce de la découverte de plus de 200 tombes anonymes sur le site de l’ancienne école résidentielle indienne (IRS) de Kamloops, en Colombie-Britannique.

« Abinojii Mikanah, un nom de rue qui rend hommage de manière très importante aux enfants victimes du génocide… (est) d’une importance vitale », a déclaré Mme Rollins.

Ce qu’elle a omis de mentionner, c’est que le site de Kamloops et des dizaines d’autres sites similaires à travers le Canada n’ont fourni aucune preuve de l’existence réelle de dépouilles d’anciens élèves de l’IRS. On n’a détecté que des anomalies dans le sol à l’aide d’un outil peu fiable appelé radar à pénétration de sol.

dimanche 7 décembre 2025

Jean-Luc Mélenchon : «L’esprit des Lumières doit à l’Islam» (et à Averroès)

Cette version très islamo-compatible de l'histoire philosophique n'est pas sans rappeler ce qu'affirmait Luc Ferry, corrigé par Rémi Brague. Voir ci-dessous.

Usage de la raison : Rémi Brague sur la prétendue primauté Averroès sur Saint Anselme, Saint Thomas d'Aquin

Rémi Brague corrige les propos de Luc Ferry sur Averroès (°1126 - †1198) qui aurait appris aux Occidentaux que l’usage de la raison est un devoir pour les Occidentaux. Pour Luc Ferry, « ce message d’Averroès c’est le message Saint-Thomas d’Aquin, c’est que Saint-Thomas (° 1224 - †1274) va reprendre d’Averroès. [...] C’est ce qui va passer aujourd’hui quasiment mot pour mot dans l’encyclique de Jean-Paul II Fides et Ratio. »

Rémi Brague souligne que Luc Ferry se réfère à un unique texte d’Averroès qui correspond à environ 0,5 % de son œuvre totale. Dans ce texte, Averroès distingue trois types d’hommes : le vulgaire tout en bas, les philosophes tout en haut et au milieu, pour simplifier, ce qu’on pourrait appeler « des théologiens ». Pour Averroès, explique Rémi Brague, la raison n’est obligatoire que pour les seuls philosophes, pour les autres elle est interdite.

Non seulement ce texte d’Averroès auquel Luc Ferry fait allusion ne va pas dans le même sens que Saint-Thomas d’Aquin, mais il va très exactement dans le sens contraire. Pour Rémi Brague, « les mettre dans le même panier c’est simplement avouer son incompétence ». Le philosophe ajoute qu’« oser dire que le problème de la raison et de la foi serait venu d’Averroès à Thomas d’Aquin, c’est d’une insolence : comme si Saint-Anselme (°1033 - †1109) — bien avant l’entrée du savoir arabe et traduit en arabe en Occident — n’avait posé la question d’une manière très lucide. Comme si Saint-Anselme n’était lui-même pas l’héritier de Saint-Augustin (°354 - †430) qui a posé la question ! Mais qu’est-ce que c’est que cette façon de vouloir nous faire croire — sans doute pour se dédouaner de je ne sais quel racisme intellectuel ou non — que les Arabes nous auraient tout apporté, que l’Europe n’aurait rien inventé ! »

Voir aussi

Au moins 75 % des classiques grecs connus aujourd'hui proviennent de copies byzantines

Rémi Brague : Y a-t-il un islam des Lumières ?

La conservation du savoir grec à Constantinople et sa diffusion dans l'Europe romane (avec Extrait relatif à l’enseignement classique conservé sous l'Empire romain d'Orient).

Histoire — « On a trop souvent mythifié el-Andalous »  

Contes, légendes, clichés et réalité de l'Espagne musulmane

La liberté moderne vue par Rémi Brague

Rémi Brague — Sur le « vrai » islam

Rémi Brague sur l’islam, la culture classique et l’Europe

Rémi Brague : « Dans les gènes de l’islam, l’intolérance »

Manuel d’histoire (1) — chrétiens intolérants, Saint Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part

Manuel d’histoire — Chrétiens tuent les hérétiques, musulmans apportent culture raffinée, pacifique et prospère en Espagne

Meilleur « vivre-ensemble » grâce à la connaissance ? 

Les chrétiens et les juifs dans l’Occident musulman

La conservation du savoir grec à Constantinople et sa diffusion dans l’Europe romane 

Espagne d'el-Andalous : certaines dynasties ont-elles été plus tolérantes que d'autres ?

vendredi 20 juin 2025

Révisionnisme — Pour Mélenchon, Saladin a permis aux Occidentaux de construire les cathédrales

En conférence hier sur la situation géopolitique au Proche-Orient, Jean-Luc Mélenchon a déclaré que « le roi Dagobert qui mettait sa culotte à l’envers, bon, les [peuples musulmans] ils la mettaient à l’endroit et ils inventaient les maths. Donc disons qu’il y avait une différence de niveau » avant d’ajouter que « s’il n’y avait pas eu Saladin, vous ne sauriez pas bâtir des cathédrales parce que c’est lui qui vous a appris comment on faisait ».

Dagobert est un roi mérovingien qui a régné de 623 à 629 (période d'ailleurs prospère). À cette date, impossible de dire que la civilisation islamique «invente les maths» : on est dans les toutes premières années de l'islam dans le désert d'Arabie où les combattants du djihâd n'inventent certainement pas les mathématiques !

Quand l'abbé Suger qui a posé les bases du style gothique et fait édifier Saint-Denis par la même occasion, est mort en 1151, Saladin avait 13 ans, Aix-la-Chapelle trois siècles et demie et Cluny III était devenue la plus grande construction de la chrétienté.

Saladin, sultan kurde (règne de 1174 à 1193), n'a absolument rien « appris », rien « transmis » aux Occidentaux. Il n'était pas un savant, ni un érudit. Admettons qu'ici « Saladin » soit utilisé comme une figure symbolisant l'ensemble du monde islamique médiéval. Peut-on dire alors que c'est via les savants musulmans qu'on aurait appris en Occident à faire cathédrales et vitraux ? Là encore, non.

L'architecture gothique est faite d'une multitude d'inventions et d'innovations : certaines viennent sans doute de la civilisation hispanique puis islamique (comme l'ogive), mais d'autres sont des inventions occidentales (la croisée d'ogives). Avant la conquête musulmane de l'Espagne en 711, l'architecture wisigothique, qui s'est développée dans la péninsule ibérique sous le royaume wisigoth (Ve siècle jusqu'à l'arrivée des Omeyyades), utilisait déjà des arcs en fer à cheval, également appelés outrepassés. Ces arcs, caractérisés par une courbure qui dépasse le demi-cercle (souvent environ un tiers de plus), étaient employés dans des églises et des édifices religieux. Après la conquête musulmane de 711, l'architecture omeyyade en El-Andalous (Espagne musulmane) a repris et amplifié l'usage des arcs en fer à cheval. Avec leur forme élancée et parfois légèrement pointue, ils ont joué un rôle dans l'évolution vers des formes ogivales, car ils permettaient une meilleure répartition des forces et une esthétique plus verticale.

Arcs outrepassés de Sainte-Marie de Melque (Espagne),
début de la construction au VIIe siècle (avant la conquête musulmane au siècle suivant).

Quant au vitrail, il est attesté en Europe dès l'Antiquité tardive, se transforme au IXe siècle (vitrail au plomb). Les christianismes orientaux vont dédaigner cet art. Dire que c'est Saladin qui l'aurait « appris » aux Occidentaux est tout bonnement faux.

Dans ces deux minutes de conférence, Mélenchon oppose une Europe médiévale arriérée à une civilisation islamique médiévale glorifiée (les maths, Saladin en professeur). Cette vision s'appuie sur plusieurs erreurs historiques majeures.

Voir aussi
 
 
 
 
 

lundi 5 mai 2025

En France, le wokisme fait de la résistance

Après avoir été déprogrammé par son éditeur, Face à l’obscurantisme woke paraît enfin cette semaine aux Presses universitaires de France. Un livre collectif qui pourrait être un tournant dans la bataille culturelle qui se joue entre wokes et antiwokes. Alors que le wokisme reflue aux États-Unis, il fait de la résistance en France, où le président de la République souhaite accueillir des chercheurs américains.

Rarement un livre aura été autant vilipendé avant même sa parution. avant même que quiconque n’ait pu le lire. on dit que le monde de l’édition se nourrit de polémiques, mais Paul Garapon, qui dirige les Puf, le temple de l’édition universitaire, se serait bien passé de celle qu’a déclenchée l’annonce de la parution de Face à l’obscurantisme woke. Au point que l’éditeur, pourtant initiateur du projet, a hésité à censurer l’ouvrage, sans doute effrayé par la campagne médiatique orchestrée par une partie du monde journalistique et intellectuel de gauche.

Aux yeux des journalistes du Monde et de Libération, le seul titre du livre a suffi pour le disqualifier et instruire un procès en trumpisme et en poutinisme à ses auteurs. côté intellectuels, c’est l’historien Patrick Boucheron, professeur au collège de France et coauteur de la cérémonie d’ouverture des Jo de Paris, qui a décoché les premières flèches. Le vendredi 7 mars, lors d’une conférence de presse à l’occasion d’une journée de mobilisation contre les coupes budgétaires opérées par Donald Trump au sein de la recherche américaine, il s’indigne : « On trouve aussi quelques idiots utiles dans l’Université. Il y a des livres qui continuent de paraître. Il y en a un aux Puf qui s’appelle Face à l’obscurantisme woke. Aux Puf ! Aux Puf ! » s’étrangle-t-il.

La maison d’édition est tout près de céder devant la pression exercée par le mandarin. Au lendemain de la sortie de Patrick Boucheron, alors que le texte était édité, maquetté, la jaquette choisie, la parution annoncée pour début avril sur le site des Puf et sur les réseaux sociaux, la direction annonce dans un communiqué qu’elle suspend la publication. « À deux doigts de se trumpiser en publiant un pamphlet antiwoke, les éditions Puf rétropédalent », peut-on lire dans Le Nouvel Obs.


Mais quelques jours après la polémique, sans doute par crainte d’apparaître comme un censeur, Paul Garapon revient finalement sur sa décision qu’il dit avoir prise dans l’urgence. Le livre est repoussé, mais pas enterré. Les lecteurs vont pouvoir se faire leur propre opinion. Le Figaro Magazine s’est procuré en exclusivité Face à l’obscurantisme woke, qui paraît cette semaine, pour juger sur pièces. Et rétrospectivement, on comprend mieux l’inquiétude des thuriféraires du wokisme.

Une contre-révolution scientifique

De nombreux essais sont déjà parus sur le sujet, mais ce qui a déclenché l’ire et suscité la peur de l’intelligentsia, c’est que Face à l’obscurantisme woke n’est en rien un pamphlet, n’en déplaise à une certaine presse. Il s’agit du fruit des travaux de chercheurs dont la légitimité académique est incontestable. rassemblant les contributions de 26 auteurs (Nathalie Heinich, Sami Biasoni, Céline Masson, Samuel Fitoussi, Guylain Chevrier, Tarik Yildiz, Florence Bergeaud-Blackler, Renée Fregosi, Pierre-André taguieff…), l’ouvrage de 460 pages est dirigé par trois universitaires reconnus : la professeur de lettres Emmanuelle Hénin, le professeur d’histoire Pierre Vermeren et le linguiste Xavier-Laurent Salvador, par ailleurs directeur de l’observatoire du décolonialisme.

Dans la bataille culturelle qui se joue actuellement entre wokes et antiwokes, le livre pourrait être un tournant. Il démontre d’abord la faiblesse intellectuelle du wokisme. « Ce qui caractérise le mouvement woke, c’est son ignorance et la pauvreté abyssale des raisonnements qu’il propose, ce n’est clairement pas une idéologie charpentée, structurée comme pouvait l’être le marxisme ou le maoïsme », analyse Emmanuelle Hénin avant de pointer les contradictions évidentes du mouvement : Ne pas cesser de revendiquer les droits des femmes tout en clamant que la femme n’existe pas, il faut le faire. Encore hier, je suis tombée sur la vidéo d’une enseignante à Sciences Po expliquant qu’on ne peut pas garder la devise “Liberté, Égalité, Fraternité” car le mot “fraternité” exclut les femmes. Ce type de raisonnement absurde, on en trouve à la pelle par des gens qui sont pourtant professeurs ou professeurs des universités », raconte-t-elle au téléphone, mi-amusée, mi-dépitée. Et de conclure : « Nous sommes dans un délire idéologique, mais plus profondément dans une contre-révolution scientifique. »

Pour les auteurs, le wokisme, comme l’indique le titre de leur ouvrage, est moins une idéologie qu’une nouvelle forme d’obscurantisme inaugurant un âge de la bêtise. S’il se réclame d’une démarche scientifique et se pare de la légitimité universitaire, il n’est rien d’autre qu’un charabia pseudo-intellectuel fondé sur quelques mots-clés : « hétéropatriarcat », « racisme systémique », « culture du viol », « intersectionnalité »… Le caractère grotesque des sujets de recherche à la mode, qu’énumère Emmanuelle Hénin dans son introduction et qui attirent les financements au détriment de recherches fondamentales, est édifiant : « Musicologies gaies, lesbiennes et queer » ; « hétéronormativité dans les sources : représentations et transgressions de l’injonction hétérosexuelle » ou encore « Contre-je : genre et énonciations minoritaires en littérature ».

Des institutions gangrenées

Aux yeux des auteurs, le wokisme constitue une incroyable régression de la rationalité au cœur même du temple de la raison et du savoir que devrait être l’Université. Ils y voient aussi une défaite de l’universalisme et une dérive totalitaire car cet obscurantisme s’impose par la terreur intellectuelle et la censure (annulation de colloques et de conférences, marginalisation et diabolisation des chercheurs non woke), et applique à tous les sujets une même grille de lecture identitaire et manichéenne opposant systématiquement les « dominés » aux « dominants », c’est-à-dire les femmes et les minorités (qu’elles soient ethniques, religieuses ou sexuelles) au « mâle blanc hétérosexuel occidental ». Le wokisme, en plus d’aggraver le déclin de l’enseignement et de forger une jeune génération d’ignorants, alimente ainsi les fractures communautaires et vient légitimer la rhétorique séparatiste des islamistes.

lundi 28 octobre 2024

Le Prix Lionel-Groulx change de nom

Lionel Groulx

Le Prix Lionel Groulx, prestigieuse reconnaissance dans le domaine de l'Histoire, est rebaptisée Grand Prix de l’Institut d’histoire de l’Amérique française.

L’Institut d’histoire de l’Amérique française (IHAF) en a fait l’annonce vendredi, dans un communiqué de presse. Le prestigieux prix récompense annuellement le meilleur ouvrage portant sur un aspect de l’histoire de l’Amérique française.

Une majorité claire des membres de l’IHAF a donné son aval à cette décision lors d’une consultation menée à l’automne 2023.

« Les controverses entourant la figure de Groulx et son héritage ont agité régulièrement la communauté historienne et ses principales institutions », détaille l’IHAF dans une analyse rendue publique vendredi.

Le document fait état des diverses controverses entourant le personnage de Lionel-Groulx, auquel on a reproché notamment ses prétendu racisme, sexisme et antisémitisme. « Le choix du nom du prix et de son maintien témoigne d’une acceptation, tantôt explicite, tantôt tacite, de cet héritage par la communauté historienne », peut-on lire.

« Historien·nes contemporain·es » subventionné·es du Québec contre Lionel Groulx

En 2022 professeure au Département d’Histoire de l’Université de Montréal Catherine Larochelle (ci-contre) avait reçu le prix Lionel-Groulx de l’Institut d’Histoire de l’Amérique française pour son ouvrage L’École du racisme. Dans son discours d’acceptation, Larochelle explique que le livre « raconte comment la construction de l’identité des Canadiens français et des Canadiens anglais du Québec s’est faite à l’école à travers l’apprentissage d’une pensée raciste ». Rien de moins.

Elle ajoutant, sans sourciller, que le chanoine Lionel Groulx – un important historien, enseignant et militant nationaliste canadien-français décédé en 1967 – aurait, selon lui, largement contribué « à assurer la pérennité de cette pensée raciste ». Elle avait alors proposé de manière provocatrice que le nom du prix Lionel Groulx soit modifié.

Parmi les champs de recherche subventionnés par Ottawa de cette « historienne québécoise » : 
  • Décentrer le champ des études noires

  • Le colonialisme d'implantation au Québec : un impensé de la recherche universitaire?
  • Culture colonialiste euroquébécoise et missions catholiques dans l’Ouest canadien : la propagande missionnaire des Oblats de Marie Immaculée au Québec (1841-1890)

 

(Le regretté Frédéric Bastien est décédé l'année passée. Par « académique », il faut comprendre « universitaire », c'est un anglicisme dans ce sens, ces historiens ne faisant pas partie d'une académie).

Université de Montréal et son pavillon Lionel-Groulx

L’Université de Montréal a composé avec une remise en question similaire en juin 2020, quand six professeurs ont écrit à leur recteur, Daniel Jutras, pour exiger qu’on change le nom du pavillon Lionel-Groulx. Au terme de consultations, l’établissement a choisi de garder le nom du chanoine.

Lionel Groulx a largement contribué à la professionnalisation du travail des historiens francophones d’Amérique du Nord. C’est même lui qui a créé le département d’histoire de l’Université de Montréal ! Demander à ce que le pavillon baptisé en son honneur change de nom, c’est renier ce legs intellectuel considérable.

À la fois progressiste et réactionnaire, tantôt populiste, tantôt élitiste, Lionel Groulx faisait l’apologie d’Israël tout en appelant au boycottage des commerces juifs de la province.

La plupart des membres du comité ont cependant reconnu que Lionel Groulx n’était pas animé par une haine viscérale à l’égard des Juifs ou des Autochtones. « Ce n’était pas un acteur de premier plan dans la théorisation de ces idéologies-là, explique le recteur. C’était dans l’air ambiant et Groulx était un intellectuel de son époque. »

Le chanoine véhiculait des stéréotypes fort répandus au sein du clergé catholique et de la société canadienne-française de la première moitié du XXe siècle.

L'université de Montréal a cependant choisi d’afficher une œuvre d’art contemporain visant à contextualiser son héritage à côté du pavillon.

C’est ainsi qu’est née Parallaxe (ci-dessous), une installation contemporaine qui jouxte le pavillon Lionel-Groulx.

L’œuvre de Ludovic Boney, un sculpteur originaire de Lorette (Wendake), a remporté un concours d’art public lancé par l’Université de Montréal à l’hiver 2023.

« La parallaxe fait référence au changement de position de l’observateur, explique Daniel Jutras. Quand on se déplace autour de l’œuvre, la perspective se modifie. Il y a des angles sous lesquels l’œuvre ressemble à un mur infranchissable, d’autres où l’on voit des couleurs, d’autres où l’on ne voit que de l’acier. Ça représente toutes les perspectives qu’on peut avoir par rapport à l’œuvre de Lionel Groulx. » 

Texte (sexiste ?) de Lionel Groulx sur l'aïeule canadienne-française

 

Voir aussi

Universités — L’exclusion des hommes blancs d’appels de candidatures (en histoire) fait l’objet de plaintes 

« nos départements [dans les universités] francophones ne disposent d’aucun spécialiste de la guerre de la Conquête, des Rébellions de 1837 ou de l’histoire constitutionnelle du Québec » 

« La légende noire du clérico-natalisme »

 

jeudi 17 octobre 2024

Quand la télé publique française veut « déconstruire » le roman historique national

Avec « Notre Histoire de France », France 2 a pour ambition affichée de « moderniser le documentaire » mais surtout « déconstruire le roman national ». Pour ce faire, la chaîne publique a mis les moyens avec Tomer Sisley à la présentation, et entend se distinguer en abordant l'Histoire au-delà des rois et des grands personnages. À l'opposé donc de l'Histoire façon Stéphane Bern, Franck Ferrand ou Lorant Deutsch.

Pari réussi ? France 2 est-il parvenu à « déconstruire » ce vilain roman national accusé de tous les maux ?


mercredi 10 janvier 2024

Toronto remplace le nom d'un abolitionniste par le terme emblématique d'une tribu africaine esclavagiste... (m à j).

Selon un nouveau sondage, la plupart des Torontois en ont assez des efforts déployés au niveau local pour rebaptiser la place Yonge-Dundas.

Au début du mois, l'institut de sondage Liaison Strategies a demandé à 831 résidents s'ils approuvaient l'idée de renommer la place Yonge-Dundas en Sankofa Square. Plus de sept personnes sur dix (72 %) s'y sont opposées et seulement 16 % y étaient favorables, rapporte le National Post.

"Notre sondage précédent, réalisé en octobre, avait révélé que les résidents étaient favorables au changement de nom de la rue Dundas (54 %), mais ce chiffre a chuté à 42 % lorsque les répondants ont été informés du coût de la mesure", a déclaré David Valentin, directeur de Liaison Strategies.
 


Billet originel du 17 décembre 2023
 
Pour démontrer son horreur de la traite des esclaves africains, le conseil municipal de Toronto efface le nom d’Henry Dundas, un abolitionniste (gradualiste) de l’esclavage, et le remplace par un terme emblématique d’une tribu africaine qui a joué un rôle prépondérant dans… la traite des esclaves africains.

La place Yonge-Dundas à Toronto

Le conseil municipal de Toronto a voté à l’unanimité jeudi pour changer le nom de la célèbre place Yonge-Dundas de Toronto et l’appeler désormais « Sankofa Square » afin de la dissocier du lien supposé d’Henry Dundas avec la traite transatlantique des esclaves.

Non seulement Dundas était en fait un abolitionniste, mais le peuple Akan du Ghana, d’où est issu le mot « sankofa », participait activement à la traite des esclaves et importait des esclaves pour développer sa propre économie.

Comme l’a écrit l’universitaire A. Norman Klein, en reprenant les travaux du célèbre historien ghanéen Ivor Wilks, les Akan « ont échangé leur or contre ces esclaves, qui ont récompensé leurs maîtres akan en créant une “révolution agricole” au cours des quinzième et seizième siècles ».

[En général, la révolution agricole en Afrique de l’Ouest au XVIe siècle est surtout due à l’« échange colombien », c’est-à-dire l’apport par les Portugais des plantes venues d’Amérique. C’est ainsi que le maïs et le manioc, introduits par les Portugais d’Amérique du Sud au XVIe siècle, ont progressivement remplacé le sorgho et le mil en tant que cultures vivrières les plus importantes d’Afrique. Les Portugais introduisirent de nombreuses autres plantes comme la patate [douce], l’arachide, la papaye, la noix de cajou, etc.]


Les Akan importaient des esclaves pour les aider à défricher leurs forêts, où ils cherchaient de l’or, et vendaient également des esclaves aux Européens, alimentant ainsi la traite transatlantique des esclaves.

En 2006, le Ghana a présenté ses excuses aux descendants des esclaves pour son rôle dans la traite négrière.

La maire de Toronto, Olivia Chow, a déclaré que le changement de nom s’inscrivait dans le cadre de l’engagement de la ville à « lutter contre le racisme anti-Noirs, à faire progresser la vérité, la réconciliation et la justice, et à construire une ville plus inclusive et plus équitable ».

« La ville de Toronto s’est engagée à reconnaître l’impact de la traite négrière transatlantique et de l’esclavage, tout en se concentrant sur l’atténuation des coûts et des impacts sur les résidents et les entreprises », a déclaré Mme Chow. « En adoptant le nom de Sankofa Square, nous reconnaissons la nécessité de réfléchir aux enseignements du passé et de nous les réapproprier, ce qui nous permet d’aller de l’avant ensemble ». Le Centre culturel afro-américain de l’université d’État de Caroline du Nord explique que le concept de « sankofa » provient du « roi Adinkera du peuple Akan d’Afrique de l’Ouest » et se traduit par « il n’est pas tabou de revenir en arrière et d’aller chercher ce que l’on a oublié ». 


[En réalité sankofa veut simplement dire « récupérer », littéralement san — revenir ; ko — aller ; fa — chercher. C’est le concept de « racines ».

Dans un reportage ci-dessus qui pourrait être parodique, le « journaliste » de CTV prétend que « sankofa » signifierait « Le fait de réfléchir et de se réapproprier les enseignements du passé qui nous permettent d’avancer ensemble ». Les amis de Molière se souviendront de la scène du Bourgeois gentilhomme :

CLÉONTE [qui prétend parler turc]. —  Bel-men.

COVIELLE. — Il dit que vous alliez vite avec lui vous préparer pour la cérémonie, afin de voir ensuite votre fille, et de conclure le mariage.

MONSIEUR JOURDAIN. —  Tant de choses en deux mots ?

COVIELLE
. — Oui, la langue turque est comme cela, elle dit beaucoup en peu de paroles.

On notera aussi la première personne interrogée dans la rue qui, sans rire, ose prétendre que c’est une bonne décision parce que maintenant « nous sommes mieux éduqués et qu’on comprend plus l’histoire mieux (we’re more understanding history better) »…
]

Les historiens, même ceux de gauche, s’accordent à dire que Dundas était un partisan de l’abolition de l’esclavage. La controverse à son sujet provient d’un amendement qu’il a proposé à une motion d’abolition de William Wilberforce. Dundas voulait une abolition plus « graduelle » parce qu’il pensait que c’était le moyen le plus efficace de mettre fin à l’esclavage. Comme il aura fallu plus de 50 ans pour mettre fin à la traite transatlantique des esclaves, il avait sans doute raison.

Dundas a également appelé les dirigeants africains à cesser de se rendre complices de la traite des esclaves, ce qu’ils ne firent pas à l’époque.

Malgré ce révisionnisme historique de la part de Toronto au sujet d’Henry Dundas et de son héritage, la ville a déclaré dans un communiqué que le mot « Sankofa » était inspiré par le respect de l’histoire.

L’année prochaine, Toronto retirera également le nom de Dundas de deux stations de métro et d’une bibliothèque. 

jeudi 4 janvier 2024

Statue de Mahé de La Bourdonnais déboulonnée à la Réunion sous faux prétexte

L’historien Dimitri Casali, auteur de « Ces statues que l’on abat ! » (Plon), dénonce le déboulonnage d’une statue de Mahé de la Bourdonnais à Saint-Denis de la Réunion.

Officiellement c’est un simple déplacement, en vérité c’est un déboulonnage en bonne et due forme d’un grand héros de l’histoire de France. Marin, explorateur, gouverneur de l’archipel en 1733, ayant servi la France sur tous les océans, il a même perdu un bras dans un combat naval contre les Anglais.

Après la statue de la Vierge Marie déboulonnée à la Flotte-en-ré avec le soutien de notre Conseil d'État le 18 octobre dernier, le lundi 4 décembre, sous prétexte de restaurer la statue, Eva Bareigh, maire socialiste de Saint-Denis a procédé à l’enlèvement de la statue, classée monument historique, d’une des principales places de Saint-Denis, où elle trônait depuis 1856.

Statue de Mahé de la Bourdonnais sur la place d'Armes à Port-Louis sur l'île Maurice

Sans Mahé de La Bourdonnais, la Réunion ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. 

L’équipe de la mairie indique : « Avec cette statue, il y a un conflit de mémoire sur ce lieu où se trouve un personnage qui est un négrier, ce qui justifie son déplacement vers la Caserne militaire Lambert ». Officieusement, on devine que c’est un véritable déboulonnage car on fait disparaître de la vue de tous, ce grand personnage pour le déplacer dans un endroit clos, un fort militaire, de surcroît pratiquement jamais ouvert au public…

Sans Mahé de la Bourdonnais, la Réunion ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Ce n’est pas un « esclavagiste » comme le décrit la mairie mais, le gouverneur général des îles Mascareignes en 1733 et un administrateur de génie.

En structurant et modernisant les territoires inhabités qu’étaient La Réunion et l’île Maurice. Mahé en fait des comptoirs commerciaux prospères. Il eut aussi une petite fille avec une ravissante métisse qu’il reconnut et qui fut baptisée Marie-Madeleine Mahé. Il l’emmena même avec lui en France en 1740 où il lui fit donner la meilleure éducation possible dans les meilleures écoles parisiennes. À cette époque, c’était rarissime. C’était déjà ça la France ! Et à la différence de l’Espagne, du Portugal, de l’Angleterre ou des Pays-Bas.
 
Vue de Mahé, la plus grande île des Seychelles.  Le capitaine Lazare Picault revient sur l'île en 1744 sur ordre de Mahé de La Bourdonnais et la rebaptise Mahé en hommage à son gouverneur.

 
On ne réécrit pas l’Histoire !

Cet épisode de la vie de Mahé ne dépeint pas véritablement un profil de raciste impénitent mais, celui d’un homme complexe s’adaptant aux réalités sociologiques de son temps.

On lui reproche d’avoir entrepris les gros travaux des infrastructures de la Réunion : routes, ports, aqueducs et hôpital, en utilisant le travail d’esclaves qu’il fit venir. Car, en histoire il faut toujours replacer les hommes et les événements de l’époque. Je le rappelle, le monde entier pratiquait l’esclavage. On ne réécrit pas l’Histoire ! Déboulonner les statues de nos grands personnages et débaptiser nos rues ou nos écoles sous prétexte qu’elles portent le nom de personnalités qui auraient encouragé la pratique de l’esclavage, c’est ouvrir la boîte de Pandore du révisionnisme historique.

L’histoire, une fois écrite, ne s’efface pas. L’histoire, c’est l’histoire, il faut l’assumer ! Elle est aussi glorieuse que honteuse et tragique par définition. Effacer ce passé, comme l’exigent ces nouveaux épurateurs, ce serait renié, ce qui fait l’essence même de l’âme française : une république mettant en avant l’égalité, l’universalité et la laïcité, sans distinction de race ou de religion. À chaque fois que l’on abat nos statues, c’est l’âme de la France qui s’en va…
 
Ces statues que l'on abat ! de Dimitri Casali

Voir aussi

Toronto remplace le nom d'un abolitionniste par le terme emblématique d'une tribu africaine esclavagiste...

Parcs Canada réécrira des centaines de plaques historiques sur ses sites 

Biden : « La culture musulmane est présente au sein de la culture américaine depuis le tout début »

Réécriture de l'histoire au Manitoba : Louis Riel le multiculturaliste

À Londres, le célèbre théâtre du Globe met en scène une Jeanne d'Arc « non binaire », Élizabeth Ire le serait aussi 

Activistes font pression pour empêcher les anthropologues d'identifier les restes humains comme "masculins" ou "féminins"

Le président du Sénat congolais regrette que le rapport officiel belge sur la colonisation en ait omis les aspects positifs

Radio-Canada : décolonialiser les noms d'oiseaux

Réécrire l'Histoire avec une grande hache communautariste

Reine Cléopâtre : Netflix poursuivi par un avocat égyptien pour « noircissement » de l'histoire (m à j)

Radio-Canada nous « éduque » : « plus de 800 mille-z esclaves en sol canadien » en 1834

samedi 20 mai 2023

Parcs Canada réécrira des centaines de plaques historiques sur ses sites

Moulées en bronze ou inscrites sur un panneau, les plaques historiques sont parfois la seule leçon d’histoire que beaucoup d’entre nous reçoivent. Et maintenant, Parcs Canada veut que des centaines soient changées.

« La façon dont bon nombre des désignations historiques nationales sont encadrées et positionnées ne rend pas justice à l’ampleur des impacts qu’elles ont eus sur la société canadienne », estime Patricia Kell, directrice du patrimoine culturel de l’organisme fédéral.

Parcs Canada déploie un programme de trois ans visant à réexaminer et à réécrire les plaques que la Commission des lieux et monuments historiques du Canada utilise pour signaler les lieux jugés importants pour comprendre le passé du Canada.

Parmi les sites dont les plaques seront réécrites, on retrouve des forts de traite des fourrures tels que Fort Langley en Colombie-Britannique et York Factory au Manitoba. Parc Canada revisitera aussi l’arrivée de Jacques Cartier dans la région de Gaspé, pour des raisons coloniales.

Plus de 200 sont considérées comme hautement prioritaires pour le changement.

Parmi les raisons évoquées, certaines plaques ignoraient les contributions autochtones ou utilisaient un langage désuet. Un autre problème concerne les croyances controversées des personnages historiques.

La raison la plus courante de la réécriture est des « suppositions coloniales ».

Accusations de « wokisme »

Ces plans ont suscité des accusations de présentisme — l’erreur de juger le passé selon les normes du présent. De telles accusations ont été portées par Larry Ostola, ancien vice-président de la conservation du patrimoine à Parcs Canada.

« Une nouvelle perspective “woke” est imposée à ce qui était auparavant un processus de désignation historique apolitique et fondé sur les faits », a-t-il déploré dans le National Post.


  Le cas de Jacques Cartier

Le fédéral ne fournit pas de détails sur ce qui justifie l’examen des plaques historiques. À l’heure actuelle, le texte de la plaque à la mémoire de Jacques Cartier vissée sur une croix à Gaspé fait une certaine économie de mentions colonialistes.
Plaque existante:  80, boulevard de Gaspé, Gaspé, Québec

Le 14 juillet 1534, deux navires commandés par Jacques Cartier, de Saint-Malo, se sont réfugiés dans la baie de Gaspé, où un groupe d'Iroquois de Stadaconé (aujourd'hui Québec) faisait la pêche. Cartier y établit des rapports amicaux avec eux. Le 24 juillet, il érigea sur le rivage de Gaspé une croix aux armes de François Ier. C'est sur ce geste que s'appuiera la France dans ses réclamations territoriales en Amérique. Le lendemain, Cartier reprit la mer, emmenant avec lui les deux fils du chef Donnacona, qui devaient lui servir de guides lors de son deuxième voyage au Canada.

*À noter : Cette désignation fera l’objet d’une revue. Une revue a lieu pour l’une des raisons suivantes : formulation ou termes désuets, absence d’un aspect important de l’histoire, erreurs factuelles, croyances et comportements controversés ou acquisition de nouvelles connaissances.

Cela en fait un cas de figure intéressant, estime le professeur Harold Bérubé.

« Dire qu’il a découvert ce qui est devenu la Nouvelle-France, fait le premier contact avec les Autochtones, ce n’est pas entièrement faux [en quoi est-ce faux?], mais ce n’est pas toute l’histoire. Il en manque une partie, soit que ça a ouvert la porte à l’occupation du territoire de ces Autochones-là, à leur marginalisation », a-t-il illustré.  Il va falloir culpabiliser.

Au cours des trois prochaines années, plus de 200 plaques historiques seront réexaminées et réécrites au Canada. La plaque d’Hochelaga (ci-dessus) en fait partie : « Près d’ici était le site de la ville fortifiée d’Hochelaga visitée par Jacques Cartier en 1535, abandonnée avant 1600. Elle renfermait cinquante grandes maisons logeant chacune plusieurs familles vivant de la culture du sol et de la pêche. »




mardi 2 mai 2023

Biden : « La culture musulmane est présente au sein de la culture américaine depuis le tout début »

Depuis quelques années, on lit dans la presse américaine qu’une partie des esclaves noirs vendus aux États-Unis étaient musulmans principalement à cause de leur origine (Sénégal). C’est possible, mais en quelle proportion et islamisés à quel moment et à quel point ?

Les Européens achetaient les esclaves aux chefs de guerre et aux marchands sénégalais, le plus souvent musulmans. En théorie, ces musulmans ne pouvaient asservir d’autres musulmans. Il est vrai que les Maures ont parfois accusé les noirs convertis d’être hérétiques ou mal convertis pour en faire des esclaves… et que certaines populations noires se seraient converties à l’islam davantage pour échapper à l’esclavage que par conviction religieuse.

La généralisation de l’islam au Sénégal ne remonte qu’au XIXe siècle alors que la France avait mis fin au trafic négrier en 1815 au Sénégal. C’est également la France, en 1848, qui mit fin officiellement à l’esclavage au Sénégal comme dans tout son empire. Paradoxalement, cette domination européenne conduisit à des djihads en Afrique de l’Ouest lesquels firent progresser l’islam. C’est ainsi que la noblesse Djolof ne se convertit complètement à l’islam qu’à la fin du XIXe siècle. 

Il n’est donc pas clair quelle proportion des esclaves vendus aux États-Unis et provenant du Sénégal était musulmane. Affirmer qu’aujourd’hui 94 % des Sénégalais sont musulmans n’indique pas la proportion des musulmans parmi les esclaves vendus aux Européens et Américains il y a plusieurs siècles.

Et quelle influence la « culture musulmane » a-t-elle eue dans la culture américaine ? Aucune communauté musulmane née des esclaves importés d’Afrique n’avait survécu avant l’arrivée des premiers musulmans blancs (Libanais, Syriens, Bosniaques et Turcs) à la fin du XIXe siècle.

Cela n’empêche pas certains d’avancer des preuves de cette culture musulmane aux États-Unis. Parmi les preuves citées par Zaheer Ali, « historien oral » à la Brooklyn Historical Society et directeur du projet Muslims in Brooklyn, les « églises qui ont été construites face à l’est, la direction dans laquelle les musulmans font face en priant ». L’ennui c’est que les églises sont aussi orientées de la sorte, c’est même l’origine du mot « orienter »…

Pendant le même discours, le président s’en est pris à un membre de l’assistance en lui lançant : « Tais-toi, garçon (ou boy) ! »

lundi 20 février 2023

Réécriture de l'histoire au Manitoba : Louis Riel le multiculturaliste

Louis Riel (22 octobre 1844 – 16 novembre 1885) est un homme politique canadien-français, chef du peuple métis dans les Prairies canadiennes et fondateur de la province du Manitoba. Louis Riel est l’aîné d’une famille de 11 enfants. Son père (Louis Riel aussi) était né à l’Île-à-la-Crosse (Saskatchewan). Sa mère (Julie Lagimodière) était pour sa part née à Saint-Boniface (Manitoba). On dit qu’il avait un huitième de sang indien, sa grand-mère paternelle étant une Métisse franco-chipewyanne. Il quitte Saint-Boniface dès ses 13 ans pour faire ses études au collège des Sulpiciens de Montréal distant de 2000 km du Manitoba. Riel y effectue de bonnes études, mais n’est guère touché par la vocation religieuse. Perturbé par la mort de son père, qui survient en 1864, Riel a alors 20 ans, il quitte le séminaire et travaille quelque temps comme clerc d’avocat avant de revenir en 1868 dans sa région natale. 

Il a dirigé deux mouvements de résistance contre le gouvernement canadien dans le but de protéger les droits et la culture des Métis, alors que l’influence canadienne-anglaise se faisait de plus en plus sentir dans les Territoires du Nord-Ouest. La première révolte est la rébellion de la rivière Rouge, de 1869 à 1870.

À la veille de 1869, la colonie de la Rivière-Rouge qui s’est essentiellement organisée autour de la paroisse de Saint-Boniface, à l’emplacement actuel de la ville de Winnipeg, regroupe une majorité d’habitants Métis franco-canadiens qui forment un groupe distinct et majoritaire qui fait usage de la langue française et qui est de confession catholique. C’est l’arrivée des arpenteurs du Dominion, au cours de l’été suivant, qui est le point de départ de l’organisation de la résistance métisse au plan d’annexion du gouvernement canadien. À la tête de cette résistance se trouve le Métis Louis Riel.

Le gouvernement provisoire, établi par Louis Riel, négocie finalement l’entrée de la province du Manitoba dans la Confédération canadienne. Une Liste des droits est rédigée dont les articles de la dernière version seront repris, pour l’essentiel, dans l’Acte du Manitoba. De cette Liste des droits, retenons qu’elle comporte trois points importants : elle revendique le statut provincial pour le territoire concerné — ce dernier, qui deviendra la province du Manitoba ; en outre, elle demande des écoles séparées selon les confessions religieuses catholique et protestante ; enfin, elle réclame l’égalité du français et de l’anglais tant sur le plan institutionnel que scolaire. La province du Manitoba, qui voit le jour le 15 juillet 1870, est donc officiellement bilingue.

Les Métis subissent l’offensive de la minorité ontarienne venue de l’Est et désireuse de prendre possession des terres agricoles de la colonie, un jeune Orangiste, Thomas Scott, est fait prisonnier et est exécuté. Louis Riel, en tant que chef du gouvernement, sera tenu pour responsable de cet acte : recherché pour meurtre, il sera contraint à l’exil aux États-Unis et il ne reviendra sur le devant de la scène de l’histoire canadienne qu’en 1884 lors de la rébellion métisse en Saskatchewan. La province voisine du Manitoba.

Durant cette période, il est élu à trois reprises à la Chambre des communes du Canada, bien qu’il n’ait jamais pu occuper son siège. 

À l’été 1884, l’évêque Grandin présente au Premier ministre Macdonald les revendications des Métis : que les Territoires du Nord-Ouest, qui sont gouvernés par un conseil nommé par le gouvernement fédéral, deviennent une province avec un gouvernement doté de responsabilités complètes ; que les Métis reçoivent les titres de propriété intégrale de leurs terres ; qu’on arpente ces terres selon le système de partage des terres des Métis, qui divise le territoire en lots avec un accès à la rivière (il s’agit du système hérité du régime français : les fameux rangs) ; et que Louis Riel soit reconnu comme dirigeant en étant nommé au conseil territorial ou au Sénat canadien.

En décembre 1884, Louis Riel rédige une nouvelle liste de réclamations, qui suit les mêmes principes, mais sur un ton plus urgent. La réponse du gouvernement arrive en janvier 1885 : on ne négociera pas avec Riel. C’est la seconde rébellion.

À l’issue de celle-ci, Louis Riel sera pendu en 1885. Le Premier ministre de l’époque, John Macdonald, salua sa condamnation pour « trahison » en ces termes :

« Il (Riel) mourra même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur. »

Or voici qu’en la Journée Louis Riel, l’Assemblée législative du Manitoba annexe en anglais uniquement Louis Riel, partisan des droits des métis francophones et catholiques qui s’opposait à l’émigration d’orangistes spoliateurs, comme figure titulaire d’un monde  qui embrasse toutes les cultures. Louis Riel, figure tutélaire du Canada multiculturaliste ? Louis Riel qui ne lutta pas pour les droits de toutes les cultures à venir au Manitoba, mais pour que les métis autochtones puissent continuer à vivre comme avant... Ce Louis Riel historique-là ? Louis Riel qui aima tellement le nouveau Manitoba sous l'emprise britannique, ses arpenteurs, ses colons et son anglais imposés, qu'il s'en enfuit pour s'établir loin de ceux-ci en Saskatchewan avant de leur y livrer bataille à Batoche ?

Quant Louis Riel Day, cette journée de congé instaurée par la Province du Manitoba en 2008 a été placée sous le signe de l’esprit métis par la volonté d’écoliers manitobains qui avaient soumis le nom de Louis Riel. (11 écoles sur 114 écoles participantes.)

Selon l’hebdomadaire franco-manitobain, La Liberté, « les décideurs politiques ont très judicieusement choisi de respecter leur intuition. Peut-être parce qu’ils ont choisi de mettre leur confiance dans les voix de l’avenir ; sûrement parce que les milieux politiques savent fort bien que la pendaison pour haute trahison du chef métis en 1885 relevait de l’assassinat politique. »

L’ancien juge en chef de la Cour d’appel du Manitoba Alfred Monnin (1920-2013) n’hésitait pas à dire que le procès de Louis Riel représentait un moment sombre dans l’histoire judiciaire du Canada. Le scandale qui s’est joué au tribunal à Regina a engendré un scandale encore plus honteux, puisqu’il a légitimé la falsification de l’histoire. En effet les thuriféraires du Dominion du Canada, convaincus que les peuples autochtones étaient de toute façon voués à la disparition, se sont fait un devoir de dépeindre Louis Riel sous les traits d’un traître, doublé d’un illuminé. Pendant trop longtemps, des générations d’écoliers ont dû entendre ces mensonges.

L’instauration de la Journée Louis Riel a bien sûr contribué à faire réfléchir les Manitobains d’un certain âge prisonniers d’une fausse idée de l’homme qui a joué un rôle central dans la naissance du Manitoba. Pourtant, même si la valeur symbolique accordée au troisième lundi de février est énorme, surtout si l’on chausse les souliers des vieux Métis, la réhabilitation de Louis Riel n’est pas complète.

Paulette Duguay, la présidente de l’Union nationale métisse Saint — Joseph du Manitoba, le soulignait dans une lettre à La Liberté publiée dans l’édition du 18 au 24 novembre 2015. Il importe d’avoir à l’esprit que l’Union nationale métisse est de très loin la plus ancienne organisation métisse au Canada. Elle a été fondée dès 1887, pour rallier les Métis après la pendaison de leur chef. Depuis toujours, les membres de cette organisation entretiennent la volonté d’obtenir un jour la totale réhabilitation de celui qu’ils considèrent comme « l’un des Pères de la Confédération, un homme lésé, un défenseur de son peuple et un protecteur des droits des minorités au Canada ». (En 1992, le Parlement canadien a reconnu à l’unanimité Louis Riel comme le fondateur du Manitoba.)

Paulette Duguay a inscrit son plaidoyer en faveur de Louis Riel dans la perspective du 150e anniversaire de la Confédération après avoir rappelé qu’en 2013 les juges de la Cour suprême du Canada ont tenté, à leur manière, de rectifier le verdict de 1885 en déclarant que « le gouvernement fédéral n’avait pas donné une suite honorable aux promesses de terres faites aux Métis dans la Loi qui a créé le Manitoba ».

Voir aussi

22 janvier 1890 : le français aboli comme langue officielle et d’enseignement au Manitoba

Réécriture de l'histoire au Manitoba : Louis Riel le multiculturaliste

Comment Hollywood (Cecil B. DeMille) en 1940 voyait Louis Riel, les métis, la rébellion de 1885 et la prairie de la Saskatchewan...Après la rébellion de la rivière Rouge de 1869-70, nombre de Métis se déplacèrent du Manitoba vers la Saskatchewan pour fonder la colonie de Batoche. Mais des colons anglophones commencèrent à arriver d'Ontario, imposant — comme au Manitoba — la distribution des terres selon le système de concessions carrées « à l'anglaise » plutôt que d'après le système seigneurial de la Nouvelle-France de bandes perpendiculaires à la rivière (les rangs) que les Métis avaient hérité de leurs ancêtres canadiens français.

« Unir plutôt que diviser » ou comment imposer un monopole en jouant sur les sentiments

mardi 16 août 2022

À Londres, le célèbre théâtre du Globe met en scène une Jeanne d'Arc « non binaire », Élizabeth Ire le serait aussi

Dans cette nouvelle pièce intitulée « Moi, Jeanne », la pucelle de Domrémy, figure historique et vénérée comme sainte par les catholiques, figurera en personnage « non-binaire ». Isobel Thom, qui l’interprètera, utilisera uniquement les pronoms neutres « they » (ils/elles) et « them » (leurs) pour désigner ses interlocuteurs. Et ces derniers en feront de même avec elle. Cette lecture ne fait pas l’unanimité. Frank Furedi, professeur émérite à l’Université du Kent cité par le quotidien britannique The Times, craint que la pièce soit une occasion de « réécrire l’histoire ». « Quelqu’un comme Jeanne d’Arc n’aurait aucune idée de ce qu’est être un non binaire. C’est une requalification de quelque chose qui n’existait même pas à l’époque », déclare-t-il, qualifiant le projet de « fantasme à l’envers ».

Jeanne d’Arc, bergère Lorraine, était âgée de 18 ans lorsqu’elle a pris les armes pour défendre le roi de France Charles VII, en pleine guerre de Cent Ans, avant d’être brûlée sur un bûcher en 1431. Selon Charlie Josephine, auteur de la pièce et elle-même « non binaire », celle qu’on appelle la « pucelle d’Orléans » est « cette jeune personne de la classe ouvrière qui transgressait le genre, à une époque où c’était vraiment dangereux ».

« L’histoire a fourni d’innombrables et merveilleux exemples de Jeanne dépeinte en tant que femme. Cette production offre simplement la possibilité d’un autre point de vue », affirme à son tour Michelle Terry. La directrice artistique de ce théâtre shakespearien, réplique de celui où officiait le dramaturge au XVIe siècle, sur la rive sud de la Tamise, a déclaré par ailleurs ne pas faire partie des premiers « à présenter Jeanne de cette manière, et nous ne serons pas les derniers ».

Cette lecture de la figure historique s’inscrit d’ailleurs, avance-t-elle, dans celle de l’Oxford English Dictionary, qui retrace l’usage du pronom « they » y compris pour une personne singulière dès l’année 1375, bien avant Jeanne d’Arc. « Les théâtres ne traitent pas d’une réalité historique », défend-elle, ils « produisent des pièces, et dans les pièces, tout peut être possible ».

L’ancien maître des lieux, affirme encore Michelle Terry, aurait approuvé cette version de la sainte. « Shakespeare n’a pas écrit de pièces historiquement exactes. Il a pris des personnages du passé pour poser des questions sur le monde qui l’entoure », argumente Michelle Terry. « Nos écrivains d’aujourd’hui ne font pas de différence, qu’il s’agisse d’Ann Boleyn, Nell Gwynn, Aemilia Bassano, Édouard II ou Jeanne d’Arc. Le Globe est un lieu d’imagination. Un lieu où, pour un court laps de temps, on peut au moins envisager la possibilité de mondes autres ».

Cette lecture ne fait pas l’unanimité. Frank Furedi, professeur émérite à l’Université du Kent cité par le quotidien britannique The Times, craint que la pièce soit une occasion de « réécrire l’histoire ». « Quelqu’un comme Jeanne d’Arc n’aurait aucune idée de ce qu’est être un non binaire. C’est une requalification de quelque chose qui n’existait même pas à l’époque », déclare-t-il, qualifiant le projet de « fantasme à l’envers ».

La Reine Elizabeth Ire serait aussi non binaire

« Je sais que je n’ai que le corps d’une femme faible et chétive », a dit un jour Elizabeth Ire pour rallier ses troupes face à l’Armada espagnole, « mais j’ai le cœur et l’estomac d’un roi ». Et elle aurait également été une personne non binaire, selon des universitaires travaillant pour le Shakespeare’s Globe, qui ont jeté le doute sur l’identité sexuelle de l’une des plus grandes reines d’Angleterre.

Dans un essai publié par le théâtre, Elizabeth I a été présentée comme pouvant être non-binaire, et la reine y est désignée par les pronoms neutres « they/them » (ils/eux). « Les femmes historiques ont adopté une identité masculine ».

L’essai a été rédigé par un « formateur en sensibilisation aux questions de transsexualité » pour défendre la décision du Globe de monter une nouvelle pièce mettant en scène une Jeanne d’Arc non binaire, mais la pièce et l’essai ont suscité des inquiétudes quant à la disparition de femmes célèbres dans l’histoire. L’essai affirme : « Elizabeth I… se décrivait régulièrement dans ses discours comme “roi”, “reine” et “prince”, choisissant stratégiquement de souligner son identité féminine ou son rôle monarchique masculin à différents moments. »

Elizabeth Ire d’Angleterre

 

L’essai publié sur le site internet du théâtre du Globe, écrit par le militant trans Dr Kit Heyam, suggère que les femmes historiques n’étaient pas seulement des rebelles pour avoir accompli des tâches considérées comme typiquement masculines, mais qu’elles ont aussi, dans un certain sens, adopté une identité masculine.

L’auteur JK Rowling a fait part de sa stupéfaction à l’idée que le Shakespeare’s Globe dépeigne Jeanne d’Arc comme une personne non binaire en aimant un message sur Twitter : « Bientôt : Napoléon était une femme parce qu’il a été vaincu à Waterloo. »

Dr Kit Heyam (ils/eux ou il/lui) sont/est des/un formateur·s de sensibilisation trans basé·s à Leeds

 « Des femmes célèbres rayées de l’histoire »

Les intellectuelles féministes craignent que la remise en cause de la féminité de femmes éminentes (parce qu’elles ont adopté des comportements virils ou fait des choses censément « viriles ») élimine de l’histoire des femmes de nombreuses figures célèbres.

Le Dr Jane Clare Jones, philosophe, a déclaré : « C’est un très bon exemple du conservatisme de genre inhérent à l’idéologie de l’identité de genre. Le conservatisme de genre traditionnel dit que les hommes doivent faire des choses “viriles” et les femmes des choses “féminines”. L’idéologie de l’identité de genre inverse cela et nous nous retrouvons avec l’idée que toute personne qui fait des choses “viriles” doit être un homme, et que toute personne qui fait des choses “féminines” doit être une femme. C’est ainsi que nous nous retrouvons dans une situation où les femmes historiques qui ont joué des rôles traditionnellement “masculins” finissent par être reclassées dans la catégorie des “hommes trans” ou des “non-binaires” ou des “non-femmes” en quelque sorte. »

« C’est un message vraiment régressif à envoyer, surtout aux jeunes femmes »

Joan Smith, auteur de l’ouvrage féministe Misogynies, a déclaré au Telegraph : « Les femmes et les filles ont le droit de rejeter les stéréotypes sans perdre leur sexe. Nous n’avions pas assez de modèles féminins au départ, nous avons passé des décennies à redécouvrir des femmes artistes, auteurs, leaders. Et maintenant, une idéologie régressive tente de les faire disparaître. »