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jeudi 27 novembre 2025

Trump n'invitera pas l'Afrique du Sud au prochain G20 (dont elle est membre) à Miami, pour persécution des fermiers blancs

« L’Afrique du Sud a montré au monde qu’elle n’était pas un pays digne d’être membre de quoi que ce soit », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social ce mercredi.

Donald Trump a annoncé mercredi que l’Afrique du Sud ne serait pas invitée au sommet du G20 prévu l’an prochain à Miami, franchissant un nouveau palier dans son offensive diplomatique contre le pays. Une décision que Pretoria conteste vigoureusement.

« L’Afrique du Sud a montré au monde qu’elle n’était pas un pays digne d’être membre de quoi que ce soit », a réaffirmé le président américain sur Truth Social, reprenant ses accusations d’une prétendue persécution meurtrière des fermiers sud-africains blancs.

Donald Trump avait boudé le sommet du G20 qui vient de se tenir à Johannesburg, un rassemblement qui s’est déroulé sans aucune participation officielle américaine. Dans un premier temps, le président sud-africain Cyril Ramaphosa avait refusé de transmettre formellement la présidence du G20 au prochain pays hôte — les États-Unis — comme le veut la tradition.

 

Bandeau de la chaîne d'info sud-africaine eNCA : « Ramaphosa se mobilise contre la crise de nerfs de Trump »

 « L’Afrique du Sud est un pays souverain »

Pretoria a réagi en rappelant qu’elle est membre du G20 et que sa participation ne peut être remise en cause que par l’ensemble des membres. « L’Afrique du Sud est un pays souverain, constitutionnel et démocratique et n’apprécie pas les insultes venant d’un autre pays concernant son statut de membre et sa capacité à prendre part à des tribunes mondiales », a déclaré la présidence sud-africaine, qui affirme avoir l’intention de participer à toutes les réunions du G20.

L’Afrique du Sud a finalement transmis mardi la présidence du G20 aux États-Unis, lors d’une cérémonie discrète organisée au ministère des Affaires étrangères, rapporte l’AFP. « Il est regrettable qu’en dépit des efforts du président Ramaphosa et son gouvernement, et de leurs nombreuses tentatives de faire repartir les relations avec les États-Unis, le président Trump continue d’appliquer des mesures punitives contre l’Afrique du Sud, basées sur de la désinformation et des déformations », a déploré la présidence sud-africaine.

Le prochain sommet du G20 doit se tenir en décembre 2026

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump prend régulièrement pour cible le gouvernement sud-africain, notamment en évoquant un prétendu « génocide » des Afrikaners, descendants des premiers colons européens.

En mai, à la Maison-Blanche, il avait tendu une véritable embuscade à Cyril Ramaphosa en lui montrant une vidéo truffée d’erreurs, censée étayer ses accusations et que l’Afrique du Sud rejette catégoriquement.

Le sommet du G20, qui rassemble les 20 premières économies mondiales, doit se tenir en décembre 2026 dans un complexe de golf appartenant à la famille du président américain, le « Trump National Doral Miami », en Floride, dans le sud des États-Unis.

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Afrique du Sud — Les coûts exorbitants des politiques dites d'émancipation économique des Noirs

 

Échange tendu entre le président sud-africain et donal Trump devant la presse internationale 

dimanche 9 février 2025

Trump déclare qu'il supprime tout financement à l'Afrique du Sud en raison de la discrimination anti-blanche

Le président américain Donald Trump a déclaré qu’il supprime tout financement à l’Afrique du Sud en raison de la discrimination et des violations des droits de l’homme à l’encontre des Blancs. Le ministre des Affaires étrangères, Marco Rubio, a également déclaré : « Je ne participerai pas au sommet du G20 à Johannesbourg. » « L’Afrique du Sud fait de très mauvaises choses, a écrit le secrétaire d’État américain sur le réseau social X, citant notamment « l’expropriation des propriétés privées ».

AfriForum, une ONG sud-africaine de défense des droits civils, a souligné que le décret exécutif émis hier par le président Donald Trump, président des États-Unis, concernant la situation des Afrikaners en Afrique du Sud est le résultat direct des actions et politiques irresponsables du président Cyril Ramaphosa et de son gouvernement.

Menaces, discriminations et climat délétère causés par l’ANC

AfriForum avait écrit au président de l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, en avril 2024 pour lui demander de renvoyer la Loi sur l’expropriation devant le Parlement, car l’article 12 (3) — qui rend possible l’expropriation sans compensation et qui ne limite pas réellement les circonstances dans lesquelles elle est appliquée — fera fuir les investisseurs.

« Malheureusement, Cyril Ramaphosa a ignoré cette demande. Il a signé cette loi et le président doit donc porter l’entière responsabilité des fruits amers que ce pays et son peuple doivent maintenant récolter », a déclaré Kallie Kriel, président d’AfriForum.

Ernst J. van Zyl, responsable des relations publiques d’AfriForum, estime que les déclarations et le comportement du gouvernement de l’ANC avant la signature de la loi sur l’expropriation justifient les inquiétudes suscitées par cette loi : « Les tentatives d’amendement de la Constitution pour détruire les droits de propriété privée, l’éloge et le culte du héros des accapareurs de terres tels que [l'ancien président du Zimbabwe] Robert Mugabe, et la déclaration selon laquelle l’objectif de la loi sur l’expropriation est de permettre l’expropriation sans compensation, ne sont que quelques exemples des déclarations et des comportements du gouvernement ANC qui suscitent des inquiétudes. »

Selon Jacques Broodryk, porte-parole pour la sécurité des communautés à AfriForum la violation des droits de propriété par l’accaparement des terres en Afrique du Sud suscite de plus en plus d’inquiétudes au niveau international : « Bien que le gouvernement ne soit pas directement responsable d’accaparements de terres, il en est indirectement responsable parce que la police, dans de nombreux cas, n’agit pas contre les occupants et que la législation rend difficile l’expulsion des accapareurs des terres occupées. »

« En outre, des conseillers municipaux de l’ANC ont par le passé été liés à des accaparements illégaux de terres », ajoute Jacques Broodryk.

Se référant aux préoccupations du président Donald Trump selon lequel des minorités sont « très mal traitées », M. Kriel souligne que M. Ramaphosa a signé la loi de modification des lois sur l’éducation de base (BELA) qui menace spécifiquement l’existence continue des communautés culturelles de langue afrikaans en ciblant les écoles afrikaans.

Selon Kallie Kriel, c’est également sous le gouvernement contrôlé par l’ANC — que l’Afrique du Sud compte 141 lois raciales, dont 116 nouvelles, toujours dans les recueils de lois.

Afrikaners reconnaissants, mais opposés à l’émigration

AfriForum a exprimé sa grande reconnaissance envers Donald Trump et les États-Unis pour avoir souligné l’injustice dont sont victimes les Afrikaners en Afrique du Sud.

Toutefois, AfriForum et d’autres organisations sœurs ont rejeté l’offre de Trump de réinstallation des Afrikaners aux États-Unis : « Les Afrikaners ne survivront que sur le sol local en tant que communauté culturelle. L’émigration n’offre de perspectives qu’aux Afrikaners qui sont prêts à sacrifier l’identité culturelle de leur postérité en tant qu’Afrikaners. »

Le décret de Donald Trump sur l’Afrique du Sud

Défense des écoles afrikaans, du droit de propriété

D’après Kallie Kriel, président d’Afriforum, les propositions d’AfriForum comprennent, entre autres, les éléments suivants : 

  1. Le dépôt d’amendements sur la loi d’amendement de la loi sur l’éducation de base (Bela), qui menace spécifiquement l’existence des écoles afrikaans et des communautés culturelles ; et la loi sur l’expropriation qui menace les droits de propriété.
  2. Le retour de l’Afrique du Sud à une politique étrangère neutre vis-à-vis des conflits internationaux. La politique étrangère anti-occidentale et anti-américaine inconsidérée du gouvernement sud-africain contribue directement au fait que le bien-être économique de
  3. La conclusion d’un accord culturel entre le gouvernement sud-africain et les Afrikaners et autres communautés culturelles qui le souhaiteraient, selon lequel un espace culturel sera offert aux institutions et communautés culturelles africaines.
  4. La cessation de la discrimination raciale contre les Afrikaners et les autres minorités.
  5. L’arrêt des déclarations haineuses envers les Afrikaners et les autres minorités, comme l’utilisation du chant Kill the Boer (Tue le Boer !, voir vidéo ci-dessous).

La Loi d’expropriation (2024) sans compensation

Son article 12 (3) précise que :

(3) Il peut être juste et équitable qu’aucune indemnité ne soit versée lorsqu’un terrain est exproprié pour cause d’utilité publique, compte tenu de toutes les circonstances pertinentes, y compris, mais non exclusivement, les suivantes

(a) lorsque le terrain n’est pas utilisé et que l’objectif principal du propriétaire n’est pas de développer le terrain ou de l’utiliser pour générer des revenus, mais de bénéficier de l’appréciation de sa valeur marchande ;

(b) lorsqu’un organe de l’État détient un terrain qu’il n’utilise pas pour ses fonctions essentielles et qu’il n’est pas raisonnablement susceptible d’avoir besoin du terrain pour ses activités futures à cet égard, et que l’organe de l’État a acquis le terrain à titre gratuit ;

(c) nonobstant l’enregistrement de la propriété en vertu de la loi de 1937 sur le registre des actes (loi n° 47 de 1937), lorsqu’un propriétaire a abandonné le terrain en n’exerçant pas de contrôle sur celui-ci alors qu’il était raisonnablement en mesure de le faire ;

(d) lorsque la valeur marchande du terrain est équivalente ou inférieure à la valeur actuelle de l’investissement direct de l’État ou de la subvention pour l’acquisition et l’amélioration bénéfique du capital du terrain.

Comme on le voit, l’article 12, paragraphe 3, laisse à l’autorité expropriante le pouvoir discrétionnaire de déterminer s’il est juste et équitable de ne verser aucune indemnité. Toutefois, la loi ne contient pas de lignes directrices sur la manière dont ce pouvoir discrétionnaire doit être exercé. L’indemnisation nulle n’est pas nécessairement limitée aux cas énumérés dans cet article.

L’article 25 paragraphe 4 de la Constitution sud-africaine stipule que

(4) Aux fins du présent article —
(a) l’intérêt public comprend l’engagement de la nation envers la réforme agraire et les réformes visant à assurer un accès équitable à toutes les ressources naturelles de l’Afrique du Sud, et
(b) la propriété ne se limite pas à la terre.
Lu à la lumière de cet article (25) (4) (a), « l’intérêt public » comprend « l’engagement de la nation envers la réforme agraire. »

Certains ont interprété cela comme signifiant que l’article 25 fournit un cadre pour les cas où aucune compensation ne serait accordée pour les biens expropriés, en particulier en ce qui concerne les terres. À savoir que l'expropriation dans le cadre de la réforme agraire est en soi de l'intérêt public et ne doit donc pas nécessairement être justifié autrement (les clauses (a) à (d) n'étant que des exemples en rien limitatifs).

L’Afrique du Sud, en tant que membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), est signataire du protocole de la SADC sur la finance et l’investissement. Ce protocole vise à fournir un cadre politique pour encourager les États membres à instaurer un climat économique favorable à l’investissement et à l’esprit d’entreprise.

L’article 5 du protocole stipule que l’expropriation d’un terrain n’est légale que si elle est effectuée dans un but d’utilité publique, dans le cadre d’une procédure légale régulière, de manière non discriminatoire et accompagnée d’une indemnisation juste et adéquate.

La loi sur l’expropriation en son article 12 (3) pourrait entrer en conflit avec l’exigence d’une « indemnisation juste et adéquate » du Protocole.

La section 12 (3) (a) est particulièrement préoccupante, car elle prévoit que l’indemnisation pour un terrain peut être nulle si le terrain n’est pas utilisé et que le propriétaire n’a pas l’intention de développer le terrain ou de générer des revenus à partir du terrain, mais plutôt de bénéficier de l’appréciation de la valeur du marché.

La section 23 (3) (c) prévoit que les terres peuvent être prises sans compensation lorsqu’elles ont été abandonnées parce que le propriétaire n’a pas exercé de contrôle sur les terres, bien qu’il ait été raisonnablement en mesure de le faire, et la section 23 (3) (d) prévoit qu’aucune compensation ne doit être payée lorsqu’un investissement direct de l’État excède la valeur des terres.

L’Afrique du Sud a conclu plusieurs traités bilatéraux d’investissement avec la Chine, les États-Unis et des pays de l’UE, dont la plupart exigent une compensation à la valeur marchande totale en cas d’expropriation.

L’expropriation sans compensation pourrait constituer une violation de ces traités et déclencher des demandes d’arbitrage international de la part d’investisseurs étrangers.

Le protocole sur l’investissement de la zone de libre-échange continentale africaine, auquel l’Afrique du Sud est liée en tant que signataire, prévoit également des protections contre l’expropriation sans compensation.

L’article 19 du protocole de la zone de libre-échange prévoit des règles relatives à l’expropriation des biens. Celles-ci exigent que l’expropriation soit effectuée dans un but d’utilité publique, conformément à la procédure établie par l’État dans lequel l’investissement est détenu, de manière non discriminatoire et, conformément à l’article (19) (1) (d), qu’elle donne lieu à une indemnisation juste et adéquate.

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Vivre-ensemble : chef du 3e parti (13 %) en Afrique du Sud chante « Tirez pour tuer, Tuez le Boer, tuez le fermier » devant stade comble

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Uniformiser les universités de la « nation arc-en-ciel » au nom de l’« unité » ?

Afrique du Sud — volonté de spolier les terres et d’angliciser les écoles malgré la constitution

samedi 2 avril 2016

Uniformiser les universités de la « nation arc-en-ciel » au nom de l'« unité » ?

La statue de Rhodes avant son enlèvement
Ils sont d’abord venus pour les statues.

L’année dernière, des étudiants au Cap en Afrique du Sud ont lancé un mouvement de protestations nationales en exigeant que l’Université du Cap (UCT) enlève une statue de Cecil Rhodes, un riche aventurier et ambitieux impérialiste britannique célèbre pour son opposition aux Boers et sa volonté d’annexion de leurs républiques dans l’Empire britannique à la fin du XIXe siècle. (Voir le film allemand Le Président Kruger produit en 1941 qui en trace un portrait peu flatteur. Visible sur YouTube.) Selon The Economist, il avait comme la plupart de ses contemporains des idées racistes. (Le professeur Nigel Biggar lors d’un débat à Oxford a rejeté cette accusation.) Rhodes a légué son nom à l’ancienne Rhodésie, à des bourses universitaires très connues dans le monde anglo-saxon et à une université sud-africaine dans la province du Cap oriental.

Intimidation et enlèvement des statues

Les militants de l’Université du Cap bloquèrent des routes, jetèrent des excréments humains et profanèrent le monument aux morts de l’Université avec les mots « Niquer Rhodes ». Leur chef Chumani Maxwele — un militant au surnom de « lance-caca » (« poo-flinger ») — aurait fait irruption dans le bureau d’une professeur, frappé sur sa table et crié « il ne faut pas écouter les Blancs, on n’a pas besoin de leurs excuses, ils doivent être éliminés de l’Université du Cap et être tués ».

Dirigée par un vice-recteur (et ancien boursier Rhodes) progressiste du nom de Max Price, l’administration de l’université s’est montrée pusillanime face à cette intimidation. Une réunion du Conseil de l’Université a été interrompue par les militants du mouvement « Rhodes doit tomber ». Ils scandaient « Un colon, une balle » et sautaient sur les tables des conseillers. Intimidé, le conseil a choisi de faire enlever la statue de Rhodes.

La contestation entourant Rhodes a inspiré des manifestations similaires sur d’autres campus à travers le pays. À l’Université du KwaZulu-Natal, une statue du roi George V a été éclaboussée avec le slogan : « En finir avec le privilège blanc ». À l’université portant le nom de Rhodes, dans le Cap oriental, des manifestations ont éclaté pour que celle-ci change de nom. Ce tollé récent remet en question l’esprit d’accommodement qui aurait marqué l’ère Mandela. Au cours des 21 années qui ont suivi la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, peu de statues ont été renversées, mais de très nombreuses villes, rues et institutions ont été rebaptisées. Les écoles des Afrikaners ont également été de plus en plus anglicisées de force en même temps qu’elle devenait multiraciale.

Graffitis racistes à l’Université du Cap

Il est vrai que Mandela a prêché la concorde dans le pays. Mais, son rôle était en grande partie symbolique, car au sein du parti noir de l’ANC il ne déterminait pas l’ordre du jour et des pans entiers de l’appareil d’État, de la police, de l’armée et de l’économie étaient encore aux mains des blancs. En outre, ses soutiens occidentaux voulaient que l’Afrique du Sud serve d’exemple de société multiraciale apaisée.

Des mouvements nourris de « fierté noire »

Ces jours-ci, un mouvement nourri de rhétorique panafricaine et de fierté noire s’affirme de plus en plus. Ce mouvement est alimenté par l’augmentation du nombre d’étudiants noirs sur les campus sud-africains (mal préparés à ces études comme on le verra ci-dessous) et à un essoufflement de l’économie sud-africaine qui ne parvient pas à réduire le chômage de masse des jeunes noirs.

Le mouvement « Rhodes doit tomber » ne constitue qu’une petite minorité agressive qui intimide la majorité pacifique des étudiants. Mais cette minorité agissante parvient à faire reculer les conseils d’administration universitaires et les ministères.

L’idéologie de ce mouvement est pour le moins radicale, plusieurs militants de « Rhodes doit tomber » ont ainsi exprimé leur solidarité avec un autre meneur étudiant noir, Mcebo Dlamini. Ce dernier a déclaré plus tôt cette année qu’il « aimait » Adolf Hitler et l’admirait pour ses « compétences organisationnelles ». « Rhodes doit tomber » a publié plusieurs gazouillis sur Tweeter en solidarité avec le mot croisillon #FreeMceboDlamini.

Un pays à la xénophobie récurrente

L’insurrection contre les statues « coloniales » a coïncidé avec une vague d’agressions xénophobes en Afrique du Sud contre des commerçants immigrés originaires du Pakistan, du Bangladesh et d’autres pays africains.

Cette violence xénophobe est le fait des couches les plus pauvres de la population noire, elle cible ce que les Sud-africains appellent les amakwerekwere (les « barbares », « ceux qui parlent mal »). Elle est résolument antagoniste, en apparence, à la rhétorique panafricaine qu’adoptent les mouvements étudiants sud-africains. Mais cette contradiction n’est peut-être que superficielle : les étudiants noirs adoptent une phraséologie panafricaine quand il s’agit de s’opposer aux blancs (« non africains »), car c’est un discours respectable auprès des médias et des intellectuels occidentaux. Les pauvres des cités noires n’ont pas ces scrupules : ils s’attaquent aux étrangers africains ou asiatiques qui voleraient le boulot des pauvres sans ressentir le besoin de parer leurs actes d’une idéologie noble comme le panafricanisme.

Le Mozambicain Emmanuel Sithole fut attaqué par quatre inconnus le 18 avril 2015 à Alexandria, une cité de Johannesbourg. Ils le frappèrent avec un gourdin et le poignardèrent. Sithole mourra à l’hôpital de ses blessures. Voir le reportage de CNN au complet.
   
Recul du gouvernement sur la hausse des frais de scolarité

Six mois après l’élimination de la statue de Rhodes à l’université du Cap, l’intimidation violente n’a pas pris fin.

De nombreux manifestants ont marché sur le Parlement pour se plaindre des frais universitaires élevés. Le gouvernement de l’ANC, pourtant à court d’argent, a reculé et a annulé l’augmentation prévue des frais.

Depuis lors, les mêmes manifestants continuent de protester, ils ont détourné le mécontentement lié à la hausse des frais de scolarité et perturbent les cours, détruisent des biens, intimident leurs opposants et ont même été jusqu’à jeter des excréments là où se tenaient des examens. Des professeurs désespérés ont été forcés de tenir des examens dans des lieux secrets autour du Cap, lieux que « Rhodes doit tomber » a néanmoins réussi à débusquer, à infiltrer et à fermer.

Cecil Rhodes en Colosse de Rhodes qui voulait relier le Cap au Caire par le train et le télégraphe


L’année universitaire 2016 a commencé par de nouveaux troubles

Pendant ce temps, au Cap, après les grandes vacances de l’été austral, les étudiants noirs de l’UCT ont commencé leur nouvelle année universitaire (elle commence en janvier en Afrique du Sud) par de nouvelles protestations. Cette fois-ci, ils se plaindraient du manque de place dans les résidences universitaires accessibles aux étudiants pauvres (et donc en majorité aux noirs). Ils ont pris d’assaut le campus et se sont emparés d’œuvres d’art pour les brûler. La plupart des peintures qu’ils ont entassées sur un feu de joie étaient des portraits de figures historiques blanches. Il s’agirait, a déclaré un manifestant, de « symboles du colonisateur ».

Lancement de pierres sur des peintures de blancs au Cap

Un autre manifestant a fièrement posté des photos du feu de joie sur Twitter, où l’on voit les flammes lécher une plaque commémorative de Jan Smuts, un général éduqué en partie à Cambridge qui fut deux fois premier ministre de l’Afrique du Sud et qui participa à l’écriture du préambule de la charte fondatrice de l’ONU. Le gazouillis qui accompagne la photo proclamait : « La blancheur brûle ».

Parmi les œuvres qu’ils ont réduites en cendres se trouvait une peinture à l’huile de 1993 par un artiste antiapartheid noir, Keresemose Richard Baholo. Elle s’appelait « La torche éteinte de la liberté universitaire », un élément d’une série de tableaux qui illustrent des manifestations étudiantes tenues à l’université pendant le régime blanc de l’apartheid.


Résurgence de l’antagonisme racial, fort chômage persistant

Les protestations sont symptomatiques d’une résurgence de l’antagonisme racial en Afrique du Sud, attisé par une culture du ressentiment, le ralentissement économique et un chômage élevé persistant.

Le chômage en Afrique du Sud a ainsi atteint au premier trimestre 2015 un niveau inégalé depuis 2003, à 26,4 % de la population active en recherche d’emploi. Sur 35,8 millions de Sud-Africains en âge de travailler (15-64 ans), près de huit millions sont sans emploi dont 5,5 millions au chômage qui cherche activement à travailler (+ 9,2 % sur un an) et 2,4 millions de « découragés » — selon la terminologie statistique — ayant renoncé à chercher du travail. C’est pourquoi les agences indépendantes parlent de plus de 40 % de chômage réel avec des pointes à 80 % dans certaines régions.

Environ 17 millions de Sud-africains reçoivent des prestations sociales, cependant que plus 13 millions ne survivent que grâce au versement d’une allocation (Social Grant) qui leur assure le minimum vital. En 2014, 65 % des familles noires vivaient ainsi en dessous du seuil de pauvreté.

L’état des lieux de l’économie sud-africaine a été dressé dans le « Rapport économique sur l’Afrique » pour l’année 2013, rédigé par la Commission économique de l’Afrique (ONU) et l’Union africaine. Pour la période 2008-2012, l’Afrique du Sud a ainsi été classée parmi les 5 pays « les moins performants » du continent, devançant à peine les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland, quatre pays en faillite...

Tout cela a fait dire à Julius Malema, le bouillant chef noir, « qu’en Afrique du Sud, la situation est pire que sous l’apartheid. La seule chose qui ait changé, c’est qu’un gouvernement blanc a été remplacé par un gouvernement de Noirs ». À la suite de plusieurs esclandres et déclarations fracassantes, Julius Malema a été exclu en 2012 de l’ANC, le parti au pouvoir depuis la fin de l’Apartheid. Malema a ensuite fondé un parti anticapitaliste et panafricaniste, les Economic Freedom Fighters (EFF), dont le programme politique est axé sur l’expropriation des terres et la nationalisation des mines sans compensation. Aux élections générales sud-africaines de 2014, EFF a obtenu 6,4 % des voix et est devenu le troisième parti du pays après l’ANC et la Democratic Alliance (DA), parti libéral souvent considéré comme le parti des blancs malgré ses efforts d’africanisation. [Mise à jour septembre 2016 : Aux élections municipales d’août 2016, l’EFF a rassemblé 8,3 % des voix derrière l’ANC à 55,6 % et la DA à 24,5 %.]

L’EFF de Julius Malema n’hésite pas à racialiser les conflits : « la lune de miel est finie pour les blancs en Afrique du Sud ».

En dépit de ses outrances, Julius Malema dit, en partie, vrai car économiquement et socialement, un abîme s’est en effet creusé entre, d’une part, une minorité de privilégiés noirs, les « diamants noirs », bénéficiaires des politiques contraignantes de discrimination positive et, d’autre part, des millions de chômeurs, d’assistés et de travailleurs sous-payés qui paralysent le pays avec de fréquents mouvements de revendication. N’étant pas entendus par les dirigeants, ces derniers ne voient souvent que la violence pour s’exprimer. L’Afrique du Sud est ainsi quotidiennement secouée par des mouvements sociaux de plus en plus fréquents, qui prennent régulièrement un tour quasi insurrectionnel. Les immigrés en sont les premières victimes lors d’émeutes xénophobes.

 Un président et un gouvernement soupçonné de corruption

Aux difficultés économiques du pays, au peu de progrès d’une majorité de la population noire se mêlent des scandales qui secouent le gouvernement ANC au pouvoir depuis plus de 20 ans.

Deux des frères Goupta
Une nouvelle affaire à la mi-mars a plongé le Président Jacob Zuma dans la tourmente. Un membre du gouvernement, le vice-ministre des Finances Mcebisi Jonas, a révélé dans un communiqué de presse avoir été approché par une richissime et influente famille d’hommes d’affaires indiens, les Goupta, très influente dans le secteur minier, les médias, l’ingénierie ou encore l’informatique. Ceux-ci lui auraient proposé le poste de son patron, le ministre des Finances.

L’affirmation de M. Jonas, contestée par la famille Goupta, suit d’autres incidents similaires. Notamment celui de Vytjie Mentor, une ancienne députée du Congrès national africain (ANC) au pouvoir, qui a affirmé sur sa page Facebook qu’elle s’était aussi fait offrir un poste ministériel par les membres de la famille Gupta.

En 2013, un énorme scandale secoue le pays lorsqu’un avion privé des Goupta transportant des invités étrangers à un mariage atterrit sur une base militaire sud-africaine. Les invités échappent au contrôle des douanes et sont convoyés sous escorte policière vers le lieu de la noce.

L’amitié qu’entretient le président sud-africain Jacob Zuma, au pouvoir depuis 2009, avec cette grande famille d’immigrés le plonge encore dans la tourmente après celui de sa luxueuse résidence privée rénovée aux frais des contribuables.

Au début des années 2010 éclata l’affaire qui continue à poursuivre le président. Sa résidence privée à Nkandla, dans la campagne du pays zoulou, avait été remise à neuf aux frais de l’État pour un montant de 30 millions de dollars canadiens (20 millions d’euros).

Président Zuma
Face au scandale, le ministre de la Police a expliqué qu’il s’agissait de travaux « de sécurité » : la piscine est « un réservoir d’eau en cas d’incendie », l’enclos pour bétail « une barrière pour que les vaches ne touchent pas les clôtures électriques », et l’amphithéâtre « un mur incliné de protection ».

Le jeudi 31 mars 2016, la Cour constitutionnelle a demandé au président de rembourser une partie des travaux, estimant à l’unanimité qu’il a violé la Constitution.

Un taux de réussite au secondaire qui gonfle le nombre d’étudiants mal préparés

C’est sur fond de corruption, de ralentissement économique, de xénophobie et de chômage endémique qu’il faut appréhender les troubles les plus récents dans les universités sud-africaines.

Rappelons d’abord que les Blancs, bien qu’il ne forme plus que 8 % de la population totale (leur nombre ne fait que baisser depuis la fin de l'apartheid), représentent 46,3 % des travailleurs possédant un diplôme universitaire.

Plus de deux décennies après la fin de l’apartheid, de nombreux noirs sont toujours très mal lotis, le plus souvent parce qu’ils sont mal formés et à cause de l’incapacité du gouvernement à résoudre ce problème de formation.



Le taux de réussite aux examens de fin du secondaire en Afrique du Sud (appelé la « matriculation ») n’a fait que croître ces dernières années pour passer de 46 % en 1996 à 78,2 % en 2013.

Mais pour « réussir » ces examens, un étudiant ne doit obtenir que 40 % en 3 matières — dont une doit être sa langue maternelle — et 30 % dans 3 autres matières.

En outre, les candidats à la matriculation choisissent de plus en plus des sujets faciles. C’est ainsi que si, en 2010, 263 034 lycéens avaient présenté l’examen de mathématiques, ce chiffre était descendu à 241 509 élèves en 2013. À l’inverse, le nombre d’élèves qui présentent l’examen de « culture mathématique », une matière plus facile, est passé de 280 836 en 2010 à 324 097 en 2013.

Le Forum économique mondial basé en Suisse a classé le système éducatif sud-africain en 146e positon sur 148 pays — et dernier en mathématiques et en sciences. Ce n’est pas faute d’argent. L’éducation engloutit un cinquième du budget de l’État, un des plus hauts pourcentages au monde. Les enseignants sont relativement bien payés. Mais les normes sont peu élevées et les résultats lamentables. Seuls quatre élèves sur dix qui commencent l’école obtiennent le diplôme d’études secondaires même si la note de passage n’est que de 30 %, déclare l’OCDE. À peine 12 % des élèves obtiennent des notes suffisamment élevées pour entrer à l’université. Et seuls 11 % obtiennent une note de 40 % ou plus en mathématiques, la grande majorité en provenance d’écoles privées « historiquement blanches », comme on dit en Afrique du Sud.

Malgré le faible pourcentage de diplômés du secondaire qui peuvent s’inscrire à l’université, étant donné leurs faibles notes à l’examen final du secondaire, le nombre d’étudiants dans les universités sud-africaines a fortement crû ces vingt dernières années : il est passé de 495 355 en 1994 à 1 002 110 en 2014. Les noirs représentent aujourd’hui environ 80 % des étudiants dans les universités sud-africaines.

Rappelons qu’en même temps que les universités sud-africaines « historiquement blanches » — il en existait réservées pour les noirs, les métis et même les Indo-Pakistanais sous l’apartheid — s’ouvraient à une clientèle noire, souvent mal préparée, les conditions d’admission des blancs étaient durcies dans certaines facultés. C’est ainsi que, selon le Sunday Times, pour avoir une chance réaliste d’être admis au programme de cinq ans en médecine à l’Université du Cap, un élève blanc doit avoir obtenu au moins 90 % pour cinq sujets lors des examens de fin du secondaire et au moins 80 % pour le sixième de ceux-ci. Les étudiants noirs, par contre, n'avaient besoin que de notes entre 70 % et 79 % dans six matières et au moins 50 % à l’examen national de compétence pour avoir une bonne chance d’obtenir une place. Le vice-recteur de l’université du Cap, Price, avait déclaré en 2011 que les blancs et les Indo-Pakistanais combleraient 150 des 200 places en médecine si la race n’était pas utilisée pour déterminer qui peut être admis dans la faculté de médecine du Cap. Toutefois, en raison  des politiques de discrimination en faveur des noirs, seuls 80 blancs et Indiens ont pu s’inscrire en médecine à l’UCT, alors que 80 places étaient réservées aux noirs et 40 pour des métis. La population métisse est majoritaire dans la province du Cap occidental, bassin naturel de l’UCT : 50,2 % en 2007, les Blancs y représentent 18,4 % de la population.

Mais si le nombre des étudiants admis a gonflé ces dernières années, le nombre d’étudiants qui réussissent leurs études universitaires est très bas et, plus grave encore, ce taux de réussite — qui oscille entre 15 et 20 % — diminue depuis plusieurs années. En d’autres termes, 80 à 85 % des étudiants qui s’inscrivent en première année dans une des 26 universités publiques échoueront leurs études ou les abandonneront…

L’État sud-africain alloue 9 milliards de rands (750 millions de $) par an en subventions aux étudiants, tandis que les subventions d’exploitation aux 26 universités du pays totalisent 72 milliards de rands (6 milliards de $) sur trois ans. Les 80 à 85 % d’échec représentent donc des pertes très importantes pour l’État et les contribuables (lesquels sont en grande partie blancs).

En effet, seuls treize pour cent des 53 millions sud-africains paient des impôts sur le revenu, mais 99 % des impôts payés le sont par 3,3 millions de contribuables, la majorité de ceux-ci sont des blancs, des Asiatiques (les grands bénéficiaires de la fin de l’apartheid, voir le graphique ci-dessous) et des métis.


Entretemps, 36 pour cent du budget du pays est affecté aux salaires d’une fonction publique pléthorique dont l’inefficacité a conduit à l’éclosion d’une industrie de services privés parallèles qui se substitue aux services gouvernementaux dans les secteurs de la sécurité, de la scolarité, des postes, communications et de la santé. On a donc vu apparaître en Afrique du Sud non seulement des écoles, des hôpitaux, des services de gardiennage très nombreux et des messageries privés, mais également une université privée afrikaans au sud de Prétoria (Akamedia).


Des difficultés de logement créées par les manifestations précédentes

Parmi les plaintes des manifestants en ce début de 2016, figure « la revendication invraisemblable », selon The Economist de Londres, que les Blancs auraient un accès préférentiel aux résidences universitaires. Des manifestants ont, notamment, érigé une cabane en tôle ondulée sur l’imposant terrain de l’UCT pour représenter les rudes conditions de vie dans les cités noires. Ils y ont ajouté des toilettes portables et renversé de gros cageots en plastique comme chaises.

Certains ont commencé un braai (les Sud-africains sont férus de barbecue – pendant toute l’année), grillé des saucisses et des côtelettes sur charbon de bois. Les flammes se sont propagées. Le petit groupe d’étudiants a refusé de retirer la cabane qui, selon les responsables de l’université, bloquait la circulation, puis a saccagé les environs. Ils ont brûlé une voiture, un bus et le bureau de Max Price, le vice-recteur de l’université. Le même Price qui avait acquiescé si facilement à l’enlèvement de la statue de Rhodes. « Il est tout à fait regrettable qu’un mouvement qui a commencé avec une telle promesse et qui prétend se battre pour la justice sociale ait maintenant dégénéré en un groupe qui se livre à la criminalité », a déclaré M. Price.

Manifestation à Prétoria au mois d’octobre 2015 devant les bâtiments de l’Union (siège du gouvernement) au sujet des frais d’inscriptions universitaires. Une centaine d’étudiants y furent arrêtés.

Il ne reste plus grand-chose des motifs qui avaient incité les étudiants à descendre dans la rue en octobre 2015 quand ils avaient été soutenus par une grande partie de la population alors qu’ils dénonçaient les frais de scolarité universitaires élevés qui mettent souvent l’université hors de portée pour les étudiants noirs issus de familles pauvres. La pénurie de logements à l’UCT prend en partie sa source dans le succès de ces manifestations, car le nombre d’inscriptions a augmenté grâce à des frais moins élevés et des mesures visant à réduire l’endettement des étudiants. En outre, certaines chambres dans les résidences sont toujours occupées par des étudiants dont les examens ont été reportés à cette année en raison des manifestations de l’an dernier.

Parmi les étudiants arrêtés pour les dégradations de biens à l’UCT, on en retrouve qui, de façon évidente, ne sont pas pauvres. C’est le cas du fils du chef de la direction d’Eskom, l’entreprise publique productrice d’électricité.

En janvier et en février, d’autres universités ont également été la proie de manifestations violentes, en grande partie en raison des frais d’inscription et du surpeuplement. Un meneur étudiant à l’Université Walter Sisulu (est du pays) a déclaré au Daily Sun, un tabloïd : « Nous allons tout détruire. »

Pendant ce temps à l’Université Witwatersrand à Johannesbourg (nord du pays), après une journée de protestation et l’arrestation de 14 étudiants, l’université a déployé plus de vigiles pour protéger le personnel, les étudiants et les biens de l’institution. Les étudiants arrêtés ont été accusés d’avoir occupé illégalement un bâtiment d’administration, de tentative d’incendie, de dégradation volontaire de biens et d’avoir mis le feu à un matelas dans une des bibliothèques universitaires.

On a également accusé le mouvement « Les Frais doivent baisser » d'avoir incendié un bus universitaire, mais les membres de cette organisation ont dénoncé cet incident.

Nouveaux motifs de protestations : l’existence de cours optionnels en afrikaans

Officiellement, l’Afrique du Sud a 11 langues officielles.

Cela donne l’impression d’un pays ouvert, tolérant et qui valorise la diversité. En réalité, cette multiplicité a surtout servi à imposer l’anglais à tous et à éliminer l’afrikaans, seule langue officielle à travers le pays avec l’anglais jusqu’en 1996. Jusqu'à cette époque, les langues « bantoues » étaient valorisées dans les différents États croupions réservés aux différentes ethnies noires.

Rappelons que l’afrikaans est la langue maternelle de nettement plus de personnes que l’anglais en Afrique du Sud. Et même si l’afrikaans est considéré par de nombreux noirs comme la langue de l’apartheid, cette langue est parlée par plus de métis — également victimes de l’apartheid — que de blancs.




L’éducation en langue maternelle bantoue (9 des langues officielles) est également en retrait depuis la fin de l’apartheid. Cette éducation (à l’école primaire surtout) était considérée par de nombreux noirs comme une ruse utilisée par le régime d’apartheid pour leur imposer une éducation de moindre qualité et les tenir loin des carrières et des postes valorisants. Pour les partisans de l’apartheid, par contre, l’Afrique du Sud était un assemblage d’États ethniques qui devaient rester séparés (« à part », d’où apartheid) pour assurer la survie culturelle de ces ethnies et principalement celles des Afrikaners. À l’époque du régime blanc, l’éducation en langue maternelle était une chose normale tant pour les Afrikaners que les populations noires ou anglophone.

Répartition de l’afrikaans et l’anglais comme langue maternelle des Sud-Africains blancs (bleu : afrikaans en majorité, rouge l’anglais en majorité, plus la couleur est foncée, plus la majorité est grande, le bleu foncé = 87,5 % à 100 % des familles blanches ont l’afrikaans comme langue maternelle).


Avec l’arrivée au pouvoir de l’ANC en 1994, une autre philosophie s’est imposée, loin d’une rhétorique tolérante valorisant la diversité : celle de la discrimination positive en faveur des Noirs et de l’« unité » y compris scolaire et linguistique autour de l’anglais. L’anglais est d’ailleurs la langue qui a connu la plus forte augmentation dans son nombre de locuteurs passant de 8,2 % de la population qui le parlaient comme première langue en 2001 à 9,6 % en 2011 alors que quasiment toutes les dix autres langues officielles ont vu leur nombre relatif de locuteurs baisser, l’afrikaans étant une des exemptions, mais pour ne progresser que de 0,2 % pendant ces dix ans.

Il y avait en 1994, une série d’universités blanches anglophones (universités du Cap, de Durban, Witwatersrand, Rhodes) et d’autres « afrikaansophones » (universités de Stellenbosch, Prétoria, de l’État libre d’Orange, de Potchefstroom, du Rand). Toutes les universités enseignant en afrikaans ont dû s’ouvrir à la diversité raciale et linguistique. Les deux choses ne sont pourtant pas la même chose : on aurait pu garder des universités multiraciales enseignant en afrikaans (c’était chose facile à Stellenbosch par exemple où la population non blanche locale parle aussi l’afrikaans comme langue maternelle). Mais l’on décida d’imposer l’anglais partout au nom de la « diversité » et de l’« ouverture ».

Les militants noirs veulent maintenant passer à l’étape suivante : éliminer l’afrikaans des anciennes universités afrikaans au nom de « l’unité », laquelle ressemble de plus en plus à l’uniformité et à la volonté d’éradiquer la langue afrikaans de la vie publique.

EuroNews n’explique pas pourquoi les étudiants blancs pourchassent un noir avec un mégaphone, mais quelqu’un a filmé les scènes que ne montre pas EuroNews, voir ci-dessous

Près de la grille, un noir muni d’un haut-parleur frappe une jeune femme blanche à plusieurs reprises de son mégaphone, une course poursuite s’en suit (Euronews ne montre que la méchante foule blanche qui poursuit un noir). Lors de heurts à l’Université de l’État libre d’Orange en février 2016.

Violences de la fin février dans les universités

À la fin février, deux cents manifestants ont affronté la police devant l’Université de Prétoria, où plusieurs étudiants ont également été arrêtés le 19 février. La police a dû tirer des salves de balles en caoutchouc alors que les militants noirs lançaient des pierres.

Le groupe exige que l’afrikaans ne soit plus utilisé comme une des langues d’instruction dans les universités. Notons qu'il n’y est obligatoire que dans l’étude de cette langue. Tous les autres cours sont offerts en anglais (et parfois aussi en afrikaans).

Selon Lungile Sonwabo, membre des combattants de la liberté économique (EFF) trop d’argent est consacré à l’afrikaans.

« Cet argent pourrait servir à des bourses et à des résidences, car ils se plaignent toujours de ne pas pouvoir accueillir plus d’étudiants. Mais il y a toujours de l’argent pour l’afrikaans. »

Ces manifestations contre l’afrikaans se sont accompagnées, comme à l’accoutumée, d’intimidations et de violences.

Un incendie déclenché par des étudiants noirs manifestant contre la possibilité d’étudier en afrikaans a touché les bâtiments d’une université dans la province du Nord-Ouest.

L’université où a eu lieu l’incendie volontaire a été fermée pendant un mois, elle n’a rouvert ses portes que le 30 mars 2016. Deux autres universités sud-africaines ont également été fermées à la suite d’incidents.

Parties du bâtiment incendié à l’Université du Nord-Ouest (NWU) au campus de Mafikeng (ancien Mafeking)


La même semaine, l’Université de Prétoria a été le théâtre de heurts entre étudiants noirs et blancs, lors d’une manifestation pour dénoncer l’enseignement optionnel en afrikaans, la langue de la minorité blanche en Afrique du Sud qui avait instauré l’apartheid.

« Les autorités de l’université rencontrent actuellement différents représentants étudiants et des responsables pour résoudre les problèmes liés à l’enseignement », a déclaré une porte-parole de l’Université de Prétoria, Anna-Retha Bouwer.

L’Université de l’État libre (d’Orange), à Bloemfontein (centre du pays), a aussi fermé ses portes après des incidents raciaux sur fond de revendications sociales lors d’un match de rugby sur le campus.


L’anglais comme véhicule de la haine des Afrikaners

Pour le professeur Danie Goosen de la Fédération des unions culturelles afrikaans (FAK), quand les étudiants désireux d’étudier en anglais ne formaient que 14 % des étudiants de l’Université de Prétoria, l’université a consenti de gros efforts pour leur permettre d’étudier dans la langue qu’ils préféraient.

Mais maintenant que, grâce à l’ouverture à de nombreux étudiants noirs, souvent mal préparés, le nombre d’étudiants préférant l’afrikaans est tombé à 30 %, le multilinguisme de l’établissement devient soudainement intolérable et un gaspillage de précieuse ressource. Ainsi, le multilinguisme a-t-il d’abord été imposé pour promouvoir la « diversité » et ensuite l’unilinguisme anglais est prôné violemment au nom de l’unité (« il faut que tous apprennent à travailler ensemble le plus tôt possible ») et de l’efficacité. Ce n’est pas sans rappeler ce qui fut fait au Canada quand on interdit au début du XXe siècle les écoles en français hors Québec : c’était aussi pour promouvoir l’unité.

Pour certains Afrikaners, l’anglais devient le véhicule d’une haine ethnique mal déguisée, il sert à éliminer l’afrikaans et la culture afrikaans.


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Curiosité du jour : augmenter de 25 % les notes de tous les finissants sud-africains ?

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Les langues en Afrique du Sud depuis 1994 (écrit en 2010)

Séries de vidéos sur les manifestations et les violences, conflits ethniques sur les campus en Afrique du Sud (non sous-titrés)


Étudiants d’Afriforum (nationalistes afrikaners) à gauche contre les militants de l’EFF (parti africaniste de Julius Malema) à droite, à l’université de Prétoria

« Étudiante » d’UCT (en rouge) encourage qu’on fasse des dégâts à la voiture blanche parce que son conducteur blanc veut rouler sur la route et ne respecte pas la « révolution ».


Discrimination à la faculté vétérinaire de Prétoria (Onderstepoort), seuls 22 étudiants blancs furent admis sur les 140 acceptés, malgré d’excellentes notes (30 étudiants blancs avec 6 distinctions aux examens finaux du secondaire — mention TB — furent rejetés). La mère d’une étudiante blanche se demande pourquoi sa fille qui est née après la fin de l’apartheid devrait payer pour l’apartheid, malgré ses excellents résultats. Un autre candidat dit que les bons éléments iront étudier à l’étranger et que le pays continuera de souffrir d’un manque de vétérinaires. [Il en va de même pour les médecins et les ingénieurs.]



Violence à l’université de Prétoria (campus de Hatfield), la séquence commence avec un noir qui frappe par l’arrière d’une pierre la tête d’un étudiant blanc. Pour le représentant d’Afriforum, l’EFF est l’agresseur et ses militants ne sont pas là pour étudier.



Étudiants (noirs) exigent qu’aucun cours ne soit plus donné en afrikaans au collège d’agronomie Elsenburg à Stellenbosch. Un des « étudiants » noirs (avec une cape noire) chante « Shoot the Boer » (tuez le Boer, l’Afrikaner ou le fermier afrikaner).


Reportage de la télé d’État (SABC) sur les manifestations à l’Université de Prétoria