Pour savoir dans quelles langues enseigner aux enfants, le gouvernement sénégalais a envoyé des agents dans les écoles pour les écouter jouer. Dans les cours de récréation du pays, les enquêteurs ont observé des enfants parlant wolof et pulaar, plaisantant en safi et glissant parfois un mot de français.
Ce recensement s'inscrit dans une initiative lancée en 2021 pour développer l'enseignement dans les langues sénégalaises. La plupart des écoles du pays enseignent en français, seule langue officielle. Mais la plupart des enfants le comprennent et le parlent mal, voire pas du tout. En commençant par enseigner aux jeunes enfants dans leur langue locale avant de passer progressivement à d'autres langues, le Sénégal espère améliorer leurs apprentissages.
Aujourd'hui, beaucoup d'enfants scolarisés dans des écoles francophones comprennent à peine leurs leçons. À Dakar, la capitale, on estime que 55 % des enfants ne parlent pas français. Dans les zones rurales comme Fatick, au sud du pays, cette proportion atteint 87 %. Le même problème se retrouve dans le reste du continent : la plupart des écoles africaines enseignent dans des langues internationales, mais seuls 10 à 15 % des Africains en maîtriseraient une couramment.
Les Africains parlent généralement plusieurs des 1 500 à 3 000 langues autochtones du continent. Mais, faute d'un enseignement formel dans leur première langue, celle-ci reste souvent insuffisamment développée pour leur permettre d'apprendre une nouvelle langue à l'école. Beaucoup peinent donc à suivre correctement leur scolarité, quelle que soit la langue d'enseignement. Nhlanhla Mpofu, chercheuse à l'université de Notre-Dame d'Australie, rapporte qu'environ 80 % des enfants de 9 et 10 ans d'une classe sud-africaine qu'elle a étudiée savaient lire une phrase à la perfection, sans toutefois en comprendre le sens.
L'enseignement dans la langue locale semble porter ses fruits. Une étude menée en Afrique du Sud en 2024 a montré que les enfants qui consacraient leurs efforts à apprendre à lire dans leur langue maternelle obtenaient également de meilleurs résultats en lecture dans une langue internationale. À l'inverse, les élèves les plus en difficulté, qui se concentraient sur la langue internationale, lisaient moins bien dans leur langue maternelle. Au Sénégal, les dernières initiatives semblent elles aussi avoir amélioré les résultats en lecture. Pourtant, les précédents programmes d'enseignement en langue locale financés par la Banque mondiale et l'USAID y ont rencontré des difficultés, notamment parce que les parents déploraient la mauvaise qualité des manuels, comparés à ceux utilisés dans les classes francophones.
Reste une question sensible : quelle langue locale enseigner, alors qu'il en existe tant en Afrique ? Le Sénégal, par exemple, reconnaît six langues nationales dans sa Constitution, auxquelles s'ajoute le français, langue officielle. Mais le pays compte au moins 30 langues au total. Les statistiques linguistiques sont anciennes et incomplètes, explique Fiona McLaughlin, de l'université de Floride. Privilégier une langue au détriment des autres peut aussi être politiquement délicat. Selon elle, le wolof est la première langue d'environ 40 % des Sénégalais, mais 90 % de la population le parle. Son expansion et son statut de langue véhiculaire à Dakar suscitent toutefois des craintes de « wolofisation », notamment dans le sud chrétien, où beaucoup associent cette langue à l'islam.
Pour rassurer les populations, les autorités sénégalaises décident, école par école, quelle langue recommander. Les établissements disposent d'une certaine souplesse, explique Mamadou Ly, qui dirige Associates in Research and Education for Development, l'une des organisations chargées de mettre en œuvre le programme. Ainsi, dans une région à dominante pulaar, les enfants des villages majoritairement soninkés seront scolarisés en soninké. Dans un cas précis, une école avait commencé par enseigner en wolof, mais, au bout de deux ans, certains parents ont souhaité que leurs enfants soient scolarisés en pulaar. L'école a alors scindé la classe pour pouvoir enseigner dans les deux langues.
Le principal défi reste peut-être de rassurer les parents : l'enseignement en langue locale ne doit pas prendre la place de celui en anglais, en français ou en portugais. Les langues des anciennes puissances coloniales dominent toujours le droit, la politique et les affaires. Elles demeurent donc indispensables à la réussite. Le Sénégal a choisi une transition progressive : au début de leur scolarité, les enfants reçoivent 80 % de leur enseignement dans la langue nationale de leur choix et 20 % en français. À 12 ans, les proportions s'inversent. « Les enfants doivent être ancrés dans leur culture, mais aussi ouverts sur le monde », explique M. Ly.
Ce recensement s'inscrit dans une initiative lancée en 2021 pour développer l'enseignement dans les langues sénégalaises. La plupart des écoles du pays enseignent en français, seule langue officielle. Mais la plupart des enfants le comprennent et le parlent mal, voire pas du tout. En commençant par enseigner aux jeunes enfants dans leur langue locale avant de passer progressivement à d'autres langues, le Sénégal espère améliorer leurs apprentissages.
Aujourd'hui, beaucoup d'enfants scolarisés dans des écoles francophones comprennent à peine leurs leçons. À Dakar, la capitale, on estime que 55 % des enfants ne parlent pas français. Dans les zones rurales comme Fatick, au sud du pays, cette proportion atteint 87 %. Le même problème se retrouve dans le reste du continent : la plupart des écoles africaines enseignent dans des langues internationales, mais seuls 10 à 15 % des Africains en maîtriseraient une couramment.
Les Africains parlent généralement plusieurs des 1 500 à 3 000 langues autochtones du continent. Mais, faute d'un enseignement formel dans leur première langue, celle-ci reste souvent insuffisamment développée pour leur permettre d'apprendre une nouvelle langue à l'école. Beaucoup peinent donc à suivre correctement leur scolarité, quelle que soit la langue d'enseignement. Nhlanhla Mpofu, chercheuse à l'université de Notre-Dame d'Australie, rapporte qu'environ 80 % des enfants de 9 et 10 ans d'une classe sud-africaine qu'elle a étudiée savaient lire une phrase à la perfection, sans toutefois en comprendre le sens.
L'enseignement dans la langue locale semble porter ses fruits. Une étude menée en Afrique du Sud en 2024 a montré que les enfants qui consacraient leurs efforts à apprendre à lire dans leur langue maternelle obtenaient également de meilleurs résultats en lecture dans une langue internationale. À l'inverse, les élèves les plus en difficulté, qui se concentraient sur la langue internationale, lisaient moins bien dans leur langue maternelle. Au Sénégal, les dernières initiatives semblent elles aussi avoir amélioré les résultats en lecture. Pourtant, les précédents programmes d'enseignement en langue locale financés par la Banque mondiale et l'USAID y ont rencontré des difficultés, notamment parce que les parents déploraient la mauvaise qualité des manuels, comparés à ceux utilisés dans les classes francophones.
Reste une question sensible : quelle langue locale enseigner, alors qu'il en existe tant en Afrique ? Le Sénégal, par exemple, reconnaît six langues nationales dans sa Constitution, auxquelles s'ajoute le français, langue officielle. Mais le pays compte au moins 30 langues au total. Les statistiques linguistiques sont anciennes et incomplètes, explique Fiona McLaughlin, de l'université de Floride. Privilégier une langue au détriment des autres peut aussi être politiquement délicat. Selon elle, le wolof est la première langue d'environ 40 % des Sénégalais, mais 90 % de la population le parle. Son expansion et son statut de langue véhiculaire à Dakar suscitent toutefois des craintes de « wolofisation », notamment dans le sud chrétien, où beaucoup associent cette langue à l'islam.
Pour rassurer les populations, les autorités sénégalaises décident, école par école, quelle langue recommander. Les établissements disposent d'une certaine souplesse, explique Mamadou Ly, qui dirige Associates in Research and Education for Development, l'une des organisations chargées de mettre en œuvre le programme. Ainsi, dans une région à dominante pulaar, les enfants des villages majoritairement soninkés seront scolarisés en soninké. Dans un cas précis, une école avait commencé par enseigner en wolof, mais, au bout de deux ans, certains parents ont souhaité que leurs enfants soient scolarisés en pulaar. L'école a alors scindé la classe pour pouvoir enseigner dans les deux langues.
Le principal défi reste peut-être de rassurer les parents : l'enseignement en langue locale ne doit pas prendre la place de celui en anglais, en français ou en portugais. Les langues des anciennes puissances coloniales dominent toujours le droit, la politique et les affaires. Elles demeurent donc indispensables à la réussite. Le Sénégal a choisi une transition progressive : au début de leur scolarité, les enfants reçoivent 80 % de leur enseignement dans la langue nationale de leur choix et 20 % en français. À 12 ans, les proportions s'inversent. « Les enfants doivent être ancrés dans leur culture, mais aussi ouverts sur le monde », explique M. Ly.
Source : The Economist
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