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vendredi 2 octobre 2026

École et immigration — Faut-il plafonner le nombre d’immigrants par classe?

Christian Rioux se pose la question de la distribution, de la dilution, des élèves immigrants dans les salles de classe suite à une annonce du gouvernement italien. Article paru dans le journal de Montréal ce vendredi, 2 octobre 2026,

Parlez-en à n’importe quel enseignant du primaire ou du secondaire. Il vous expliquera la difficulté qu’il y a à enseigner dans des classes où le nombre de nouveaux immigrants est trop élevé. Au-delà d’un certain niveau, il devient impossible de respecter les programmes. 

Entrée d'une école multiethnique à Cagliari en Italie

Si la maîtrise de la langue est le premier obstacle, ce n’est pas le seul. Les mœurs et les comportements le sont aussi. On ne se comporte pas de la même façon dans une classe à Montréal, à Paris ou à Alger. Une enseignante québécoise m’avait déjà confié avoir toutes les misères du monde à discipliner les petits Français [quels « Français » ?] qui ne cessaient de faire du raffut dans le fond de la classe. Autres pays, autres mœurs.

Manifestation de « lycéens français »

Or, la loi est universelle et implacable : partout, c’est toujours la majorité qui assimile la minorité. Dans une classe composée à majorité d’immigrants, devinez qui intègre qui.  [Les bambins québécois « pure laine » sont peut-être déjà minoritaires : car parmi ces 78 200 nouveau-nés au Québec en 2025, 45 153 ont deux parents nés au Canada, soit environ 58 %. ces chiffres portent sur le lieu de naissance au Canada, pas seulement au Québec. Un parent né en Ontario ou en Colombie-Britannique est donc compté avec les parents nés au Canada. Ces mêmes parents dans la trentaine peuvent être nés de parents immigrés.]

Le choix de Meloni

En Italie, la présidente du Conseil (Première ministre) Giorgia Meloni vient de décider de plafonner à 30 % par classe le nombre d’élèves de nationalité étrangère n’ayant pas un niveau suffisant d’italien. Certaines exceptions sont évidemment prévues, notamment pour les élèves ayant fait deux ans de maternelle. L’application devra tenir compte de la proximité du lieu de résidence et les écoles qui ne parviendront pas à respecter ces quotas se verront offrir des budgets supplémentaires afin d’assurer un meilleur apprentissage de l’italien.

L’opposition a aussitôt accusé le gouvernement de racisme. Avouons qu’on a changé d’époque. Dans les années 1960, quand les Démocrates américains avaient imposé le « busing » pour en finir avec les ghettos scolaires noirs, personne ne les avait accusés de racisme. Au contraire !

Or, les ghettos scolaires existent bel et bien au Québec, comme l’a illustré le cas de l’école Bedford. Comment pourrait-il en être autrement ? Notre confrère Jean-François Lisée vient de ressortir des statistiques accablantes. On y apprend que, depuis dix ans, le nombre d’élèves non issus de l’immigration a augmenté de 6 702 alors que celui des immigrants de première génération a progressé de 75 923. Une augmentation de 73 % ! Dans la région de Montréal, 68 % des élèves sont issus de l’immigration, une catégorie qui comprend les élèves de première et de deuxième générations, et le quart ne sont pas nés au Canada.

Un cercle vicieux

On le dit rarement, mais les parents étrangers sont les premiers à souhaiter pour leurs enfants une école où ils pourront s’intégrer. Au contraire, les écoles-ghettos provoquent généralement l’exode des familles québécoises qui craignent la baisse de niveau scolaire et l’écart culturel. D’où l’augmentation de la fréquentation des écoles privées. Cela devient rapidement un cercle vicieux.

La mesure italienne n’est peut-être pas une panacée, mais elle a à tout le moins le mérite de soulever la question.

France — Le hors contrat (non subventionné) explose pendant que l’État ferme des classes

 

2 665 écoles hors contrat. 0 subvention publique. 140 000 élèves.

Anne Coffinier, présidente-fondatrice de Créer son école, explique pourquoi les écoles libres connaissent un essor important pendant que l’État ferme des classes.

Dans cet entretien :

  • ce qu’est vraiment une école hors contrat ;
  • comment Créer son école accompagne les fondateurs : droit, pédagogie, inspections ;
  • le cas des inspections CODAF et les dérives dénoncées ;
  • le hors contrat à l’intérieur du privé sous contrat ;
  • le « 80/20 », sans base juridique ;
  • pourquoi les écoles hors contrat, qui représentent environ 1 % des élèves, occupent autant le débat politique ;
  • l’affaire du Prytané et la discrimination selon l’origine scolaire.


Les parents ne demandent pas une subvention. Ils demandent le droit de choisir l’école de leurs enfants.

mercredi 30 septembre 2026

Les déboires de l’éducation en Inde

Version courte — L’Inde a massifié l’accès à l’éducation, mais sans en améliorer suffisamment la qualité : l’école publique enseigne mal les fondamentaux, le privé et les établissements supérieurs médiocres prospèrent, tandis que des milliards sont dépensés pour des diplômes qui débouchent rarement sur des compétences ou des emplois.



L’Inde parle de plus en plus de son système éducatif, qui scolarise près de 300 millions d’élèves et d’étudiants. Les manifestations de l’été dernier, déclenchées par une fuite d’examen, ont visé un système jugé défaillant et entraîné le départ du ministre de l’Éducation. Pourtant, le problème va bien au-delà des simples conditions matérielles : l’Inde forme des diplômés, mais trop peu de travailleurs qualifiés. Selon l’Université Azim Premji, seulement 7 % des diplômés trouvent un emploi formel dans l’année suivant leurs études.

L’accès à l’école s’est considérablement amélioré : en 1990, près de 25 % des enfants n’étaient pas scolarisés dans le primaire, contre 2 % aujourd’hui. En revanche, la qualité de l’enseignement n’a pas suivi. En 2022, dans les écoles rurales, trois élèves de cinquième année sur cinq ne pouvaient pas lire un texte de niveau deuxième année. Bien que la situation se soit légèrement améliorée depuis, l’apprentissage des bases reste insuffisant.

Au secondaire, le problème vient notamment des enseignants. Les gouvernements des États peinent à les sanctionner ou à les responsabiliser, en partie à cause de l’influence électorale des syndicats. En 2024, les enseignants du secondaire rural étaient absents un jour sur huit. L’Inde n’a participé qu’une seule fois aux évaluations PISA, en 2009, où elle s’est classée parmi les trois derniers des 74 pays et territoires participants en lecture, mathématiques et sciences.

Les parents se tournent donc de plus en plus vers le privé : près de 100 millions d’enfants, soit 39 % des élèves, fréquentent désormais des écoles payantes, contre 32 % en 2015. La plupart sont des établissements privés bon marché, mais de qualité médiocre. Cette fuite vers le privé réduit paradoxalement la pression sur l’État pour améliorer les écoles publiques, alors que le secteur privé lui-même reste peu réglementé.

Le même phénomène s’observe dans l’enseignement supérieur. Environ 30 % des jeunes poursuivent leurs études après le secondaire, contre 20 % il y a dix ans, notamment grâce à l’essor de plus de 10 000 établissements privés affiliés à des universités, créés au cours de la dernière décennie. Beaucoup accueillent des étudiants qui n’ont pas obtenu les résultats nécessaires pour intégrer les universités publiques, moins chères. Les familles modestes prennent ainsi des risques financiers importants pour des diplômes dont la valeur professionnelle est parfois limitée. Les universités, qui dépendent financièrement de ces établissements affiliés, ont peu intérêt à y imposer des normes strictes.

Trois problèmes structurels émergent.

  • D’abord, le système reste profondément élitiste. L’Inde est passée d’une éducation réservée à une minorité à un système de masse, mais celui-ci repose toujours sur un petit nombre d’établissements d’excellence, fréquentés principalement par les privilégiés, et une multitude d’écoles médiocres. Il n’a jamais été conçu pour répondre aux besoins de l’élève moyen.
  • Ensuite, l’éducation est devenue un marché lucratif. Les écoles privées engrangent environ 30 milliards de dollars par an, et les entreprises de préparation aux examens plus de 8 milliards. Des familles modestes investissent dans des formations et des diplômes qui offrent parfois peu de débouchés. Selon Santosh Mehrotra, de l’Université Jawaharlal-Nehru, de nombreux responsables politiques ont eux-mêmes intérêt à cette prolifération d’établissements privés.
  • Enfin, les ressources sont mal utilisées. L’éducation continue de se développer, car un diplôme ne sert pas seulement à acquérir des compétences : il confère un statut social, améliore les perspectives matrimoniales des femmes et est désormais exigé, souvent sans raison, pour des emplois manuels.

Source : The Economist

lundi 28 septembre 2026

Les écoles pour les pauvres ne sont pas des écoles mal financées

L’idéologie « woke », axée sur la race et le genre, qui a atteint son apogée en 2020, n’avait pas de chef de file, mais Nikole Hannah-Jones peut sans conteste être considérée comme sa figure intellectuelle emblématique. Journaliste au New York Times Magazine, elle a rédigé « The 1619 Project », une histoire révisionniste des États-Unis centrée sur l’esclavage, et a été saluée pour un article publié en 2016 dans lequel elle racontait avoir inscrit sa fille dans une école fréquentée majoritairement par des élèves pauvres et non blancs. Son dernier article, publié le 20 septembre, est un mea culpa partiel qui a déclenché un torrent de joie mauvaise anti-« woke ». Elle y raconte le calvaire que sa fille y a vécu par la suite, face à des enseignants absents ou négligents et à des camarades de classe turbulents, ainsi que sa rage face au sacrifice de l’éducation de sa fille dans l’espoir vain de réparer un système défaillant, un enfant à la fois.

Pourtant, alors même que Mme Hannah-Jones assume la responsabilité personnelle de cette « trahison » envers son enfant, elle ne dit pas grand-chose sur les politiques éducatives soutenues par les progressistes qui ont sans doute contribué au dysfonctionnement des écoles fréquentées par sa fille. De plus, la principale explication qu’elle avance pour les défaillances de ces écoles est dépassée depuis des décennies.

Mme Hannah-Jones cite une étude de 2019 réalisée par EdBuild, un groupe de pression, indiquant qu’« à l’échelle nationale, les écoles situées dans des quartiers à prédominance non blanche reçoivent 23 milliards de dollars de moins en financement annuel que leurs homologues à forte population blanche ». Elle en conclut que les mauvais résultats aux examens de ces écoles ne font que « refléter » ce « désavantage » financier. Elle n’aurait guère pu choisir pire exemple pour étayer cette affirmation que l’école publique n° 307 de sa propre fille à New York, qui a dépensé 52 349 dollars par élève en 2024-2025, ce qui en fait l’une des écoles les mieux financées dans l’un des districts américains où les dépenses sont les plus élevées. Et l'école n° 307 n’est pas une exception, mais plutôt un exemple extrême de la tendance nationale : les écoles publiques qui comptent la plus faible proportion d’élèves blancs reçoivent en réalité le plus de financement.

L’idée selon laquelle les zones défavorisées ont des écoles mal financées trouve son origine dans l’histoire. En 1940, 68 % des budgets scolaires provenaient de sources locales telles que les impôts fonciers. Mais une série de réformes de redistribution engagées dans les années 1960 a complété ces fonds par des subventions de l’État et, dans une moindre mesure, par des fonds fédéraux largement alloués aux districts défavorisés (et non pris en compte dans l’étude d’EdBuild). Selon une étude récente de la Brookings Institution, un groupe de réflexion, les quintiles regroupant les districts scolaires les plus pauvres et ceux où la proportion d’élèves blancs était la plus faible affichaient déjà les dépenses par élève les plus élevées dès 1976-1977.

Cette tendance se maintenait encore en 2020-2021, même après prise en compte des salaires plus élevés pratiqués dans les districts à forte population non blanche, qui se trouvent généralement dans les grandes villes, et s’est par la suite renforcée grâce au plan de relance budgétaire mis en place par les démocrates pendant la pandémie de Covid-19. L’analyse de The Economist révèle qu’en 2024, le district scolaire d’un élève noir moyen dépensait 3,5 % de plus par élève, après ajustement pour tenir compte des écarts salariaux, que celui de ses homologues blancs. La prime cor­res­pon­dante pour les élèves hispaniques s’élevait à 0,9 %.

Ces dépenses n’ont toutefois pas permis d’obtenir des résultats scolaires équivalents. Lors des évaluations nationales en lecture et en mathématiques menées en 2024 auprès des élèves âgés de 13 ou 14 ans, l’élève blanc moyen s’est classé au 58e centile, contre le 32e pour l’élève noir moyen. Cet écart s’explique en partie par le fait que les élèves noirs sont plus souvent issus de milieux défavorisés et ont donc davantage de besoins éducatifs, ce qui pourrait justifier une dotation plus importante des fonds. Les écoles comme l'école n°307 accueillent souvent davantage d’enfants présentant des troubles d’apprentissage, et elles ont besoin de davantage de spécialistes pour aider les élèves issus de milieux familiaux difficiles et ceux qui apprennent l’anglais.

Cependant, les spécialistes de l’éducation soulignent également toute une série de problèmes qui vont au-delà de la question financière, dont la plupart ressortent clairement du récit de Mme Hannah-Jones. Les enseignants syndiqués sont rémunérés en grande partie en fonction de leur ancienneté, plutôt qu’en fonction de leurs performances ou de la difficulté de leur environnement scolaire. En consé­quence, les enseignants des zones défavorisées ont tendance à fuir vers des écoles situées dans des quartiers plus aisés où les problèmes de discipline sont moins nombreux, laissant leurs anciennes écoles aux prises avec un roulement incessant d’enseignants inexpérimentés. Les enseignants qui s’absentent fréquemment ou dont les élèves obtiennent de mauvais résultats restent en poste car ils sont difficiles à remplacer. Le fait de faire passer les enfants dans la classe supérieure malgré de faibles résultats aux tests standardisés — qui, selon Mme Hannah-Jones, mesurent davantage les privilèges que l’intelligence ou la qualité de l’enseignement — empêche les élèves de se rendre compte qu’ils n’ont pas maîtrisé la matière. Et le fait de ne pas sanctionner les enfants perturbateurs ou de ne pas les exclure des salles de classe entrave les efforts d’apprentissage de tous leurs camarades de classe.

De nombreux détracteurs de Mme Hannah-Jones lui reconnaissent néanmoins le mérite d’avoir fait amende honorable en public. Mais la principale leçon à tirer de son récit n’est pas que tous les parents ayant les moyens d’échapper à ce genre d’écoles devraient le faire. Il s’agit plutôt de tenir compte du message du directeur de la deuxième école de sa fille : « baisser les exigences » pour les élèves non blancs relève du « racisme sous couvert d’antiracisme ».

dimanche 20 septembre 2026

Peter Gray, Jonathan Haidt et la crise de l’enfance

Peter Gray a récemment publié Restoring Childhood: How to Set Kids Free in the Age of Anxiety (littéralement, Retrouver l'enfance : Comment libérer les enfants à l'ère de l'anxiété). Psychologue et professeur de psychologie et de neurosciences au Boston College, Gray, qui étudie depuis longtemps le jeu et l'autonomie des enfants, y conteste l'explication aujourd'hui dominante de la dégradation de la santé mentale des adolescents : selon lui, le problème vient moins des téléphones intelligents et des réseaux sociaux que de la transformation de l'enfance, et notamment de l'emprise croissante de la réussite scolaire.

Son principal contradicteur est Jonathan Haidt, dont le livre Génération anxieuse, paru en français en 2024, a contribué à populariser l'idée que la généralisation du téléphone intelligent et des réseaux sociaux, à partir du début des années 2010, est à l'origine de l'augmentation de l'anxiété et de la dépression chez les jeunes. Mais l'opposition entre les deux hommes est moins radicale qu'il n'y paraît. Haidt avait déjà décrit plusieurs années auparavant une autre transformation de l'enfance : la montée de l'anxiété parentale et la disparition progressive du jeu libre et des déplacements sans surveillance. Le véritable désaccord porte donc surtout sur ce qui s'est produit ensuite et sur le poids à attribuer à l'école et à l'environnement numérique.

Haidt et Greg Lukianoff avaient publié en 2018 The Coddling of the American Mind. Ce livre n'a pas été traduit en français à notre connaissance. Son titre pourrait se traduire par Le Dorlotage de l'âme américaine, car il s'agit d'un clin d’œil au livre d'Alan Bloom, The Closing of the American Mind (publié en français sous le titre de L'Âme désarmée). 

Dans cet ouvrage, Haidt décrivait notamment la montée, à partir des années 1980, d'une parentalité dominée par la peur du danger. Il évoquait la médiatisation des enfants disparus et l'apparition, en 1984, de leurs photographies sur les boîtes de lait. Cette peur aurait contribué à faire disparaître une forme d'enfance dans laquelle les enfants jouaient dehors, se déplaçaient seuls et apprenaient à évaluer eux-mêmes les risques ordinaires.

Gray fait remonter lui aussi à cette période le recul de la liberté laissée aux enfants. Il évoque plusieurs affaires d'enfants enlevés puis assassinés qui ont nourri une peur durable de l'enlèvement, alors que le monde n'était pas devenu proportionnellement plus dangereux. Les parents ont progressivement considéré leurs enfants comme plus vulnérables et ont davantage encadré leurs déplacements et leurs activités. Selon Gray, cette évolution a privé les enfants d'occasions essentielles de jouer librement, de prendre de petits risques et d'apprendre par eux-mêmes à se débrouiller.

Il y a donc ici un premier point d'accord important entre Gray et Haidt : la crise actuelle de l'enfance ne commence pas avec le téléphone intelligent. Tous deux décrivent une première transformation, amorcée dans les années 1980, au cours de laquelle la peur des dangers du monde réel a progressivement conduit à une surveillance accrue et à une diminution de l'autonomie enfantine.

Ils divergent en revanche sur ce qui s'est produit ensuite. Pour Haidt, l'apparition du téléphone intelligent et des réseaux sociaux constitue une seconde rupture, beaucoup plus brutale : l'enfance déjà privée d'une partie de son autonomie dans le monde réel aurait été remplacée, chez les adolescents, par une enfance largement organisée autour du monde numérique. Pour Gray, la transformation de l'école et la pression croissante exercée par la recherche de la réussite scolaire jouent un rôle beaucoup plus important, tandis que les données ne justifieraient pas de faire des réseaux sociaux la cause principale de la crise.

Le désaccord n'est donc pas seulement théorique. Haidt préconise des restrictions collectives très larges ; Gray considère ces restrictions comme une réponse à une panique morale insuffisamment étayée par les données. Haidt propose notamment de retarder le téléphone intelligent jusqu'à 14 ans, les réseaux sociaux jusqu'à 16 ans et de rendre les écoles exemptes de téléphones ; Gray préconise plutôt d'apprendre aux enfants à utiliser ces outils avec discernement, tout en restaurant le jeu, l'autonomie et les activités dans le monde réel. Guide de lecture de The Anxious Generation, Penguin Random House

Gray voit dans l'évolution de l'école américaine une composante essentielle de cette histoire. Le Common Core est un ensemble de normes scolaires américaines, adopté par la plupart des États à partir de 2010, qui fixe des attentes communes principalement en anglais et en mathématiques pour les élèves de la maternelle à la fin du secondaire.

Gray met notamment en parallèle une enquête de l'American Psychological Association de 2009, dans laquelle 44 % des élèves déclaraient s'inquiéter de leur réussite scolaire, et une enquête de 2013, dans laquelle 83 % considéraient l'école comme une source importante de stress. Il observe également que, lorsqu'on demande aux adolescents ce qui les rend anxieux ou déprimés, l'école arrive fréquemment en tête.

Il faut toutefois préciser ce que signifie ici « Common Core ». Les normes elles-mêmes ne prescrivaient ni davantage d'heures de cours, ni davantage de devoirs, ni une compétition accrue entre les élèves. Le point institutionnel de Gray est plutôt que leur mise en œuvre s'est inscrite dans un régime scolaire américain déjà transformé par l'évaluation permanente des établissements et des enseignants, l'importance croissante des résultats aux tests et l'enseignement orienté vers ces évaluations. Le No Child Left Behind Act, adopté en 2001, avait déjà fortement renforcé cette logique de responsabilisation fondée sur les résultats. Le Common Core, arrivé autour de 2010, en a été, dans de nombreux États, le nouveau cadre visible et le catalyseur.

C'est dans ce contexte que la thèse de Gray prend davantage de force : il ne dit pas simplement que les enfants ont davantage de travail scolaire ; il soutient que l'école est devenue un système de plus en plus orienté vers la mesure de la performance, au détriment du jeu et de l'exploration. Plus les parents et les enfants considèrent que la réussite scolaire détermine l'avenir, plus ils sont tentés de sacrifier le jeu libre à des activités jugées utiles.

Cette conception explique également sa défense d'une plus grande autonomie des enfants. Gray préconise notamment de leur confier des tâches domestiques, de leur permettre de prendre certaines décisions et, lorsque les circonstances le permettent, de les laisser se déplacer et jouer sans surveillance permanente.

Il ne s'agit donc pas, selon lui, d'une nouvelle méthode éducative qui demanderait davantage aux parents, mais au contraire de leur rendre du temps : lorsque les enfants apprennent à accomplir eux-mêmes certaines tâches et à prendre des responsabilités adaptées à leur âge, les parents n'ont plus à les faire à leur place.

Gray ne soutient pas pour autant qu'il faille laisser les enfants faire n'importe quoi sur Internet. Il admet la nécessité de règles et considère que certains contenus devraient être interdits à tous, pas seulement aux mineurs. Mais il conteste l'idée que l'usage du téléphone intelligent et des réseaux sociaux puisse expliquer à lui seul la dégradation de la santé mentale des jeunes. Il rappelle notamment que le rapport des National Academies de 2024 ne permet pas d'établir que les réseaux sociaux provoquent des changements dans la santé des adolescents à l'échelle de la population. Le rapport relève toutefois plusieurs mécanismes potentiellement nocifs et souligne la diversité des effets selon les individus. National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine, Social Media and Adolescent Health (2024)

Gray a donc raison sur une partie essentielle du diagnostic de fond. On a progressivement retiré aux enfants une part de leur liberté, de leur autonomie et de leurs responsabilités, tandis que le temps consacré au jeu libre diminuait. L'école occupe parallèlement une place croissante dans leur vie, et une culture de la performance peut transformer l'enfance en préparation permanente à l'étape suivante.

Il a également raison de contester l'explication qui ferait des réseaux sociaux la cause unique de la crise. Les conclusions des National Academies ne permettent pas de leur attribuer un effet causal sur la santé des adolescents à l'échelle de la population. Mais cela ne suffit pas à réfuter la thèse plus précise de Haidt : celui-ci ne soutient pas seulement qu'un nombre élevé d'heures passées devant un écran serait nocif ; il avance que le téléphone intelligent a modifié en profondeur les relations sociales des adolescents, leur attention, leur sommeil et leur exposition à la comparaison sociale, et que ces transformations ont touché particulièrement les filles.

Le problème de la thèse de Gray est donc moins de regarder du côté de l'école que d'en faire l'explication du tournant mondial de 2010. Le phénomène auquel il cherche à rendre compte dépasse largement les États-Unis. Le Common Core n'existe ni au Royaume-Uni, ni au Canada, ni en Australie, ni en Nouvelle-Zélande, ni dans les pays européens qui ont eux aussi connu des évolutions préoccupantes du bien-être adolescent.

Une étude portant sur 915 054 adolescents dans 36 pays entre 2002 et 2018 a constaté une progression de la pression scolaire et des plaintes psychosomatiques dans les pays à revenu élevé ; elle a également conclu que l'augmentation de la pression scolaire expliquait une partie de la dégradation observée des plaintes psychosomatiques. Les auteurs soulignent toutefois d'importantes différences entre les pays. Voir Cosma et al., « Cross-National Time Trends in Adolescent Mental Well-Being From 2002 to 2018 and the Explanatory Role of Schoolwork Pressure », Journal of Adolescent Health, 2020

La comparaison internationale ne permet donc pas de rejeter l'hypothèse scolaire ; elle oblige plutôt à la reformuler. Ce qui est susceptible d'avoir changé n'est pas le Common Core en tant que tel, mais un ensemble plus large de pratiques scolaires et de mécanismes de compétition et d'évaluation, dont le Common Core a pu être un catalyseur américain autour de 2010. Cette évolution peut avoir contribué à la crise américaine sans pouvoir expliquer, à elle seule, un phénomène international.

La question des filles apporte un autre élément important. Une étude fondée sur les données recueillies dans 43 pays auprès de 680 269 adolescents entre 2002 et 2018 constate que les plaintes psychologiques ont augmenté davantage chez les filles que chez les garçons. Elle observe parallèlement une progression de la pression scolaire et du temps passé sur Internet ; les deux phénomènes sont associés à l'augmentation des plaintes psychologiques. Voir Boer et al., « National-Level Schoolwork Pressure, Family Structure, Internet Use, and Obesity as Drivers of Time Trends in Adolescent Psychological Complaints Between 2002 and 2018 », Journal of Youth and Adolescence, 2023

Cette différence entre les sexes ne permet donc pas de choisir entre l'école et le monde numérique. Elle fournit plutôt un mécanisme possible de leur convergence. À l'adolescence, les filles présentent en moyenne davantage de symptômes internalisés — anxiété, dépression, rumination — et peuvent être plus sensibles à certains stresseurs évaluatifs et relationnels. La pression scolaire et la comparaison sociale en ligne peuvent dès lors atteindre, chez une partie des adolescentes, une même vulnérabilité par deux voies différentes. Cela contribue à expliquer pourquoi les deux phénomènes peuvent être associés plus fortement aux problèmes psychologiques des filles sans que l'un ou l'autre puisse être désigné comme cause unique.

Il faut néanmoins éviter de transformer cette observation en explication de toute la crise de la jeunesse. La situation des garçons ne se laisse pas réduire au même schéma. Leur trajectoire comporte notamment une mortalité par suicide plus élevée, ainsi que des problèmes de retrait, de décrochage scolaire et de désengagement qui ne sont pas épuisés par l'anxiété scolaire ou par l'exposition aux réseaux sociaux. Une explication générale de la dégradation de la santé mentale des jeunes doit donc être capable de rendre compte de ces différences entre les sexes plutôt que de prendre l'expérience des adolescentes comme modèle universel.

Enfin, il faut être prudent avec l'idée de deux facteurs simplement « concomitants ». Nous ne disposons pas à notre connaissance, à l'échelle internationale, d'une expérience naturelle permettant de séparer proprement l'effet de la transformation scolaire de celui de la transformation numérique. Les deux changements se chevauchent dans le temps et touchent souvent les mêmes adolescents. Les études montrent des associations avec l'un et l'autre, mais elles ne permettent pas d'établir une part précise de causalité pour chacun.

On a donc, pour reprendre une image simple, deux hypothèses plausibles, pas deux verdicts. La prudence interdit de transformer cette situation en partage arbitraire des responsabilités : « tant pour cent pour l'école, tant pour cent pour les réseaux sociaux ». Mais elle interdit tout autant de considérer que l'existence d'un facteur scolaire dispense d'examiner le choc numérique.

Le modèle le plus honnête est donc additif plutôt qu'exclusif :

  • une tendance de fond : moins de liberté réelle, moins de jeu autonome et davantage de contrôle adulte depuis plusieurs décennies ;
  • une première transformation : à partir des années 1980, la montée de la peur parentale et la disparition progressive d'une enfance autonome dans le monde réel ;
  • plusieurs transformations autour des années 2000-2010 : intensification de l'évaluation et de la compétition scolaires, puis généralisation du téléphone intelligent et des réseaux sociaux ;
  • des effets différents selon les adolescents : une même transformation peut affecter différemment les filles et les garçons, et certains jeunes peuvent être particulièrement sensibles aux stresseurs scolaires, sociaux ou numériques.

Au total, Gray a raison de réintroduire l'école et la disparition du jeu libre dans une discussion que l'omniprésence du téléphone intelligent a parfois réduite à une seule technologie. Mais le Common Core ne peut expliquer à lui seul le tournant mondial observé autour de 2010. De même, Haidt a raison de considérer l'arrivée du téléphone intelligent comme un choc social réel, mais les données disponibles ne permettent pas d'en faire l'unique cause de la crise.

Le point de convergence le plus solide se situe finalement ailleurs : l'enfance a perdu une part importante de son autonomie et de son jeu libre, d'abord sous l'effet d'une surveillance accrue dans le monde réel, puis dans un environnement où une partie croissante de la vie sociale passe par les appareils numériques. Redonner aux enfants davantage de liberté réelle, de responsabilités et de possibilités de jeu constitue ainsi un enjeu qui dépasse le choix d'une cause unique.


jeudi 17 septembre 2026

École française : pourquoi les meilleurs élèves disparaissent

Sophie Audugé, auteur de «L'éducation nationale en perdition» (éd. Fayard), dans Points de Vue.
 


Du rôle positif de la concurrence des programmes, du recul dû à la Révolution

Sophie Audugé rappelle qu’il y a eu une concurrence, notamment entre protestants et catholiques : chacun cherche à produire le meilleur en développant les meilleures écoles et la meilleure instruction. Même chose entre les jésuites et l’université, et aussi entre les universités et d’autres écoles. L’École des Ponts a été créée à cette époque parce qu’on trouvait que l’université ne faisait pas assez  bien le travail: on a donc créé l’École des Ponts. Vers 10:05

L’intervieweur : vous consacrez un chapitre à la guerre scolaire.Vers 10:08 – 10:28

De ce point de vue, ce n’est pas une mauvaise chose, c’est même une bonne chose. L'auteur a fait ce travail d’historiographie pour comprendre pourquoi, quand tout s’effondre, on n’arrive pas à réformer. La guerre scolaire entre catholiques et protestants a créé des modèles d’instruction très efficaces.

La période qui a le moins fait pour l’école, c’est évidemment la période révolutionnaire, où l’on voit l’analphabétisme remonter juste après la Révolution. Vers 10:51

Sophie Audugé en vient à Condorcet, figure des Lumières, qui dit qu’il faut instruire mais pas éduquer. Son travail reste très instructif aujourd’hui : on ne peut pas structurer l’éducation comme on structure l’instruction ; l’instruction publique doit affronter la concurrence. Cette concurrence est utile ; ce n’est pas une idée « anti-révolutionnaire ». Condorcet écrit, dans ses projets d’instruction publique, qu’il est essentiel que le citoyen puisse choisir le meilleur système, y compris face à l’instruction publique.

L'école bien adaptée à l'instruction, pas à l'éducation

Pour l'autrice, les « recettes » scolaires (syllabique, programmes structurés, savoirs selon l’âge) collent nien à l’instruction.

Par contre, l’éducation (opinions, morale , façonnage des esprits) n’est pas le métier pour lequel l’école est armée — et quand elle s’en charge, elle cesse d’instruire, elle formate.

Sophie Audugé le dit ailleurs dans l’entretien de façon plus brutale (vers 5:46) :  « Le primaire est devenu un lieu de désinstruction, de façonnage des esprits, mais on n'instruit plus les enfants et les conséquences sont dramatiques. »


Voir aussi

Condorcet (mort le 29 mars 1794) : L’éducation publique doit-elle se borner à l’instruction ?

La morale à l’école : une fausse bonne idée

Condorcet : « Il faut donc que la puissance publique se borne à régler l’instruction, en abandonnant aux familles le reste de l’éducation. »

dimanche 13 septembre 2026

Les derniers résultats des tests scolaires internationaux révèlent de nouveaux reculs alarmants

Tous les trois ans, l’OCDE, un regroupement de pays pour la plupart riches, publie les résultats des tests scolaires internationaux passés par des élèves de 15 ans à travers le monde. Il y avait des raisons d’espérer que les dernières données, publiées le 8 septembre, apporteraient de bonnes nouvelles. Les résultats en mathématiques, en lecture et en sciences s’étaient effondrés lors de la précédente session de tests, qui avait eu lieu juste après la pandémie. Les décideurs politiques osaient espérer que, cette catastrophe étant désormais loin derrière, les résultats commenceraient à remonter.

Ce n’est pas ce qui s’est produit. Au contraire, dans les pays riches — qui constituent le principal champ d’étude des tests —, les résultats ont encore baissé (voir graphique 1). En matière de maîtrise de la lecture et de l’écriture, le déclin s’accélère même. Ces données suggèrent que des facteurs de longue date font baisser les résultats scolaires et que, sans une correction rapide, les capacités des élèves pourraient s’enfoncer encore davantage. Quiconque se soucie des jeunes d’aujourd’hui — et, par conséquent, des sociétés de demain — devrait s’en alarmer.

Le projet de l’OCDE, connu sous le nom de PISA, évalue les aptitudes des jeunes à l’approche de la fin de leur scolarité obligatoire. Le nombre de systèmes scolaires participants s’est accru au fil des ans : les derniers tests ont été passés dans l’ensemble des 38 pays membres de l’OCDE et dans 53 autres pays (dont beaucoup sont des économies en développement). Les résultats servent à établir une sorte de classement international.

Cette année, comme lors de presque toutes les sessions de tests depuis 2000, les systèmes scolaires asiatiques dominent le classement. Les élèves chinois — qui participaient pour la première fois depuis 2018 — se sont classés en tête ou près de la tête dans toutes les disciplines. Mais les résultats de ce pays ne sont pas représentatifs car, entre autres problèmes, seuls quatre provinces ont participé aux évaluations. Les notes élevées enregistrées dans des pays comme Singapour, Taïwan et le Japon suscitent moins de doutes. Les élèves de ces pays semblent également devancer de manière significative leurs pairs des autres régions du monde.

L’Estonie semble toujours disposer du meilleur système scolaire en Occident. La Turquie progresse très rapidement. Et il y a des nouvelles encourageantes pour la Grande-Bretagne, dont les jeunes se classent désormais parmi les dix premiers au monde dans les trois disciplines. Par rapport à il y a trois ans, la Grande-Bretagne a amélioré ses résultats en sciences et a globalement maintenu ses performances en lecture et en mathématiques. Cela constitue un bon résultat alors que de nombreux autres pays sont en recul.

Pourtant, si l’on prend du recul, c’est le déclin à long terme qui domine le tableau. Les résultats moyens des 23 pays membres de l’OCDE ayant participé à toutes les éditions du programme PISA ont atteint un pic vers 2012 et n’ont cessé de baisser depuis. Tant en mathématiques qu’en lecture, les élèves de 15 ans des pays de l’OCDE affichent désormais des résultats qui auraient pu être obtenus par des élèves de 14 ans il y a une dizaine d’années (voir graphique 2). Les résultats concernant les établissements scolaires américains sont brouillés par de faibles taux de réponse, bien que les données disponibles suggèrent que, lors de la dernière session d’évaluation, leurs résultats en lecture et en écriture ont chuté, suivant la tendance observée dans les pays riches. Les tendances sont un peu moins préoccupantes dans les pays en développement, pour lesquels le niveau de performance était initialement plus faible. Mais même dans bon nombre de ces pays, les résultats en mathématiques et en lecture sont en baisse.

Les enfants qui figuraient déjà parmi les moins performants prennent encore davantage de retard. Dans l’ensemble des systèmes éducatifs, l’écart entre les élèves les moins performants et les plus performants n’a jamais été aussi important, selon les données du PISA, et ce dans toutes les disciplines évaluées. Environ 20 % des jeunes de 15 ans dans les pays de l’OCDE sont considérés comme ayant de faibles résultats en lecture, en mathématiques et en sciences — contre 16 % lors des évaluations menées il y a quatre ans. L’OCDE estime que ces jeunes auront du mal à comprendre tout ce qui dépasse les textes les plus simples, ou à déchiffrer une facture de services publics.

Quelles sont les causes de ce recul ? L’impact persistant de la pandémie joue sans aucun doute un rôle. Les jeunes qui ont participé aux tests PISA de cette année avaient environ dix ans lorsque la Covid-19 a frappé ; il est possible qu’ils aient été davantage affectés par les perturbations de cette période que les adolescents qui étaient plus avancés dans leur parcours scolaire.

La pandémie a également engendré de nouveaux problèmes qui persistent sans être maîtrisés. Les taux d’absentéisme restent bien plus élevés qu’avant la propagation de la Covid, pour des raisons très débatues. Dans les pays riches, environ 15 % des élèves manquent au moins une journée d’école primaire tous les quinze jours, contre environ 10 % en 2019 ; les absences sont également en hausse dans les établissements secondaires. Manquer ne serait-ce que quelques jours de cours peut avoir un impact considérable sur les notes.

Mais la baisse des résultats va également raviver les inquiétudes de longue date concernant l’impact de la technologie sur l’apprentissage des enfants — et sur leurs compétences en lecture en particulier. L’omniprésence des téléphones portables et l’accès généralisé aux réseaux sociaux font que les jeunes sont moins amenés à s’exercer à comprendre des textes complexes, affirme Andreas Schleicher, responsable de l’éducation à l’OCDE. Il souligne une augmentation du nombre de candidats classés comme « lecteurs pressés » qui parcourent rapidement l’évaluation de lecture tout en se trompant sur de nombreuses réponses.

Les écrans détournent manifestement les enfants des livres : seuls 37 % des enfants américains âgés de neuf ans déclarent aujourd’hui lire pour le plaisir, contre près de 60 % dans les années 1990. Le recul de la culture de la lecture pourrait bien faire baisser les notes dans d’autres disciplines, car une bonne maîtrise de la lecture est également essentielle pour progresser dans des matières telles que les mathématiques et les sciences.

Relever ces défis nécessite des politiques scolaires de premier ordre. Or, sur un large éventail de questions, les ministères de l’Éducation semblent manquer à leur devoir. M. Schleicher craint que les écoles ne soient devenues « complaisantes » et qu’elles aient de plus en plus tendance à dire aux élèves et aux parents que « un travail médiocre, c’est très bien ». Il critique l’utilisation excessive et désordonnée des logiciels éducatifs en classe, affirmant que les élèves servent trop souvent de « cobayes » à des outils dont l’efficacité n’a pas été prouvée. Certaines données suggèrent qu'on a laissé les écoles devenir de plus en plus turbulentes. Dans une récente enquête, des enseignants des pays riches ont indiqué que le temps qu'ils consacraient simplement à maintenir l'ordre augmentait progressivement.

Le programme PISA pourrait lui-même porter une part de responsabilité pour avoir orienté les réformateurs scolaires sur une voie hasardeuse. Lorsque les tests ont été menés pour la première fois en 2000, la Finlande a surpris le monde entier en se classant en tête du classement. Les décideurs politiques qui s’étaient rendus à Helsinki pour s’inspirer de l’expérience finlandaise sont revenus avec des messages que les enseignants de leur pays d’origine étaient ravis d’entendre. La Finlande semblait avoir obtenu des résultats remarquables avec un nombre limité d’évaluations et d’inspections. Son système éducatif prônait un apprentissage « basé sur le jeu », en particulier pour les plus jeunes. Il soutenait que les enseignants devaient passer moins de temps à parler devant le tableau noir et davantage à aider les élèves à trouver les réponses par eux-mêmes.

Pourtant, depuis ces premières évaluations PISA, presque aucun pays n’a vu ses résultats chuter aussi brutalement que la Finlande — une baisse qui se poursuit dans les derniers résultats. Les détracteurs de la Finlande avancent que les notes élevées obtenues en 2000 reflétaient en réalité des approches pédagogiques traditionnelles qui prévalaient encore dans ses écoles jusque dans les années 1990 — et non les nouvelles politiques « progressistes » qui ont fait sa renommée. Si tel est le cas, cette erreur a peut-être fait dérailler des dizaines de systèmes scolaires.

Quels pays pourraient servir de nouveaux modèles ? Les systèmes scolaires asiatiques ont eux aussi connu une certaine baisse ces dernières années, mais généralement moins marquée que dans d’autres pays riches. L’écart important entre les résultats de l’Est et de l’Ouest suggère que les politiques menées en Asie de l’Est méritent d’être réexaminées. Les parents y sont très attachés à la scolarité et n’hésitent souvent pas à dépenser sans compter pour des cours particuliers.

Les critiques ont raison de souligner que de tels facteurs sociaux sont difficiles à reproduire. Mais les responsables politiques de la région ont également pris un certain nombre de décisions judicieuses. Les pays asiatiques sont bien moins obsédés que les pays occidentaux par le maintien de classes à effectifs réduits : ils choisissent généralement d’avoir moins d’enseignants, qu’ils peuvent alors mieux rémunérer et former de manière plus intensive. Cela semble fonctionner mieux que d’ajouter sans cesse du personnel dans les écoles — la principale méthode par laquelle les États-Unis, en particulier, ont longtemps tenté d’améliorer les résultats.

La progression de la Grande-Bretagne dans les classements mérite davantage d’attention qu’elle n’en a reçu. Il y a une quinzaine d’années, sous un gouvernement de coalition dirigé par les conservateurs, les réformateurs scolaires en Angleterre — de loin le plus grand des quatre systèmes scolaires distincts du Royaume-Uni — ont pris une direction opposée à celle adoptée par la plupart des autres pays.

Le pays a renforcé le contenu factuel de ses programmes scolaires (certains préfèrent parler de « programmes riches en connaissances ») à une époque où, ailleurs, les décideurs politiques ne tarissaient pas d’éloges sur l’importance d’inculquer de vagues « compétences non techniques ». Il a rendu les examens plus rigoureux, a réduit l’importance des devoirs (pour lesquels il est facile de tricher) et a durci les inspections. Les responsables politiques ont également cherché à éloigner les écoles des méthodes d'enseignement dernier cri, à la mode mais non éprouvées, pour les ramener vers des méthodes plus traditionnelles.

Le fait que les politiques anglaises aient joué un rôle bénéfique sur les résultats scolaires apparaît très clairement lorsqu’on les compare à celles des systèmes scolaires voisins qui ont choisi une voie radicalement différente. Il y a vingt ans, les enfants écossais obtenaient de meilleurs résultats que leurs camarades du sud de la frontière. Aujourd’hui, leurs résultats ont tendance à être moins bons, alors même que les dépenses scolaires par élève y sont bien plus élevées. Les critiques de l’Écosse imputent cette situation à un programme scolaire à la mode « moderne », ainsi qu’à une approche laxiste en matière de discipline. Ni la Covid ni les écrans n’expliquent cette disparité, étant donné que ces fléaux ont touché tous les enfants de Grande-Bretagne de manière assez similaire.

Les résultats aux examens ne constituent pas une mesure de la valeur d’une personne, ni la preuve qu’elle est vouée à l’échec ou à la réussite. Mais de bonnes notes sont un indicateur très fiable de revenus plus élevés, d’une meilleure santé et d’une espérance de vie plus longue, parmi une multitude d’autres avantages. À l’échelle nationale, l’amélioration du niveau intellectuel d’un pays semble aller de pair avec des poussées ultérieures de croissance économique ; une analyse réalisée par Ludger Woessmann et Eric Hanushek, deux économistes, conclut qu’une augmentation de 25 points des résultats au test PISA pourrait faire progresser la croissance annuelle du PIB des pays riches d’un demi-point de pourcentage. Il n’existe pas encore beaucoup de preuves que l’intelligence artificielle réduira les retombées d’une éducation de haut niveau, mais il y a de nombreuses raisons de penser que cette technologie fera des ravages parmi les personnes peu qualifiées. Il est temps pour les réformateurs de l’éducation de se plonger dans les livres.

Source : The Economist

jeudi 10 septembre 2026

France — Pour le Grand maître du Grand Orient, les écoles religieuses subventionnées « n'ont pas leur place dans la République »


Déjà élu en 2023, Guillaume Trichard a de nouveau été choisi par ses pairs, vendredi, à Bordeaux, pour reprendre les fonctions de grand maître du Grand Orient de France.

Il a déclaré dans le Figaro du samedi 29 août 2026 

Dans quelques semaines, nous publierons un livre blanc sur l'école de la République, avec des propositions nombreuses. Je ne rentrerai pas dans le débat des écoles privées et de l'école publique, quand bien même le Grand Orient de France est un ardent promoteur de l'école publique laïque et gratuite. L'on connaît le rôle que les francs-maçons ont joué dans les lois Jules Ferry. Mais j'estime que les écoles privées hors contrat n'ont pas leur place dans la République. Parce que hors contrat, ça signifie qu'il n'y a pas de contrat avec la République indivisible, laïque, démocratique et sociale, ce qui peut laisser place à de nombreuses dérives.

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jeudi 27 août 2026

L’Italie propose de limiter le nombre d’enfants issus de l’immigration dans les classes

Le gouvernement italien de Giorgia Meloni a proposé de plafonner à 30 % la proportion d’enfants issus de l’immigration dans les classes italiennes.

Cette proposition a été présentée par Giuseppe Valditara, le ministre de l’Éducation, qui souhaite également interdire le port de la burqa à l’école.

La coalition conservatrice souhaite aussi rendre obligatoires les cours d’italien pour les parents d’enfants issus de l’immigration, dans le cadre de mesures visant à favoriser l’intégration et à éviter la formation de ghettos culturels.

Les parents qui ne scolarisent pas leurs enfants pourraient faire l’objet de poursuites et être condamnés à une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans.

« Il est fondamental qu’il n’y ait pas un pourcentage trop élevé d’enfants étrangers dans une classe, car cela signifie qu’ils auront plus de mal à apprendre l’italien et les valeurs de notre communauté », a déclaré le ministre.

« Je proposerai de rendre obligatoire l’apprentissage de l’italien pour les parents dont les enfants rencontrent des difficultés scolaires. »

Le ministre Giuseppe Valditara prévoit une nouvelle circulaire pour renforcer une directive de 2010 déjà existante. Les Uffici scolastici territoriali devront coordonner la répartition des élèves étrangers — surtout ceux qui maîtrisent mal l’italien — dans les classes du même établissement et dans les écoles de proximité (« scuole di vicinato » / « scuole di prossimità »). 

Valditara a précisé explicitement qu’on ne pourra pas envoyer un élève « à plusieurs kilomètres de chez lui ». Il insiste plutôt sur le fait que le vrai levier est ailleurs : les politiques résidentielles des communes, pour éviter la formation de « ghettos ». 

« Il est fondamental qu’un parent connaisse notre langue et communique avec les enseignants ; trop de parents d’enfants étrangers ne se présentent pas à l’école, alors que c’est important. »

Il a précisé que le taux d’absentéisme chez les enfants issus de l’immigration s’élevait à 26 %, contre 6 % chez les enfants italiens.

Ces propositions seront débattues lors d’une conférence à l’automne, qui réunira des enseignants, des syndicats, des conseils d’élèves et des responsables politiques, a indiqué M. Valditara.

L’Italie « accueille les migrants », a-t-il déclaré, mais ceux-ci doivent comprendre « l’identité et les valeurs » du pays.

La démographie italienne a évolué au cours des dernières décennies sous l’effet de l’immigration, passant d’une population uqsiment exclusivement blanche et d’origine italienne à une société multiculturelle.

On compte aujourd’hui 930 000 enfants non italiens dans les écoles du pays, soit près de 12 % de l’effectif total. Ce chiffre est en hausse par rapport aux 3,5 % enregistrés il y a deux décennies.

Dans certaines écoles, cette proportion est bien plus élevée, notamment dans le nord du pays, où une économie relativement florissante tend à attirer davantage de familles immigrées.

Environ 43 % des enfants issus de l’immigration viennent d’Europe, principalement de Roumanie, d’Albanie, d’Ukraine et de Moldavie. Environ 32 % proviennent de pays africains, principalement du Maroc, d’Égypte, de Tunisie, du Nigeria et du Sénégal.

Un cinquième vient d’Asie, principalement du Bangladesh, de Chine, d’Inde, des Philippines et du Pakistan. Un peu plus de 8 % viennent d’Amérique latine, principalement d’Équateur et du Pérou.

Un syndicat qualifie la proposition de « myope »

L’emprisonnement des parents qui n’envoient pas leurs enfants à l’école a été qualifié de « myope » par la FLC-CGIL, un syndicat d’enseignants.

« Rendre l’enseignement de l’italien obligatoire pour les parents d’enfants issus de l’immigration n’est pas de l’intégration : c’est une sanction imposée par décret, qui risque de produire exactement l’effet inverse. Rendre cet apprentissage obligatoire ne rapprochera pas les familles des écoles : cela ne fera que les criminaliser », a déclaré le syndicat.

Les détracteurs affirment que le gouvernement adopte des positions de plus en plus intransigeantes sur des questions comme l’immigration et l’identité, dans le but de devancer un nouveau parti d’extrême droite fondé plus tôt cette année par Roberto Vannacci, un ancien commandant des forces spéciales de l’armée italienne.

« Avenir national », le parti de M. Vannacci, recueille plus de 7 % des suffrages au niveau national, selon les sondages. Il a éclipsé la popularité de la Ligue, l’un des trois partis de la coalition au pouvoir.

M. Vannacci, qui a servi en Afghanistan et en Irak, a dévoilé cette semaine davantage de détails sur le programme de son parti, appelant au déploiement de troupes dans les rues des villes italiennes pour maintenir la sécurité et à l’enseignement des valeurs militaires dans les écoles.

Il souhaite l’interdiction des bloqueurs de puberté et du changement de sexe chez les adolescents, ainsi qu’un accès restreint à l’avortement.

Les unions civiles entre couples homosexuels seraient interdites, et son parti mènerait une politique très controversée de « remigration », consistant à renvoyer les migrants dans leur pays d’origine.

Alessandro Zan, député du Parti démocrate (centre-gauche) et membre de l’opposition, a déclaré que ce programme « frôlait le nazisme ».

dimanche 23 août 2026

Obé­sité chez les jeunes en France : « il est urgent d’agir »

En France, 18 % des enfants et ado­les­cents sont en sur­poids et 4 % sont obèses. Un taux pré­oc­cu­pant, qui grimpe en flèche. Le Pr Raphaël Vialle, chef du ser­vice de chi­rur­gie ortho­pé­dique et répa­ra­trice de l’enfant à l’hôpi­tal Trous­seau (AP-HP), pro­fes­seur à Sor­bonne Uni­ver­sité, tire la son­nette d’alarme à deux semaines de la ren­trée sco­laire dans les colonnes du Figaro Magazine.

— Pro­fes­seur, vous consta­tez une « épi­dé­mie » de sur­poids inédite en France, notam­ment chez les jeunes. Quels en sont les fac­teurs prin­ci­paux ? 

— Elle est pro­vo­quée par le chan­ge­ment de nos habi­tudes et de nos modes de vie : moins de dépla­ce­ments à pied, dimi­nu­tion du temps consa­cré aux acti­vi­tés phy­siques et plus géné­ra­le­ment manuelles, ali­men­ta­tion plus riche et plus sucrée, addic­tions mul­tiples, aux écrans bien sûr, mais aussi au sucre, et même à la ciga­rette élec­tro­nique, qui a elle aussi un « goût » sucré pour favo­ri­ser son adop­tion par les plus jeunes ! Ces mau­vaises habi­tudes sont lar­ge­ment par­ta­gées par les parents. Avez-vous trouvé un anti­dote à la séden­ta­rité des jeunes ?

— Com­ment les convaincre de se mettre au sport et de bou­ger ?

—  Je pré­co­nise d’abord une ali­men­ta­tion saine, moins sucrée et moins grasse. Pas de « col­la­tions » : trois repas par jour suf­fisent lar­ge­ment dès les classes pri­maires. Le goû­ter est à ban­nir. Ensuite, je recom­mande une acti­vité phy­sique régu­lière et variée… mais une vraie : pas la marche qui est sou­vent consi­dé­rée comme un sport par les parents. Chan­ger les mau­vaises habi­tudes est un tra­vail de longue haleine qui doit mobi­li­ser la com­mu­nauté médi­cale, les parents, la com­mu­nauté édu­ca­tive au sens large et les pou­voirs publics.

— L’Orga­ni­sa­tion mon­diale de la santé (OMS) recom­mande sept heures mini­mum d’acti­vité phy­sique heb­do­ma­daire, ainsi qu’une acti­vité à haute inten­sité trois fois par semaine. Les pro­grammes sco­laires n’en pré­co­nisent que deux. N’y a-t-il pas là un para­doxe, tan­dis que le gou­ver­ne­ment a publié une feuille de route 2026-2030 pour la prise en charge de l’obé­sité ?

— Abso­lu­ment. ima­gi­nez-vous que l’Aca­dé­mie amé­ri­caine des chi­rur­giens ortho­pé­distes (AAOs) recom­mande une heure d’acti­vité phy­sique heb­do­ma­daire par année d’âge : à 8 ans, 8 heures, jusqu’à 16 ans, 16 heures. C’est plus que l’OMs et cela n’entraîne aucune patho­lo­gie liée à la « sur­ac­ti­vité spor­tive » ! il fau­drait amé­na­ger les emplois du temps sco­laires. J’encou­rage les parents à tenir un dis­cours proac­tif : le sport, c’est valo­ri­sant, on tra­vaille ses muscles, on adopte le sens des règles, le sens du col­lec­tif, le res­pect de son corps et des autres…

—  Est-il vrai qu’un enfant qui ne bouge pas ne fabrique pas les muscles dont il aura besoin toute sa vie ?

—  Oui. L’enfant, puis l’ado­les­cent, construit son sque­lette durant la crois­sance. il doit, en même temps, construire sa masse mus­cu­laire adap­tée au sque­lette en crois­sance. C’est un phé­no­mène syn­chrone quoique légè­re­ment décalé de quelques mois puisque les muscles arrivent en fin d’ado­les­cence. s’il laisse pas­ser cette période, l’ado­les­cent met­tra ensuite plus de temps et aura beau­coup plus d’efforts à faire, une fois jeune adulte, pour déve­lop­per une mus­cu­la­ture adap­tée.

—  Ces muscles non tra­vaillés sont-ils irré­cu­pé­rables à l’âge adulte ?

— Non, mais ils se « rat­trapent » len­te­ment et dif­fi­ci­le­ment. bien sûr, on peut se mettre au sport à tout âge, mais c’est dur quand la pra­tique arrive tard ! Le sport est indis­pen­sable chez les grands ado­les­cents et les jeunes adultes pour sta­bi­li­ser leur masse mus­cu­laire. J’incite les familles à avoir un dis­cours opti­miste et encou­ra­geant à ce sujet pour toutes les tranches d’âge. Les parents doivent être moteurs.

—  En quelles pro­por­tions les per­for­mances phy­siques des jeunes ont-elles dimi­nué ?

— Selon la Fédé­ra­tion française de car­dio­lo­gie, un col­lé­gien par­cou­rait 600 mètres en trois minutes en 1971, contre quatre minutes en 2013, soit une dimi­nu­tion esti­mée à près de 25 % de ses capa­ci­tés phy­siques et car­dio­res­pi­ra­toires. La ten­dance s’est aggra­vée avec la crise du Covid-19 : une étude por­tant sur 1 231 ado­les­cents français a mon­tré, après le pre­mier confi­ne­ment, une baisse du score glo­bal de condi­tion phy­sique de 9,8 % chez les garçons et de 16,2 % chez les filles, avec une dimi­nu­tion attei­gnant 30 % pour la vitesse de dépla­ce­ment.

— Y aurait-il, selon vous, un fac­teur psy­cho­lo­gique favo­ri­sant le sur­poids ? Pour­riez-vous le décrire en vous fon­dant sur vos obser­va­tions de pra­ti­cien ?

—  Les enfants en sur­poids ont d’intenses dif­fi­cul­tés psy­cho­lo­giques, ce qui les enferme encore plus dans leurs addic­tions et leur séden­ta­rité. ils sont en grande souf­france, sou­vent silen­cieuse, et gênés vis-à-vis des autres enfants. À mon sens, le reten­tis­se­ment psy­cho­lo­gique est sur­tout secon­daire au sur­poids et ne le pré­cède habi­tuel­le­ment pas.

— Pour quels pro­blèmes ortho­pé­diques les enfants en sur­poids vous consultent-ils ?

— Ils éprouvent sou­vent des dou­leurs arti­cu­laires, s’essoufflent lors de l’acti­vité phy­sique et donc demandent des dis­penses, ce qu’il ne faut, bien sûr, jamais accep­ter, car cela est tota­le­ment contre-pro­duc­tif et illo­gique ! ils ont par­fois des ostéo­chon­drites du genou, c’est-à-dire un trouble de crois­sance du car­ti­lage de l’arti­cu­la­tion. C’est ennuyeux mais géné­ra­le­ment réver­sible. Le prin­ci­pal pro­blème est l’épi­phy­sio­lyse de la hanche, qui est dans la très grande majo­rité des cas liée au sur­poids chez l’enfant de 8 à 10 ans ou le pré­ado­les­cent jusqu’à 12-14 ans. C’est un glis­se­ment et une défor­ma­tion de la tête du fémur au niveau de l’arti­cu­la­tion de la hanche. Elle pro­voque une dou­leur de la hanche, de l’aine ou du genou, ainsi qu’une boi­te­rie. Un trai­te­ment chi­rur­gi­cal s’impose alors.

—  Les médi­ca­ments anti-obé­sité – le Moun­jaro du labo­ra­toire amé­ri­cain Eli Lilly, et son concur­rent Wegovy du danois Novo Nor­disk, désor­mais pris en charge à 65 % par l’Assu­rance-mala­die – consti­tuent-ils une solu­tion ?

—  Je ne suis pas méde­cin spé­cia­lisé en nutri­tion, mais j’observe une réelle effi­ca­cité de ces trai­te­ments chez de jeunes adultes qui étaient en grande dif­fi­culté face à leur sur­poids. ils per­mettent d’amor­cer une perte de poids réelle, ce qui a des effets très posi­tifs sur le plan psy­cho­lo­gique et sur la moti­va­tion des patients. Mais atten­tion : rien n’est acquis ! La perte de poids concerne les tis­sus adi­peux, c’est-à-dire grais­seux, mais aussi mus­cu­laires. il faut donc asso­cier au trai­te­ment médi­cal une ali­men­ta­tion adap­tée, et sur­tout une acti­vité phy­sique. Le plus dur semble ensuite de sta­bi­li­ser le poids de ces patients. Chez l’enfant et l’ado­les­cent, il n’y a actuel­le­ment pas de recom­man­da­tion concer­nant l’uti­li­sa­tion de ces nou­veaux médi­ca­ments mais je pense qu’ils pour­raient avoir un effet iden­tique dans leur cas.

—  S’ache­mine-t-on vers le modèle des États-Unis, où 72,4 % des adultes sont en sur­poids et 42 % sont obèses, selon l’OMS ?

— Je ne l’espère pas, mais les mêmes causes ayant les mêmes effets, je ne crois pas à une pré­dis­po­si­tion « géo­gra­phique ». il nous faut donc réagir !

vendredi 7 août 2026

Allemagne : un élève risque une amende pour avoir refusé de participer à un atelier « queer »

Une école secondaire de Dachau (près de Munich, en Bavière), exige la présence obligatoire de ses élèves mineurs à un atelier sur les questions « queer ». Malgré les interrogations des parents, la direction de l’établissement a maintenu son exigence. Résultat : un adolescent de 14 ans fait désormais l’objet d’une procédure d’amende.


Dachau — La sous-préfecture locale a engagé des poursuites contre un élève de 14 ans pour absence à l’atelier Diversity@school (en anglais dans le texte!), organisé le 10 juillet dans son école secondaire. Bien que les parents aient exprimé leur opposition à la participation de leur fils, l’établissement a insisté sur le caractère obligatoire de l’activité, au nom du programme scolaire.

Lors de cet atelier, deux militants « queer » sont intervenus en classe pour échanger avec les élèves. Selon l’association Diversity München, à l’origine de l’initiative, l’objectif était d’aborder l’acceptation des identités « queer », de déconstruire les stéréotypes et de lever les appréhensions. Des parents ayant assisté à des retours de leurs enfants rapportent que l’un des intervenants, présentant à la fois une barbe et une apparence féminine, aurait partagé des expériences personnelles, notamment des incidents de discrimination.

Des parents contestent le bien-fondé pédagogique

Dans une lettre adressée à la sous-préfecture, dont le média Apollo News a obtenu copie, les parents justifient l’absence de leur fils par le manque de réponses claires de la part de la direction. Ils estiment que la formulation du programme — selon laquelle les élèves doivent être « préparés à leur développement physique et psychique, à leur genre, à leurs sentiments, à leur identité de genre et à leur orientation sexuelle » — dépasse le cadre de la mission éducative de l’école ou de l’État.

Face à cette situation, les parents ont soumis neuf questions à l’établissement, avertissant qu’à défaut de réponses, ils déposeraient une plainte disciplinaire. Parmi leurs interrogations :
  • La présence permanente d’un enseignant pour garantir l’absence de toute forme de domination et éviter qu’un point de vue ne soit présenté comme moralement supérieur ;
  • L’accès aux supports et méthodes utilisés par les intervenants ;
  • La base juridique justifiant le choix de l’association Diversity München comme partenaire externe ;
  • L’implication éventuelle du conseil des élèves dans l’organisation de l’atelier.
  • La direction s’est contentée de confirmer qu’un enseignant serait présent en permanence pour veiller au respect de l’interdiction d’intimidation. Aucune autre réponse complète n’a été apportée. Le proviseur a simplement regretté que les parents ne partagent pas les valeurs de l’association, sans pour autant accepter que leur fils soit dispensé de l’atelier. Ceux-ci ont donc déposé une plainte disciplinaire et annoncé leur intention de contester toute amende par voie judiciaire.
Une association militante aux revendications politiques

Diversity München, qui finance ses activités grâce à des dons et à des subventions de la ville de Munich, affiche des revendications politiques explicites. Bien que le proviseur ait affirmé que l’atelier n’avait aucune visée d’endoctrinement, l’association formule des exigences à l’attention des gouvernements fédéral et régional bavarois, notamment :
  • La suppression des mentions « père » et « mère » sur les actes de naissance, remplacées par « parent 1 » et « parent 2 » ;
  • L’intégration systématique des enjeux « queer » dans les programmes scolaires ;
  • L’utilisation, sur les documents officiels (comme les bulletins), des prénoms choisis par les élèves, indépendamment de leur nom légal.

lundi 13 juillet 2026

Xénophobie — Scènes chaotiques et tendues devant les grilles d’une école primaire sud-africaine

Des dizaines de milliers d'étrangers fuient l'Afrique du Sud, terrifiés et traumatisés, suite à la vague de violences xénophobes et aux manifestations anti migrants.

En Afrique du Sud, la situation reste tendue autour de la question migratoire. Un comité interministériel chargé des migrations a annoncé dimanche que plus de 53 000 personnes ont été expulsées et rapatriées ces cinq dernières semaines.

Un Nigerian, chef d'entreprise, possède tous ses papiers en Afrique du Sud, à qui il a été demandé de partir, qui parle. Il explique et eux répondent qu'ils n'en ont cure (en termes plus crus). « Je suis un immigrant légal. J'ai passé plus de 13 ans à bâtir une entreprise en Afrique du Sud, créant des emplois et formant plus de 20 Sud-Africains. Je paye mes cotisations et possède tous les documents nécessaires. Si le gouvernement me demande de partir, je le ferai. Mais je ne me laisserai pas chasser par des menaces ou la pression d'une foule ».

Les attaques contre des migrants africains se multiplient en Afrique du Sud depuis le début de l’année. Près de 50 000 migrants illégaux ont quitté l’Afrique du Sud ces dernières semaines tandis que des mouvements anti-immigration gagnent en visibilité.

AFRIQUE DU SUD 🇿🇦: quelles sont les connexions politiques derrière le mouvement anti-immigration ? Des milliers de Sud-Africains ont marché dans plusieurs grandes villes du pays, mardi 30 juin 2026, pour protester contre l’immigration illégale. Alors que le pays connaît une résurgence de violence xénophobe, ciblant les migrants africains, qu’ils soient dans le pays légalement ou non, l'organisation « March and March », née en mars dernier, s'est imposée comme le porte-voix de la colère des Sud-Africains en matière de migration. Si l'organisation se dit citoyenne, ces marches ont aussi une dimension politique à l'approche des élections municipales ( RFI)





Billet du 28 avril

La vidéo ci-dessous montre des scènes chaotiques et tendues devant les grilles d’une école primaire sud-africaine. On y voit des membres de groupes anti-immigration, dont Operation Dudula, bloquer l’accès aux enfants et parents étrangers (principalement d’autres pays africains), dans une ambiance de confrontation et de cris. 

L’incident s’est déroulé à Durban (KwaZulu-Natal), précisément devant l’Addington Primary School, dans le quartier de Point / South Beach. Les faits remontent principalement au 21 janvier 2026 (avec des protestations ayant commencé dès la rentrée scolaire autour du 14 janvier). 

Des parents sud-africains, soutenus par Operation Dudula, le mouvement March and March et des sympathisants du parti uMkhonto weSizwe (MK Party) fondé par l'ancien président Zuma, accusaient l’école de prioriser les enfants de ressortissants étrangers au détriment des élèves locaux.La police sud-africaine était présente en nombre important. 

Elle est intervenue pour disperser la foule à l’aide de canons à eau et de grenades assourdissantes, afin de protéger les élèves et de maintenir l’ordre. Des enquêtes pour incitation à la violence publique ont été ouvertes contre certains organisateurs des manifestations.

Dans cette autre vidéo, un homme noir crie « Retournez dans votre fichu pays, bande d'inutiles. Vous n'êtes pas capables de vous battre contre votre propre gouvernement, alors vous venez en Afrique du Sud. Bande de salauds. » Avant cela, une femme noire en vert crie « Voertsek parapara» (Foutez le camp parasites, voertsek = ouste, dégage !, c'est le terme afrikaans pour chasser un animal importun, alors que parapara signifie parasite en tsotsitaal.)

Qu’est-ce qu’Operation Dudula ?

Operation Dudula est un mouvement citoyen vigilante sud-africain, né vers 2021-2022, qui milite pour « mettre les Sud-Africains d’abord ». Il cible particulièrement l’immigration illégale, la concurrence sur les emplois, les logements et les services publics (écoles et hôpitaux). 

Le groupe organise régulièrement des patrouilles et des protestations contre les migrants, souvent accusé de xénophobie, surtout envers les autres Africains noirs.Le nom « Dudula » vient de l’isiZulu (langue zouloue, majoritaire au KwaZulu-Natal). Il signifie « forcer dehors », « repousser », « expulser » ou « renverser ». Il reflète directement l’objectif affiché du mouvement : expulser les immigrants non documentés pour réserver les ressources aux citoyens sud-africains.

Cet événement s’inscrit dans un contexte plus large de fortes tensions socio-économiques en Afrique du Sud : chômage élevé, pression sur les infrastructures publiques et débats récurrents sur l’immigration. La Constitution sud-africaine garantit cependant le droit à l’éducation pour tous les enfants présents sur le territoire, indépendamment du statut migratoire de leurs parents.

mercredi 1 juillet 2026

Les villes allemandes font faillite. Une bonne nouvelle pour l'AfD ?



Il suffit de peu de temps à un visiteur d’Ingolstadt, ville de taille moyenne en Bavière, pour remarquer qu’il s’agit de la ville d’Audi. Il suffit de repérer le stand d’assurance maladie d’Audi près de la mairie, le magnifique musée du constructeur automobile ou les publicités pour sa saison de concerts d’été, qui débute ce week-end. Si vous rencontrez un habitant, il y a de fortes chances qu’il travaille à l’usine Audi — l’entreprise emploie 40 000 personnes ici — ou qu’il ait un proche qui y travaille. Le succès d’Audi a été le moteur de la croissance d’Ingolstadt, qui est passée d’une ville endormie de 30 000 habitants après la Seconde Guerre mondiale à 145 000 habitants aujourd’hui.

Et ce sont justement les difficultés d’Audi, dont les bénéfices et les effectifs sont en baisse, qui expliquent en partie pourquoi la ville s’est retrouvée dans une situation très difficile. Les recettes fiscales provenant des entreprises ont diminué de moitié en l’espace de quelques années seulement, en grande partie à cause des difficultés d’Audi et de Volkswagen, sa société mère. La situation est si tendue qu’au début de cette année, le gouvernement de Haute-Bavière a rejeté le budget d’Ingolstadt, interdisant à la ville de réaliser de nouveaux investissements. Des projets phares, tels que la rénovation du célèbre théâtre brutaliste de la ville, sont gelés. Des élèves ont dû être transférés hors d’une école délabrée, car la ville n’avait pas les moyens de la réparer. « Audi est une bénédiction pour notre ville, mais aussi un risque », déclare Michael Kern, le maire.

La volatilité des finances municipales a lié le sort de nombreuses villes allemandes aux entreprises locales. En période de prospérité, certaines nageaient dans l’argent : une ville abritant une usine Daimler près de Stuttgart a pavé ses passages piétons de marbre de Carrare. Mais lorsque l’industrie éternue, les villes tombent malades — et le virus s’étend désormais au-delà des zones post-industrielles comme la Ruhr ou la Sarre. Les villes du riche Bade-Wurtemberg ont été durement touchées par les difficultés du secteur automobile. Les problèmes de Ludwigshafen, l’une des villes les plus endettées d’Allemagne, sont ceux de BASF, le géant local de la chimie.

Mais même les villes disposant d’une base économique plus diversifiée se retrouvent au bord du gouffre. Rares sont celles qui ont échappé au piège budgétaire d’une baisse des recettes qui ne parvient pas à suivre le rythme de l’explosion des dépenses. Un nouveau rapport de la Fondation Bertelsmann révèle que, l’année dernière, les déficits budgétaires des quelque 10 000 communes allemandes ont atteint le chiffre record de 32 milliards d’euros (36 milliards de dollars américains), soit une hausse de près de 30 % en seulement un an (voir graphique ci-dessous). Presque toutes s’attendent à ce que la situation empire.

Il s’agit de la pire crise de l’histoire de la République fédérale, affirme René Geissler, professeur d’administration publique à l’Université technique des sciences appliquées de Wildau. Il cite trois facteurs : la flambée de l’inflation, en particulier dans le secteur de la construction ; les coûts de personnel ; et les lois contraignantes adoptées par le Bundestag, notamment en matière d’allocations pour les jeunes et les personnes handicapées, auxquelles les communes doivent se conformer. Ces dépenses obligatoires représentent désormais 80 % du budget d’Ingolstadt, ce qui oblige à procéder à des coupes brutales dans les dépenses discrétionnaires. Dans les villes les plus pauvres, la pression est encore plus forte. M. Geissler s’attend à ce que les municipalités en difficulté procèdent à des « coupes budgétaires discrètes » pour équilibrer leurs comptes.

Les conséquences se font sentir partout. 
Bayreuth a annulé une fête prévue pour marquer le 150e anniversaire du premier festival de Richard Wagner. Les arrondissements berlinois à court d’argent peinent à faire face à une invasion de chenilles velues toxiques. À l’instar de salariés désespérés mettant leurs bijoux en gage avant le jour de paie, certaines villes ont eu recours aux « Kassenkredite », des prêts à court terme, pour régler leurs factures. Et partout en Allemagne, les écoles, les routes et les salles de sport tombent en ruine à mesure que l’on freine les dépenses d’investissement. Le retard accumulé en matière d’investissements municipaux atteint désormais le chiffre record de 231 milliards d’euros. Affirmant qu’il n’y avait plus que « trois minutes avant minuit », les maires de toute l’Allemagne ont organisé, le 22 juin, des manifestations publiques pour déclarer qu’ils avaient atteint leurs limites. « Nous pouvons nous en sortir cette année, mais au-delà, de nombreuses villes se retrouveront dos au mur », déclare Martin Wilhelm, trésorier d’Offenbach, une ville satellite de Francfort.

Que faire ? Les collectivités locales souhaitent que le gouvernement fédéral s’en tienne au principe « qui commande, paie » ; c’est-à-dire qu’il finance toute nouvelle loi dont elles doivent supporter les coûts. Celles qui ne disposent pas de réserves financières demandent également une aide à court terme de 30 milliards d’euros. Le gouvernement fédéral, lui-même dans une situation budgétaire difficile, n’a guère proposé de solutions. Mais la situation est si grave, selon Henrik Scheller, expert en finances publiques à l’Institut allemand des affaires urbaines, qu’une aide devrait être apportée dans le courant de l’année. Sinon, « nous pourrions assister à une sorte de révolution ».

Cela ne semble pas imminent à Ingolstadt. Mais Michelle et Christian, un couple de la région, affirment remarquer de petits signes de déclin, allant des bibliothèques sollicitant des dons à un festival municipal dont le financement a été réduit. Ailleurs, nombreux sont ceux qui craignent qu’une dégradation de l’espace public ne profite à l’Alternative pour l’Allemagne, parti dit d’extrême droite. « Chaque toit d’école qui fuit et qui n’est pas réparé depuis trois ans renforce les populistes de droite », explique Marc Grand-Montagne, responsable de l’éducation et de la culture à Ingolstadt. Peut-être que cela incitera Berlin à se ressaisir. 

Source : The Economist

samedi 27 juin 2026

Documentaire vidéo Le Suicide français (2026) avec Éric Zemmour

Cette adaptation du livre homonyme d'Éric Zemmour propose une lecture incarnée et volontairement polémique de l'histoire contemporaine française des cinquante dernières années.

Épisode 1 : Les années 70 la fin d'un monde

Épisode 2 : les années 80-90

Épisode 3 : Immigrations et insécurités

Épisode 4 : Le Grand basculement</p>