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lundi 3 août 2026

France — Immi­gra­tion de tra­vail : der­rière l’écran de fumée

Les dis­cours qui tendent à nous faire croire que l’immi­gra­tion de tra­vail est une néces­sité vitale sont lar­ge­ment inva­li­dés par un exa­men rigou­reux des don­nées. Texte de Nico­las Pou­vreau-Monti, est direc­teur de l’obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie (OID), paru dans Valeurs actuelles.

L’immi­gra­tion est deve­nue, plus que tout autre, un enjeu poli­tique au sujet duquel les convic­tions pré­cèdent sou­vent les faits. En par­ti­cu­lier, l’idée que les étran­gers de nais­sance feraient « le tra­vail que les Français ne veulent pas faire » figure parmi les pon­cifs fré­quents.

Pour la pre­mière fois, en ana­ly­sant les micro-don­nées du recen­se­ment de la popu­la­tion, l’obser­va­toire de l’immi­gra­tion et de la démo­gra­phie a pu éta­blir une radio­gra­phie inédite de la situa­tion de l’emploi des per­sonnes nées étran­gères et ins­tal­lées en France – selon leur natio­na­lité à la nais­sance, leur niveau de diplôme, leur sexe et leur âge. Il en res­sort un ensemble de constats abso­lu­ment sai­sis­sants.

À com­men­cer par celui-ci: il existe non pas une, mais des immi­gra­tions, aux résul­tats d’inté­gra­tion sur le mar­ché du tra­vail radi­ca­le­ment diver­gents. Hors étu­diants et retrai­tés: 82 % des Por­tu­gais de nais­sance occupent un emploi. Il s’agit du seul niveau supé­rieur à celui des Français de nais­sance (80 %). D’autres natio­na­li­tés d’ori­gine s’en rap­prochent néan­moins for­te­ment – ori­gi­naires d’Europe pour la plu­part d’entre elles, mais aussi du Viet­nam ou du Liban. À l’inverse : ces niveaux d’emploi les plus éle­vés sont supé­rieurs de 30 points à ceux des Como­riens, des Haï­tiens ou des Pakis­ta­nais de nais­sance (51 %). Bien au-delà aussi des Algé­riens (54 %) ou des Maro­cains de nais­sance (57 %).

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Contre­di­sant cer­taines expli­ca­tions “ras­su­ristes”, la fai­blesse de ces taux d’emploi per­siste à âges et niveaux de diplôme équi­va­lents. Par exemple : une per­sonne née avec une natio­na­lité du Magh­reb et diplô­mée d’un Bac +5 tra­vaille, en moyenne, moins sou­vent qu’un simple bache­lier français de nais­sance…

L’un des fac­teurs iden­ti­fiables tient dans la très faible inté­gra­tion, sur le mar­ché du tra­vail, de cer­taines femmes nées étran­gères. À qua­rante ans, c’est-à-dire au pic des âges actifs: plus de 40 points séparent les taux d’emploi des Françaises de nais­sance (très proche de celui des hommes) et des Turques de nais­sance. Ce fait appa­raît déter­miné par des traits cultu­rels et anthro­po­lo­giques struc­tu­rants, qui pri­vi­lé­gient un rôle domes­tique et fami­lial des femmes.

L’ana­lyse de la situa­tion des « métiers en ten­sion » met éga­le­ment en évi­dence un pro­fond dés­équi­libre entre la région pari­sienne et le reste du pays. En Île-de-France, 66 % des employés de la res­tau­ra­tion sont nés étran­gers — contre seule­ment 21 % dans les autres régions. Le même contraste appa­raît parmi les ouvriers non qua­li­fiés du second œuvre du bâti­ment : ils sont 59 % à être nés étran­gers en Île-de-France, contre 19 % ailleurs.


Concen­trés majo­ri­tai­re­ment à Paris, les res­pon­sables poli­tiques et de nom­breuses voix média­tiques semblent consi­dé­rer que « l’immi­gra­tion de tra­vail » serait la seule solu­tion pour pal­lier les besoins en recru­te­ment de ces pro­fes­sions. Une telle vision, foca­li­sée sur l’agglo­mé­ra­tion pari­sienne, offre un miroir défor­mant d’une réa­lité beau­coup plus nuan­cée à l’échelle natio­nale. Dans la majeure par­tie du pays, contrai­re­ment aux idées reçues : ce sont très majo­ri­tai­re­ment des Français de nais­sance qui occupent ces postes.

L’argu­ment éco­no­mique pour l’immi­gra­tion de masse, dans un pays qui compte 4 mil­lions de per­sonnes au chô­mage ou dans son halo direct — et où les immi­grés sont parmi les moins “au tra­vail” de toute l’Europe — gagne­rait à être reconnu comme ce qu’il est : une illu­sion aux consé­quences lourdes, à dis­si­per rapi­de­ment. 

 
[Les professions médicales constituent l’un des cas exemplaires des difficultés de recrutement en France. En effet, la pénurie de médecins, d’infirmières et des autres professions médicales fait régulièrement l’actualité, tout comme le développement de « déserts médicaux ». 

Là où d’aucuns affirment que l’immigration contribuerait positivement au fonctionnement du système médical dans ce contexte, il convient de regarder les chiffres disponibles à cet égard.

L’analyse par profession médicale comparées à la population de plus de 15 ans (hors étudiants et retraités) montre que les étrangers de naissance originaires d’Afrique subsaharienne ou de Turquie sont nettement sous-représentés parmi les médecins, au regard de leur poids dans la population. Les personnes nées d’une nationalité d’Afrique du Nord ou d’Europe du Sud sont représentés à un niveau « normal » parmi les médecins, cohérent avec leur part démographique. Les personnes nées étrangères avec une nationalité de l’UE sont, elles, surreprésentées.

En revanche, tous les groupes étrangers de naissance sont sous-représentés (parmi les personnes employables) chez les autres professions médicales tels que la pharmacie, les sage-femmes et les infirmiers.]


« Le nombre de bénéficiaires de l’Aide médicale d’État (AME), réservée aux étrangers en situation irrégulière sur le sol français, a triplé en 20 ans. »


jeudi 23 juillet 2026

Les plus grandes facultés formant des médecins américains se trouvent dans les Antilles

Des navettes gratuites relient l’université Saint George (SGU) à la plage de sable blanc de Grand Anse, la plus belle de la Grenade. Des étudiants américains en maillot de bain se pressent au bar en bord de mer. Ce rituel d’après-examens suscite l’envie de leurs camarades restés aux États-Unis, explique Daniel Nathan, originaire de Virginie. Il avait essuyé plusieurs refus de la part de diverses facultés de médecine américaines avant d’être admis à la SGU, et n’avait pas envie d’attendre un an pour retenter sa chance. « La Grenade, c'est plutôt sympa », dit-il.

L'université Saint George à la Grenade

M. Nathan n'est pas un cas isolé. Soixante-dix pour cent des étudiants de la SGU sont américains. L'effectif est important, avec plus de 1 000 étudiants par an, alors qu'une faculté de médecine américaine admet en moyenne 200 étudiants. Les frais de scolarité y sont plus élevés qu'à Harvard. Malgré cela, un nombre croissant de candidats au métier de médecin optent pour une formation sur l'île. En 2010, les Américains représentaient 48 % des diplômés des facultés de médecine des Caraïbes. En 2022, cette part était passée à 67 %. La SGU fournit plus de médecins aux États-Unis que n’importe quelle autre faculté au monde, y compris les facultés américaines. « Le système traditionnel ne forme tout simplement pas assez de médecins pour le système de santé américain », explique Scott Liles, directeur de la faculté de médecine de l’université Ross à la Barbade, où 98 % des étudiants sont américains ou canadiens. Ross est le deuxième plus grand fournisseur de médecins aux États-Unis.

L’engouement est réciproque : la SGU contribue pour une part importante au PIB de la Grenade et est le plus grand employeur privé. Ses dons caritatifs lui valent la sympathie de la population locale. « Tout dépend de St George’s », déclare Lincus Baptiste, un vendeur de plats à emporter qui travaille sur le campus depuis 11 ans.

Malheureusement, la notoriété de Ross et de la SGU masque l’existence d’acteurs moins scrupuleux. L’attrait de la possibilité d’exercer la médecine aux États-Unis constitue une incitation puissante. On recense environ 100 facultés de médecine dans les Antilles. De l’autre côté de la Barbade, face à Ross, se trouve le Queen’s University College of Medicine. Le soir où l'hebdomadaire britannique The Economist s’est rendu sur place – une maison quelconque au sommet d’une colline –, il n’y avait personne. Des fils de discussion sur Reddit, un forum de discussion, font état de formations exclusivement en ligne et de promesses non tenues concernant l’obtention de diplômes reconnus. Le site web de Queen’s indique que l’établissement figure dans le World Directory of Medical Schools, mais cette inscription n’implique pas pour autant une accréditation. 

Le parcours menant des Antilles au statut de médecin agréé aux États-Unis est complexe. Avant de postuler à un internat, un diplômé doit faire reconnaître ses qualifications auprès de l’Educational Commission for Foreign Medical Graduates, une ONG américaine. Celle-ci ne certifie que les diplômés d’écoles elles-mêmes accréditées par un organisme agréé par un comité du ministère américain de l’Éducation, ou son équivalent international.

Mais ces organismes peuvent opérer depuis n’importe où dans le monde. « Ça nous laisse un peu perplexes de voir une île des Caraïbes, qui fait partie du Royaume des Pays-Bas, obtenir son accréditation médicale du Kirghizistan », explique Rosalie Hancock, du Bellevue College dans l’État de Washington, co-auteure d’un rapport sur les facultés de médecine antillaises. « On ne voit pas vraiment cela dans aucun autre domaine de l’enseignement. »
Cette complexité peut rendre difficile l’identification des opérateurs illégitimes. Certains étudiants se retrouvent criblés de dettes sans pour autant se rapprocher de leur objectif de devenir médecin. Rashed, 32 ans, originaire de Trinidad, a pleuré de joie lorsqu’il a été admis à l’All Saints University College of Medicine de Saint-Vincent. Il avait été refusé par près de 50 autres facultés de médecine. Mais l’établissement, qui a par la suite changé de nom pour devenir la Richmond Gabriel University, a soudainement transféré tous ses cours en ligne et annoncé aux étudiants l’ouverture d’un nouveau campus à Curaçao. Ce campus n’a jamais vu le jour. En avril, l’un des fondateurs a comparu devant un tribunal de Chicago pour répondre d’accusations fédérales de fraude et de détournement de fonds liées à l’hôpital Loretto de la ville.

Rashed se dit « complètement fauché ». Il a réussi à s’inscrire dans une autre faculté de médecine agréée. Ses camarades de la SGU et de Ross constituent un pilier du système médical américain. L’attrait d’une carrière dans la médecine aux États-Unis risque fort de plonger d’autres personnes comme lui dans des difficultés.

Source : The Economist

lundi 13 juillet 2026

Vieillissement — Les annonces de la mort du système de santé sont grandement exagérées

En 2100, la crainte d’un avenir écrasé par le coût des soins de santé pourrait s’avérer exagérée. Longtemps les économistes ont estimé que le vieillissement des populations provoquerait une explosion des dépenses médicales. Cette idée reposait notamment sur la « maladie des coûts » de Baumol : dans les secteurs très dépendants du travail humain, comme la médecine, la productivité progresse peu, car une consultation médicale exige encore à peu près le même temps qu’il y a un siècle. Les salaires doivent néanmoins suivre ceux des secteurs plus productifs (comme l'informatique ou l'industrie), sous peine de voir les futurs médecins partir vers d’autres professions mieux rémunérées.

La question centrale était de savoir si l’allongement de la vie entraînerait une expansion des périodes de maladie ou une compression des handicaps : des vies plus longues, mais en meilleure santé, avec une concentration des maladies graves dans les dernières années. Deux études récentes du National Bureau of Economic Research montrent que le scénario catastrophiste d’une médecine absorbant une part toujours croissante des ressources publiques ne se réalise pas.

David Cutler et Lev Klarnet constatent qu’en 2024 les États-Unis ont dépensé 1 000 milliards de dollars de moins que ne le prévoyaient les projections officielles de 2010. Une autre étude menée par Liran Einav et Amy Finkelstein montre qu’entre 1993 et 2017, le coût prévu des pensions de retraite américaines a augmenté de 14 %, tandis que celui de l’assurance-maladie publique pour les personnes âgées, Medicare, n’a progressé que de 6 %. Les personnes âgées vivent plus longtemps, mais passent moins de temps gravement malades.

L’évolution des coûts hospitaliers confirme cette amélioration. Entre 2000 et 2010, les coûts hospitaliers américains augmentaient d’environ 2,3 points de pourcentage au-dessus de l’inflation chaque année. Entre 2011 et 2024, cette hausse n’a plus été que de 0,5 point. Le progrès technique a changé de nature : autrefois, l’innovation servait surtout à proposer de nouveaux traitements coûteux ; désormais, elle permet davantage de produire les mêmes résultats à moindre coût. La « maladie des coûts » de Baumol semble donc partiellement maîtrisée.

Les besoins médicaux eux-mêmes diminuent grâce à une meilleure organisation des soins, à un ciblage plus précis des traitements et à une gestion plus rigoureuse des dépenses par les assureurs. Aux États-Unis, depuis 1993, l’espérance de vie à 66 ans a augmenté de 2,4 années, entièrement en bonne santé en moyenne. Les personnes âgées peuvent espérer environ trois années supplémentaires de vie saine, tandis que la période de détresse physique ou mentale extrême a diminué de 0,6 année, réduisant les besoins en établissements spécialisés ou en assistance lourde à domicile.

Cette tendance dépasse les États-Unis. Dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, la part des dépenses de santé dans le produit intérieur brut progresse moins rapidement. Une étude prévoit une croissance des dépenses médicales par habitant d’environ 2 % par an durant la prochaine décennie (hors États-Unis), contre 4 % avant 2009. La part du produit intérieur brut consacrée à la santé n’augmenterait que d’environ 0,1 point de pourcentage par an.

Le vieillissement démographique ne condamne pas non plus nécessairement la croissance économique. Une étude dirigée par Daron Acemoglu montre que les régions américaines ayant connu les plus fortes baisses de natalité ont souvent enregistré une productivité plus élevée chez les actifs. L’explication avancée est qu’elles ont davantage adopté des technologies permettant d’économiser du travail humain. Cette explication laisse ce carnet perplexe: une corrélation entre baisse de natalité et hausse de productivité ne démontre pas nécessairement que la baisse de natalité a causé de l'innovation technologique. Voir dans l'incise ci-dessous.

[Il existe plusieurs mécanismes possibles, dont par exemple celui-ci : moins d'enfants → plus de ressources disponibles par adulte → plus d'investissement par travailleur → hausse de productivité. Ce mécanisme est particulièrement visible dans certains pays d'Asie orientale. La Corée du Sud en est un exemple frappant : pendant plusieurs décennies, la baisse spectaculaire de la fécondité a accompagné une transformation économique exceptionnelle. Une société peut bénéficier d'un "dividende démographique" en passant d'une fécondité élevée à une fécondité basse, car elle a temporairement :
  • moins d'enfants à charge ;
  • beaucoup d'adultes en âge de travailler ;
  • une population encore jeune.
Mais une fois passée sous le seuil de remplacement pendant plusieurs générations, elle entre dans une phase différente :
  • moins d'actifs ;
  • davantage de retraités ;
  • moins d'entrepreneurs potentiels ;
  • pression sur les systèmes sociaux ;
  • contraction possible du marché intérieur.
Le cas coréen illustre précisément cette ambiguïté : le modèle a été extrêmement performant pendant la phase de transition démographique, mais la fécondité actuelle (l'une des plus faibles au monde) pose désormais la question de la soutenabilité du modèle.]

En 2100, une population active moins nombreuse pourrait donc être aidée par des technologies avancées, notamment l’intelligence artificielle.

Le problème des retraites restera toutefois important en raison de l’allongement de la durée de vie au-delà de l’âge actuel de départ à la retraite. Selon une analyse du Congressional Budget Office, relever progressivement l’âge légal américain de départ à la retraite de 67 à 70 ans permettrait de couvrir une grande partie des coûts supplémentaires liés au vieillissement de la population d’ici 2100. La principale difficulté sera moins économique que politique, car de telles réformes impliquent des choix collectifs difficiles. Le vieillissement démographique est une évolution inéluctable ; en revanche, l’ampleur de ses conséquences financières et économiques ne l’est pas. L’innovation technologique, l’amélioration de la productivité, une meilleure organisation des systèmes sociaux et des réformes adaptées peuvent en limiter considérablement l’impact.


Source : The Economist

mercredi 13 mai 2026

« Jamais autant d'immigration en France »

L’immigration est-elle une fatalité ? C'est le sujet abordé par Le Club Le Figaro Idées présenté par Eugénie Bastié. Elle reçoit Didier Leschi et Nicolas Pouvreau-Monti.

dimanche 8 mars 2026

Mineurs rétribués au Royaume-Uni pour prendre des bloqueurs de puberté

En avril débutera au Royaume-Uni la première étude randomisée sur le rapport bénéfice/risque des bloqueurs de puberté (cf. Le Royaume-Uni lance la première étude randomisée sur les effets des bloqueurs de puberté sur le cerveau). Cette étude a été demandée après la publication du rapport Cass, le 10 avril 2024, qui faisait état de « preuves insuffisantes » quant à l’efficacité de ces traitements – aboutissant à leur interdiction (cf. Bloqueurs de puberté : des données « insuffisantes » ; Changement de genre chez les mineurs : le gouvernement britannique interdit les bloqueurs de puberté). Commandée par le secrétaire à la Santé Wes Streeting, l’essai portera sur 226 enfants et adolescents de moins de 16 ans qui se considèrent comme transgenres

Les jeunes cobayes rétribués en chèques cadeaux


En échange de leur participation, les adolescents devraient recevoir des bons d’achat émis par l’entreprise Love2shop d’une valeur de 500 livres (573 euros) qu’ils pourront dépenser chez Asos, Nike, The Perfume shop ou encore Pizza Hut. En effet, au cours des deux années que devrait durer l’étude, certains participants seront soumis à 15 tests sur l’évolution de leurs capacités cognitives, rétribués par un bon d’achat d’une valeur de 30 livres chacun, et des IRM rétribués par des bons de 15 livres. D’autres se verront accorder un chèque cadeau de 15 livres pour chaque examen de densité osseuse et examen sanguin (cf. « Soin d’affirmation de genre » : une formulation dangereuse).

Une expérimentation pourtant dangereuse

La députée Claire Coutinho, secrétaire d’Etat pour l’Egalité du cabinet fantôme[1], dénonce le fait que « cette étude inflige à des enfants en bonne santé un protocole de soins qui risque de les rendre définitivement infertiles. Il n’y a pas d’âge minimum pour y participer et il nous a été confirmé que des enfants atteints d’autisme ou de troubles cognitifs faisaient également partie de l’essai » (cf. Autisme et genre : associations et praticiens alertent ; Genre : la « transition médicale » associée à une augmentation des suicides de mineurs).

Il a été démontré que les bloqueurs de puberté, sans avoir prouvé leur efficacité dans l’amélioration de la santé mentale, avaient pour effet de renforcer la perception d’un enfant qui déclare être transgenre (cf. Changement de genre chez les mineurs : l’impact des traitements hormonaux sur la dépression et le suicide reste inconnu). Ces traitements ont par ailleurs des effets néfastes pour le développement de son cerveau et la fertilité future.

Une intrusion dans l’intimité des mineurs

Les jeunes cobayes seront soumis à une évaluation régulière du fonctionnement de leur cerveau, cœur et système circulatoire. Les jeunes filles sont prévenues du fait qu’une grossesse les excluraient du protocole. Elles seront soumises à des tests réguliers et sont encouragées à utiliser des contraceptifs non-hormonaux. Les enfants et adolescents âgés de plus de 12 ans devront répondre à un questionnaire à propos de leur orientation sexuelle et de leurs éventuelles relations amoureuses et sexuelles.

L’annonce de l’étude randomisée a suscité une vive opposition de la part de personnalités transpartisanes et de centaines de médecins, à laquelle s’ajoutent une action en justice et une pétition signée par plus de 142.000 personnes.

Complément du 23/02/2026 : L’essai clinique a été suspendu après que l’autorité britannique de surveillance des médicaments a soulevé des « questions de sécurité ». L’Agence de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA) devrait s’entretenir la semaine prochaine avec le King’s College de Londres, dont les chercheurs mènent l’essai, afin de répondre à ces préoccupations, a déclaré le gouvernement.

[1] Sorte de « gouvernement bis » qui réunit les députés les plus influents du principal parti de l’opposition parlementaire

Sources de la synthèse de presse : The Telegraph, Michael Searles (12/02/26) ; BBC, Amy Walker et Alison Holt (21/02/2026)

lundi 16 février 2026

Les poursuites judiciaires contre les traitements de transition pour les mineurs pourraient prendre une ampleur considérable

Les poursuites judiciaires autour des traitements médicaux de transition pour les mineurs pourraient prendre une ampleur considérable

Une personne ayant renoncé à sa réassignation sexuelle s'est vu octroyer 2 millions de dollars. À mesure que les directives américaines évoluent, d'autres suivront.


Des milliers de jeunes filles américaines ont subi une mastectomie élective dans le cadre d'un traitement de transition sexuelle. Selon le Journal of the American Medical Association, entre 2016 et 2020, 3 215 mastectomies, 405 chirurgies génitales et 350 autres interventions liées au genre ont été pratiquées sur des personnes âgées de 12 à 18 ans des deux sexes ; le nombre réel est certainement plus élevé. Les partisans de ces interventions chez les mineurs affirment qu'elles peuvent soulager la détresse et même prévenir le suicide. Leurs détracteurs estiment que les preuves à l'appui sont peu probantes et prédisent une avalanche de poursuites pour faute professionnelle médicale.

Deux événements récents suggèrent que les médecins qui prescrivent des interventions irréversibles de transition à des adolescents auraient tout intérêt à prendre ces menaces de poursuite en justice au sérieux. Le premier événement est l'octroi d'une indemnité de 2 millions de dollars à une patiente de New York le 30 janvier dernier.

L'affaire concernait une femme appelée Fox Varian. Après une enfance difficile, au cours de laquelle ses parents se sont disputés sa garde, Mme Varian a commencé à souffrir de dépression et d'anxiété. Elle a également été diagnostiquée autiste. À l'âge de 15 ans, elle a commencé à s'identifier comme un garçon. Son psychologue aurait averti sa mère qu'elle risquait de se suicider si elle ne subissait pas l'opération.

En décembre 2019, à l'âge de 16 ans, Mme Varian a subi une double mastectomie. Loin de s'améliorer, sa santé mentale s'est détériorée. En 2022, elle a décidé de revenir sur sa transition. L'année suivante, elle a intenté un procès pour faute professionnelle médicale contre son psychologue et son chirurgien. Il s'agissait du premier procès devant un jury américain de ce type intenté par une personne ayant renoncé à sa transition. « J'avais 16 ans et j'étais vraiment, vraiment malade mentalement, c'est évident », a déclaré Mme Varian au tribunal, selon le Free Press. Le jury lui a accordé 1,6 million de dollars pour ses souffrances passées et futures et 400 000 dollars pour ses frais médicaux futurs.

Le deuxième avertissement est venu le 3 février, lorsque l'American Society of Plastic Surgeons (ASPS), qui représente plus de 90 % des professionnels de la chirurgie plastique aux États-Unis et au Canada, s'est prononcée contre les chirurgies liées au genre pour les patients de moins de 19 ans. Dans un communiqué, elle a invoqué « les limites en termes de qualité, de cohérence et de suivi des études, ainsi que les preuves émergentes de complications liées au traitement et de risques potentiels ».

Elle a également réitéré ses doutes quant à la fiabilité des directives cliniques existantes en matière de soins liés au genre aux États-Unis, soulignant qu'il n'existe pas de « preuves suffisantes » que les avantages l'emportent sur les inconvénients de la prescription d'hormones du sexe opposé ou de bloqueurs de puberté aux adolescents. Le traitement hormonal peut avoir des effets moins spectaculaires que la chirurgie, mais il peut également avoir des effets permanents, tels que la stérilité.

L'ASPS est la première association médicale américaine à adopter l'une de ces positions. Le lendemain, l'Association médicale américaine, qui représente plus de 250 000 médecins, a déclaré que « les preuves en faveur des interventions chirurgicales d'affirmation du genre chez les mineurs étant insuffisantes, l'AMA partage l'avis de l'ASPS selon lequel les interventions chirurgicales chez les mineurs devraient généralement être reportées jusqu'à l'âge adulte ».

Tout cela fait écho aux avertissements lancés dans certains pays européens. En 2024, un rapport commandé par le gouvernement britannique, connu sous le nom de Cass Review, a conclu que les preuves des avantages (et des inconvénients) des bloqueurs de puberté et des hormones sexuelles croisées sur les enfants et les adolescents étaient « remarquablement faibles ». Sous la présidence de Donald Trump, le département fédéral américain de la santé et des services sociaux a publié un rapport similaire, qui convenait que les preuves des avantages étaient fragiles et que le traitement soulevait de graves préoccupations éthiques.

Le sujet est politiquement sensible. De nombreux partisans de M. Trump tiennent des propos hostiles à l'égard des personnes transgenres, et plusieurs de ses décrets présidentiels visent les transgenres. Dans le même temps, certains progressistes américains rejettent le rapport du HHS simplement parce qu'il a été commandé par M. Trump. « De nombreux démocrates associent la restriction de la transition des adolescents au président Trump, ils doivent donc s'y opposer, même si les preuves des avantages de ces procédures sont clairement très peu convaincantes et que les inconvénients sont de plus en plus nombreux », explique Zhenya Abbruzzese, de l'ONG Society for Evidence-Based Gender Medicine.

En l'absence d'un service national de santé, la profession médicale américaine fixe ses propres normes. Les directives des associations médicales en sont un élément important. Plusieurs des plus importantes, dont l'American Academy of Paediatrics (AAP), continuent de soutenir la transition des adolescents. Le 4 février, le directeur de l'AAP, Andrew Racine, a déclaré que « ce sont les patients, leurs familles et leurs médecins, et non les politiciens, qui doivent décider ensemble des soins qui leur conviennent le mieux ».

Les Américains ont généralement tendance à faire confiance aux médecins, mais ils se méfient de ces procédures pour les enfants. Un sondage réalisé par le New York Times en 2025 a révélé que 90 % des républicains et 54 % des démocrates s'opposaient à l'administration de bloqueurs de puberté ou d'hormones du sexe opposé aux mineurs.

Les partisans de la transition des adolescents ont minimisé l'importance de l'affaire Varian, affirmant que les circonstances la rendaient peu pertinente pour d'autres procès liés à la détransition. Les détracteurs, en revanche, pensent que la semaine dernière pourrait marquer un tournant. Plus d'une vingtaine d'autres « détransitionneurs » ont intenté des poursuites judiciaires. Les observateurs estiment que les dommages-intérêts pourraient s'élever à plusieurs centaines de millions de dollars. « Je ne dirais pas que c'est la rupture du barrage, mais il est clair que de nouvelles fissures apparaissent », déclare Leor Sapir, coauteur du récent rapport du HHS.

Source : The Economist


mardi 28 octobre 2025

Médecine : la parité à sens unique

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les données récentes sur les effectifs en médecine au Québec, les femmes sont désormais largement majoritaires, tant dans les études que dans la pratique.

Parmi les médecins en activité, on compte environ 25 % de femmes de plus que d’hommes. Et dans les facultés, l’écart est encore plus marqué : les étudiantes sont deux fois plus nombreuses que leurs camarades masculins.


Autrement dit, la féminisation de la médecine n’est plus une tendance, mais un fait accompli. Dans les études de médecine, près de 67 % des étudiants sont des femmes, et ce déséquilibre se répercute naturellement sur la composition du corps médical.

Pourtant, ce basculement massif se déroule dans un silence assourdissant. Où sont donc passés les défenseurs de la « parité absolue » ? Ceux-là mêmes qui dénoncent avec vigueur la moindre inégalité numérique lorsqu’elle penche en faveur des hommes semblent bien discrets, cette fois.

Car si ces chiffres avaient été inversés, si deux tiers des étudiants en médecine étaient des hommes, on peut parier que les plateaux de télévision et les tribunes militantes auraient crié à l’injustice, au patriarcat, à la domination masculine, que des bourses spéciales seraient distribuées à des filles pour étudier en médecine.  Mais lorsque l’écart joue dans l’autre sens, c’est le calme plat.

Cette asymétrie de réaction interroge. Pourquoi la sous-représentation féminine en politique ou dans les conseils d’administration suscite-t-elle une indignation légitime, tandis que la sous-représentation masculine dans les facultés de médecine semble ne choquer personne ? La parité serait-elle à géométrie variable ?













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Université de Waterloo : chaire en mathématiques, hommes interdits de postuler

Canada — Administration centrale fédérale : 33 361 embauches en 2022-2023, 61 % de femmes et 31,3 % de non blancs

L’État se féminise et se « diversifie » (m à j) [Les femmes comptaient pour 59,5 % de l’effectif régulier de la fonction publique québécoise en mars 2021, comparativement à 58,6 % en mars 2017 et 55,6 % en 2007.]
 

UQAM : des hommes blancs refusés au nom de la diversité 

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Québec — 70 % des médecins seraient bientôt des femmes, « une bonne nouvelle »

vendredi 16 mai 2025

L'Algérie règle ses comptes avec la France et sacrifie la « langue du colonisateur »


À l’ombre de la crise diplomatique qui caractérise les relations entre Alger et Paris, la langue française perd de plus en plus du terrain. Malgré tout, elle tente de résister.

« C’est donc une décision judicieuse ! » Debout devant des étudiants de la Faculté de médecine de Béchar (Sud-Ouest) jeudi 24 avril, le président algérien Abdelmadjid Tebboune, entouré du ministre de l’Enseignement Supérieur, du chef d’État-Major de l’Armée le Général d’armée Said-Chengriha et d’autres responsables, s’est félicité d’une décision que son gouvernement avait prise quelques jours auparavant : à partir de la rentrée universitaire de septembre 2025, les filières médicales, jusque-là enseignées en français, seront désormais dispensées en anglais. Une des dernières digues qui entourent la langue de Molière en Algérie vient ainsi de tomber. Car si l’arabe et le berbère sont les deux langues officielles, beaucoup de filières sont encore enseignées en français. De moins en moins depuis quelques mois. Motif ? « Depuis 2022, tous les ouvrages que nous utilisons sont en anglais. Il n’y a pas d’autre solution que le passage à l’anglais, si nous voulons être au diapason des nouvelles technologies », a expliqué un enseignant au chef de l’État lors de la même visite.

Reconversion forcée des professeurs

Le remplacement du français par l’anglais dans les facultés de médecine est le dernier épisode de la démarche qui consiste à supprimer graduellement la langue française des enseignements universitaires. Rien que ces cinq dernières années, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a produit plusieurs circulaires dans ce sens. Cela a consisté d’abord à « obliger » les professeurs à se reconvertir à l’anglais depuis la rentrée universitaire 2022-2023. Des cours accélérés en langue de Shakespeare étaient prévus. Sans succès. « Après 37 ans d’enseignement en français, on m’oblige à dispenser des cours en anglais. Je préfère prendre ma retraite », nous confiait à l’époque un professeur de physique à l’Université des Sciences et technologies Houari-Boumediène, dans la proche banlieue d’Alger. Comme notre interlocuteur, beaucoup d’enseignants n’ont pas caché leur désarroi. Le projet est tombé à l’eau, mais il est sorti des tiroirs à chaque poussée de fièvre dans les relations algéro-françaises.

En plus de l’Université, le gouvernement algérien a décidé, à l’été 2023, d’introduire, dans la rentrée de septembre de la même année, l’anglais dès la troisième année du cycle primaire, ex aequo avec le français qui était jusque-là première langue étrangère. Les deux langues se partagent désormais le volume horaire hebdomadaire, qui diffère d’un niveau à un autre. Des professeurs d’anglais ont été recrutés et formés dans l’urgence. Et malgré la sonnette d’alarme des syndicats d’enseignants et des partis de l’opposition qui ont dénoncé une décision prise dans la précipitation, Abdelmadjid Tebboune, parfait francophone, a maintenu le cap. « L’école, c’est du temps long. Il faut planifier sur 20, 30 ans », avait par exemple dénoncé le sociologue Aissa Kadri qui a consacré une bonne partie de sa très longue carrière universitaire, menée autant en Algérie qu’en France, aux questions pédagogiques.

Du prestige, encore et toujours

L’école et l’Université ne sont pas les seuls espaces où la langue française est pourchassée. Dans l’espace public, de nombreux frontons d’établissements publics, civils et militaires, portent désormais des inscriptions en arabe et en berbère doublées de l’anglais, alors que jusque-là, c’est le français qui côtoyait les deux langues nationales. Puis, plus récemment, la compagnie de transport aérien, Air Algérie a supprimé la langue de Malraux de ses billets et la Société de distribution des eaux d’Alger, fondée initialement avec l’assistance de la française Suez avant d’être nationalisée, de ses factures. « Un manque de respect aux clients qui ne comprennent que le français », a posté le syndicaliste Nouredine Bouderba. Cette chasse au français est étendue à la musique puisque depuis le début des récentes crises diplomatiques entre les deux pays, les chansons françaises, très populaires dans le pays, sont quasiment bannies des radios d’État, dont l’une des chaînes les plus importantes parle… en français.

« La langue française est un butin de guerre ! À quoi bon un butin de guerre si l'on doit le jeter ou le restituer à son propriétaire dès la fin des hostilités ? » Cette phrase prononcée par le célèbre écrivain algérien Kateb Yacine a toujours sonné comme une parade aux nombreuses tentatives visant à évincer la langue de l’ancien colonisateur du pays. Car, depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, quasiment tous les gouvernements ont eu leur projet de remplacer cette langue par l’arabe, devenue certes au fil du temps celle de l’administration, de l’enseignement et de la majorité des filières des sciences humaines à l’université.

Mais les projets, idéologiques pour la plupart car répondant souvent à une revendication des courants conservateurs qui poussent des cris d’orfraie contre « une colonisation linguistique » de la langue française, ont souvent échoué. Des livres continuent d’être édités en Français, tout comme une bonne partie des journaux du pays. Des écoles privées continuent de dispenser des programmes français, y compris clandestinement et le nombre d’Algériens inscrits aux cours de langue français à l’Institut français d’Alger n’a jamais baissé, selon une responsable de cette institution qui confirme que le nombre a même augmenté en 2023. À l’Université, comme dans des pans entiers de l’économie tels que les banques, les impôts et les assurances, le français tient seul le haut du pavé et n’est pas près d’y descendre, ce qui permet aux cadres y travaillant de garder un prestige souvent envié. Un sursis, selon de nombreux observateurs.

Fait paradoxal, des figures de la classe politique algérienne, y compris parmi les pourfendeurs de la langue française, font des pieds et des mains pour inscrire leurs enfants dans la seule école française autorisée en Algérie !

(Notons que l'arabe est aussi la « langue du colonisateur »...) 
 
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mardi 18 février 2025

Enseigner la médecine en anglais au Québec ou comment payer deux fois plus cher pour un médecin

La pénurie de médecins au Québec est un problème sérieux dont la solution semble toujours nous échapper. Selon Yves Dugré, ex-président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, il manquerait 1000 médecins spécialistes au Québec. On observe le même scénario chez les omnipraticiens, où la pénurie est évaluée entre 800 et 1000 à travers le Québec.
 
La formation d’un médecin peut être grossièrement divisée en deux phases. La première, le diplôme de doctorat en médecine (le MD) est commune à tous les médecins. Des quotas stricts sont imposés aux universités quant au nombre d’étudiants québécois, canadiens et étrangers qui peuvent être admis annuellement dans chacune des facultés. Le tableau 2 montre la répartition des places d’études dans les facultés de médecine du Québec

La deuxième phase, qu’on peut considérer comme la spécialisation du médecin, «le post-MD», est d’une durée variable et peut avoir lieu dans une université autre que celle qui a décerné le diplôme MD. La proportion de places d’études pour les résidents hors-Québec n’est pas réglementée au post-MD.
 
Donc, dès l’obtention de leur doctorat (le MD), certains étudiants iront poursuivre leurs études ailleurs qu’au Québec. 
 

Rappelons que McGill forme ses étudiants en anglais et que la proportion d’étudiants étrangers au MD est relativement faible (sous la barre des 15%) et que, par conséquent, l’exode mcgillois après le MD est largement imputable aux étudiants québécois.  

Afin de compenser pour cet exode, l’université McGill doit recruter massivement dans le Canada anglais et à l’étranger des médecins qui viendront compléter leur post-MD au sein du MUHC. Nous verrons plus bas que ceux-ci n’ont pas tendance à s’installer au Québec une fois leurs études terminées.

Afin de compenser pour cet exode, l’université McGill doit recruter massivement dans le Canada anglais et à l’étranger des médecins qui viendront compléter leur post-MD au sein du MUHC. Nous verrons plus bas que ceux-ci n’ont pas tendance à s’installer au Québec une fois leurs études terminées.

Départs après la formation post-MD

Une fois leur spécialisation complétée, les nouveaux médecins doivent décider de leur lieu de pratique. Ont-ils plus tendance à s’installer au Québec à la fin de leur spécialisation? 

Alors que le taux d’exode des universités de langue française oscille entre 5 et 15%, celui de McGill avoisine encore les 50%. Lorsqu’on compare le taux d’exode après 2 et 5 ans, on constate que les médecins qui quittent, principalement pour l’Ontario et les États-Unis, ont peu tendance à revenir pratiquer au Québec.

 
En chiffres absolus, on voit que 550 étudiants de l’université McGill ont quitté le Québec sur dix ans, ce qui représente plus de 63% de tous les départs. Une seule université (celle qui forme des médecins en anglais) est donc responsable de près des deux tiers de l’exode des médecins au Québec.
 
La formation d’un médecin coûte au bas mot plus de 150 000$ aux contribuables québécois. Pourtant, loin d’y voir un problème, le doyen de la faculté de médecine de McGill, M. Abraham Fuks, se félicitait récemment du fait que McGill était en mesure de former des étudiants francophones exceptionnels qui désiraient faire carrière aux États-Unis et ainsi faciliter leur transition.
 
 Cette tendance à l’exode des diplômés en médecine de McGill est aussi présente dans des domaines connexes; des programmes de formation en physique médicale ont été créés au CHUQ (Hôtel-Dieu de Québec) et au CHUM (Université de Montréal). La raison invoquée? Une pénurie actuelle et future de spécialistes diplômés en physique médicale capables d’œuvrer en milieu hospitalier. Les physiciens médicaux, pour la plupart, travaillent dans les centres de radio-oncologie à calculer les doses de radiation nécessaires pour traiter les tumeurs cancéreuses. Le taux de rétention de diplômés du programme de McGill ne dépassant pas les 30%, le gouvernement du Québec a été forcé de créer au CHUQ et au CHUM des programmes en langue française pour fournir les hôpitaux en personnel qualifié.


Il est temps de se questionner sur la place que doit occuper la faculté de médecine de McGill au Québec. Avec une si piètre performance, devrait-on continuer de lui allouer entre 20 et 25% des quotas au diplôme MD alors que l’Université de Montréal, avec 1,5 fois plus de quotas, forme 4 fois plus de médecins qui pratiquent au Québec? Est-il normal d’investir massivement dans les hôpitaux du MUHC (McGill University Health Centre) où seront formés environ 30% des stagiaires post-MD Québécois, dont plus de la moitié quitteront le Québec? Est-il logique de construire deux méga-hôpitaux, un pour McGill et un pour Montréal, et ainsi séparer les fonds en deux parts égales? Le Québec est-il si riche qu’il doit bénévolement former des médecins pour l’Ontario et les États-Unis?
 
Source : L'Action nationale
 

vendredi 29 novembre 2024

Inde — Le scandale de la triche organisée des examens d'État

Imaginez que le baccalauréat ou les examens d’État soient volés et vendus.

C’est exactement ce qui se passe en Inde, où un réseau criminel a divulgué pendant des années les questions des examens gouvernementaux.

Dans un cas, un médecin a physiquement volé des questions d’examen dans un entrepôt et les a vendues.

Au cours des cinq dernières années, pas moins de 40 examens dans 15 États ont été divulgués, ce qui a affecté 14 millions de personnes, dont beaucoup étaient en lice pour des emplois gouvernementaux qui allaient changer leur vie.

Lors d’un examen récent, 5 millions de candidats se sont battus pour 60 000 postes à peine, avant de découvrir que l’examen était truqué, ce qui les a obligés à le repasser. Voir ci-dessous pour les détails révélés par le New York Times.


L’appel retentit : il fallait y aller. Le médecin se précipita à l’aéroport pour une opération de minuit à des centaines de kilomètres de là, dans l’ouest de l’Inde.

Mais cette mission n’avait pas pour but de sauver des vies. Le médecin transportait un tournevis, une pince, une lame et un téléphone cellulaire — des outils pour un casse. Sa cible était quelque chose dont la valeur dépasse celle de l’or dans la course effrénée aux emplois publics et aux stages universitaires en Inde : les sujets de l’examen d’agent de police.

Après avoir atterri dans la ville d’Ahmedabad, le médecin, Shubham Mandal, a été conduit en toute hâte dans un entrepôt de fret situé à la périphérie de la ville, selon des documents de la police et des entretiens menés par le New York Times avec l’enquêteur principal. Pour éviter les caméras de surveillance, le docteur Mandal est entré par une fenêtre arrière dans une pièce remplie de caisses. C’est là, selon la police, qu’il a ouvert une boîte portant la mention « confidentiel » et en a sorti une enveloppe.

Il a utilisé l’appareil photo de son téléphone pour photographier chaque page à l’intérieur avant de recoller l’enveloppe et de refermer à clé la boîte. Il a répété l’exercice au moins une fois dans les nuits qui ont suivi, au fur et à mesure que de nouveaux documents arrivaient à l’entrepôt en provenance de l’imprimerie, pendant qu’il séjournait dans un hôtel une étoile situé à proximité. Chaque fois, trois hommes attendaient dans une voiture, dont, selon la police, le cerveau du cambriolage, Ravi Atri.

M. Atri se considérait à la fois comme un criminel et un Robin des Bois. Il avait passé cinq fois l’examen national d’entrée à l’école de médecine, qu’il avait finalement réussi, mais n’était jamais devenu médecin. Au lieu de cela, il s’est tourné vers le vol d’examens pour aider les autres.

Étudiants se préparent à un examen de la fonction publique dans un parc de Delhi


Sa bande et lui ne reculaient devant aucune tâche. Selon la police, il avait déjà participé à la fuite de sujets d’examen pour des postes d’infirmières, de banquiers, d’enseignants et des places dans des instituts professionnels, et avait été emprisonné au moins deux fois.

L’examen d’agent de police, sa dernière proie, était organisé en février de cette année à près de cinq millions de candidats postulant à 60 000 postes vacants dans l’État d’Uttar Pradesh, au nord du pays, où M. Atri est domicilié. Un nouvel agent est payé environ 400 dollars par mois. Mais même les emplois gouvernementaux les moins bien payés en Inde sont convoités pour leur stabilité, et les candidats endurent des mois d’études exténuantes dans des centres de formation coûteux pour se préparer aux examens qui déterminent l’embauche.

M. Atri offrait un coup de pouce. Et maintenant, avec l’examen d’agent de police entre les mains, la course était lancée. M. Atri a envoyé le signal à son vaste réseau de correspondants locaux dans l’Uttar Pradesh. Ils avaient déjà réservé une grande salle de restaurant et une station balnéaire luxuriante où des milliers de ses clients seraient transportés par autocar pour suivre un cours accéléré consacré aux réponses.

Il ne leur restait plus qu’à éviter de se faire prendre.

« Si cela fonctionne, vous gagnerez tellement d’argent que vous n’aurez plus besoin de faire quoi que ce soit d’autre dans votre vie », a déclaré M. Atri à l’un des ouvriers de l’entrepôt dont il avait patiemment appris à connaître pour obtenir l’accès à l’examen, selon un rapport de police. « Et vous obtiendrez également un emploi dans la fonction publique ».

Un énorme déséquilibre

M. Atri et ses semblables tirent parti de ce qui est depuis longtemps un problème structurel de l’économie indienne : trop de jeunes gens instruits pour trop peu d’emplois.

L’économie indienne est l’une des plus dynamiques au monde. Mais une grande partie de cette croissance provient du secteur des services, qui ne génère pas suffisamment d’emplois pour l’énorme population en âge de travailler du pays. La part de l’industrie manufacturière à forte intensité de main-d’œuvre dans l’économie s’est réduite comme peau de chagrin avant même d’avoir eu la possibilité de faire de l’Inde une nation développée. Près de la moitié des Indiens travaillent encore à la ferme et la grande majorité des emplois privés en Inde sont informels.
 

Un quartier de Delhi avec de nombreux centres d’études

C’est pourquoi les emplois gouvernementaux sont très prisés. L’année dernière, 1,3 million de personnes ont postulé pour 1 000 places dans la prestigieuse fonction publique du gouvernement central. Les journaux publient fréquemment des articles sur un grand nombre de personnes titulaires de diplômes de haut niveau qui se disputent des emplois subalternes tels que balayeur ou « péon ».

L’attribution des emplois sur la base des résultats des examens donne un sentiment d’équité. Mais avec une concurrence aussi féroce, la tentation de chercher des raccourcis peut être forte.

Certains candidats, tout en passant de longues heures dans des groupes d’étude, gardent également un œil sur des figures de l’ombre qui proposent l’accès aux sujets des examens. Ils échangent leurs numéros de téléphone avec des intermédiaires locaux, négocient des prix provisoires, souvent de l’ordre de centaines de dollars ou plus, et prient pour que le stratagème réussisse.

« Lorsque quatre millions d’étudiants se préparent à un examen, la moitié d’entre eux tentent également d’obtenir les sujets à l’avance - pas seulement eux, mais aussi leurs parents, leurs grands-parents, tout le monde », a déclaré Brijesh Kumar Singh, un officier de police supérieur de la ville de Meerut, dans l’Uttar Pradesh, qui enquête sur le crime organisé, et qui consacre une grande partie de son temps aux gangs qui recherchent des fuites d’examens.

Une enquête menée par l’un des plus grands journaux indiens, The Indian Express, a révélé que plus de 40 examens avaient été compromis par des fuites au cours des cinq dernières années, affectant 14 millions de candidats dans 15 États.

Cette année, l’examen national de sélection pour les écoles de médecine a fait l’objet de nombreuses interrogations après qu’un nombre inhabituel de deux millions de candidats ont obtenu des notes parfaites. Alors que le gouvernement tentait de limiter les retombées de cette affaire, il a annulé un examen national pour l’obtention de bourses d’études supérieures et de postes subalternes dans les universités en raison d’une fuite.

Des manifestants campèrent devant le domicile du ministre de l’Éducation à New Delhi. La colère n’a fait que croître lorsque deux jeunes hommes qui se préparaient à un examen se sont noyés dans la cave d’un centre d’études, les rues ayant été inondées à la suite des pluies de la nuit.
« Nous travaillons dur depuis plusieurs années et les étudiants riches profitent du système en dépensant de l’argent », a déclaré Harsh Dubey, 22 ans, qui tentait de passer le test d’entrée à l’école de médecine depuis quatre ans, lors d’une manifestation à Delhi.

Un système pyramidal

Des aspirants policiers se préparent aux examens à Meerut en août

M. Atri avait à une époque espéré réussir à l’ancienne.

Après avoir terminé ses études secondaires, il a fait ses valises dans l’Uttar Pradesh et est parti pour Kota, une petite ville du Rajasthan connue dans toute l’Inde pour ses centaines de centres de préparation aux examens qui brassent des centaines de millions de dollars par an.

Mais comme il ne cessait d’échouer au test d’entrée à l’école de médecine (après avoir réussi l’examen, il n’a pas terminé ses études de médecine), il a commencé à se concentrer davantage sur l’industrie des examens elle-même et moins sur le travail auquel l’examen pouvait mener.

Personnel de police vérifiant les données d’identification des personnes attendant de passer l’examen de police à Meerut

À l’autre extrémité du spectre, dans des milliers de petites villes dotées de leurs propres mini-Kotas, on trouve des tuteurs aux nombreux adeptes, ainsi que des gérants de « bibliothèques » où les gens peuvent payer pour un bureau et étudier jusqu’à tard dans la nuit.

M. Atri a d’abord proposé ses services en tant que « solutionneur », c’est-à-dire qu’il passait des examens pour d’autres personnes. Plus tard, il s’est lancé dans le commerce de gros du vol d’examens, selon les autorités.

À l’époque où il a commencé, un scandale lié aux examens dans l’État du Madhya Pradesh en 2015 a clairement montré à quel point ce trafic était lucratif, des milliards de dollars de pots-de-vin ayant été attribués à des politiciens, à des gangs criminels et à d’autres personnes.

M. Singh, policier à Meerut, a expliqué les irrégularités en matière d’examens comme un modèle pyramidal. Au sommet se trouve l’auteur de la fuite. Au-dessous de lui se trouvent les intermédiaires. Ils travaillent avec des représentants au niveau des villages, qui recrutent des clients.

Avant le vol des sujets de l’examen pour devenir agent de police, M. Atri avait été présenté au Dr Mandal, qui, selon la police, est devenu son voleur à gages.

Son histoire est similaire à celle de M. Atri : tout en poursuivant ses études de médecine, qu’il a menées à bien en 2021, Le Dr Mandal a gardé un pied dans le monde lucratif des fuites d’examens. Il a fini par se faire connaître dans les milieux du vol d’examens pour ses compétences précises en matière d’ouverture de boîtes. Il a été emprisonné en 2017 pour avoir contribué à la fuite d’un examen de médecine, selon les dossiers de la police.

Cette année, alors que le Dr Mandal travaillait dans une clinique de l’État du Bihar, M. Atri l’a mis en attente. Si M. Atri entendait parler d’un envoi de sujets d’examen par l’une des personnes qu’il avait mandatées le long de la chaîne d’approvisionnement, le Dr Mandal recevait un appel.

Un tour supplémentaire

L’appel pour le contrat d’Ahmedabad avait été lancé, les clients de M. Atri avaient passé l’examen de policier — et le Dr Mandal voulait son argent.

Mais il y avait un hic : après l’examen, on a appris que les questions avaient fait l’objet d’une fuite.

Cela ne signifiait pas pour autant que le Dr Mandal, qui, selon la police, s’était vu promettre un paiement final d’environ 20 000 dollars pour avoir volé l’examen, ne serait pas dédommagé. Selon l’accord conclu avec M. Atri, il serait payé tant que les résultats de l’examen ne seraient pas annulés. Cela n’arrive généralement que lorsqu’une fuite est avérée.

C’était le cas ; les résultats ont été annulés. M. Atri a cessé de répondre aux appels du Dr Mandal.

Le réseau de M. Atri a été démantelé grâce à un travail de routine de la police. En enquêtant sur une autre affaire de fuite, la police a trouvé des preuves de la divulgation des sujets de l’examen de policier.
La police a essentiellement remonté la filière du bas de la pyramide jusqu’au sommet, en remontant la chaîne de la fuite depuis un représentant villageois jusqu’à M. Atri et M. Mandal.

« Nous avons trouvé sur leur téléphone les épreuves de l’examen d’agent de police de l’Uttar Pradesh — et lorsque nous avons vérifié la date, c’était avant l’examen », a déclaré M. Singh, qui était l’enquêteur en chef de l’affaire.

Les autorités de l’Uttar Pradesh ont déclaré qu’il y aurait un nouvel examen avec des questions différentes — cette fois-ci, un examen plus sécurisé. Une nouvelle fuite serait une humiliation.

Six mois après la première épreuve, à la fin du mois d’août, des millions de candidats ont à nouveau afflué dans les villes pour passer l’examen. Aux arrêts de bus et dans les gares, c’était le chaos.

À Meerut, les quais de gare étaient bondés de gens qui s’installaient confortablement pour la nuit. La gare routière voisine était envahie de jeunes portant des sacs à dos. Alors qu’ils s’apprêtaient à dormir sur le trottoir, certains regardaient des vidéos YouTube en accéléré de professeurs donnant des cours devant un tableau blanc.

Des millions de candidats ont dû se déplacer pour repasser l’examen d’agent de police dans l’État d’Uttar Pradesh en août

Le jour du nouvel examen, un nouveau policier nommé Raghvendra Kumar Mishra a eu la difficile tâche de s’assurer que tout se passait bien à Meerut. La fourrière de motos confisquées devant son bureau évoquait son travail habituel : il est chargé de la circulation dans la ville.

Son grand bureau avait été transformé en salle de crise. Une demi-douzaine d’officiers regardaient les images des 36 centres où se déroulait l’examen.

Dans l’un des centres d’examen, des policiers vérifiaient les documents alors qu’une file d’étudiants se frayait un chemin sous un panneau publicitaire vantant les mérites d’un tonique capillaire contre la calvitie.

« Seuls les stylos sont autorisés », annonce un policier dans un mégaphone. « Chaussures à la main à l’entrée. Les ceintures sont interdites à l’intérieur. Les bijoux sont interdits. Les manches ne doivent pas être repliées. »

Parmi les candidats se trouvait Subhash Gupta, 24 ans, venu du centre de l’Inde pour passer le concours pour la deuxième fois, en plus d’essayer tous les concours qu’il pouvait passer dans son État d’origine. Lui et son frère jumeau, qui travaillait à temps partiel comme tuteur, avaient quitté leur village avec une seule idée en tête : trouver un emploi dans la fonction publique, n’importe où et à n’importe quel prix.

Lorsqu’il a quitté la salle d’examen en début d’après-midi, il a déclaré avoir réussi à répondre à 138 questions sur 150. Les questions de mathématiques étaient faciles, mais son point faible était la culture générale.

Avant de monter dans un bus pour rejoindre son jumeau, qui passait le même examen dans un autre district, il a résumé les raisons pour lesquelles il tenait absolument à obtenir un emploi dans la fonction publique.

« La mentalité est telle dans la société que seul celui qui décroche un emploi gouvernemental est considéré comme ayant réussi », a-t-il déclaré.

M. Atri et le Dr Mandal, les hommes qui, selon la police, ont forcé des millions de personnes à repasser l’examen de policier, ont tous deux été arrêtés dans cette affaire. M. Atri est actuellement en prison, dans l’attente de son procès. Ses avocats ont fait valoir qu’il avait été faussement impliqué. Le Dr Mandal a été libéré sous caution.

Le père de M. Atri, Gorakh Singh, l’a décrit comme un travailleur acharné, affirmant qu’il restait debout toute la nuit à étudier des livres pendant ses années d’études. « Il est peut-être un malfaiteur pour la police, a déclaré son père, mais pas pour nous. »

Il a déclaré que les frais de justice de son fils avaient ramené la famille 10 à 15 ans en arrière. Si son fils est effectivement dans son tort, il préférerait que le gouvernement l’achève lors d’une « rencontre » — un assassinat extrajudiciaire par la police.

« Nous pleurerions pendant dix jours, puis nous reprendrions nos activités quotidiennes », a-t-il déclaré. « Notre persécution prendrait fin ».

Voyage en autocar vers un centre d’examens à Meerut

Source : New York Times

mercredi 23 octobre 2024

Toronto — La nouvelle faculté de médecine réservera 75 % de ses places aux autochtones, aux Noirs et aux 2SLGBTQ+

La toute nouvelle faculté de médecine du Canada sélectionnera les étudiants non pas en fonction de leurs compétences, mais de leur identité. Comme si le système de santé canadien n’était pas déjà assez mauvais.

La faculté, qui ouvrira ses portes à l’automne prochain à l’Université métropolitaine de Toronto (TMU), réservera 75 % de ses places aux autochtones, aux Noirs et à d’autres groupes « méritant l’équité », y compris les 2SLGBTQ+. Ces étudiants devront avoir une moyenne générale de seulement 3,3 sur une échelle de 4 points, voire moins. À titre de comparaison, la moyenne générale acceptée par l’école de médecine de l’Université de Toronto est de 3,95. Les étudiants blancs hétérosexuels valides ne peuvent pas postuler pour ces places. C’est la faculté de discrimination négative de la TMU pour les médecins qui ne seront pas admis en fonction de leurs mérites. Au Canada, la discrimination raciale et sexuelle est désormais totale. Comment en sommes-nous arrivés là ? La Cour suprême du Canada y est pour beaucoup.

 
L’année dernière, la Cour suprême des États-Unis a mis fin aux admissions fondées sur la race dans les universités américaines. L’université de Harvard, entre autres, préférait les étudiants noirs et bruns aux étudiants asiatiques et blancs au nom de la « diversité ». La Cour a déclaré que cette pratique violait la clause d’égale protection de la Constitution américaine. L’égalité de protection « ne peut signifier une chose lorsqu’elle est appliquée à un individu et quelque chose d’autre lorsqu’elle est appliquée à une personne d’une autre couleur ». Aux États-Unis, l’égalité de traitement devant la loi est une exigence constitutionnelle.

Mais pas au Canada. La Charte canadienne des droits et libertés stipule à son article 15 (1) que “la loi ne fait acception de personne et s’applique également à tous, et tous ont droit à la même protection et au même bénéfice de la loi, indépendamment de toute discrimination […]”. Cependant, la Cour suprême du Canada a longtemps insisté sur le fait que cette clause ne signifiait pas l’égalité de traitement, mais l’équité.

L’équité, également connue sous le nom d’“égalité réelle” ou d’“égalité de résultat”, consiste à traiter différemment des groupes différents. Il s’agit d’appliquer des normes et d’accorder des droits pour compenser les avantages, les désavantages, les forces et les faiblesses perçus. L’équité est un droit accordé non pas aux individus en tant que tels, mais aux membres des groupes.

L’égalité de traitement et l’équité sont des notions antinomiques. La loi ne peut pas appliquer les mêmes lois et normes à tout le monde et les adapter en fonction du groupe. Comme l’a déclaré Friedrich Hayek, “du fait que les gens sont très différents, il s’ensuit que, si nous les traitons de manière égale, il doit en résulter une inégalité dans leur situation réelle, et que la seule manière de les placer dans une situation d’égalité serait de les traiter différemment”. L’égalité devant la loi et l’égalité matérielle ne sont donc pas seulement différentes, mais elles entrent en conflit l’une avec l’autre ; nous pouvons réaliser l’une ou l’autre, mais pas les deux en même temps.

Que s’est-il passé ? Ce n’est qu’en 1989 que la Cour suprême du Canada a rendu sa première décision sur la base de la disposition relative à l’égalité, l’article 15 (1). Dans l’intervalle, le gouvernement fédéral a créé une Commission royale sur l’égalité en matière d’emploi, également connue sous le nom de Commission Abella, du nom de sa commissaire Rosalie Abella. Abella, aujourd’hui à la retraite, deviendra plus tard la juge la plus activiste (à gauche) de la Cour. Le rapport de la commission, publié en 1984, préconisait des politiques d’équité en matière d’emploi au sein du gouvernement fédéral et des entreprises sous réglementation fédérale. Il déboucha sur l’adoption de la loi fédérale sur l’équité en matière d’emploi en 1986, qui imposait des programmes de discrimination négative accordant la préférence aux candidats de certains groupes par rapport à d’autres.

La loi ne fixait pas l’interprétation de la Charte par la Cour suprême, mais elle venait d’être mise en place lorsque la Cour suprême a entendu l’affaire David Mark Andrews, citoyen britannique et résident permanent du Canada, avocat agréé, qui contestait l’obligation faite par la Colombie-Britannique aux avocats d’être des citoyens canadiens. Dans sa décision de 1989, la Cour a annulé cette exigence. Le juge William McIntyre a écrit : “… une loi qui traite tout le monde de manière identique et qui assure l’égalité de traitement entre ‘A’ et ‘B’ pourrait bien entraîner une inégalité pour ‘C’, en fonction des différences de caractéristiques et de situations personnelles. Pour s’approcher de l’idéal d’une pleine égalité devant et en vertu de la loi, la principale considération doit être l’impact de la loi sur l’individu ou le groupe concerné…”

Depuis, la Cour n’a cessé d’insister sur l’équité. Contrairement à la Constitution américaine, la Charte contient une exception à sa garantie d’égalité. L’article 15 (2) autorise les programmes de discrimination négative à l’encontre des membres de certains groupes afin de favoriser le sort d’autres groupes. Il devait s’agir d’une exception, mais la Cour suprême en a fait la règle générale.

Au Canada, la Charte ne s’applique peut-être même pas aux politiques d’admission des universités (car les universités ne relèvent pas de l’État), mais les codes des droits de l’homme, eux, s’appliquent. Tout comme l’article 15 (1) de la Charte, les codes des droits de l’homme promettent un droit à l’égalité de traitement. Mais conformément à la jurisprudence de la Cour suprême en matière d’égalité, les droits de l’homme en sont venus à signifier également l’équité. En 2022, le Tribunal des droits de l’homme de l’Ontario a déclaré que les Blancs ne pouvaient pas se plaindre de discrimination. “Une allégation de discrimination raciale ou de discrimination fondée sur la couleur, écrit-il, n’est pas une allégation qui peut être ou a été revendiquée avec succès par des personnes blanches et non racialisées”.

Grâce à la Cour suprême, les droits à l’égalité sont devenus des armes brandies par des groupes privilégiés pour obtenir un assouplissement des critères et des retombées plus avantageuses pour ces mêmes groupes. Au Canada, certaines personnes sont plus égales que d’autres. Souvenez-vous-en la prochaine fois que vous attendrez de voir votre médecin fraichement diplômé.

Source : National Post

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