Nouveau sketch des Films à l’arrache : "Joyeux Noël ou joyeux solstice d’hiver ?" pic.twitter.com/Y06GV5tcY2
— firode laurent (@FirodeLaurent) December 25, 2025
Emirates un joyeux Noël
Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
Nouveau sketch des Films à l’arrache : "Joyeux Noël ou joyeux solstice d’hiver ?" pic.twitter.com/Y06GV5tcY2
— firode laurent (@FirodeLaurent) December 25, 2025
![]() |
| Le maire de Béziers, Robert Ménard, a inauguré sa deuxième crèche de Noël depuis son élection, objet régulier d'attaques en justice au nom d'un principe de laïcité étriquée |
France — « L’école laïque, gratuite et obligatoire » constitue un mythe fondateur
Mythe — C’est grâce à la République que l’enseignement est devenu obligatoire, public et gratuit (mais le laïc obligatoire, c’est vrai)
« La France est-elle encore chrétienne ? »
Vandalisme antichrétien en forte hausse en France et en Allemagne : l'inquiétude grandit
Mise à jour du 29 novembre
La crèche de la Grand-Place fait de nouveau parler d’elle. Après plusieurs jours de polémique autour de son esthétique, un nouvel incident est venu s’ajouter au débat. Selon la RTBF, le petit Jésus de l’installation a été vandalisé, la figurine a été décapitée et l’auteur des faits est parti avec la tête.
La crèche contemporaine, intitulée Les Étoffes de la Nativité, utilise des silhouettes textiles dont les visages sont constitués de boules de tissu. C’est précisément cette boule de chiffon, qui servait de tête au petit Jésus, qui a été arrachée et emportée.
Contactée par nos confrères, la Ville de Bruxelles confirme l’incident. “C’est la boule de chiffon qui faisait office de tête du petit Jésus qui a été volée. On est en train de la remplacer”, indique Victor Kanyanzira, porte-parole du bourgmestre Philippe Close.
Billet du 27 novembre
Noël charia-compatible sur la Grand-Place à Bruxelles.
— Florence Bergeaud-Blackler 🎓 (@FBBlackler) November 27, 2025
(à gauche la crèche, à droite image d’un livre islamique pour enfant).#dhimmitude pic.twitter.com/qiFopnpr1N
Le muezzin chante, les cloches d’une église voisine tintent. Quelques coups de feu s’entendent au loin, rafales d’enthousiasme ou règlements de comptes : personne ne réagit. Ces dernières semaines, une ferveur inédite habite le pays. Les rassemblements ne sont plus réprimés par les armes, les enfants, les femmes, les vieillards se prennent en photo sur les ronds-points, avec des drapeaux, des rebelles, des kalachnikovs, dans toutes les positions, voilées ou pas, en jean mince ou en treillis.
FLEUR D’ORANGER
Chaque matin, au lever du jour, une soixantaine de fidèles se pressent vers la messe de l’une des églises du quartier de Tabbalé. Devant, un menuisier funéraire au visage blanchi astique un cercueil. Les effluves de fleur d’oranger de la boulangerie voisine flottent dans la rue. « Dommage de mourir sans avoir vu la Syrie renaître, marmonne-t-il en nettoyant la croix qui surmonte la planche de bois. Ces quinze dernières années ont été une descente en enfer pour nous tous. Pas d’argent, pas de paix, pas d’espoir. » Les morts dont on a retrouvé les restes dans les charniers autour des prisons vont désormais pouvoir être enterrés. Le combat pour la liberté ou la justice qui les a tués semble enfin avoir porté ses fruits. « C’est un signe, clame un paroissien melkite à l’air rusé. Bachar a fui le jour où Notre-Dame de Paris rouvrait, et où on fêtait l’Immaculée Conception. »
All'Angelus, recitato dalla cappella di Casa Santa Marta e trasmesso sui maxischermi in Piazza San Pietro, Papa Francesco è tornato a parlare di Gaza: “Con dolore penso a tanta crudeltà, ai bambini mitragliati, ai bombardamenti su scuole e ospedali” pic.twitter.com/L7um56LD9l
— Tg3 (@Tg3web) December 22, 2024
Lors de l’Angélus, récité depuis la chapelle de la Casa Santa Marta et retransmis sur les écrans géants de la place Saint-Pierre, le pape François a de nouveau parlé de Gaza : « Je pense avec douleur à tant de cruauté, aux enfants mitraillés, aux bombardements d’écoles et d’hôpitaux »
ÈRE NOUVELLE
Près du grand sapin de Noël illuminé entre deux coupures de courant, trois jeunes garçons s’exclament : « Bachar s’est envolé ! Bachar s’est envolé ! » en mimant des ailes avec leurs bras. Le soulagement qui se perçoit depuis deux semaines dans le pays augure une renaissance propre à l’esprit de Noël. Dans ce pays épuisé par treize ans de guerre civile, hanté par la disparition de près de 150 000 personnes, la mort de 500 000 autres et le départ de 6 millions de Syriens en exil, une timide dynamique point. Après un demi-siècle de tyrannie politique, sous le soleil hivernal orangé qui éclairait déjà Jésus de Nazareth, né à 225 kilomètres de là, une ère s’ouvre. « Bachar est parti avec sa famille en emportant tout l’argent de notre pays. Il nous a trahis. C’est un médiocre », marmonne Maha, en baissant la voix par réflexe quand elle aborde un sujet politique. Dans la rue qui mène au sanctuaire de la conversion de saint Paul, les murs ont-ils toujours des oreilles ?
![]() |
| Bombardé par les Israéliens… |
Une famille ressort de sa voiture pour nous parler. Le fils, chirurgien-dentiste âgé de 27 ans, se rend à la messe chaque jour. Il professe sa foi devant ses parents et sa sœur, dont les grands yeux noirs sont maquillés de khôl : « Nous sommes entre les mains de Dieu. Plus que jamais. On ne pense pas à demain. Il faut lui faire confiance, lui seul sait où nous mener. » Les quatre membres de cette famille prennent soin, dans leurs réponses, d’associer leur sort de chrétiens à celui de leurs amis musulmans. C’est une ascèse, et un pli hérité du régime laïc qui plaçait l’adhésion à la nation au-dessus de l’appartenance religieuse. Ici, depuis un demi-siècle, les écoles ont intégré des élèves de toutes les confessions, permettant aux générations de se familiariser entre elles. Les congrégations chrétiennes ont contribué à ce legs que la Syrie partage avec le Liban voisin : financées par leur ordre et par des associations d’Église, comme l’Œuvre d’Orient, les écoles sont restées abordables et ouvertes au plus grand nombre d’élèves musulmans. En Syrie, depuis la nationalisation de l’enseignement en 1969 par Hafez el-Assad, on dénombre encore une trentaine d’écoles privées confessionnelles chrétiennes. Depuis quinze ans, toutefois, le niveau scolaire s’est effondré et de nombreux enfants sont déscolarisés. Au Liban, le taux est inverse : 320 écoles chrétiennes scolarisent 20 % des élèves libanais.
BAB TOUMA DÉSERTÉ
![]() |
| L’horreur des Noëls nordiques d’antan : patriarcaux, traditionnels, familiaux et religieux. |
![]() |
| Messe de minuit |
![]() |
| L’horreur des Noëls nordiques d’antan (suite) |
Selon le président Antonello Giannelli de l’association nationale des directeurs d’école : « Nous devons certes tenir compte des traditions du pays, mais les imposer par la loi est déplacé. Cependant, il y aura un moyen, dans le débat parlementaire, d’évaluer ce qu’il faut faire ». En résumé, les chefs d’établissement jugent inacceptable l’idée de vouloir protéger les crèches par une mesure qui prévoit, entre autres, des sanctions pour les responsables en cas de non-respect de la loi.
Jésus devient Coucou dans une pièce de Noël
Ce projet de loi est présenté alors qu’une polémique enfle sur les réseaux sociaux et aux nouvelles (par exemple le 20 heures de la chaîne TG5). Une pièce de Noël d’une école d’Agna, dans la province de Padoue (nord-est de l’Italie) qui a fait disparaître Jésus et l’a transformé en « Coucou » dans le texte, suscite une vive controverse en Vénétie, y compris parmi les hommes politiques. Le président de cette région, Luca Zaia, est également intervenu, déclarant : « L’inclusion doit reconnaître l’identité dans le respect mutuel ».
Sur les réseaux sociaux, le texte de la pièce de théâtre de Noël de l’école Agna a été diffusé avec des modifications et la suppression de références catholiques. Dans le détail, le changement le plus évident est celui concernant la phrase « Jésus est sur le point de naître », qui a été remplacée par « d’en haut fait le coucou ». Un autre changement concerne la phrase « où les anges préparent le Noël de Jésus », qui a été remplacée par « tous ensemble préparent une fête dans le ciel bleu ». D’autres changements ont été apportés et les mots « anges » ont été remplacés. Enfin, la phrase « heureux de jouer avec Jésus » est devenue « heureux de jouer et de faire la fête ».
Un autre texte a été modifié, il s'agit d'une chanson intitulée « Un don, un cadeau ». Dans le texte original, on trouve ce passage : « Les dons sont des choses que Dieu donne avec plaisir ». Un trait de plume et le texte est devenu : « Les dons sont des choses que nous recevons tous avec plaisir ».
Les deux chansons, paroles et musique, sont de Jose Angel Ramirez, le professeur de musique de l'école, qui n'a pas bien pris l'incident. Interrogé, comme l'ont rapporté plusieurs journaux en ligne, il a déclaré qu'il avait été « bouleversé » par ces changements et qu'il n'était au courant de rien. Il ne l'a appris qu'aujourd'hui, le jour où les enfants devaient présenter le spectacle de Noël. Le spectacle a toutefois connu un certain nombre de défections, car le changement opéré par les enseignants a suscité la colère de nombreux parents, et certains ont décidé, en signe de protestation, de garder leurs enfants à la maison et de ne pas les laisser participer au spectacle.
Le président Luca Zaia commente : « La modification artificielle d’une chanson de Noël au nom d’un désir théorique d’inclusion et de respect est une grave erreur : penser promouvoir l’acceptation en supprimant les références à notre religion, à notre identité, à la culture qui caractérise la région de la Vénétie depuis des siècles et des siècles est un geste que nous ne pouvons pas accepter ».
![]() |
| Le texte de l'école d'Agna remanié |
« Tout d’abord, souligne Zaia, rappelons qu’il ne s’agit pas d’une prière, mais d’un chant. L’imposition d’une prière à des enfants d’une autre confession pourrait certes être subie comme une contrainte. Mais il s’agit d’un texte musical, avec un caractère identitaire. Incompréhensible, nous sommes dans un pays où l’on défend à juste titre tout produit artistique et intellectuel, même dans ses contenus les plus virulents, mais dans ce cas on permet d’intervenir sur une chanson en la modifiant et en la déformant de cette manière, au nom du “politiquement correct” : toute une communauté s’interroge sur la raison de ce choix. J’ai l’impression que cela va trop loin, et cela de la part d’une personne qui a fait de la tolérance un choix de vie ».
Et enfin : « Je me souviens aussi que, et c’est bien d’être étudié par de nombreux théoriciens d’une laïcité dogmatique, même dans l’Islam, Jésus est reconnu comme l’une des figures centrales, l’un des prophètes — conclut le Président de la Vénétie. Le message de paix de Noël n’est certainement pas une menace ou un obstacle à la rencontre entre les différentes cultures. Pas plus que les symboles chrétiens qui résument l’identité de notre peuple et de nos communautés, une identité qui est le fruit de notre histoire et qui va au-delà de l’aspect purement religieux. Si nous cachons nos véritables racines, nous ne rendons service à personne : ni aux Vénitiens de toujours ni aux nouveaux Vénitiens ».
Alberto Stefani, député et secrétaire régional de la Ligue (parti politique au pouvoir), poursuit : « Les enseignants d’une école primaire ont décidé de censurer Noël de cette manière, en éliminant toute référence à la foi chrétienne et à la Nativité dans la pièce de théâtre de l’école. Un choix qui laisse pour le moins perplexe et qui a suscité l’ire, tout à fait compréhensible, de nombreux parents. Il est vraiment inconcevable que quelqu’un puisse interpréter une pièce de théâtre de Noël comme offensante ou même perturbatrice et irrespectueuse. Nier ou cacher Jésus n’est pas un progrès, c’est un manque de respect pour la culture de notre pays ».
Laura Cestari de Polesana, conseillère régionale de la Ligue, est intervenue sur l’affaire : « Le mot “Jésus” est synonyme de paix, d’amour et de respect des autres. Mais le concept de respect est tout à fait différent de celui de “peur”. Notre histoire chrétienne est faite de traditions et de coutumes qui font partie intégrante de notre société. Des valeurs dont nous sommes fiers », a déclaré M. Cestari.
Je ne comprends donc pas pourquoi, dans une école d’Agna, il y a des curés qui, par crainte d’offenser qui que ce soit, remplacent le mot « Jésus » par « Coucou ». C’est le monde à l’envers : les imams prônent la guerre contre l’infidèle, et nous, par peur de manquer de respect à quelqu’un, nous effaçons notre histoire. Une folie incompréhensible qui menace d’effacer les valeurs de notre société ».
C’est douteux, poursuit-il. L’enfant n’a pas besoin d’un joujou animé : il se charge bien de l’animer lui-même par sa propre imagination. Dès que l’enfant joue, il vit dans un rêve. Or, les jouets scientifiques et les jouets précieux ne peuvent que troubler ce rêve. Ils étonnent l’enfant, ils ne l’amusent pas.![]() |
| Cougnou belge |
| Bûche de Noël traditionnelle au beurre |
![]() |
| Une simulation du sapin de verre et d’acier place Pey-Berland, à Bordeaux, réalisée par l’artiste Arnaud Lapierre. |
Pour une « communication inclusive », la Commission européenne a proscrit des mots comme « Noël ». Revenant sur de multiples exemples similaires dans les villes écologistes, Anne-Sophie Chazaud montre que les élus progressistes s’évertuent à déconstruire cette fête traditionnelle. Anne-Sophie Chazaud est chercheuse et essayiste, auteur de Liberté d’inexpression, des formes contemporaines de la censure (éditions de l’Artilleur, 2020).
Se pencher sur les inepties foisonnantes et non dénuées d’inventivité produites par la plupart des élus écologistes (lesquels se préoccupent en réalité bien peu d’écologie), c’est un peu comme goûter avec émerveillement et gourmandise aux joies quotidiennes d’un calendrier de l’avent : à chaque jour son petit plaisir, sa petite décision ridicule, sa volonté pathétique de provoquer, son désir infantile de choquer le bourgeois (et le populo tant honni), son obsession à déconstruire les codes et les repères traditionnels, en particulier lorsqu’ils ont trait à l’ancrage historique chrétien (horresco referens !) de la France (rien que des gros mots !). Et les déclarations ou décisions grotesques se succédaient ainsi en une sorte de concours secret que semblaient se livrer ces édiles, concours dont le vulgum pecus ignorait les règles obscures et dont le prix du gagnant était peut-être un Clitoris d’Or — en pâte à sel — fabriqué grâce aux dons de sorcellerie de Dame Sandrine Rousseau, qui sait…
La conquête accidentelle [par les écologistes] pour cause de Covid de seulement 8 villes (sur 42) de plus de 100 000 habitants avec un taux d’abstention record de 56 % et une légitimité plus que ténue (en raison même des circonstances dans lesquelles s’est déroulé ce processus électoral, entre confinement et peur panique) a néanmoins fait pousser des ailes à ces exécutifs locaux qui, aussitôt aux manettes, ont donné le ton sur un mode bien peu rassembleur et volontiers idéologique, où l’arrogance le dispute bien souvent à la simple bêtise, lesquelles nuisent du reste toutes deux à la cause environnementale à laquelle chaque être humain normal ne peut qu’être sensible.
Il y eut par exemple l’empressement à se jeter sur l’écriture inclusive, ce charabia en réalité excluant pour tous ceux qui connaissent des difficultés de lecture et cognitives (mais qu’à cela ne tienne puisqu’il ne s’agit là de rien d’autre que d’un signe extérieur de richesse culturelle témoignant du désir malsain d’insécuriser la langue), il y eut les déclarations loufoques sur la 5G (servant, comme chacun sait, selon l’inénarrable maire de Grenoble Éric Piolle à « regarder du porno dans l’ascenseur »), les interdictions de survoler Lyon pour la Patrouille de France, les déclarations imbéciles sur le Tour de France et tant d’autres sottises.
Article du Devoir de 2006 en question
Il est un jour entré dans nos vies en passant par la cheminée. Depuis ce jour, on ne remet plus, ou si peu, son existence et son pouvoir en question. Le père Noël, tel qu'on le connaît aujourd'hui, n'a pourtant pas toujours vécu parmi nous. Dans Hourra pour Santa Claus, un essai qui paraît chez Boréal, le sociologue Jean-Philippe Warren retrace l'histoire de l'arrivée au Québec, à la fin du XIXe siècle, du gros bonhomme vêtu de rouge, qui a supplanté le petit Jésus dans nos maisons comme distributeur de cadeaux.
En fait, avant la moitié du XIXe siècle, c'est bien le jour de l'An, et non Noël, qui est la grande fête de l'hiver dans la vie des Canadiens français. C'est à ce moment-là que la parenté se retrouve et échange des cadeaux [les Étrennes]. La fête de Noël, quant à elle, passe pratiquement inaperçue. Les collégiens n'ont pas de congé scolaire à cette occasion et ne retournent pas dans leur famille pour la célébrer. Tout au plus fréquente-t-on la messe de minuit et confectionne-t-on un petit réveillon à la maison. «[...] à une exception près, aucun article de The Gazette de Montréal ne mentionne Noël entre 1785 et 1840», note Warren. Noël est alors l'une parmi d'autres très nombreuses fêtes religieuses du calendrier. Mais vient la révolution industrielle, et les patrons d'entreprise de cette époque font pression pour que le nombre de fêtes de ce calendrier, qui sont autant de congés pour les employés, diminue.
Entre le XVIIe et la fin du XIXe siècle, le nombre de fêtes d'obligation passe, au Canada, de 40 à neuf, relève Warren. «Les temps modernes sont temps de progrès par l'accroissement du temps de travail. On ne peut tolérer que le quart de l'année (40 jours de fête et 52 dimanches) soit rendu improductif. En 1900, 85 % des jours sont disponibles pour le travail», écrit, à ce sujet, Ollivier Hubert, dans Sur la terre comme au ciel.
Moins de fêtes, donc, et par conséquent plus de temps pour les espérer et les préparer. C'est l'une des explications que propose Jean-Philippe Warren pour justifier l'ampleur phénoménale qu'a prise la fête de Noël depuis plus d'un siècle. L'autre étant, bien entendu, la venue de la société de consommation. Quant à Santa Claus, qui deviendra ensuite le père Noël, c'est un Allemand d'origine, qui a transité à travers la Hollande pour devenir momentanément Sinter Klaas [Saint Nicolas en néerlandais], avant d'être adopté aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Contrairement à saint Nicolas, personnage mythique d'origine française et qui ressemble à Santa Claus à plusieurs égards, ce dernier donne indifféremment à tous les enfants. En effet, alors que, traditionnellement, saint Nicolas était accompagné du père Fouettard [en France, Belgique, Hollande et en Allemagne] et emmenait les enfants qui n'avaient pas été sages dans une grotte, Santa Claus est généreux sans condition.
Rien de tel que ce gros bonhomme prodigue pour faire le bonheur d'une société de consommation en émergence, avec en ligne de front les nouveaux magasins à rayons, dont le refrain est de vendre, vendre, vendre, à tout prix et à tout le monde. Ce sont les magasins John Murphy, Scroggie's, Hamilton, S. Carsley, Au bon marché, Dupuis frères et Zéraphin Paquet qui ouvrent, à la fin du XIXe siècle, leurs édifices à étages à Montréal, rue Sainte-Catherine ou Saint-Joseph.
«Autrefois, c'était bien le petit Jésus qui distribuait les cadeaux», précise Warren. C'est lui qui venait remplir de présents les petits souliers des enfants durant la nuit. Mais n'était-il pas devenu embarrassant de mettre en vitrine autant de petits Jésus qu'il y a de magasins, ou encore de faire monter des petits enfants sur les genoux d'un chérubin pour établir leur liste de souhaits pour Noël?
Car ce sont les marchands, d'abord et avant tout, qui ont intérêt à importer au Canada français la folie de Santa Claus qui a gagné l'Amérique anglophone. Non contents d'attirer chez eux les milliers de consommateurs en mal d'étrennes à donner, ils forcent ensuite les parents à leur rendre visite avec leur famille en créant entre leurs murs de véritables pays des jouets, qui se reproduisent de commerce en commerce. C'est sans parler du célèbre défilé du père Noël, qui attire des milliers d'enfants dans la rue. La formule, désormais incontournable, a dû être jugée gagnante puisqu'elle a réussi à se frayer un chemin jusqu'à nous.
Ainsi, à partir de la fin du XIXe siècle, inverse-t-on, le jour de Noël, le rapport qui régit habituellement les relations entre parents et enfants. Alors que la société traditionnelle était axée vers les besoins, la nouvelle société de consommation est orientée vers le désir, note Warren. Et qui de mieux que les enfants pour entretenir cette fièvre débridée du désir, cette envie de goûter et de toucher à tout, sans distinction et sans réserve? «L'enfant veut tout et n'importe quoi», relève Warren. En ce sens, il est tout à fait en phase avec la mentalité nouvelle des commerces, avec leur avalanche de jouets bruyants et d'objets de luxe, mêlant allègrement le nécessaire et le superflu.
Reste que les Canadiens français n'ont pas fait la vie si facile à Santa Claus, cet Allemand d'origine à l'accent américain. À son arrivée ici, le rouge bonhomme est en fait un illustre inconnu. «Au début, il fait peur aux enfants», dit Warren en rigolant. Puis vient la Première Guerre mondiale, et le passé allemand de Santa Claus ne lui fait pas bonne presse.
«On se sert au Québec des hostilités avec l'Allemagne pour monter une campagne contre cet immigré teuton, ce "prince de la camelote teutonne", ce "gros vieil Allemand du pôle Nord", ce fantoche "made in Germany" [in Deutschland hergestellt], ce "boche", infiltré pour ainsi dire illégalement dans le pays et qui mériterait d'en être prestement délogé», écrit Warren.
Il fallait donc tout au moins rebaptiser Santa Claus.
«Saint Nicolas, de par son nom, aussi de par sa figure plus émaciée et son allure plus austère, sans compter sa fréquentation du père Fouettard, continuait à être trop associé à l'univers religieux dans une société de plus en plus gagnée par la commercialisation et l'industrialisation», ajoute-t-il. C'est donc le père Noël, précédé du bonhomme Noël et du petit Noël, qui gagnera le cœur des Québécois et qui a pignon sur rue ici depuis lors.
Il n'y a d'ailleurs pas que les origines allemandes de Santa Claus qui incommodaient les nationalistes canadiens-français. La frénésie de cadeaux qui n'ont rien de catholique fait aussi froncer les sourcils des conservateurs, qui suggèrent l'achat d'images pieuses plutôt que les oursons en peluche devenus l'usage. Mais la grande fête de la générosité et de la consommation, traînant les paradoxes les plus criants, allait avoir raison de la morale, tout en récupérant certaines de ses valeurs, dans une sorte de syncrétisme dont, il faut l'avouer, tout un chacun s'accommode depuis sans problème.
Car la fête de Noël, avec tous ses excès, a bien fini par rallier les marchands et le clergé. Les premiers parce que la fête fait évidemment leur affaire et leur promet les ventes les plus importantes de l'année, les seconds parce que, fête religieuse d'abord et avant tout, elle supplante le jour de l'An, fête païenne, dans les mœurs de la population et redonne, malgré tout, entre le clinquant et la pacotille, une place certaine à la Nativité.
Présentation de l'éditeur
On s'imagine d'ordinaire que le Noël qui fait désormais partie de notre culture nord-américaine est de création récente. C'est pourtant dans le dernier quart du XIXe siècle qu'a été progressivement moulé, dans les officines commerciales, le nouvel esprit de Noël. Cet esprit s'impose à travers deux grandes batailles. D'une part, le petit Jésus a progressivement été remplacé par Santa Claus. D'autre part, au fur et à mesure que l'on avance dans le siècle, la fête de Noël tend à supplanter le jour de l'An dans la culture populaire. En cherchant à comprendre comment la fête de la Nativité est devenue l'événement mercantile par excellence de la société contemporaine, l'auteur nous invite à nous interroger sur l'origine et la genèse de coutumes qui nous semblent immémoriales. Le sociologue Jean-Philippe Warren nous donne ici un livre aussi divertissant qu'érudit.
Hourra pour Santa Claus !
par Jean-Philippe Warren,
paru en octobre 2006,
chez Boréal,
à Montréal
Pages : 304 pp
ISBN : 9782764604861 (2764604866)
![]() |
| Saint Nicolas (à droite) et son acolyte, le Père Fouettard |