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dimanche 1 février 2026

En 2023, près de 3% des Français ont consommé de la cocaïne. C'est 10 fois plus qu'il y a 30 ans

«Le marché de la cocaïne supplante voire dépasse celui du cannabis. En 2023, près de 3% des Français ont consommé de la cocaïne au moins une fois dans l'année. C'est 10 fois plus qu'il y a 30 ans.»

L'émission au complet :

mardi 29 avril 2025

Les États-Unis affichent les plus grosses dépenses de santé au monde, mais se trouve en queue de classement pour de nombreux paramètres.


Avec environ 43 % des adultes obèses, les États-unis présentent de loin le pire taux de tous les pays de L’OCDE, devant le Mexique (36 %).

C’est l’une des plus grandes puissances économiques du monde, et pourtant sa population ne se porte pas mieux qu’ailleurs. Au contraire : non seulement la santé des Américains est en moyenne moins bonne que dans la plupart des autres pays développés, mais elle se dégrade. L’espérance de vie en est un exemple frappant : alors qu’elle était comparable à celle des pays européens jusqu’aux années 1970, sa progression s’est peu à peu ralentie et la tendance s’est même inversée à partir des années 2010. Désormais, un Américain vit en moyenne 76,4 ans, soit quatre années de moins que dans les 38 pays membres de L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), et près de sept ans de moins qu’en France. Et pourtant, les États-Unis affichent les plus grosses dépenses de santé par habitant au monde. Un paradoxe qui révèle de profondes défaillances.

« Le fait que l’espérance de vie baisse aux États-unis est vraiment une exception, car elle continue de progresser dans les autres pays occidentaux », note Céline Jaeggy, ancienne conseillère pour les affaires sociales à l’ambassade de France à Washington. Pour ce paramètre, le pays occupe désormais la 32e position sur 38, entre la Pologne et la Colombie. Si ce phénomène touche de plein fouet les populations les plus défavorisées des États-Unis, il n’épargne pas non plus les plus riches. En effet, une récente étude a montré que même les Américains les plus fortunés ont une espérance de vie plus courte que leurs homologues européens, et plus proche de celle des habitants les plus pauvres d’Europe du Nord et de l’ouest.


L’espérance de vie n’est pas le seul indicateur de santé en berne aux États-Unis, comme le révèle un rapport de L’OCDE, publié fin 2023. Le pays se situe aussi en queue de classement pour la mortalité évitable, qui dénombre les vies qui auraient pu être sauvées par de la prévention ou des soins (maladies infectieuses, crises cardiaques, alcoolisme, BPCO, toxicomanie, suicide, etc.). Les États-Unis comptent ainsi 336 décès évitables pour 100 000 habitants, contre 237 dans L’OCDE et 160 en France.

Les chiffres concernant la santé des mères et des nouveau-nés ne sont guère plus réjouissants. La mortalité maternelle - c’est-à-dire le décès d’une femme pendant la grossesse, lors de l’accouchement ou dans les 42 jours suivant la fin de la grossesse - s’établit à 21 femmes sur 100 000 aux États-unis, soit deux fois plus que la moyenne de L’OCDE. Très récemment, une étude a non seulement montré que ce chiffre a bondi de 27 % ces quatre dernières années, mais aussi que certains États sont plus concernés que d’autres, avec des taux allant jusqu’à 60 décès parmi 100 000 femmes enceintes.

Bien que l’écart avec les autres pays soit moins important, la mortalité infantile n’affiche pas non plus de bons résultats : 5,4 enfants sur 1 000 décèdent avant leur premier anniversaire aux Étatsunis, contre 3,6 en France et 4 en moyenne dans L’OCDE. Un chiffre qui semble faible mais qui, rapporté au nombre de naissances aux USA, représente environ 19 000 décès par an !

« Ces mauvais résultats sont en grande partie dus à la forte prévalence de l’obésité », estime Céline Jaeggy, auteur d’une analyse récente sur le système de santé américain. L’obésité est en effet « un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies chroniques, dont le diabète, les maladies cardio-vasculaires et le cancer », rappelle L’OCDE dans son rapport. Cela rend également la grossesse et l’accouchement plus à risque, ce qui peut en partie expliquer les mauvaises performances en la matière.

Or, avec environ 43% des adultes obèses, les États-unis affichent de loin le pire taux de tous les pays de L’OCDE, devant le Mexique (36 %). Sans surprise, la prévalence du diabète est également très élevée, avec 11% de la population concernée. « Même si cela ne reflète pas réellement l’état du système de santé, le fait que le taux d’obésité soit si élevé montre l’échec des politiques de prévention et cela permet de comprendre pourquoi certains indicateurs sont mauvais », poursuit Céline Jaeggy.

En plus de l’épidémie d’obésité, les États-unis font également face à une crise sanitaire sans précédent due aux opioïdes depuis les années 2000. Ces antidouleurs puissants dérivés de l’opium y sont même devenus la première cause de mortalité évitable avant 50 ans, loin devant les accidents de la route et les décès par armes à feu. « Cette crise explique en partie la baisse de l’espérance de vie, commente Céline Jaeggy. Parce qu’elle a été créée par le système de santé, elle touche davantage les populations caucasiennes à faibles revenus, qui ont un accès minimum aux soins, davantage que les Hispaniques et les Noirs américains. »

« Ces mauvais résultats sont en grande partie dus à la forte prévalence de l’obésité, qui est un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies chroniques, dont le diabète, les maladies cardiovasculaires et le cancer » Céline Jaeggy ancienne conseillère pour les affaires sociales à l’ambassade de France à Washington

À l’heure actuelle, les États-unis enregistrent 223 décès liés aux opioïdes par million d’habitants, ce qui place le pays en tête du classement, très loin devant la moyenne de L’OCDE (30 décès par million d’habitants). Une tendance dramatique qui ne semble pas s’améliorer : ce taux a été multiplié par deux en seulement dix ans. Au total, environ 727 000 personnes sont décédées de cette manière ces vingt dernières années aux États-Unis.

Outre la faible proportion de fumeurs (8,8 % versus 25 % en France), il y a en revanche un domaine où les États-unis excellent : « Ils dépensent beaucoup plus que les autres pays, près de 17 % de leur PIB sont consacrés à la santé », rapporte Brigitte Dormont, professeur émérite d’économie à l’université Paris Dauphine. En 2021, les États-unis ont ainsi dépensé 12500 dollars par habitant, soit deux fois plus que la France, en tenant compte des différences de pouvoir d’achat. « Pourtant, ils ont de très mauvais résultats, c’est ce que certains appellent le “puzzle” américain », poursuit-elle.

Un paradoxe qui s’explique avant tout par le fonctionnement du système de santé, souligne Zeynep Or, directrice de recherche à l’irdes (Institut de recherche et de documentation en économie de la santé). « En France, il existe une assurance-maladie publique et universelle, tout le monde est couvert. Ce n’est pas le cas aux États-unis, où c’est un modèle d’assurance privée, rappelle l’économiste. Comme avec n’importe quelle assurance, les primes sont proportionnelles aux risques de santé des individus. Donc si vous avez certaines maladies, les primes seront plus élevées. Et surtout, elles augmentent avec l’âge. »

Environ la moitié des Américains sont couverts par une assurance proposée par leur employeur, comme l’a imposé l’obamacare en 2015 aux entreprises de plus de 50 salariés. « Le montant de la prime annuelle pour une famille américaine moyenne est d’environ 21000 dollars, dont les trois quarts sont pris en charge par l’entreprise, ce qui laisse environ 6 000 dollars à payer par l’assuré», illustre Céline Jaeggy. Mais certaines entreprises ont trouvé la combine pour échapper à cette obligation qui ne concerne que les salariés travaillant plus de 30 heures hebdomadaires : embaucher à temps partiel.

Par ailleurs, le fait d’être couvert ne signifie pas que tous les soins seront pris en charge. «Les assurances peuvent prévoir des franchises ou encore une part non remboursée du prix de consultation et souvent, elles ne couvrent pas les soins dentaires ou optiques », indique Céline Jaeggy. Selon elle, environ 30 millions de personnes assurées seraient en difficulté pour faire face à leurs dépenses de santé.

En plus de cela, 26,4 millions de personnes n’ont pas d’assurance santé, selon l’administration américaine, soit 8 % de la population. Il existe pourtant deux caisses publiques d’assurance-maladie : Medicaid, pour les familles pauvres avec enfants, et Medicare, pour les 65 ans et plus. Environ 36% de la population est couverte de cette manière. Mais les critères d’accès sont drastiques. « Par exemple, une mère célibataire qui gagne l’équivalent du SMIC (salaire minimal) n’est pas assez pauvre pour être éligible », rapporte Zeynep Or.

Dans les années 2010, sous l’ère Obama, des réformes avaient permis d’abaisser le seuil d’éligibilité. Mais il appartient aux États de les appliquer ou non. Résultat : beaucoup de personnes restent sur le carreau. « Il y a beaucoup de trous dans la raquette, souligne Brigitte Dormont. Si vous travaillez à votre compte, que vous êtes pauvre mais pas assez ou encore que vous êtes pauvre et sans enfant, vous n’avez droit à rien. »

En parallèle de cela, le prix des soins n’est pas réglementé et est donc très élevé. «Un médicament payé 10 euros en France coûte deux à trois fois plus cher aux États-unis, même en tenant compte des différences de pouvoir d’achat», indique Zeynep Or. Les honoraires des médecins sont également plus élevés. « Le coût de la consultation n’est pas encadré, les généralistes sont payés environ 2,5 fois plus, et les spécialistes, 5 fois plus. Cela s’explique en partie par le fait qu’ils doivent rembourser leurs études et que le coût de leur propre assurance est très important», analyse Céline Jaeggy.

Mi-avril, le Washington Post a indiqué que le gouvernement de Donald Trump envisagerait de réduire de 40 milliards de dollars le budget du ministère américain de la Santé. Quelques semaines plus tôt, le président américain avait déjà commencé une profonde refonte de cette administration, en supprimant près d’un quart de ses effectifs. « Ce n’est que le début, la situation va s’aggraver, estime Zeynep Or. Non seulement l’administration Trump est farouchement opposée aux assurances publiques, mais elle est aussi une ardente défenseur de l’économie libérale. Cette vision interdit la régulation du marché de la santé et celui des assurances. Mais tous les indicateurs montrent clairement que l’intervention publique et des règles sont nécessaires pour obtenir des résultats satisfaisants et surtout favorables à la santé de la population », conclut la spécialiste.

Source : Le Figaro

mercredi 27 novembre 2024

Kebab, « barber shop », « fast-food », déclin de la vigne, augmentation des fautes d'orthographe... : voyage dans la France hors sol

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En agronomie, on appelle culture hydroponique le fait de faire pousser des fruits ou des légumes en dehors des champs, dans des serres, sur un substrat inerte (terreau, billes d’argile, laine de roche, fibres de coco…) parcouru par des solutions liquides enrichies en nutriments.

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On peut avoir régulièrement l’impression que la France contemporaine fonctionne sur ce modèle. La roche mère a été arasée, de nouvelles couches se sont déposées, et ce qui pousse maintenant dans de nombreux endroits est hors-sol, sans les racines qui ont longtemps nourri notre culture. C’est une France générique où tout semble interchangeable, uniformisé, sans ancrage profond. Dans de nombreux territoires, cette réalité hydroponique est devenue la norme et marque les paysages comme les modes de vie.

Dans la nuit du 31 octobre dernier, deux fusillades ont eu lieu, l’une à Poitiers et l’autre à Saint-Péray, dans l’agglomération de Valence, événements au cours desquels deux jeunes ont trouvé la mort et plusieurs autres ont été blessés.

[...]  Certes, la roche mère subsiste encore à la façon d’un vieux relief érodé. Les fusillades se sont déroulées dans le quartier des Couronneries à Poitiers et dans la commune ardéchoise de Saint-péray, toponymes se rattachant au référentiel de la France traditionnelle. Mais si le substrat historique affleure encore, on note également les indices du dépôt d’une couche culturelle yankee, résultat de l’américanisation désormais assez ancienne du pays. À Poitiers, le plus haut et le plus emblématique bâtiment du quartier d’habitat collectif des Couronneries, sorti de terre à la fin des années 1960, porte le nom de tour Kennedy. La discothèque de Saint-Péray devant laquelle la fusillade s’est produite s’appelle The Seven.

[...] À Poitiers, dans le cadre d’un vaste programme de rénovation urbaine, la vieille tour Kennedy est en voie de démantèlement et le foyer de jeunes travailleurs qui s’y trouvait sera relogé dans une nouvelle résidence s’intitulant Barankaï K2, le terme « barankaï » signifiant « communauté » en philippin (nous sommes loin du vieux patois poitevin), «K2» faisant référence au nom de l’ancien immeuble, comme un «Kennedy 2». À Saint-Péray également, la couche culturelle d’inspiration technocratique est présente dans la toponymie, puisque la discothèque est implantée au cœur d’une vaste zone commerciale portant le nom de « zone Pôle 2000 », la référence moderniste à l’an 2000 ayant été très en vogue parmi les aménageurs dans les années 1980 et 1990. Cette zone commerciale regroupant de multiples enseignes et desservie par plusieurs ronds-points est par ailleurs typique des paysages de la France hydroponique.

Parallèlement à la multiplication des zones commerciales, la topographie de la France hydroponique se caractérise également par l’émergence de commerces communautaires ou en lien avec la présence d’une population issue des immigrations. À Poitiers, l’auteur de la fusillade a fait feu sur la terrasse d’un kebab. Ce type d’établissement, comme les bars à chicha, est régulièrement le théâtre de règlements de comptes entre bandes rivales. En juin 2020, de violents affrontements avaient opposé des Tchétchènes et des Maghrébins dans le quartier des Grésilles à Dijon, à la suite d’une altercation dans un bar à chicha, le Black Pearl, le nom de l’établissement étant puisé soit dans la pop culture hollywoodienne en référence au nom du navire de Jack Sparrow (alias Johnny Depp) dans le film Pirates des Caraïbes, soit dans l’une des plus célèbres séries télévisées turques, intitulée Black Pearl. En juin 2024 à Saumur, le jeune Bilal était tué dans le cadre d’un règlement de comptes à la terrasse d’un kebab. Quelques mois plus tard, en septembre dernier, c’est à Cagnes-sur-Mer qu’un autre kebab essuyait des tirs faisant deux blessés graves. On notera qu’historiquement, les règlements de comptes entre malfrats se déroulaient dans les bars et les bistrots (par exemple, la fusillade du Bar du Téléphone dans le nord de Marseille en 1979). Dans les quartiers marqués par un référentiel hydroponisé, délinquants et trafiquants s’affrontent désormais préférentiellement dans des kebabs ou des bars à chicha.

Selon les lieux, le dépôt, sur la couche yankee, d’une couche culturelle qu’on qualifiera d’« orientale » est plus ou moins épais et visible. Dans de nombreux territoires, les kebabs, bars à chicha, barber shops [anathème de dire barbiers] ou établissements halals s’intègrent dans le tissu commercial traditionnel ou américanisé. Dans certains quartiers, ils sont omniprésents et constituent la quasi-totalité de l’offre commerciale, comme l’écrivait en octobre 2024 le député LFI de Vénissieux, Idir Boumertit, à propos de la reprise par l’enseigne halal Triangle du supermarché Casino de sa ville, qui, si «elle permet de conserver une offre commerciale de moyenne surface sur le plateau des Minguettes et de maintenir les postes des salariés », impliquerait également « des ajustements dans l’offre de produits, et notamment la suppression des boissons alcoolisées et du porc. (…) Ce changement soulève des questions légitimes sur la capacité de l’offre commerciale à répondre aux besoins variés de l’ensemble des habitants », poursuivait-il, estimant qu’« il est important que la population multiculturelle de Vénissieux puisse accéder à une diversité de produits ». D’après le député, l’arrivée de Triangle pourrait également menacer l’équilibre économique des « petits commerces indépendants du plateau des Minguettes qui proposent une offre similaire ».

Dans le quartier des Couronneries à Poitiers, la place de Coimbra où se situe le kebab (halal) qui fut le lieu du drame, présente, elle, une diversité de commerces et de services (boulangerie, boucherie, restaurant Pac Miam, bureau de poste…). Ce restaurant s’appelle L’Otentik. Une rapide recherche sur internet montre que ce nom - ou sa variante L’Otantik - est également celui d’autres restaurants kebabs ou snacks à Niort, Brest, Saint-Martin de Crau, Saint-Priest, Bondy, Clermont-Ferrand ou bien encore à Uckange. Le choix de ce nom pour un restaurant de kebab renvoie sans doute au terme «otantik», traduction turque du terme français « authentique ». Mais cette variante orthographique n’est pas sans rappeler l’essor dans toute une partie de la population, via la pratique des textos et les réseaux sociaux, d’une nouvelle syntaxe basée sur une phonétique des plus rudimentaires. Ce sabir, très éloigné de l’orthographe officielle, constitue sur le plan linguistique une des manifestations de cette culture hydroponique en cours de métabolisation.

Si la consommation régulière de vin se maintient quelque peu dans les tranches d’âge les plus âgées, les jeunes générations sont nettement moins consommatrices. Dans la jeunesse populaire, on est passé en deux générations du pinard au pétard.

Plusieurs études statistiques ont objectivé la baisse significative de la maîtrise du français parmi les élèves. D’après les données du ministère de l’Éducation nationale, la proportion d’élèves de CM2 faisant 15 fautes ou plus à la même dictée de 67 mots a littéralement explosé depuis la fin des années 1980. Alors qu’en 1987 seul un tiers des élèves effectuaient 15 fautes ou plus, ce très faible niveau de maîtrise de l’orthographe est devenu quasiment généralisé en 2021 (90% des élèves se trouvant dans cette situation).

Ce constat est partagé par de nombreux enseignants, comme cette professeur dans un collège privé de Pau ayant commencé à enseigner en 1992 : « Ce que je faisais il y a vingt ans pour un niveau de sixième ou de cinquième serait compliqué à faire aujourd’hui dans les mêmes classes. » Ces lacunes, observées initialement chez les enfants et les adolescents, se retrouvent dorénavant mécaniquement, au gré de l’avancée en âge des cohortes générationnelles, progressivement dans l’ensemble de la société. Le vocabulaire employé est moins fourni et la langue, relâchée. Des études l’ont mesuré, mais on le constate empiriquement quand on compare par exemple des micros-trottoirs réalisés auprès de Français ordinaires dans les années 1960 et ceux tournés aujourd’hui.

Norbert Elias insistait sur l’importance de l’écrit dans les processus de civilisation. On peut dès lors se demander si l’écriture numérique a les mêmes vertus civilisatrices que l’écriture manuscrite sur papier. L’écriture cursive participe en effet de la structuration de la pensée et l’apprentissage de l’écriture passe par l’inculcation de règles formelles qui sont beaucoup moins respectées avec l’écriture numérique, sans même parler des textos ou des commentaires sur les réseaux sociaux.

mardi 5 novembre 2024

Trudeau et ses panneaux solaires dans le Grand Nord...


Le territoire de la première nation Déné Sayisi installée dans la région de Churchill et du lac Tadoule, dans le nord du Manitoba, semble être un endroit peu propice à l'installation d'une ferme solaire. Le nombre d'heures d'ensoleillement y est inférieur de moitié à celui d'un endroit comme l'Arizona. Les panneaux solaires qui y seront installés produiront moins de la moitié de l'électricité. Pourtant, le gouvernement canadien a engagé 300 millions de dollars canadiens (200 millions d'euros) pour pointer des panneaux vers le ciel gris et subarctique, non seulement au Manitoba, mais aussi dans tout le nord enténébré du pays.

L'idée est de réduire la quantité de diesel brûlée pour le chauffage et l'électricité. Ce carburant doit être acheminé par avion, par bateau via la baie d'Hudson ou par camion sur des lacs et des rivières gelés pendant l'hiver. En conséquence, l'électricité peut coûter dix fois plus cher que dans les villes du sud. En 2019, Justin Trudeau, le Premier ministre, a promis de mettre fin à l'utilisation du diesel d'ici à 2030.

La réduction des émissions est un objectif. Mais les panneaux solaires de M. Trudeau font également partie de la présumée réconciliation avec les populations autochtones. Les communautés du Nord sont censées bénéficier de nouveaux emplois bien rémunérés, d'une indépendance énergétique et d'un air dépourvu d'émanations diesel désagréables. » Nous devons transformer la culpabilité qui nous habite en action. Des actions pour la réconciliation », a déclaré le gouvernement Trudeau en 2021.

« Des mesures pour lutter contre le changement climatique ».

Ainsi, depuis 2016, le gouvernement fédéral finance la formation d'entrepreneurs autochtones à la gestion de projets d'énergie renouvelable, dans l'espoir qu'ils puissent rapprocher le gouvernement et les communautés hésitantes. Darrell Brown, lui-même d'origine crie, a lancé Kisik Clean Energy après avoir été l'une des premières personnes à recevoir une formation. Son premier projet s'est bien déroulé. Lui et son équipe ont installé des panneaux solaires dans la Première nation de Gull Bay, dans le nord de l'Ontario, ce qui a permis de réduire d'un quart la consommation annuelle de diesel (environ 110 000 litres).

D'autres ont suivi les traces de M. Brown. Le nombre de projets d'énergie renouvelable dans les communautés nordiques non raccordées au réseau a doublé entre 2015 et 2020. Mais la dépendance au diesel est restée élevée. Quelque 682 millions de litres ont été brûlés en 2020, selon l'Institut Pembina, un groupe de réflexion.

Le deuxième projet de M. Brown ne se déroule pas aussi facilement. Le chef actuel des Dénés Sayisi s'est montré réticent à le soutenir. Cela s'explique en partie par le fait que M. Brown est financé par le même ministère fédéral qui a brutalement déplacé les Dénés Sayisi en 1956 de Little Duck Lake à Churchill, ce qui aurait entraîné la mort d'un tiers de leurs membres. L'accès à la communauté est délicat et sporadique, souvent suspendu lorsque les dirigeants sont confrontés à des surdoses de drogue.

À l'origine, le projet des Dénés Sayisiprévoyait des éoliennes, une technologie énergétique mieux adaptée aux endroits sombres. Mais les turbines ont été rejetées par crainte qu'elles n'effraient les caribous. Un micro-réseau reposant uniquement sur des batteries et des panneaux solaires permettra de réduire de 20 à 25 % la consommation de diesel des Dénés Sayisi pour produire de l'électricité, mais à un coût estimé à 20 millions de dollars canadiens. Il est difficile d'établir le bien-fondé financier de ce projet. M. Brown poursuit.

Les niveaux de pauvreté qui existent dans le nord du Canada font de la transition énergétique que M. Trudeau souhaite mettre en œuvre un défi politique. Le gouvernement dépense de l'argent pour fournir de l'énergie propre à des personnes qui n'ont pas les moyens de se nourrir, note Ranjan Datta, de l'université Mount Royal, en Alberta, ou qui luttent contre des toxicomanies sans bénéficier d'un soutien suffisant en matière de santé mentale. Le coût de la vie, et non les émissions qui y sont associées, est la principale préoccupation de la plupart des gens.

Comme beaucoup de politiques climatiques de M. Trudeau, celle-ci semblait meilleure sur le papier que dans la pratique. On brûle moins de diesel qu'on ne l'aurait fait autrement. Mais l'élimination de la combustion dans les systèmes énergétiques du Nord reste hors de portée. En attendant, la culpabilité de M. Trudeau semble avoir été transférée sur les épaules d'entrepreneurs comme M. Brown, qui ont été laissés à eux-mêmes pour installer des panneaux solaires dans l'obscurité.

Source : The Economist

mercredi 29 mai 2024

Augmentation de 33 % des vomissements liés au cannabis depuis la légalisation du cannabis au Canada en 2018

« La prévalence du syndrome d’hyperémèse cannabinoïde a augmenté du tiers avec la légalisation du cannabis au Canada en 2018 », explique Christopher Andrews, un gastroentérologue de l’Université de Calgary qui a fait le point sur la question il y a un an dans la revue Alimentary Pharmacology & Therapeutics. « Au début de la pandémie, il y a eu une forte augmentation, avec une prévalence deux fois plus importante qu’avant la légalisation. » Une autre étude, menée en Ontario, met en lumière une multiplication par 13 du nombre d’admissions à l’urgence de personnes avec le syndrome d'hyperémèse cannabinoïde, qui se traduit par des nausées et vomissements causés par le cannabis.

Ce syndrome se caractérise par des vomissements incontrôlables qui amènent les patients aux urgences. « On voit de plus en plus ça depuis une dizaine d’années », confirme Martin Laliberté, urgentologue et toxicologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). « Ce sont des patients difficiles à suivre. Après leur départ des urgences, souvent on n’entend plus parler d’eux. »

Comment une substance associée aux fringales peut-elle susciter de telles nausées ? « C’est un dérèglement du système endocannabinoïde dû à une forte consommation de cannabis avec une haute concentration de THC », explique la sommité mondiale de ce syndrome, la gastroentérologue Thangam Venkatesan, de l’Université d’État de l’Ohio.

La Dre Venkatesan, qui suit 1600 patients présentant ou ayant présenté ce syndrome aux États-Unis, au Canada et en Inde, a découvert que cette forte consommation rend le système endocannabinoïde plus vulnérable au stress.

« C’est un système qui aide à la réponse aux stresseurs, dit-elle. Le cannabis l’active, ce qui diminue la réponse au stress. Mais si on consomme trop de cannabis avec un fort taux de THC, les récepteurs du système endocannabinoïde deviennent moins nombreux, parce qu’ils sont surstimulés par le cannabis. Alors on devient paradoxalement plus vulnérable au stress. Parfois, simplement se lever le matin devient trop stressant et on se met à avoir des vomissements incontrôlables. »

Selon le Dr Andrews, environ six consommateurs de cannabis sur mille au Canada ont ce problème. Mais comme seulement 18 % des consommateurs de cannabis en consomment chaque jour, selon les données de Statistique Canada, le risque est plus élevé chez les utilisateurs fréquents. « Et si on consomme des concentrés de THC, avec des taux dépassant 75 % plutôt que 20 % dans du cannabis normal, le risque est encore plus élevé, dit la Dre Venkatesan. On a vu apparaître ce problème parce que même dans le cannabis normal, les taux de THC sont beaucoup plus élevés qu’avant. Il y a 30 ans, le cannabis ne contenait que 4 ou 5 % de THC. »

Douches chaudes
 
La chaleur peut amenuiser les symptômes du syndrome d’hyperémèse cannabinoïde. « Les gens peuvent prendre jusqu’à 10 ou 15 douches chaudes par jour », dit la Dre Venkatesan.

Bien que certains antipsychotiques pourraient potentiellement aussi amenuiser les symptômes, la seule solution est d’arrêter le cannabis pour permettre aux récepteurs du système endocannabinoïde de se remettre de la surstimulation, selon le Dr Andrews.

« Après six mois d’abstinence, normalement le nombre de récepteurs du système revient à la normale, dit le Dr Andrews. Il y a des études sur des molécules qui pourraient stimuler les récepteurs pour aider à contrôler le vomissement, sans entraver la réactivation des récepteurs pendant l’abstinence. »

Il commence à y avoir des ressources pour aider les fumeurs réguliers de cannabis à arrêter, comme pour l’alcool et les autres drogues, rapporte Didier Jutras-Aswad, psychiatre au CHUM.

Hérédité

Il existe aussi un syndrome d’hyperémèse non cannabinoïde, moins fréquent, selon la Dre Venkatesan. « Une bonne partie des cas sont pédiatriques et liés à l’hérédité, dit-elle. Ça semble lié à des antécédents familiaux de migraine. »

Grossesses, enfants, accidents

Le nombre de femmes enceintes qui ont exposé leur fœtus au cannabis pendant leur grossesse a aussi doublé, tandis que le nombre de visites à l’hôpital pour des enfants qui ont ingéré du cannabis a triplé.

Une étude menée en Colombie-Britannique avait aussi démontré que deux fois plus d’accidentés de la route qui s’étaient retrouvée en salle de traumatologie dans les hôpitaux de la province avaient du THC dans le sang. Ce taux a bondi de 3,8 % des automobilistes accidentés, avant la légalisation, à 8,6 % après la légalisation.
 
Chiffres sur le cannabis
  • 37 %, proportion des Canadiens de 16 à 19 ans qui ont consommé du cannabis en 2022
  • 50 %, proportion des Canadiens de 20 à 24 ans qui ont consommé du cannabis en 2022
  • 25 %, proportion des Canadiens de plus de 24 ans qui ont consommé du cannabis en 2022

mardi 21 mai 2024

Canada : les hospitalisations des aînés ont triplé depuis la légalisation du cannabis, selon une étude

Les chercheurs ont analysé les données de 2.300 visites aux urgences pour arriver à ce constat.

D’après les scientifiques, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans prises en charge aux urgences au Canada est en expansion. La publication d’une étude dans le JAMA Internal Medicine intervient ainsi cinq ans après l’entrée en vigueur de la loi sur le cannabis dans le pays.

Selon une étude parue ce lundi 20 mai dans le journal JAMA Internal Medicine, le nombre de personnes de plus de 65 ans prises en charge pour empoisonnement au cannabis n’a cessé d’augmenter au Canada.

Pour faire ce constat, les scientifiques ont analysé les données de plus de 2.300 visites aux urgences en Ontario. La publication de cette étude intervient environ cinq ans après la légalisation du cannabis récréatif au Canada, le deuxième pays au monde à avoir passer ce cap.

Confusion, nausées ou vertiges sont les symptômes les plus courants évoqués par les patients touchés par un empoisonnement au cannabis. Dans les cas les plus graves, certains peuvent souffrir de délire, panique ou d’anxiété. Il peut également entraîner une accélération du rythme cardiaque.

Les Canadiens âgés de 65 ans représentent la catégorie de personnes avec la croissance la plus rapide de consommateurs de cannabis. Environ 400.000 personnes ont déclaré avoir essayé la drogue dès la fin 2019, contre 40.000 en 2012.

Quelles causes ?

Selon les chercheurs, beaucoup des patients ayant consulté les urgences souffraient de cancer, de démence ou d’alcoolisme. Toutefois, ces derniers ont insisté sur le fait que leur étude ne permettait pas «de déterminer si les empoisonnements étaient involontaires ou intentionnels».

À ce paramètre s’ajoutent les interactions entre la drogue et les médicaments pris par les personnes âgées. Elles «sont donc plus sensibles aux effets du cannabis».

La légalisation du cannabis au Canada est survenue en 2018. Ce projet de loi qui faisait partie des promesses de campagnes de Justin Trudeau avait pour objectif de réduire le crime organisé lié à la drogue et pour encadrer son accès aux plus jeunes.

«Il est trop facile pour nos enfants d’obtenir de la marijuana et pour les criminels d’en tirer profit. Aujourd’hui, nous changeons cela. Notre plan visant à légaliser et à réglementer la marijuana vient d’être adopté par le Sénat», avait écrit sur X le premier Ministre canadien en 2018. 

Discussion

Dans cette étude, la légalisation du cannabis au Canada a été associée à une augmentation du nombre de visites aux urgences pour empoisonnement au cannabis chez les personnes âgées. Les augmentations les plus importantes ont eu lieu après que le cannabis comestible soit devenu légalement disponible pour la vente au détail, un phénomène observé de la même manière chez les enfants canadiens. Parmi les explications possibles, on peut citer l'augmentation de l'ingestion accidentelle, la facilité d'accès, le manque d'instructions de dosage spécifiques à l'âge et l'absence d'options de traitement sûres et efficaces pour la douleur chronique, les troubles du sommeil et les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence. Les personnes âgées sont particulièrement exposées aux effets indésirables du cannabis en raison des changements physiologiques liés à l'âge, de la polypharmacie, des interactions médicamenteuses et de la multimorbidité.

Cette étude est limitée aux données des visites aux urgences et peut sous-estimer l'ampleur réelle des empoisonnements au cannabis. Les personnes âgées peuvent avoir cherché à se faire soigner ailleurs ou ne pas avoir cherché à se faire soigner du tout, d'autant plus que la légalisation du cannabis comestible a précédé immédiatement la pandémie de COVID-19. En raison de la nature transversale de nos données, nous ne pouvons pas déterminer si l'augmentation des empoisonnements est directement attribuable au cannabis comestible ou à la commercialisation plus large du cannabis non médical.5 En outre, nos résultats peuvent être influencés par d'autres tendances temporelles et par des événements concomitants, y compris la pandémie de COVID-19.
 
Dans l'ensemble, cette étude montre les effets de la légalisation et de la commercialisation du cannabis sur la santé des personnes âgées et met en évidence les conséquences associées au cannabis comestible. Les juridictions où le cannabis est légalisé devraient envisager des mesures pour atténuer l'exposition involontaire chez les personnes âgées et des conseils de dosage spécifiques à l'âge.


mardi 14 mai 2024

Le Québec relativement épargné par la crise des opioïdes en Amérique du Nord

Selon l’Agence de la santé publique du Canada, le pays « a connu un nombre substantiellement plus élevé de décès et d’autres méfaits associés aux opioïdes depuis le début de la surveillance en 2016 [et la] pandémie de COVID-19 pourrait avoir exacerbé la crise » (Comité consultatif spécial fédéral, provincial et territorial sur l’épidémie de surdoses d’opioïdes 2023).

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) indique que le Québec a jusqu’à présent été relativement épargné si on le compare au reste du Canada (INSPQ 2024b). L’INSPQ estime que le nombre de décès attribuables à une intoxication aux opioïdes étaient en baisse en 2018 et 2019 (211 et 212, respectivement), ont remonté en 2020 (319), et sont demeurés relativement élevés en 2021 (284).

Pour suivre les tendances plus récentes, l’INSPQ diffuse également le nombre de décès reliés à une intoxication suspectée aux opioïdes ou à d’autres drogues, jusqu’en décembre 2023. Selon ces données, on observe qu’après la période relativement stable de l’année 2021, il y a eu une augmentation du nombre de cas à la fin de l’année 2023. Notons qu’au terme des enquêtes, le nombre de décès attribués à une intoxication aux opioïdes s’avère plus faible que le nombre de décès liés aux intoxications initialement suspectées, qui incluent également d’autres drogues.


Par ailleurs, l’Agence de la santé publique du Canada compile des statistiques sur le sujet à partir des données qui lui sont soumises par les provinces et territoires. D’après son rapport publié en décembre 2023, on constate ce qui suit :

  • Il y a eu environ 70 600 décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes au Canada entre janvier 2016 et juin 2023 (2 800 en 2016, 3 900 en 2017, 4 200 en 2018, 3 700 en 2019, 6 400 en 2020, 8 000 en 2021, 7 500 en 2022 et 4 000 entre janvier et juin 2023) ;
  • Selon les données provisoires, le nombre total de décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes au Canada enregistrés depuis le début de 2023 (janvier à juin) est supérieur de 5 % à celui correspondant à la même période pour l’année précédente ;
  • La très grande majorité des décès apparemment liés aux opioïdes étaient accidentels ;
  • Depuis le début de l’année 2023 (janvier à juin), 89 % de tous les décès accidentels liés à une intoxication aux opioïdes au Canada sont survenus en Colombie-Britannique, en Alberta ou en Ontario. Des taux élevés ont également été observés dans d’autres régions également ;
  • Entre janvier 2016 et juin 2023, le taux de décès apparemment liés à la consommation d’opioïdes a varié entre 2 et 6 pour 100 000 habitants au Québec. Au Canada, il a varié entre 8 et 21 pour 100 000 habitants.
  • Le taux de la Colombie-Britannique, la province la plus touchée, varie entre 20 et 48 pour 100 000 habitants depuis 2017


mercredi 8 mai 2024

Québec — baisse marquée de la fécondité (1,38 enfant/femme) en 2023

En 2023, le Québec a enregistré une des plus faibles fécondités de son histoire. L’espérance de vie stagne quant à elle au niveau atteint avant la pandémie. Dans ce contexte, l’accroissement naturel de la population, soit la différence entre les naissances et les décès, a été pratiquement nul. L’arrivée d’un nombre record de migrants internationaux a toutefois généré une forte croissance démographique, en plus d’occasionner un ralentissement ponctuel du vieillissement de la population. Au terme de l’année 2023, le Québec compte près de 9 millions d’habitants et d’habitantes.

 En 2023, 77 950 bébés sont nés au Québec, soit une baisse de 3 % par rapport à 2022 (80 700) et le nombre le plus faible depuis 2005.

L’indice de fécondité chute de manière importante pour s’établir à 1,38 enfant par femme en 2023, comparativement à 1,48 en 2022. La fécondité se maintient tout juste au-dessus du creux historique de 1,36 enregistré en 1987. La chute de la dernière année s’inscrit dans une tendance à la baisse observée depuis une quinzaine d’années.

La baisse de la fécondité n’est pas unique au Québec. Elle s’observe également au Canada et dans plusieurs autres pays développés. À l’échelle canadienne, la fécondité du Québec est supérieure à celle de la majorité des autres provinces.

(cliquez pour agrandir)

En 2023, la fécondité des Québécoises a diminué dans tous les groupes d’âge sauf chez les femmes de 40 ans et plus. L’âge moyen à la maternité poursuit sa hausse et s’établit à 31,3 ans.

 Le nombre de décès au Québec en 2023 est estimé à 77 550, une légère baisse par rapport aux 78 400 décès de 2022. Cela ramène l’espérance de vie de la population québécoise à 82,5 ans en 2023, un niveau semblable à celui observé avant la pandémie. Les femmes peuvent espérer vivre jusqu’à 84,3 ans et les hommes jusqu’à 80,7 ans, selon les conditions observées en 2023. Même si l’espérance de vie est plutôt stagnante au Québec depuis 2016, elle reste parmi les plus élevées au monde.

On observe une hausse de la mortalité chez les 25-44 ans au cours de la période 2020-2023, qui s’explique principalement par la hausse des décès par surdose. La hausse de la mortalité à ces âges est toutefois moins forte au Québec que dans le reste du Canada ou qu’aux États-Unis.

En 2023, l’ensemble des échanges migratoires avec l’extérieur du Québec (internationaux et interprovinciaux) ont engendré un gain total d’environ 217 600 personnes, ce qui surpasse nettement le précédent sommet enregistré en 2022 (environ 150 700 personnes).



Au prorata de la population, le gain de population attribuable aux migrations externes se chiffre à 2,5 % en 2023, soit un gain d’une ampleur jamais atteinte depuis au moins 1972. Dans le reste du Canada, l’accroissement migratoire est encore plus élevé, soit de 3,3 %, du jamais vu pour un pays de l’OCDE depuis au moins 1950.

En 2023, le Québec a accueilli 52 800 immigrants et immigrantes à titre de résidents permanents, et a surtout connu une augmentation inédite de 174 200 résidents non permanents (principalement des travailleurs étrangers temporaires, des étudiants internationaux et des demandeurs d’asile). En contrepartie, l’émigration nette vers l’étranger (– 5 200 personnes) et le solde des échanges migratoires avec les autres provinces (– 4 200 personnes) n’ont entraîné que des pertes limitées.

Plus du tiers des personnes immigrantes proviennent de la France, du Cameroun et de la Chine

En 2023, le Québec a accueilli 11 % de l’ensemble des personnes admises au Canada comme résidents permanents.

La France arrive en tête des pays d’origine de celles admises au Québec (13 %), devant le Cameroun (12 %) et la Chine (11 %). Suivent l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et Haïti, d’où proviennent entre 4 % et 5 % des personnes immigrantes.

Plus de 560 000 résidents non permanents étaient présents au Québec au 1er janvier 2024

La forte augmentation du nombre de résidents non permanents enregistrée en 2023 porte leur effectif total à 560 200 personnes au 1er janvier 2024. À cette date, le Québec était le lieu de résidence de 54 % des demandeurs d’asile présents au Canada, de 19 % des travailleurs temporaires, de 11 % des étudiants internationaux et de 15 % de ceux étant titulaires tant d’un permis de travail que d’un permis d’études, selon les estimations de Statistique Canada basées sur les données administratives d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

L'« accroissement démographique » est un quasi synonyme d'immigration, vu le faible niveau des naissances et donc du solde naturel.

Voir aussi

Le 5 avril 1669 — Jean-Talon finance des mesures natalistes 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

lundi 29 avril 2024

Colombie-Britannique renonce à décriminaliser la drogue en public suite à un tollé sur l'insécurité engendrée


Bien que le Premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby (Nouveau Parti démocratique, à gauche du spectre politique), ait déjà défendu le projet pilote de décriminalisation des drogues de la province, il a finalement décidé d’y mettre un terme.

La Colombie-Britannique est revenue sur son projet pilote de décriminalisation des drogues, et interdit désormais la consommation de drogues dans tous les espaces publics, y compris les hôpitaux, les transports en commun et les parcs.

Ce revirement ne criminalise pas la possession de drogues dans les résidences privées ou dans les sites de prévention des surdoses et les lieux de contrôle des stupéfiants.

La province a inversé sa politique à la suite des critiques formulées par les maires, les politiciens provinciaux et fédéraux, et d’un récent tollé de la part des professionnels de la santé qui se sont sentis menacés par des patients consommant des drogues dans les hôpitaux.

« Notre priorité absolue est d’assurer la sécurité des personnes. Bien que nous soyons attentifs et compatissants à l’égard des personnes qui luttent contre la toxicomanie, nous n’acceptons pas les désordres de la rue qui font que les communautés ne se sentent pas en sécurité », a déclaré M. Eby.

La semaine dernière, de hauts responsables de la police ont témoigné devant une commission parlementaire, indiquant que le projet pilote de décriminalisation de la Colombie-Britannique ne comportait pas suffisamment de garde-fous pour maintenir l’ordre public.

Ce changement intervient le jour même où la ministre de la Santé mentale de la Colombie-Britannique, Jennifer Whiteside, a rencontré son homologue fédérale, Ya'ara Saks, à Vancouver, pour demander au gouvernement libéral d’aider la province à résoudre son problème de consommation de drogues dans l’espace public.

Par ailleurs, le NPD doit faire face à des élections cette année et les partis d’opposition, notamment le Parti conservateur de la Colombie-Britannique et BC United, se sont engagés à revenir sur la décriminalisation.

M. Whiteside a demandé à M. Saks de l’aider à renforcer la surveillance des lieux de consommation de drogue.

La police aura désormais la possibilité de lutter contre la consommation de drogues dans tous les espaces publics, mais les arrestations pour possession de drogues illégales ne pourront avoir lieu que dans des « circonstances exceptionnelles ».

« Nous prenons des mesures pour nous assurer que la police dispose des outils dont elle a besoin pour garantir des communautés sûres et confortables pour tout le monde, alors que nous élargissons les options de traitement pour que les gens puissent rester en vie et se rétablir », a ajouté M. Eby.

La police est encouragée à demander aux toxicomanes de partir, à saisir les drogues et, en dernier recours, à les arrêter si nécessaire.

Le ministre de la Sécurité publique de la Colombie-Britannique, Mike Farnworth, a déclaré que la province continuerait à cibler les bandes et les organisations criminelles qui fabriquent et trafiquent des drogues toxiques, tout en prenant des mesures pour interdire la consommation de drogues dans les espaces publics.

« Nos communautés sont confrontées à de grands défis. Des gens meurent à cause des drogues létales de rue, et nous sommes conscients des problèmes liés à l’usage public et au désordre dans nos rues », a déclaré M. Farnworth.

Le personnel hospitalier a également signalé une augmentation de la consommation de substances illicites dans les chambres et les salles de bains des patients, y compris dans les services de maternité, ce qui, selon lui, met en péril la sécurité du personnel et des patients.

Outre l’interdiction de la consommation de drogues dans les hôpitaux, la province a déclaré qu’elle améliorerait la sécurité des patients, des visiteurs et du personnel soignant.

Les patients admis dans les hôpitaux seront interrogés pour savoir s’ils ont un problème de drogue. S’ils répondent par l’affirmative, ils bénéficieront d’un soutien et d’une surveillance médicale pour s’assurer qu’ils reçoivent des soins personnalisés afin de les aider à gérer leur dépendance et leurs problèmes médicaux.

Le ministre de la Santé de la Colombie-Britannique, Adrian Dix, s’est félicité de la manière dont la nouvelle politique rendra les hôpitaux plus sûrs.

« Le plan d’action lancé aujourd’hui améliorera la manière dont les patients souffrant d’une dépendance sont soutenus lorsqu’ils ont besoin de soins hospitaliers, tout en évitant que d’autres personnes soient exposées aux effets secondaires de la consommation de drogues illicites », a déclaré M. Dix.

Tout en interdisant les drogues, la province accroît la disponibilité et l’accessibilité des opioïdes pour les personnes qui en sont dépendantes.

La province a déclaré qu’elle intégrerait les services d’aide aux toxicomanes dans les soins de santé, le logement et d’autres services connexes. La Colombie-Britannique a également fait part de son intention de travailler avec des experts pour « développer des méthodes permettant de suivre les solutions de remplacement prescrites dans le but d’identifier et de prévenir les détournements ».

La consommation de drogues illégales a explosé sur les plages, dans les parcs et dans les hôpitaux de la Colombie-Britannique depuis que le projet de décriminalisation de la province a été mis en œuvre le 31 janvier 2023, ce qui a suscité de vives réactions de la part du public.

Les consommateurs de drogues étaient autorisés à posséder et à utiliser de petites quantités de diverses drogues toxiques, comme le fentanyl, en public, sans être arrêtés ni subir de conséquences juridiques.

Les maires de toute la Colombie-Britannique ont qualifié de « crise » la consommation généralisée de drogues en public.

La Colombie-Britannique a enregistré un record d’au moins 2 511 décès présumés dus à la consommation de drogues illégales en 2023, malgré le projet pilote de décriminalisation en cours.

mardi 3 octobre 2023

Immigration — La Suède demande à son armée d'aider la police à lutter contre les bandes criminelles (m à j vidéo)


Billet du 30 septembre

Une vague sans précédent de meurtres imputés au trafic de drogue conduit le Premier ministre à envisager de faire appel aux forces armées.

La Suède a demandé à son armée d’aider la police à lutter contre la criminalité des gangs, à la suite d’une forte augmentation des fusillades meurtrières et des attentats à la bombe dans le pays scandinave.

Ulf Kristersson, le Premier ministre de centre-droit, a déclaré, à l’issue d’une réunion qui s’est tenue vendredi avec le chef des forces de défense et de police suédoises, qu’il demanderait la semaine prochaine à l’armée de l’aider.

Il envisage également de modifier la loi pour permettre aux forces armées d’apporter une aide encore plus importante.

 


« Je ne saurais trop insister sur la gravité de la situation. La Suède n’a jamais rien vu de tel auparavant. Aucun autre pays d’Europe ne connaît une telle situation », a déclaré M. Kristersson lors d’une allocution télévisée à la nation dans la nuit de jeudi à vendredi.

Les chefs de la police ont déclaré que la Suède était confrontée à la situation la plus grave en matière de sécurité intérieure depuis la Seconde Guerre mondiale, les gangs d’immigrés se livrant à un conflit sanglant.

La police pense que les gangs utilisent de plus en plus d’enfants pour commettre leurs crimes, car les moins de 18 ans restent souvent impunis ou sont condamnés à de faibles peines par les tribunaux.

L’année dernière a déjà établi un record pour le nombre de fusillades mortelles en Suède, et ce mois de septembre est en passe de devenir le pire mois depuis que l’on tient des statistiques.

« C’est la naïveté et l’inconscience politiques qui nous ont conduits là où nous sommes », a déclaré le Premier ministre suédois. « Ce sont les politiques d’immigration irresponsables et l’échec de l’intégration qui nous ont conduits ici. »

« L’exclusion sociale et les sociétés parallèles nourrissent les gangs criminels. Ils peuvent y recruter sans pitié des enfants et les former pour qu’ils deviennent de futurs tueurs », a-t-il ajouté.
 
La police sur les lieux d’une fusillade qui a fait un mort et un blessé à Jordbro, au sud de Stockholm, aux premières heures de jeudi, une attaque liée à la guerre des gangs

dimanche 3 septembre 2023

Étude — Les consommateurs de marijuana présentent des niveaux élevés de plomb et de cadmium

Des chercheurs ont constaté que les consommateurs de marijuana présentaient des niveaux considérablement plus élevés de métaux tels que le plomb et le cadmium dans le sang et l’urine. L’étude, qui est l’une des plus importantes de ce type, a analysé les données de plus de 7 000 participants à l’enquête nationale sur la santé et la nutrition (National Health and Nutrition Examination Survey).

Alors que l’on avait émis l’hypothèse que le cannabis pouvait être une source d’exposition aux métaux en raison de sa capacité à capter les métaux du sol, l’étude confirme que la consommation de cannabis est en effet une source d’exposition méconnue. Les résultats plaident en faveur d’une intensification des recherches sur la consommation de cannabis et les contaminants, d’autant plus que la légalisation du cannabis continue de s’étendre aux États-Unis et qu’elle est rentrée en vigueur en 2018 au Canada.


Faits marquants :
  • Les consommateurs de marijuana présentent des taux de plomb plus élevés dans le sang (1.27 μg/dL) et dans l’urine (1,21 μg/g de créatinine) que les non-consommateurs.
  • Cette étude est la première à mesurer les niveaux de biomarqueurs métalliques chez les consommateurs de marijuana, ce qui en fait l’une des études les plus vastes et les plus complètes sur ce sujet à ce jour.
  • Alors que la consommation de marijuana devient de plus en plus courante et que plus de la moitié de la population américaine vit dans des régions où elle est légale, l’étude soulève des inquiétudes quant à l’absence de lignes directrices fédérales sur les contaminants du cannabis.
Le plomb
 
Le plomb (Pb) est un métal lourd connu pour ses effets néfastes sur la santé humaine, particulièrement associé à des effets néfastes sur le développement neurologique des enfants et à des maladies cardiovasculaires chez les adultes ; les organisations de santé reconnaissent qu’il n’existe pas de niveau d’exposition au Pb sans danger. Le Pb est persistant dans l’environnement, et présente des risques liés à l’exposition. Nos résultats indiquent que la consommation de marijuana était l’une de ces sources d’exposition non réglementées. Contrairement à notre étude, une récente étude en laboratoire sur les aérosols n’a pas trouvé de Pb dans la fumée de cannabis. Cependant, les auteurs ont indiqué que la marijuana utilisée dans leur étude avait été cultivée dans un environnement contrôlé et réglementé en matière de contaminants. Nos résultats suggèrent donc que la marijuana n’est pas toujours cultivée de cette manière et qu’elle peut être contaminée par des métaux tels que le Pb. Des engrais et de l’eau d’irrigation de moindre qualité ou des sols contaminés par le Pb peuvent également contribuer à des niveaux plus élevés de Pb dans la plante de cannabis.

Le cadmium

« Le cadmium est absorbé dans le système rénal et est filtré par les reins. Par conséquent, le cadmium urinaire reflète la charge corporelle totale, la quantité absorbée sur une longue période d’exposition chronique ».

Le cadmium est un élément naturel utilisé dans des produits tels que les piles, les pigments, les revêtements métalliques et les plastiques. Selon les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), il est également présent dans la fumée de cigarette et absorbé dans les aliments d’origine végétale et animale consommés par l’homme.

Consommé en grandes quantités, le cadmium peut provoquer des problèmes d’estomac et, inhalé à des niveaux élevés, il peut entraîner des lésions pulmonaires, voire la mort. Le cadmium est considéré comme un agent cancérigène.

« L’exposition à de faibles niveaux de cadmium dans l’air, les aliments, l’eau et, en particulier, dans la fumée de tabac peut, au fil du temps, accumuler du cadmium dans les reins et provoquer des maladies rénales et une fragilité osseuse », note le CDC.
 
Source de l’étude : Université de Columbia

Une recherche menée à la Mailman School of Public Health de l’Université de Columbia a détecté des niveaux importants de métaux dans le sang et l’urine des consommateurs de marijuana, concluant que la marijuana peut être une source importante et sous-estimée d’exposition au plomb et au cadmium. 

Il s’agit d’une des premières études à faire état des niveaux de biomarqueurs métalliques chez les consommateurs de marijuana et très probablement de l’étude la plus importante à ce jour, qui établit un lien entre la consommation de marijuana déclarée par les intéressés et les mesures internes de l’exposition aux métaux, plutôt que de se contenter d’examiner les niveaux de métaux présents dans la plante de cannabis.

Cinq métaux ont été mesurés dans le sang et 16 dans l’urine. Crédit : Neuroscience News

Les résultats sont publiés en ligne dans la revue Environmental Health Perspectives,

mardi 29 août 2023

L'échec en matière de drogues : L’« approvisionnement sûr » du gouvernement libéral alimente une nouvelle crise des opioïdes

Les partisans d’un « approvisionnement plus sûr » veulent vous faire croire que leurs solutions à la crise de la toxicomanie au Canada fonctionnent. Ils affirment qu’en fournissant aux consommateurs de drogues des substituts gratuits et financés par le gouvernement pour des substances illicites potentiellement contaminées, les surdoses peuvent être réduites et des vies peuvent être sauvées.


Le Canada est aux prises avec une crise des opioïdes qui a tué plus de 35 000 personnes depuis 2016. Alors, pourquoi ne pas soutenir cette solution ? Eh bien, il s’avère qu’une grande partie de ce qui a été dit au sujet de l’approvisionnement plus sûr est exagérée ou simplement fausse.

Selon un certain nombre de médecins spécialistes de la toxicomanie, une grande partie des médicaments censément plus sûrs distribués gratuitement dans le cadre de programmes financés par le gouvernement ne sont pas consommés par les personnes auxquelles ils sont destinés. Au contraire, ces médicaments sont vendus sur le marché noir à des prix défiant toute concurrence, généralement pour financer l’achat de fentanyl illicite. Les programmes d’approvisionnement plus sûr n’endiguent pas le marché du fentanyl, ils le subventionnent.

Les médecins signalent également qu’en raison de cette revente sur le marché noir (officiellement appelée « détournement »), les communautés à travers le Canada ont été inondées d’opioïdes bon marché. Selon certains des experts avec lesquels je me suis entretenu, cette situation a entraîné une baisse du prix de l’hydromorphone (le principal opioïde distribué dans les sites d’approvisionnement plus sûr) estimée à 70-95 % dans les villes dotées de programmes d’approvisionnement plus sûr.

Les consommateurs de drogues ont déclaré aux médecins spécialistes de la toxicomanie que, tel un geyser, l’hydromorphone détournée s’écoule de ces villes vers d’autres marchés où les opioïdes sont plus rares et se vendent à des prix plus élevés. L’hydromorphone serait revendue dans tout le Canada et même dans d’autres pays, ce qui remplit les poches des trafiquants de drogue et des gangs. 


Selon une étude de 2017 publiée dans Psychopharmacology, une revue scientifique à comité de lecture, l’hydromorphone a « des effets subjectifs et physiologiques similaires à ceux de l’héroïne », mais est « plus puissante que l’héroïne ». Une autre étude de 1990, publiée dans The Journal of the International Association for the Study of Pain, estime que l’hydromorphone est en fait cinq fois plus puissante que l’héroïne.

L’augmentation spectaculaire de la disponibilité et de l’accessibilité de l’hydromorphone a eu des conséquences négatives. Les médecins signalent une nouvelle vague de dépendances aux opioïdes, particulièrement prononcée chez les jeunes.

Les programmes de traitement axés sur le rétablissement ont également été dévastés. Les médecins spécialistes de la toxicomanie signalent que de nombreux patients qui s’épanouissaient dans leur rétablissement rechutent aujourd’hui. Les patients abandonnent le traitement pour s’inscrire à des programmes d’approvisionnement plus sûrs, ou sont ramenés à la dépendance par l’hydromorphone abondante et bon marché achetée dans la rue.

Lorsque les toxicomanes consomment effectivement leur approvisionnement plus sûr, les résultats peuvent malgré tout être désastreux. Plusieurs personnes interrogées ont confirmé que les comprimés d’hydromorphone, conçus pour être consommés par voie orale, sont souvent écrasés pour être injectés par voie intraveineuse, ce qui peut entraîner des infections atroces et défigurantes ayant paralysé certains patients.

 

Après examen des principaux documents gouvernementaux et avoir pris contact avec Santé Canada et les ministères concernés en Ontario et en Colombie-Britannique, il semble évident que les décideurs politiques canadiens sont conscients de bon nombre de ces problèmes, mais qu’ils ne sont pas intéressés à les résoudre ou qu’ils tentent activement d’empêcher le public de prendre conscience du désastre qu’a été la sécurisation de l’approvisionnement.

vendredi 14 juillet 2023

L'armée américaine a un problème de recrutement de poids

L’armée américaine et l’armée de l’air, qui cherchent désespérément à combler leurs déficits de recrutement, font un effort considérable pour recruter des immigrés, en leur offrant la possibilité d’obtenir la citoyenneté en quelques semaines. (11 juin 2023)

Quelle est l’ampleur de la crise du recrutement ? 

Au cours du dernier exercice budgétaire, l’armée de terre a manqué son objectif de recrutement de 15 000 soldats en service actif, soit 25 % de son objectif. Ce déficit a contraint l’armée à réduire ses effectifs prévus en service actif de 476 000 à 466 000. Et l’exercice comptable en cours risque d’être encore pire. Les responsables de l’armée prévoient que les effectifs du service actif pourraient diminuer de 20 000 soldats d’ici septembre, pour atteindre 445 000 soldats. Cela signifie que la principale force terrestre du pays pourrait diminuer de 7 % en seulement deux ans, à un moment où ses missions augmentent en Europe et même dans le Pacifique, où l’armée de terre fournit un grand nombre de moyens essentiels en temps de guerre, sans lesquels les autres services ne peuvent pas fonctionner.

Pour ne rien arranger, en 2022, quelque 40 000 soldats de la Garde nationale et 22 000 réservistes qui ont refusé d’être vaccinés contre le COVID-19 ne sont plus autorisés à participer à leurs tâches militaires, ce qui les prive également de certains avantages militaires. 

vendredi 5 mai 2023

Étude danoise — Le cannabis causerait ¼ des nouveaux cas de schizophrénie chez les jeunes hommes

Une nouvelle étude réalisée au Danemark présente les résultats les plus inquiétants à ce jour concernant le lien entre le cannabis et la schizophrénie.

Selon des chercheurs danois, le cannabis est désormais à l’origine d’un cas sur quatre de schizophrénie nouvellement diagnostiquée chez les jeunes hommes.

D’après leur analyse, le cannabis est désormais de loin le facteur de risque non génétique le plus important pour la schizophrénie, une maladie mentale dévastatrice.

Les symptômes les plus connus de la schizophrénie sont la paranoïa et les hallucinations, mais la maladie nuit également à la motivation et réduit même l’intelligence globale. En outre, les personnes atteintes de schizophrénie courent un risque élevé de commettre des actes de violence.

La nouvelle étude suggère que les États-Unis, où la consommation de cannabis est beaucoup plus élevée qu’au Danemark, pourraient déjà connaître une augmentation du nombre de cas de schizophrénie. Mais comme les États-Unis n’essaient même pas de comptabiliser les nouveaux diagnostics de schizophrénie, il est pratiquement impossible d’en être certain.
 
Selon les chercheurs, le lien entre la consommation problématique de cannabis et la maladie s’est considérablement renforcé au cours des 50 dernières années. Au cours de la même période, le cannabis est devenu beaucoup plus puissant, avec des niveaux beaucoup plus élevés de THC — la substance chimique responsable de ses effets psychoactifs.

Les chercheurs ont pu suivre ces changements grâce au système national de soins de santé du Danemark, qui leur a permis de voir tous les nouveaux diagnostics de schizophrénie et de troubles liés à l’usage du cannabis — ou dépendance à la marijuana. Ils ont examiné le nombre de personnes souffrant de ce trouble qui ont ensuite été diagnostiquées schizophrènes. Ils ont ensuite pris en compte d’autres facteurs connus pour être à l’origine de la schizophrénie, tels que les antécédents familiaux de maladie mentale.

L’étude était de grande envergure, puisqu’elle portait sur les dossiers médicaux de près de 7 millions de personnes, soit l’ensemble de la population danoise âgée de 16 à 49 ans en 2012.

(La courbe rouge ci-dessous correspond au facteur de risque de schizophrénie associé au cannabis dans la population mâle. En 1972, à peine 2 % des nouveaux cas de schizophrénie chez les hommes étaient attribuables à une forte consommation de cannabis. En 2022, c’est le cas d’environ 20 % d’entre eux).
 
 

Tendances de la proportion de schizophrénie attribuable aux troubles liés à la consommation de cannabis au Danemark entre 1972 et 2021, par sexe. VA % = variation annuelle en pourcentage, VAM % = variation annuelle moyenne en pourcentage de 1971 à 2021 VA%=VAM % indique qu’aucun point de jonction n’a été identifié à l’aide du critère d’information bayésien.

Ils ont constaté que les troubles liés à la consommation de cannabis constituaient un signal extrêmement puissant pour un diagnostic de schizophrénie à venir ; une personne présentant ces troubles avait un risque 30 fois plus élevé d’être diagnostiquée plus tard comme schizophrène.

Une grande partie de ce risque accru pourrait s’expliquer par d’autres facteurs, tels que les antécédents familiaux de maladie mentale, qui sont également plus élevés chez les personnes souffrant de troubles liés à la consommation de cannabis. Cependant, même après avoir pris en compte tous ces facteurs, les chercheurs ont constaté que la dépendance au cannabis était associée à un risque 2,3 fois plus élevé de développer une schizophrénie.

C’est chez les jeunes hommes que la dépendance au cannabis est la plus dangereuse. Les hommes de 20 ans et moins avaient près de quatre fois plus de risques de développer une schizophrénie s’ils étaient de grands consommateurs.

Dans l’ensemble, les chercheurs ont constaté qu’environ 15 % des cas de schizophrénie diagnostiqués chez les hommes en 2021 résultaient d’une dépendance au cannabis. Chez les jeunes hommes, ce pourcentage était encore plus élevé.

Les femmes présentaient également un risque accru de nouveaux diagnostics de schizophrénie après une forte consommation de cannabis, bien que ce risque soit plus faible. Cette différence peut refléter une différence entre les cerveaux des femmes et des hommes, ou le fait que les hommes consomment plus de cannabis que les femmes, même au sein du groupe des consommateurs diagnostiqués comme dépendants.

Malheureusement, le problème des maladies mentales liées au cannabis risque d’empirer avant de s’améliorer, car de plus en plus de personnes consomment cette drogue de manière intensive et dangereuse.

Dans les années 1970, les variétés de cannabis standard contenaient généralement environ 2 % de THC. Aujourd’hui, l’herbe de cannabis contient généralement 20 % de THC, et des extraits de THC fumables presque purs sont largement disponibles. Le THC peut également être vapoté ou ingéré sous forme comestible, une méthode d’utilisation qui augmente encore sa puissance.

Par conséquent, les consommateurs de cannabis consomment couramment beaucoup plus de THC qu’il y a une génération, ce qui se traduit par des sensations fortes plus intenses et plus durables et par un risque accru de dépendance.

En 1990, seul un homme sur 1 000 au Danemark était diagnostiqué comme souffrant d’un trouble lié à la consommation de cannabis. Aujourd’hui, ce taux est de 1 sur 40.

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lundi 24 octobre 2022

L'espérance de vie moyenne des Américains chute et revient au niveau de 1996 (m à j)

Quelques détails supplémentaires

Comment expliquer une telle surmortalité ? Tout d’abord, l’état de santé général de la population, dont un tiers souffre d’obésité et 10 % de diabète – des comorbidités rendant particulièrement vulnérable face au Covid-19. Ensuite, l’absence de système de protection sociale, qui entraîne des retards dans les soins primaires et la difficulté à négocier des conditions de travail (comme le télétravail pendant la pandémie). Mais la tendance existait déjà avant la pandémie. Décès liés aux drogues et à l’alcool, suicides et maladies cardiométaboliques (diabète, obésité, cardiopathie hypertensive, par exemple) participent depuis des années à la hausse de la mortalité chez les adultes en âge de travailler (25-64 ans). […] Par ailleurs, « l’augmentation de la mortalité est liée au ralentissement des progrès de la lutte contre les maladies cardio-vasculaires, première cause de mortalité aux États-Unis », explique Magali Barbieri. « Cette tendance s’observe dans d’autres pays, mais elle est très marquée aux États-Unis, y compris chez les jeunes, en lien avec l’obésité, mais aussi le Covid-19 », ajoute la démographe, qui dirige, à l’Université de Californie, une base de données internationale sur la mortalité, la Human Mortality Database.

 Source : Le Monde


Billet du  8 septembre 2022

L’espérance de vie moyenne des Américains a chuté précipitamment en 2020 et 2021, la plus forte baisse sur deux ans en près de 100 ans et un rappel brutal du bilan imposé à la nation par la poursuite de la pandémie de coronavirus.

En 2021, l’Américain moyen pourrait s’attendre à vivre jusqu’à l’âge de 76 ans, ont rapporté mercredi des chercheurs fédéraux en santé. Le chiffre représente une perte de près de trois ans depuis 2019, alors que les Américains pouvaient s’attendre à vivre, en moyenne, près de 79 ans.

La réduction a été particulièrement forte chez les Amérindiens et les Autochtones de l’Alaska, a rapporté le National Center for Health Statistics. L’espérance de vie moyenne dans ces groupes a été raccourcie de quatre ans rien qu’en 2020.

Le déclin cumulé depuis le début de la pandémie, plus de six ans et demi en moyenne, a porté l’espérance de vie à 65 ans chez les Amérindiens et les autochtones de l’Alaska — à égalité avec le chiffre pour tous les Américains en 1944.

  

En 2021, le raccourcissement de la durée de vie était plus prononcé chez les Américains blancs que chez les Noirs américains, qui ont connu des réductions plus importantes au cours de la première année de la pandémie.

Le Dr Steven Woolf, directeur émérite du Center on Society and Health de la Virginia Commonwealth University, a qualifié la diminution de l’espérance de vie aux États-Unis d’« historique ».

Alors que la pandémie a entraîné la majeure partie de la baisse de l’espérance de vie, une augmentation des décès accidentels et des surdoses de drogue a également contribué, tout comme les décès dus aux maladies cardiaques, aux maladies chroniques du foie et à la cirrhose, selon le nouveau rapport.

La chute continue dans les populations amérindiennes et de l’Alaska était d’autant plus bouleversante qu’elle s’est produite après une campagne de vaccination réussie, a déclaré Noreen Goldman, professeur de démographie et d’affaires publiques à la Princeton School of Public and International Affairs. Elle a ajouté : « La population amérindienne s’est plutôt bien comportée dans les efforts de vaccination, et cela nous a fait sentir que 2021 ne serait pas aussi dévastatrice que 2020. »

« C’était faux, et c’est assez difficile à avaler », a-t-elle ajouté.

Les Américains blancs ont connu la deuxième plus forte baisse de l’espérance de vie moyenne en 2021, une baisse d’un an, à 76,4 en 2021 contre 77,4 en 2020. La baisse a été plus prononcée que celle des Noirs américains, à sept dixièmes d’année. Cela a été suivi par les Américains d’origine hispanique, dont l’espérance de vie n’a baissé que de deux dixièmes d’année en 2021.

Mais les Américains noirs et hispaniques ont été durement touchés en 2020, la première année de la pandémie. L’espérance de vie moyenne des Hispano-Américains a chuté de quatre ans, passant de 81,9 à 77,9 ans en 2019. Le chiffre des Noirs américains a diminué presque autant, de plus de trois ans à 71,5 ans en 2020.

Les Américains blancs ont connu la plus faible baisse au cours de la première année de la pandémie, une baisse de 1,4 an à 77,4 contre 78,8. Pour les Américains blancs et noirs, l’espérance de vie est désormais la plus basse depuis 1995, ont déclaré des chercheurs fédéraux.

Les Américains d’origine asiatique avaient l’espérance de vie la plus élevée parmi les groupes raciaux et ethniques inclus dans la nouvelle analyse : 83,5 ans, en moyenne. Le chiffre n’a que légèrement diminué l’année dernière, passant de 83,6 en 2020.

Cette chute de l’espérance de vie est la plus forte réduction aux États-Unis au cours d’une période de deux ans depuis le début des années 1920, lorsque l’espérance de vie est tombée à 57,2 ans en 1923. Cette baisse peut avoir été liée à des taux de chômage et de suicide élevés pendant une récession plus précoce, ainsi qu’une forte augmentation de la mortalité chez les hommes et les femmes non blancs.

Bien que le système de santé américain soit parmi les meilleurs au monde, les Américains souffrent de ce que les experts ont appelé « le désavantage américain en matière de santé », un amalgame d’influences qui érodent le bien-être, a déclaré le Dr Woolf.

Ceux-ci comprennent un système de soins de santé fragmenté et axé sur le profit ; une mauvaise alimentation et un manque d’activité physique ; et des facteurs de risque généralisés tels que le tabagisme, les morts dus aux armes à feu, la pauvreté et la pollution.

Le résultat est une charge de morbidité élevée chez les Américains et une espérance de vie plus courte par rapport à celle de pays comparables à revenu élevé au cours des deux dernières décennies, a déclaré le Dr Woolf.

Sources : New York Times, AFP, CDC

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