« Débattre… est troublant et inquiétant » : une phrase indigne d’une ministre de l’Enseignement supérieur.
C’est pourtant ce qu’a écrit Mme Biron, l’actuelle ministre de l’Enseignement supérieur du Québec.
Une ministre de l’Enseignement supérieur devrait être particulièrement attachée au débat d’idées, à la confrontation des arguments et à la liberté de discussion. Or, Mme Biron présente comme « troublant et inquiétant » le simple fait de vouloir débattre d’une question controversée.
Le Canada a décriminalisé l’avortement jusqu’à la naissance, une situation exceptionnelle en Occident, où la quasi-totalité des pays fixent une limite, généralement au cours du deuxième trimestre ou à son issue.
Au Canada, il est donc théoriquement possible d’avorter jusqu’au terme, y compris après que le fœtus est viable. C’est un fait. Rappelons que la viabilité fœtale est généralement atteinte vers 24 semaines de grossesse.
Dans une société démocratique, on doit pouvoir débattre de tout, y compris de sujets qui déplaisent à la gauche et à la CAQ — que d’aucuns ont, non sans ironie, qualifiée de parti de droite.
Rappelons d’ailleurs que l’interdiction de l’avortement au troisième trimestre, sauf lorsque la santé de la mère est en jeu, recueillait l’appui de 49 % des Canadiens et de 41 % des Québécois dans un sondage de l’Angus Reid Institute réalisé en 2020.
Et pourtant, on voudrait nous expliquer qu’il ne faudrait même pas en discuter.
En août 2025, un sondage de Research Co. indiquait que 49 % des Canadiens et 58 % des Québécois estimaient que l’avortement devrait être légal « en toutes circonstances ». Autrement dit, cette position ne recueille pas l’adhésion d’une majorité au Canada, et elle est loin de faire l’unanimité au Québec.
Ces chiffres, provenant de deux firmes de sondages sérieuses et régulièrement citées dans les médias, montrent que le débat n’est ni marginal ni « extrême ».
Lorsqu’une proportion aussi importante de la population — y compris au Québec — se montre favorable à l’instauration d’une limite comme il en existe dans la plupart des pays occidentaux, qualifier l’ouverture d’une discussion de « troublante et inquiétante » en dit peut-être davantage sur la fragilité du prétendu « consensus » que sur le débat lui-même.
Une autre question, tout aussi légitime, reste taboue : faut-il que le Trésor public rembourse tous les avortements, y compris ceux pratiqués alors que la vie de la mère n’est pas en danger et que l’enfant est déjà viable ? Et que faire lorsque l’« indication médicale » invoquée repose sur la santé mentale de la mère, au risque de transformer une notion aussi large en justification de convenance pour un avortement qui répond en réalité au simple choix de ne pas poursuivre une grossesse non désirée ? Pourquoi faire peser sur le budget de la santé le coût de tels avortements électifs ?
Pourquoi la ministre refuse-t-elle que ces questions soient discutées ? Pourquoi ce tabou ?
On assiste à une sacralisation de décisions vieilles de près de quarante ans — arrêt Morgentaler, 1988 — alors que la société québécoise a profondément changé. Avec un indice de fécondité tombé à un creux historique de 1,35 enfant par femme en 2024 (1,36 en 2025), le plus bas jamais enregistré, on pourrait au moins s’interroger sur la place que nous accordons à l’enfant. Et, plus fondamentalement, se demander si l’avortement, lorsqu’il est érigé en droit pratiquement intouchable, ne finit pas par dévaloriser l'enfant et la vie elle-même. Pourquoi cette question devrait-elle être soustraite au débat ?
Ces questions sont légitimes et devraient être ouvertes au débat.
Et pourtant : la crispation persiste, le débat « inquiète » la ministre.
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