Carnet voué à la promotion d'une véritable liberté scolaire au Québec, pour une diversité de programmes, pour une plus grande concurrence dans l'enseignement.
Lorsque Cecilia Rosenbaum a découvert un escalier dont les montants verticaux de chaque marche étaient ornés d’autocollants colorés représentant « Peter Pan », « Charlie et la chocolaterie » et d’autres titres de livres pour enfants très appréciés, elle a décidé de reproduire cette idée dans son école. La directrice de Montessori Mondial Kungsholmen, une grundskola (école obligatoire de neuf ans), s’est donné pour mission d’inciter ses élèves à lire davantage. Pendant la récréation, les livres sont apportés dans le parc situé devant l’école. Chaque journée commence par 15 minutes de lecture en classe. Un jour par semaine, l’enseignant fait la lecture à voix haute à toute la classe.
Autrefois pays affichant le taux d’alphabétisation le plus élevé au monde, la Suède a vu ses résultats en lecture baisser ces derniers temps. En 2022 (dernières données disponibles), le score de la Suède en lecture au PISA, une étude mondiale sur les compétences en lecture et autres aptitudes des jeunes de 15 ans, avait chuté de 19 points en quatre ans pour s’établir à 487. À titre de comparaison, l’Irlande affichait 516 et Singapour, en tête du classement, 543. « Environ 25 % des élèves suédois ont des difficultés à lire correctement », explique Lotta Edholm, ministre de l’Enseignement supérieur. Selon elle, cela est « lié à une dépendance excessive aux outils numériques sans preuve suffisante de leur efficacité ».
Mme Edholm est déterminée à réduire l’éducation numérique. « Från skärm till pärm » (de l’écran au classeur/des pixels aux pages) est le slogan de son gouvernement de centre-droit pour sa politique de « retour aux sources », visant à réduire l’utilisation des ordinateurs et des tablettes au profit de l’écriture manuscrite et des manuels scolaires traditionnels. En août de cette année, les téléphones portables seront interdits dans toutes les grundskolor. En 2023, le gouvernement a lancé un programme d’investissement ambitieux pour atteindre son objectif de fournir un manuel par élève et par matière. À ce jour, il a dépensé plus de 2 milliards de couronnes suédoises (182 millions d'euros, 291 millions de dollars canadiens) pour ramener les livres et continuera d’investir dans la lecture hors ligne, l’écriture manuscrite et le calcul.
D’autres pays en Europe et en Amérique s’engagent dans un retour aux livres et aux stylos à l’école, mais aucun aussi rapidement que le Danemark, la Suède et la Finlande, pays qui sont par ailleurs des adeptes enthousiastes des technologies numériques. L'année dernière, la Finlande, berceau de Nokia, l'un des pionniers mondiaux de la téléphonie mobile, a introduit des restrictions sévères quant à l'utilisation des téléphones portables pendant les cours pour les enfants âgés de 7 à 16 ans. Le Danemark emboîtera le pas cette année avec une loi imposant l'interdiction des téléphones et des tablettes personnelles dans les folkeskole, les écoles jusqu'à l'âge de 16 ans.
« Revenir aux livres coûte cher », explique Merete Riisager, ancienne ministre danoise de l’Éducation. Le Danemark a été pionnier dans l’utilisation des tablettes à l’école dès 2011, mais n’a dispensé que peu de formation aux enseignants. « Nos enseignants étaient perdus », raconte Kara Barker-Astrom, directrice du VRG Campus Viktor Rydberg, un lycée de Stockholm. Le pays en est depuis venu à regretter sa campagne en faveur du numérique. Mme Riisager estime que les tablettes ont joué un rôle dans la détérioration des compétences en lecture et en mathématiques des élèves danois. Les preuves scientifiques des avantages de l’interdiction des téléphones sont encore maigres, mais elles se multiplient. « Dans l’ensemble, tout le monde s’accorde à dire que restreindre l’utilisation des téléphones est bon pour l’attention des enfants », explique Lucia Magis-Weinberg, de l’université de Washington.
Une étude publiée en octobre a montré qu’une interdiction des téléphones « de la première à la dernière sonnerie » dans un grand district scolaire de Floride avait initialement entraîné une augmentation des exclusions temporaires d’élèves. Elle a toutefois constaté de nettes améliorations des résultats aux examens dès la deuxième année de l’interdiction. Elle a également révélé que l’interdiction des téléphones avait considérablement réduit l’absentéisme, les élèves s’étant adaptés et ayant commencé à apprécier le fait de ne pas être constamment rivés à leurs écrans. Une meilleure assiduité pourrait expliquer en partie l’amélioration des résultats aux examens. Malgré tout, Mme Magis-Weinberg met en garde contre l’idée qu’il existerait une politique universelle.
Mme Barker-Astrom salue bon nombre des mesures de Mme Edholm, mais met en garde contre un revirement excessif. Les élèves de plus de 16 ans doivent pouvoir utiliser des téléphones et des ordinateurs portables, car les matières qu’ils étudient deviennent plus complexes et il faut les préparer aux compétences numériques requises à l’université et sur le marché du travail. Malgré tout, son école continue de couper l’accès à Internet pendant les examens, car la tentation de tricher ou de consulter les réseaux sociaux est tout simplement trop forte.
Dans une école du Kansas, l’on n’a pas seulement proscrit les téléphones portables : l’usage des ordinateurs y a été, lui aussi, strictement encadré. Les manuels imprimés, le papier et le crayon ont fait leur retour. Et, fait notable, certains élèves affirment désormais préférer cet apprentissage à l’ancienne.
Pendant des années, l’enseignante Inge Esping s’est efforcée de capter l’attention des enfants, luttant sans relâche contre la dispersion induite par les écrans.
En 2022, l’établissement de McPherson, petite ville du Kansas, a interdit les téléphones cellulaires. Mais les distractions numériques n’ont pas disparu pour autant : les élèves continuaient de regarder des vidéos sur YouTube ou de jouer à des jeux vidéo sur les Chromebook fournis par l’école. Certains détournaient même les comptes Gmail scolaires pour harceler leurs camarades.
En décembre dernier, une décision plus radicale fut prise : les 480 élèves de l’établissement ont été privés des ordinateurs portables qu’ils utilisaient jusque-là en classe comme à domicile. Désormais, ces appareils, fonctionnant sous le système Chrome de Google, sont conservés dans des chariots en salle de classe et n’en sortent que pour des activités précises, sous la supervision des enseignants. Les élèves, quant à eux, ont repris l’habitude de prendre des notes à la main.
« Nous ne pouvions laisser les enfants à la merci d’une telle source de distraction. La technologie peut être un outil ; elle ne saurait constituer la solution à elle seule », résume Mme Esping, aujourd’hui directrice de l’établissement.
L’école secondaire de McPherson apparaît ainsi comme l’un des fers de lance d’un mouvement plus large de remise en question du tout-numérique dans l’éducation.
Depuis le début des années 2020, les grandes entreprises technologiques, telles Apple, Google ou Microsoft, ont rivalisé pour s’imposer dans les salles de classe, promouvant l’idée d’un ordinateur par élève. Ces outils devaient démocratiser l’éducation et en améliorer les résultats. Aujourd’hui, des acteurs comme OpenAI tiennent un discours analogue au sujet de l’intelligence artificielle.
Des promesses onéreuses largement déçues
Après des investissements de plusieurs milliards de dollars dans les Chromebook, les iPad et les logiciels éducatifs, de nombreuses études concluent que ces technologies n’ont, dans l’ensemble, ni amélioré les performances scolaires ni augmenté les taux de diplomation. L’UNESCO et divers chercheurs soulignent même qu’un recours excessif au numérique peut nuire à l’apprentissage.
Dans plusieurs États américains, notamment la Caroline du Nord, la Virginie, le Maryland et le Michigan, des établissements ayant adopté le modèle « un appareil par élève » réévaluent aujourd’hui cette stratégie. Les Chromebook, omniprésents dans les écoles, sont particulièrement remis en question. Pour nombre d’enseignants et de parents, limiter leur usage permet de recentrer l’enseignement sur la parole, l’attention et la collaboration entre élèves.
« Il ne s’agit pas de revenir à l’âge de pierre, mais de faire un usage plus judicieux de la technologie », explique Shiloh Vincent, responsable du conseil scolaire de McPherson.
Ce revirement s’inscrit dans une prise de conscience plus globale des effets potentiellement délétères des technologies numériques sur l’enfance et l’adolescence.
Ainsi, le 25 mars dernier, un jury californien a estimé que des plateformes appartenant à Meta et YouTube, propriété de Google, avaient contribué à l’addiction et à la dépression d’une adolescente. Par ailleurs, plus de trente États américains ainsi que l’ensemble des provinces canadiennes ont adopté des mesures limitant ou interdisant l’usage des téléphones à l’école. En Australie, les réseaux sociaux sont désormais tenus de restreindre l’accès des moins de seize ans, une orientation que d’autres pays envisagent.
Dans ce contexte, des associations de parents et d’éducateurs s’en prennent désormais aussi aux ordinateurs portables et aux logiciels scolaires. Des mouvements tels que Schools Beyond Screens ou Distraction-Free Schools Project militent activement pour une réduction du temps d’écran.
Vers un encadrement législatif
Au moins dix États, dont le Kansas, le Vermont et la Virginie, examinent des projets de loi visant à limiter l’exposition des élèves aux écrans, à exiger des garanties quant à la sécurité et à l’efficacité des outils numériques, ou encore à reconnaître aux parents un droit de retrait.
L’Utah a, pour sa part, récemment adopté une législation imposant aux écoles de fournir aux parents des dispositifs de suivi leur permettant de consulter les sites visités par leurs enfants et le temps qu’ils y consacrent sur les appareils scolaires.
À McPherson, l’établissement dirigé par Mme Esping, qui accueille des élèves du début du secondaire, occupe un bâtiment de briques rouges datant de 1938, dont l’auditorium conserve encore ses sièges en bois d’origine. Les salles de sciences abritent de vieux microscopes et du mobilier ancien.
« Nous avons déjà, d’une certaine manière, un petit air d’un autre temps », observe la directrice.
En 2016, pourtant, le district scolaire avait adopté avec enthousiasme le modèle du Chromebook à bas coût, proposé par Google, dans l’espoir de favoriser l’égalité des chances et de développer des compétences jugées essentielles.
Mais lorsque Mme Esping prit ses fonctions en 2022, elle estima que l’omniprésence de la technologie nuisait à l’apprentissage. L’interdiction des téléphones fit rapidement reculer le harcèlement en ligne et les incidents disciplinaires. Toutefois, les distractions persistaient.
Certains élèves, absorbés par les jeux vidéo, se révélaient incapables de se concentrer sur leurs travaux. D’autres utilisaient les outils numériques pour se livrer à des moqueries ou à des formes de harcèlement collectif, notamment via des documents partagés ou des réunions en ligne.
Malgré diverses mesures de restriction, les enseignants consacraient un temps considérable à surveiller l’usage des ordinateurs, au détriment de leur mission première. Plusieurs parents s’inquiétaient également du temps passé par leurs enfants à jouer sur ces appareils.
Le retrait des ordinateurs portables a produit des effets inattendus : dans la cour de récréation, des scènes oubliées ont refait leur apparition, comme des enfants jouant ensemble.
Ce mouvement dépasse largement McPherson. À Wichita, un lycée a instauré des « vendredis sans technologie ». Au Kansas, un projet de loi propose même d’interdire les ordinateurs et tablettes jusqu’à la cinquième année et d’en limiter strictement l’usage par la suite.
Au-delà de la simple réduction du temps d’écran, cette évolution traduit une volonté de recentrer l’éducation sur le développement de l’enfant, les interactions humaines et des formes de jeu plus simples.
« Ils ont réappris à faire des avions en papier », s’amuse Mme Esping, en montrant l’un d’eux coincé au plafond d’un couloir. « Ils redécouvrent les anciennes manières d’être espiègles. »
ELON MUSK : « Je pense que la valeur de l'éducation universitaire est quelque peu surestimée. Trop de gens passent quatre ans à l'université, accumulent une tonne de dettes et, souvent, n'ont pas de compétences utiles qu'ils peuvent appliquer par la suite.
J'ai beaucoup de respect pour les personnes qui travaillent avec leurs mains et nous avons besoin d'électriciens, de plombiers et de charpentiers, ce qui est bien plus important que d'avoir des diplômés en sciences politiques.
Je pense que nous devons nous défaire de l'idée que pour réussir, il faut un diplôme universitaire de quatre ans.»
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Le grand retour annoncé du papier-crayon pourrait prendre des années à se mettre branle, s’il se concrétise
En Suède, l’introduction aux appareils numériques est prévue dans le programme de la petite enfance, dans les services de garde du réseau scolaire. Il s’agit d’une orientation que le gouvernement veut modifier, une consultation est en cours présentement.
Alors que la présence des écrans dans les écoles québécoises est de plus en plus remise en question, la Suède est souvent citée en exemple comme étant le pays où le bon vieux livre a pris sa revanche sur la tablette en classe. Or la petite révolution annoncée n’est pas encore réalité et certains se demandent même si elle finira bel et bien par se concrétiser, a constaté Le Journal.
Mai 2023. La nouvelle ministre de l’éducation suédoise, Lotta Edholm, annonce qu’elle veut réduire la place des écrans à l’école et y ramener les manuels scolaires et l’écriture manuscrite.
Des millions de dollars seront investis pour l’achat de livres dans les écoles suédoises, où les écrans sont présents depuis une bonne quinzaine d’années, et ce, parfois dès les classes de la petite enfance dans l’équivalent de nos garderies qui sont intégrées au réseau scolaire suédois.
« Les élèves ont besoin de davantage de manuels scolaires. Les livres papier sont importants pour l’apprentissage des élèves », a déclaré la ministre, qui estime que le réseau scolaire est allé « trop vite » avec l’introduction du numérique à l’école.
En Suède, de récentes études font état de problèmes de mémorisation, de concentration et d’apprentissage de la lecture liés à l’utilisation des tablettes en classe.
La proportion d’élèves suédois de 10 ans ayant de la difficulté à lire est d’ailleurs passée de 12 % à 19 % en cinq ans, ce qui a poussé le gouvernement de centre-droite à aller de l’avant avec ce virage.
La pandémie et la hausse récente de l’immigration dans ce pays pourraient toutefois aussi expliquer cette baisse, selon des experts.
Peu de changements concrets
Or depuis la rentrée, peu de changements ont réellement eu lieu dans les écoles suédoises.
Au cours des derniers jours, Le Journal a contacté une vingtaine d’écoles de Stockholm, sans réussir à en trouver une qui a procédé à des changements concrets cette année.
« Ce virage est très récent, aucune décision ou stratégie n’a encore été prise à ce sujet dans nos écoles », indique de son côté Nadia Bhere, agente des communications responsable des écoles primaires à Malmö, la troisième plus grande ville de Suède.
« Au cours des dernières années, nous avons consacré beaucoup d’efforts pour introduire le numérique en classe, il s’agit donc d’un grand virage annoncé, mais qui n’est pas encore amorcé », ajoute-t-elle.
Pas encore de directives
Il faut dire qu’aucune directive formelle n’a encore été adoptée à la suite de cette annonce.
Des démarches sont en cours afin de modifier le programme d’apprentissage en petite enfance, pour les enfants âgés de 5 ans et moins, afin de retirer l’obligation d’utiliser des appareils numériques dans les services de garde.
Une consultation menée par l’agence nationale d’éducation, qui encadre le réseau scolaire, se déroule présentement jusqu’au début juin.
La ministre veut aussi apporter des modifications au programme de l’école primaire, mais rien de concret n’est encore sur la table.
Réseau scolaire décentralisé
Le réseau scolaire suédois est par ailleurs très décentralisé et il sera difficile de mettre en branle des changements malgré de nouvelles directives nationales, ajoute un Québécois qui enseigne dans une école secondaire en Suède depuis des années, mais qui a refusé d’être identifié.
« Les écoles ici ont beaucoup de latitude, elles font à peu près ce qu’elles veulent. Les changements impliquent beaucoup de résistance, plusieurs élèves ont leur ordinateur ou tablette en classe, alors ça va être très difficile de revenir en arrière », affirme-t-il.
Un directeur d’école primaire située près de Stockholm partage son avis. « C’est une annonce qui est avant tout politique. Je ne pense pas que ça va amener beaucoup de changements concrets, les appareils numériques sont déjà dans les écoles », affirme Thomas Österas.
« Mais il est possible d’avoir une approche plus équilibrée, ajoute-t-il. Chez nous, comme dans d’autres écoles, on n’a jamais cessé d’utiliser des livres et des manuels scolaires, même si on a des tablettes. »
Article intéressant paru dans Le Soleil, malgré le laïus sur la femme qui ne pouvait rester qu’à la maison et les poncifs habituels très modernes sur les Indiens caricaturés à l’époque qu’on aurait même appelés les « bourreaux » si on en croit la journaliste. Extraits.
« Autrefois, mon pays était tout couvert de forêt. Il y avait des Indiens dans la forêt. Des Indiens qui se faisaient souvent la guerre. Un jour, la Robe-Noire est venue convertir les Indiens. »
Ainsi commence le livre d’histoire des élèves de 3e année.
Nous sommes en 1952.
[…]
L’amour des manuels scolaires, c’est Jean. « J’ai toujours été un grand amoureux des livres, j’avais gardé mes livres d’école. » Mais il en manquait, entre autres le livre d’histoire où Jean était convaincu d’avoir lu que lors de la messe célébrée pour la fondation de Montréal, la lampe du sanctuaire était illuminée de mouches à feu [lucioles, vers luisants].
« Un jour, je faisais une visite à domicile chez Mme Jacques et j’ai remarqué à l’entrée une boîte de livres. Je lui ai demandé “qu’est-ce que c’est ?”, elle m’a répondu “c’est pour jeter”. C’était rempli de manuels scolaires. » Mme Jacques, Clara Deblois de son nom de jeune fille, avait été institutrice.
Elle se départissait des livres avec lesquels elle avait enseigné et de ceux-là, le manuel d’histoire de 3e année que cherchait Jean. Page 35, ce fameux passage sur la messe célébrée en présence de Jeanne Mance et de Paul de Chomedey de Maisonneuve. « Comme lampe du sanctuaire, on met des mouches à feu… dans une bouteille. »
Jean était content.
[…]
« Les manuels scolaires, c’est tout un monde, c’est comme avoir le Polaroïd de toute une époque. » Une époque où la place de la femme était à la maison, les filles l’apprenaient très tôt avec le manuel Louise et sa maman. Dans l’édition de 1953 pour les 4e et 5e années, on fait dans la grandiloquence. « Vous deviendrez ainsi la force et la gloire de votre pays, tous comme vos grands-mères et vos arrière-grands-mères l’ont été. »
[Faire des enfants, peupler, bâtir et renforcer son pays, quelle horreur ! N’est-il pas mieux de rester stérile, faire venir des masses d’immigrants de cultures diverses qui ne s’assimilent pas et de disparaître lentement en tant que peuple ? Voilà le progrès !]
Tant que votre mari est heureux.
« On voit qu’il y avait une cohérence, une cohérence qui était une vision commune de la société. Les livres se parlaient, l’école offrait l’ensemble des connaissances pour être un bon citoyen, un bon catholique, pour être un bon Canadien français. Il y avait un souci de donner une formation complète, mais avec ses biais. Il y a une vision commune qui se dégage, par rapport aux autochtones notamment. »
Et c’est là que le Polaroïd nous montre le contraste le plus vif, avec ceux qu’on appelait les « Indiens », les « sauvages », même les « bourreaux » [pas tous évidemment !] dont on apprenait tôt qu’il fallait se méfier, qu’ils étaient donc chanceux que nous soyons là pour leur enseigner l’amour de Dieu et les bonnes manières. Voyez, dans un manuel de géographie : « La race rouge ou américaine a le teint cuivré ; elle peuplait notre continent, mais elle disparaît peu à peu et se confond avec la race blanche en prenant ses habitudes. »
Mais il n’y avait pas que cet obscurantisme […] dans les manuels scolaires, les enfants apprenaient très tôt les bonnes manières et le civisme. « On devrait ressortir ça », blague Mario en ne blaguant pas tant que ça. Dans le Manuel de bienséance de 1957 pour les élèves de 6e et 7e année, il est écrit ceci : « Être poli, ce n’est pas seulement apprendre des formules de politesse par cœur, c’est se mettre à la place des autres pour deviner et mettre en pratique ce qui peut leur être agréable. »
Ça s’est perdu en chemin.
Les institutrices apprenaient aussi aux enfants à « être serviables », à « prendre soin des personnes âgées », à « combattre l’égoïsme », à « se servir du cure-dent », à « rendre service », à « être bon perdant », à « être affable et bon » et — j’aime particulièrement celle-là — à « ne pas critiquer le menu ».
On apprenait les chansons traditionnelles, ce qui fait que tout le monde pouvait chanter ensemble.
On a perdu ça aussi.
Aussi, dès la première année, on enseignait aux enfants les règles d’hygiène avec le manuel La santé source de joie, qui disait qu’il fallait boire de l’eau, se laver les mains, qu’il ne fallait pas mettre de crayon dans sa bouche et qu’il fallait avaler de l’huile de foie de morue pour faire le plein de vitamine D.
Encore aujourd’hui, la vitamine D reste une des meilleures façons de renforcer son système immunitaire.
Il ne fallait pas attendre au secondaire avant de recevoir ses premières leçons de comptabilité, question de savoir tenir un budget. « C’était pour les artisans, pour les petits commerçants, pas pour les grands entrepreneurs. » […]
Mais comme le Canadien français avait de bonnes chances de passer sa vie à cultiver sa terre [en 1950 c’est faux, la grande majorité des Canadiens français étaient déjà urbanisés, voir illustration ci-dessous], mieux valait lui enseigner tôt l’art de faire pousser des carottes et de traire une vache. La femme de l’agriculteur n’est pas en reste. Dans le manuel d’agriculture des 6e et 7e années, on l’avise qu’elle « doit être en mesure de soutenir et de seconder moralement son époux dans son travail. »
On la prévient aussi des tentations de la vie urbaine. « La femme est très souvent responsable du départ de certaines familles d’agriculteurs vers les villes ».
Bonjour la culpabilité.
[L’auteur n’explique pas pourquoi la ville était mal considérée. Les villes, Montréal, Sherbrooke ou Hull anglicisent. C’est un lieu de plus grand anonymat, de moindre solidarité et souvent de moindre religiosité. L’urbanisation s’accompagne également d’une baisse observée de la natalité : des enfants cela coûte cher à loger en ville et ils n’y travaillent pas comme à la campagne, aucune corvée rentable à leur portée.]
Évidemment, tout ce corpus est recouvert de l’épais vernis de l’église catholique qui régnait sans partage sur le Québec de l’époque.
Les manuels sont l’œuvre de congrégations religieuses, entre autres les Frères maristes et les Frères du Sacré-Cœur, qui ne ratent pas une occasion de rappeler que Dieu est bon.
La semaine avant que je passe, Jean et Mario étaient allés chercher d’autres manuels scolaires chez Lydia Nadeau, l’ancienne institutrice ne s’en était jamais départie jusqu’à son décès. « Dans la succession, il y avait les livres d’écoles avec lesquels elle avait enseigné. Elle avait aussi laissé de grands panneaux en carton qu’elle avait fabriqués pour enseigner l’écriture aux enfants. »
Il y avait aussi des diplômes. « Elle avait reçu trois fois le diplôme parce que ses étudiants de septième année avaient obtenu les meilleurs résultats dans toutes les matières. »
Au sommet d’une colline, devant un musée d’art situé dans le plus grand parc de la ville de Saint-Louis aux États-Unis, se trouve la statue du roi Saint-Louis, nommée l'Apothéose de Saint-Louis.
Érigée il y a 116 ans dans le parc de Forest, c’est l’un des monuments les plus connus de la ville.
Beaucoup de personnes d’« extraction subsaharienne » dans la foule, c’est assez ironique quand on se rappelle le sort réservé aux esclaves noirs par les Barbaresques et le fait que le commerce de l’esclavage était proscrit en France...
Ainsi, au viie siècle, la reine des Francs, Bathilde, elle-même ancienne esclave et par la suite canonisée, aurait, selon la tradition, jugulé l’esclavage dans les royaumes francs en interdisant le commerce sur ses terres.
Visiblement ces militants d’extrême gauche sont d’accord avec le manuel
d’histoire approuvé par le Monopole de l’Éducation du Québec.
Plusieurs militants racisés ont hué et physiquement intimidés les citoyens qui désirent que la statue de Saint-Louis demeure en place.
A protest at the Apotheosis of St. Louis (statue of King Louis IX) outside the art museum on Art Hill has begun. pic.twitter.com/ifwJUkj1uB
En cette année du 750e anniversaire de la mort du typhus de Saint-Louis à Carthage en 1270.
En passant, Saint-Louis, toujours ouvert sur le monde, aurait importé la rouelle (signe distinctif des juifs) des pays musulmans. Preuve en est qu’« avant le XIIIe siècle, il n’existe aucune altérité dans la représentation des individus de confession juive. » [Gilbert Dahan, « Quelques réflexions sur l’antijudaïsme chrétien au Moyen Âge », Histoire, économie et société, no 3, 1983, p. 355-366]
Cette marque fut sans doute réalisée à l’imitation des califes musulmans, pour lesquels les dhimmis devaient porter un signe distinctif souhaitable, mais non obligatoire, bleu pour les chrétiens et jaune pour les juifs.[Suzanne Citron, Le Mythe national. L’histoire de France revisitée, éditions de l’Atelier, L’Atelier de poche, rééd. 2017, p. 249.] En 888, le cadi Ahmed ben Tâlib oblige les dhimmis de Kairouan à porter sur l’épaule un morceau d’étoffe de couleur blanche portant l’image d’un singe pour les juifs et celle d’un porc pour les chrétiens ; ils sont tenus d’accrocher les mêmes images sur leurs portes. [Louis Massignon, Revue des études islamiques, Volume 9. P. Geuthner, 1935, p. 142.]
Ce manuel approuvé par le Ministre ne rappelle pas ce que Saint-Louis doit aux musulmans dans ce domaine, mais insiste sur la similitude de cette mesure discriminatoire avec celle adoptée par les nazis, alors que l’islam est présenté comme tolérant.
Photo du site des
Éditions Chenelière
La volonté de faire coexister la riche courtepointe ethnique et religieuse que la politique migratoire du Québec met en place est à la base de l’imposition du cours d’éthique et de culture religieuse. Il fallait un programme qui puisse être enseigné à tous et qui rapprocherait toutes les communautés, quitte à simplifier à outrance les religions, les discréditer même pour les rassembler dans l’indifférenciation dans un esprit qu’on nommera par gentillesse irénique. C’est le cours tout-le-monde-il-est-beau-tout-le-monde-il-est-gentil selon certains auteurs.
Il en va un peu de même avec un manuel d’histoire récent qui se penche sur l’histoire de la chrétienté et du monde arabo-musulman. L’éditeur est réputé (Chenelière) et le manuel est de bonne facture technique. Mais là c’est pire : critiques (pas toujours imméritées) d’un côté, le côté de la chrétienté et, de l’autre côté, bienveillance constante pour le monde arabo-musulman. Il ne faudrait pas que les Québécois de souche conçoivent leur civilisation avec trop de vanité et que les immigrants soient perçus comme issus d’une culture inférieure ?
On peut donc se demander si ce n’est pas, en quelque sorte, pour rabaisser un peu le caquet culturel des Québécois de souche et promouvoir l’estime des récents et nombreux immigrants du monde musulman que le manuel d’histoire D’hier à demain des éditions de la Chenelière ne critique jamais l’islam médiéval, il l’encense plutôt, et qu’il laisse l’intolérance et l’ignorance au christianisme et à la chrétienté médiévale. Au détriment de l’objectivité, de l’équilibre et de la justesse, malheureusement.
D’Hier à demain, manuel A, 1er cycle du secondaire (12-13 ans), édition Chenelière, p. 204
Aucune question similaire sur les autres civilisations (musulmanes et chinoises notamment) où les ethnies portaient pourtant aussi des costumes ou des signes qui les différenciaient. L’imposition d’un signe distinctif pour les juifs (et les chrétiens) était généralisée dans le monde musulman. Mais aucune mention, ni bien sûr de critique dans le manuel sur ce sujet. Il n’en dit rien, seul Louis IX et son ordonnance sont comparés à un funeste « moment au cours du XXe siècle »....
Pour se convaincre que les juifs devaient se vêtir différemment sous l’islam, voici une fatwa (parmi de nombreuses autres) qui impose des signes distinctifs aux dhimmis (les tributaires) :
« Un juif s’habille comme les musulmans et abandonne la mise qui le distingue d’eux.
Réponse [du savant musulman]. Il sera mis en prison, battu et promené ignominieusement dans les lieux habités par les juifs et les chrétiens pour l’exemple. Ibn Abî Tâlib a prescrit à l’un des cadis parmi ses subordonnés d’obliger juifs et chrétiens à porter leurs ceintures largement déployées sur leur robe pour qu’on les distingue bien, et si l’un d’eux monte à cheval, de l’en empêcher, de lui infliger vingt coups de fouet à nu, puis de le jeter en prison, et en cas de récidive de le battre durement et de l’incarcérer longuement. »
(p. 111 de Histoire et société en Occident musulman au Moyen Âge de Vincent Lagardère)
Ce que rappelle, dans la deuxième moitié du XVe siècle, le voyageur flamand Anselme Adorne, cité par Paul Sebag :
« témoigne que les juifs de Tunis sont astreints à un “lourd tribut” dans lequel il faut voir sans doute jezya [capitation] du droit musulman, et qu’ils font toujours l’objet de discriminations vestimentaires. Ils doivent alors arborer une pièce d’étoffe jaune, à la tête ou au cou, faute de quoi, ils ne manqueraient pas de se faire lapider. »
(p. 122, Tunis : Histoire d’une ville de Paul Sebag)
Extension maximale de l’empire almohade (entre 1195 et 1212)
En prévision de la fermeture de tous les établissements scolaires à dater du lundi 16 mars jusqu’à nouvel ordre dans le cadre de l’épidémie de coronavirus, les éditeurs scolaires du groupe Hachette Livre ont décidé de mettre à disposition gratuitement les manuels scolaires en ligne.
Les éditeurs scolaires du groupe Hachette Livre (Hatier, Hachette Éducation, Istra, Foucher et Didier) s’associent au plan de continuité pédagogique mis en place par le ministère de l’Éducation dans le cadre de l’épidémie de covid 19 et de la fermeture des établissements scolaires à dater du lundi 16 mars en proposant un accès gratuit à tous leurs manuels en ligne, afin que les élèves puissent continuer à travailler de chez eux plus facilement pendant cette période.
MESMANUELS.FR/ALAMAISON : UNE ADRESSE OÙ RETROUVER 600 MANUELS SCOLAIRES EN LIGNE DU CP À LA TERMINALE
Ainsi, 600 manuels, du CP à la Terminale, sont librement accessibles aux élèves depuis leurs domiciles à ce lien : mesmanuels.fr/alamaison
L’histoire a fait couler beaucoup d’encre la semaine dernière après que des médias eurent rapporté que des livres d’histoire avaient été récemment renvoyés chez l’éditeur en raison du mot « Amérindien », qui n’est généralement plus d’usage [Par qui ? Qui définit l’usage ? Quelques experts, des bureaucrates ?]. Les quatre manuels ne dataient en outre que de 2016, au moment de la réforme du programme d’histoire du secondaire.
La réédition et la réimpression des manuels — effectués en réponse aux recommandations de la Commission vérité et réconciliation — ont coûté au gouvernement 1,6 million de dollars.
« L’angle des médias donnait l’impression que c’était un caprice des Premières Nations », souligne Ève Bastien, conseillère aux communications du CEPN.
Au moins 70 changements ont été apportés aux livres, dit-elle. À la demande de Radio-Canada, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a énuméré quelques-unes des modifications effectuées :
Modification des images pouvant représenter les Premières Nations de manière stéréotypée ;
Plus grande représentativité de la participation des Autochtones et de leur apport à la trame historique du Québec et du Canada (par exemple, ajouts de portraits ou de biographies d’Autochtones) ;
Meilleure prise en compte de la perspective autochtone quant à certains événements marquants, comme la période des pensionnats ;
Nuances à propos des alliances lors de la guerre anglo-américaine.
« Ce qui ressort de l’exercice de finalisation du programme d’études qui a conduit aux ajustements des manuels scolaires est une valeur ajoutée importante », indique le porte-parole du Ministère, Bryan Saint-Louis.
Radio-Canada n’a pu consulter qu’un seul des quatre livres. Il s’agit de Chroniques (des Éditions du renouveau pédagogique), publié au début de l’été pour les classes de 3e secondaire. Le manuel contient de nombreux encadrés sur l’histoire autochtone. Les termes « Autochtones » et « Premières Nations » sont employés.
Les commissions scolaires l’ont appris au début des vacances estivales. On leur annonçait alors que les livres neufs acquis en 2016 et 2017 lors de l’implantation du nouveau programme d’Histoire du Québec et du Canada n’étaient plus bons ; il fallait « bonifier » le contenu traitant des peuples autochtones, disait une sous-ministre. La nouvelle n’avait pas fait grand bruit. Qui oserait se plaindre ? Ce serait raciste...
Il appert que le ministère a décidé de payer de nouveaux livres d’histoire à tous les adolescents du Québec pour rayer le terme « Amérindiens ». « Les organisations scolaires ont dû récupérer les manuels de l’an passé pour les renvoyer à la maison d’édition. Et la maison d’édition a renvoyé les manuels avec les termes corrigés », raconte au Soleil le président de la Société des professeurs d’histoire du Québec, Raymond Bédard.
« Ce sont des changements de dernière minute qui ont dû être faits. Il y a eu des décisions ministérielles de dernière minute qui ont fait en sorte qu’il a fallu revoir les manuels pour des questions de terminologie », ajoute-t-il. « C’est pour les Autochtones en particulier. “Amérindiens”, ce n’est plus le bon terme. C’était le terme qui a été utilisé depuis fort longtemps, mais semble-t-il que ceux qui ont représenté les Premières Nations auprès du ministère ont décidé qu’ils ne souhaitaient plus cette appellation. »
Notons que ces représentants ne devraient pas décider de la langue française, elle ne leur appartient pas en propre. Le mot est présent dans les dictionnaires et il n’y en a pas un seul qui le dénonce. Il serait apparu en France dans les années 1930. L’O.Q.L.F. l’a officialisé en 1997. Il n’est pas péjoratif et s’intègre tout naturellement au français international. On s’étonnera de la célérité et de l’empressement du Monopole de l’Éducation du Québec pour plaire à cette police linguistique qui s’insurge comme le terme « amérindien ». Nous soupçonnons que l’insistance sur le terme Premières nations est d’abord motivée par des considérations politiques et qu’il s’agit surtout de faire comprendre que les autres (notamment les Français au Canada) font simplement partie des immigrants venus par la suite, peut-être tous à mettre dans le même sac puisque l’on ne parle plus guère aujourd’hui des deux peuples fondateurs du Canada.
Et puisque la demande de correction a été faite par le Monopole de l’Éducation, c’est le gouvernement national qui a ramassé la facture. Autour de 1,6 million $, indique le responsable des relations avec la presse, Bryan Saint-Louis, qui confirme que « les principales modifications traitent, notamment, de l’utilisation du terme “Premières Nations”, plutôt qu’“Amérindiens” ». Il affirme qu’il fallait également « mettre en valeur des perspectives autochtones et des éléments propres aux Inuits [Esquimaux] ».
Demande tardive
Le professeur d’histoire Raymond Bédard a siégé au comité-conseil ayant guidé le ministère dans la production du nouveau cours. Il rappelle que tous les intervenants ayant une opinion sur le contenu avaient pu se prononcer avant l’édition des livres.
La demande de modification terminologique est arrivée après l’approbation du programme dont la gestation a été pour le moins difficile et longue. « Il y a eu beaucoup de consultations. C’est d’ailleurs le programme où il y a eu le plus de consultations. »
« Un programme d’histoire nationale qui fasse l’unanimité de tous, c’est à peu près impossible. C’est à peu près impossible de satisfaire tout le monde. Au moins, le programme actuel […] satisfait la très grande majorité. »
« C’est un peu dommage parce qu’il y a des frais derrière cette opération-là », évalue M. Bédard. « Mais si c’est ça que ça prend pour avoir un certain consensus… On y est arrivé finalement. »
Chez lui, à la commission scolaire des Patriotes, les livres ont été livrés en août et les élèves ne lisent plus sur les Amérindiens, plutôt sur les Premières Nations.
Le changement de bouquin n’a toutefois pas été fait dans tous les établissements scolaires. À la Commission scolaire des Découvreurs de l’ouest de la capitale, des élèves auraient en main des ouvrages répercutant la vieille terminologie, selon le conseiller en communications, Alain Vézina.
Aux éditions CEC, le service à la clientèle note que le livre Les Périodes destiné à l’enseignement de l’histoire au secondaire a dû être réédité, réimprimé, puis échangé : « C’est pour le terme “Premières Nations” ».
Le vice-président de l’éditeur, Martin Vallières, soutient néanmoins qu’il y avait « plus que la terminologie » à modifier.
Le Soleil de Québec n’a pas été en mesure d’obtenir le nombre de livres à remplacer auprès du ministère de l’Éducation.
L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador explique que le terme « Amérindiens » n’est plus d’usage. Il faut privilégier « Premières Nations », « Inuit » et « Métis ». Et pour faire référence à l’ensemble formé par ces trois groupes, il faut utiliser « Autochtones ».
Les changements ont été effectués dans le programme scolaire à la suite des recommandations émises par la Commission de vérité et réconciliation du Canada.
Le Québec est un des rares États dans le monde occidental qui approuvent les manuels scolaires (ce n’est pas, par exemple, le cas de la France, pas depuis le régime de Vichy).
Officiellement, c’est pour en assurer la qualité et la conformité au programme officiel imposé à toutes les écoles publiques comme privées (encore une particularité du Québec...) En pratique, le Bureau d’approbation du matériel didactique (BAMD) s’intéresse à des aspects matériels (le manuel est-il de bonne facture ?), pédagogiques comme l’enseignement par compétences ainsi qu’aux aspects « socioculturels » des matériels, c’est-à-dire que le BAMD s’assure que le contenu des manuels est politiquement correct. Tiré du site du BAMD :
Représentation démocratique et pluraliste de la société
Il s’agit de s’assurer de retrouver : une juste représentation (25 p. 100) des personnages des groupes minoritaires ; des rapports égalitaires entre les personnages des deux sexes ; une représentation diversifiée et non stéréotypée des caractéristiques personnelles ou sociales ; une interaction des personnages de groupes minoritaires dans des situations de la vie courante ; une rédaction non sexiste des textes.
« La situation des manuels [d’éthique et de culture religieuse, ECR] qui circulent est très problématique. Il faut recommencer, on en est là », affirme sans détour Louis Rousseau au Journal de Québec, professeur au département de sciences des religions à l’UQAM. Des ouvrages présentent des représentations simplistes, presque caricaturales, des religions à travers leurs symboles, déplore-t-il. Ces critiques sont apparues dès l’approbation des manuels il y a près de dix ans (le programme a été imposé avec très peu de manuels approuvés). Georges Leroux, professeur émérite en philosophie à l’Université du Québec à Montréal, a aussi été irrité de constater que des « feuilles maladroites » circulent parfois en classe. « Les critiques nous ont rendu service en débusquant les dérives et les dérapages », affirme-t-il. Stricto sensu, c’est un problème distinct des manuels, les « feuilles maladroites » sont de la responsabilité des professeurs pas des éditeurs ni du Ministère (BAMD).
Sept. 2009 : Évêques catholiques prédisent échec du cours ECR si de sérieux correctifs ne sont pas apportés.
Georges Leroux est un chaud partisan de l’imposition du cours unique d’ECR, il est allé jusqu’à le défendre devant deux tribunaux différents et a admis adopter une vision jacobine de l’État qui impose d’en haut ce que les enfants des autres doivent assimiler comme vision du phénomène religieux.
Au secondaire, le programme devrait faire une plus grande place aux positions critiques, le tout « dans le respect des religions », affirme-t-il, tout comme d’autres experts consultés par le Journal de Québec. Les experts cités par le Journal de Québec sont toujours les mêmes et ils approuvent dans l’ensemble l’idée de ce programme unique imposé à tous les élèves. Georges Leroux poursuit : « Il ne faut pas seulement regarder la beauté des religions, comme la non-violence ou la charité. Il y a aussi un angle mort de la religion qu’il ne faut pas nier, c’est très important. [Georges Leroux a déjà écrit pour les deux tribunaux mentionnés que les religions engendrent la violence.] Le sexisme est très important aussi. Toutes les religions sont sexistes parce qu’elles sont patriarcales. » On voit que le professeur émérite ne s’effraie à généraliser et à mettre dans le même sac de toutes les religions. Voir Le mythe de la violence religieuse et le professeur Rémi Brague qui récuse ces amalgames faciles à la mode dans certains cercles (voir note 1).
Georges Leroux parle d'éthique et de culture religieuse : « S'interroger sur quelque chose qui pourrait s'apparenter à de la folie [...] Actuellement, personne au Québec ne mesure l'amplitude du changement et ses conséquences réelles »
Plus grande place pour les non-croyants
Comme certains détracteurs du cours d’éthique et culture religieuse, des artisans de la première heure estiment que le contenu devrait faire une plus grande place aux positions des non-croyants, même si le programme le permet déjà. « Je pense que les positions de non-croyance devraient être abordées au même titre que les autres religions », ce qui n’est pas le cas actuellement, affirme Nancy Bouchard, professeure au département de sciences des religions de l’UQAM. Cette dernière rappelle que le programme a fait l’objet d’un « compromis » lors de sa création et qu’il est pertinent, dix ans plus tard, de réfléchir à nouveau aux choix qui ont été faits. Patrice Brodeur, professeur à l’Institut d’études religieuses à l’Université de Montréal, considère aussi que les positions non religieuses pourraient occuper une plus grande place dans le programme, tout comme Spencer Boudreau, professeur retraité de l’Université McGill, qui rappelle que la société a beaucoup évolué à ce chapitre. « Avant, le religieux était puissant et attaquait le non religieux. Maintenant, c’est l’inverse. » Admettons que cette évolution se soit produite en dix ans (nous en doutons, à moins de confondre la critique de l’islam en forte progression avec la critique de toutes les religions), pourquoi un programme scolaire devrait-il renforcer cette attaque du « non religieux » envers le religieux amalgamé ? Si ce n’est bien sûr que ce professeur partage cette critique contre ce « religieux »...?
Des manuels en révision, un ministre en réflexion
Plutôt que d’avoir entrepris une révision en bonne et due forme du programme d’éthique et culture religieuse, le ministère de l’Éducation travaille à la révision du matériel scolaire pendant que le ministre Sébastien Proulx consulte différents intervenants afin d’alimenter sa réflexion à ce sujet. On ne sache pas qu’il ait contacté les critiques religieux du cours d’éthique et de culture religieux comme les parents qui ont traîné le gouvernement du Québec jusqu’en Cour suprême... Mais bon, rien de nouveau au Québec, les mêmes experts seront à nouveau sollicités, semble-t-il.
En décembre 2016, alors que le programme d’éthique et culture religieuse était la cible de nombreuses critiques, le ministre Proulx avait indiqué que le cours « était en révision auprès du ministère ».
Interrogé récemment à ce sujet par Le Journal, M. Proulx a plutôt indiqué qu’un travail de révision était en cours au ministère concernant le matériel scolaire, conçu par les éditeurs et approuvé par les fonctionnaires. « J’ai demandé au ministère de faire une réflexion à l’égard du matériel, parce que les premiers enjeux qui sont ressortis touchaient au matériel », a-t-il affirmé.
À son cabinet, on précise que « plusieurs scénarios ont été regardés [lire : envisagés] par le ministère » cet automne afin d’améliorer les manuels scolaires, « dont le remplacement de certaines pages ». La proposition soumise a toutefois été jugée insatisfaisante et les fonctionnaires ont été renvoyés à leur planche à dessin, explique-t-on.
« Il y a des interrogations à l’égard du matériel et il faut avoir une réflexion sur le rendu. J’ai moi-même des enfants qui reçoivent des cours d’ECR en 4e et 6e année et je suis convaincu que ce qu’ils reçoivent comme information et matière à réflexion diffère d’une autre école », a affirmé M. Proulx, qui s’interroge sur « ce qui pourrait être amélioré pour respecter l’esprit du programme initial ». On se rappellera que M. Proulx (quand il était encore à l’ADQ) avait offert une critique fort molle contre l’imposition du programme ECR (voir l’encadré ici).
Consultations informelles
En parallèle, le ministre affirme avoir consulté plusieurs personnes à ce sujet, tant dans les rangs des opposants (Ah ! qui ? Parents les anti-religieux du MLQ ? Les parents catholiques de l’APCQ n’ont pas été convoqués à notre connaissance) que des défenseurs du cours d’ECR. « Nous avons convié des gens à une conversation, mais de manière informelle », précise le ministre, qui admet qu’« il n’y a pas une opération formelle » de révision des contenus en cours au ministère de l’Éducation ». « Il faut, par une démarche personnelle, que je mette au jeu une réflexion », a-t-il précisé.
Cette réflexion mènera éventuellement à une révision en bonne et due forme du cours, à laquelle seront invités à participer plusieurs acteurs du réseau de l’éducation, à commencer par les enseignants d’éthique et culture religieuse, dit-il. Il n’y a toutefois aucun échéancier qui a été fixé jusqu’à maintenant.
État des lieux et évaluations absents
Des experts consultés par Le Journal de Québec insistent de leur côté sur l’importance de faire un « état des lieux » de ce qui est enseigné en classe, avant d’entreprendre une révision des contenus. « On n’a pas d’infos sur ce qui se passe sur le terrain, on n’a aucun portrait de la situation », déplore Nancy Bouchard, professeure au département de sciences des religions de l’UQAM.
Pour notre part, nous aimerions savoir quels sont les objectifs du cours par lequel on jugera de l’efficacité du cours. Quels seront les critères objectifs ? Une plus grande ouverture à l’« autre », à l’immigrant ? Comment les comportements que l’on cherchait à faire apparaître chez les élèves (voir ci-dessous) seront-ils évalués ? Rappelons que les connaissances ne sont pas un des objectifs du programme. Pour reprendre la prose de Georges Leroux :
Dans l’univers très riche des programmes formulés selon des compétences, nous ne travaillons pas à partir de contenus prédéterminés : les jeunes ne recevront pas dans ce programme des connaissances encyclopédiques sur telle ou telle religion, ou doctrine morale.
LEROUX, Georges, « Orientation et enjeux du programme d’éthique et de culture religieuse ». Formation et profession, mai 2008
Pour le professeur Lucier, « il ne s’agira pas davantage d’un enseignement de type encyclopédique sur le contenu ou l’histoire des doctrines et des traditions religieuses ». Ce qui est attendu de l’élève n’est pas la maîtrise de connaissances. ECR vise plutôt « l’adoption d’attitudes et de comportements ». Le programme prescrit que l’enseignant doit évaluer « des comportements observables ou des actions attendues chez l’élève qui témoignent du niveau de développement des compétences » Pour le professeur Lucier, cette compétence est liée aux objectifs sociaux et visées éducatives 10 du programme qui consistent à « favoriser la construction d’une véritable culture publique commune » à la fois sur le plan religieux et sur le plan éthique. Plus de détails ici.
Si cette « réflexion » est menée à terme, on peut craindre que les parents conservateurs, chrétiens ou nationalistes anti-multiculturalistes risquent une fois de plus d’être les dindons de la farce des « experts » consultés et de l’imposition d’un programme idéologique unique à tous.
Critique des manuels et cahiers d'ECR par la CLÉ (présentée en public une vingtaine de fois en 2008-2009) le défilement est rapide, n'hésitez pas à mettre en pause la vidéo.
Note
1. « Je m’oppose à ce qu’on mette les religions dans le même panier pour les soumettre à une même appréciation de valeur : selon les modernes, toutes les religions seraient également fausses, violentes, sexistes, etc. Sur le problème de la violence, on ne peut pas mettre sur le même plan des religions qui admettent le sacrifice humain et celles qui prêchent le respect de la vie sous toutes ses formes. Pourquoi refuser de comparer ? Comparons le Sermon sur la montagne à la sourate IX, la plus tardive du Coran, qui contient au verset 29 un appel à un combat matériel visant à la soumission et à l’exploitation économique du vaincu. Si vous trouvez que c’est aussi bien, libre à vous, mais permettez-moi de douter de votre intelligence ! ». Rémi Brague, Le Figaro, le 8 février 2018.
Le Figaro est formel : ils sont nombreux, parents qui font l’école à la maison, mais aussi instituteurs du privé comme du public, à utiliser les trésors passés de l’édition de manuels scolaires pour faire classe aux enfants.
Les échos sont unanimes : un contenu clair et progressif, une exigence réaliste, et surtout, un supplément d’âme, là où l’édition scolaire aujourd’hui se contente bien souvent d’idéologie. La Méthode Boscher permet des résultats excellents et rapides dans l’apprentissage de la lecture, quand les Malet et Isaac font rêver les écoliers et donnent du souffle à l’épopée de notre histoire européenne. Jean-Pierre Picandet, enseignant dans le public, l’admet sans complexe. Quant à Catherine Huby, du GRIP (Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes), elle avoue également puiser son inspiration dans le génie simple de ces titres qui ont fait leurs preuves.
Ce n’est pas faire de passéisme ou de nostalgie mal placée que de le reconnaître. En la matière, l’efficacité pédagogique devrait être, comme souvent, le seul juge. La liberté scolaire, où l’on que soit, où que l’on enseigne, ne devrait-elle pas commencer par la liberté du choix des manuels scolaires ?
Les manuels scolaires d’autrefois peuvent enrichir les pratiques pédagogiques d’aujourd’hui
Marguerite et Lætitia connaissent bien les gravures colorées du Dumas-Collin et les textes de grands auteurs du recueil Une semaine avec… de Marcel Berry. Ces manuels d’autrefois peuplent une étagère entière de leur domicile, près de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire). « Je pense que si j’ai de la facilité à écrire aujourd’hui, c’est grâce à Écrire et parler. CM1 de Verret et Furcy, que j’aimais beaucoup », estime
Où sont passées les leçons de notre enfance ? Dans les brocantes, les foires aux livres, auprès des bouquinistes le long de la Seine, à Paris, Gisèle Haguet a fini par mettre la main sur ses livres scolaires favoris. « Je passais tous mes dimanches à fouiner. J’ai retrouvé la toute première édition de la méthode Boscher d’apprentissage de la lecture, en noir et blanc », se félicite l’octogénaire. Sa rare acquisition a plus de 110 ans et fait partie des centaines de manuels d’autrefois qu’elle a rassemblés. « Surtout d’école primaire, de lecture et d’histoire. » Après avoir révéré ces menhirs d’images et de savoir pendant plusieurs décennies, elle les vend désormais à La Bouquinerie, boutique ouverte en 2000 avec l’aide de sa fille, Annie Pansard, dans la petite ville de Plurien (Côtes-d’Armor). Plus de 400 manuels scolaires y trônent, parmi les dizaines de milliers de livres d’occasion.
Les habitués de La Bouquinerie souvent des nostalgiques. Personnes âgées, instituteurs, parents… « Des gens émerveillés recherchent les histoires de CP-CE1 grâce auxquelles ils ont appris à lire. Ils s’arrachent les manuels d’Ernest Pérochon illustrés par Raylambert (lire ci-dessous) », font valoir les deux bouquinistes.
Grande popularité
Les dictées et les exercices du siècle dernier s’échangent désormais de plus en plus sur Internet. Pas moins de 130 exemplaires de la méthode Boscher, neufs ou d’occasion, s’offrent aux amateurs sur le site Le Bon Coin. Il y en a presque autant du Tour de France par deux enfants sur Amazon. Les prix d’autres titres non réédités s’envolent, comme le livret de lecture Mico mon petit ours, publié dans les années 1960 et en vente sur Amazon, entre 35 et 90 euros.
Quand il n’enseigne pas à ses élèves de primaire, Julien numérise et met en ligne les ouvrages qu’une quarantaine de passionnés lui ont prêtés ou donnés. Ce professeur des écoles anime depuis cinq ans un blogue riche de plus de 1 300 titres en accès libre. Une tâche colossale, « des milliers d’heures » de travail, afin que ce patrimoine ne devienne pas le continent perdu de la pédagogie. « Ce n’est pas une simple lubie de collectionneur nostalgique, assure Julien. Mon but principal est de dépasser les préjugés et les idéologies sur l’éducation, pour améliorer l’instruction des enfants et des adultes. » S’il concède que « ces manuels peuvent paraître démodés dans leur mise en page et leurs illustrations », il note que « leur contenu est souvent admirable. Il suffit de comparer les programmes et manuels d’hier avec ceux d’aujourd’hui. Nous avons énormément régressé par rapport à ce qui se faisait avant les grandes réformes de 1970 ».
« Les collections d’anciens manuels peuvent enrichir les pratiques pédagogiques contemporaines », ajoute Delphine Campagnolle, à la tête du Musée national de l’éducation de Rouen (Seine-Maritime) où 64 000 livres scolaires sont exposés, des premiers abécédaires de lecture de la fin du Moyen Âge aux manuels d’aujourd’hui. « Le ressort de la nostalgie est très puissant parmi nos visiteurs, avec l’idée que l’école, “c’était mieux avant”. Mais il ne faut pas se limiter à ça, selon Delphine Campagnolle. C’est toute la difficulté de notre travail : montrer ce qui a fonctionné, mais aussi souligner les limites de chaque modèle. Dans l’école de Jules Ferry par exemple, très peu d’élèves allaient vers le secondaire. »
En collaboration avec le Musée national de l’éducation, les responsables de la bibliothèque Diderot de l’ENS Lyon, forte de 80 000 manuels scolaires, se sont lancés dans la constitution d’une bibliothèque numérique. Mais, à l’heure où une large part du travail scolaire s’effectue sur ordinateur, Delphine Campagnolle souhaite intégrer à cette conservation les cahiers de textes numériques des élèves et des professeurs. « Sinon tout un pan de l’éducation va disparaître. »
Source : Le Figaro
Voir aussi
Manuels anciens : Ce carnet a pour objectif de présenter des manuels du passé selon les trois points de vue suivants : nostalgie, histoire de l’éducation et pédagogie. « Avant les années 70, la France et les pays francophones avaient les meilleurs systèmes éducatifs du monde. Voyez les pages “Histoire de l’éducation”, “Pédagogie”, “Programmes”, puis étudiez les manuels. »
En France, l’historienne Barbara Lefebvre vient d’examiner les nouveaux manuels d’histoire du niveau secondaire approuvés par le ministère de l’Éducation, en particulier leur présentation de la civilisation arabo-musulmane.
Son verdict : la vérité historique cède devant un cocktail apologétique et javellisé de faussetés, demi-mensonges, approximations et omissions, toujours pour ne pas heurter les susceptibilités.
Manipulation
Elle a livré ses résultats dans un entretien récent sur le site Figaro Vox.
Elle note d’abord la volonté ouvertement exprimée par les autorités de mettre au premier plan « les contacts pacifiques », indéniables, entre l’Occident et le monde arabe, pour faire silence ou presque sur « les contacts belliqueux ».
Bref, ce qu’il s’est réellement passé devient moins important que le « comment-il-faut-lire-le-passé ».
La célèbre bataille de Poitiers, en 732, où Charles Martel stoppa l’invasion arabe venue de l’Ouest, n’est plus qu’une anecdote ou disparaît carrément.
On insiste lourdement sur l’« amitié » entre Charlemagne et le calife Haroun al-Rashid, qui était purement tactique.
Mahomet est présenté comme un marchand visité par un ange qui fonde une communauté religieuse et celle-ci s’étend ensuite sans difficultés particulières. Il n’y a presque rien sur les guerres de conquête (le djihad) et la violence avec laquelle on traitait ceux qui osaient résister à cette avancée. On ne dit pas que ces guerres avaient pour but explicite d’imposer de force une nouvelle religion.
Pas un mot sur le fait que la fusion du religieux et du politique est présente dès la naissance de l’islam. Est-ce pour ne pas donner une clé pour l’interprétation du présent ?
Par contre, on beurre épais sur la violence indéniable des Croisades chrétiennes et sur les Espagnols qui se battirent « violemment » pour expulser les envahisseurs arabes de chez eux.
On lit que les califes musulmans « développèrent » des villes. Or, Alexandrie, Le Caire, Jérusalem, Damas étaient plutôt des villes préislamiques, conquises et islamisées. C’est plus qu’une nuance.
Les manuels, note Lefebvre, s’appuient souvent sur des sources musulmanes non critiques. C’est comme si on écrivait une histoire du catholicisme en prenant surtout des documents du Vatican.
Les découvertes scientifiques faites dans la civilisation arabe médiévale sont utilisées, poursuit-elle, pour favoriser l’image d’un islam avancé et lumineux.
C’est comme si l’on disait que la physique moderne doit beaucoup au judaïsme [ou à l’Allemagne impérialiste] parce qu’Einstein était juif [et Allemand né sous l’Empire allemand].
Cerveaux
On s’étend longuement sur ce que les Arabes ont apporté à l’Occident, mais très peu sur ce que l’Occident a apporté aux Arabes.
Silence presque complet sur les 17 millions d’esclaves noirs vendus par des marchands arabes, pendant 13 siècles, parmi lesquels beaucoup de jeunes filles utilisées à des fins sexuelles, sans qu’on ait vu poindre des mouvements abolitionnistes comme il y en a eu en Occident.
Mais qu’importent les faits quand il s’agit de reconfigurer la pensée des jeunes...