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dimanche 22 février 2026

Vent de jeunesse sur le catholicisme français

Le Figaro Magazine dans son édition du 20 février consacre un article sur les baptêmes d'adultes catholiques, une croissance réelle mais contrastée.

Le phénomène est statistiquement notable : les baptêmes d'adolescents ont progressé de 33 % en un an, et plus de 17 000 jeunes adultes rejoindront l'Église à Pâques. Certaines paroisses enregistrent des hausses spectaculaires — l'archevêque de Reims prépare 107 baptêmes d'adultes en 2026, contre 17 en 2019, soit une multiplication par six en quelques années. À Toulouse, une seule paroisse étudiante accueille 200 catéchumènes cette année.

Il faut toutefois garder le sens des proportions. Cette dynamique ne compense pas l'effondrement des baptêmes d'enfants, divisés par deux depuis 2000, plafonnant à environ 200 000 par an — soit seulement 30 % des naissances. L'athéisme progresse en parallèle : 42,6 % de non-croyants en France en 2020, contre 34,5 % dix ans plus tôt. La tendance de fond reste la sécularisation.

Les ressorts sociologiques de la conversion

Pourquoi ces conversions surviennent-elles maintenant ? Plusieurs facteurs s'entremêlent.

D'abord, une logique générationnelle. L'historien Guillaume Cuchet observe qu'après deux générations de rupture post-1968 avec le catholicisme, la troisième génération se retrouve dans une position inédite : non baptisée, sans obligation de s'opposer à des aînés croyants, elle peut redécouvrir cet héritage comme un choix totalement libre. C'est le paradoxe d'une neutralité religieuse imposée par les parents qui produit, chez certains enfants, une quête spirituelle authentique.

Ensuite, un contexte d'époque. L'anxiété diffuse — climatique, sanitaire, sociale — pousse une partie de la jeunesse vers des institutions offrant un cadre stable, des liens humains désintéressés et un sens à long terme. Les témoignages recueillis par les évêques reviennent de façon frappante sur les mêmes thèmes : sentiment de vide, cycle de colère et de ressentiment, découverte dans la paroisse de « relations vraies » que certains n'avaient jamais connues. L'Église offre ce que la société consumériste et hyperconnectée ne sait plus procurer : de la gratuité, de la lenteur, de l'intériorité.

Enfin, un mouvement de réaction culturelle. Pour certains, la conversion représente ce que Gaultier Bès appelle un « ressaisissement de sa propre liberté » face à la technocratie et au transhumanisme. Le chercheur Charles Mercier note que le catholicisme, devenu minoritaire — moins d'un tiers des Français s'en réclament, moins de 10 % pratiquent —, peut paradoxalement s'affirmer davantage sans paraître hégémonique.

La « liberté de feuille morte »

C'est l'expression qui résume peut-être le mieux l'enjeu philosophique de fond. Guillaume Prévost, secrétaire général de l'enseignement catholique, la prononce avec une certaine véhémence : il refuse que les jeunes disposent d'une liberté de feuille morte — une liberté purement passive, ballottée par les courants, sans ancrage ni direction intérieure. Face à une société consumériste qui s'adresse aux jeunes avec des slogans comme « si tu aimes jouer, joue », il plaide pour une éducation qui cultive l'intériorité, la confiance dans les adultes et un écosystème de valeurs cohérentes. Le diagnostic est sévère : on aurait produit, selon lui, « une foule de gens surdiplômés très atrophiés du point de vue intérieur ».

Le maillon faible : la crise des prêtres

C'est là que le tableau se fissure. L'enthousiasme des convertis ne se traduit pas en vocations sacerdotales. En 2023, seulement 88 prêtres ont été ordonnés en France, contre 140 en 2014. Les 25 séminaires français forment environ 600 candidats — un chiffre notoirement insuffisant pour couvrir le territoire.

L'article pointe une cause aggravante souvent tue : la mise à l'écart, par le pape François, des prêtres traditionalistes — souvent jeunes et zélés — a privé l'Église d'une partie de ses forces vives. Le résultat est un effet de ciseaux : moins de jeunes prêtres pour évangéliser les jeunes, donc moins de jeunes attirés vers le sacerdoce. Dans les campagnes, certains fidèles doivent parcourir des dizaines de kilomètres pour assister à une messe. À l'inverse, en Île-de-France, deux nouvelles églises sont en construction tant la demande déborde les capacités existantes — révélant une fracture géographique profonde.

En résumé

Le regain catholique chez les jeunes adultes est réel et sociologiquement significatif. Il exprime une réaction à la désorientation contemporaine, un désir de liens authentiques et une reconquête libre d'un héritage que leurs parents avaient délibérément effacé. Mais cette embellie se heurte à une contradiction structurelle : l'institution manque des prêtres nécessaires pour accueillir et pérenniser cet élan, en partie à cause de choix disciplinaires qui ont marginalisé ceux qui auraient pu y répondre.

mercredi 12 mars 2025

Agents de police de Toronto se félicitent du nombre de conversions à l'islam après le 7-octobre

Des agents de police de Toronto en uniforme dans un poste de police se félicitant des taux de conversion (les « reversions » en parler islamiste) à l'islam, conséquence directe du 7 octobre, les attaques du Hamas contre les civils et militaires israéliens près de Gaza. Selon un des policiers, les gens se convertiraient après avoir fait des recherches sur l'islam pour comprendre pourquoi l'islam est tellement détesté.

mercredi 15 janvier 2025

L’Algérie ne tolère plus les conversions au christianisme


Vue de la chapelle Santa Cruz d’Oran.

Toutes les églises protestantes évangéliques du pays sont désormais fermées, s’inquiète l’association Portes ouvertes dans son «Index mondial de persécution des chrétiens».

Inquiétées depuis des années, «les 47 églises protestantes chrétiennes évangéliques d’Algérie sont fermées ou sous scellés. Le pasteur Youssef Ourahmane, vice-président de l’Église protestante d’Algérie (EPA), a même été condamné le 2 mai 2024 à un an de prison ferme pour avoir célébré un culte “non autorisé”», expliquait, mardi à Paris, Guillaume Guennec, l’un des responsables de l’association protestante Portes ouvertes , lors de la présentation du dernier « Index mondial de persécution des chrétiens », publié chaque année depuis 1993.

En 2019, le pasteur Ourahmane était venu à Paris pour tirer la sonnette d’alarme. Depuis, les choses ont empiré pour les 60.800 chrétiens évangéliques algériens, sans compter les 42.900 pentecôtistes. En mai dernier, 4 des 47 églises de l’EPA étaient encore ouvertes, aucune n’est accessible à présent selon Portes ouvertes : «C’est la fin d’une exception,commente Guillaume Guennec. L’Algérie était le seul pays de cette région du nord de l’Afrique où des chrétiens convertis pouvaient se réunir dans leurs propres églises. »

Mais il précise : «Il y a deux situations très différentes pour les chrétiens. Les églises catholiques sont tranquilles parce que seuls les expatriés les fréquentent, ils sont 7000. Mais les églises protestantes, constituées par des Algériens convertis de l’islam, ne sont plus tolérées. Les protestants évangéliques doivent désormais fonctionner en mode clandestin en raison d’un tour de vis très sévère des autorités. » Le pasteur Ourahmane n’est d’ailleurs pas le seul à être inquiété, «une vingtaine de chrétiens convertis sont actuellement aux prises avec la justice ». Dans le classement mondial publié par Portes ouvertes, la Corée du Nord occupe toujours le premier rang. «Le seul fait d’être chrétien vaut la mort sur-le-champ ou l’internement, les chrétiens n’ont pas le droit d’exister en Corée du Nord », dénonce l’association, même si 400.000 personnes y vivraient secrètement leur foi.

25% d’augmentation des persécutions

Comme l’an passé, l’association est fortement inquiète pour les chrétiens d’Afrique subsaharienne qui sont «pris pour cibles privilégiées par le déchaînement de la violence djihadiste ». Le Nigeria détient ainsi depuis 2015 le triste record de chrétiens tués : 3100 en 2024, pour 4476 chrétiens tués à travers le monde. «Les milices fulani (peules) radicalisées, observe le rapport, font désormais plus de victimes que les groupes terroristes comme Boko Haram et ISWAP (État islamique en Afrique de l’Ouest). » Certes les chrétiens ne sont pas les seuls ciblés, mais ils totaliseraient trois fois plus de victimes que les autres catégories de la population malgré les efforts du nouveau président, qui n’a pu, toutefois, endiguer des massacres à Pâques 2024 dans le sud de l’État de Kaduna.

Comme elle le fait chaque année, Portes ouvertes comptabilise aussi le nombre d’églises détruites, endommagées, fermées : elles sont au nombre de 7679 en 2024, dont 4000 au Rwanda. C’est moins qu’en 2023, où la Chine, à elle seule, avait bouclé 10.000 lieux de culte chrétiens. L’« Index » publie aussi le chiffre des chrétiens détenus. Ils étaient 4744 l’an dernier, dont 2 176 en Inde, à la suite d’une « utilisation abusive des lois “anticonversions” mises en place dans 11 États de l’Inde ».

Plus globalement, ces dix dernières années ont vu, selon les indicateurs de cet observatoire, la persécution des chrétiens dans le monde augmenter de 25 % ; 380 millions de chrétiens seraient ainsi confrontés à de «fortes persécutions ou discriminations en raison de leur foi» dans 78 pays. Soit «1 chrétien sur 7 dans le monde ».

Voir aussi

Francophonie — L'Algérie, en déclin économique, devient le pays le moins riche du Maghreb

Alger ordonne la chasse au français dans les écoles

L’Algérie ferme les portes de 42 églises (janvier 2024)

vendredi 30 août 2019

Interculturalisme — jeunes adoptent pratiques de l’islam, comme le ramadan, sans se convertir

Un nouveau phénomène apparaît au Québec : des jeunes qui adoptent certaines pratiques de l’islam, comme le ramadan, sans se convertir, par solidarité avec leurs amis. L’anthropologue Géraldine Mossière en parlait hier, à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), lors d’un congrès sur les religions. Les adeptes du ramadan sans conversion sont plutôt neutres au sujet du débat sur le voile.

Géraldine Mossière a tout d’abord comparé des converties à l’islam au Québec et en France, publiant un livre sur le sujet en 2013. L’anthropologue de l’Université de Montréal s’est ensuite penchée sur 44 jeunes, surtout des femmes, qui n’étaient pas musulmanes de naissance, mais fréquentaient les associations musulmanes universitaires de Montréal et des cafés associés à ces associations. « Je me suis rendu compte que beaucoup de ces jeunes adoptaient des pratiques de l’islam sans se convertir, dit Mme Mossière. Le ramadan, des prières, l’interdiction du porc parfois, aussi certaines façons de parler, dire “salam” au lieu de “bonjour”. Ce sont des jeunes qui ont connu à l’école un brassage culturel propice à l’intégration de certaines croyances culturelles. » [Et une valorisation « propice » de cette « richesse » et de cette « diversité », voir le programme ECR...]

« Parfois, ils le font par solidarité avec leurs amis musulmans. Ceux qui ne vont pas jusqu’à la conversion voient les pratiques musulmanes comme du développement personnel, comme le yoga ou la méditation. »

Femmes à la maison, le paradis aux pieds des mamans

Certaines allaient parfois jusqu’à la conversion, souvent par désir de retrouver des rôles féminins plus traditionnels. « Elles se voient comme Québécoises et musulmanes, dit Mme Mossière. Elles adoptent un “islam des origines” épuré du système patriarcal qu’elles associent à la culture des pays musulmans d’aujourd’hui. Souvent, c’est une critique du féminisme de seconde vague où les femmes voulaient s’émanciper. Pour ces converties, les femmes ont beaucoup perdu en accédant au marché du travail, parce que le soir, elles rentrent trop tard pour bien s’occuper de la famille. Elles voient l’islam comme un moyen de revenir au modèle familial de leurs grands-parents, mais en étant plus valorisées que leurs grands-mères, parce que dans l’islam, le rôle de mère et d’épouse est sacralisé et reconnu par Dieu. »

Pour elles, la possibilité de se consacrer au foyer et aux enfants, de faire du bénévolat et d’étudier si elles le désirent, sans obligation de travailler, n’est pas du tout vu comme un modèle machiste. Qu’est-ce qui est machiste alors pour ces converties ? « C’est une bonne question. Des hommes irrespectueux qui considèrent les femmes comme des objets sexuels ou ne valorisent pas leur rôle à la maison. Elles citent très fréquemment le hadith [recueil de paroles attribuées à Mahomet] qui dit que le paradis est aux pieds des mamans. » Pourquoi étudient-elles si elles n’envisagent pas de travailler ? « Travailler, peut-être, quand les enfants sont grands, mais sans obligation. Elles voient leur instruction comme quelque chose qu’elles pourront transmettre à leurs enfants. » Mme Mossière précise que son échantillon ne contenait pas de « radicalisés » voulant imposer l’islam à la société québécoise.

[...]

Ils deviennent musulmans parce qu’ils croient à une vision alternative de la société, une économie de troc, une sensibilité écologiste très forte. Ils veulent une éducation particulière pour leurs enfants, à la maison souvent. Ils voient en l’islam un outil pour développer cette culture alternative. Ça finit par inclure une alternative au modèle féministe dominant. L’islam devient une forme de contestation. [...]

Durant cette deuxième étape de sa recherche sur les conversions à l’islam au Québec, Mme Mossière a remarqué que le phénomène est souvent lié à l’étranger. « On voit beaucoup d’Européens, d’origine maghrébine ou non qui, une fois au Québec, voient que la réaction envers l’islam y est moins négative qu’en France. Ou alors des Québécoises de souche qui découvrent l’islam lors de voyages à l’étranger, de voyages humanitaires parfois. »

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