Dans son dernier livre, Le Monde à l’ère capitaliste, l’économiste serbo-américain analyse la façon dont le capitalisme s’est répandu dans le monde entier en s’accommodant de régimes politiques autoritaires et d’un reflux du libre-échange à l’échelle de la planète. Branko Milanovic est professeur à la City University of New York et ancien économiste à la Banque mondiale.
LE FIGARO. — Votre livre s’intitule Le Monde à l’ère capitaliste. Vous qui avez grandi en Yougoslavie communiste, comment expliquez-vous que le capitalisme se soit imposé partout ? Et qu’il s’accommode de régimes politiques si divers ?
BRANKO MILANOVIC. — La raison principale du triomphe du capitalisme est l’échec du communisme - ou du socialisme réel, comme on l’appelait à l’époque. Cet échec s’explique surtout par l’inefficacité économique de ce modèle. Après la crise de 1980, des pays comme la Roumanie, la Pologne, la Hongrie et la Yougoslavie étaient en banqueroute : ils ne pouvaient plus rembourser leurs dettes. L’URSS n’était pas encore en banqueroute, mais le régime était totalement épuisé par les dépenses militaires. Le système capitaliste s’est donc étendu partout car il était plus efficace économiquement et bénéficiait d’un très grand soutien des classes intellectuelles et du reste de la population. Par une forme d’hégémonie gramscienne, les principes de marché sur lesquels repose le capitalisme ont été acceptés par la plupart des pays du monde, de manière consciente ou non.
— La conséquence est l’émergence de régimes hybrides, avec par exemple le « socialisme de marché » chinois. Vous parlez de « communisme hayekien » pour qualifier la Chine. Que recouvre cette expression paradoxale ?
LE FIGARO. — Votre livre s’intitule Le Monde à l’ère capitaliste. Vous qui avez grandi en Yougoslavie communiste, comment expliquez-vous que le capitalisme se soit imposé partout ? Et qu’il s’accommode de régimes politiques si divers ?
BRANKO MILANOVIC. — La raison principale du triomphe du capitalisme est l’échec du communisme - ou du socialisme réel, comme on l’appelait à l’époque. Cet échec s’explique surtout par l’inefficacité économique de ce modèle. Après la crise de 1980, des pays comme la Roumanie, la Pologne, la Hongrie et la Yougoslavie étaient en banqueroute : ils ne pouvaient plus rembourser leurs dettes. L’URSS n’était pas encore en banqueroute, mais le régime était totalement épuisé par les dépenses militaires. Le système capitaliste s’est donc étendu partout car il était plus efficace économiquement et bénéficiait d’un très grand soutien des classes intellectuelles et du reste de la population. Par une forme d’hégémonie gramscienne, les principes de marché sur lesquels repose le capitalisme ont été acceptés par la plupart des pays du monde, de manière consciente ou non.
— La conséquence est l’émergence de régimes hybrides, avec par exemple le « socialisme de marché » chinois. Vous parlez de « communisme hayekien » pour qualifier la Chine. Que recouvre cette expression paradoxale ?
— À Pékin, j’ai assisté à une conférence où se trouvaient plusieurs entrepreneurs. Tous étaient devenus très riches et, à les écouter raconter leurs parcours, on avait la sensation qu’ils appliquaient à la lettre les leçons de Ludwig von Mises et de Friedrich Hayek. Ils étaient peu éduqués, nés dans des régions peu développées, ils ont commencé avec presque rien et, à partir d’une bonne idée, ils ont développé leur activité. C’était un véritable manuel capitaliste dans un pays nominalement communiste. Et ces histoires hayekiennes étaient racontées dans une conférence présidée par des membres du Parti communiste ! Le régime célèbre la réussite et la richesse privée tout en maintenant un contrôle politique centralisé. De fait, aujourd’hui, le secteur privé représente 70 % du PIB chinois.
— Vous dites que ce « communisme hayekien » est « la plus grande réussite économique de l’histoire récente ». Ce capitalisme politique à visage technocratique pourrait-il inspirer d’autres pays ?
— Le système chinois n’est pas facilement réplicable, car il comporte de nombreuses contingences propres à la Chine. Il est très difficile de dresser une liste de choses que les autres pays devraient faire pour l’imiter. Contrairement au «consensus de Washington », qui avait dix préceptes clairs et facilement exportables, les Chinois n’ont pas de règles claires, ce qui limite aussi leur soft power.
— Contrairement à ce que pensaient les théoriciens de la « fin de l’histoire », le capitalisme s’est imposé partout, mais pas la démocratie libérale. Pourquoi ?
— Cette association entre libéralisme et démocratie d’un côté et capitalisme de l’autre a été faite immédiatement après la chute du mur de Berlin. Mais elle me semblait fausse dès le début, même historiquement. Dans l’histoire, il y a eu beaucoup de pays capitalistes qui n’étaient pas démocratiques du tout. À commencer par l’Amérique: au XIXe siècle, 13% de la population était réduite en esclavage. C’était un régime d’oligarchie très clair. Au Royaume-uni, le suffrage n’était pas universel : en 1815, la révolution industrielle battait son plein, mais moins de 5% de la population avait le droit de vote. Idem pour l’Espagne, la Grèce, l’Italie fasciste, l’Allemagne wilhelminienne et l’Allemagne hitlérienne, la France sous Napoléon III ou l’Argentine.
Mon scepticisme à l’égard de ce discours sur la diffusion de la démocratie dans le monde a aussi été nourri par deux événements que j’ai vus de très près : d’un côté, la dissolution de l’union soviétique et de la Yougoslavie, et de l’autre l’unification de l’Europe. D’un côté la construction européenne célébrait le fait que des gens très différents ethniquement et religieusement pouvaient exister ensemble, et de l’autre, cette même Europe soutenait la décomposition et la dissolution d’un pays où des peuples différents vivaient ensemble. Il n’y avait presque aucune logique à tout cela ! Ensuite, j’ai travaillé sur la Russie en 1982-1983. Le pays vivait une dépression économique extraordinaire mais aussi une destruction de l’éducation, de la santé, une destruction sociale : les liens sociaux ont été totalement détruits. Et on parlait de démocratie ! J’ai assisté à cette expérience depuis la Banque mondiale, qui est un propagateur de cette idéologie économique. Il y avait un vrai manque d’historicité dans ces années et une absence de regard sur la réalité telle qu’elle était.
— Comment expliquer que, dans un monde acquis à l’économie de marché, le libre-échange et la mondialisation refluent désormais ?
Mon scepticisme à l’égard de ce discours sur la diffusion de la démocratie dans le monde a aussi été nourri par deux événements que j’ai vus de très près : d’un côté, la dissolution de l’union soviétique et de la Yougoslavie, et de l’autre l’unification de l’Europe. D’un côté la construction européenne célébrait le fait que des gens très différents ethniquement et religieusement pouvaient exister ensemble, et de l’autre, cette même Europe soutenait la décomposition et la dissolution d’un pays où des peuples différents vivaient ensemble. Il n’y avait presque aucune logique à tout cela ! Ensuite, j’ai travaillé sur la Russie en 1982-1983. Le pays vivait une dépression économique extraordinaire mais aussi une destruction de l’éducation, de la santé, une destruction sociale : les liens sociaux ont été totalement détruits. Et on parlait de démocratie ! J’ai assisté à cette expérience depuis la Banque mondiale, qui est un propagateur de cette idéologie économique. Il y avait un vrai manque d’historicité dans ces années et une absence de regard sur la réalité telle qu’elle était.
— Comment expliquer que, dans un monde acquis à l’économie de marché, le libre-échange et la mondialisation refluent désormais ?
— Le système capitaliste, pourtant accepté par la plupart des gens, donne lieu aujourd’hui à une crise politique engendrée par la mondialisation elle-même. Comme je l’évoque dans The Great Global Transformation (non traduit en français, NDLR), cela s’explique d’abord par la réussite économique de la Chine. Personne ne s’attendait à ce que la Chine ait un succès aussi foudroyant et que ce pays de 1,4 milliard d’habitants devienne un pouvoir économique, puis un pouvoir technologique et militaire. Les Américains se sont rendu compte soudainement que la mondialisation avait profité à la Chine beaucoup plus qu’aux autres pays et à eux-mêmes.
Au niveau des revenus individuels, les classes populaires et même parfois moyennes occidentales sont maintenant dépassées par la montée en puissance des classes moyennes supérieures en Chine, en Inde, en Indonésie et ailleurs. Par le passé, la population occidentale était dans les 20 ou 30 premiers percentiles du monde, c’est-à-dire que même les gens relativement pauvres en France étaient probablement dans le 70e percentile du monde. Maintenant, ils sont dépassés par la population asiatique. Et quand vous êtes dépassé par la population asiatique, vous êtes dépassé d’un seul coup par des millions de gens. Les classes moyennes occidentales vont s’en rendre compte très rapidement, parce qu’il y a des biens internationaux qu’ils ne sont plus en mesure d’acheter ou des voyages qui ne sont plus abordables pour eux.
Et pendant que les populations occidentales moins aisées chutaient dans leur position globale, les plus riches, dans ces mêmes pays, sont restés au sommet du monde. Cela génère un grand mécontentement et des turbulences politiques. La mondialisation a créé un conflit au niveau des États-nations, entre la Chine et les États-unis, mais aussi à l’intérieur des pays. Demeure donc ce paradoxe : tandis que les politiques économiques libérales sont renforcées sur le plan intérieur, elles sont totalement remplacées dans la politique extérieure, avec le retour des droits de douane, de la coercition économique, et la saisie des avoirs des autres pays. C’est le retour du mercantilisme au niveau international. On peut parler de national-libéralisme ou de libéralisme national de marché pour souligner cette ambivalence.
— Signe de ces trajectoires croisées, vous expliquez que « la désarticulation remonte vers le nord ». Pourriez-vous expliquer ce qu’est la « désarticulation » ? Et par quel processus les pays du Nord ont commencé à ressembler à ceux du Sud ?
Au niveau des revenus individuels, les classes populaires et même parfois moyennes occidentales sont maintenant dépassées par la montée en puissance des classes moyennes supérieures en Chine, en Inde, en Indonésie et ailleurs. Par le passé, la population occidentale était dans les 20 ou 30 premiers percentiles du monde, c’est-à-dire que même les gens relativement pauvres en France étaient probablement dans le 70e percentile du monde. Maintenant, ils sont dépassés par la population asiatique. Et quand vous êtes dépassé par la population asiatique, vous êtes dépassé d’un seul coup par des millions de gens. Les classes moyennes occidentales vont s’en rendre compte très rapidement, parce qu’il y a des biens internationaux qu’ils ne sont plus en mesure d’acheter ou des voyages qui ne sont plus abordables pour eux.
Et pendant que les populations occidentales moins aisées chutaient dans leur position globale, les plus riches, dans ces mêmes pays, sont restés au sommet du monde. Cela génère un grand mécontentement et des turbulences politiques. La mondialisation a créé un conflit au niveau des États-nations, entre la Chine et les États-unis, mais aussi à l’intérieur des pays. Demeure donc ce paradoxe : tandis que les politiques économiques libérales sont renforcées sur le plan intérieur, elles sont totalement remplacées dans la politique extérieure, avec le retour des droits de douane, de la coercition économique, et la saisie des avoirs des autres pays. C’est le retour du mercantilisme au niveau international. On peut parler de national-libéralisme ou de libéralisme national de marché pour souligner cette ambivalence.
— Signe de ces trajectoires croisées, vous expliquez que « la désarticulation remonte vers le nord ». Pourriez-vous expliquer ce qu’est la « désarticulation » ? Et par quel processus les pays du Nord ont commencé à ressembler à ceux du Sud ?
— Pendant longtemps les puissances du Nord n’ont mis en place dans les pays du Sud (ancien tiers-monde) que des enclaves de modernité destinées à répondre à leurs propres besoins – d’extraction de ressources, notamment. Et ce sans chercher à développer une structure productive intégrée. Cette économie d’extraction était confiée à une bourgeoisie locale dont les intérêts étaient les mêmes que ceux des Occidentaux, tandis que le reste de la population demeurait relativement pauvre. Il y avait donc une désarticulation entre la sphère économique, tournée vers l’extérieur, et la sphère politique.
Or depuis dix ans nous avons commencé à observer un processus similaire en Occident, et en particulier aux États-unis. Il y a une couche de la population qui est riche, éduquée et très intégrée dans les échanges, intellectuels et économiques. Et tout le reste de la population, qu’on appelle en anglais « hinterland », à l’intérieur des terres, était coupé de cela. C’est pour cette raison que l’on parle d’élites « bi-costales » en Amérique. Ce sont des gens qui, par intérêt et par conviction, sont très promondialisation. Ils s’entendent très bien avec les élites des autres pays et n’ont pas beaucoup d’intérêt pour leurs concitoyens ; ils préfèrent employer un Chinois ou un Vietnamien en les payant beaucoup moins qu’un Américain équivalent. Cette divergence était typique des pays du tiers-monde. Il y a vingt ans, les élites occidentales voyaient tous les avantages, idéologiques et financiers, de la mondialisation. Sans comprendre que le reste de la population ne les voyait pas. Beaucoup ne se sont pas rendu compte que la fronde domestique allait monter en puissance. C’était avant le Brexit, avant la première élection de Donald Trump, mais ces forces souterraines existaient déjà.
— Les classes populaires et moyennes dans les pays riches ne voient pas leurs revenus progresser, car ils « dépendent pour la plupart de leurs revenus du travail et n’ont aucun revenu de capital significatif », écrivez-vous. Cela va-t-il s’aggraver avec L’IA ?
— Dans les pays d’Amérique latine, 90% à 95% des gens n’ont aucun revenu du capital. En France, environ la moitié de la population n’a aucun revenu du capital. Aux États-unis, c’est 60 %, et dans d’autres pays développés, parfois plus. Il est encore difficile d’évaluer les conséquences de la révolution technologique que représente L’IA. Si elle remplace un grand nombre de professions, bien sûr, à PIB égal, il y aura une augmentation de revenus du capital, car cet argent ira dans les poches des propriétaires des entreprises technologiques. Et les revenus du travail s’éroderont encore un peu plus. Tout dépendra ensuite de la façon dont ce capital sera redistribué. Va-t-on prendre de l’argent à ceux qui se sont enrichis avec L’IA pour le distribuer à tout le monde comme un revenu garanti mensuel ? C’est une possibilité.
— Mais, selon vous, les outils du XXe siècle ne peuvent pas servir à combattre les inégalités de revenus au XXIe siècle. Pourquoi ?
— Au XXe siècle, les trois grands outils de réduction des inégalités en Occident ont été les syndicats, l’éducation et l’interventionnisme de l’État. Or le taux de syndicalisation a chuté partout dans le monde. Le type de travail a totalement changé. Il y a moins de grandes entreprises qui emploient des milliers de gens et dont les intérêts sont semblables. Très souvent, les salariés ne travaillent plus dans le même espace physique, ce qui rend toute organisation, syndicale ou autre, plus difficile. Deuxièmement, le niveau d’éducation. Il a explosé au XXe siècle. La trajectoire se poursuit, les gens sont toujours plus diplômés, mais c’est différent. Le gain que vous faites en passant d’une population qui a en moyenne 7 ans d’éducation à 13 ans est extraordinaire. Mais il y a un maximum naturel. Après 13 ans, on ne peut pas passer à 23 ans d’éducation, ça n’aurait aucun sens !
Enfin, le rôle de l’état. Les impôts sont devenus très élevés au XXe siècle parce qu’on acceptait que l’état joue un rôle très important, en France en particulier. Maintenant on l’accepte moins, on pense que les impôts sont exagérés. Les gens ont une vision beaucoup plus cynique du rôle de l’état. Si on prend ces trois aspects - le syndicalisme, l’éducation et l’opinion sur l’état - les outils du XXe siècle sont caducs pour réduire les inégalités.
Or depuis dix ans nous avons commencé à observer un processus similaire en Occident, et en particulier aux États-unis. Il y a une couche de la population qui est riche, éduquée et très intégrée dans les échanges, intellectuels et économiques. Et tout le reste de la population, qu’on appelle en anglais « hinterland », à l’intérieur des terres, était coupé de cela. C’est pour cette raison que l’on parle d’élites « bi-costales » en Amérique. Ce sont des gens qui, par intérêt et par conviction, sont très promondialisation. Ils s’entendent très bien avec les élites des autres pays et n’ont pas beaucoup d’intérêt pour leurs concitoyens ; ils préfèrent employer un Chinois ou un Vietnamien en les payant beaucoup moins qu’un Américain équivalent. Cette divergence était typique des pays du tiers-monde. Il y a vingt ans, les élites occidentales voyaient tous les avantages, idéologiques et financiers, de la mondialisation. Sans comprendre que le reste de la population ne les voyait pas. Beaucoup ne se sont pas rendu compte que la fronde domestique allait monter en puissance. C’était avant le Brexit, avant la première élection de Donald Trump, mais ces forces souterraines existaient déjà.
— Les classes populaires et moyennes dans les pays riches ne voient pas leurs revenus progresser, car ils « dépendent pour la plupart de leurs revenus du travail et n’ont aucun revenu de capital significatif », écrivez-vous. Cela va-t-il s’aggraver avec L’IA ?
— Dans les pays d’Amérique latine, 90% à 95% des gens n’ont aucun revenu du capital. En France, environ la moitié de la population n’a aucun revenu du capital. Aux États-unis, c’est 60 %, et dans d’autres pays développés, parfois plus. Il est encore difficile d’évaluer les conséquences de la révolution technologique que représente L’IA. Si elle remplace un grand nombre de professions, bien sûr, à PIB égal, il y aura une augmentation de revenus du capital, car cet argent ira dans les poches des propriétaires des entreprises technologiques. Et les revenus du travail s’éroderont encore un peu plus. Tout dépendra ensuite de la façon dont ce capital sera redistribué. Va-t-on prendre de l’argent à ceux qui se sont enrichis avec L’IA pour le distribuer à tout le monde comme un revenu garanti mensuel ? C’est une possibilité.
— Mais, selon vous, les outils du XXe siècle ne peuvent pas servir à combattre les inégalités de revenus au XXIe siècle. Pourquoi ?
— Au XXe siècle, les trois grands outils de réduction des inégalités en Occident ont été les syndicats, l’éducation et l’interventionnisme de l’État. Or le taux de syndicalisation a chuté partout dans le monde. Le type de travail a totalement changé. Il y a moins de grandes entreprises qui emploient des milliers de gens et dont les intérêts sont semblables. Très souvent, les salariés ne travaillent plus dans le même espace physique, ce qui rend toute organisation, syndicale ou autre, plus difficile. Deuxièmement, le niveau d’éducation. Il a explosé au XXe siècle. La trajectoire se poursuit, les gens sont toujours plus diplômés, mais c’est différent. Le gain que vous faites en passant d’une population qui a en moyenne 7 ans d’éducation à 13 ans est extraordinaire. Mais il y a un maximum naturel. Après 13 ans, on ne peut pas passer à 23 ans d’éducation, ça n’aurait aucun sens !
Enfin, le rôle de l’état. Les impôts sont devenus très élevés au XXe siècle parce qu’on acceptait que l’état joue un rôle très important, en France en particulier. Maintenant on l’accepte moins, on pense que les impôts sont exagérés. Les gens ont une vision beaucoup plus cynique du rôle de l’état. Si on prend ces trois aspects - le syndicalisme, l’éducation et l’opinion sur l’état - les outils du XXe siècle sont caducs pour réduire les inégalités.
