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mardi 28 juillet 2026

Allemagne — Un scandale lié à l'hypocrisie du chef de file des soi-disants démocrates-chrétiens conservateurs

Jens Spahn, jusqu’à récemment chef de file parlementaire de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) allemande et de l’Union chrétienne-sociale (CSU), son parti frère, manque d’instinct politique. Le 15 juillet, M. Spahn, qui assume ouvertement son homosexualité, a annoncé sur les réseaux sociaux puis dans une interview au tabloïd Bild que son « mari » (Daniel Funke) et lui étaient devenus les parents d’un petit garçon, prénommé Georg, grâce à une mère porteuse aux États-Unis. L’annonce a immédiatement été perçue comme une démonstration d’hypocrisie. La gestation pour autrui (mère porteuse) est interdite en Allemagne et, quelques mois plus tôt encore, lors du congrès de la CDU en février 2026, M. Spahn avait soutenu la résolution réaffirmant l’opposition catégorique de son parti à toute légalisation de cette pratique.

Confronté aux accusations de double discours, M. Spahn n’a pas renié sa position de principe. Il a expliqué avoir été « longtemps tiraillé » sur cette question, affirmant que son désir de fonder une famille l’avait conduit à prendre une décision personnelle exceptionnelle. Il a même assuré qu’il continuerait à voter contre la légalisation de la GPA en Allemagne, soutenant qu’il ne souhaitait pas remettre en cause l’interdiction générale malgré son propre recours à une mère porteuse à l’étranger. Cette défense n’a convaincu ni ses adversaires ni une grande partie de son propre camp, qui y ont vu un classique « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ».


Spahn est l’homme barbu en chemise bleue qui tient le bébé Georg.

Trois jours plus tard, il a présenté sa démission de la présidence du groupe parlementaire CDU/CSU.

M. Merz a, dans un premier temps, sous-estimé le tollé suscité par cette affaire. Lors de son entretien estival sur la chaîne publique ZDF, le chancelier a laissé entendre que la violence des réactions tenait surtout au caractère controversé de M. Spahn et à la succession de scandales qui avaient déjà entamé sa crédibilité. Mais face à la fronde grandissante au sein de la CDU, il a finalement jugé sa démission « inévitable », rappelant que « la crédibilité est le bien le plus précieux en politique ».

M. Spahn est l’un des hommes politiques les moins populaires d’Allemagne. En 2020, il a obtenu un prêt pour l’achat d’une villa auprès d’une banque dont il avait siégé au conseil de surveillance. Pendant la pandémie, il a attribué un marché portant sur des masques de protection vendus à des prix excessifs à une entreprise employant son mari (le ministère de la Santé nie tout traitement de faveur). Beaucoup désapprouvent ses liens avec le mouvement MAGA : il est en bons termes avec Richard Grenell, un ancien ambassadeur américain, et Peter Thiel, un magnat de la tech d’extrême droite. M. Merz souhaite tourner rapidement la page de l’affaire Spahn. Il n’est pas certain qu’un remaniement ministériel permette de relancer la popularité en baisse de M. Merz.

Un peu plus tôt (en avril 2026), le député CDU (toujours ces conservateurs démocrates chrétiens) et commissaire fédéral aux drogues Hendrik Streeck (virologue connu pendant le Covid) et son « mari » Paul Zubeil ont également annoncé la naissance d’un fils via GPA aux États-Unis (Idaho). L'affaire avait fait moins de vagues à l'époque, probablement parce que Streeck n’avait pas milité publiquement contre la gestation pour autrui.

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lundi 1 septembre 2025

États-Unis — La révolution de l'IA va-t-elle d'abord pénaliser les États démocrates ?

Texte de Joel Kotkin, chercheur présidentiel en urbanisme futuriste à l'université Chapman et chercheur principal au Civitas Institute de l'université du Texas à Austin, paru sur Unherd.

« La première marche de la vie professionnelle est en train de disparaître pour de nombreux nouveaux diplômés », affirme un récent rapport du magazine Fortune. En conséquence, les PDG avertissent que les emplois de débutants sont en voie d'extinction, les stages et les débouchés pour les diplômés universitaires se raréfiant.

Bien sûr, tout le monde ne ressentira pas cet impact de la même manière. Au sommet de la pyramide se trouvent les investisseurs, les entrepreneurs et les programmeurs d'élite qui touchent désormais des salaires équivalents à ceux des athlètes professionnels. Mais l'intelligence artificielle, alimentée par d'énormes injections de capitaux provenant de Wall Street, menace de supprimer de nombreux emplois dans le domaine des logiciels, ainsi que des postes professionnels haut de gamme impliquant des analyses routinières.

Les jeunes en sont parfaitement conscients. Dans le cours que je donne avec Marshall Koplansky à l'université Chapman, plusieurs étudiants ont prédit que les emplois qu'ils occupent actuellement disparaîtront bientôt. Parmi eux se trouvaient un concepteur de jeux, deux responsables des ressources humaines et un responsable de la fabrication et de l'entreposage. Mes collègues ingénieurs font état d'une tendance similaire. Si les perspectives restent bonnes pour les ingénieurs en mécanique et en chimie, ainsi que pour ceux qui conçoivent des robots, elles sont beaucoup moins certaines pour les étudiants en informatique.

Malgré les profits colossaux des plus grandes entreprises technologiques, les outils de programmation IA ont permis des licenciements massifs dans des entreprises telles qu'Amazon, Intel, Meta et Microsoft. Malgré les profits en forte hausse des plus grandes entreprises technologiques, les outils de programmation IA ont permis des licenciements massifs dans des entreprises telles qu'Amazon, Intel, Meta et Microsoft. 

Aujourd'hui, parmi les diplômés universitaires âgés de 22 à 27 ans, les diplômés en informatique et en génie informatique connaissent certains des taux de chômage les plus élevés, selon un rapport de la Banque fédérale de réserve de New York.

En réponse, de nombreuses entreprises se concentrent désormais sur la création de produits tangibles plutôt que sur le simple transfert d'algorithmes à des fins commerciales ou la génération de davantage de médias sociaux. Dans les secteurs de l'aérospatiale et de la défense, par exemple, l'IA n'est pas considérée comme une fin en soi, mais comme un outil. Elle est un moyen d'améliorer la créativité et la productivité humaines plutôt que de les remplacer. « Le logiciel n'est pas dans une position idéale avec l'IA », m'a confié Delian Asparouhov, qui dirige une entreprise spécialisée dans la fabrication spatiale. « Aujourd'hui, les gens se tournent vers les techniques lourdes. La conception et la construction de vaisseaux spatiaux ont toujours besoin de main-d'œuvre humaine. »

Cela pourrait poser des problèmes aux universités d'élite, mais représente un avantage majeur pour les écoles qui enseignent les compétences pratiques dont les entreprises ont réellement besoin. Jusqu'à présent, ces débouchés sont largement concentrées dans les États rouges [républicains] et mauves [États indécis] du Midwest et du Sud, les régions les plus axées sur la relocalisation de la fabrication et d'autres industries depuis l'étranger.

Les mentalités évoluent parallèlement à ces changements économiques. Une enquête récente a révélé qu'environ 83 % de la génération Z [nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010] estime qu'apprendre un métier technique spécialisé peut être un meilleur moyen d'assurer sa sécurité économique que d'aller à l'université, y compris 90 % de ceux qui possèdent déjà un diplôme universitaire. En effet, alors que les inscriptions à l'université ont chuté entre 2020 et 2023, celles dans les écoles techniques ont augmenté de 10 %. Ces changements suggèrent que, à mesure que les compétences pratiques gagnent en valeur, les régions qui les proposent sont susceptibles d'attirer à la     fois des talents et des emplois.

La Californie perd déjà des emplois dans le secteur des technologies de pointe au profit de nouveaux acteurs au Texas et dans le sud des États-Unis. Entre 2022 et 2023, le Texas a été en tête du pays en termes de création d'emplois dans le secteur des technologies, tandis que la Californie est restée largement stable. La Floride arrive en deuxième position, la Géorgie, le Tennessee et la Caroline du Nord enregistrant également des gains importants. Pour l'avenir, la CompTIA (Computing Technology Association) prévoit que le Texas, le Mississippi, le Tennessee et la Caroline du Sud connaîtront la croissance la plus rapide dans le secteur des technologies au cours de la prochaine décennie.

Le fossé entre les États bleus [démocrates] et rouges [républicains] pourrait se creuser avec l'IA, compte tenu de sa demande croissante en électricité abordable. Les prix élevés de l'énergie en Californie, les plus élevés du pays, sont l'une des raisons pour lesquelles les entreprises qui construisent des serveurs d'IA, des puces avancées et du matériel quantique, telles que Nvidia, Samsung et Taiwan Semiconductor, sont implantées dans des États riches en énergie comme le Texas. Parallèlement, le nouvel essor énergétique de la Pennsylvanie est largement considéré comme une occasion idéale d'étendre à la fois sa base technologique et industrielle. Par exemple, en 2022, Shell a investi 6 milliards de dollars dans un craqueur d'éthane à Monaca, en Pennsylvanie, afin de convertir le gaz naturel abondant de la région en plastiques.

L'intelligence artificielle remodèle le paysage économique, récompensant les régions qui disposent d'une énergie abordable, de compétences pratiques et d'une volonté de fabriquer des produits tangibles. Alors que les coûts élevés et la croissance stagnante de la Californie poussent les emplois technologiques vers le Texas, le Sud et la Pennsylvanie, les gagnants seront probablement les États qui combinent infrastructures, talents et approche pragmatique de l'industrie. La question ne porte plus seulement sur l'innovation, mais aussi sur les endroits où cette innovation peut prospérer et sur les États qui sont prêts à saisir les opportunités créées par l'IA.

jeudi 27 février 2025

C'est quoi être de droite, conservateur, réactionnaire ? Éric Zemmour face à Laetitia Strauch-Bonart

LAETITIA STRAUCH-BONART & ÉRIC ZEMMOUR

« Faut-il être conservateur ou réactionnaire ? »

Dans son nouveau livre, « La Gratitude » (L’Observatoire), l’essayiste libéral-conservatrice fait le récit de sa trajectoire politique et donne sa définition de la droite.

Elle dresse au passage un portrait critique d’Éric Zemmour, qu’elle classe dans la famille des « réactionnaires ». Devant les lecteurs du Figaro et du Figaro Magazine, le président de Reconquête a accepté de lui répondre.


Qu’est-ce qui distingue aujourd’hui la gauche de la droite ? Comment cette distinction a-t-elle évolué avec le temps ?

Laetitia STRAUCH-BONART – Ce qui les distingue, c’est le mot que j’ai choisi comme titre de mon livre : la gratitude. Bien sûr, c’est une simplification. Je ne prétends pas que tous les gens de gauche sont ingrats, ni que tous les gens de droite sont pleins de gratitude. Mais le terme de gratitude résume assez bien ce que nous sommes, à droite, quelle que soit la droite à laquelle nous appartenons. La gratitude, c’est d’abord l’idée qu’on a des devoirs avant d’avoir des droits, c’est la valorisation de l’effort avant la gratification immédiate, c’est l’idée aussi qu’on doit le confort de notre présent au passé, à ceux qui nous ont précédés, aux institutions qui nous entourent. Chacun d’entre nous naît dans un monde qui existe avant lui, et qui, en Occident, est un monde relativement ordonné, prospère, libre, raffiné. Au lieu de voir d’abord tout ce qui ne va pas dans ce monde, on devrait d’abord avoir de la gratitude envers tout ce qui va bien. Et il me semble qu’au contraire, la gauche, malheureusement, ordonne son programme politique autour du ressentiment, qui peut exister dans le coeur de chacun, et en fait un ressentiment collectif. Cela se traduit très concrètement par un certain nombre de politiques publiques, au premier plan la politique économique. Je n’ai pas l’impression que la gauche cherche à réduire la pauvreté : j’ai surtout l’impression qu’elle cherche à nuire aux riches et à promouvoir une politique fiscale confiscatoire, quel que soit son impact réel sur la pauvreté. Ce n’est qu’un exemple. L’opposé de la gratitude, c’est le ressentiment, le fait de ruminer tous les torts qu’on nous a faits et, au lieu d’oublier ou d’aller de l’avant – comme la droite le propose –, de s’enfermer dans la réclamation et la lamentation. Je ne prétends pas que toute la gauche soit ainsi, ni qu’elle l’ait toujours été ; je pense qu’il y a eu des périodes où la gauche était beaucoup plus courageuse et où elle voulait sincèrement aider les plus pauvres à sortir de leur condition. Mais aujourd’hui, je ne vois à gauche, sur les questions politiques, culturelles, économiques, que de l’amertume et très peu d’espoir.

Éric ZEMMOUR – Je n’aurais peut-être pas choisi ce mot. En revanche, je suis tout à fait d’accord avec ce que vous lui associez, quand vous dites par exemple que la droite, c’est sans doute le fait de reconnaître qu’on doit beaucoup à ceux qui nous ont précédés, quand la gauche au contraire les ignore, voire les dédaigne, voire les insulte – c’est une notation très juste.

En fait dans votre livre, il y a deux livres : il y a un livre sur l’histoire de la droite, très sérieux. Et puis, il y a le pamphlet contre moi, ou plutôt le pamphlet contre Éric Zemmour, parce que, en vérité, je ne m’y reconnais pas beaucoup. Il y a Dr Strauch et Mrs Bonart : il y a deux auteurs différents de ce livre. En somme, vous êtes une burkienne, comme Roger Scruton était un émule de Burke, et comme vous êtes une émule de Scruton. J’aime beaucoup le mot de Burke que vous citez : « Il faut chérir nos préjugés ». Je n’ai pas dit autre chose pendant toute ma campagne présidentielle, et on s’est moqué de moi, en m’accusant de passéisme, etc. Or, j’ai dit exactement ce que vous venez d’énoncer : nous devons avoir de la gratitude par rapport au passé et nous devons chérir nos préjugés, car ce sont eux qui garantissent notre liberté, notre culture, etc.

Dans le pamphlet que vous écrivez contre moi, vous êtes une autre personne. Vous êtes beaucoup plus passionnée, et le style, plus alerte, s’en ressent. En même temps, vous êtes beaucoup plus injuste, pour deux raisons. D’abord, vous faites la guerre en chambre, quand je la fais sur le champ de bataille. De même que, lorsque je regarde un match de football de l’équipe de France, je lui adresse mille critiques, mais je ne suis pas sur le terrain ; de même, vous me critiquez, mais je suis sur le terrain, et c’est moi qui me bats, qui me fais insulter, qui suis protégé par la police, qui suis menacé par les islamistes et les antifas qui passent à tabac les gens qui viennent à la signature de mes livres… Vous devriez plutôt me défendre, vous devriez témoigner en ma faveur ! Je suis convoqué par les juges toutes les semaines, on m’intente des procès pour chacun de mes propos. Où êtes-vous pour me défendre au nom de la liberté d’expression ? Je suis dans le feu de l’action, je suis sur le terrain, alors que vous n’êtes qu’en chambre à donner des bons et des mauvais points. C’est très facile. Ensuite, vous dites que je ne respecte pas les libertés. Apprenez que c’est moi qui les défends. En vérité, je considère, mais peut-être allez-vous me trouver prétentieux, que je me bats pour vous. Je me bats pour que vous puissiez continuer à me critiquer, à m’insulter, parce que quand nous serons l’un et l’autre détruits par l’alliance entre le wokisme et le grand remplacement, nous ne pourrons plus nous battre, nous ne pourrons plus nous opposer. Vous dites que je ne respecte pas les libertés, je me bats pour elles. Vous dites que je ne respecte pas la vérité historique, je la défends alors qu’elle m’est interdite. Une libérale comme vous ne peut me faire ces reproches.

L. S.-B. – Concernant vos reproches, vous avez, comme on dit en anglais, « a skin in the game » : vos propos ont eu des effets très concrets sur votre vie personnelle. J’en suis désolée. Je ne prétends pas jouer dans la même cour que vous. simplement ce qui m’intéresse, c’est le débat intellectuel : s’il fallait être aussi en danger que vous pour pouvoir vous critiquer, bien peu le pourraient. Où voulez-vous que je mène la guerre ailleurs qu’en chambre ? Le mot de guerre est d’ailleurs un peu trop fort. Je vous réponds sur le thème de la guerre en chambre, parce que je ne veux pas donner l’impression de distribuer les bons et les mauvais points : je suis moi aussi imparfaite et peut-être y a-t-il des mauvais points à m’attribuer sur la forme. sur le fond, ma critique principale à votre égard, c’est que vous faites partie de la famille des réactionnaires. Quand je prononce ce mot, je ne cherche pas à vous disqualifier, comme on le fait aujourd’hui, par exemple en estimant que tous les gens que l’on considère trop à droite sont d’« extrême droite ». Ce genre de débat ne m’intéresse pas ; ce qui m’intéresse, c’est le contenu. Je considère que les réactionnaires, dans la lignée de Joseph de Maistre, Louis de Bonald ou encore Charles Maurras, sont des penseurs et des politiques qui n’ont pas accepté le monde tel qu’il était à leur époque, tel qu’il était en train de changer. La nouvelle donne de l’époque, c’était la naissance de l’individu, la sécularisation du pouvoir, des droits individuels, et les réactionnaires n’ont pas compris que le monde avait changé ; ils ont très longuement lutté, parce qu’ils pensaient que l’ancien monde, c’est-à-dire la monarchie absolue, pouvait et devait revenir. En cela, leur position était d’ailleurs assez esthétisante, ils étaient assez incapables de dire concrètement ce qu’ils voulaient faire et comment ils voulaient le faire. Alors, pourquoi est-ce que je vous rattache à cette pensée ? il y a une différence de degré évidente, vous n’êtes pas un réactionnaire à la Charles Maurras. seulement, il me semble que vous refusez d’accepter la France telle qu’elle est aujourd’hui, avec des choses qui peuvent déplaire : une France beaucoup plus diverse, par exemple, sur le plan ethnique, une France plus féminisée, une France qui ne ressemble pas à celle que vous avez l’air de chérir, celle de votre enfance. Or, ce n’est pas la position que la droite devrait adopter. La droite est le parti du réel, la droite doit prendre la France telle qu’elle est, sans insister sur tout ce qui ne va pas : la droite doit d’abord parler de ce qui va bien, et ensuite proposer des remèdes contre ce qui ne va pas. Cela rejoint une autre critique que je vous adresse : je considère que vous avez beaucoup de ressentiment – je parle de la personne publique, de l’intellectuel. si vous partagez avec la droite son pessimisme existentiel, que je partage également, vous faites l’erreur de ne pas contrebalancer celui-ci par l’espoir – ce que j’attendrais de quelqu’un de droite. Vous avez finalement une pensée assez désespérée. Or, j’insiste, on ne peut pas se contenter de la déploration de ce qui ne va pas.

E. Z. – Chaque fois que j’entends l’opposition entre réactionnaire et conservateur, je pense à la boutade de Chesterton, qui disait : « La grande affaire des progressistes est de faire des erreurs, et la grande affaire des conservateurs est d’empêcher les erreurs d’être corrigées. » C’est exactement ce que vous venez de dire. Que voulez-vous conserver, chère Madame ? En quarante ans, tout a été détruit. Vous parlez dans votre livre, par exemple, de l’école, du fait qu’il faudrait y réintroduire le latin, le mérite, la sélection : c’est exactement ce que j’ai dit pendant ma campagne présidentielle. La gauche vous qualifiera donc de fieffée réactionnaire. Vous allez plus loin. Vous parlez des femmes, de votre sensibilité, de votre combat entre attachement et émancipation – le combat de toutes les femmes modernes, que je comprends très bien –, mais vous écrivez que le mariage est une protection dont les femmes ont besoin. Ne me le dites pas à moi, mais aux féministes qui vont non seulement vous traiter de réactionnaire, mais quasiment de nazie. On est toujours le réactionnaire de quelqu’un. Quand il y a une telle ruine, je parlais de l’école, il ne faut pas conserver, il faut restaurer. Et donc forcément, vous passez pour un réactionnaire. Oui, je préfère l’école des années 1960 à l’école des années 2020. si vous voulez en faire la preuve, de mon côté réactionnaire, j’achète, je prends. si on redonnait l’école des années 1960 aux écoliers d’aujourd’hui, ils seraient beaucoup plus heureux que dans l’école d’aujourd’hui.

Laetitia Strauch-Bonart, vous défendez les libertés fondamentales, mais n’y a-t-il pas des moments où on doit revenir en arrière, notamment sur l’État de droit ?

L. S.-B. – pour moi, ce n’est pas revenir en arrière, c’est revenir à l’esprit du droit. Quand Montesquieu, par exemple, écrit que le pouvoir doit arrêter le pouvoir, il ne parle pas seulement du fait que les juges jouent un rôle de contre-pouvoir vis-à-vis du pouvoir législatif ou exécutif. il parle aussi du fait que l’exécutif et le législatif jouent un rôle de contrepouvoir vis-à-vis des juges. Aujourd’hui, le problème est là : il y a un manque d’équilibre des pouvoirs.

E. Z. – Vous acceptez donc l’idée que les juges aujourd’hui ont un pouvoir excessif et qu’il faut redonner du pouvoir à l’exécutif et au législatif contre ce que j’appelle le gouvernement des juges.

L. S.-B. – Oui, mais je n’emploie pas le terme de « gouvernement des juges » parce que je ne crois pas qu’il y ait une intention, dont l’extension de leurs pouvoirs procède. simplement, quand on donne plus de pouvoir à un organisme, il s’en sert. Je vous parais naïve, mais quand on ne voit pas systématiquement des intentions dans ce que l’on critique, on met bien plus de personnes de son côté. Or, il me semble que votre rhétorique vigoureuse vous empêche de toucher des gens qui pourraient penser comme vous, mais qui sont rebutés par ce que j’appelle une forme de maximalisme. Vous avez tendance à vouloir prendre le contrepied systématique des idées qui ne vous plaisent pas.

E. Z. – Oui, je tords le bâton dans l’autre sens.

L. S.-B. – Mais cela vous dessert, si je puis me permettre, parce que beaucoup de gens vous reprochent d’abord la formulation avant de vous reprocher le contenu de vos idées.

E. Z. – Nous allons tellement loin dans un sens que, pour combattre ces idées, il faut commencer par tordre le bâton dans l’autre sens. Et après, une fois que nous aurons tordu le bâton dans l’autre sens, si on y arrive, nous pourrons raffiner, nuancer. Mais il faut d’abord combattre. il y a une course de vitesse entre la politique et le combat des idées d’un côté et, de l’autre côté, des choses qui vont beaucoup plus vite que nous : la destruction de l’école, la destruction de l’économie, la désindustrialisation, la démographie, le grand remplacement, tout ça va beaucoup plus vite. Donc il faut absolument se battre, et se battre vigoureusement. On n’a pas le temps de faire des entrechats. Mon combat vise à sauver la civilisation que vous défendez. Vous pouvez penser que je le mène mal, mais je le mène avec tout mon coeur et toute mon énergie.

L. S.-B. – Je n’en doute pas. Je souhaite simplement vous prodiguer un conseil. Le problème, par exemple, de la notion de « grand remplacement », ce n’est pas tant la base factuelle, qui dépend de la façon dont on considère les choses, c’est le terme même. Vous voyez bien que c’est un terme complètement désespérant, parce que vous dites qu’il ne sert à rien de se battre, que c’est terminé, que la France est morte. À vous entendre, ça fait vingt ans que la France est morte. Mais elle n’est pas morte puisque nous sommes encore là. Le grand remplacement est un signal de désespoir.

E. Z. – C’est tout le contraire.

L. S.-B. – beaucoup de gens l’entendent comme moi. On est ici en désaccord sur la forme, qui est in fine indissociable du fond. Laetitia Strauch-Bonart, alors que les droites qui triomphent dans la plupart des pays occidentaux sont plutôt des droites radicales, n’est-ce pas vous qui êtes réactionnaire finalement ?

Est-ce que l’époque n’est pas à une certaine forme de radicalité ?

L. S.-B. – C’est une question que je me pose souvent. J’ai l’impression d’être en effet un peu hors du temps.

E. Z. – Votre ami Guizot était déjà hors du temps lui-même à son époque, parce que déjà il croyait qu’on allait faire la révolution anglaise de 1688. Vous devriez faire un cercle.

L. S.-B. – On appelle cela les libéraux ! Je précise tout de même que la France doit beaucoup à Guizot, notamment l’école publique. Aujourd’hui, on vit un moment de radicalité, je pense que les États-Unis, notamment, ont besoin de cette radicalité. Mais cela ne correspond tout simplement pas à mon caractère.

E. Z. – Et la France plus encore.

L. S.-B. – C’est possible. peut-être que j’appartiens à une espèce en voie de disparition, mais ma conviction, c’est que les gens comme moi pourront être utiles dans vingt ans. Une fois qu’on sera passés par la radicalité, on aura besoin d’un peu de nuance.

E. Z. – si on gagne. Alors, je serais ravi d’entendre vos nuances. par ailleurs, vous n’appartenez pas à un temps révolu. simplement, il y a dans la vie intellectuelle et dans la vie politique des moments différents qui impliquent des caractères différents, qui ne sont pas les mêmes en temps de paix qu’en temps de guerre. pourquoi l’époque est-elle à la radicalité ? parce que, quand les peuples comprennent qu’ils vont mourir, ils ont un sentiment de panique qui les pousse à empêcher leur mort d’advenir.

L. S.-B. – Vous avez vu, lors de cette campagne présidentielle, que vos idées n’avaient pas trouvé l’écho que vous espériez, du moins dans les urnes. N’est-ce pas le signe qu’il y a quelque chose à changer, soit dans le contenu de ce que vous proposez, soit dans la forme ?

E. Z. – Les urnes ne mentent pas ; le peuple a tranché. Cependant, je ne suis pas d’accord avec l’analyse qu’on fait du score que j’ai obtenu. Je ne pense pas que ce sont mes idées ni même la façon dont je les ai défendues qui sont en cause. Ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas fait d’erreur. Ce qui m’a coûté cher, c’est qu’à partir de la guerre en Ukraine, la campagne a été bouleversée. Je ne pouvais plus parler de grand remplacement à partir du moment où on a effrayé les citoyens avec une guerre nucléaire et l’arrivée des chars russes à paris. Là, les vieux partis, les vieilles ficelles ont repris le dessus. Mais je maintiens que nous sommes dans une situation urgente, parce que la démographie va vite, que l’effondrement scolaire va encore plus vite et qu’il faudrait donc redresser tout ça encore plus vite. La seule chose que j’essaye de vous faire comprendre, c’est qu’on ne peut pas combattre la gauche à fleurets mouchetés. Alors peut-être ai-je des torts, peut-être suis-je parfois maladroit ou excessif ; c’est mon tempérament, qui n’est que celui d’un barbare romanisé. Quitte à passer pour radoteur, je vous redirai que je me bats pour les gens comme vous, parce que nous sommes d’accord sur tous les thèmes qui vous tiennent à cœur. toutefois, je suis en première ligne et j’espère qu’un jour vous éprouverez de la gratitude envers moi. ■


jeudi 13 février 2025

Les conservateurs du Canada anglais sont en panne de sens et leur logiciel idéologique tourne à vide

Le chef conservateur est compétent en économie, reconnaît l’historien Éric Bédard, mais Pierre Poilièvre doit encore définir ce qu’est le Canada, selon lui, et ce qui le distingue de son voisin. Texte paru dans La Presse de Montréal. Éric Bédard est historien et professeur à l’Université TELUQ. Il a récemment fait paraître Figures marquantes de notre histoire. Volume II : Lutter (VLB)

En temps normal, la politique se confond avec l’administration : améliorer les services rendus à la population, équilibrer les budgets, lancer des projets économiques structurants. De bons managers font l’affaire.

Mais en temps de crise, ces gestionnaires sont bien démunis. Car pour traverser des temps difficiles, il faut des politiques capables de mobiliser des affects et des mythes, proposer un récit qui donne un sens fort à l’aventure collective, dessiner des horizons inspirants.

En temps de crise, il faut s’élever au-dessus de la partisanerie et passer de la politique à la métapolitique. Jusqu’à maintenant, Pierre Poilièvre a complètement raté ce passage.

Il n’est cependant pas le seul responsable.

Depuis leur virage « continentaliste » des années 1980 et leur adhésion enthousiaste au libre-échange avec les États-Unis, les conservateurs sont en panne de sens et leur logiciel idéologique tourne à vide.

Longtemps, les conservateurs ont été les porteurs d’un nationalisme qui se définissait par la négative. Être Canadien, c’était refuser le modèle américain, c’est-à-dire un type de société qui se fondait sur une rupture avec l’ancien monde européen, une foi illimitée dans le progrès, un égalitarisme et un individualisme qui pouvait mener au désordre et à la guerre civile.

Héritage britannique

Être conservateur canadien, c’était être fidèle à l’héritage britannique, à ce monde d’avant l’âge d’un progrès débridé, technique, déshumanisant, des tares qu’incarnait la grande république américaine et qu’avaient rejeté les loyalistes à la fin du XVIIIe siècle. Jusqu’aux années 1960, le conservatisme canadien est un antiaméricanisme.

En 1962, John Diefenbaker est le seul dirigeant politique occidental à exiger une enquête indépendante durant la crise des missiles de Cuba. L’année suivante, il déclenche des élections précipitées parce qu’il refuse que le Canada accueille des missiles américains à tête nucléaire. Lors du débat sur l’unifolié, Diefenbaker, redevenu chef de l’opposition, affiche son patriotisme en se drapant dans le Red Ensign – l’ancien drapeau où les armoiries canadiennes côtoyaient la croix britannique.

L’ancien premier ministre du Canada, John Diefenbaker, en 1957

Dans Lament for a Nation, un essai crépusculaire publié en 1965, le philosophe conservateur George Grant pressentait la fin de ce Canada attaché à son passé et à ses traditions.

À ses yeux, la complaisance et la complicité coupable des élites canadiennes à l’endroit du géant américain annihilaient ce qu’il restait d’original dans l’identité canadienne, ou la vidaient de sa substance.

À la même époque, l’antiaméricanisme canadien passe à gauche. La jeunesse rejette la guerre du Viêtnam, le complexe militaro-industriel et les valeurs capitalistes des grandes corporations américaines. Pour cette gauche, ce qui distingue désormais le Canada des États-Unis, ce sont ses programmes sociaux beaucoup plus généreux, notamment son système de santé universel et gratuit, et une plus grande tolérance pour la diversité qu’incarnerait cette doctrine du multiculturalisme conceptualisée par des penseurs en vogue et inscrite dans la Loi constitutionnelle de 1982.

[Le Premier Ministre conservateur de 1984 à 1993] Brian Mulroney avait de belles qualités, mais il ne croyait pas beaucoup à la force des idées et à la contribution des intellectuels. Ce qu’il allait proposer aux Canadiens, c’était moins un nouveau programme idéologique qu’une simple alternance partisane. Car sur le fond, il souscrivait aux grands principes de la refondation de 1982 et ne proposait que des amendements mineurs (ex. : Accord du lac Meech). Le conservatisme canadien n’est devenu qu’économique et fiscal.

Un besoin d’élévation

Lorsqu’on écoute certaines entrevues de fond de Pierre Poilièvre, on constate vite ses compétences en économie et sa volonté sincère d’accroître le niveau de vie des Canadiens. Mais lorsqu’il doit réagir à la crise existentielle provoquée par les décisions erratiques du président Trump, il est incapable de mettre de côté la partisanerie et de montrer un peu d’élévation.

Au micro de Jordan Peterson pendant deux heures, il conclut son entretien de fond en répétant qu’il rêve d’améliorer le pouvoir d’achat du Canadien moyen. Dans sa réaction aux menaces de Donald Trump, il rappelle que les libéraux, avec leurs dépenses incontrôlées, ont brisé la « promesse canadienne » de prospérer et d’aspirer à une ascension sociale.

Ces objectifs sont certes nobles, mais Pierre Poilièvre devra nous expliquer : en quoi ils se distinguent de l’« American Dream » ?

Si le Canada des conservateurs n’est qu’une déclinaison du rêve américain, pourquoi ne pas accepter la proposition de Donald Trump de devenir le 51e État des États-Unis ?

Sinon, qu’est-ce que le Canada au juste, et quel serait son destin, son ambition, sa « vocation » selon lui ?

Pour répondre à ces questions, Pierre Poilièvre devra rouvrir ses livres d’histoire, laisser tomber un moment la partisanerie et passer de la politique à la métapolitique, c’est-à-dire à des considérations plus élevées sur le sens qu’il faut parfois donner, dans des circonstances hors de l’ordinaire, à une aventure collective. A-t-il les ressorts qu’il faut pour y arriver ?

samedi 16 novembre 2024

La plus ancienne école de journalisme au monde a été rachetée par un groupe d’investisseurs conservateurs

Article du journal d'extrême gauche Libération (6,3 millions d'aides publiques en 2016) qui n'aime pas la possibilité que des journalistes échappent à une formation de gauche.

La plus ancienne école de journalisme au monde a été rachetée par un groupe d’investisseurs conservateurs, dont le milliardaire d’extrême droite [rappel, selon les gauchistes de Libé] Vincent Bolloré. Faisant craindre qu’elle ne se transforme en pépinière pour médias bollorisés.
 

La bollorisation commencera désormais dès l’école de journalisme. L’École supérieure de journalisme de Paris (ESJ Paris), la plus ancienne école de formation de journalistes au monde, créée en 1899 par l’écrivaine Jeanne Weill, alias Dick May, passe sous le pavillon d’un consortium d’investisseurs marqués à droite, parmi lesquels Bernard Arnault, Vincent Bolloré, la famille Dassault, l’ancien président du Medef Pierre Gattaz et Rodolphe Saadé.

Dans un communiqué publié ce vendredi 15 novembre, la bande [sic!], associée également au groupe Bayard Presse, a annoncé vouloir faire de cette école, qui ne fait actuellement pas partie des quatorze reconnues par la profession et qui n’a rien à voir avec la plus célèbre ESJ Lille [dont 87 % des étudiants affirmaient voter pour la gauche ou l'extrême gauche], «un haut lieu de l’excellence journalistique, un centre de formation de référence où se dessinent les contours du journalisme de demain». La nouvelle direction de l’établissement semble notamment mettre en avant une volonté de devenir une référence dans le domaine de l’enseignement du journalisme économique. Un «engagement collectif» dans le sens d’une «dynamique de renouveau», s’est gargarisé dans la foulée le JDD bollorisé, sans prendre la peine de s’éloigner un tant soit peu du communiqué – difficile de critiquer leur potentielle future pépinière de talents.

Une ancienne d’Europe 1 à la direction

Mais c’est en effet, comme le souligne l’hebdomadaire à la main du milliardaire d’extrême droite, une «nouvelle page qui s’ouvre», bien loin des valeurs de l’école des débuts, la première au monde à s’ouvrir aux femmes, soutenue par Emile Durkheim et honnie par la droite antidreyfusarde. Les étudiants, qui ont découvert le rachat ce vendredi matin par des sources journalistiques, sont sonnés. Marie (1), en master [maîtrise] de journalisme, parle d’un «sale coup au moral» qu’elle n’avait pas vu venir. Autour d’elle, certains ont certes un peu d’espoir que le rachat permette d’augmenter les moyens d’une école qui en manque, mais Marie, elle, ne «voit que des côtés négatifs». Déjà parce que c’est son argent, et celui de ses camarades, qui financent l’école : 7 000 euros l’année tout de même, et qu’elle craint l’arrivée de professeurs d’extrême droite qui viendraient bousculer ce qu’elle jugeait jusqu’ici comme un «enseignement équilibré». Ensuite parce qu’elle s’inquiète des conséquences pour sa carrière. «Ça me rend hyper triste de me dire que le truc qui sera sur mon CV toute ma vie ce sera ça. Et j’ai peur de ne pas trouver du travail quand les rédactions verront que j’ai fait la Bolloré School of Journalism. [en anglais !]»

Elhame Medjahed, ancienne présentatrice sur Europe 1, propriété de Vincent Bolloré, et jusqu’ici directrice pédagogique de l’établissement, prend la direction générale par intérim. Elle succède au spécialiste du Maroc Guillaume Jobin, qui dirigeait l’école depuis 2009. À la présidence de l’établissement, on retrouvera Vianney d’Alançon, un entrepreneur catholique trentenaire, cofondateur de la maison de joaillerie Laudate, qui fabrique des médailles de baptême et les vend à Lyon et Versailles, comme le racontait le Monde en 2017. L’homme est surtout châtelain de La Barben (Bouches-du-Rhône), où il a implanté le parc d’attractions historique Rocher Mistral, sorte de Puy-du-Fou provençal à la vision historique plus que contestable. Selon nos informations, c’est lui qui est à l’origine du tour de table rassemblant le gratin du capitalisme français. En mai, le magazine Challenges faisait état de négociations pour céder l’école pour un montant entre 2 et 3 millions d’euros.

L’école a pu avoir ces dernières années une réputation sulfureuse [dans les milieux de la gauche radicale], employant par exemple comme professeurs le controversé journaliste indépendant Jean-Paul Ney ou la reporter russophile [?] Anne-Laure Bonnel. L’ESJ Paris entretenait par ailleurs ces derniers temps un tropisme pour le Moyen-Orient, avec une filière orientée vers le marché des médias des pays arabes. Quelle sera désormais sa future ligne ? La nouvelle équipe de direction sera connue en janvier, et l’école devrait bientôt quitter la rue de Tolbiac, dans le XIIIe arrondissement de Paris, pour des nouveaux locaux. Contactée, la nouvelle directrice n’a pour l’heure pas répondu aux sollicitations de Libération.

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samedi 10 août 2024

La PM « conservatrice » de l'Alberta, Danielle Smith, veut doubler sa population d'ici 25 ans

Dans son allocution télévisée et son discours du Trône prononcés l’automne dernier, la Première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, avait déclaré que son gouvernement se préparait à plus que doubler la population de l’Alberta d’ici 2050, pour atteindre 10 millions d’habitants, soit trois millions de plus que ce que les autorités provinciales avaient prévu pour le milieu du siècle.

Elle souhaite également voir la population de Red Deer décupler. D’environ 106 000 aujourd’hui à un million d’habitants. (Red Deer se trouve sur la rivière du même nom, anciennement rivière du Daim-Rouge en français.)

Danielle Smith a récemment réitéré son ambition de doubler la population de sa province d’ici 2050 dans une vidéo (voir ci-dessous).

Pour que l’Alberta ait le poids politique qu’il mérite

Danielle Smith dans cette vidéo déclare : « Nous devons nous fixer un objectif ambitieux, à savoir doubler notre population. Nous devons être ce bastion de la liberté, les gens voudront venir ici et nous voulons les accueillir. Et nous voulons construire cet endroit de manière à ce que nous ayons le poids politique que nous méritons en Alberta. À l’heure actuelle, nous sommes traités comme un partenaire mineur par Ottawa. Et si nous finissons par avoir l’économie la plus forte et par doubler notre production de pétrole… »

Le taux de chômage en Alberta est déjà parmi les plus hauts au Canada 

À 7,1 %, le taux de chômage de l’Alberta est bien supérieur à la moyenne nationale qui se situe à 6,4 % et à celui du Québec à 5,7 %.

Notons que les immigrés récents (moins de 5 ans au Canada) ont un taux de chômage plus du double aux Canadiens nés au Canada.

 

Logements hors de prix

Le marché immobilier de l’Alberta est très cher, car il y a très peu de logements disponibles, manque conjugué à une forte demande et à une forte activité de vente. Pour mai 2024, le prix de référence des maisons en Alberta, soit 514 200 $, est le plus élevé jamais atteint, et il est en hausse de 9,3 % d’une année sur l’autre.

Augmentation de la population de 200 000 personnes en 2023 (+ 4,4 % de la population)


Les deux tiers des personnes qui viennent de s’installer en Alberta sont des immigrants.

Ces chiffres font suite à l’augmentation de la population de la province de 202 324 habitants en 2023 — soit environ deux fois la population de Red Deer — avec un taux de croissance de 4,4 %, le plus élevé depuis 1981.

L’augmentation de la population au cours du premier trimestre de 2024 est due aux résidents internationaux non permanents, qui représentent près de 60 % de l’immigration en Alberta.

« La différence, cette fois, c’est que l’Alberta, et en particulier Calgary, qui a été la plus grande ville d’immigrants en croissance au Canada, compte de nombreuses communautés établies d’immigrants qui ont migré ici au cours des dernières décennies », a-t-elle déclaré.

70 % des Albertains opposés à davantage d’immigration

Les immigrants au Canada en général soient plus nombreux que les gens au Québec (y compris donc les anglo-allophones de Montréal) à trouver que les cibles d’immigration sont trop élevées…
Le rejet le plus important vient de l’Ontario et de l’Alberta, à égalité, avec 70 % des personnes interrogées qui trouvent que les cibles d’immigration sont trop élevées.

Mais depuis quand en démocratie occidentale les politiciens écouteraient-ils leurs électeurs « racistes » ?

Les immigrés sont urbains et votent massivement pour la gauche (NPD, Libéraux)

Madame Danielle Smith a défendu une vision résolument souverainiste des pouvoirs de sa province. Elle a fait adopter à la fin 2022 une Loi sur la souveraineté et l'a invoquée un an plus tard pour s'opposer aux règles imposées par le gouvernement fédéral de Justin Trudeau sur l'électricité propre.

Il est cependant douteux qu'elle convertisse ces nouveaux venus en des souverainistes albertains conservateurs en assez grand nombre puisque ceux sont ne partagent pas les caractéristiques de ces électeurs conservateurs actuels : souvent ruraux, chrétiens et d'extraction européenne avec une solide tradition d'autonomie au sein de petites communautés.

Les personnes nées à l'étranger étaient plus enclines à dire (en octobre 2019) que Justin Trudeau serait le meilleur premier ministre (41 %) que celles nées au Canada (33 %).
Ils tendent aussi à voter plus pour le NPD que le BQ ou le Parti vert.

Dans un sondage Abacus dans le cadre des élections provinciales de 2023 en Alberta, on note un fort clivage selon l'origine ethnique des électeurs. Le Parti conservateur albertain (UCP) menait par 11 points chez les Albertains blancs, tandis que le NPD (la gauche) menait par 31 points chez les Albertains racialisés.


Le même sondage de 2023 nous apprenait que le NPD de gauche avait une avance de 30 % dans la ville d'Edmonton (60 % contre 30 %), tandis que l'UCP conservateur était largement en tête à l'extérieur des deux plus grandes villes (57 % à l'UCP contre 40 % au NPD).

Madame Smith pense-t-elle vraiment qu'elle fera de ces millions d'immigrants (l'immense majorité « racialisée ») urbains des conservateurs et des souverainistes albertains ?

L'accroissement de la population n'assure pas la prospérité

L'accroissement de la population ne garantit en rien la prospérité, il suffit de regarder la Grande-Bretagne, la France avec une forte immigration ou même le Canada sous Trudeau où le PIB/habitant a diminué depuis 4 ans alors que l'immigration connaissait des sommets. À l'inverse, des pays peu peuplés comme la Suisse ou la Norvège sont prospères. 

Le PIB par habitant du Canada a diminué de 0,4 % par an depuis 2020 - le pire taux parmi les 50 premières économies développées du monde. Les nouveaux investissements et la croissance de l'emploi sont principalement le fait du gouvernement.

Les initiatives du secteur privé se limitent essentiellement au marché de l'immobilier, ce qui ne contribue guère à la productivité et à la prospérité. De nombreux jeunes n'ont pas les moyens d'acheter dans l'un des marchés immobiliers les plus chers du monde. Pressés de citer une réussite numérique, les Canadiens citent Shopify - mais le magasin en ligne est le seul nom technologique parmi les 10 plus grandes entreprises du pays, et ses actions s'échangent à la moitié de leur pic de 2021.

Danielle est immigrationniste, mais est-elle conservatrice ?

Danielle Smith envisage donc d’essayer de doubler la population de l’Alberta quasi exclusivement grâce à l’immigration, au lieu de se concentrer sur la réduction du coût de la vie, la réduction de la criminalité et l’incitation des Albertains à avoir plus d’enfants afin d'assurer une lente croissance démographique homogène.

En quoi, Danielle Smith est-elle conservatrice ? Que veut-elle conserver ?

Danielle Smith

La conservatrice Danielle Smith n’a aucun enfant. Cette absence de descendance avait été critiquée par d’autres conservateurs albertains qui mettaient en doute sa sincérité dans la défense des familles. Notons qu’elle et son second mari, David Moretta, qui se sont mariés en 2006, auraient eu l’intention d’avoir des enfants selon un communiqué émis par Danielle Smith. La déclaration indique que le couple a demandé l’aide d’une clinique de fertilité, mais que les traitements auraient été infructueux.

Controverses sur ses affirmations relatives à son ascendance

Mme Smith a fait des déclarations sur son ascendance qui ont été démenties par des généalogistes et par les archives de l’immigration canadienne.

Son arrière-grand-père paternel était Philipus Kolodnicki, dont le nom a été anglicisé en « Philip Smith » à son arrivée au Canada.

En octobre 2022, elle a affirmé que M. Kolodnicki avait quitté l’Ukraine après la Première Guerre mondiale, qui s’est achevée en 1918, pour échapper au communisme. Elle a déclaré que ses convictions politiques étaient « en grande partie nées d’une méfiance totale à l’égard du socialisme que mon arrière-grand-père a fui ». Dans un profil publié en 2012 dans le Globe and Mail, Mme Smith a affirmé que Kolodnicki était un immigrant ukrainien arrivé au Canada en 1915.

Les dossiers d’immigration examinés par le Toronto Star montrent que Kolodnicki est arrivé au Canada en 1913, avant la Première Guerre mondiale ou la Révolution d’octobre 1917. Kolodnicki a également indiqué que sa nation d’origine était l’Autriche et que sa race était la Ruthénie, un terme qui, à l’époque, désignait les ancêtres des Ukrainiens, des Biélorusses et des Rusyns modernes.

À partir de 2012, Mme Smith a affirmé publiquement qu’elle avait des racines cherokees grâce à son arrière-arrière-grand-mère, Mary Frances Crowe. Mme Smith a également affirmé que Mme Crowe avait été victime de la Piste des larmes et déplacée de force au Kansas dans les années 1830. Une enquête d’APTN National News a examiné les registres de recensement américains et a découvert que Mme Crowe était née en 1870 en Géorgie, environ 20 ans après que le gouvernement américain a forcé les Cherokees à quitter leur terre natale.

Kathy Griffin, généalogiste cherokee du Texas qui a travaillé avec APTN, n’a pas trouvé de preuve que les ancêtres de Smith étaient membres des tribus historiques cherokee, notamment la Bande orientale des Indiens cherokee, la Bande unie Keetoowah des Indiens cherokee de l’Oklahoma ou la Nation cherokee. Les ancêtres de Smith ne figuraient pas non plus sur le Dawes Roll, un registre américain répertoriant les membres des tribus Cherokee, Creek, Choctaw, Chickasaw et Seminole.

À la suite du reportage d’APTN, l’attaché de presse de Mme Smith a déclaré que cette dernière n’avait pas fait de « recherches approfondies sur ses ancêtres » et qu’elle avait « entendu parler de son héritage par ses proches ».

lundi 8 juillet 2024

Royaume-Uni — La défaite des « conservateurs » vue par Mark Steyn

L'heure du bilan a sonné pour le magazine conservateur The Spectator

Un texte de Mark Steyn
:

Au Royaume-Uni, presque toutes les circonscriptions ont voté pour la gauche de différentes tendances — non seulement la gauche travailliste victorieuse, mais aussi la gauche nationaliste écossaise, la gauche républicaine irlandaise, la gauche écologiste, la gauche islamiste et, bien sûr, la gauche pseudo-conservatrice sournoise : les gens peuvent choisir n’importe quelle couleur du moment que celle-ci est le rouge. Ainsi, si vous êtes l’un de ces Britanniques préoccupés par, disons, l’immigration de masse transformatrice ou le droit à la liberté d’expression, les choses vont empirer au cours des prochaines années avant qu’il n’y ait une quelconque perspective de changement de cap.

La responsabilité en incombe au parti « conservateur et unioniste », hideux et répugnant, qui n’est en pratique ni l’un ni l’autre. Les hommes politiques efficaces ne « se rapprochent pas du centre » ; ils attirent le centre vers eux, comme l’ont fait Mme Thatcher et le président Reagan. Au lieu de cela, les conservateurs ont gaspillé quatorze années à jouer selon les termes de la gauche, avec pour résultat une culture politique qui n’a jamais été aussi peu conservatrice, et un pays où rien ne fonctionne, du service national de santé fétichisé aux branleurs de policiers.

Le parti de Rishi Riche a donc été réduit à son plus mauvais résultat - pire que Balfour en 1906, si tant est que de telles comparaisons soient encore pertinentes dans une Grande-Bretagne démographiquement transformée. Parmi les victimes figurent les « grands fauves » de tous bords : l’animateur foireux de GB News Jacob Rees-Mogadon, la porte-épée du Couronnement Penny Mordaunt et l’ancienne Première ministre Liz Truss. Et pourtant, même si le résultat est catastrophique, il aurait dû l’être davantage. Il ne s’agissait pas d’un événement du niveau de l’extinction de Kim Campbell [au Canada, NDLR]. Ainsi, un gouvernement de gauche se verra opposer au Parlement une fausse opposition de gauche qui est d’accord avec lui sur Carboneutralité, les « préjudices en ligne », la Cour européenne des droits de l’homme, le protocole de l’Irlande du Nord et la subversion du Brexit… oh, et sans aucun doute la nécessité du prochain confinement.

Nous ne sommes pas en 1997, et Keir Starmer n’est pas Blair. Sir Keir a réussi ce que les commentateurs appellent un « raz-de-marée sans amour ». Il a bénéficié, en Angleterre, de l’implosion du parti conservateur et, au nord de la frontière [en Écosse], de l’implosion du parti national écossais — toutes deux entièrement méritées. Pourtant, la part de voix des travaillistes est inférieure de cinq points à la défaite prétendument humiliante de Jeremy Corbyn en 2017 : en fait, il s’agit même de la plus faible part des suffrages exprimés jamais obtenue par un parti ayant remporté la majorité — à peine trente-cinq pour cent. Sir Keir a perdu quatre députés travaillistes en exercice (et ministres potentiels) au profit d’« indépendants pro-Gaza » — nommément Shockat Adam (à Leicester), Adnan Hussain (à Blackburn), Ayoub Khan (à Perry Barr) et Iqbal Hussain Mohamed (à Dewsbury). Comme je l’ai écrit il y a deux mois :

Le parti travailliste a présumé de la loyauté de ses électeurs musulmans comme il présume de la loyauté de ses électeurs homosexuels, mais les premiers semblent comprendre qu’ils seront bientôt assez forts pour se passer des infidèles socialistes.
Le parti travailliste a présumé de la loyauté de ses électeurs musulmans comme il présume de la loyauté de ses électeurs homosexuels, mais les premiers semblent comprendre qu’ils seront bientôt assez forts pour se passer des infidèles socialistes.

Nous assistons donc à l’émergence d’une politique intérieure explicitement islamique, avec des députés élus sur des listes explicitement islamiques. 
 
[Le Premier ministre Starmer a épousé une femme de confession juive pratiquante, d'origine achkénaze. Il aurait déclaré que « Le chabbat est un "rocher dans la semaine" », selon The Jewish Chronicle] 
 
Quatre députés « pro-Gaza », cela ne semble pas beaucoup, mais, à titre de comparaison, c’est exactement le même nombre que le parti réformiste de Nigel Farage a réussi à faire élire [depuis le Parti réformiste a remporté un cinquième siège, N.D.L.R.]. Je dirais que la montée d’une force politique islamique distincte, qui n’a plus besoin de composer avec les partis établis, est l’événement le plus important de la nuit dernière — et pas dans le bon sens du terme : c’est l’avenir de la Grande-Bretagne qui est en jeu.

En ce qui concerne le parti Réformiste, Nigel a repris le nom et la stratégie du parti de Preston Manning qui s’est détaché des conservateurs canadiens il y a trente ans. Lors de leur première campagne électorale en 1993, les réformateurs de M. Manning ont remporté 52 sièges sur les 295 que compte la Chambre des communes d’Ottawa — et ce, avec exactement le même système uninominal à un tour qu’à Westminster. En revanche, la nuit dernière a commencé par un sondage de la BBC indiquant que Farage avait remporté treize sièges et que les réformistes étaient devenus le quatrième parti de la Chambre. Dans la froide réalité de l’aube, ce chiffre s’est réduit à quatre sièges [5 depuis] seulement, contre sept pour le Sinn Féin, qui a désormais remplacé les Unionistes démocratiques [DUP, protestants irlandais] en tant que premier parti d’Irlande du Nord. À North Antrim, Nigel a soutenu Ian Paisley Jr, du DUP, mais M. Paisley a perdu dans un siège que sa famille détenait depuis cinquante-quatre ans.

Où nous en allons-nous maintenant ? Nulle part de bien. Sous la houlette d’un quintette de Premiers ministres ratés, les conservateurs ont mené une nation autrefois formidable au bord de l’effondrement et l’ont livrée aux mains d’« opposants » qui ne feront qu’accélérer l’aggravation de la situation à une vitesse folle. La célèbre phrase de Mme Thatcher était la suivante :  « On gagne d’abord le débat, ensuite l’élection. » Le parti « conservateur » a passé quatorze ans à ne pas présenter d’arguments conservateurs, la soirée d’hier était donc tout à fait prévisible.

Ainsi, le principal résultat d’un Brexit foireux voit la Grande-Bretagne virer à gauche alors que le continent se déplace vers la droite.

Mohammed Asaduzzaman est l’actuel maire de Brighton & Hove (277 000 habitants). Il a été élu lors de la réunion annuelle du Conseil le 16 mai 2024. Selon les données du recensement de 2021, plus d’un habitant de Brighton et Hove sur dix (10,73 %) s’identifie comme lesbienne, gay, bisexuel ou d’une autre orientation sexuelle que l’hétérosexualité — la proportion la plus élevée d’Angleterre et du pays de Galles.

vendredi 29 décembre 2023

États-Unis — En 2022, seuls 3,4 % des journalistes se disaient républicains

En 2022, seuls 3,4 % des journalistes se disaient républicains contre 36,4 % de démocrates. Ce chiffre était de 18 % en 2002 et de 25,7% en 1971.



 

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Aux racines du wokisme dans les universités. Pourquoi cette crise dans les universités ?

Comment les professeurs se classent eux-mêmes en termes politiques.
Le rapport gauche-droite a augmenté rapidement depuis le milieu des années 90.
(Source : Institut de recherche sur l’enseignement supérieur [HERI]. Les données proviennent d’enquêtes représentatives au niveau national auprès de professeurs aux États-Unis. Graphique de Sam Abrams.)

 

vendredi 11 août 2023

Le consensus « conservateur » serait-il terminé ? Nationalistes contre Libéraux ?

On trouvera ci-dessous l’article traduit de Sean Speer, publié il y a peu dans The Hub.

Cet article explore la tension entre liberté et nationalisme qui façonne le caractère du conservatisme en Amérique du Nord, en particulier aux États-Unis et au Canada. Il évoque les divisions au sein du conservatisme américain et canadien, mettant en lumière des tendances telles que le populisme de droite, le réalignement politique, le conservatisme national et les mouvements opposés au néolibéralisme et au libéralisme. L’auteur examine deux manifestes récents, l’un représentant le conservatisme dit « de la liberté » et l’autre le conservatisme national, qui illustrent des priorités et des visions divergentes. L’article s’interroge sur l’influence croissante du conservatisme national et sa possible émergence au Canada, en lien avec des questions telles que l’identité culturelle, l’immigration et la religiosité.


La tension entre la liberté et le nationalisme façonne le caractère du conservatisme en Amérique du Nord.

Le conservatisme américain a été plus ou moins fracturé pendant 100 ans, comme l’a montré l’intellectuel conservateur Matthew Continetti dans son livre incontournable de 2022, The Right : The Hundred-Year War for American Conservatism. Ces dernières années, cependant, semblent être marquées par des conflits internes et des divisions encore plus importants que la norme historique.

Ces tensions récentes ont également éclaté à certains moments au sein du conservatisme canadien. Le limogeage très médiatisé de Jason Kenney en Alberta l’année dernière par des forces populistes au sein de son propre parti était en partie une manifestation de développements similaires. Il est toutefois juste de dire que, depuis une vingtaine d’années, les conservateurs canadiens sont généralement plus unis sur le plan politique et moins hétérodoxes sur le plan des idées que leurs homologues américains.

L’explication de l’accord relatif qui règne au sein du mouvement est difficile à discerner. Il pourrait s’expliquer par la petite taille du marché canadien et à la relative homogénéité idéologique du mouvement conservateur canadien (essentiellement constitué de libéraux avec un petit « l »), à l’influence continue des baby-boomers (qui sont plus libéraux classiques ou progressistes que les conservateurs en général) dans le monde des idées conservatrices, à l’héritage philosophique de Stephen Harper, à l’absence d’engagement sérieux sur le plan des idées de la part des politiciens conservateurs qui ont suivi, ou peut-être à l’expression du conservatisme inhérent à la « paix, à l’ordre et à la bonne gouvernance ».

Il serait toutefois erroné de supposer que le conservatisme canadien est à l’abri des développements intellectuels et politiques qui remettent actuellement en question l’orthodoxie conservatrice américaine, ou même qu’une telle immunité serait propice. Certaines des tendances qui remodèlent le conservatisme américain sont contingentes. Mais la plupart ne le sont pas.

vendredi 23 juin 2023

Georges Buscemi sur la résistance de parents et d'élèves contre l’activisme LGBTQ2SAI+ dans les écoles (vidéos)

Entretien de Georges Buscemi, le président de Campagne Québec-Vie, la principale organisation pro-vie au Québec, sur Théovox de jeudi dernier. Lors de cet entretien, il était question de la résistance de parents contre l’activisme LGBTQ2SAI+ dans les écoles.

Georges Buscemi fait allusion à cet incident qui s’est produit le 16 avril de cette année quand une centaine d’étudiants de l’école secondaire Chêne-Bleu, à Pincourt (Montérégie de l’Ouest) ont piétiné le drapeau LGBT arraché par un de leur camarade salué par la foule qui huait le symbole LGBTQ2SAI+.

« Une vidéo de l’incident a été largement diffusée sur les réseaux sociaux. »

Il y a quelques semaines, un intervenant de l’Association LGBTQ2+, Vaudreuil-Soulanges, s’était rendu à l’école pour faire de la sensibilisation auprès des élèves. Selon Julie Lemieux, les élèves sont de plus en plus réticents à l’idéologie LGBT « Notre intervenant sentait beaucoup de fermeture, de résistance venant des étudiants. Il a trouvé très difficile son passage à l’école », commente-t-elle.

Cet événement est loin d’être isolé et a plutôt tendance à prendre de l’ampleur. Selon TVA Nouvelles, des élèves de deux écoles secondaires en Estrie ont protesté contre la journée contre l’homophobie et la transphobie. À l’école internationale du Phare, une pétition a été lancée pour retirer les symboles LGBTQ+ et des jeunes ont arraché les affiches et les drapeaux. Le CSSRS a confirmé que des mesures ont été prises à l’égard des élèves fautifs. À l’école secondaire La Frontalière de Coaticook, des élèves se sont vêtus de noir au lieu des couleurs de l’arc-en-ciel. Des sanctions ont été imposées et le CSSHC a assuré que des actions de « sensibilisation » (endoctrinement renforcé ?) seront menées.

L’idéologie du wokisme semble perdre de son attrait et agace les élèves qui doivent habituellement se conformer à la doxa dans le silence. Un autre élément important à noter est que les commentaires sous les vidéos et les publications sur les réseaux sociaux soutiennent massivement les élèves qui se rebellent contre le drapeau LGBTQ+.

La CBC nous apprend par ailleurs qu’au Nouveau-Brunswick le Premier ministre, Blaine Higgs, maintient sa volonté de changer la politique 713, prétendument conçue « pour protéger les étudiants LGBTQ ».

Parmi ces changements, les élèves de moins de 16 ans doivent désormais obtenir la permission de leurs parents pour que les enseignants et le personnel utilisent les noms et pronoms qu’ils ont choisis.

Mme Higgs a défendu ce changement, affirmant que les informations concernant un enfant ne devraient pas être cachées à ses parents.

« Nous essayons de trouver un moyen de protéger les enfants et d’impliquer les parents lorsque le moment est venu et de faire participer les bonnes personnes à ce processus », a-t-il déclaré.

La menace d’élections sur cette question a été évoquée par M. Higgs après qu’il a été confronté à la rébellion de plusieurs de ses principaux ministres en réponse à la révision de la politique. Depuis lors, un ministre a démissionné du cabinet de M. Higgs.

Jeudi, après avoir entendu M. Higgs parler à l’Assemblée législative de sa conviction que la dysphorie de genre est devenue « à la mode » et que l’acceptation croissante de cette maladie nuit aux enfants et exclut les parents, l’ancienne ministre Dorothy Shephard s’est levée et a quitté l’assemblée.

Alors que le Premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, parlait jeudi à l’Assemblée législative de sa conviction que la dysphorie de genre est devenue « à la mode » et que son acceptation accrue nuit aux enfants et exclut les parents, la ministre Dorothy Shephard s’est levée et a quitté l’Assemblée. Elle a ensuite démissionné de son poste de ministre du Développement social.

En réponse aux critiques de M. Shephard, M. Higgs a déclaré qu’il reconnaissait que les décisions prises à l’Assemblée législative ne seraient pas toutes unanimes, mais que la majorité du caucus avait convenu qu’il fallait « trouver une manière de gérer » la politique 713.



vendredi 21 avril 2023

Idéologie LGBTQ2SAI+ : la Floride protège les enfants dans les écoles publiques (vidéo)

Attention, ce reportage vidéo provient de France 24, chaîne « publique » très à gauche sur les questions LGBTQ2SAI+. Il donne nettement plus la parole aux opposants à De Santis qu’à ses partisans, il verse aussi dans l’hyperbole en parlant de « peur » et de « dangereux » quand il s’agit de conserver la neutralité de l’école publique qui doit se concentrer sur les savoirs de base traditionnels comme la langue, les mathématiques ou l’histoire générale (et non racialisée) sans verser dans les dernières modes de la gauche radicale.
 

Le ministère de l’Éducation de Floride, sous l’autorité du gouverneur républicain Ron DeSantis, a approuvé des règles qui étendent l’interdiction des contenus LGBT dans les écoles publiques à toutes les années scolaires.

L’année dernière, M. De Santis avait signé la loi sur les droits parentaux en matière d’éducation, qui interdisait aux écoles d’enseigner le transgenrisme et d’autres questions liées à la sexualité aux enfants de la maternelle à la troisième année, limitait les discussions sur la sexualité des enfants plus âgés à un contenu « adapté à leur âge » et exigeait que les parents fussent informés de tout changement susceptible d’affecter le bien-être physique, émotionnel ou mental de leur enfant.

Les militants de gauche et leurs alliés médiatiques ont caricaturé cette mesure en l’affublant du nom de « Loi Ne Dites pas Homo » (Don’t-Say-Gay Bill) et l’ont présenté comme une attaque haineuse contre les enseignants et les élèves LGBT, tout en ignorant l’activisme LGBT dans les écoles et l’ire que celui-ci suscite chez des élèves et des parents.

Le mois dernier, le Conseil de l’éducation de Floride a publié une proposition de règlement visant à étendre ces nouvelles dispositions et qui modifieraient les « principes de conduite professionnelle » des écoles de Floride afin d’interdire les cours sur le genre et l’identité sexuelle à tous les niveaux scolaires, à commencer par la maternelle, tandis que, pour les niveaux 4 à 12, ces cours seraient interdits à moins qu’ils ne soient « expressément requis » par le programme scolaire de Floride ou dans le cadre d’un cours sur la santé génésique, auquel cas les parents pourraient décider de retirer leurs enfants de la classe.

Le ministère de l’Éducation de l’État a approuvé ce règlement mercredi, selon le Daily Caller. Elle devrait entrer en vigueur dans un mois environ.

« Nous pensons que l’éducation devrait toujours se concentrer sur l’enseignement des bases des mathématiques, des sciences, de l’histoire, etc. dans la salle de classe, en particulier lorsqu’il s’agit de questions telles que l’orientation sexuelle et l’identité de genre », a déclaré Ryan Kennedy, membre de l’Alliance des citoyens de Floride, lors de la réunion.

Ces dispositions dont la portée est élargie sont la dernière mesure prise par M. De Santis pour tenir les promesses qu’il avait faites lors de son deuxième discours d’investiture, à savoir continuer à éliminer le prosélytisme idéologique de l’éducation et, plus largement, pour faire de la Floride l’endroit « où le wokisme se meurt ».
 

Le gouverneur a pris de nombreuses mesures pour interdire la théorie critique de la race et les discussions sexuelles inappropriées à l’âge des élèves dans les salles de classe, pour aider à élire des conservateurs partageant les mêmes idées dans les conseils scolaires locaux et pour forcer le respect des normes de l’État, telles que l’obligation d’avoir des toilettes réservées aux hommes et aux femmes. Le mois dernier, il a proposé une législation visant à imposer de nouvelles normes aux collèges et aux universités en matière de responsabilité, d’exactitude historique et d’interdiction de l’endoctrinement idéologique ou de l’imposition de la conformité idéologique.

Son conservatisme dynamique et entreprenant a suscité un grand intérêt en tant que candidat à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle de 2024. Il n’a pas encore annoncé sa candidature, mais on s’attend à ce qu’il le fasse à la fin de l’actuelle session législative de Floride, en mai.

L’ancien président Donald Trump mène actuellement les sondages nationaux pour l’investiture du GOP avec une marge substantielle, bien que De Santis reste compétitif dans les sondages de son État et dans la collecte de fonds.

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