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mardi 2 juin 2026

Belgique — Quand la vérité des faits ne protège plus la liberté d’expression

Le tribunal correctionnel de Louvain a condamné, mardi le 26 mai, l'ancien député Dries van Langenhove (ci-contre) à une amende de 4 000 euros pour incitation à la haine et à la violence fondée sur la race, la couleur de peau ou l’ascendance ethnique, ainsi que pour diffusion d’idées fondées sur la haine raciale. 

Les faits remontent à une conférence donnée le 28 février 2024 à la KU Leuven (l'Université catholique de Louvain néerlandophone), à l’invitation de l’association étudiante nationaliste NSV. Initialement annoncée sur le thème de l’agriculture régénérative, l’intervention a ensuite dérivé vers une critique virulente de l’immigration de masse et de ses conséquences sur la criminalité, la qualité de l’enseignement, le logement et la sécurité sociale en Flandre.

Parmi les propos tenus figuraient plusieurs exemples devenus centraux dans le dossier : une comparaison sur l’attention portée qu'une personne attacherait à son téléphone mobile selon l’apparence « flamande » ou « rom » des personnes demandant leur chemin, la surreprésentation allochtone parmi les auteurs d’infractions, ou encore certaines disparités statistiques concernant les Noirs en prison ou au chômage. Van Langenhove dit n'avoir énoncé que « de simples faits », tirés d'études scientifiques et de données officielles.

Le jugement du tribunal reconnaît implicitement cette dimension. Le juge souligne en effet que, « même à supposer » que les déclarations reposent sur des preuves scientifiques et des statistiques, cela « n’enlève rien à ce qui précède ». Ce n’est pas la fausseté des informations qui est reprochée, mais la manière de les présenter, jugée susceptible de créer un climat d’intolérance ou de dénigrement envers des groupes protégés par la loi antiracisme de 1981. Le magistrat relève notamment l’établissement de liens de causalité entre « superdiversité » et problèmes sociétaux, ainsi que des affirmations sur des différences entre groupes ethniques — par exemple à propos des ponts en Afrique ou des performances différenciées.

Dirk Voorhoof, professeur émérite de droit des médias à l’Université de Gand, approuve cette analyse. Selon lui, le caractère répréhensible réside dans l’interprétation des faits et les conclusions qui en sont tirées, lesquelles s’inscrivent dans une logique de division et d’incitation à la haine. Le jugement rappelle, en s’appuyant sur la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qu’il n’est pas nécessaire d’appeler explicitement à des actes de violence : la création d’une « attitude générale d’intolérance » suffit. 

Présentation tronquée des médias de grand chemin

La grande majorité des médias traditionnels belges s'est arrêtée à cette présentation. L’article du Standaard (journal de référence, autrefois catholique et conservateur) donne une voix quasi-exclusive à un expert qui valide la décision (Voorhoof). Nul contre-expert pour critiquer la portée de la condamnation sur la liberté d’expression, ni d’analyse plus nuancée sur les données statistiques évoquées (sur-représentation dans la criminalité, différences de résultats scolaires, sportifs, etc.). C’est un défaut classique de couverture médiatique belge sur ces sujets : on y présente les jugements dans ces matières sensibles comme une application évidente et légitime de la loi anti-racisme, avec des experts dûment choisis qui expliquent ou confirment le bien-fondé des jugements, sans vraiment explorer les contre-arguments. 

Des voix critiques s’élèvent pourtant

Cette motivation suscite pourtant un malaise croissant, y compris au-delà des cercles habituels de soutien à Van Langenhove. Bart Eeckhout, éditorialiste en chef du journal De Morgen (centre-gauche), a qualifié la condamnation pour incitation à la haine d’injustice, malgré son opposition claire aux idées de l’intéressé. Le philosophe Maarten Boudry, souvent classé à gauche, a dénoncé sur les réseaux sociaux le risque de transformer en délit la discussion de statistiques ethniques publiques : « Dans un pays libéral, on ne condamne pas quelqu’un pour avoir évoqué la surreprésentation de certains groupes dans les statistiques criminelles. Ce n’est pas au juge de fermer le débat sur la dimension ethnique ou culturelle de la criminalité. »

jeudi 30 avril 2026

France, un des pays les plus violents de l'Europe occidentale

Eurostat vient de publier les chiffres complets de l'insécurité en Europe en 2024.



Le fossé avec des pays voisins comme l'Allemagne, l'Espagne ou la Suisse est abyssal.

Le taux d'homicide est plus de 2 fois plus élevé en France qu'en Italie.


Alors que le taux d'homicide recule chez ses voisins, il augmente en France.

Depuis 2017 : 

  • France + 21%
  • UE hors France -11 %

 


 Il y a 10 ans, la France était encore proche de la moyenne européenne, avec le 15e taux d'homicide sur 33 pays.

La France est maintenant 8e, avec un taux 60% plus élevé que la moyenne du reste du continent.

Il n'y a pas que les homicides qui connaissent une trajectoire inquiétante en France. C'est aussi le cas des TENTATIVES d'HOMICIDE.

Aucun autre pays d'Europe occidentale ne connaît une augmentation aussi forte des tentatives d'homicide enregistrées.

Il en va de mêmes pour les autres VIOLENCES PHYSIQUES.

La tendance haussière observée dans les données policières françaises est l'une des plus élevées d'Europe.

Pareil pour l'augmentation des victimes de VIOLS enregistrées.

Là encore, l'explosion observée dans les données françaises (+171%) est très élevée.

 

vendredi 17 avril 2026

Masquer la réalité démographique par les statistiques (New York Times)

Le 9 avril 2026, le New York Times publiait dans sa rubrique The Upshot (Résumé) un article intitulé « Women in Their 20s May Not Be Having Babies, but by 45 Most Probably Will » (« Les femmes dans la vingtaine n'ont peut-être pas encore d'enfants, mais à 45 ans, elles en auront très probablement. ») 

Accompagné d’un graphique percutant, il mettait en avant un phénomène apparemment rassurant : depuis 2007, les naissances chez les femmes de 20 à 29 ans ont fortement baissé en pourcentage, tandis que celles chez les femmes de 35 ans et plus ont augmenté. 

Traduction du graphique « rassurant » du New York Times

Le message implicite ? Les Américaines reportent simplement leur maternité vers un âge plus avancé, et les courbes se compensent.Une lecture attentive du graphique semblait même suggérer un équilibre : les baisses chez les jeunes étaient joliment contrebalancées par les hausses chez les plus âgées. Un récit optimiste, presque réconfortant, dans un contexte de fécondité américaine en chute libre (le taux global a atteint un nouveau record bas en 2025).

Pourtant, ce n’est qu’une illusion statistique. 

Quelques jours plus tard, l’économiste Paul Novosad, professeur à Dartmouth, a repris exactement le même graphique… mais en nombres absolus de naissances plutôt qu’en pourcentages. Le résultat est saisissant : les baisses massives chez les 15-29 ans (plus de 1,2 million de naissances en moins depuis 2007) ne sont compensées que par une modeste hausse d’environ 123 000 naissances chez les 35 ans et plus. Loin de s’équilibrer, le solde est un déclin net dramatique.

Le piège ? Utiliser la variation en pourcentage. 

Quand la base de départ est très faible (les naissances après 40 ans étaient déjà rares en 2007), une augmentation de 50 % paraît spectaculaire… alors qu’elle représente à peine quelques milliers de bébés supplémentaires. À l’inverse, une baisse de 30 % chez les 20-24 ans, où la base est beaucoup plus élevée, cache des centaines de milliers de naissances perdues.Ce n’est pas une simple erreur de présentation. C’est un classique de la manipulation par les chiffres : choisir l’unité qui appuie la théorie que l'on veut faire admettre.

Ici, le New York Times a transformé un effondrement démographique en une simple « évolution des habitudes ».

Comme le rappelait avec ironie Paul Novosad : pour compenser la chute des naissances chez les jeunes, il faudrait non pas une hausse de 50 %, mais une augmentation de 2000 % chez les femmes de plus de 40 ans. Ce que la biologie rend impossible.

Il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques.

— Benjamin Disraeli (souvent attribué à Mark Twain)

jeudi 19 février 2026

Étude — Le parti pris des chercheurs en sciences sociales influence les conclusions de leurs études sur l'immigration

Comment nos convictions personnelles influencent-elles ce que nous tenons pour vrai ? 

Cette question fondamentale touche au cœur de la démarche scientifique. Dans le domaine de la recherche sur l'immigration, une étude innovante et ses réanalyses récentes révèlent un phénomène troublant : les convictions personnelles des chercheurs peuvent influer, souvent à leur insu, sur leurs conclusions scientifiques. Cette analyse met en lumière un déséquilibre idéologique marquant qui soulève des interrogations profondes sur l'objectivité de la recherche en sciences sociales.

Le paradoxe entre opinion publique et conclusions scientifiques

Dans les pays occidentaux, les sondages d'opinion révèlent systématiquement qu'une majorité de citoyens souhaite un durcissement des politiques migratoires. Pourtant, la recherche universitaire en sciences sociales tend massivement à conclure que l'immigration produit des effets neutres, voire positifs, sur la société. Cette divergence est particulièrement frappante concernant le maintien du soutien aux programmes sociaux – aides au chômage, retraites, soins de santé.

D'où vient ce décalage ? L'explication pourrait résider dans les biais idéologiques des chercheurs eux-mêmes, qui orientent subtilement leurs choix méthodologiques. C'est précisément ce que démontre un projet de recherche collectif innovant, connu sous le nom d'approche « multi-analystes », où plusieurs équipes travaillent sur des données identiques pour tester une même hypothèse.

L'étude fondatrice : un exercice collectif révélant l'incertitude cachée

En 2022, une équipe dirigée par Nate Breznau, Eike Mark Rinke et Alexander Wuttke a conçu une expérience sans précédent. Ils ont recruté 158 chercheurs en sciences sociales – principalement issus de la sociologie (près de 50 %), des sciences politiques (environ 25 %) et d'autres disciplines comme l'économie. Ces participants, pour la plupart expérimentés (plus de 80 % avaient enseigné l'analyse de données et 70 % avaient publié sur l'immigration ou les États-providence), ont été organisés en 71 équipes indépendantes.

Le protocole expérimental

Avant toute analyse, chaque chercheur a révélé ses convictions personnelles en répondant à une question simple : « Pensez-vous que, dans votre pays de résidence actuel, les lois sur l'immigration des étrangers devraient être assouplies ou rendues plus strictes ? » Les réponses étaient notées sur une échelle de sept points, allant de 0 (beaucoup plus restrictives) à 6 (beaucoup plus assouplies).


Toutes les équipes ont ensuite reçu exactement les mêmes données et la même question de recherche : « L'immigration réduit-elle le soutien des habitants à un État-providence généreux ? »

dimanche 21 septembre 2025

Les études qui prouveraient que « la majorité des meurtres viennent de l'extrême droite »


Dans son édition du samedi 20 septembre, le Journal de Montréal a publié cette infographie. Elle cherche à montrer que la violence aux États-Unis serait le fait de l’extrême droite.

L’infographie qui circule — titrée « 12 meurtres politiques par an » — se présente comme une synthèse factuelle de la violence politique aux États-Unis. Un examen attentif de sa méthodologie et de ses choix de présentation révèle pourtant une série de décisions éditoriales et techniques qui biaisent profondément l’interprétation des données. En mode enquêteur : ce que montre l’image, ce qu’elle tait, et pourquoi cela importe.

1) L’exclusion des attentats du 11-septembre n’est pas neutre : elle redéfinit la hiérarchie des menaces

L’infographie indique explicitement avoir exclu les attentats du 11 septembre 2001. Ce n’est pas une simple note de bas de page : ce choix efface près de 3 000 victimes d’un seul événement, le plus meurtrier de l’histoire terroriste américaine, et modifie en profondeur la répartition des victimes entre catégories idéologiques. Des analyses qui intègrent ces morts montrent que la part du terrorisme islamiste devient écrasante par rapport aux autres catégories ; l’exclusion transforme donc l’économie même du message visuel et constitue une décision méthodologique majeure qui devrait être justifiée et expliquée — or ce n’est pas le cas ici.

L’infographie mentionne explicitement qu’elle exclut ces événements, qui ont causé près de 3 000 morts, pour se concentrer sur un total de 618 homicides idéologiques de 1975 à 2025. Cette décision arbitraire réduit artificiellement la part de l’islamisme radical dans les violences (indiquée à 23 %), alors que l’inclusion du 11 septembre porterait ce chiffre à des niveaux bien plus élevés — potentiellement plus de 80 % des victimes totales, selon des analyses comme celle du même Cato Institute cité par le Journal de Montréal.

Parts (%) — avant et après inclusion du 11-septembre
Effectifs et parts pour la période 1975–2025.
Catégorie Effectif
(excl.
11-sept.)
%
(excl.
11-sept.)
Effectif
(incl.
11-sept.)
%
(incl.
11-sept.)
Extrême droite 389 62,94 % 389 10,82 %
Islamisme radical 142 22,98 % 3 119 86,76 %
Extrême gauche 62 10,03 % 62 1,72 %
Autres/inconnu 25 4,05 % 25 0,70 %
Total 618 100,00 % 3 595 100,00 %

2) Les pourcentages affichés reposent sur des classifications peu documentées et parfois arbitraires

L’infographie attribue 63 % des homicides à « l’extrême droite », 23 % à « l’islamisme radical » et 10 % à « l’extrême gauche ». Ces chiffres semblent simples ; ils ne le sont pas. Les bases de données sur les crimes « extrémistes » diffèrent fortement selon leurs critères de classement : comment classer un homicide commis par une personne qui a tenu des propos haineux mais dont le mobile est familial ? Comment traiter une attaque collective liée à des émeutes ou à des mouvements sociaux qui ne se traduit pas par des homicides individuels ? Comment classer l’attaque d’une club homosexuel (comme à Colorado Springs, 5 tués) par une personne qui aurait tenu des propos néonazis mais se dit non-binaire (et donc partie de la coalition LGBTQ2SAI+) ? Celle d’un homme torturé par sa non-binarité ou son idéologie d’extrême droite?  Les recherches reconnues montrent que la décision de coder un acte comme « idéologique » dépend d’un faisceau de critères (motifs avérés, revendications, affiliations, preuves documentaires) et que, selon ces critères, le poids de chaque catégorie peuvent varier notablement. Sans exposition claire du protocole de classification, les pourcentages de l’infographie ne sont pas vérifiables.

Par exemple, des meurtres domestiques ou crapuleux sont parfois classés comme « extrémistes » si le meurtrier a un tatouage néonazi, même si son acte sans lien direct avec une motivation politique.

À l’inverse, les violences de l’extrême gauche, comme celles associées à des émeutes ou à des groupes antifascistes, sont souvent sous-représentées parce qu’elles ne culminent pas toujours en homicides isolés, mais en destructions massives ou en blessures collectives — pensons aux émeutes de 2020 liées au mouvement Black Lives Matter, qui ont causé des milliards de dollars de dommages sans être comptabilisées ici.

Ainsi, quand un auteur est musulman, noir ou lié à l’extrême gauche, les politiciens, les médias et certains organismes (comme l’ADL) nuancent, ergotent, finassent et hésitent à cataloguer les meurtres comme motivés idéologiquement.

Musulmans : Des attaques comme celles de San Bernardino (2015, 14 morts) ou le club gay Pulse (2016, 49 morts) par des individus revendiquant l’État islamique sont parfois cataloguées comme des loups solitaires psychologiquement instables dans les premiers rapports, surtout si le mobile est flou ou si la radicalisation semble récente. Pourtant, des enquêtes (notamment le FBI en 2016) ont montré que leurs auteurs, Syed Farook et Omar Mateen, avaient des liens avec des réseaux djihadistes en ligne. Le terme « loup solitaire » est préféré pour des raisons politiques : éviter d’alimenter l’islamophobie ou de renforcer les politiques anti-immigration, un sujet sensible aux États-Unis depuis le 11-septembre.

Noirs : Dans des cas comme la tuerie de Dallas (2016, 5 policiers tués) par Micah Xavier Johnson, motivée par la colère contre les brutalités policières (influencée par Black Lives Matter), les autorités ont hésité à parler d’idéologie, préférant évoquer une « vengeance personnelle » ou un « trouble mental ». Pourtant, Johnson avait étudié des tactiques militaires et ciblé des Blancs, ce qui suggère une intention raciale évidente. On préfère alors ne pas parler de « terrorisme » pour des raisons politiques (morales diront ceux qui pratiquent cette discrimination) : ne pas stigmatiser une communauté particulière.

Extrême gauche : Des incidents comme les émeutes de Minneapolis (2020, liés à des groupes anarchistes ou antifas) ou l’attaque de Kenosha (2020, Kyle Rittenhouse visé par des militants de gauche) sont rarement qualifiés de « terrorisme idéologique », même si des manifestes ou des slogans (ex. : « ACAB »," Tous les flics sont des salauds ») indiquent une motivation politique. On parle plutôt de « troubles sociaux » ou de « déséquilibrés », surtout si les actes ne tuent pas directement. Deux civils blancs furent tués pendant ces « troubles ».

3) La comparaison internationale sans ajustement démographique est fallacieuse

La comparaison avec le Canada est un autre exemple flagrant de statistiques sélectives et trompeuses. L’infographie vante le fait que le Canada « recense beaucoup moins » de meurtres idéologiques (26 entre 2014 et 2021), contre une moyenne de 12 par an aux États-Unis. Mais elle omet complètement l’ajustement par habitant, ce qui est une faute méthodologique grave. Avec une population américaine d’environ 347 millions contre 41 millions au Canada (soit un peu moins de 9 fois plus), le taux par habitant aux États-Unis est en réalité inférieur : environ 0,039 homicide idéologique par million d’habitants par an, contre 0,085 au Canada pour la période récente (la population a crû pendant cette période nous avons donc pris une population moyenne pendant les périodes moyennes).

Des études comparatives, comme celles du Fraser Institute, montrent même que les taux de criminalité violente au Canada augmentent plus vite que aux États-Unis ces dernières années, contredisant l’image idyllique présentée ici. 

Cette omission transforme une différence absolue (logique vu la taille des pays) en une critique implicite de la société américaine, sans contexte démographique, ce qui relève de la malhonnêteté intellectuelle.

4) La dichotomie gauche/droite aux extrêmes est-elle réellement pertinente ?

L’usage de la grille gauche/droite dans la classification des violences politiques relève souvent d’un réflexe commode, mais scientifiquement fragile. Elle ne permet pas de rendre compte de la complexité des motivations et des logiques d’action.

Prenons le cas du pic de 1995 : l’attentat d’Oklahoma City (168 morts), commis par Timothy McVeigh. Celui-ci n’était pas un « conservateur social » typique, encore moins un militant républicain. Athée, hostile aux institutions religieuses, il ne défendait pas la famille traditionnelle mais se vivait comme un anarchiste radical anti-étatique, animé par une vision libertarienne de l’individu armé contre un État fédéral jugé envahissant. Classer McVeigh comme un terroriste « d’extrême droite » est donc une simplification abusive, qui gomme la nature fondamentalement anti-autoritaire de son idéologie.

Plus largement, l’histoire montre que les grands totalitarismes du XXe siècle ne se laissent pas enfermer dans le spectre classique gauche/droite. Le national-socialisme et le bolchevisme, tous deux révolutionnaires à leur manière, partagent des traits communs : culte du chef, hiérarchie militarisée, contrôle absolu de l’État, effacement des contre-pouvoirs, et volonté d’éradication de toute opposition. En URSS, après les expériences libertaires des années 1920 (divorce facile, émancipation des femmes, libéralisation sexuelle), le régime stalinien a fini par réprimer sévèrement ces libertés, abolissant même la libéralisation du divorce et criminalisant l’homosexualité — preuve que les catégories « gauche/libertaire » et « droite/conservatrice » ne sont pas stables mais évolutives.

On observe aussi que certains mouvements dits « de droite » empruntent des thèmes traditionnellement associés à la gauche. Le Rassemblement National, en France, tout en étant étiqueté comme parti « d’extrême droite », défend un État-providence renforcé, un protectionnisme économique et un discours anti-élitiste. Cette plasticité idéologique illustre à quel point le populisme contemporain dépasse le cadre binaire gauche/droite.

Dès lors, on peut légitimement s’interroger : le recours à cette dichotomie dans les bases de données et les infographies sur la violence politique ne relève-t-il pas moins d’une exigence scientifique que d’une commodité rhétorique ? En particulier lorsqu’il permet, par effet de cadrage, d’associer mécaniquement les violences anarchistes ou anti-étatiques à « la droite », ce qui contribue implicitement à diaboliser les conservateurs sociaux ou les républicains classiques, qui n’ont rien à voir avec ces mouvances.

5) Les bases de données de recherche nuancent la simple opposition droite/gauche/islamiste

Le graphique montre bien une répartition simple : la majorité des meurtres politiques viendraient de l’extrême droite (63 %), loin devant l’islamisme radical (23 %), la gauche radicale (10 %) et d’autres courants marginaux. Mais la recherche scientifique nuance fortement cette lecture.

En réalité, comparer la violence politique n’est pas aussi simple que de compter des pourcentages. Selon les travaux universitaires fondés sur plusieurs bases de données, les tendances varient selon les périodes et les contextes. Par exemple, l’extrême droite a effectivement produit beaucoup d’attaques dans certaines années, mais d’autres courants ont été plus marquants dans d’autres contextes. De plus, le « nombre » d’attentats ne dit pas tout : la gravité (le nombre de victimes par attaque), le profil des auteurs et le type de violence changent selon les idéologies et les époques.

En clair : réduire le phénomène à des parts fixes (63 %, 23 %, etc.) sans préciser la méthode utilisée est trompeur. Pour faire des comparaisons solides, il faut des données transparentes, des définitions partagées et prendre en compte à la fois la fréquence, la létalité et les circonstances des violences politiques.

6) Le choix des couleurs

L’infographie ne se contente pas de donner des chiffres : elle les met en scène. Le choix de représenter chaque silhouette comme 1 % du total renforce l’idée que l’extrême droite « remplit l’espace » (grande masse rouge vif), tandis que l’islamisme radical (vert pâle) semble marginalisé visuellement, alors que l’inclusion du 11-septembre aurait totalement inversé ce rapport. C’est un effet de cadrage graphique classique : la proportion choisie et la palette de couleurs dictent la lecture intuitive du lecteur plus que les chiffres eux-mêmes.

mercredi 17 septembre 2025

Les prévisions démographiques trop optimistes de l'ONU

Ce qui est frappant et inattendu, c'est que le déclin de la fécondité s'accélère. Le rythme de la baisse mondiale a doublé entre les années 2000 et 2010, puis a encore doublé au cours de cette décennie, chutant en moyenne de près de 2 % par an. Dans de nombreux endroits, le taux de fécondité diminue beaucoup plus rapidement. Des niveaux qui auraient autrefois été inimaginables deviennent monnaie courante. La Corée du Sud affiche un taux de fécondité total inférieur à 1 depuis sept ans. Si cette tendance se maintient, sa population diminuera de plus de moitié en l'espace d'une seule génération.

De nombreux pays ont déjoué les prévisions des démographes, à l'instar de la Turquie. L'ONU pensait que les femmes thaïlandaises enregistreraient un taux de fécondité total de 1,2 en 2024. Le chiffre réel n'était que de 1. En Colombie, ils s'attendaient à un indice de fécondité de 1,63 et ne voyaient que 2,5 % de chances qu'il soit inférieur à 1,4. Mais l'agence nationale des statistiques estime que la Colombie est déjà passée sous ce seuil, avec 1,2 naissance par femme en 2023. Jesús Fernández-Villaverde, économiste à l'université de Pennsylvanie, pense que le taux de fécondité total de la Colombie pourrait avoir chuté à 1,06 en 2024. Moins de 2 millions de bébés sont nés en Égypte l'année dernière, un seuil qui ne devait pas être franchi avant 2100.

Seul un tiers environ de la population mondiale vit dans des pays où la fécondité est suffisamment élevée pour maintenir la croissance démographique, et même dans ces pays, les taux diminuent rapidement. L'Afrique produit certes encore beaucoup plus de nourrissons que la norme mondiale, mais elle ne fait pas exception à la règle d'un déclin plus rapide que prévu. Tout cela signifie que la population mondiale devrait atteindre son pic beaucoup plus tôt que ne le prévoyaient les experts, et à un niveau beaucoup plus bas. Au lieu d'atteindre 10,3 milliards d'individus en 2084, comme le prévoit actuellement l'ONU, elle pourrait cesser de croître dans les années 2050 et ne jamais dépasser les 9 milliards. À ce moment-là, la population mondiale commencera à diminuer, ce qui ne s'est pas produit depuis le XIVe siècle, lorsque la peste noire a décimé près d'un cinquième de l'humanité. 

Un pic démographique inférieur aux prévisions et un déclin plus imminent ont des implications considérables pour l'humanité. Il ne s'agit pas simplement d'une question de planification, même si la Banque mondiale, le FMI et de nombreux gouvernements s'appuient sur les statistiques de l'ONU pour cela. L'économie mondiale pourrait avoir du mal à faire face à une contraction démographique soutenue, même si les prophètes de malheur exagèrent probablement. L'équilibre international des pouvoirs, l'environnement, les structures sociales et politiques : tout cela risque d'être radicalement remodelé.


lundi 2 juin 2025

OCDE — Le PIB réel par habitant du Canada en berne, il est plombé par l'immigration de masse

Un nouveau profil de l'économie canadienne établi par l'OCDE fournit l'une des analyses les plus définitives à ce jour sur la façon dont la croissance du PIB canadien de ces dernières années a été en grande partie illusoire. Le Canadien moyen a vu sa richesse et son pouvoir d'achat diminuer plus rapidement que presque tous les autres habitants des pays développés. Mais cela ne s'est pas reflété dans les chiffres du PIB, car un nombre sans précédent d'immigrants a artificiellement gonflé les chiffres.

Graphiques extraits du rapport de l'OCDE (le PIB réel par habitant du Canada est inférieur aujourd'hui à ce qu'il était en 2019, il a crû de plus de 10% aux États-Unis):







lundi 26 mai 2025

Pays de naissance des « réfugiés » arrivés au Québec en 2024


 

Le montant versé en aide financière de dernier recours à des demandeurs d'asile a atteint un sommet au Québec en 2024, soit 507,7 millions de dollars, en hausse de 37 % comparativement à la somme de 369,4 millions versée en 2023. Il était de 161,4 millions en 2022. Ce montant ne comprend pas par exemple les frais liés à la scolarisation des enfants de ces réfugiés. (Source)

mardi 3 décembre 2024

Le taux de crimes violents et contre les biens du Canada dépasse désormais celui des États-Unis

Le taux de crimes violents et de crimes contre les biens du Canada, corrigé en fonction de la population, dépasse désormais celui des États-Unis, et l’écart se creuse, selon les statistiques criminelles les plus récentes.


L’Institut Fraser a « prépublié » un chapitre d’une étude à venir qui révèle que les taux d’homicides, d’atteintes aux biens et de crimes violents pour 100 000 habitants sont en hausse au Canada, les deux derniers dépassant désormais ceux de ses voisins du Sud.

Selon l’étude, qui s’appuie sur les statistiques du Federal Bureau of Investigation (FBI) et du Bureau of Justice ainsi que sur les données de la criminalité déclarée au Canada, les deux pays ont connu une baisse « spectaculaire » à long terme des taux de crimes contre les biens et de crimes violents entre les années 1990 et 2014. Après 2014, cependant, le Canada a commencé à voir ses taux de criminalité augmenter, inversant ainsi les progrès accomplis.

L’étude a révélé qu’entre 2014 et 2022, lorsque les dernières statistiques sur la criminalité étaient disponibles, le taux de criminalité violente, comme les meurtres, les vols et les agressions armées, a augmenté de 43,8 % au Canada pour atteindre 434,1 crimes violents pour 100 000 habitants.

Cela signifie que le Canada a maintenant un taux de crimes violents corrigé pour la population de 14 % plus élevé que les États-Unis, qui ont connu une augmentation des crimes violents de 5,3 % au cours de la même période, avec 380,7 crimes pour 100 000 personnes.

Alors que le taux de crimes contre les biens en Amérique, y compris les cambriolages, les vols et les vols de véhicules à moteur, a diminué de 24,1 % entre 2014 et 2024, avec 1954,4 crimes pour 100 000 habitants, le taux de crimes contre les biens au Canada a augmenté de 7 %, avec 2 491 crimes pour la même mesure.

Cela signifie que le taux de crimes contre les biens au Canada était 27 % plus élevé qu’aux États-Unis en 2022, une mesure pour laquelle le Canada avait un chiffre plus bas que les États-Unis avant l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Justin Trudeau.

Le taux d’homicide ajusté à la population des États-Unis est deux fois et demie plus élevé que celui du Canada, bien que le taux d’homicide du Canada ait augmenté plus rapidement au cours de la même période.

Le taux d’homicide du Canada a augmenté de 53,4 % entre 2014 et 2022. Il est passé de 1,5 meurtre pour 100 000 habitants à 2,3 en 2022. En revanche, le taux d’homicide corrigé de la population aux États-Unis a augmenté de 49,4 % pour atteindre 5,8 pour 100 000 au cours de la même période.

Malgré l’augmentation des taux de criminalité dans les deux pays, les statistiques sont toujours considérées comme des niveaux historiquement bas par rapport aux taux de criminalité du début des années 1990, qui ont marqué le début d’un déclin spectaculaire à long terme.


Un examen des rapports de Statistique Canada montre que la traite des êtres humains a également augmenté. Le nombre d’incidents de traite des êtres humains signalés par la police a presque triplé au cours de la même période, passant de 200 incidents signalés en 2014 à 597 incidents en 2022.

Selon le rapport de Statistique Canada, depuis l’exercice 2012/2013, 84 % des affaires judiciaires pour adultes concernant des accusations de traite des êtres humains se sont soldées par un retrait, un non-lieu ou une relaxe.

L’Institut Fraser a déclaré que le chapitre ne portait que sur les statistiques nationales et que le rapport complet comparerait les taux de criminalité aux États-Unis et dans les zones métropolitaines canadiennes afin de fournir un contexte plus large.

Le Parti conservateur du Canada a publié une déclaration en réponse à l’étude jeudi, accusant les politiques de « prise et remise en liberté » de M. Trudeau d’être à l’origine de l’augmentation de la criminalité.

« Après neuf ans de gouvernement néo-démocrate et libéral, nos villes, autrefois sûres, sont désormais en proie à la criminalité et au chaos. Les politiques radicales d’arrestation et de remise en liberté de M. Trudeau ont libéré des récidivistes violents dans nos rues », peut-on lire dans le communiqué. « Les Canadiens méritent de se sentir en sécurité dans leurs communautés. »

Les conservateurs pointent du doigt deux projets de loi qu’ils ont l’intention d’abroger, car ils estiment qu’ils sont à l’origine de la hausse de la criminalité sous Trudeau.

Le projet de loi C-75 insiste sur le fait que les juges accordent la priorité à la mise en liberté sous caution dans la plupart des situations, ce qui, selon les conservateurs, a eu pour conséquence que des récidivistes, même ceux qui ont déjà violé les conditions de mise en liberté sous caution, se sont vu accorder une mise en liberté sous caution. L’autre projet de loi, C-5, révoque les peines minimales obligatoires pour certains crimes violents, y compris les infractions liées aux armes à feu.

mercredi 4 septembre 2024

France — Statistiques des écoles indépendantes à la rentrée 2024 : l’État contre les attentes sociales ?

Créer son école a tenu sa traditionnelle conférence de presse de rentrée ce mercredi 4 septembre au sein de l’école Atouts-Plus de Monique Canto-Sperber, ancienne directrice de l’ENS de la rue d’Ulm, à Paris Ve.

116 OUVERTURES D'ÉCOLES LIBRES (HORS CONTRAT) À LA RENTRÉE 2024


À la rentrée 2024, on compte 116 ouvertures d’établissements indépendants (non subventionnés) ou de niveaux (contre 107 l’an dernier). Cela représente 76 groupes scolaires.

CARTE DES NOUVELLES ÉCOLES INDÉPENDANTES OUVRANT À LA RENTRÉE 2024

Consultez notre carte interactive en ligne en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://creer-son-ecole.com/annuaire-rentree-2024

UN NOMBRE D'ÉCOLES INDÉPENDANTES EN ACTIVITÉ EN FORTE CROISSANCE

Depuis 15 ans, le rythme des créations d’école est soutenu.

Si les fermetures d’école sont plus fréquentes depuis la COVID-19, l’augmentation nette reste importante : le paysage éducatif indépendant français compte 58 écoles en plus cette année, soit un nombre total de 2485 en activité actuellement.


samedi 6 juillet 2024

Royaume-Uni — Ventilation des chiffres de l'immigration depuis 2012


L'immigration totale à long terme au Royaume-Uni entre l'année 2012 et l'année 2021 était d'environ 7,4 millions et l'émigration de 5,2 millions ; cela signifie que la migration nette au cours de la décennie a ajouté environ 2,2 millions d'habitants à la population britannique, soit environ 232 000 de moins que ce qu'indiquaient nos estimations publiées précédemment pour cette période.

L'Enquête internationale sur les voyageurs (IPS) a probablement sous-estimé l'émigration des ressortissants britanniques ; 787 000 ressortissants britanniques de plus ont quitté le Royaume-Uni qu'ils n'y sont revenus entre l'année 2012 et l'année 2021, soit 471 000 de plus que les estimations précédemment publiées par le Bureau national des statistiques (ONS) pour cette période.

Le solde migratoire total des ressortissants de l'UE entre l'année 2012 et l'année 2021 était d'environ 1,9 million, soit une augmentation de 745 000 par rapport à nos estimations publiées précédemment ; le solde migratoire total révisé des ressortissants de pays tiers (hors UE) est de 1,1 million, soit 507 000 de moins que nos estimations précédentes.

Les estimations officielles de la migration nette pour 2023 sont actuellement très incertaines et les chiffres publiés seront révisés. Par exemple, l'ONS a revu à la hausse l'estimation du solde migratoire pour 2022 de 26 %, soit 158 000, depuis sa première publication. 

En tenant compte de cette mise en garde, les estimations du Bureau national des statistiques (ONS) suggèrent que la migration nette totale s'élevait à 685 000 en 2023. Ce chiffre est nettement supérieur aux estimations antérieures à la pandémie, qui se situaient entre 200 000 et 300 000 (selon la mesure utilisée).

mardi 14 mai 2024

Les Nations unies surestiment la croissance démographique dans le monde

En 2017, alors que le taux de fécondité mondial — un indicateur du nombre de bébés qu’une femme est censée avoir au cours de sa vie — était de 2,5, les Nations unies pensaient qu’il tomberait à 2,4 à la fin des années 2020. Pourtant, en 2021, l’ONU conclut qu’il était déjà descendu à 2,3 — proche de ce que les démographes considèrent comme le taux de remplacement mondial d’environ 2,2. Le taux de remplacement, qui maintient la population stable au fil du temps, est de 2,1 dans les pays riches et légèrement supérieur dans les pays en développement, où il naît moins de filles que de garçons et où davantage de mères meurent pendant leurs années de procréation.
 
Alors que les Nations unies n’ont pas encore publié les taux de fécondité estimés pour 2022 et 2023, M. Fernández-Villaverde a produit sa propre estimation en complétant les projections des Nations unies par des données réelles pour ces années, qui couvrent environ la moitié de la population mondiale. Il a constaté que les registres nationaux des naissances indiquent généralement des taux de natalité inférieurs de 10 à 20 % à ceux prévus par les Nations unies.

La Chine a déclaré 9 millions de naissances l’année dernière, soit 16 % de moins que ce que prévoyait le scénario central des Nations unies. Aux États-Unis, 3,59 millions de bébés sont nés l’année dernière, soit 4 % de moins que ce que prévoyaient les Nations unies. Dans d’autres pays, le déficit est encore plus important : L’Égypte a enregistré 17 % de naissances en moins l’année dernière. En 2022, le Kenya en comptera 18 % de moins.


M. Fernández-Villaverde estime que la fécondité mondiale a chuté entre 2,1 et 2,2 l’année dernière, ce qui, selon lui, serait inférieur au taux de remplacement mondial pour la première fois dans l’histoire de l’humanité. Dean Spears, économiste de la population à l’université du Texas à Austin, a déclaré que, bien que les données ne soient pas suffisamment fiables pour savoir précisément quand ou si la fécondité est tombée en dessous du seuil de remplacement, « nous disposons de suffisamment d’éléments pour être assez confiants […] sur le fait que le point de passage n’est pas très éloigné ».

En 2017, les Nations unies prévoyaient que la population mondiale, qui s’élevait alors à 7,6 milliards d’habitants, continuerait à augmenter pour atteindre 11,2 milliards en 2100. En 2022, elle a revu à la baisse et avancé le pic à 10,4 milliards dans les années 2080. Ces chiffres sont eux aussi probablement dépassés. L’Institute for Health Metrics and Evaluation de l’université de Washington pense désormais que la population atteindra un pic d’environ 9,5 milliards en 2061, puis commencera à décliner.

Aux États-Unis, le bref mini-baby-boom pandémique s’est inversé. L’indice synthétique de fécondité est tombé à 1,62 l’année dernière, selon les chiffres provisoires du gouvernement, soit le taux le plus bas jamais enregistré.
Si le taux de fécondité était resté proche de 2,1, comme en 2007, les États-Unis auraient accueilli environ 10,6 millions de bébés supplémentaires depuis lors, selon Kenneth Johnson, démographe principal à l’université du New Hampshire.

En 2017, lorsque le taux de fécondité était de 1,8, le Census Bureau prévoyait qu’il convergerait à long terme vers 2,0. Il a depuis revu cette prévision à la baisse, à 1,5. « Cela nous a échappé », a déclaré Melissa Kearney, économiste à l’université du Maryland, spécialisée dans la démographie.

Une deuxième transition démographique ?


Les historiens qualifient de transition démographique la baisse de la fécondité qui a débuté au XVIIIe siècle dans les pays en voie d’industrialisation. L’allongement de la durée de vie et l’augmentation du nombre d’enfants survivant jusqu’à l’âge adulte ont eu pour effet de réduire la nécessité d’avoir plus d’enfants. Plus instruites et plus actives, les femmes ont retardé le mariage et la naissance, ce qui a entraîné une diminution du nombre d’enfants.

Aujourd’hui, a déclaré M. Spears, « le fait est que les taux de natalité sont faibles ou en baisse dans de nombreuses sociétés et économies ».

Certains démographes considèrent que cela fait partie d’une « deuxième transition démographique », une réorientation de la société vers l’individualisme qui met moins l’accent sur le mariage et la parentalité, et rend plus acceptable le fait d’avoir moins ou pas d’enfants. 


Aux États-Unis, certains ont d’abord pensé que les femmes retardaient simplement la naissance d’un enfant en raison de l’incertitude économique persistante liée à la crise financière de 2008.

Dans une recherche publiée en 2021, M. Kearney, de l’université du Maryland, et deux coauteurs ont cherché des explications possibles à cette baisse continue. Ils ont constaté que les différences entre les États en ce qui concerne les lois sur la notification de l’avortement parental, le chômage, l’accès à Medicaid, le coût du logement, l’utilisation de contraceptifs, la religiosité [la population des amish a pourtant plus que doublé de 2000 à 2022], les frais de garde d’enfants et l’endettement des étudiants n’expliquaient pratiquement pas cette baisse. « Nous pensons que cette évolution reflète de vastes changements sociétaux difficiles à mesurer ou à quantifier », concluent-ils.

Selon M. Kearney, si élever des enfants n’est pas plus coûteux qu’auparavant, les préférences des parents et les contraintes qu’ils perçoivent ont changé : « Si les gens préfèrent consacrer du temps à leur carrière, à leurs loisirs, à leurs relations à l’extérieur du foyer, il est plus probable que cela entre en conflit avec le fait d’avoir des enfants. »

Entre-temps, les données sur l’emploi du temps montrent que les mères et les pères, en particulier ceux qui ont un niveau d’éducation élevé, passent plus de temps avec leurs enfants que par le passé. « L’intensité de l’éducation des enfants est une contrainte », a déclaré M. Kearney.

Erica Pittman, une banquière d’affaires de 45 ans à Raleigh, en Caroline du Nord, a déclaré qu’elle et son mari avaient choisi de n’avoir qu’un seul enfant en raison des contraintes de temps, notamment pour s’occuper de sa mère, décédée l’année dernière après une longue bataille contre la sclérose en plaques. Leur fils de 8 ans peut participer à des ateliers de théâtre, de football et à des camps d’été parce que le couple, dont le revenu annuel combiné s’élève à environ 225 000 dollars, dispose de plus de temps et d’argent.

« J’ai l’impression d’être une meilleure mère », a déclaré Mme Pittman. « J’ai l’impression de pouvoir aller travailler — parce que j’ai un travail assez exigeant — mais je peux aussi prendre le temps de faire du bénévolat à son école, d’être le chaperon de la sortie scolaire et de faire ce genre de choses, parce que je n’ai qu’une seule personne à coordonner avec mon emploi du temps ».

Mme Pittman dit qu’elle ne remet leur décision en question que lorsque son fils lui dit qu’il aimerait avoir un frère ou une sœur avec qui jouer. En réponse, elle et son mari, professeur d’histoire dans un collège, choisissent des destinations de vacances avec un club pour enfants, comme une croisière Disney, pour que son fils puisse jouer avec d’autres jeunes de son âge.

Branchés sur la culture mondiale

En Inde, le taux de fécondité est inférieur au taux de remplacement, bien que le pays soit encore pauvre et que de nombreuses femmes ne travaillent pas — des facteurs qui soutiennent généralement la fécondité.

L’urbanisation et l’internet ont permis aux femmes des villages traditionnellement dominés par les hommes d’entrevoir des sociétés où le nombre d’enfants et la qualité de vie sont la norme. « Les gens sont branchés sur la culture mondiale », a déclaré Richard Jackson, président du Global Aging Institute, un groupe de recherche et d’éducation à but non lucratif.

Mae Mariyam Thomas, 38 ans, qui vit à Mumbai et dirige une société de production audio, a déclaré qu’elle avait choisi de ne pas avoir d’enfants parce qu’elle n’avait jamais ressenti l’attrait de la maternité. Elle voit ses pairs lutter pour rencontrer la bonne personne, se marier plus tard et, dans certains cas, divorcer avant d’avoir des enfants. Au moins trois de ses amies ont congelé leurs ovules.

« Je pense que nous vivons dans un monde vraiment différent et que, pour n’importe qui dans le monde, il est difficile de trouver un partenaire », a-t-elle déclaré.

L’Afrique subsaharienne semblait autrefois résister à la baisse mondiale de la fécondité, mais cela aussi est en train de changer. La part de toutes les femmes en âge de procréer utilisant une contraception moderne est passée de 17 % en 2012 à 23 % en 2022, selon Planification familiale 2030, une organisation internationale.

Jose Rimon, professeur de santé publique à l’université Johns Hopkins, attribue cette évolution à l’impulsion donnée par les dirigeants nationaux en Afrique qui, selon lui, devrait faire baisser la fécondité plus rapidement que ne le prévoient les Nations unies.

Une fois qu’un cycle de faible fécondité est enclenché, il réinitialise effectivement les normes d’une société et est donc difficile à briser, a déclaré Mme Jackson. « Moins il y a d’enfants chez les collègues, les pairs et les voisins, plus le climat social s’en trouve modifié », a-t-il ajouté.

Danielle Vermeer a grandi en tant que troisième d’une famille de quatre enfants dans le North Side de Chicago, où son quartier était peuplé de catholiques d’origine italienne, irlandaise et polonaise et où la moitié de ses amis proches avaient autant de frères et sœurs qu’elle, voire plus. Son père, italo-américain, était l’un des quatre enfants à l’origine de 14 petits-enfants. Aujourd’hui, ses parents ont cinq petits-enfants, dont les deux enfants de Vermeer, âgés de 4 et 7 ans.

La jeune femme de 35 ans, cofondatrice d’une application d’achat de mode, a déclaré qu’avant de décider d’avoir des enfants, elle avait consulté des dizaines d’autres couples et son église catholique, et lu au moins huit livres sur le sujet, dont un du pape Paul VI. Elle et son mari ont décidé que deux enfants étaient le bon nombre.

« L’acte de mettre un enfant au monde est une responsabilité incroyable », a-t-elle déclaré.
Projections des Nations unies pour 2023 concernant les 12 pays les plus peuplés et leur taux de fécondité total

Nouvelles politiques

Les gouvernements ont tenté d’inverser la baisse de la fécondité par des politiques pronatalistes.  
Aucun pays n’a peut-être essayé plus longtemps que le Japon. Après que la fécondité soit tombée à 1,5 au début des années 1990, le gouvernement a mis en place une série de plans comprenant des congés parentaux et des services de garde d’enfants subventionnés. La baisse de la fécondité s’est poursuivie.

En 2005, Kuniko Inoguchi a été nommée Première ministre chargée de l’égalité des sexes et de la natalité. Le principal obstacle, a-t-elle déclaré, est l’argent : « Les gens ne pouvaient pas se permettre de se marier ou d’avoir des enfants ». Le Japon a rendu les soins de maternité gratuits et a introduit une allocation versée à la naissance de l’enfant.

Le taux de fécondité du Japon est passé de 1,26 en 2005 à 1,45 en 2015. Il a ensuite recommencé à baisser pour revenir à 1,26 en 2022.

Cette année, le Premier ministre Fumio Kishida a mis en place un autre programme visant à augmenter le nombre de naissances, qui prévoit le versement d’allocations mensuelles à tous les enfants de moins de 18 ans, quel que soit leur revenu, la gratuité de l’université pour les familles ayant trois enfants et un congé parental entièrement rémunéré.

Mme Inoguchi, aujourd’hui membre de la chambre haute du parlement, a déclaré que la contrainte qui pèse sur les futurs parents n’est plus l’argent, mais le temps. Elle a insisté auprès du gouvernement et des entreprises pour qu’ils adoptent la semaine de quatre jours. Elle a déclaré : « Si vous êtes fonctionnaire ou directeur d’une grande entreprise, vous ne devriez pas vous préoccuper des questions de salaire aujourd’hui, mais plutôt du fait que, dans 20 ans, vous n’aurez plus de clients, ni de candidats aux forces d’autodéfense ».

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a mis en place l’un des programmes les plus ambitieux d’Europe en matière de natalité. L’année dernière, il a élargi les avantages fiscaux accordés aux mères, de sorte que les femmes de moins de 30 ans qui ont un enfant sont exonérées à vie de l’impôt sur le revenu des personnes physiques. 


À cela s’ajoutent des aides au logement et à la garde d’enfants, ainsi que de généreux congés de maternité.
Le taux de fécondité de la Hongrie, bien que toujours largement inférieur au taux de remplacement, a augmenté depuis 2010. Mais l’Institut de démographie de Vienne attribue cette hausse principalement au fait que les femmes retardent la naissance de leurs enfants en raison de la crise de la dette qui a frappé le pays vers 2010. Si l’on tient compte de ce facteur, la fécondité n’a que légèrement augmenté, conclut l’institut. 
La plupart des institutions internationales (Nations Unies, Banque mondiale, Manuel d’information de la CIA, Statista, Macrotends) surestiment la fécondité des pays, leurs données sont désuètes.

 
Aux États-Unis, les législateurs des États et du gouvernement fédéral ont fait pression pour étendre les aides à la garde d’enfants et les congés parentaux, mais ils n’ont généralement pas fait de l’augmentation du taux de natalité un objectif explicite. Certains républicains penchent toutefois dans cette direction. L’année dernière, Donald Trump a déclaré qu’il était favorable au versement de « primes à la naissance » pour stimuler les naissances aux États-Unis, et Kari Lake, candidate du parti GOP au Sénat de l’Arizona, a récemment approuvé cette idée.

Le sénateur républicain de l’Ohio, J.D. Vance, a déclaré que la baisse de la fécondité n’était pas seulement liée aux pressions économiques d’une main-d’œuvre moins nombreuse et d’une sécurité sociale non financée. » Vivez-vous dans des communautés où il y a des enfants heureux et souriants, ou dans des communautés où les gens vieillissent », a-t-il déclaré dans une interview. L’absence de frères et sœurs et de cousins contribue, selon lui, à l’isolement social des enfants.

Il a étudié des solutions potentielles, en particulier l’approche hongroise, mais n’a pas vu de preuve de leur efficacité à long terme.

L’Institute for Health Metrics and Evaluation a trouvé peu de preuves que les politiques pronatalistes conduisent à des baisses durables de la fertilité. Selon les chercheurs, une femme peut tomber enceinte plus tôt pour bénéficier d’une prime à la naissance, mais il est probable qu’elle n’aura pas plus d’enfants au cours de sa vie.

Conséquences économiques

Alors qu’aucune inversion des taux de natalité n’est en vue, les pressions économiques qui en découlent s’intensifient. Depuis la pandémie, les pénuries de main-d’œuvre sont devenues endémiques dans les pays développés. Cette situation ne fera que s’aggraver dans les années à venir, car la chute des taux de natalité après la crise se traduit par un afflux de jeunes travailleurs de moins en moins nombreux, ce qui pèse davantage sur les systèmes de soins de santé et de retraite.

Neil Howe, démographe chez Hedgeye Risk Management, a souligné qu’un récent rapport de la Banque mondiale suggérait que l’aggravation de la démographie pourrait faire de cette décennie une deuxième « décennie perdue » consécutive pour la croissance économique mondiale.

Dans les pays avancés, la solution habituelle consiste à augmenter l’immigration, mais cela pose deux problèmes. Alors que de plus en plus de pays sont confrontés à une stagnation de leur population, l’immigration entre eux est un jeu à somme nulle. Historiquement, les pays d’accueil recherchent des migrants qualifiés qui entrent par des voies formelles et légales, mais les flux récents sont essentiellement constitués de migrants non qualifiés qui entrent souvent illégalement et demandent l’asile.

Historiquement, les niveaux élevés d’immigration ont également suscité une résistance politique, souvent en raison de crainte de changements culturels et démographiques. La diminution de la population née dans le pays est susceptible d’intensifier ces inquiétudes. Bon nombre des dirigeants les plus désireux d’augmenter les taux de natalité sont les plus réfractaires à l’immigration.

Plus les taux de natalité baissent, plus les régions et les communautés se dépeuplent, avec des conséquences allant de la fermeture des écoles à la stagnation de la valeur des biens immobiliers. Selon M. Fernández-Villaverde, les établissements d’enseignement supérieur les moins sélectifs auront bientôt du mal à remplir leurs salles de classe en raison de la chute des taux de natalité qui a commencé en 2007. Selon M. Vance, les hôpitaux ruraux ne pourront pas rester ouverts en raison de la baisse de la population locale.  

Une économie avec moins d’enfants aura du mal à financer les pensions et les soins de santé pour les personnes âgées de plus en plus nombreuses. Le fonds de pension national de la Corée du Sud, l’un des plus importants au monde, est en passe d’être épuisé d’ici 2055. Une commission législative spéciale a récemment présenté plusieurs réformes possibles des retraites, mais il ne reste que peu de temps pour agir avant que la prochaine campagne électorale présidentielle ne batte son plein.

Selon Sok Chul Hong, économiste à l’université nationale de Séoul, l’opinion publique n’a guère exercé de pression pour que des mesures soient prises. « Les personnes âgées ne sont pas très intéressées par la réforme des retraites et les jeunes sont apathiques à l’égard de la politique », a-t-il déclaré. « C’est une situation vraiment ironique.

Source : Wall Street Journal, 13 mai 2024

Voir aussi
 

mercredi 17 janvier 2024

L'euthanasie a représenté 4,1 % de tous les décès au Canada et 6,6 % au Québec

En 2022, 13 241 cas d'aide médicale à mourir ont été déclarés au Canada, ce qui représente 4,1 % de tous les décès dans le pays. 

Nombre total de décès attribuables à l'aide médicale à mourir au Canada, 2016 à 2022
 
Ce diagramme à barres ci-dessus indique le nombre total de décès attribuables à l'aide médicale à mourir déclarés pour chaque année, de 2016 à 2022.
Année      Décès attribuables
à l'euthanasie
2016     1 018
2017     2 838
2018     4 493
2019     5 665
2020     7 611
2021     10 092
2022     13 241

Les plus fortes augmentations d'une année à l'autre ont été enregistrées au Québec (45,5 %), en Alberta (40,7 %), à Terre-Neuve-et-Labrador (38,5 %), en Ontario (26,8 %) et en Colombie-Britannique (23,9 %).  

Pourcentage du total des décès attribuables à l'euthanasie par administration, 2019 à 2022


Ce graphique linéaire illustre le pourcentage du nombre total de décès attribuables à l'aide médicale à mourir dans chaque province au cours des quatre dernières années (2019, 2020, 2021, 2022) par rapport au pourcentage général des décès attribuables à l'aide médicale à mourir au Canada en 2022.

 Administration 
  Pourcentage 
de décès
2019
     Pourcentage
de décès
2020
     Pourcentage
de décès
2021
     Pourcentage
de décès
2022
T.-N.-L. 0,4% 0,9% 1,2% 1,5%
Î.-P.-É. 1,4% 2,7% 3,0% 3,0%
N.-É. 1,5% 1,9% 2,5% 2,5%
N.-B. 1,8% 2,1% 2,7% 2,9%
Québec 2,4% 3,1% 4,7% 6,6%
Ont. 1,7% 2,1% 2,7% 3,2%
Man. 1,6% 1,8% 2,1% 1,8%
Sask. 1,0% 1,6% 2,3% 2,3%
Alb. 1,4% 1,9% 2,0% 2,6%
C.-B. 3,3% 3,8% 4,8% 5,5%
Canada S. O. S. O. S. O. 4,1%


mercredi 30 août 2023

Canada — Un million de résidents non permanents de plus que les chiffres officiels

Benjamin Tal, économiste en chef adjoint de aux Marchés des capitaux CIBC, a déclaré lors de la réunion du gouvernement libéral à Charlottetown que le sous-dénombrement dans les statistiques officielles signifie que le Canada sous-estime le nombre de nouveaux logements nécessaires pour répondre aux besoins croissants du pays en matière de logement. C'est ce qu'affirme le Globe and Mail en ce jour.

Benjamin Tal, économiste en chef adjoint aux Marchés des capitaux CIBC, à Toronto, le 7 juin 2019

Un économiste de renom a averti les ministres fédéraux, lors de leur retraite ministérielle la semaine dernière, qu’il y a environ un million de résidents non permanents de plus au Canada, y compris les étudiants étrangers, que ne le suggèrent les estimations du gouvernement.

Cette mise en garde a été formulée par Benjamin Tal, économiste en chef adjoint chez Marchés des capitaux CIBC. Il a déclaré à l’assemblée du gouvernement libéral à Charlottetown que le sous-dénombrement dans les statistiques officielles signifie que le Canada sous-estime le nombre de nouveaux logements nécessaires pour répondre aux besoins croissants du pays en matière de logement.

M. Tal a déclaré dans une interview que le gouvernement estimait à environ un million le nombre de résidents non permanents dans le pays en 2021. Or, son analyse a révélé que ce nombre était plus proche de deux millions. La principale raison de cet écart est que le gouvernement ne compte pas les personnes qui restent dans le pays après l’expiration de leur visa.

Selon M. Tal, Statistique Canada part du principe que les détenteurs de visas de résident temporaire, y compris les étudiants étrangers, quittent le pays 30 jours après l’expiration de leur visa. « Leur logiciel, leur codage, suppose que vous avez quitté le pays 30 jours après l’expiration de votre visa, bien que vous n’ayez pas quitté le pays », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que la majorité des résidents temporaires ne quittent pas le pays dans ce délai et que nombre d’entre eux demandent à prolonger leur séjour au Canada.

Dans un rapport sur ses conclusions, publié mercredi, M. Tal déclare que « l’implication pratique de ce sous-dénombrement est que la crise de l’accessibilité au logement à laquelle le Canada est confronté est en réalité plus grave que ce que l’on croit, et qu’elle appelle une action politique encore plus urgente et agressive ».

Le gouvernement fédéral a porté ses objectifs en matière d’immigration à des niveaux historiquement élevés. Il vise désormais à admettre environ 500 000 nouveaux résidents permanents cette année et les deux années suivantes. Mais ces chiffres ne tiennent pas compte des étudiants étrangers titulaires d’un visa ou d’un permis de travail temporaire.

Il n’existe actuellement aucune limite fédérale au nombre de visas d’étudiants délivrés chaque année. Lors du conseil des ministres de la semaine dernière, le ministre du Logement, Sean Fraser, a déclaré à la presse que le gouvernement devrait envisager de plafonner le programme, qui, selon lui, a connu une « croissance explosive » et a exercé une pression sur les marchés du logement.

Le coût élevé de la location et de l’achat d’un logement est devenu une question politique délicate. Les conservateurs fédéraux ont fait valoir que les libéraux du Premier ministre Justin Trudeau devaient faire davantage pour remédier à la pénurie de logements.

M. Tal a déclaré au Globe and Mail que la méthode de Statistique Canada consistant à supposer que les détenteurs de visas expirés quittent le pays après 30 jours ne représente qu’environ 750 000 des quelque millions de résidents non permanents qui, selon lui, ne figurent pas dans les chiffres officiels.

Par ailleurs, 250 000 autres personnes — pour la plupart des étudiants étrangers — ne figurent pas dans les données de recensement. Les formulaires de recensement les plus récents indiquaient que les étudiants devaient fournir leurs informations s’ils vivaient dans leur résidence principale. Mais on leur a dit de ne pas remplir le formulaire de recensement s’ils retournaient vivre chez leurs parents pendant l’année.

M. Tal a déclaré que le système était déroutant pour les étudiants et que tous ne remplissaient pas le questionnaire, dans certains cas parce qu’ils pensaient que leur résidence principale se trouvait à l’étranger.

« C’est pourquoi même Statistique Canada estime que le recensement continue de sous-estimer les résidents non permanents titulaires d’un visa valide au Canada », a-t-il déclaré, en utilisant l’abréviation de « résident non permanent ».

Selon lui, les lacunes du recensement ont des répercussions sur la politique du logement, car la Société canadienne d’hypothèques et de logement, la société d’État fédérale responsable du logement, utilise les données du recensement pour établir ses prévisions, sur lesquelles s’appuient largement les planificateurs dans tout le Canada.

« Si votre point de départ est trop bas, vos prévisions seront beaucoup trop basses, ce qui se traduira par un processus de planification sous-optimal », a déclaré M. Tal.

Le rapport qu’il a rédigé sur les résultats de l’étude précise que les chiffres sont prudents.

Un document d’information rédigé par Henry Lotin, fondateur de Integrative Trade and Economics et ancien économiste fédéral, est d’accord avec les conclusions de M. Tal. Il affirme que « plus d’un million de personnes manquent dans la population officielle, en grande partie à cause des détenteurs de visas expirés qui restent au Canada dans l’attente d’un nouveau visa ».

Statistique Canada devrait modifier ses méthodes de comptage afin d’inclure les détenteurs de visas expirés, selon le document de M. Lotin.