mercredi 2 septembre 2026

« La discrimination contre les universitaires masculins blancs coûte des millions au Canada »

Les groupes qui bénéficient du recrutement fondé sur la diversité dans le cadre du programme des Chaires de recherche du Canada sont aussi ceux dont l’impact scientifique est le plus faible. Article paru dans The National Post.

Le cas de Jason Arday montre que, lorsqu’un système d’établissements prestigieux abaisse ses critères sur la base de caractéristiques identitaires, les conséquences peuvent être tragiques. L’université de Cambridge affirme que M. Arday est une exception, mais le nouveau rapport de l’Institut Macdonald-Laurier, intitulé The Equity-Excellence Tradeoff: A Study of EDI in the Canada Research Chairs Program (« Le compromis entre équité et excellence : une étude sur l’EDI dans le programme des Chaires de recherche du Canada »), suggère qu’il constitue plutôt la règle : le recrutement fondé sur l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI) nuit à l’excellence académique à grande échelle. Nulle part cela n’est plus manifeste que dans le prestigieux programme des Chaires de recherche du Canada.

Alors que des chercheurs universitaires ont réfuté les affirmations peu rigoureuses du type « la diversité est notre force » avancées par les défenseurs de l’EDI, comme le cabinet de conseil McKinsey & Company, notre étude est la première à montrer quantitativement que l’EDI n’est pas simplement neutre, mais qu’elle peut activement réduire la performance organisationnelle. Cela se produit par le recrutement, au nom de la diversité, de personnes moins compétentes, ainsi que par le financement de l’activisme universitaire.

Les travaux existants et les statistiques internes de Harvard établissent qu’en moyenne, les étudiants noirs et hispaniques sont admis dans les universités d’élite avec des résultats aux tests inférieurs. Ils obtiennent également, en général, de moins bons résultats aux examens Advanced Placement (AP) au lycée, tout comme les femmes. Parmi les enseignants-chercheurs, les femmes publient dans l’ensemble nettement moins d’articles universitaires que les hommes.

Comme dans le cas d’Arday, le niveau d’exigence à l’embauche est considérablement abaissé pour les minorités dites subordonnées et les femmes. Une étude récente des sociologues Jukka Savolainen et Kevin McCaffree, portant sur l’ensemble des candidats recrutés entre 2019 et 2024 par les 50 meilleurs départements de sociologie américains, révèle que les hommes blancs comptaient en moyenne huit publications, contre seulement deux pour les femmes noires. Quarante pour cent des hommes blancs avaient publié dans les deux meilleures revues, contre 4 % des femmes noires.

En outre, ma réanalyse des données sur les promotions universitaires américaines, tirées d’un article de référence publié dans Nature Human Behaviour, montre que les universitaires noirs, hispaniques et femmes obtiennent des scores nettement inférieurs selon l’indice h, la référence habituelle dans le milieu (nombre d’articles multiplié par le nombre de citations), à ceux de leurs collègues blancs, asiatiques et masculins.

Le recrutement systématique de minorités et de femmes moins performantes affecte les résultats des organisations et des programmes. Pour évaluer ce phénomène, nous avons examiné le prestigieux programme fédéral des Chaires de recherche du Canada (CRC). Il constitue le sommet du système de recherche canadien et consacre chaque année 300 millions de dollars à des chaires renouvelables de sept ans, dotées de 100 000 à 200 000 dollars par an.

À partir de 2003, puis de manière accélérée après 2017, le programme des CRC a instauré un régime contraignant d’objectifs de diversité : les établissements qui ne respectaient pas leurs quotas de chaires attribuées à des femmes, à des minorités et à des Autochtones risquaient de perdre leurs allocations de chaires. La Constitution canadienne autorisant la discrimination fondée sur la race et le sexe, les offres de chaires des CRC précisent désormais régulièrement que les hommes blancs, hétérosexuels et valides n’ont pas besoin de postuler.

Les effets ont été spectaculaires. En 2000, 80 % des titulaires de chaires de recherche du Canada étaient des hommes blancs. En 2025, ils n’étaient plus que 20 %. Entre 2017, année où l’EDI sans fard a été mise en œuvre, et 2025, la proportion de femmes a doublé, passant de 30 % à 60 %, tandis que la proportion de Noirs et d’Autochtones est passée de 2 % à 10–15 %.

Nous avons mesuré la productivité scientifique des chercheurs noirs, des membres des Premières Nations et des femmes entre 2016 et 2025. Nous avons constaté que les chercheurs blancs et asiatiques avaient un indice h moyen de 34, contre 23 pour les chercheurs noirs et 15 pour les chercheurs autochtones. L’indice moyen était de 38 pour les hommes, contre 28 pour les femmes. Les chercheurs noirs, les membres des Premières Nations et les femmes sont nettement moins productifs, même après prise en compte de la durée de leur carrière, du niveau de la chaire, de la discipline et de l’année d’attribution. Cela fait écho aux résultats américains. Passer d’un titulaire de chaire blanc ou asiatique à un titulaire noir ou autochtone, ou d’un homme à une femme, entraîne une diminution de 12 à 15 % de l’impact de la recherche.

L’effet sur le programme des CRC est considérable. Le gouvernement canadien rémunère les titulaires de chaires pour qu’ils produisent de la recherche et, compte tenu des différences dans les pratiques de citation selon les disciplines, l’indice h constitue le meilleur indicateur impartial de cet impact. En attribuant une valeur monétaire à chaque point d’indice h, nous estimons que le recrutement fondé sur l’EDI coûte au programme des CRC 18 millions de dollars par an, soit 6 % de son budget.

Arday était noir, mais aussi un universitaire militant. Cela le rendait doublement attrayant pour la Faculté d’éducation progressiste de Cambridge. Cela met en évidence un autre problème lié à l’EDI : les sommes considérables consacrées à la « recherche » militante. Dans les sciences sociales et humaines, la description moyenne d’une chaire des CRC contient désormais deux termes liés à l’EDI.

Nous estimons que les fonds détournés vers l’activisme universitaire dans les sciences sociales et humaines représentent un coût supplémentaire de 6 % du budget des CRC — sans compter les dépenses liées à l’administration de l’EDI. Cela signifie qu’environ 12 % du budget, soit 36 millions de dollars sur les 300 millions du budget annuel du programme, sont consacrés à l’équité et à la diversité. La « taxe » EDI, rapportée à l’ensemble du budget des trois conseils de recherche (4,5 milliards de dollars), sans parler du secteur de l’enseignement supérieur, est colossale.

[Les « trois organismes subventionnaires » (Tri-Council agencies) du Canada sont :
  1. CRSH — Conseil de recherches en sciences humaines pour les sciences humaines et sociales ;
  2. CRSNG — Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie pour les sciences naturelles, mathématiques, génie ;
  3. IRSC — Instituts de recherche en santé du Canada pour la santé et recherche biomédicale.
Le programme des Chaires de recherche du Canada (CRC) n'est donc pas l'un des trois organismes : c'est un programme fédéral qui fonctionne avec ces trois organismes subventionnaires et qui relève du portefeuille fédéral de la recherche.]

Aux États-Unis, le problème commence à être pris en compte, mais il est hors de contrôle au Canada. Aux États-Unis, la proportion de mots-clés liés à l’EDI dans les recherches financées par le gouvernement a explosé jusqu’en 2020-2021, avant de commencer à diminuer en 2024 puis de s’effondrer en 2025, lorsque l’administration Trump a sévi contre les recherches axées sur l’EDI.  

[Elle est peut-être devenue plus hypocrite. Une enquête de Defending Education, portant sur 262 établissements, recensait en avril 2025 29 bureaux DEI intacts simplement « renommés », contre seulement 18 établissements ayant supprimé leurs bureaux ou leurs pages DEI. L'organisation estimait que 245 des 262 établissements étudiés conservaient des activités DEI sous une forme ou une autre. La source est toutefois anti-DEI.

Cette baisse du vocabulaire de l’EDI ne signifie toutefois pas nécessairement une disparition équivalente des pratiques concernées : plusieurs universités ont supprimé les termes « DEI » de leurs sites et procédures, tout en maintenant certaines activités ou pratiques sous d’autres appellations. C'est ainsi que l'Université de Californie a supprimé l'obligation de fournir des diversity statements dans les recrutements, tout en déclarant explicitement que son engagement envers les valeurs de diversité, équité et inclusion demeure intact, conformément à politique APM 210-1d.] 

Au Canada, en l’absence de pression politique, cette tendance continue de s’accélérer : entre 2021 et 2025, la proportion de descriptions de chaires des CRC contenant un terme lié à l’EDI est passée de 38 % à 53 %. La même chose se produit en Grande-Bretagne. Arday n’est qu’un symptôme de ce complexe industriel de la victimisation, laissé sans contrôle.

L’administration Trump a de nombreux défauts, mais son approche de l’EDI dans l’enseignement supérieur constitue une réussite politique que le Canada et les autres pays occidentaux feraient bien d’imiter.

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