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mercredi 8 juillet 2026

Ces cani­cules qu’a connues la France au fil des siècles et qu’on a oubliées

Au Moyen Âge, sous Louis XIV, pen­dant la Révo­lu­tion ou encore au XIXe siècle, les contem­po­rains ont subi des vagues de cha­leur aux effets désas­treux. Au siècle der­nier, les cani­cules de 1911, 1947 et 1976, en par­ti­cu­lier, ont long­temps mar­qué les mémoires.

La cani­cule qui a écrasé la France du 18 au 28 juin avant de connaître une nou­velle phase ces jours-ci est-elle vrai­ment d’une gra­vité sans pré­cé­dent ? « Les biens de la terre (les cultures, NDLR) péris­saient de séche­resse », écrit un contem­po­rain à pro­pos de l’été 1524, sous François Ier. Le 25 mai 1524, à Troyes, en Cham­pagne, la cha­leur est si acca­blante et aride depuis un mois qu’elle contri­bue à un incen­die mas­sif qui dévaste la ville et détruit 1 500 mai­sons. Les cani­cules ponc­tuent l’his­toire de France. Pen­dant des siècles, cha­cune a pro­vo­qué son cor­tège de morts, sou­vent par cen­taines de mil­liers. Long­temps, ces cani­cules ont mar­qué la mémoire col­lec­tive, avant d’être oubliées.

L’année 1420, cinq ans après Azin­court, une vague de cha­leur se déclare dès février, dure jusqu’à mai, puis se trans­forme en cani­cule l’été, décrit Emma­nuel Le Roy Ladu­rie dans son His­toire humaine et com­pa­rée du cli­mat (Fayard), pré­cieux guide sur le sujet. Le soleil brûle les cultures. Les récoltes sont catas­tro­phiques. Les prix des céréales aug­mentent dans un contexte de forte infla­tion et de déva­lua­tion des mon­naies. Le Jour­nal d’un bour­geois de Paris, œuvre d’un dia­riste ano­nyme qui relate la vie dans la capi­tale, raconte : « Enché­rit tant le blé et la farine que le setier (ins­tru­ment de mesure ancien) de blé fro­ment valait à la mesure des halles de Paris 30 francs de la mon­naie qui lors cou­rait. » C’est la famine. En pays albi­geois, la cani­cule est telle que la récolte du seigle a dû com­men­cer fin avril et que les cerises étaient pré­co­ce­ment mûres dès ce mois.

Après une nou­velle cani­cule en 1473 sur­vient, en 1504, l’un des douze étés les plus chauds du XVe au XXe siècle dans l’hémi­sphère Nord (d’après les tra­vaux du cli­ma­to­logue anglais Keith Briffa dans l’ouvrage Glo­bal and Pla­ne­tary Change, paru en 2003 et cité par Le Roy Ladu­rie). Une géné­ra­tion plus tard, une cani­cule faite d’ultra­cha­leur sèche frappe la France, l’Alle­magne et l’Europe cen­trale en 1540, alors que François Ier et Charles Quint pour­suivent leur inter­mi­nable lutte pour la pré­pon­dé­rance en Europe. Cet été-là, le Rhin est presque à sec et on peut le tra­ver­ser à pied, a éta­bli l’his­to­rien suisse Chris­tian Pfis­ter. Le vin du mil­lé­sime 1540, lui, mûri par une cha­leur solaire excep­tion­nelle, est si chargé de sucre, que, après fer­men­ta­tion, il se trans­for­mera en quasi-apé­ri­tif, recher­ché par connais­seurs et col­lec­tion­neurs jusqu’à la fin du XXe siècle.

L’année 1556, sous Henri II, figure dans la liste des cani­cules éta­blie par le cli­ma­to­logue néer­lan­dais Aryan van Enge­len, dont les tra­vaux font réfé­rence. Cet été-là, le cli­mat est brû­lant et ultra-sec. Dans le Coten­tin, un gen­til­homme cam­pa­gnard, Gilles de Gou­ber­ville, accueille comme une béné­dic­tion une pluie brève le 1er juin. « Il n’avait plu depuis le com­men­ce­ment d’avril par quoi les blés étaient for­te­ment endom­ma­gés, à cause de la grande séche­resse, et fort enché­ris jusqu’à 22 sous le bois­seau de fro­ment », écrit-il. L’extrême cha­leur pro­voque des incen­dies de forêt en Nor­man­die, fait raris­sime dans cette région d’ordi­naire humide. Le 23 juillet, « il fit une mer­veilleuse (extra­or­di­naire, excep­tion­nelle) cha­leur », s’inquiète notre témoin. À Paris, l’église accepte de faire pro­ces­sion­ner la châsse de Sainte-Gene­viève, patronne de la capi­tale, pour sol­li­ci­ter son inter­ven­tion en faveur de la pluie.

En 1616, alors que Louis XIII a 14 ans, sur­vient « une énorme vague de cha­leur en juin-juillet », qui « se révèle comme l’une des plus intenses des cinq der­niers siècles» (Le Roy Ladu­rie). Pour autant, une cani­cule ne s’accom­pagne pas néces­sai­re­ment de séche­resse, comme on pour­rait le pen­ser. Et, en l’espèce, « les pré­ci­pi­ta­tions ont été suf­fi­santes » pour pré­ser­ver les récoltes, diag­nos­tique l’his­to­rien. Les contem­po­rains n’ont pas cette chance en 1636. La cha­leur de l’été est extrême. Le niveau d’eau des rivières baisse, ce qui aggrave leur pol­lu­tion, leur saleté et fait pul­lu­ler, dans l’eau que boivent les pay­sans, des micro-orga­nismes dys­en­té­riques. La conta­gion est fou­droyante. La toxi­cose emporte quan­tité d’enfants en bas âge, d’autant que la dys­en­te­rie chauffe fié­vreu­se­ment les corps. De sur­croît, cette même année 1636, tan­dis que Cor­neille écrit Le Cid, la France de Louis XIII et Riche­lieu est en guerre ouverte contre les Habs­bourg d’Autriche et d’Espagne depuis un an. Des épi­sodes de peste se déclarent dans nombre de villes. Toutes ces causes pro­voquent plu­sieurs cen­taines de mil­liers de morts.

Le cli­mat s’acharne ensuite sur les Français de la fin du règne de Louis XIV. À l’été 1705 sur­vient notam­ment une cani­cule qui aurait causé 200 000 morts, au pre­mier chef des enfants en bas âge (par déshy­dra­ta­tion ou salis­sure des eaux entraî­nant des dys­en­te­ries). À l’époque, la guerre de suc­ces­sion d’Espagne fait rage, ce qui n’arrange rien. « Je sue d’une façon extra­or­di­naire », écrit la prin­cesse Pala­tine, belle-sœur de Louis XIV. « Voici deux mois qu’il n’est pas tombé une goutte de pluie. Je n’ai jamais vu un été tel que celui-là, et la cha­leur aug­mente chaque jour. Les feuilles sur les arbres sont des­sé­chées comme si le feu y avait passé » (13 août 1705). Ce même mois d’août, le ther­mo­mètre de l’astro­nome Cas­sini casse sous l’effet de la cha­leur intense (plus de 38°C dans la capi­tale). Puis, en 1719, sous la régence de Phi­lippe d’orléans, une nou­velle cani­cule aurait causé 400 000 morts, au pre­mier chef des enfants en bas âge, pour les rai­sons qu’on a évo­quées pré­cé­dem­ment.

Au XVIIIe siècle, les consé­quences humaines des dérè­gle­ments du cli­mat cessent d’être perçues comme une fata­lité. L’opi­nion publique, qui s’affirme, incri­mine non plus les acca­pa­reurs, comme sous Louis XIV, mais les ministres du roi. Les Français prennent l’habi­tude de « l’impu­ta­tion au poli­tique » (Ernest Labrousse) de leurs maux. Ceci alors même que l’état royal a rare­ment été aussi actif pour les atté­nuer. Mais la santé publique en reste encore à ses pré­mices : en 1779, une nou­velle cani­cule aurait causé plus de 200 000 morts, au pre­mier chef par dys­en­te­rie. À Brest, les équi­pages de la flotte, qui font l’objet d’une sur­veillance médi­cale docu­men­tée, sont très atteints. «Les intes­tins s’ enflamment à J +3, les malades meurent à J +5 ou J +9, pas au-delà »( Jean-pierre Gou­bert).

Pen­dant la Révo­lu­tion, l’été 1793 est cani­cu­laire. Alors que les dépu­tés giron­dins sont guillo­ti­nés, incar­cé­rés ou en fuite et que la Ter­reur s’accé­lère, on étouffe à Paris. Si Marat est dans son bain lorsqu’il reçoit Char­lotte Cor­day le 13 juillet 1793, ce n’est pas seule­ment pour soi­gner sa mala­die de peau, mais aussi parce que la cha­leur est acca­blante. Plus tard, l’extrême cha­leur joue un rôle dans la Révo­lu­tion de février 1848. Après un hiver excep­tion­nelle ment doux( ce qui épargne mau­vaises herbes et para­sites, d’où le pro­verbe « Hiver sans rigueur, été sans faveur »), 1846 est un des douze étés les plus chauds des cinq der­niers siècles dans l’hémi­sphère Nord (Keith Briffa). Le ther­mo­mètre atteint 36 °C en juillet à Paris. Un coup d’échau­dage obère les récoltes. Le prix des céréales com­mence à aug­men­ter à l’automne. La disette et les épi­dé­mies consé­cu­tives auraient causé quelque 60 000 décès. La crise éco­no­mique se pro­page au tex­tile et le mécon­ten­te­ment devient géné­ral. Or, « l’oppo­si­tion ne man­quait pas d’exploi­ter cette humeur et tâchait de la tour­ner en grief contre le gou­ver­ne­ment. (…) On eût dit que, dans chaque symp­tôme fâcheux qu’elle pou­vait enre­gis­trer, elle voyait une bonne for­tune» (Paul Thu­reau-Dan­gin, His­toire de la monar­chie de Juillet). Ainsi s’engage la cam­pagne des ban­quets, qui va pro­vo­quer la chute de Louis-Phi­lippe. A contra­rio, la cani­cule de 1859 (qui cause plu­sieurs dizaines de mil­liers de morts) et celle de 1868 n’ébranlent pas le second Empire. Puis, en août 1870, c’est en pleine cani­cule que com­mence la guerre entre la France et les États alle­mands coa­li­sés autour de la Prusse.

Ce que les spé­cia­listes appellent « le petit âge gla­ciaire » (carac­té­risé par des hivers très froids et, aux belles sai­sons, une ten­dance à la fraî­cheur et à de fortes pluies), amorcé vers 1300, s’achève à par­tir de 1860. Un réchauf­fe­ment débute alors en Europe. Il est net à comp­ter de 1910, lorsque les gla­ciers alpins com­mencent un recul sub­stan­tiel et continu à l’échelle de la longue durée. Le réchauf­fe­ment reste d’abord modéré. C’est dans ce contexte qu’inter­vient la cani­cule de 1911. Les 22 et 23 juillet, il fait par­tout plus de 35 °C. Les 38 °C sont atteints à Lyon, Bor­deaux, Châ­teau­dun. Le mois d’août 1911 est un des plus chauds de l’his­toire de France. Les tem­pé­ra­tures dépassent 30°C treize jours de suite dans la capi­tale. Le 5 août, on renoue avec les 38 °C à Lyon et on atteint 39 °C à Tou­louse. Entre le 6 et le 9 sep­tembre, la pres­sion cani­cu­laire ne fai­blit pas : 36 °C à Paris et 38 °C à Tou­louse. Le nombre de morts est éva­lué à 40 000, dont la moi­tié âgés de moins de 1 an. C’est la der­nière héca­tombe d’enfants qu’a pro­vo­quée une cani­cule en France.

D’autres cani­cules sévissent ensuite en 1921, 1947 et 1976, pour s’en tenir aux plus impor­tantes. De 1950 à 1970, le cli­mat connaît para­doxa­le­ment une période de rafraî­chis­se­ment en France (celle-ci dure jusqu’en 1974, voire 1980 s’agis­sant du centre et du sud du pays). Puis s’engage un nou­veau cycle de réchauf­fe­ment qui, selon les spé­cia­listes, tend à s’accé­lé­rer depuis le début du XXIe siècle. Trois cani­cules sérieuses se pro­duisent au cours de la décen­nie 1980 : en 1982 (2 300 morts), 1983 (quatre mois extrê­me­ment chauds de juin à sep­tembre et 6400 morts), 1990 (1700 morts). D’autres adviennent en 1994, 1995 et 1997, entraî­nant un bilan estimé res­pec­ti­ve­ment à 2600, 2300 et 2 200 morts. Arrive ensuite la cani­cule d’août 2003, qui a frappé les esprits.

Au terme de ce récit, pré­ci­sons les méthodes uti­li­sées pour éta­blir les tem­pé­ra­tures et le cli­mat des siècles pas­sés. Les scien­ti­fiques pré­lèvent dans les gla­ciers proches des pôles, par forage pro­fond, des cylindres qu’on appelle des carottes de glace et les ana­lysent. Sous les cli­mats plus tem­pé­rés d’europe, ils étu­dient les langues ter­mi­nales des gla­ciers alpins de réfé­rence (Cha­mo­nix en France, Aletsch et Gor­ner en Suisse) pour appré­cier leur évo­lu­tion au fil du temps. D’autres scrutent les anneaux de crois­sance annuelle dans le bois des troncs des grands arbres. Ces scien­ti­fiques par­viennent ainsi à dater et carac­té­ri­ser les étapes suc­ces­sives de leur vie végé­tale, et en tirent de pré­cieuses infor­ma­tions sur les tem­pé­ra­tures d’alors. Le bois de l’anneau de crois­sance des chênes qui cor­res­pond à 1473, année de cani­cule, est ainsi « ultra­dur, très peu impré­gné d’eau », explique Le Roy Ladu­rie. L’étude des pol­lens et des chan­ge­ments d’essences fores­tières per­met par ailleurs de cor­ro­bo­rer des hypo­thèses. On dis­pose en outre, s’agis­sant de la capi­tale, de séries ther­mo­mé­triques réa­li­sées sans dis­con­ti­nuer depuis les années 1670 par l’obser­va­toire de Paris. Et la France béné­fi­cie de sta­tions météo depuis 1855. Les dates des ven­danges, recen­sées à Dijon depuis 1370, offrent éga­le­ment d’utiles indi­ca­tions, même si les com­pa­rai­sons doivent tenir compte d’éven­tuelles évo­lu­tions du cli­mat d’un siècle à l’autre. Les his­to­riens s’appuient sur ces recherches des scien­ti­fiques et y ajoutent l’étude et la cri­tique de sources qui leur sont plus fami­lières, comme les témoi­gnages des contem­po­rains.

Source : Le Figaro

mercredi 17 juin 2026

Le 18 juin 1429, dans une chaleur accablante, la victoire décisive de Patay


L’armée anglaise, commandée par le fameux Jean Talbot, forte d’environ 5 000 hommes, s’était regroupée à Meung sur Loire. Lorsque Talbot apprit qu’il était poursuivi, il résolut de ne pas refuser le combat.

Après avoir franchi le bas fond formé par le lit desséché de la Retrève, il se porta sur le territoire de la paroisse de Patay, s’appuyant sur le bois de Lignerolles, en empruntant un chemin resserré entre des haies et des buissons. C’est là que Talbot s’arrêta avec 500 archers d’élite.

Effet de cerf

Il était environ 2 heures de l’après-midi, par une chaleur accablante, un cerf effrayé sortit subitement d’un taillis et se dirigea droit sur les archers anglais qui se mirent à pousser des cris de surprise. Ces clameurs firent découvrir l’ennemi à l’avant-garde française qui, entraînée par le bouillant La Hire, arriva à grand galop sur les archers anglais avant qu’ils n’aient eu le temps de prendre leurs positions.

Fastolf qui était avec le corps principal de l’armée anglaise courut vers l’avant-garde pour la ramener dans la bataille ; mais, s’imaginant que tout était perdu, les Anglais se dispersèrent et s’enfuirent.

Pendant ce temps, le gros de l’armée française massacrait ou faisait prisonniers de nombreux ennemis. Talbot lui-même tomba aux mains de Poton de Xaintrailles.

Les fuyards furent poursuivis jusque sous les murs de Janville ; là, les habitants refusèrent d’ouvrir les portes de telle sorte que seuls Fastolf et quelque 700 cavaliers arrivèrent à Étampes vers minuit.

Les soldats français, fatigués après une journée bien chaude, couchèrent sur place. Le lendemain, un dimanche, après avoir dîné à Patay, ils entrèrent triomphalement à Orléans avec leurs prisonniers.

Bilan des pertes

Les historiens militaires anglais indiquent 2 500 morts du côté anglais sur les 5 000 engagés, 3 morts et une centaine de blessés du côté français. Le corps d’élite des archers anglais fut mis hors de combat ; il ne sera pas reconstitué. Outre Talbot, de nombreux officiers furent capturés par les Français. Fastolf, accompagné d’une petite troupe, parvint à s’enfuir, mais fut dès lors disgracié : le duc de Bedford mit la défaite sur son compte et le radia de l’ordre de la Jarretière.

Conséquences

Conséquences immédiates

Les partisans de Charles VII purent l’escorter vers Reims sans avoir à combattre et y firent sacrer leur prince le 17 juillet 1429, asseyant ainsi définitivement sa légitimité au trône de France. Ils dominent définitivement le val de Loire et s’emparent de l’est et du nord de Paris. Paris restera disputé un temps ainsi que Compiègne.

Conséquences stratégiques

À l’échelle des armées de l’époque, cette bataille est pour les Anglais un désastre comparable et symétrique à ceux de Crécy ou Azincourt pour les Français : la perte, pour une génération, de leur principale force de bataille. Ils ne s’en relevèrent jamais et le reste des opérations militaires de la guerre de Cent Ans se résuma essentiellement à une longue série de sièges par lesquels les Français reprirent une à une les places fortes tenues par les Anglais, culminant en 1453, à Castillon et la prise de Bordeaux.

La fin de la suprématie de l’arc long anglais sur les champs de bataille de France fut consommée avec les innovations à la fois sur le plan technique (boulets en fer, amélioration substantielle de la poudre) et sur l’utilisation tactique de l’artillerie par les frères Jean et Gaspard Bureau, qui conféra un avantage décisif à l’armée française dans le siège des places fortes.

dimanche 26 avril 2026

Les immigrants consomment nettement plus d'énergie au Québec et au Canada que dans leur pays d'origine

Lorsqu’une personne s’installe au Canada ou au Québec, sa consommation d’énergie augmente généralement par rapport à celle qu’elle avait dans son pays d’origine. Cette hausse peut être significative : souvent entre 2 et 10 fois plus, selon le pays de départ et le mode de vie.

Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation : le climat froid, qui nécessite un chauffage important, la grande superficie du pays, qui implique des déplacements plus longs, et un niveau de vie globalement élevé, avec une utilisation plus intensive de l’électricité et des appareils ménagers.

Comparaison par pays d’origine

Voici quelques exemples de consommation d’énergie par habitant, en kWh par an, pour le pays d’origine et pour le Canada/Québec. Les données proviennent de Our World in Data et de l'Energy Institute.

Pays d’origine Consommation moyenne (kWh/an) Consommation au Canada/Québec (kWh/an) Facteur multiplicateur
Inde ~7 700 ~83 000 ×10,8
Chine ~34 100 ~83 000 ×2,4
France ~36 800 ~83 000 ×2,25
Philippines ~10 000 ~83 000 ×8,3
Algérie ~15 000 ~83 000 ×5,5
Haïti ~5 000 ~83 000 ×16,6

Analyse

Ces chiffres montrent que l’augmentation de consommation énergétique n’est pas liée à l’origine culturelle ou ethnique des immigrants, mais résulte avant tout du climat, de la taille du pays et des habitudes locales de consommation. Même pour des pays à consommation déjà élevée, comme la France ou la Chine, l’augmentation reste notable.

Il est également important de souligner que le mix énergétique québécois, principalement basé sur l’hydroélectricité, atténue l’impact environnemental de cette consommation plus élevée.

En résumé, l’installation d’un immigrant au Canada ou au Québec implique généralement une consommation d’énergie beaucoup plus importante qu’au pays d’origine, souvent plusieurs dizaines de milliers de kWh supplémentaires par an.


mardi 2 décembre 2025

Mathieu Bock-Coté à Paris interrogé par Radio-Canada


mardi 16 septembre 2025

Enfin la fin de l'écologisme et le retour de l'écologie ?

Une enquête de l’institut Verian analysée par la Fondapol fait état d’une demande grandissante, dans l’opinion publique, d’une écologie enfin débarrassée de son carcan idéologique. Une mise au point bienvenue qu’il convient cependant d’approfondir.


L’étude publiée à la fin du mois d’août par l’institut Verian (ex-Kantar) et qui porte sur la perception qu’ont les Français de la religion des temps modernes : l’écologie ? Il faut l’espérer car les résultats qu’elle met en avant pourraient dessiller bien des yeux chez nos élites dirigeantes. « La principale leçon de cette étude, observe Dominique Reynié, directeur général de la Fondapol, qui en a assuré le commentaire, est de mettre en lumière un fait dont on sait l’existence mais qui reste pourtant négligé et peu traité : dans l’opinion publique française, une large adhésion à l’écologie cohabite avec un rejet massif de l’écologisme. » La nature, oui ; ceux qui s’en font les porte-parole, non.

Regardons le détail. L’étude devant être présentée à l’occasion des Rencontres des entrepreneurs de France (Ref), un accent particulier est mis sur le lien entre l’écologie et les entreprises. Lien passablement dégradé, les écologistes n’ayant que mépris pour l’entreprise, l’industrie, l’agriculture et pour tout ce qui, de manière générale, fonctionne et soutient une société. Bonne surprise, cette triste réalité est connue ! Ainsi, 66 % des personnes interrogées pensent qu’il y a “trop de normes environnementales pour les entreprises” et que ces normes, “révélatrices d’une bureaucratie trop importante” (75 %), “fragilisent la compétitivité de l’industrie française” (67 %).

Autre point intéressant, et très actuel : la fiscalité verte [penser taxe carbone]. Les “gilets jaunes” sont passés par là, et la fin du monde ne fait plus le poids face aux fins de mois. Cette fiscalité à but écologique est considérée par 62 % des sondés comme “un outil injuste qui pèse d’abord sur les classes moyennes, rurales ou défavorisées”. Revenus des grands discours catastrophistes, les Français sont également 62 % à voir dans l’écologie politique “un prétexte pour créer un nouvel impôt” et pas du tout “une nécessité face à l’urgence environnementale”, qui est pourtant l’un des arguments massues du discours écologiste sur l’air du “c’est pour le climat, c’est pour la planète”. Conclusion de l’étude : ça ne marche plus.

« J’avoue que je n’espérais pas un tel soutien populaire à nos entreprises, ni une telle défiance envers les excès écologistes », s’enthousiasme Benoît Rittaud, président de l’Association des climato-réalistes. Bertrand Alliot, porte-parole d’Action Écologie, abonde dans son sens : « Cette étude montre de manière éclatante qu’une grande majorité de Français estime que l’excès d’écologisme est un puissant facteur de désorganisation. » Plus important encore, selon lui, en estimant à 78 % que “l’écologie devrait davantage s’adapter aux réalités économiques et industrielles”, les Français « réfutent l’idée d’une “crise existentielle” pour l’humanité liée aux enjeux écologiques car, dans le cas contraire, ils diraient que c’est l’économie qui doit s’adapter aux réalités écologiques ».

Plus encourageant encore (quoique de manière moins nette), plus d’un Français sur deux (55 %) considère “la fiscalité verte” comme “une contrainte inefficace qui culpabilise sans offrir d’alternatives concrètes”. Les mots sont importants : “inefficace”, “culpabilise”. On touche ici à la nature même de l’écologisme : une construction essentiellement théorique, dogmatique, dont le but — changer la société — est sans rapport avec l’objet concerné (pesticides, bassines, plastique, etc.).

Résultat notable également: les sondés sont 84 % à estimer que “les mouvements écologistes tentent souvent d’imposer leurs convictions par la pression médiatique et judiciaire, sans passer par le débat démocratique”. Un chiffre qui n’est pas étonnant quand on sait que les écologistes ne se soucient du peuple que lorsqu’il pense comme eux ou pour prétendre le corriger. Le peuple en question n’étant pas dupe, cela explique aussi bien ce résultat écrasant que les scores misérables des candidatures écologistes à l’élection présidentielle (3,26 % des suffrages en moyenne depuis 1974), que l’étude rappelle. « On sait depuis longtemps qu’il y a une distorsion énorme entre la visibilité médiatique de l’écologisme et son poids réel dans l’opinion, mais ce rapport qui quantifie les choses est tout à fait bienvenu », poursuit Benoît Rittaud.

Parlant à ce propos d’une « illustration de la théorie de la tyrannie des minorités », Dominique Reynié pose la question essentielle : « Pourquoi, ou à quel titre, un courant électoralement insignifiant, et depuis si longtemps, parvient-il à bénéficier d’une considération politique et médiatique que l’on pensait réservée à de grands partis ou à de grands électorats? »

La réponse est peut-être dans la question (et aurait mérité de ce fait de figurer dans le sondage) : il s’agit du rôle crucial joué par les médias, où le traitement des questions environnementales relève quasiment exclusivement de l’écologisme et non de l’écologie. Une mainmise décisive qui explique d’ailleurs quelques résultats étonnants, présents dans l’étude; ainsi 57 % des sondés ont “une bonne image des associations ou mouvements écologistes”, 49 % considèrent que les associations environnementales constituent un “contre-pouvoir constructif” et 45 % les jugent plus “responsables” que “radicales”. « Ils sont très majoritairement assez sévères et lucides, en les considérant comme des organisations idéologiques, déconnectées du terrain, mais, paradoxalement, ils en ont majoritairement une bonne image, alors que la mise en œuvre de l’écologie punitive sur le territoire français et européen leur doit beaucoup », commente Bertrand Alliot. Preuve que la propagande a bien travaillé, les Français semblent considérer l’écologisme non comme un système intrinsèquement pervers, une erreur anthropologique, mais comme la regrettable dérive d’une idée demeurée malgré tout positive. Or la vérité oblige à dire que l’écologisme a tout envahi, ne laissant rien d’intact dans ce qu’on appelle aujourd’hui, en France, l’écologie. Tout est à reprendre. Par chance, et c’est le grand mérite de cette étude que de le démontrer, pour la grande révolution intellectuelle dont elle a besoin, l’écologie pourra compter sur le soutien populaire. 

Source : Valeurs actuelles

lundi 25 août 2025

Principaux enjeux pour les Canadiens (sondage mi-août 2025)

Selon un sondage Abacus, la hausse du coût de la vie continue de dominer le débat politique, 60 % des Canadiens la citant parmi leurs trois principales préoccupations. L'économie dans son ensemble arrive en deuxième position avec 36 %, suivie du logement avec 35 %. Les soins de santé occupent la quatrième place avec 33 %.

L'influence de Donald Trump en tant que sujet politique semble diminuer. Cité par 38 % des personnes interrogées dans cette vague, contre 44 % au début de l'été, Trump se classe désormais derrière le coût de la vie et à égalité avec l'économie en termes d'importance. Bien qu'il reste significatif, son influence diminue légèrement, ce qui reflète probablement à la fois la lassitude des Canadiens et un léger refroidissement de la couverture médiatique américaine.

L'immigration reste en milieu de classement, citée par 25 % des personnes interrogées (l'immigration a des répercussions sur bon nombre des autres sujets cités, tels que le logement).

« Le climat » et les sujets qui tiennent le plus à cœur aux progressistes libéraux comme les inégalités et le dossier autochtone semblent relégués au bas du tableau.

Lorsque l'on demande aux Canadiens quel parti est le mieux placé pour traiter les questions qui leur tiennent le plus à cœur, une tendance claire se dégage :

Coût de la vie : les conservateurs devancent les libéraux (39 % contre 27 %)

Économie : les conservateurs devancent les libéraux (45 % contre 34 %)

Immigration : les conservateurs dominent avec 56 % contre 15 % pour les libéraux.

Sur ces questions fondamentales liées à l'accessibilité financière et à l'économie, les conservateurs renforcent et maintiennent leur avance.

Cependant, les libéraux continuent de dominer sur d'autres fronts :

Changement climatique : les libéraux devancent les conservateurs (37 % contre 9 %).

Donald Trump et son administration : les libéraux restent le parti préféré (56 % contre 21 %), mais moins de personnes citent désormais cette question comme une priorité.

Méthodologie

Le sondage a été mené auprès de 1 915 Canadiens entre le 15 et le 19 août 2025. Un échantillon aléatoire de panélistes a été invité à répondre au sondage à partir d'un ensemble de panels partenaires basés sur la plateforme d'échange Lucid. Ces partenaires sont généralement des panels de sondage à double opt-in, combinés afin de gérer les biais potentiels dans les données provenant d'une seule source.

La marge d'erreur pour un échantillon aléatoire comparable basé sur la probabilité et de même taille est de +/- 2,2 %, 19 fois sur 20.

Les données ont été pondérées en fonction des données du recensement afin de garantir que l'échantillon corresponde à la population canadienne en termes d'âge, de sexe et de région. Les totaux peuvent ne pas atteindre 100 en raison des arrondis.

Le sondage a été financé par Abacus Data.

dimanche 10 août 2025

Le gouvernement Carney prévoit de dépenser 14 millions pour convaincre les jeunes Canadiens de l'« urgence climatique »

Dans une annonce récente, le gouvernement Carney a détaillé plus de 14,4 millions de dollars de nouvelles dépenses pour 17 projets visant à « donner aux jeunes Canadiens les moyens de lutter contre le changement climatique ». Ces 14,4 millions de dollars ne sont que la dernière tranche d'un financement total de 206 millions de dollars prévu sur cinq ans. L'objectif du « Fonds d'action et de sensibilisation au climat », comme l'appelle le gouvernement, est essentiellement d'accroître la préoccupation du public à l'égard du changement climatique.


Pour justifier ces dépenses de 14,4 millions de dollars, le député libéral Taleeb Noormohamed a déclaré : « À ce moment critique, alors que notre planète est confrontée à une urgence climatique, il est essentiel que les jeunes acquièrent des connaissances en matière d'environnement. »

Ironiquement, si l'objectif est d'améliorer les connaissances en matière d'environnement, l'une des premières choses que le gouvernement devrait faire est de cesser d'utiliser l'expression « urgence climatique », une expression tout à fait inexacte qui vise à susciter l'inquiétude. Les données disponibles ne corroborent tout simplement pas les affirmations selon lesquelles nous serions confrontés à une urgence climatique. En effet, par rapport à une planète hypothétique sans changement climatique, même les scénarios les plus pessimistes suggèrent que le changement climatique ne réduirait probablement le PIB mondial par habitant (un indicateur du niveau de vie) que d'environ 16,5 % d'ici 2200.

Certes, 16,5 % du PIB, c'est beaucoup. Mais même avec une baisse de 16,5 % des revenus actuels, nous serions toujours bien mieux lotis que les gens qui vivaient il y a 175 ans. Une baisse de 16,5 % des revenus des personnes vivant dans 175 ans leur permettrait très certainement d'être encore bien mieux loties que nous ne le sommes aujourd'hui. Ce n'est pas une urgence.

La description des 17 projets ébranle encore davantage l'idée d'une situation d'urgence. Un projet qui devrait recevoir 939 592 dollars provenant des contribuables est « destiné aux jeunes Canadiens (en particulier les Autochtones, les personnes noires et de couleur, les jeunes membres de la communauté 2ELGBTQ+, ainsi que d’autres communautés mal desservies), leur permettra d’acquérir des connaissances sur l’environnement et leur offrira des possibilités d’apprentissage par le service communautaire et de leadership. Ce projet fera participer les jeunes à des actions communautaires liées aux grandes crises environnementales et formera les éducateurs pour qu’ils puissent mieux intégrer la sensibilisation à l’environnement dans leur enseignement. ».

Imaginez une véritable urgence pour laquelle vous composez le 9-1-1, par exemple un immeuble en feu. Vous voulez simplement que les pompiers arrivent et éteignent l'incendie le plus rapidement possible. Vous ne vous souciez pas de savoir si les pompiers sont autochtones, noirs ou issus d'une minorité sexuelle. De même, si le changement climatique était vraiment une urgence, le gouvernement affecterait toutes les ressources à ceux qui pourraient le mitiger le plus efficacement, plutôt que de répartir les ressources en fonction d'objectifs de diversité raciale ou autres.

Parmi les autres projets financés par les contribuables, 782 922 dollars sont destinés à aider les enfants autochtones et les jeunes du nord-ouest de l'Ontario et de l'est du Manitoba à « des chefs de file en matière de climat dans leurs communautés et qu’ils participent à l’économie verte émergente. La programmation combinera la science du climat occidentale et les connaissances traditionnelles des Anishinaabe propres au Traité no 3. ». Et 342 524 dollars sont destinés à donner aux jeunes, en particulier en Alberta, « des compétences et des perspectives qui les aideront à surmonter les défis environnementaux actuels et à faire la promotion des pratiques écologiques. ».

Une autre somme de 396 213 dollars sera versée à une organisation qui créera « du matériel d’éducation environnementale expérientiel et élaboré par des Autochtones pour aider les enseignants de la maternelle à la 12e année dans les écoles des Six Nations et de Hamilton à ancrer la culture environnementale des jeunes dans les perspectives culturelles des Haudenosaunee. » Selon le blog de cette organisation, la « résilience climatique » exige que nous « rejetions le capitalisme et l'hétéronormativité » ainsi que le « racisme environnemental ».

Au vu des descriptions des projets et des organisations bénéficiaires des fonds publics, une personne raisonnable pourrait en déduire qu'au moins une partie importante des 14,4 millions de dollars de la dernière série de financements – et des 206 millions de dollars au total sur cinq ans – servira à financer des actions militantes à caractère politique ciblant les jeunes, et non des initiatives éducatives concrètes. Ces dépenses devraient être annulées. 

jeudi 31 juillet 2025

Émission de CO2 par pays

Asie en pleine industrialisation, Occident en déclin économique relatif.




Tout nouvel immigrant au Canada (ne provenant pas des États-Unis) augmente les émissions de CO2 planétaires puisqu'il en consommait nettement moins dans son pays d'origine.

mardi 6 mai 2025

La France et l’Union européenne de Bruxelles peuvent-elles vraiment attirer les chercheurs américains  ?

Macron et von der Leyen à la Sorbonne

Alors que Trump redéfinit les priorités de recherche américaines, l'Union européenne semble s'empresser de capter ce qu'elle appelle les meilleurs talents mondiaux. Dans une nouvelle requête, Trump a demandé au Congrès de réduire de 37 % les dépenses des Instituts américains de la santé (NIH) et de plus de 50 % celles de la Fondation nationale pour la science (NSF). La seule université Columbia a déclaré début mars qu'elle avait perdu 400 millions de dollars de financement fédéral.

Cette mesure, selon le gouvernement, vise à « réorienter les investissements » vers des domaines prioritaires, comme l'IA, l'énergie quantique et nucléaire, et à « mettre fin aux dépenses scientifiques [dites] woke ».
Dans ce contexte, l'UE vient d'annoncer un plan de « super subventions » de 500 millions d'euros pour attirer les scientifiques impactés par les récentes modifications du financement fédéral. Macron et von der Leyen ont présenté l'Europe comme une nouvelle frontière pour l'innovation et la liberté académique. Plus de 380 subventions américaines liées aux programmes DEI (discrimination anti-hommes blancs) ont été supprimées. L'Europe y voit une occasion à saisir et offre des fonds importants et des portes ouvertes.


À la Sorbonne, la présidente de la Commission européenne et le président français ont respectivement annoncé 500 et 100 millions d’euros pour faire venir des scientifiques touchés par les coupes budgétaires aux États-Unis.

Les difficultés de chercheurs américains face à l’ Administration Trump , qui a demandé au Congrès des coupes brutales de plusieurs dizaines de milliards de dollars dans le budget de la recherche fédérale, vont-elles faire le bonheur de la France et de l’Europe ? C’est en tout cas ce que semblaient espérer lundi matin à la Sorbonne, la présidente de la Commission européenne,  Ursula von der Leyen , et le président Emmanuel Macron lors de la conférence « Choose Europe for Science ». L’un et l’autre ont largement insisté pour faire de l’Europe un refuge des libertés universitaires, le président de la République concluant son discours par un solennel « appel de la Sorbonne qui s’adresse à tous les esprits libres ».

Avant cela, il avait rappelé avec emphase et grandiloquence que « personne ne pouvait penser que cette très grande démocratie du monde, dont le modèle économique repose si fortement sur la science libre, allait faire une telle erreur », avant d’ajouter que, sur les trois dernières décennies, la recherche américaine avait été plus efficace que la recherche européenne, parce qu’elle favorisait la liberté universitaire et respectait l’autorité des savoirs. Qualifiant au passage de « démocratie liquide » les régimes dans lequel l’absence de hiérarchie des savoirs empêche de démêler le vrai du faux : « Refusons un diktat (qui) interdit de chercher ceci ou cela (…) parce que là, à chaque fois aussi, ce sont les progrès de notre humanité qui sont remis en cause. »

Une « nouvelle enveloppe de 500 millions d’euros »

« Les collègues américains sont en effet sidérés par la violence et la rapidité avec lesquelles les choses se mettent en place, commente le président du CNRS, Antoine Petit . Un certain nombre s’interrogent et bien au-delà des domaines ciblés par l’Administration de Donald Trump. Mais le choix de partir n’est pas un choix facile. À nous de fournir les conditions pour accueillir les meilleurs. » L’État va ainsi investir 100 millions d’euros supplémentaires pour attirer en France des chercheurs étrangers, et tout particulièrement des Américains. De son côté,  Ursula von der Leyen  a annoncé une « nouvelle enveloppe de 500 millions d’euros » pour la période 2025-2027 pour l’Union européenne. Des montants certes importants, mais qui paraissent dérisoires quand on les compare aux baisses programmées aux États-Unis. Selon la première ébauche de budget présentée le 2 mai par la Maison-Blanche, le simple budget des instituts américains de la santé (NIH) qui pilote la recherche biomédicale devrait perdre 18 milliards de dollars, pour arriver à 27 milliards.

L’initiative n’est pas sans rappeler le programme « Make our planet great again » lancé en 2017 par  Emmanuel Macron (le nom en anglais le confirme), qui avait l’ambition de convaincre quelques scientifiques américains spécialistes des questions climatiques de venir en France. « On a constaté que cette initiative, dans un contexte de pénurie de la recherche française, n’avait pas permis d’attirer de grandes stars, commente le président du Collège des sociétés savantes académiques de France, Patrick Lemaire. Nous avions su faire venir des bons chercheurs, certes, mais pas les têtes de laboratoire. Il est difficile de penser que cela soit différent cette fois, il faut encore voir comment la situation va évoluer aux États-Unis. Mais la solidarité internationale ne doit s’arrêter ni aux stars, ni aux USA. Le sort des jeunes chercheurs post-doctoraux aux USA est plus préoccupant que celui des stars, et la situation de la recherche dans certains pays est autant ou plus inquiétante que celle aux États-Unis. Il est d’ailleurs intéressant de noter que, sur les 30.000 connexions à la plateforme Choose France, seul un tiers viennent des États-Unis. »

Réveil stratégique

Le président français, Emmanuel Macron, a nommé dix chantiers prioritaires sur lesquelles l’Union européenne devrait « investir massivement. » Citant pêle-mêle en matière de santé, la recherche sur les maladies infectieuses, la vaccinologie ou les zoonoses ; dans le domaine du spatial, les missions lunaires, ou encore le « domaine quantique » et l’intelligence artificielle. Avant lui, Ursula von der Leyen avait, elle, appelé les États membres à « atteindre à moyen et long terme », l’objectif de 3 % du PIB pour l’investissement dans la recherche et le développement d’ici à 2030. « Force est de constater que le compte n’y est pas en France, où nous stagnons à 2,2 % depuis plusieurs années », commente Antoine Petit.

Le manque d’investissements pour la recherche en France est peut-être la plus grande limite de cette conférence. « Le discours est utile et juste sur le fond, analyse Serge Abiteboul, membre de l’Académie des sciences et directeur de recherche émérite à l’Inria. Mais il n’y a pas beaucoup d’éléments concrets et sans, a minima, une sanctuarisation du pourcentage du PIB dédié à la recherche, je ne vois pas comment ces ambitions peuvent être suivies de faits. »

De nombreux scientifiques ont pu y voir une redite du discours très volontariste sur la recherche, prononcé en décembre 2023 à l’Élysée, mais suivi, dans les six mois, par une baisse drastique des crédits. « La recherche publique dans le pays n’atteint même pas le 1 % du PIB, note  Patrick Lemaire. Non seulement la recherche est globalement sous financée, mais certaines disciplines sont particulièrement défavorisées, ce qui constitue une entrave à la liberté universitaire pourtant louée à juste titre dans le discours du président lundi matin. »

Voir aussi

En France, le wokisme fait de la résistance (voir l'importance des budgets de l'Union européenne dans la recherche française et l'alignement des critères d'allocation avec ceux du wokisme anglo-saxon).

Accueil des universitaires américains à Aix-Marseille : ils travaillent principalement en sciences humaines et sociales 

jeudi 3 avril 2025

Recension critique du livre Value(s) écrit par le nouveau Premier ministre Mark Carney

Le célèbre psychologue Jordan Peterson a publié une critique cinglante du livre-programme de Mark Carney, Value(s), paru en novembre 2022. En voici de larges extraits traduits par nos soins. Le livre du nouveau Premier ministre désigné du Canada n’a pas été traduit en français.

Value(s) est un livre étrange, pris dans son ensemble, même s’il est considéré comme une simple entreprise littéraire. Il commence par une évaluation des valeurs, comme promis, mais s’enfonce ensuite dans une initiation à l’économie, proche d’un texte d’introduction dans ce domaine, et en reste précisément là pendant la majeure partie de l’aventure. Vers la fin, pour être juste, nous sommes à nouveau amenés à discuter des valeurs — une réaffirmation et un prolongement de la préface. Cependant, ce retour prend un certain temps et l’on se demande pourquoi le livre ne fait pas 200 pages plutôt que les plus de 600 pages actuelles.

J’ai eu du mal à me défaire du soupçon que le livre s’oriente vers l’histoire pure, d’abord parce que Carney n’a pas grand-chose à dire sur les valeurs en soi, et ensuite parce qu’il veut se convaincre et nous convaincre, alors qu’il parcourt les monts et les vallées de la théorie économique et de sa carrière, qu’il sait de quoi il parle et qu’il est l’homme qu’il faut pour le moment. Cependant, le simple fait qu’il puisse écrire un traité d’introduction au monde de la finance, conceptuel et institutionnel, nous en dit très peu sur sa capacité à entreprendre la tâche plus difficile concernant les valeurs, en soi, qu’il promet de gérer.

Et quelle est cette tâche, précisément ?

M. Carney est conscient, comme il se doit, que les systèmes de marché ne peuvent à eux seuls résoudre tous les problèmes du monde. Rien ne le peut. Il est impossible de résoudre « tous les problèmes », car les faits bruts de notre ignorance, de notre mortalité et de notre faillibilité signifient que toutes les solutions que nous parvenons à élaborer face aux difficultés de la vie sont imparfaites et partielles.

En outre, il est tout à fait vrai — et il s’agit là d’une conviction conservatrice fondamentale ou même libérale classique — que les sociétés et les marchés libres opèrent dans un cadre de valeurs plus large. En Occident, pour le meilleur ou pour le pire (et certainement pour le meilleur comparativement), ce cadre est judéo-chrétien, religieux et culturel dans son essence — un cadre qui a établi les principes de « l’évidence » auxquels les auteurs et les signataires de la Déclaration d’indépendance américaine ont fait référence de manière si célèbre.

Il s’agit notamment des propositions suivantes : tous les individus ont une valeur intrinsèque, puisqu’ils sont à l’image de Dieu ; chacun doit à tous les autres le respect que cette valeur exige, y compris la responsabilité d’échanger des biens, des idées, de coopérer et de rivaliser, de manière honnête et équitable, en vue d’un succès mutuel ; et chacun d’entre nous, y compris nos dirigeants (et peut-être avant tout), doit rendre hommage à ce qui est véritablement transcendant et divin.

C’est ce cadre que Carney prétend remplacer, même s’il n’est pas évident qu’il le comprenne ou qu’il ait développé une quelconque compréhension de la culture qu’il veut remodeler à partir de principes premiers. Il sait, ou a l’intuition, qu’il existe des règles du jeu a priori ou axiomatiques, pour ainsi dire — des déclarations de foi, même — qui doivent sous-tendre ou définir la civilisation elle-même, et qui fournissent la structure nécessaire au marché libre, de sorte que ses calculs collectifs puissent développer et distribuer les ressources d’une manière maximalement productive, efficace et juste.

Quelles sont ses suggestions concernant le remplacement d’un tel cadre ? C’est ici que le bât blesse ou, plus exactement, que le train déraille. Au lieu d’affronter sérieusement le problème des valeurs (et c’est le plus grave des problèmes) — au lieu de faire le difficile voyage à travers les paysages complexes de la théologie et de la philosophie qui est vraiment nécessaire avant qu’une telle tentative puisse être tentée — Carney dévoile son alliance avec les pires idées préconisées au cours des vingt ou trente dernières années et les présomptions intellectuelles généralement radicales du siècle dernier, qui sont encore pires.

Tout d’abord — et cela se trouve dans la préface, réaffirmé dans la conclusion (le véritable cœur du livre) — il nous assure que le changement climatique apocalyptique sur lequel insistent tant de personnes déterminées à justifier leur quête d’un pouvoir illimité par des raisons morales équivaut, en fait, à l’apocalypse. La lutte contre le changement climatique est donc l’enjeu numéro un de notre époque, comme tous les acteurs moraux doivent en convenir — sinon… C’est sa première vérité évidente en soi, mais ce n’est pas la seule, comme nous le verrons. Cela signifie que la « préservation de la planète » est sa valeur première et l’étoile polaire qui doit guider toutes — et il dit bien toutes — les décisions personnelles et économiques. Cela signifie également (notez-le bien) qu’il est prêt à, et même qu’il doit, utiliser la peur pour façonner sa politique ; la peur même d’une urgence cataclysmique imminente qui a toujours été exploitée même par les tyrans les plus explicitement réticents pour s’assurer que leurs diktats théoriquement bienveillants sont appliqués absolument partout et tout de suite. À titre d’exemple :
Notre objectif a été de mettre en place les informations, les outils et les marchés nécessaires pour que chaque décision financière prenne en compte le changement climatique — pour créer un système financier dans lequel les contributions d’une entreprise au changement climatique et à la solution climatique sont des déterminants fondamentaux de sa valeur. Pour que la valeur reflète les valeurs. Lors de la COP26 à Glasgow, nous avons mis en place vingt-quatre réformes majeures pour transformer les informations, les outils et les marchés au cœur de la finance. Il s’agit notamment de tests de résistance aux chocs climatiques, de plans de transition nette zéro et d’informations claires, comparables et utiles à la prise de décision sur le climat, afin que les marchés financiers puissent gérer les risques et saisir les avantages découlant de la transition climatique.
Face à de telles affirmations, il est préférable de lire sérieusement entre les lignes. Tout d’abord, considérons « chaque décision financière.... » Vraiment ? Chaque décision financière ? Littéralement « chaque décision financière » doit tenir compte du « changement climatique » ? Ce que les bien-pensants qui prétendent être les sauveurs de la planète, ou leurs partisans tout aussi vertueux, ne reconnaissent pas, à leurs risques et périls, et pire, aux nôtres, c’est qu’une telle déclaration accorde une licence illimitée à la tyrannie.

Mark Carney le nouveau Premier ministre du Canada

Si le sort de la planète — tous ses écosystèmes, toute sa beauté, tout ce qu’elle offre à l’humanité — est littéralement en jeu chaque fois qu’une décision financière est prise, à tous les niveaux, individuel, corporatif et étatique, alors tous les aspects de la vie doivent clairement être réglementés en fonction de cet objectif — et cela signifie tous les aspects de la vie. Comment comprendre cet état de fait ? Nous pourrions nous tourner vers les objectifs déclarés du consortium de grandes villes C40, et leurs objectifs ouvertement similaires à ceux de Carney, pour en avoir une compréhension différenciée et immédiate.

mardi 4 mars 2025

Les décès dus à la chaleur sont surmédiatisés, alors que les décès dus au froid sont ignorés


Le réchauffement climatique entraîne effectivement une augmentation des décès dus à la chaleur. Mais le froid fait beaucoup plus de victimes, selon un article de Bjorn Lomborg.

Chaque fois qu'il y a une vague de chaleur - que ce soit dans notre pays ou à l'étranger - les médias s'y intéressent. Les hommes politiques et les militants interviennent alors pour avertir que le changement climatique est en cause et qu'il faut réduire les émissions de carbone. Mais ils ne nous racontent qu'une petite partie de l'histoire et leurs conseils sont franchement terribles.

Le réchauffement de la planète entraîne une augmentation des vagues de chaleur, ce qui accroît le risque de décès dû à la chaleur. Mais il entraîne également une diminution des températures froides, ce qui réduit le risque de décès par le froid. Presque partout dans le monde, et pas seulement au Canada, le froid tue cinq à quinze fois plus de personnes que la chaleur.

La chaleur fait l'objet d'une grande attention, à la fois en raison de son lien évident avec le changement climatique et parce qu'elle est visible et photogénique. Elle tue généralement dans les quelques jours qui suivent une température trop élevée, car elle modifie l'équilibre hydroélectrolytique des personnes les plus faibles, souvent les plus âgées.

Le froid, quant à lui, tue lentement, souvent sur plusieurs mois. À basse température, le corps resserre les vaisseaux sanguins extérieurs pour conserver la chaleur, ce qui fait monter la tension artérielle. L'hypertension artérielle est la première cause de mortalité dans le monde, responsable de 19 % des décès.


Selon l'endroit où nous vivons et en tenant compte des infrastructures, comme les systèmes de chauffage et de refroidissement, et des autres moyens que nous utilisons pour nous maintenir à l'aise, il existe une température à laquelle les décès sont réduits au minimum. Si la température se réchauffe ou se refroidit, le nombre de décès augmente.

Une étude récente du Lancet montre que si l'on compte tous les décès supplémentaires dus à des températures trop élevées dans le monde, la chaleur tue près d'un demi-million de personnes par an. En revanche, les températures trop froides sont neuf fois plus meurtrières, tuant plus de 4,5 millions de personnes.

Au Canada, il n'est pas surprenant que le froid soit plus de 12 fois plus mortel que la chaleur. Chaque année, environ 1 400 Canadiens meurent à cause de la chaleur, mais plus de 17 000 meurent à cause du froid.


Source : National Post

lundi 9 décembre 2024

Javier Milei est-il en train de redresser l’Argentine ?

Galvanisé par les premiers résultats positifs enregistrés au niveau macroéconomique (baisse de l’inflation, excédent fiscal, renforcement de la monnaie nationale), Javier Milei, 54 ans, fête son premier anniversaire au pouvoir dans une conjoncture « très favorable », analyse le politologue Pablo Touzon. En dépit d’une récession qui peine à se dissiper, « l’inflation a été contenue, les mouvements sociaux restent muets et Trump, que Milei soutient depuis le début, vient d’être élu président », détaille ce spécialiste de la politique argentine.

Javier Milei en campagne électorale avec sa tronçonneuse, emblème de la cure d’amaigrissement qu’il veut infliger à l’État argentin


La participation de l’entrepreneur Elon Musk, un proche de Milei, à l’équipe de Trump facilitera d’autant plus les liens entre Washington et Buenos Aires. Fière figure de proue de la nouvelle droite internationale, Milei se positionne comme un interlocuteur prioritaire dans une Amérique latine presque toute entière gouvernée par la gauche. D’autant que les États-Unis incarnent la vision du progrès aux yeux de cet économiste biberonné aux théories des libertariens. Durant le premier débat de la campagne présidentielle en octobre 2023, alors candidat, il avait déclaré : « Si vous me donnez vingt ans, nous serons l’Italie. Si vous m’en donnez trente-cinq, nous deviendrons les États-Unis ».

En croisade contre la gabegie

Un an après son accession au pouvoir, l’Argentine reste l’Argentine. Un pays divisé entre ceux qui l’ont porté au pouvoir, dont le soutien semble indéfectible, et de fervents opposants, eux aussi confortés dans leurs certitudes. Les courbes de popularité montrent que l’économiste ultralibéral était parti de plus bas que ses prédécesseurs en début de mandat, mais que sa cote a augmenté depuis, tutoyant aujourd’hui les 50 % de soutien. L’indice de confiance dans le gouvernement, mesuré par l’Université Torcuato Di Tella, affiche une hausse significative en octobre et situe l’actuel gouvernement à un niveau supérieur aux moyennes observées ces dernières années. « Depuis son arrivée au pouvoir, Milei s’est renforcé, confirme le consultant Roberto Starke, cofondateur de l’agence Infomedia. Il doit toutefois prendre garde à ne pas tomber dans le piège de ceux qui ont le vent en poupe, à savoir l’isolement. Or, son entourage semble plus enclin à saluer sa réussite qu’à lui signaler ses erreurs. En outre, son caractère autoritaire s’est encore accentué au fil des mois de pouvoir. »

De fait, seul capitaine du navire, le président continue sa croisade contre la gabegie à tous les étages. L’université publique et gratuite a été l’un de ses chevaux de bataille. L’institution, qui fait pourtant consensus au sein de la société argentine, ne servirait, selon lui, « à personne d’autre qu’aux enfants des riches et de la classe moyenne supérieure ».

En un an, Milei a gouverné en minorité, jonglant entre une fermeté totale dans les discours et des accords bien menés en coulisses, notamment avec le parti Proposition républicaine (Pro), de l’ex-président de centre droit Mauricio Macri (2015-2019). Vu le poids très relatif au Congrès de son propre parti, La Libertad avanza (seulement 15 % des députés et 9 % des sénateurs), chaque pas a donné lieu à une épreuve de force. Après avoir essentiellement gouverné par décret, Milei compte sur les élections législatives d’octobre 2025, dont les primaires auront lieu le 3 août, pour faciliter l’action du gouvernement sur le terrain législatif.

À quelques mois de ce scrutin déterminant, l’Argentin bombe le torse, sous son costume noir qui a remplacé son blouson en cuir usé de vieux rockeur. À l’épreuve du pouvoir, le personnage tonitruant de la campagne électorale a mis (un peu) d’eau dans son vin. La tronçonneuse, récemment exhibée pour annoncer de prochaines restrictions budgétaires, n’a pas complètement disparu de son arsenal de communication. Mais « une certaine dose de pragmatisme a été insufflée », observe Roberto Starke, soulignant le rôle des proches du président dans les négociations avec la « caste » politique qu’il avait promis de faire imploser. C’est en effet son entourage qui se charge de tisser des liens en dehors du parti gouvernemental : sa sœur, Karina Milei, secrétaire générale de la Présidence, son ministre de l’Économie, Luis Caputo, et le chef du Cabinet ministériel, Guillermo Francos.

193 % d’inflation sur un an !

Élu sur le terreau d’une crise économique abyssale, le gouvernement a fait de la restauration du pouvoir d’achat sa politique sociale numéro un. La route est encore longue. Pas sûr que l’effet de ruissellement suffise à endiguer l’augmentation de la pauvreté, qui touche désormais plus de 50 % de la population. La fin annoncée de la récession serait corroborée par certaines statistiques, telles que la réduction du nombre de salariés pauvres. Selon les calculs du centre de réflexion économique ExQuanti, leur proportion, qui avait augmenté de manière continue depuis fin 2023, vient de baisser de 29,2 % à 26,5 %. Un taux encore trop élevé pour que le gouvernement puisse crier victoire.

En Argentine, plus que jamais, c’est l’économie qui domine les enjeux. Arrivé au pouvoir le 10 décembre 2023, Milei avait pour mandat de contenir l’inflation galopante et d’instaurer un nouvel ordre économique. L’augmentation des prix a été ralentie, puisqu’elle atteint 2,7 % (mensuel) en octobre, mais reste astronomique sur l’ensemble de l’année (193 %). Milei sera jugé à l’aune de ces indicateurs. « Il faut convaincre la société, en particulier les jeunes, de s’engager à changer le pays en faisant confiance à ce projet politique, dit, enthousiaste, Frances Berthet, courtière immobilière chez Cobrokers Real Estate, à Buenos Aires. La première étape, celle de l’ajustement budgétaire, a été la plus dure. Cette année, il devrait y avoir un rééquilibrage des prix et un rebond de la production. Dans le secteur immobilier, sous l’impulsion du retour des crédits, l’activité a déjà repris ! »

Pour Berthet, qui considère le péronisme comme le mal numéro un du pays, Milei peut réussir là où les autres ont échoué — le libéral de centre droit Mauricio Macri (2015-2019) et, avant lui, le péroniste libéral Carlos Menem (1989-1999). Les références aux années 1990, celles de l’ouverture économique, des privatisations massives et du « uno a uno » (la parité entre le dollar et le peso argentin) inspirent les commentateurs. « À cette époque, l’Argentine c’étaient les États-Unis, se souvient Berthet. Les gens étaient pleins d’espoir. Il y avait une pluie d’investissements étrangers, les salaires étaient très élevés, on voyageait de par le monde ! Avec Milei, on a la sensation que c’est à nouveau un changement en profondeur qui s’installe. »

Outre sa remise en question de l’université publique, Milei a adopté une rhétorique visant à déconstruire l’imaginaire « progressiste » des années Kirchner. Le centre culturel Kirchner (CCK) est devenu le palais Liberté Sarmiento. La journée du respect de la diversité culturelle, célébrée le jour de l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique, a repris son nom d’antan : la Fête de la race [hispanique].

Les péronistes K.-O.

Élu pour renverser la table, Milei a mis K.-O. le clan péroniste, qui peine à désigner ses nouveaux chefs et dont une grande partie refuse de s’aligner sur l’ex-présidente Cristina Kirchner. Si le chef de l’État garde pour priorité la stabilisation macroéconomique, son programme social et culturel est tout sauf neutre. Sa « bataille culturelle », Milei la mène notamment à longueur de discours, et au gré de ses fréquents voyages. Une quinzaine, dont la moitié aux États-Unis, de Davos au G20 de Rio, en passant par la Bourse de Wall Street ou l’hémicycle de l’ONU. Les féministes, les écologistes, les « wokes », les socialistes… Avec lui, tous en prennent pour leur grade.

« Milei conserve une attitude contestataire, qui séduit ici, car cela correspond à un profil typiquement argentin, tout en défendant un programme politique global », résume Tobías Belgrano. Cette position clivante, Milei la défend sur le terrain géopolitique, mais aussi en interne. Les employés de l’agence publique d’informations Télam, qu’il a pris en grippe dès son arrivée au pouvoir, en ont fait les frais. « On nous a signifié qu’il ne fallait plus écrire sur les sujets liés à l’agenda 2030 (de développement durable de l’ONU, NDLR), au féminisme, à la marche des fiertés… Il y a un musellement de l’information par le gouvernement, qui nous considérait comme un élément de propagande kirchnériste (en référence à l’ex-présidente, NDLR) », témoigne un journaliste de Télam avec plus de vingt ans d’expérience dans l’agence. Cette source préfère garder l’anonymat pour ne pas « tomber sous le coup de la chasse aux sorcières du pouvoir », déplorant qu’« aujourd’hui, l’enjeu économique clôt tout type de débat. Nous ne pouvons que constater le manque de solidarité à tous les niveaux. Les valeurs se perdent ! »

Dans un pays fondé par des écrivains, la littérature vient naturellement compléter le diagnostic. L’essai « Notre pauvre individualisme », du grand écrivain national Jorge Luis Borges, explique ainsi que l’Argentin, qui « ne s’identifie pas à l’État (…) est un individu, pas un citoyen ». Doit-on trouver là une clef pour comprendre l’électeur de Milei, pourfendeur de l’action étatique ? Il serait ainsi l’incarnation de l’Argentin selon Borges ? « Ces deux positions sont diamétralement opposées, corrige l’écrivain Carlos Gamerro. Borges considère que l’opposition à l’État conduit à la formation de liens solidaires entre les individus. Mais le projet porté par le gouvernement actuel invite seulement à se fédérer dans la désignation d’un ennemi politique. »

Source : Le Figaro

jeudi 7 novembre 2024

De l’Empire romain à la Chine des Ming, les civilisations se sont-elles effondrées à cause du changement climatique ?


De l’Empire romain à la Chine des Ming, les civilisations se sont-elles effondrées à cause du changement climatique ?

Les historiens sont nombreux à se pencher sur la chute des civilisations, et à passer cette question éternelle à la lumière des interrogations les plus contemporaines, la question écologique en tête.

La civilisation que nous connaissons va-t-elle s’effondrer dans les années à venir ? Pour 65 % des Français et 52 % des Américains, la réponse est positive, à en croire une enquête menée par l’Ifop pour la Fondation Jean Jaurès en 2020. Une telle poussée de collapsologie ne pouvait passer sans réveiller la question préférée des historiens : de quoi meurent les sociétés humaines ? Depuis Edward Gibbon et son Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, les hommes de lettres sont nombreux à s’être frottés à cette épineuse question et à avoir subodoré, comme Paul Valéry , que « nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Cette tendance à gloser sur les ruines ne s’est pas estompée les années passant, et elle connaît un rebond ces derniers temps. Avec une nouveauté notable : l’arrivée du changement climatique dans l’équation de la destruction.

Après le livre remarqué de Kyle Harper expliquant la chute de Rome par des variables climatiques [note du carnet: le temps froid!], Comment l’Empire romain s’est effondré, traduit en 2019 à La Découverte, le même éditeur publie La Survie des civilisations, dans lequel Eric Cline s’interroge sur le devenir des sociétés antiques après l’effondrement du XIIe siècle av. J.-C. Le sinologue canadien Timothy Brook s’est prêté au même exercice… à l’époque de la Chine des Ming. Il fait paraître Le Prix de l’effondrement (Payot), livre qui suggère que l’affaiblissement de la dynastie chinoise entre le XVe et le XVIIe siècle s’expliquerait par les mauvaises conditions météorologiques du petit âge glaciaire.

Assez pour dessiner une tendance ? « Il y a incontestablement un effet de mode », reconnaît Stéphane Ratti, professeur émérite d’histoire de l’Antiquité tardive à l’université de Bourgogne-Franche-Comté, pour qui ces publications sont « nourries par le catastrophisme et le déclinisme ambiant ». Les auteurs de ces travaux assument d’ailleurs l’influence de l’air du temps sur leurs préoccupations universitaires. Timothy Brook, 73 ans, précise qu’il n’est pas historien du climat. S’il adopte une perspective environnementale seulement maintenant, c’est parce que « ce n’était pas très à la mode au moment où (il a) commencé (ses) études ». Kyle Harper, lui, fait volontiers des allusions au roman de John Steinbeck, Les Raisins de la colère, pour comparer les conditions climatiques de la Rome antique et la sécheresse qui frappa son Oklahoma natal. Depuis cet État américain, où il enseigne toujours, le professeur de lettres classiques a proposé une nouvelle lecture de la chute de Rome dans laquelle les microbes, les températures et les volcans disputent à Marc Aurèle et Attila la destinée de l’Empire d’Occident.

Optimum climatique


Sa thèse repose sur l’idée que l’Empire romain aurait prospéré « à un moment particulier de l’histoire du climat connu sous le nom d’Holocène » et aurait joui d’un « optimum climatique », « une phase de chaud, humide et invariable dans la plus grande partie du cœur méditerranéen de l’Empire », particulièrement propice au développement de l’agriculture. Cet optimum aurait duré de 200 av. J.-C. à l’an 150 de notre ère environ, avant de céder la place à une phase de transition puis au « petit âge de glace de l’Antiquité tardive » à partir de l’an 450. Rome est mise à sac par les barbares en 410, et le dernier empereur abdique en 476. Les dates collent à peu près. Harper avance aussi que, en s’étendant jusqu’aux confins du monde connu, l’Empire romain aurait « conspiré de manière involontaire avec la nature » et « créé une écologie des maladies qui a permis le déchaînement de la puissance latente de l’évolution des agents pathogènes ». La peste antonine au IIe siècle et la peste de Cyprien au IIIe en attestent.

Est-ce suffisant pour conclure à un affaiblissement irrémédiable de l’Empire romain d’Orient quand d’autres civilisations ont survécu à des pandémies semblables ? Il est permis d’en douter, selon Stéphane Ratti, qui signe une critique vigoureuse de la thèse de Harper dans le dernier numéro de Commentaire. Il reproche notamment à son collègue américain une chronologie trop floue : « L’auteur passe allègrement du IIe au VIIe siècle puis du VIe  au IVe sans sourciller. » Et sa lecture des sources serait approximative, voire fallacieuse, poursuit le professeur émérite, qui pointe de multiples déformations dans les traductions et l’utilisation comme sources « objectives » d’écrits pamphlétaires et polémiques de l’Antiquité.

Les explications environnementalistes de la fin des mondes ne plaisent pas à tout le monde. Certains, comme Stéphane Ratti, veulent y voir une conséquence des idéologies en vogue à l’université : « Aujourd’hui, on obtient plus facilement des financements, des postes et l’on fait plus rapidement carrière, si l’on choisit les thèmes porteurs idéologiquement et conformes à la doxa », confie-t-il au Figaro . Problème selon lui : « De ce type de recherche, on connaît d’avance la réponse, donnée dès la question, dans le sujet même ». Et le postulat de départ pourrait parfois pousser à écarter les faits qui ne corroborent pas ces thèses «suspectes ou exagérées, dramatisées à l’excès ».

Soucieux d’éviter l’écueil de l’explication monocausale, l’historien Eric Cline fait preuve de davantage de prudence quand il explique la disparition des civilisations de l’âge du bronze en 1177 av. J.-C. dans La Survie des civilisations : « Parmi les facteurs ou les causes possibles (…) figuraient le changement climatique, la sécheresse, la famine, les tremblements de terre, les envahisseurs et les maladies. Ma conclusion (est) qu’aucune de ces causes prises isolément n’aurait été suffisamment cataclysmique pour entraîner la disparition ne serait-ce que d’une des civilisations de l’époque dans la région ». L’archéologue se prête tout de même au jeu de lire ses recherches à la lumière des rapports du GIEC et à saupoudrer son travail d’analyses sur la « résilience » des civilisations hittite et mycénienne. Mais pour lui il est moins question de faire primer l’explication environnementale que de faire résonner les effondrements passés avec les difficultés d’aujourd’hui.

Car ces livres d’histoire écrits au présent se donnent aussi pour mission d’éclairer nos temps troubles. Et ils rencontrent leur public. Après la parution d’un premier ouvrage consacré au sujet, 1177 av. J.-C., le jour où la civilisation s’est effondrée (La Découverte), beaucoup de lecteurs et d’internautes ont interpellé Eric Cline ; ils lui ont écrit des courriels ou l’ont pris à partie sur 𝕏 (ex-Twitter) et Facebook. « Ils voulaient savoir ce qui s’était passé après l’effondrement », confie-t-il au Figaro. Aux questions actuelles, il tente de répondre avec ses instruments. Et l’historien érige volontiers en modèles les Phéniciens et les Chypriotes, seuls à avoir su se relever, et même tirer profit de la catastrophe du XIIe siècle avant notre ère ; les uns en diffusant l’alphabet et en s’emparant des routes maritimes laissées à l’abandon, les autres en développant la production d’objets en fer. D’autres s’en sont moins bien tirés : « Si nous ne faisons rien, nous risquons de disparaître, comme les Hittites et les Mycéniens », confie-t-il, avec l’enthousiasme du chercheur et l’inquiétude de l’homme du XXIe siècle.

Tempêtes et famines

La Chine des Ming recèle-t-elle autant d’éclairages pour notre époque ? C’est ce que veut croire Timothy Brook, historien canadien spécialiste de la Chine. Son livre Le Prix de l’effondrement explique « comment le changement climatique a entraîné l’effondrement d’un des plus puissants empires de l’histoire ». Carnets de comptes et récits de l’époque à l’appui, le sinologue décrit les oscillations climatiques qui ont frappé la Chine entre 1544 et 1638, voyant se succéder des tempêtes détruisant les champs, des inondations noyant les rizières puis des pics de sécheresse, dont le dernier a duré sept ans. Quand les Mandchous attaquent la Chine et font chuter la dynastie des Ming en 1644, ils ne se battent que contre un peuple affaibli, affamé, et un État au bord de la faillite. « L’ampleur de la détérioration climatique rendit la chute de la dynastie tout aussi irréversible qu’aurait pu l’imaginer un conte moral », conclut l’auteur. En somme, si les envahisseurs ne poussent pas au soleil, les derniers Ming n’auraient rien pu faire pour enrayer le déclin face aux récoltes désastreuses, à l’inflation du prix du riz et aux greniers vides.

Quand on déplace la focale des batailles et des intrigues de cour aux cycles de la planète, l’homme se retrouve ainsi chassé de l’histoire. Il ne serait plus qu’un pion soumis au bon vouloir des nuages ; et la politique, une gestion du provisoire jusqu’à la prochaine averse. Au XVe siècle, les renoncements des dirigeants chinois ne furent pourtant pas pour rien dans l’affaiblissement de leur empire, nous explique Timothy Brook : les greniers gouvernementaux, censés fournir une réserve de grains en cas de crise, sont progressivement délaissés, trop coûteux à entretenir. Ces calculs de court terme fragilisent durablement la Chine et la rendent incapable de faire face aux sécheresses inédites du XVIIe siècle. Celles-ci, dépassant par leur ampleur toutes les précédentes, n’auraient jamais pu être anticipées, observe le sinologue.

Constat d’une impuissance fatale de l’homme qui résonne étrangement à une époque où l’on parle précisément de dérèglement climatique généré par l’activité humaine. En se dirigeant vers ces ouvrages en quête de réponses pour demain, on ressortira avec la certitude de Pierre Chaunu : « Les historiens ne prévoient à coup sûr que le passé. »

Source : Le Figaro

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mardi 5 novembre 2024

Trudeau et ses panneaux solaires dans le Grand Nord...


Le territoire de la première nation Déné Sayisi installée dans la région de Churchill et du lac Tadoule, dans le nord du Manitoba, semble être un endroit peu propice à l'installation d'une ferme solaire. Le nombre d'heures d'ensoleillement y est inférieur de moitié à celui d'un endroit comme l'Arizona. Les panneaux solaires qui y seront installés produiront moins de la moitié de l'électricité. Pourtant, le gouvernement canadien a engagé 300 millions de dollars canadiens (200 millions d'euros) pour pointer des panneaux vers le ciel gris et subarctique, non seulement au Manitoba, mais aussi dans tout le nord enténébré du pays.

L'idée est de réduire la quantité de diesel brûlée pour le chauffage et l'électricité. Ce carburant doit être acheminé par avion, par bateau via la baie d'Hudson ou par camion sur des lacs et des rivières gelés pendant l'hiver. En conséquence, l'électricité peut coûter dix fois plus cher que dans les villes du sud. En 2019, Justin Trudeau, le Premier ministre, a promis de mettre fin à l'utilisation du diesel d'ici à 2030.

La réduction des émissions est un objectif. Mais les panneaux solaires de M. Trudeau font également partie de la présumée réconciliation avec les populations autochtones. Les communautés du Nord sont censées bénéficier de nouveaux emplois bien rémunérés, d'une indépendance énergétique et d'un air dépourvu d'émanations diesel désagréables. » Nous devons transformer la culpabilité qui nous habite en action. Des actions pour la réconciliation », a déclaré le gouvernement Trudeau en 2021.

« Des mesures pour lutter contre le changement climatique ».

Ainsi, depuis 2016, le gouvernement fédéral finance la formation d'entrepreneurs autochtones à la gestion de projets d'énergie renouvelable, dans l'espoir qu'ils puissent rapprocher le gouvernement et les communautés hésitantes. Darrell Brown, lui-même d'origine crie, a lancé Kisik Clean Energy après avoir été l'une des premières personnes à recevoir une formation. Son premier projet s'est bien déroulé. Lui et son équipe ont installé des panneaux solaires dans la Première nation de Gull Bay, dans le nord de l'Ontario, ce qui a permis de réduire d'un quart la consommation annuelle de diesel (environ 110 000 litres).

D'autres ont suivi les traces de M. Brown. Le nombre de projets d'énergie renouvelable dans les communautés nordiques non raccordées au réseau a doublé entre 2015 et 2020. Mais la dépendance au diesel est restée élevée. Quelque 682 millions de litres ont été brûlés en 2020, selon l'Institut Pembina, un groupe de réflexion.

Le deuxième projet de M. Brown ne se déroule pas aussi facilement. Le chef actuel des Dénés Sayisi s'est montré réticent à le soutenir. Cela s'explique en partie par le fait que M. Brown est financé par le même ministère fédéral qui a brutalement déplacé les Dénés Sayisi en 1956 de Little Duck Lake à Churchill, ce qui aurait entraîné la mort d'un tiers de leurs membres. L'accès à la communauté est délicat et sporadique, souvent suspendu lorsque les dirigeants sont confrontés à des surdoses de drogue.

À l'origine, le projet des Dénés Sayisiprévoyait des éoliennes, une technologie énergétique mieux adaptée aux endroits sombres. Mais les turbines ont été rejetées par crainte qu'elles n'effraient les caribous. Un micro-réseau reposant uniquement sur des batteries et des panneaux solaires permettra de réduire de 20 à 25 % la consommation de diesel des Dénés Sayisi pour produire de l'électricité, mais à un coût estimé à 20 millions de dollars canadiens. Il est difficile d'établir le bien-fondé financier de ce projet. M. Brown poursuit.

Les niveaux de pauvreté qui existent dans le nord du Canada font de la transition énergétique que M. Trudeau souhaite mettre en œuvre un défi politique. Le gouvernement dépense de l'argent pour fournir de l'énergie propre à des personnes qui n'ont pas les moyens de se nourrir, note Ranjan Datta, de l'université Mount Royal, en Alberta, ou qui luttent contre des toxicomanies sans bénéficier d'un soutien suffisant en matière de santé mentale. Le coût de la vie, et non les émissions qui y sont associées, est la principale préoccupation de la plupart des gens.

Comme beaucoup de politiques climatiques de M. Trudeau, celle-ci semblait meilleure sur le papier que dans la pratique. On brûle moins de diesel qu'on ne l'aurait fait autrement. Mais l'élimination de la combustion dans les systèmes énergétiques du Nord reste hors de portée. En attendant, la culpabilité de M. Trudeau semble avoir été transférée sur les épaules d'entrepreneurs comme M. Brown, qui ont été laissés à eux-mêmes pour installer des panneaux solaires dans l'obscurité.

Source : The Economist