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mardi 24 février 2026

Homophobie et transphobie en hausse dans les écoles québécoises

Une étude présentée récemment au Québec indiquerait une augmentation des propos et comportements sexistes, homophobes et transphobes dans les écoles primaires et secondaires. Les témoignages recueillis auprès d’enseignants et d’intervenants évoquent des situations allant du sexisme ordinaire aux graffitis haineux, en passant par des attaques collectives ou des gestes symboliques extrêmes comme des saluts nazis.

L’enquête, menée auprès de plus d’une centaine d’acteurs scolaires provenant d’environ deux cents établissements publics dans plusieurs régions du Québec, conclut que ces comportements sont devenus plus fréquents et plus assumés qu’auparavant, même s’ils restent le fait d’une minorité d’élèves.

Les manifestations les plus visibles et agressives sont majoritairement le fait de garçons (des sportifs), et leurs effets sur le climat scolaire peuvent être importants, allant jusqu’à créer un sentiment d’insécurité chez certains élèves et enseignants.  Selon le chercheur en anti-féminisme à l’origine de l’étude, Francis Dupuis-Déri, le hockey scolaire serait un vecteur de cette culture d’intolérance.

Les responsables de l’étude affirment également que ce phénomène apparaît dans des écoles aux profils très variés et prétendent qu’il ne peut être attribué simplement à l’origine sociale, culturelle ou religieuse des élèves. L'étude du politologue Francis Dupuis-Déri n’est pas construite comme une enquête sociologique avec des échantillons représentatifs, des variables socio‑démographiques (religion, origine, milieu social) ou des analyses statistiques croisées,  elle est une simple synthèse de témoignages professionnels. Il ne s'agit pas une enquête sociologique rigoureuse permettant de dire « X % des comportements viennent de tel groupe religieux, culturel ou social ». On ne peut donc pas déduire scientifiquement de ce rapport que la religion, la culture ou le niveau social ne joue aucun rôle — simplement parce qu’il n’a pas été conçu pour mesurer cela.

Endoctrinement ?

Le rapport du politologue de gauche Francis Dupuis-Déri propose notamment de multiplier les drapeaux LGBT dans les écoles québécoises, une suggestion que d'aucuns trouvent proche de l’endoctrinement.

Dans une entrevue accordée au quotidien français Le Monde, publiée le 19 février dernier, Francs Dupuis-Déri souligne que la remise en cause croissante par les garçons de l’égalité femmes-hommes, à la maison comme à l’école, est liée à la large diffusion de l’idéologie masculiniste d’extrême droite.

Selon l'UQAM les filles seraient «féministes» plus jeunes que leurs mères ou leurs grands-mères. Avant, elles le devenaient à 19 ou 20 ans. Elles le seraient aujourd’hui à 13-14 ans, dès l'école ce qui n'est peut-être pas un hasard. 

Le controversé Dupuis-Déri avait reçu une subvention d'un montant de 21 495 $ du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (fédéral) fin 2024 pour son projet de recherche intitulé Enseigner dans des écoles face à la misogynie, l'antiféminisme, l'homophobie et la transphobie.

Exemples de comportements soulignés dans le rapport 

Des garçons qui refusent de travailler ou pratiquer un sport avec des filles

Des garçons qui traitent les filles de « salopes » et de « putes »

Un élève qui dit à son enseignante que sa place, « c’est à la cuisine »

Des élèves qui se lancent le défi « Si tu fais ça, t’es gai »

Des élèves qui demandent de sortir de la classe lorsqu’il est question d’éducation à la sexualité

Des élèves qui se filment en piétinant ou en brûlant des drapeaux de la communauté LGBTQ+ (vidéo)

Des garçons qui pratiquent le salut nazi dans des écoles d’un peu partout au Québec (y compris au primaire)

Une hausse reconnue, mais encore mal expliquée publiquement

Le point frappant est que l’étude elle-même propose peu d’explications tranchées. Les acteurs du milieu évoquent surtout un contexte social plus large, notamment l’influence croissante des réseaux sociaux et des discours polarisés auxquels les jeunes sont exposés.

D’autres travaux québécois évoquent toutefois un phénomène connexe : la diffusion d’attitudes masculinistes ou antiféministes chez certains jeunes, phénomène discuté depuis quelques années dans le milieu scolaire et universitaire.

Autrement dit, la hausse constatée pourrait refléter des transformations culturelles plus profondes plutôt qu’un simple problème disciplinaire à l’école.

Plusieurs pistes possibles — au-delà du silence prudent des rapports

Dans le débat public, plusieurs hypothèses sont évoquées, parfois avec prudence, parfois avec réticence.

1) L’effet des réseaux sociaux et des sous-cultures numériques

De nombreux enseignants soulignent que les élèves sont aujourd’hui exposés très tôt à des contenus polarisés, parfois misogynes ou hostiles aux minorités sexuelles. Ces discours circulent rapidement et peuvent donner l’impression qu’ils sont plus répandus qu’ils ne le sont réellement.

2) Une réaction identitaire chez certains garçons

Le fait que les comportements les plus visibles soient majoritairement masculins n’est pas anodin. Plusieurs chercheurs observent une forme de réaction ou de crispation identitaire face aux transformations rapides des normes sociales autour du genre et de la sexualité.

3) Le retour de références idéologiques radicalisées

Certains observateurs notent aussi la banalisation de symboles ou de provocations politiques extrêmes chez des adolescents, souvent davantage comme geste de transgression que par adhésion réfléchie — mais avec des effets bien réels sur les victimes.

4) La question religieuse : une hypothèse sensible mais parfois évoquée

Dans certaines recherches menées par des organismes de lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, il a été observé que les convictions religieuses fortes peuvent parfois être associées à des attitudes plus négatives envers l’homosexualité.

Cela ne signifie évidemment pas que la religion explique l’ensemble du phénomène — ni même qu’elle en constitue le facteur principal — mais elle peut jouer un rôle dans certains milieux ou groupes d’élèves.

5) Lié à cette question religieuse, la composition ethnique de la population scolaire

Depuis trente ans, la population scolaire québécoise a changé de manière significative. La part d’élèves issus de l’immigration est passée d’environ 14 % à plus de 35 % aujourd’hui, avec une concentration encore plus forte à Montréal et Laval. Mais ce qui importe ici n’est pas le fait qu’ils soient nés au Québec : ce sont les valeurs et références culturelles transmises par leurs familles qui comptent.

La composition de l’immigration a aussi évolué : moins européenne ou asiatique chrétienne (Vietnam, Liban, Europe de l’Ouest), plus maghrébine, africaine francophone et moyen-orientale. Dans ces milieux, la religion reste souvent un repère central, et certaines attitudes conservatrices sur le genre et la sexualité sont transmises dès l’enfance. Plusieurs études québécoises, dont celles du GRIS, montrent que la religiosité peut être corrélée à des réactions plus hostiles envers l’homosexualité et les identités transgenres.

Cette transformation démographique et culturelle coïncide avec la hausse constatée de propos misogynes, homophobes et transphobes dans certaines écoles. Le phénomène se manifeste surtout dans des écoles où la diversité culturelle et religieuse est très élevée, et il est amplifié par la dynamique adolescente et l’influence des réseaux sociaux.

Autrement dit, le climat scolaire est affecté par un mélange de facteurs : changement des populations, valeurs conservatrices plus présentes, et exposition à des discours polarisants. Le fait que ces élèves soient nés au Québec ne change rien : ce sont les normes et références familiales et communautaires qui influencent leur comportement et leur vision sociale.

Voir aussi 

Une enquête de deux ans menée par la chaîne publique australienne révèle qu’à Sydney, des adolescentes et adolescents gay ou bisexuels ont été attirés par des profils en ligne puis sauvagement agressés, certains épisodes étant filmés et diffusés par leurs assaillants. Ces attaques, survenues entre 2023 et 2025, impliqueraient des jeunes radicalisés liés à un réseau islamiste s’inspirant de l’État islamique, le même qui serait derrière la tuerie de Bondi Beach en décembre dernier, selon les autorités et des vidéos judiciaires. Des victimes de 14 à 17 ans ont décrit des scènes violentes où des groupes les traînaient au sol, les frappaient et proféraient des injures homophobes, alors que des enquêtes policières ont permis des arrestations et des condamnations dans plusieurs cas. Les responsables de l’enquête soulignent que ces crimes, souvent liés à des appels à la violence contre les personnes LGBTQIA+, exposent particulièrement cette communauté à des risques extrêmes et appellent à une réponse plus large pour protéger les personnes ciblées. (Encore des joueurs de hockey sur glace australiens, à n'en pas douter...)

samedi 14 février 2026

Les jeunes prêtres américains beaucoup plus opposés au mariage homosexuel que leurs aînés

Un graphique partagé par le sociologue des religions Ryan Burge met en lumière une évolution frappante au sein du clergé catholique américain. 

La question posée aux prêtres est la suivante : « Si l’Église catholique l’autorisait, célébreriez-vous le mariage d’un couple de même sexe ? » 

Les réponses, ventilées par génération (décennie de naissance), révèlent un contraste générationnel très marqué.

Parmi les prêtres les plus âgés (nés avant 1950), 61 % penchent vers un « oui » (ils diraient probablement ou définitivement oui). À l’inverse, chez les prêtres nés en 1970 ou après (donc majoritairement ordonnés après 2000), ce chiffre chute à seulement 19 %. Autrement dit, plus de 80 % des jeunes prêtres se montrent fermement opposés, même dans un scénario hypothétique où Rome changerait sa doctrine.

Cette tendance confirme un phénomène observé depuis plusieurs années dans les enquêtes sur le clergé catholique aux États-Unis : les ordinations récentes attirent majoritairement des profils théologiquement conservateurs, attachés à l’enseignement traditionnel sur la morale sexuelle, le sacerdoce réservé aux hommes, ou encore la liturgie.

Les prêtres plus âgés, formés dans le contexte post-Vatican II des années 1960-1980, affichent souvent un manque de rigueur ou un plus grand dissensus personnel sur ces questions. À moyen terme, cela signifie que le clergé américain deviendra progressivement beaucoup plus homogène et orthodoxe sur ces sujets sociétaux. Alors que certains fidèles (surtout parmi les plus âgés ou les plus libéraux) espèrent une ouverture progressive, la base sacerdotale tire clairement dans l’autre sens.

Source de l’étude

Ces données proviennent du National Survey of Religious Leaders (NSRL), une grande enquête menée par Duke University et accessible via l’Association of Religion Data Archives (ARDA). Ryan Burge les a analysées et visualisées dans son article « A House Divided: Clergy, Conscience, and Same-Sex Marriage » publié le 20 février 2025.




vendredi 30 janvier 2026

Au Danemark, la droite conservatrice freinée à cause des visées de Trump sur le Groenland

Il y a un an, à la veille de la seconde investiture de Donald Trump à la présidence des États-Unis, Morten Messerschmidt, dirigeant du Parti du peuple danois (Dansk Folkeparti), s’affichait à Mar-a-Lago (voir photo ci-contre), la résidence floridienne du président élu. Sur les réseaux sociaux, il publiait des images enthousiastes de lui, proclamant notamment : « Le wokisme est mort ».;

Auprès d’un média danois, il alla jusqu’à déclarer : « Ensemble, nous rendrons sa grandeur à l’Occident », adptant le slogan Make America Great Again. Ses opposants ne tardèrent pas à le surnommer « Maga Morten ».

Ces images, que la mémoire numérique conserve intactes, embarrassent aujourd’hui son parti. Comme une large part de la société danoise — historiquement très favorable aux États-Unis — le Parti du peuple danois a opéré un net revirement à l’égard de Washington, depuis que Donald Trump a ravivé l’hypothèse d’un contrôle américain sur le Groenland, territoire autonome qui représente près de 98 % de la superficie du Royaume du Danemark. Le Parti du peuple va même plus loin que la plupart des formations politiques : il est le seul à dénoncer ouvertement ce qu’il juge être l’excessive mansuétude diplomatique du gouvernement de coalition dans sa tentative de rétablir des relations apaisées avec les États-Unis.

Un entourage idéologique conservateur

À l’approche des élections législatives prévues en octobre, les adversaires du parti se sont emparés de cette séquence pour souligner ce qu’ils présentent comme une contradiction politique. « C’est une calomnie », a réagi Morten Messerschmidt le 18 janvier sur Facebook. Dans les couloirs du Parlement danois, Alex Ahrendtsen, responsable des affaires européennes du parti, évoque quant à lui « une opération de diffamation ». Il affirme que le déplacement de Messerschmidt s’inscrivait dans le cadre d’une invitation émanant d’une organisation israélienne, à l’occasion d’un rassemblement organisé par la Heritage Foundation, un puissant cercle de réflexion conservateur très influent aux États-Unis.

« Cet élément est exact », confirme le commentateur politique Noa Redington. Il rappelle toutefois que, si le Parti du peuple danois entretient des relations cordiales avec la droite israélienne au pouvoir, notamment le Likoud de Benyamin Netanyahou, Morten Messerschmidt ne dispose pas de liens personnels établis avec Donald Trump ni avec les principales figures de la mouvance Maga. Les convergences idéologiques existent néanmoins : euroscepticisme affirmé, défense de la souveraineté nationale, valorisation des traditions culturelles, et opposition résolue à l’immigration et à ce que ces partis désignent comme l’idéologie « woke ».

Messerschmidt s’est longtemps réclamé de l’exemple de Nigel Farage, qu’il admirait pour son rôle dans le Brexit. Selon plusieurs observateurs de la vie politique danoise, il n’a jamais dissimulé son intérêt pour les réseaux populistes et conservateurs transnationaux, même s’il est resté en marge de leurs cercles les plus structurés.

Lors de son séjour en Floride, le dirigeant danois n’est d’ailleurs pas parvenu à obtenir d’entretien direct avec Donald Trump, alors même que ce dernier avait déjà évoqué publiquement son intérêt pour le Groenland. Selon des informations de presse américaine, toute rencontre formelle lui aurait été refusée. « À ma connaissance, il a surtout arpenté le complexe de Mar-a-Lago en multipliant les photos », raconte Noa Redington. « L’idée qu’un chef de parti d’une formation marginale, issue d’un petit pays nordique, puisse négocier seul avec le président américain relevait d’une certaine illusion politique. »

Un retournement coûteux

Alex Ahrendtsen récuse toute fascination pour Donald Trump. « Il ne s’agit pas d’être pro- ou anti-Trump, explique-t-il. Depuis des années, nous alertons sur la dépendance stratégique du Danemark vis-à-vis des États-Unis. Aujourd’hui, le gouvernement tente de masquer ses propres erreurs en nous accusant d’inconstance. » Une lecture que conteste Noa Redington : « Je n’ai pas souvenir que le Parti du peuple danois ait porté ce discours avant 2025. Jusqu’à récemment, ce type de mise en garde provenait plutôt de la gauche radicale. »

Quoi qu’il en soit, ces épisodes ont laissé des traces. Là où les images ensoleillées de Mar-a-Lago n’avaient guère choqué, dans un pays longtemps très proaméricain — et avaient même coïncidé avec une progression dans les sondages —, le contexte a radicalement changé. Face à Donald Trump, l’essentiel de la classe politique danoise affiche désormais une rare unité. Le Parti du peuple danois, lui, se retrouve isolé et en recul dans l’opinion.

Source (adaptée) : Le Figaro

dimanche 11 janvier 2026

États-Unis — mouvement en plein essor remplace pédagogie progressiste par une axée sur les vertus « classiques »

Un mouvement en pleine expansion vise à remplacer la pédagogie progressiste par un enseignement axé sur les vertus citoyennes intemporelles.

Un nombre croissant d'écoles privées (subventionnée ou non) rejettent l'éducation progressiste au profit d'un enseignement traditionnel axé sur le savoir, la vertu et la liberté.

Je suis arrivé à la Founders Classical Academy de Lewisville, au Texas, en septembre 2023, et je me suis rendu au gymnase de l'école primaire, où les élèves de la maternelle à la cinquième année se réunissent chaque matin. Habituellement, les enfants d'une même classe récitent un poème qu'ils ont mémorisé. Aujourd'hui, c'était le Patriot Day, un jour férié dans l'État, et les élèves de quatrième année ont récité le préambule de la Constitution, depuis « Nous, peuple des États-Unis » jusqu'à « ordonnons et établissons cette Constitution pour les États-Unis d'Amérique ». J'étais assis dans les gradins avec les élèves de troisième année, et nous avons tous applaudi.

Créée en 2012 dans cette banlieue de Dallas, Founders est la plus ancienne d'un réseau de 23 écoles « classiques », principalement situées au Texas et en Arkansas. Le réseau Founders est une constellation parmi une galaxie en expansion d'environ 275 écoles classiques à charte à travers le pays. Si l'on inclut les écoles privées catholiques et protestantes qui se qualifient de classiques, environ 250 000 élèves fréquentent aujourd'hui ce type d'établissements.

En dehors de la « Ceinture du soleil » du Sud des États-Unis, ce mouvement est peu connu, bien qu'il s'agisse de l'une des réformes scolaires les plus dynamiques du pays. Ce mouvement d'éducation dite classique est un phénomène largement répandu dans les États républicains. Pour les critiques libéraux, ces écoles représentent le début d'une guerre culturelle. Un rapport publié en 2023 par le Network for Public Education, un groupe de défense, décrit les termes « classique » et « traditionnel » comme des « slogans destinés à attirer les familles conservatrices ayant une identité nationaliste chrétienne et désireuses de placer leurs enfants dans des écoles qui reflètent les valeurs, la pédagogie et les programmes scolaires du début et du milieu du XXe siècle ».

Le directeur de Founders, Jason Caros, rejette l'accusation de « nationalisme chrétien », mais soutient que ces valeurs traditionnelles, cette pédagogie et ce programme scolaire ont beaucoup à offrir. Caros et son équipe enseignante se sont engagés dans ce qu'ils considèrent comme un projet contre-culturel, allant à contre-courant d'une culture progressiste et utilitariste qui, selon eux, offre trop peu aux enfants et leur en demande trop peu. La devise latine de l'école est « Scientia Virtus et Libertas », ou « Connaissance, vertu et liberté ». Founders ne propose pas de cours d'éducation civique ; la raison d'être même de l'école est civique.

Un matin, j'ai assisté au cours d'anglais de Daniel Bishop, en sixième année (élèves de 11/12 ans). Une arche en contreplaqué portant les mots « Caius César : se préparer au triomphe » avait été fixée à la porte ; les enfants se préparaient pour le spectacle romain annuel.

Il y a eu une brève discussion sur les toges et autres accessoires romains. Puis M. Bishop est passé aux choses sérieuses, demandant aux enfants de se lever et de réciter le célèbre Sonnet 65 de Shakespeare, celui qui commence par « Puisque ni l’airain, ni la pierre, ni la terre, ni la mer sans borne n’échappent à la puissance du funèbre destructeur, comment la beauté se défendra-t-elle contre cette fureur, elle qui n’a pas plus de force qu’une fleur ? » Ils s'exécutèrent, sans faute. Bishop m'a dit plus tard qu'il avait aidé les enfants à analyser les phrases difficiles et les images.

Puis vint le moment de l'« oratio », la présentation orale. La classe lisait « Le Comte de Monte-Cristo ». Une fille se porta volontaire pour se lever et résumer le chapitre. Lorsqu'elle en arriva aux thèmes principaux, elle parla de la « fausse identité », c'est-à-dire des personnes qui se présentent sous une fausse identité. Bishop a souligné que le comte Morcerf avait un nom étrange, qui pouvait être traduit par « cerf mort ». Il a demandé : « Y a-t-il des cerfs morts importants dans la mythologie ? »

Actéon dévoré par ses chiens
Toute la classe semblait connaître l'histoire d'Artémis, qui avait transformé Actéon en cerf et l'avait laissé se faire déchiqueter par ses chiens de chasse. On avait là le modèle des Fondateurs en miniature : connaissances classiques, vérité et beauté, mémorisation et prise de parole en public. L'ambiance était enthousiaste.

Mes conversations avec les enseignants de Founders revenaient sans cesse sur la différence entre l'éthique classique et « progressiste » dans l'éducation. Ils n'utilisaient pas ce mot dans son sens politique conventionnel. Personne n'a jamais prononcé les mots « théorie critique de la race », « woke » ou même « Joe Biden ». Ils pensaient sans doute à ces choses dans leur vie privée, mais en tant qu'enseignants classiques, leurs préoccupations étaient ailleurs. Ils s'opposaient plutôt à l'orientation de l'enseignement conventionnel, qu'ils utilisaient de manière interchangeable avec le « progressisme », vers le marché et vers la « préparation à l'université ».

Caros m'a raconté avec une véritable horreur une histoire qu'il avait récemment entendue au sujet d'une école où les enseignants de chaque niveau se réunissaient chaque semaine pour examiner les résultats des tests des élèves, puis élaborer des plans individualisés. Cette pratique serait considérée comme une pédagogie de pointe dans de nombreuses écoles. La réaction de Caros avait été : « On ne peut pas avoir une école comme ça et enseigner de beaux contenus. »

En fait, John Dewey et d'autres fondateurs du mouvement de l'éducation progressiste au début du XXe siècle étaient profondément anti-utilitaristes. Dewey considérait l'orientation professionnelle de l'éducation comme profondément antidémocratique, car elle limitait le véritable développement intellectuel à l'élite universitaire. Mais il est vrai que, pour l'éducation progressiste, l'école commence par l'enfant, ses intérêts et le développement de ses facultés, et non par la matière enseignée et la nature intrinsèque de celle-ci. L'idéal libéral est le développement individuel : l'éducation permettrait selon cette théorie à chacun d'entre nous de devenir, non pas le citoyen idéal, mais celui que nous souhaitons être.

Ce qui rend l'éducation classique fondamentalement différente, c'est qu'elle ne considère pas l'autonomie individuelle comme le bien suprême. Elle croit plutôt en ce qu'Aristote appelait εὐδαιμονία (« eudaimonia »), un mot généralement traduit par « bonheur » ou « épanouissement humain ». L'éducation est en fin de compte une forme d'entraînement — avant tout à la raison — qui rend possible une vie bonne. Dans La Politique, Aristote écrit : « Il existe un certain type d'éducation que les enfants doivent recevoir, non pas parce qu'elle est utile ou nécessaire, mais parce qu'elle est noble/belle [καλήν] et convient à une personne libre [ἐλευθέρion]. » [Καλήν = accusatif féminin, ici donc belle/noble/honorable tant au sens moral qu'esthétique.] [C'est un des textes fondamentaux en faveur de l'éducation libérale, dans le sens de celle de l'homme libre. Un texte séminal de la tradition occidentale sur la culture générale désintéressée par rapport à la formation professionnelle et utilitaire.]

L'école de Lewisville a une population sélectionnée. Bien que, comme la plupart des écoles à charte [subventionnée donc], elle sélectionne ses élèves par tirage au sort, ceux qui la fréquentent sont ceux dont les parents ont souhaité qu'ils y aillent. Dallas est l'une des grandes villes les plus conservatrices des États-Unis ; l'école attire des familles conservatrices et religieuses pratiquantes. Mais les enfants ne sont pas privilégiés. Le revenu médian est légèrement inférieur à la moyenne américaine de 74 000 dollars ; 45 % des 935 enfants de Founders sont blancs, 22 % sont asiatiques, 20 % sont hispaniques et 7 % sont noirs.

Le traditionalisme, la rigueur et la discipline des écoles classiques, qui constituent un rempart contre la culture populaire et celle des pairs, séduisent de nombreux nouveaux arrivants aux États-Unis. À mesure que la réputation de l'école s'est répandue, les familles immigrées ont été de plus en plus nombreuses à y inscrire leurs enfants, de sorte que les classes des niveaux inférieurs sont beaucoup plus diversifiées que celles de l'école secondaire. Cela reflète une tendance plus large : une étude réalisée en 2023 a révélé que si les inscriptions dans les écoles classiques à charte du Texas avaient été multipliées par sept au cours de la décennie précédente, la croissance parmi les élèves asiatiques-américains et hispaniques avait largement dépassé celle des Blancs.

La culture de Lewisville Founders correspondait très bien à celle de sa communauté. Mais un élève gay, un élève transgenre, voire un enfant légèrement rebelle ou un peu bizarre, bref, toute personne peu encline à se conformer, pourrait s'y sentir malheureux. La grande diversité de la vie américaine ne peut être réduite au carcan d'un seul type d'enseignement.

Pourtant, Caros (qui occupe aujourd'hui le poste de directeur académique des Founders Classical Academies) et ses collègues ont raison de pointer les échecs de l'enseignement conventionnel. Ailleurs, les élèves de sixième ne lisent pas de romans ; on ne demande pas aux lycéens d'élever leur regard vers le beau et le vrai. Comme le dit Caros, « si nous voulons préserver nos libertés individuelles, nos libertés sociales et nous épanouir en tant que peuple, nous devons avoir des citoyens bien éduqués et vertueux ».

Cet article a été adapté par le WSJ à partir du nouveau livre de James Traub, « The Cradle of Citizenship: How Schools Can Help Save Our Democracy » (Le Berceau de la citoyenneté : comment les écoles peuvent contribuer à sauver notre démocratie), qui sera publié par W.W. Norton le 13 janvier.

samedi 27 décembre 2025

Une période optimiste pour les gens de « droite » ?


dimanche 21 décembre 2025

Chili : la recomposition de la droite

La nette victoire de José Antonio Kast à l’élection présidentielle chilienne marque un tournant politique à Santiago et s’inscrit dans un mouvement plus large de recomposition des droites en Amérique latine.

Le président chilien élu, José Antonio Kast, et son épouse, Maria Pia Adriasola, devant la cathédrale de Santiago, après avoir assisté à la messe, le 19 décembre 2025.

Costume sombre et cravate rouge, José Antonio Kast a conduit une campagne axée sur les thèmes de la sécurité, de l’immigration et du redressement économique. Son discours a trouvé un écho auprès d’une partie de l’électorat, lassée par quatre années de gouvernement progressiste marquées, selon ses critiques, par des réformes inabouties, des tensions institutionnelles et un ralentissement de l’activité économique. Ces préoccupations ont été accentuées par la hausse de la criminalité : d’après les statistiques officielles, le taux d’homicides est passé de 2,5 à 6 pour 100 000 habitants en une dizaine d’années, tandis que les enlèvements ont atteint 868 cas l’an dernier, soit une augmentation de 76 % par rapport à 2021.

Au cours de ses derniers meetings, le candidat du Parti républicain a fait de la lutte contre le crime organisé et le narcotrafic une priorité, appelant à un « gouvernement d’urgence » et à un contrôle renforcé des frontières afin de lutter contre l’immigration illégale.

Cette lecture est partagée par certains acteurs de la droite chilienne. Johannes Kaiser, fondateur du Parti national libertarien, arrivé quatrième au premier tour, attribue en partie la dégradation de la sécurité à l’arrivée massive de migrants vénézuéliens ces dernières années. Selon lui, si la majorité a fui la crise politique et économique de leur pays, des réseaux criminels transnationaux auraient également profité de cette situation, dans un contexte d’accueil jugé trop permissif par l’ancien gouvernement.

Une réaction au progressisme

Âgé de 59 ans, catholique pratiquant et père de neuf enfants, José Antonio Kast incarne une droite conservatrice sur les plans sociétal et économique. Admirateur déclaré de l’économiste Milton Friedman, il se positionne à l’opposé de Gabriel Boric, président sortant de 39 ans, élu en 2021 dans le sillage des grandes mobilisations sociales de 2019. Ces manifestations, connues sous le nom d’estallido social, avaient porté des revendications liées aux inégalités, aux droits sociaux, à l’égalité des genres et à la dénonciation des violences sexuelles.

L’élection de Gabriel Boric avait alors été perçue comme un renouveau pour une gauche latino-américaine en perte de repères depuis la disparition d’Hugo Chávez et l’évolution autoritaire du régime vénézuélien. Le Chili semblait tourner la page de la période pinochetiste pour renouer avec une mémoire plus favorable à l’héritage d’Allende.

Pour Carlos Ominami, ancien ministre de l’Économie au début des années 1990, ce cycle s’est toutefois refermé. Il estime que la gauche au pouvoir n’a pas su répondre aux attentes sociales, privilégiant des thématiques culturelles et sociétales (le « wokisme ») au détriment des enjeux économiques et populaires. Selon lui, la droite bénéficie également du soutien d’une génération plus jeune, qui n’a pas connu directement la dictature militaire.

Une victoire nette

Déjà candidat malheureux en 2022, José Antonio Kast s’est cette fois imposé avec 58 % des voix face à Jeannette Jara, candidate soutenue par le Parti communiste chilien, qui a recueilli 42 %. Ses soutiens présentent Kast comme un représentant d’une droite classique, tandis qu’ils soulignent l’ancrage idéologique de son adversaire à gauche de l’échiquier politique.

Selon Johannes Kaiser, Jeannette Jara était une candidate communiste « dans la plus pure tradition marxiste-léniniste ». « Kast est un homme de droite classique, pas un fasciste comme ils disent. En revanche, Madame Lara s’est dite du centre gauche pendant toute la campagne alors qu’il y a quelques mois encore, elle était militante active du Parti communiste chilien, soutien des régimes cubains et vénézuéliens, et entretenait de très bonnes relations avec les terroristes révolutionnaires des FARC colombiens. »

Un mouvement continental

Au-delà du Chili, cette alternance s’inscrit dans une dynamique régionale. Pour la politologue Renée Fregosi, José Antonio Kast a pris soin d’éviter toute apologie explicite de la dictature de Pinochet, se concentrant sur des thèmes contemporains. D’autres analystes, comme l’Argentin Nicolás Márquez, voient dans cette victoire un effet comparable à celui observé en Argentine avec Javier Milei, illustrant selon eux l’épuisement des modèles politiques issus du « socialisme du XXIᵉ siècle ».

Cette évolution s’accompagne d’un rapprochement de plusieurs gouvernements latino-américains avec les États-Unis, dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues avec la Chine et la Russie. Le renforcement de la coopération sécuritaire et diplomatique américaine dans la région en est l’un des signes.

Enfin, l’attribution récente du prix Nobel de la paix à l’opposante vénézuélienne María Corina Machado, en présence de plusieurs dirigeants de droite du continent, a été interprétée par ses partisans comme un symbole de cette nouvelle phase politique en Amérique latine, marquée par le retour de forces libérales et conservatrices se réclamant d’un ancrage pro-occidental.

dimanche 14 décembre 2025

Valeurs — L'écart de fécondité entre conservateurs et « progressistes » se creuse

La gauche a un problème avec la famille, voire plusieurs problèmes. Les messages progressistes qui dévalorisent, nient et déconstruisent la valeur de la vie familiale et célèbrent la vie en solo depuis quelques années laissent leur empreinte dans le cœur, l’esprit et la vie des jeunes progressistes. Après avoir été abreuvés de messages tels que « La maternité hétérosexuelle mariée en Amérique… est un jeu où personne ne gagne » (dans le New York Times), « Le divorce m’a conduit à mon bonheur éternel » (dans le Washington Post), « Les femmes qui restent célibataires et n’ont pas d’enfants s’enrichissent » (dans Bloomberg) ou « Pourquoi tant de femmes célibataires sans enfants sont-elles si heureuses ? » (dans Psychology Today), trop de jeunes adultes, en particulier les jeunes femmes de gauche, considèrent désormais que le mariage et la famille ne sont pas faits pour eux ou, du moins, ne constituent pas leur priorité absolue.

Faits saillants

  • Depuis les années 1980, les taux de nuptialité ont diminué tant chez les conservateurs que chez les progressistes. Mais cette baisse a été plus marquée chez les progressistes, tant chez les hommes que chez les femmes.
  • Au cours de la dernière décennie, un fossé s’est creusé entre les jeunes hommes et femmes conservateurs et progressistes en ce qui concerne la proportion d’entre eux qui ont eu des enfants.
  • Nous assistons aux conséquences concrètes d’un clivage idéologique où la droite privilégie le mariage et la procréation, tandis que la gauche les dévalorise, ce qui se traduit par des changements dans la fécondité et la population à travers les États-Unis.

La « mentalité Midas » de la gauche

Au contraire, les progressistes ont souvent tendance à adopter une « mentalité Midas » qui privilégie l’argent, l’éducation et, surtout, la carrière. Le travail est considéré comme la source et le summum d’une vie heureuse et pleine de sens. En revanche, l’amour, le mariage et la fondation d’une famille ne méritent pas le même dévouement. Un récent sondage NBC News a par exemple révélé que les membres de la génération Z (18-29 ans) qui ont voté pour Kamala Harris, en particulier les femmes, ont classé le mariage et la maternité presque en dernière position dans leur « définition personnelle du succès ». 

Les femmes ont plutôt accordé la priorité à « avoir un emploi ou une carrière épanouissante » (n° 1) ou « avoir assez d’argent pour faire ce que l’on veut » (n° 2). 

Le sondage NBC concorde avec d’autres enquêtes indiquant que les progressistes (peut-être faudrait-il parler de régressistes pour leurs pays ?) accordent généralement beaucoup moins d’importance au mariage, à la maternité et à la famille, tant en théorie qu’en pratique, de nos jours. 

Le scepticisme de cette gauche à l’égard du mariage et de la vie familiale ne tient pas seulement à la mentalité Midas, il trouve également son origine dans l’idée que la famille impose un fardeau excessif aux femmes. 

Pensons, par exemple, à la récente publicité de l’ONU mettant en scène l’actrice Anne Hathaway, qui dénonçait le « déséquilibre » mondial entre les femmes et les hommes en matière de tâches domestiques non rémunérées. Être libérée des contraintes familiales est donc souvent présenté comme un moyen important pour les femmes de mener une vie heureuse et épanouissante. Comme l’a récemment écrit la journaliste Glynnis MacNicol dans le New York Times, une vie sans famille ouvre souvent aux femmes d’aujourd’hui « des perspectives tout aussi satisfaisantes, voire plus satisfaisantes, ou qui mènent à une vie plus heureuse et plus épanouie ». 

Ce que la gauche est en train de perdre 

Cette analyse de l’Institute for Family Studies révèle que le mariage et la natalité sont en baisse chez les jeunes adultes à travers le pays, mais qu’ils chutent de manière spectaculaire chez les jeunes femmes et les jeunes hommes de gauche. « De plus en plus, les jeunes issus des milieux progressistes et libéraux ont du mal à se prononcer sur la question de savoir s’ils veulent ou non avoir des enfants, l’une des décisions personnelles les plus importantes qu’ils auront à prendre dans leur vie », comme l’a fait remarquer la philosophe Anastasia Berg, elle-même libérale.

En revanche, pour les jeunes hommes et femmes de droite, la famille est plus susceptible d’être considérée comme un bien pur, et le mariage et la formation d’une famille sont beaucoup plus courants. En effet, dans les années 2020, la majorité des jeunes adultes conservateurs âgés de 25 à 35 ans se sont mariés et sont devenus parents, alors que seule une minorité de jeunes adultes libéraux ont fait de même. De plus, le fossé entre la gauche et la droite en matière de fondation d’une famille semble se creuser. 

mercredi 5 novembre 2025

Les Américains pensent de plus en plus que le sexe et le genre sont déterminés à la naissance

Les données de 2025 suggèrent que la tendance américaine à croire que les hommes sont des mâles et les femmes des femelles se poursuit.


En 2017, près de la moitié des adultes américains pensaient qu'une personne pouvait être un homme ou une femme indépendamment de son sexe biologique à la naissance.

Sources : Pew, AP Norc


mardi 4 novembre 2025

La faille atlantique

Dans son nouvel essai, les Deux Occidents, Mathieu Bock-Côté brosse un tableau du gouffre qui s’est créé entre une Amérique trumpiste en pleine révolution conservatrice et une Europe devenue citadelle du progressisme diversitaire. De l’issue de ce choc frontal dépend l’avenir de notre civilisation. Texte de Laurent Dandrieu.  

Le 14 février 2025, à Munich, devant une cohorte de hauts dignitaires européens réunis pour la 61e édition de la Conférence pour la sécurité, le vice-président américain J. D. Vance a tenu un discours qui a fait l’effet, dans cette enceinte policée, d’une véritable déflagration. « La menace qui m ’inquiète le plus vis-à-vis de l’Europe n’est pas la Russie, ce n’est pas la Chine, ce n’est aucun autre acteur extérieur. Et ce qui m’inquiète, c’est la menace de l’intérieur : le recul de l’Europe sur certaines de ses valeurs les plus fondamentales, des valeurs partagées avec les États-Unis. » Et de brosser un tableau désolant, mais criant de vérité, d’une Europe où l’on peut annuler une élection présidentielle sur simples soupçons d’“ingérence étrangère”, où sous prétexte de traques des “propos haineux”, la liberté d’expression est chaque jour en recul, où une immigration incontrôlée menace la prospérité, l’identité, la sécurité et la survie même de la civilisation européenne, sous l’œil indifférent, voire complaisant, des autorités. La veille de ce discours, un attentat à la voiture-bélier, perpétré à Munich même par un Afghan débouté du droit d’asile, mais toujours présent sur le territoire allemand, attentat ayant fait deux morts et de nombreux blessés, avait confirmé par avance la justesse du diagnostic de JD Vance. Pour autant, au lieu d’être reçu comme une invitation légitime à l’introspection, le discours fut perçu comme une agression, le titre du Monde résumant le sentiment dominant : “J.D. Vance déclare une guerre idéologique à l’Europe.”

C’est ce divorce occidental, entre une Amérique trumpienne qui mène une révolution conservatrice contre le wokisme et tous les délires progressistes qui étaient, jusqu’à l’accession de l’extravagant milliardaire au pouvoir, devenus une forme de pensée unique aux États-Unis jusqu’au sein même du Parti républicain, et une Europe qui tend à se vivre de plus en plus, malgré des résistances croissantes, comme le refuge et le sanctuaire de ces valeurs progressistes, que raconte Mathieu Bock-Côté dans son nouvel essai : “J’entends ici raconter le choc entre la rébellion et l’empire qui contre-attaque.” L’essayiste, devenu l’intellectuel organique de CNews où la profondeur de ses analyses emmène l’info en continu bien au-delà d’un simple ressassement factuel, est bien placé, non seulement pour rendre compte de la vie intellectuelle nord-américaine qu’il suit avec une acuité passionnée, mais aussi de la façon dont l’Europe, et plus particulièrement la France, tend à enfermer la vie de l’esprit dans des limites juridiquement de plus en plus contraignantes — dont les démêlés réguliers de la chaîne de Vincent Bolloré avec l’Arcom ne sont malheureusement qu’un exemple parmi beaucoup d’autres. De ce point de vue, les interventions médiatiques et les essais de Mathieu Bock-Côté sont beaucoup plus qu’un précieux éclairage : ils sont aussi un appel à la résistance contre ce camp de rééducation à ciel ouvert qu’est devenue l’Europe.

​Venant de beaucoup plus loin que le personnage délirant qui incarne sa “phase carnavalesque”, la révolution trumpienne n’est pas uniquement, nous dit Mathieu Bock-Côté, une réaction contre une gauche wokisée à laquelle Joe Biden servit de paravent, donnant les airs débonnaires d’un politicien à l’ancienne à un Parti démocrate en réalité radicalisé, converti au racisme anti-Blancs, à la cancel culture, au transgenrisme et à la déconstruction généralisée. Le Parti républicain lui-même n’était plus que “l’aile droite du régime diversitaire”, converti au mondialisme, au multiculturalisme, et soumis autant que la gauche au gouvernement des juges et à la domination de l’État profond.

L’élection de Trump, et plus encore son second mandat, bien plus révolutionnaire que le premier, est la résultante, explique l’essayiste, de plusieurs décennies de combat culturel qui virent converger un libertarisme renouvelé et un conservatisme soucieux de renouer avec les origines de ce courant de pensée. Côté libertarisme, Javier Milei, plus encore que Trump, incarne “une nouvelle classe politique insurrectionnelle, identitaire, antimondialiste et antibureaucratique”. Identitaire, parce que ce libertarisme, dont la figure intellectuelle de référence est Murray Rothbard, n’est pas seulement un individualisme exacerbé à la Ayn Rand, mais un “libertarisme enraciné” : c’est cette dimension enracinée qui lui a permis de faire une sorte de convergence des luttes avec un courant traditionaliste, soucieux après la chute du mur de Berlin de réinventer le conservatisme pour éviter qu’au “mondialisme athée” succède un “mondialisme démocratique” qui serait “sa poursuite par d’autres moyens”. Loin d’être une simple “dissolution de la politique dans la télé-réalité”, le trumpisme, porté par ces deux courants de fond, est bien une contre-révolution qui entend revenir sur les révolutions culturelles issues des radical sixties et restaurer une anthropologie traditionnelle : “Celle de l’homme faillible, limité, […] sachant le paradis sur terre impossible et pour cela attaché à un ordre politique contenant la tentation de la toute-puissance propre au pouvoir.”

​L’Europe, de son côté, s’obstine dans la direction inverse, bien qu’elle la conduise de toute évidence à son effondrement politique, civilisationnel et même psychique. Elle s’obstine à défendre “une anthropologie nouvelle : celle de l’homme illimité, autoengendré, devant s’épanouir en déconstruisant […] tous les repères”. Pour l’imposer, “l’État n’est plus ici considéré comme l’organisateur d’une société lui préexistant. L’État doit plutôt arracher la société au monde d’hier, et en fabriquer une nouvelle. C’est le travail de l’ingénierie sociale [qui] exige un contrôle social toujours plus grand”.

Mathieu Bock-Côté détaille les outils de cette ingénierie sociale : un État de droit détourné de sa fonction première de défense des libertés publiques pour devenir un instrument de confiscation de la souveraineté populaire au profit de la nomenklatura du régime diversitaire ; une pression constante sur les médias pour écarter tout récit s’éloignant de la vision idyllique de la société multiculturelle ; une répression de la liberté de pensée s’étendant désormais à la sphère intime ; des processus de contrôle social dont les restrictions liberticides de la période Covid ont constitué le laboratoire ; un changement de peuple qui, en dissolvant les identités nationales, vise à rendre tout retour en arrière impossible, au risque d’une islamisation que la naïveté diversitaire croit pouvoir contenir d’un “coup de baguette laïque”, et au risque que la “créolisation” ne conduise à la “crépolisation”, c’est-à-dire à l’anarchie et à l’ensauvagement généralisés. Mais comme le note Éric Werner, c’est le propre du système totalitaire, qui prospère sur le chaos : car “lui seul est en mesure de maîtriser l’ensemble des problèmes qu’il s’est lui-même ingénié à créer”.

​À cause de ce chaos qui vient de ce côté de l’Atlantique, Mathieu Bock-Côté conclut sur une note étonnamment pessimiste, se demandant si nous ne vivons pas “la fin du cycle de 1492”, qui ne serait qu’une parenthèse de centralité de l’Occident. Il rappelle pourtant que la fracture qui oppose les deux Occidents travaille aussi chaque société occidentale : ce qui veut dire que la contre-révolution trumpienne pourrait bien, sous une forme moins carnavalesque espérons-le, advenir aussi de notre côté de l’océan.

Les Deux Occidents,
par Mathieu Bock-Côté, 
aux Presses de la Cité, 
288 pages

vendredi 24 octobre 2025

France — Le grand essor de l'enseignement supérieur privé

Le privé accueille aujourd’hui en France plus d’un étudiant sur quatre. Ses effectifs ont augmenté de plus de 67 % en dix ans, alors que la population estudiantine globale ne progressait, elle, que de 3 %. Une attractivité qui s’explique par la diversité

Sainte-Geneviève, à Versailles, offre les meilleures prépas aux grandes écoles

La ruée vers le privé touche désormais l’enseignement supérieur. Selon les derniers chiffres officiels (1), pour l’année scolaire 2024/2025, les établissements privés ont accueilli 799 700 étudiants, soit 26,5 % de l’ensemble des effectifs étudiants dans le supérieur. Depuis 2014, les inscriptions dans le privé ont augmenté de 67,1 %, contre 9 % pour le public. Pourquoi cet engouement ? Dans les domaines où privé et public sont en concurrence, l’attractivité du privé s’explique souvent par sa performance. Le cas des prépas aux grandes écoles est, à cet égard, emblématique. Dans le classement du Figaro étudiant des meilleures prépas dans les filières scientifiques, deux établissements privés, Sainte-Geneviève et Stanislas, tiennent le haut du pavé. La versaillaise « Ginette » arrive première dans quatre des six prépas qu’elle propose et deuxième dans les deux autres. Ses tarifs (de 5 886 à 19 482 euros l’année selon le niveau de ressources, internat compris, 4 % d’étudiants étant boursiers) n’ont rien à voir avec ceux pratiqués par Louis Le Grand (de 1870,55 à 2 874,96 euros pour l’internat, 10 % de boursiers). Mais si le critère financier peut constituer un barrage, il contribue, aussi, à motiver puissamment les élèves.

lundi 20 octobre 2025

Éric Zemmour va sortir un nouveau livre intitulé La Messe n'est pas dite



Éric Zemmour va sortir un nouveau livre intitulé La messe n'est pas dite, sous-titré Le sursaut judéo-chrétien. Il est publié aux éditions Fayard et paraîtra le 22 octobre 2025. 

Oui, Éric Zemmour va bien sortir un nouveau livre intitulé La messe n'est pas dite, sous-titré Le sursaut judéo-chrétien, publié par les éditions Fayard et prévu pour le 22 octobre 2025. Ce court essai de 128 pages, vendu au prix de 10 euros, marque un retour à l'édition traditionnelle pour Zemmour, après avoir autopublié ses deux précédents ouvrages (La France n'a pas dit son dernier mot en 2021 et Je n'ai pas dit mon dernier mot en 2023) via sa structure Rubempré. Avant son acquisition par Bolloré à la fin 2023, Fayard avait refusé de publier La France n'a pas dit son dernier mot en 2021.

Selon la description officielle de l'éditeur, l'ouvrage propose une réflexion optimiste sur l'avenir de la France et de l'Europe, en appelant à un retour aux racines chrétiennes pour contrer le déclin perçu du continent. Il s'inscrit dans la lignée de ses succès de librairies comme Le Suicide français (2014) et Le Destin français (2018), mais avec un ton plus lumineux et porteur d'espoir, en contraste avec les diagnostics sombres de ses travaux antérieurs. 

Le livre fait partie d'une nouvelle collection chez Fayard intitulée Pensée libre, dirigée par la journaliste Sonia Mabrouk (animatrice sur Europe 1 et CNews). Cette collection vise à publier des essais percutants et "libres", avec des auteurs qui "pensent à rebours" avec exigence et sincérité. Outre Zemmour, elle inclut des ouvrages simultanés d'Éric Naulleau (Les Sermons), du rabbin Élie Lemmel (Le Pardon n'est pas un oubli) et de Gilles-William Goldnadel (Vol au-dessus d'un nid de cocus). Fayard, filiale de Hachette Livre sous le contrôle de Vincent Bolloré depuis fin 2023, accueille ainsi plusieurs figures associées à la droite ou à des idées conservatrices, comme le cardinal Robert Sarah, Éric Ciotti, Philippe de Villiers, Jordan Bardella ou Alain de Benoist. 

L'annonce officielle a été faite par Zemmour lui-même sur X le 5 septembre 2025, avec une image de la couverture et le message "Aujourd'hui en précommande. ", générant plus de 4 600 J'aime, 1 000 reposts et près de 1,1 million de vues en quelques jours.


dimanche 5 octobre 2025

« Un manifeste de la jeune génération intellectuelle conservatrice »


mardi 23 septembre 2025

La fin annoncée du « late-night » américain : quand l'« humour » se heurte à la désaffection du public

Télévision. Aux États-Unis, les émissions de divertissement de fin de soirée, autrefois un pilier de la culture télévisuelle, traversent une crise majeure. La suspension de l’émission Jimmy Kimmel Live! par ABC, après des propos jugés choquants sur l’assassinat de l’activiste conservateur Charlie Kirk, illustre une perte de repères qui dépasse la simple baisse d’audience.

Une suspension symbolique

La chaîne ABC, propriété de Disney, a annoncé la suspension de Jimmy Kimmel à la suite des pressions de deux groupes de médias puissants, Nexstar et Sinclair, qui possèdent un grand nombre de stations affiliées locales d’ABC (il s'agit de chaînes régionales qui rediffusent des programmes nationaux). Ces groupes ont décidé de retirer l’émission de leurs grilles. Le PDG de Disney, Bob Iger, aurait lui-même pesé dans la décision.

Jimmy Kimmel, présentateur d'un des ces émissions de fait de soirée, connu pour son ton corrosif, avait récemment censément plaisanté à propos de l’assassinat de Charlie Kirk, une figure conservatrice américaine. Il avait alors déclaré «  Nous avons atteint de nouveaux sommets ce week-end, avec le gang MAGA qui tente désespérément de présenter ce jeune qui a assassiné Charlie Kirk comme quelqu'un d'autre qu'un des leurs, et qui fait tout ce qu'il peut pour en tirer un avantage politique ». Alors que ce présumé assassin était alors un radical de gauche, pro-LGBT, avait un amant transsexuel et s'insurgeait contre la « haine » qu'aurait propagée Charlie Kirk. Voilà un humoriste déchaîné à l'imagination débordante. Ou un militant qui délire en se croyant comique. Le public semble avoir peu apprécié.

Des audiences en chute libre


Au-delà de la polémique, cette suspension survient dans un contexte de déclin accéléré du late-night. D’après le site spécialisé LateNighter, Jimmy Kimmel Live! a perdu près de 80 % de son public depuis 2015, année où l’émission a été déplacée à 23 h 35. Les données de Nielsen — l’équivalent américain de Médiamétrie — montrent que la part de marché de l’émission chez les 18-49 ans, la cible privilégiée des annonceurs, est passée de 0,68 en 2013-2014 à seulement 0,16 en 2024-2025. L'audience totale de ces émissions est 3 à 4 fois plus grande que celle des seuls 18-49 ans.

Pour comparaison, The Late Show de Stephen Colbert plafonne à 0,18 et The Tonight Show de Seth Meyers à 0,13. Autrement dit, moins d’un téléspectateur sur mille de la tranche d’âge reine regarde encore ces programmes. Que font les autres ? Beaucoup consomment de la diffusion en ligne (Netflix, YouTube, TikTok), ou se détournent tout simplement d’un humour jugé prévisible et trop politique.


Des pertes colossales


Selon le média américain Puck, des sources internes à CBS estiment que The Late Show with Stephen Colbert perdait déjà plus de 40 millions de dollars par an. Autrement dit, même l’émission la plus regardée de la tranche horaire s’est transformée en gouffre financier. Ces chiffres laissent penser que les difficultés ne sont pas isolées, mais généralisées à tout le secteur du late-night.

dimanche 21 septembre 2025

Lien croissant entre mariage, fécondité et appartenance politique


Les femmes conservatrices nées entre 1975 et 1979, qui ont fini d'avoir des enfants, ont une descendance totale de 2,1 enfants, ce qui correspond exactement au taux de remplacement. Les femmes modérées du même groupe d'âge ont eu 1,8 enfant, alors que les femmes progressistes n'en ont eu que 1,5. Les écarts sont moins importants entre les conservatrices nées entre 1985 et 1989, qui ont un taux de fécondité final de 2,1, tandis que les modérées ont un taux de 1,9 et les libérales de 1,7. Les femmes conservatrices nées entre 1995 et 1999 n'ont eu jusqu'à présent que 0,7 enfant, soit le même nombre que les modérées. Les libérales de la même cohorte ont jusqu'à présent une moyenne de 0,4 enfant. Il ne faut pas exagérer les différences entre les femmes conservatrices et libérales. Les taux de natalité sont plus faibles pour tous les groupes par rapport à la fécondité avant 1975. Les taux de mariage sont également plus faibles pour tous les groupes. Cependant, les différences sont suffisamment importantes pour que les partis finissent par séduire des électorats manifestement différents.

dimanche 14 septembre 2025

Société « systémiquement » dépressive

Un jeune sur quatre serait dépressif : la conclusion d’une récente étude sur la santé mentale des 15-29 ans a de quoi alarmer. Fondée sur un sondage auprès de 5633 jeunes, elle complète celles de Santé publique France, qui pointait, en 2021, la proportion inquiétante de 20,8 % des 18-24 ans touchés par la dépression, contre 11,7 % en 2017. Surtout, elle corrobore les innombrables constats du monde médical sur la détérioration de la santé mentale dans l’ensemble de la population française.

Les explications ne manquent pas, des inquiétudes quant à l’avenir (catastrophisme écologique, crises internationales) aux difficultés du quotidien : fin du monde et fin du mois se conjuguent pour déprimer le moi. Pandémie et stress des confinements sont régulièrement pointés du doigt. Mais si ces causes conjoncturelles sont réelles, on est tenté de dire que la conjoncture a bon dos. Et que ces explications ont surtout pour mérite d’éviter de remettre en question le modèle de société “systémiquement” anxiogène que les élites qui nous gouvernent ont peu à peu mis en place.

Car, oui, la vie est source d’angoisses, et cela est aussi vieux que l’expulsion d’Adam et Ève du jardin d’Éden. La peur du lendemain, la crainte du chômage ou de la maladie, des guerres ou des catastrophes naturelles : quelle époque peut se vanter d’y avoir échappé ? L’existence n’a jamais été autre chose qu’un processus de conjuration de ces inquiétudes universelles. Mais les sociétés traditionnelles avaient une arme fatale pour contourner ces angoisses : elle s’appelait “stabilité”. Pour répondre aux peurs du quotidien, il n’est de meilleur refuge que des points fixes qui nous permettent de constater jour après jour que le monde n’est pas seulement le lieu de l’imprévu, du bouleversement, de la menace, de l’accident toujours possible, mais aussi et surtout un lieu familier, constant, où nos existences étonnamment fragiles résistent malgré tout aux aléas parce qu’elles sont fondées sur le roc des solidarités humaines, des communautés, des traditions, de l’histoire longue. Comme le note Roger Scruton dans Conservatisme (Albin Michel) : « Au cours d’une vie, les habitudes, les lieux, les réseaux, les institutions et les manières d’être partagées augmentent l’étendue de nos attachements et suscitent le sentiment d’être chez soi dans le monde parmi les choses et les êtres connus et dignes de confiance. Le sentiment de familiarité et de confiance nous est précieux, sa perte est une source d’angoisse et de regret. »

Or, au lieu de conforter tout ce qui nourrit ce précieux sentiment de familiarité et de confiance, nos sociétés, depuis des décennies, se sont ingéniées à le saper. Sacrifiant au bougisme et à l’idolâtrie de la nouveauté, le progressisme a minutieusement banni tout élément de stabilité de nos sociétés : on a décomposé la famille, sacrifié les identités locales à une mondialisation abstraite, promu la mobilité au détriment de l’enracinement, l’individualisme au détriment de la communauté ; un État providence anonyme s’est substitué aux solidarités concrètes; on a sacrifié l’enseignement de l’histoire et de la culture générale et, des billets de banque aux plaques d’immatriculation des voitures en passant par les noms des provinces, on a systématiquement gommé tous les symboles qui nous rappelaient que nous venons de quelque part. On a consciencieusement bâti une société liquide qui, dénonce le sociologue Zygmunt Bauman, a abouti à la création d’un « lumpenprolétariat spirituel » qui, n’ayant plus rien de concret et de stable à quoi se raccrocher, s’agrippe à des bouées illusoires qui ne font que l’enfoncer davantage dans le vide existentiel: sans surprise, les symptômes de dépression croissent à mesure du temps passé sur les réseaux sociaux.

Mais il est un critère que cette étude a oublié d’aborder: celui de la vie spirituelle. D’autres enquêtes ont montré que la prière était un moyen efficace de conjurer la dépression. Il n’y a là nulle pensée magique : quel point de repère plus stable que de croire que nous avons été aimés de toute éternité par le Dieu qui nous a créés et qu’il nous appelle à partager sa félicité éternelle ? Cette espérance-là, nos élites ont voulu l’éteindre au nom des Lumières et, ce faisant, elles ont plongé l’Occident dans l’obscurantisme de la désespérance. 

Source : Laurent Dandrieu, Valeurs actuelles