En 2100, la crainte d’un avenir écrasé par le coût des soins de santé pourrait s’avérer exagérée. Longtemps les économistes ont estimé que le vieillissement des populations provoquerait une explosion des dépenses médicales. Cette idée reposait notamment sur la « maladie des coûts » de Baumol : dans les secteurs très dépendants du travail humain, comme la médecine, la productivité progresse peu, car une consultation médicale exige encore à peu près le même temps qu’il y a un siècle. Les salaires doivent néanmoins suivre ceux des secteurs plus productifs (comme l'informatique ou l'industrie), sous peine de voir les futurs médecins partir vers d’autres professions mieux rémunérées.
La question centrale était de savoir si l’allongement de la vie entraînerait une expansion des périodes de maladie ou une compression des handicaps : des vies plus longues, mais en meilleure santé, avec une concentration des maladies graves dans les dernières années. Deux études récentes du National Bureau of Economic Research montrent que le scénario catastrophiste d’une médecine absorbant une part toujours croissante des ressources publiques ne se réalise pas.
David Cutler et Lev Klarnet constatent qu’en 2024 les États-Unis ont dépensé 1 000 milliards de dollars de moins que ne le prévoyaient les projections officielles de 2010. Une autre étude menée par Liran Einav et Amy Finkelstein montre qu’entre 1993 et 2017, le coût prévu des pensions de retraite américaines a augmenté de 14 %, tandis que celui de l’assurance-maladie publique pour les personnes âgées, Medicare, n’a progressé que de 6 %. Les personnes âgées vivent plus longtemps, mais passent moins de temps gravement malades.
L’évolution des coûts hospitaliers confirme cette amélioration. Entre 2000 et 2010, les coûts hospitaliers américains augmentaient d’environ 2,3 points de pourcentage au-dessus de l’inflation chaque année. Entre 2011 et 2024, cette hausse n’a plus été que de 0,5 point. Le progrès technique a changé de nature : autrefois, l’innovation servait surtout à proposer de nouveaux traitements coûteux ; désormais, elle permet davantage de produire les mêmes résultats à moindre coût. La « maladie des coûts » de Baumol semble donc partiellement maîtrisée.
Les besoins médicaux eux-mêmes diminuent grâce à une meilleure organisation des soins, à un ciblage plus précis des traitements et à une gestion plus rigoureuse des dépenses par les assureurs. Aux États-Unis, depuis 1993, l’espérance de vie à 66 ans a augmenté de 2,4 années, entièrement en bonne santé en moyenne. Les personnes âgées peuvent espérer environ trois années supplémentaires de vie saine, tandis que la période de détresse physique ou mentale extrême a diminué de 0,6 année, réduisant les besoins en établissements spécialisés ou en assistance lourde à domicile.
Cette tendance dépasse les États-Unis. Dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, la part des dépenses de santé dans le produit intérieur brut progresse moins rapidement. Une étude prévoit une croissance des dépenses médicales par habitant d’environ 2 % par an durant la prochaine décennie (hors États-Unis), contre 4 % avant 2009. La part du produit intérieur brut consacrée à la santé n’augmenterait que d’environ 0,1 point de pourcentage par an.
Le vieillissement démographique ne condamne pas non plus nécessairement la croissance économique. Une étude dirigée par Daron Acemoglu montre que les régions américaines ayant connu les plus fortes baisses de natalité ont souvent enregistré une productivité plus élevée chez les actifs. L’explication avancée est qu’elles ont davantage adopté des technologies permettant d’économiser du travail humain. Cette explication laisse ce carnet perplexe: une corrélation entre baisse de natalité et hausse de productivité ne démontre pas nécessairement que la baisse de natalité a causé de l'innovation technologique. Voir dans l'incise ci-dessous.
[Il existe plusieurs mécanismes possibles, dont par exemple celui-ci : moins d'enfants → plus de ressources disponibles par adulte → plus d'investissement par travailleur → hausse de productivité. Ce mécanisme est particulièrement visible dans certains pays d'Asie orientale. La Corée du Sud en est un exemple frappant : pendant plusieurs décennies, la baisse spectaculaire de la fécondité a accompagné une transformation économique exceptionnelle. Une société peut bénéficier d'un "dividende démographique" en passant d'une fécondité élevée à une fécondité basse, car elle a temporairement :
En 2100, une population active moins nombreuse pourrait donc être aidée par des technologies avancées, notamment l’intelligence artificielle.
Le problème des retraites restera toutefois important en raison de l’allongement de la durée de vie au-delà de l’âge actuel de départ à la retraite. Selon une analyse du Congressional Budget Office, relever progressivement l’âge légal américain de départ à la retraite de 67 à 70 ans permettrait de couvrir une grande partie des coûts supplémentaires liés au vieillissement de la population d’ici 2100. La principale difficulté sera moins économique que politique, car de telles réformes impliquent des choix collectifs difficiles. Le vieillissement démographique est une évolution inéluctable ; en revanche, l’ampleur de ses conséquences financières et économiques ne l’est pas. L’innovation technologique, l’amélioration de la productivité, une meilleure organisation des systèmes sociaux et des réformes adaptées peuvent en limiter considérablement l’impact.
La question centrale était de savoir si l’allongement de la vie entraînerait une expansion des périodes de maladie ou une compression des handicaps : des vies plus longues, mais en meilleure santé, avec une concentration des maladies graves dans les dernières années. Deux études récentes du National Bureau of Economic Research montrent que le scénario catastrophiste d’une médecine absorbant une part toujours croissante des ressources publiques ne se réalise pas.
David Cutler et Lev Klarnet constatent qu’en 2024 les États-Unis ont dépensé 1 000 milliards de dollars de moins que ne le prévoyaient les projections officielles de 2010. Une autre étude menée par Liran Einav et Amy Finkelstein montre qu’entre 1993 et 2017, le coût prévu des pensions de retraite américaines a augmenté de 14 %, tandis que celui de l’assurance-maladie publique pour les personnes âgées, Medicare, n’a progressé que de 6 %. Les personnes âgées vivent plus longtemps, mais passent moins de temps gravement malades.
L’évolution des coûts hospitaliers confirme cette amélioration. Entre 2000 et 2010, les coûts hospitaliers américains augmentaient d’environ 2,3 points de pourcentage au-dessus de l’inflation chaque année. Entre 2011 et 2024, cette hausse n’a plus été que de 0,5 point. Le progrès technique a changé de nature : autrefois, l’innovation servait surtout à proposer de nouveaux traitements coûteux ; désormais, elle permet davantage de produire les mêmes résultats à moindre coût. La « maladie des coûts » de Baumol semble donc partiellement maîtrisée.
Les besoins médicaux eux-mêmes diminuent grâce à une meilleure organisation des soins, à un ciblage plus précis des traitements et à une gestion plus rigoureuse des dépenses par les assureurs. Aux États-Unis, depuis 1993, l’espérance de vie à 66 ans a augmenté de 2,4 années, entièrement en bonne santé en moyenne. Les personnes âgées peuvent espérer environ trois années supplémentaires de vie saine, tandis que la période de détresse physique ou mentale extrême a diminué de 0,6 année, réduisant les besoins en établissements spécialisés ou en assistance lourde à domicile.
Cette tendance dépasse les États-Unis. Dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, la part des dépenses de santé dans le produit intérieur brut progresse moins rapidement. Une étude prévoit une croissance des dépenses médicales par habitant d’environ 2 % par an durant la prochaine décennie (hors États-Unis), contre 4 % avant 2009. La part du produit intérieur brut consacrée à la santé n’augmenterait que d’environ 0,1 point de pourcentage par an.
Le vieillissement démographique ne condamne pas non plus nécessairement la croissance économique. Une étude dirigée par Daron Acemoglu montre que les régions américaines ayant connu les plus fortes baisses de natalité ont souvent enregistré une productivité plus élevée chez les actifs. L’explication avancée est qu’elles ont davantage adopté des technologies permettant d’économiser du travail humain. Cette explication laisse ce carnet perplexe: une corrélation entre baisse de natalité et hausse de productivité ne démontre pas nécessairement que la baisse de natalité a causé de l'innovation technologique. Voir dans l'incise ci-dessous.
[Il existe plusieurs mécanismes possibles, dont par exemple celui-ci : moins d'enfants → plus de ressources disponibles par adulte → plus d'investissement par travailleur → hausse de productivité. Ce mécanisme est particulièrement visible dans certains pays d'Asie orientale. La Corée du Sud en est un exemple frappant : pendant plusieurs décennies, la baisse spectaculaire de la fécondité a accompagné une transformation économique exceptionnelle. Une société peut bénéficier d'un "dividende démographique" en passant d'une fécondité élevée à une fécondité basse, car elle a temporairement :
- moins d'enfants à charge ;
- beaucoup d'adultes en âge de travailler ;
- une population encore jeune.
- moins d'actifs ;
- davantage de retraités ;
- moins d'entrepreneurs potentiels ;
- pression sur les systèmes sociaux ;
- contraction possible du marché intérieur.
En 2100, une population active moins nombreuse pourrait donc être aidée par des technologies avancées, notamment l’intelligence artificielle.
Le problème des retraites restera toutefois important en raison de l’allongement de la durée de vie au-delà de l’âge actuel de départ à la retraite. Selon une analyse du Congressional Budget Office, relever progressivement l’âge légal américain de départ à la retraite de 67 à 70 ans permettrait de couvrir une grande partie des coûts supplémentaires liés au vieillissement de la population d’ici 2100. La principale difficulté sera moins économique que politique, car de telles réformes impliquent des choix collectifs difficiles. Le vieillissement démographique est une évolution inéluctable ; en revanche, l’ampleur de ses conséquences financières et économiques ne l’est pas. L’innovation technologique, l’amélioration de la productivité, une meilleure organisation des systèmes sociaux et des réformes adaptées peuvent en limiter considérablement l’impact.
Source : The Economist
