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mardi 15 septembre 2026

Zemmour — L'école face aux défis de l'IA

Plus l’intelligence artificielle répondra, plus il faudra savoir lui poser les bonnes questions.

Plus elle écrira, plus il faudra savoir lire.

La révolution la plus radicale de notre siècle nous ramène à la culture la plus ancestrale de notre civilisation.

Grammaire, calcul mental, latin, grec, histoire de France, géométrie, logique : rétablissons l'exigence.


dimanche 18 janvier 2026

Selon étude, les enfants prodiges deviennent rarement des adultes prodiges

Novak Djokovic a pris une raquette de tennis pour la première fois à l'âge de quatre ans. À 12 ans, il a quitté sa Serbie natale pour intégrer une académie de tennis en Allemagne. Il a remporté son premier titre majeur, les Internationaux d'Australie 2008, à l'âge de 20 ans. Aujourd'hui, il compte 23 autres titres majeurs à son palmarès et a passé plus de temps à la première place mondiale que tout autre joueur.

La brillante carrière de M. Djokovic correspond à l'idée courante de l'excellence humaine : un enfant prodige, formé de manière intensive dès son plus jeune âge, qui finit par conquérir le domaine qu'il a choisi. Mais un article publié dans Science à la fin de l'année dernière suggère qu'il pourrait s'agir d'une exception plutôt que d'une règle. Il conclut que les meilleurs talents, dans tous les domaines, au-delà du sport, ont tendance à suivre un parcours assez différent.

Cette étude, menée par Arne Güllich, scientifique du sport à l'université RPTU de Kaiserslautern-Landau, en Allemagne, a analysé les données de plus de 34 000 athlètes d'élite dans plusieurs domaines, notamment le sport, les échecs, la musique classique et le monde universitaire. Elle a conclu que, bien qu'ils atteignent souvent un niveau élevé, les adolescents les plus performants et les plus intensément entraînés ont tendance à ne pas devenir de véritables vedettes à l'âge adulte. En revanche, ceux qui atteignent ce niveau ont tendance à ne pas se démarquer dès le début. Ils mettent plus de temps à atteindre leur apogée et semblent conserver plus longtemps des intérêts plus variés.

Ce n'est pas un hasard si le Dr Güllich et l'un de ses coauteurs sont des scientifiques du sport (les deux autres sont des psychologues).

Le sport constitue un excellent laboratoire pour étudier le développement de l'excellence. Les volontaires ne manquent pas, sous la forme de jeunes talents qui rêvent de devenir célèbres. Les performances sont faciles à mesurer. Et comme il est essentiel pour les équipes professionnelles de repérer les futures étoiles, il existe de nombreuses équipes juniors bien financées.

Selon la sagesse populaire – et la logique sur laquelle reposent ces centres – la meilleure façon de former les jeunes talents est de les repérer tôt et de les entraîner sans relâche. Mais la plupart des recherches qui soutiennent cette approche ne se sont intéressées qu'aux athlètes de niveau scolaire ou universitaire, explique le Dr Güllich. Elles n'ont pas suivi leurs sujets dans leur carrière professionnelle à l'âge adulte.

Certaines études plus récentes l'ont toutefois fait. Le Dr Güllich et ses collègues les ont rassemblées et ont trouvé le point de départ de leur nouvelle hypothèse, car toutes ces études s'accordaient à dire que la sagesse populaire était erronée et que les performances précoces n'étaient pas un indicateur fiable des résultats à l'âge adulte. Poussés à agir, ils ont étendu leur analyse au-delà du domaine sportif et sont parvenus à des conclusions similaires.

Il leur a fallu deux ans pour recueillir des données dans d'autres domaines. Les échecs étaient assez simples. Les fédérations nationales et internationales d'échecs tiennent à jour des classements Elo des joueurs. Ceux-ci donnent une évaluation numérique des forces de ces joueurs. Les universitaires peuvent être classés de la même manière grâce à des bases de données qui utilisent les citations de leurs travaux comme indicateur de leur influence, ainsi que par l'attribution de prix tels que les Nobel ou la médaille Fields.

La musique a été le domaine le plus délicat, explique le Dr Güllich. Pour cela, lui et ses collègues se sont en partie appuyés sur une étude menée à l'université de Californie à Davis, qui a tenté de classer les compositeurs classiques en se basant sur le consensus des experts, les mentions dans les encyclopédies musicales et (pour ceux qui ont écrit de telles œuvres) la fréquence à laquelle leurs opéras ont été joués dans les meilleurs opéras du monde.

Lorsqu'ils ont analysé leurs données, une tendance fiable s'est dégagée. Dans tous les domaines, les jeunes talents et les adultes talentueux formaient des groupes presque totalement distincts. Environ 90 % des étoiles adultes n'étaient pas des étoiles dans leur enfance, tandis que seulement 10 % des enfants de haut niveau étaient devenus des adultes exceptionnels (voir graphique 1). Non seulement les performances exceptionnelles dans l'enfance ne prédisaient pas des performances exceptionnelles à l'âge adulte, mais les deux étaient en fait négativement corrélées, explique le Dr Güllich.

Rêver d'être différent

Les superstars adultes avaient également une approche de leur domaine très différente de celle des enfants prodiges, dans la mesure où ils semblaient conserver d'autres centres d'intérêt que celui qui les avait finalement menés à l'élite. Les meilleurs sportifs avaient généralement pratiqué plusieurs sports à un niveau relativement élevé (et avaient même suivi un entraînement officiel) pendant beaucoup plus longtemps que leurs confrères moins performants. Leurs performances dans le sport qu'ils ont finalement pratiqué étaient inférieures à celles de leurs pairs plus spécialisés lorsqu'ils étaient jeunes. Mais lorsqu'ils se sont spécialisés, leurs progrès ont été beaucoup plus rapides : ils avaient une meilleure « efficacité d'entraînement », selon le jargon des sciences du sport.

Il en allait de même dans d'autres disciplines. Les scientifiques lauréats du prix Nobel étaient moins susceptibles d'avoir obtenu des bourses d'études que ceux qui avaient été sélectionnés pour le prix Nobel sans l'avoir remporté. Ils mettaient également plus de temps à atteindre des postes universitaires de haut niveau, avaient des publications moins impressionnantes au début de leur carrière et conservaient un intérêt pour des domaines autres que celui pour lequel ils avaient remporté leur prix (voir graphique 2).

Il est difficile d'expliquer pourquoi tant de personnes exceptionnelles présentent le même profil, à savoir des intérêts variés et un épanouissement tardif. Mais les chercheurs ont tout de même tenté de répondre à cette question. Ils ont passé au crible les publications sur l'excellence afin de trouver des théories expliquant son origine, mais aucune ne semblait compatible avec leurs données. Ils ont donc proposé trois théories de leur cru.

La première, intitulée «recherche et correspondance», est issue de l'économie du marché du travail. Elle soutient que le fait d'avoir un large éventail d'intérêts et d'attendre avant de choisir dans quel domaine se spécialiser augmente les chances de trouver le domaine le mieux adapté à ses talents. Le jeune Rafael Nadal, autre grand joueur de tennis de tous les temps, a caressé l'idée d'une carrière dans le football avant de se lancer dans le tennis.

La deuxième est l'« apprentissage amélioré », l'idée que l'apprentissage est en soi une compétence qui s'acquiert et qu'un bon moyen de la perfectionner est de s'adonner à diverses activités. Lorsque vient le moment de se concentrer sur l'une d'entre elles, une meilleure capacité d'apprentissage rend la formation plus efficace, ce qui signifie que les progrès sont plus rapides.

La dernière possibilité est l'hypothèse du risque limité, un nom ronflant pour désigner l'idée simple selon laquelle éviter la pépinière de jeunes talents, au moins pendant un certain temps, peut empêcher les jeunes de s'épuiser, de se lasser des entraînements incessants ou simplement de se lasser d'une activité après avoir passé des années à la pratiquer à l'exclusion de toute autre chose.

Les chercheurs espèrent étendre leur analyse à d'autres domaines, tels que les affaires et l'art. En attendant, le Dr Güllich tient à souligner que son équipe ne dit pas que le modèle de la pépinière ne fonctionne pas. C'est un moyen fiable, dit-il, de former des personnes hautement compétentes, mais pas nécessairement de classe mondiale. En d'autres termes, les écoles de sport, les écoles sélectives et les conservatoires haut de gamme devraient peut-être repenser leur façon de faire. 

Pourquoi cette étude ne condamne pas les écoles sélectives classiques

Si l’étude citée met justement en évidence que la spécialisation trop étroite et trop précoce dans une discipline unique tendrait à freiner l’émergence de trajectoires d’exception — en raison sans doute d’une diversification insuffisante —, cette critique ne saurait s’appliquer aux écoles sélectives proposant une formation classique, exigeante et intrinsèquement pluridisciplinaire.

Ces établissements, en recrutant des élèves motivés pour un cursus équilibré associant sciences, humanités, arts et langues, s’inscriraient au contraire pleinement dans les enseignements des recherches sur la « diversification précoce », popularisées notamment par David Epstein dans Range, qui suggèrent que les profils généralistes et polyvalents disposeraient d’un avantage à long terme.

S’opposer à de telles écoles au nom de cette étude reviendrait donc à méconnaître leurs effets potentiellement positifs en matière de stimulation intellectuelle globale, d’émulation collective et de développement d’esprits adaptables — autant de conditions qui seraient essentielles non seulement à la formation d’experts solides, mais aussi à l’émergence de d'innovateurs dans un monde complexe et incertain.

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lundi 13 novembre 2023

Vivarium Novum, le dernier collège universitaire où tout se passe en latin

Non loin de la ville de Frascati, que la légende dit fondée par le fils d’Ulysse et de la sorcière Circé, s’élève la somptueuse villa Falconieri. Un joyau de la Renaissance italienne. Ses pensionnaires, entre 16 et 25 ans, sont népalais, mexicains, ukrainiens… Ils ont troqué, le temps d’une année scolaire, leurs téléphones intelligents et jeux vidéo pour Sophocle, Cicéron et Platon. À l’Accademia Vivarium Novum, le règlement est clair : on ne vit, on ne parle qu’en latin, ou en grec ancien pour les plus avancés. La vue est imprenable depuis ces collines de l’est de Rome. Un peu plus haut, dans une villa similaire, Cicéron a écrit les Tusculanes il y a 2000 ans. Il fait si beau en ce lundi midi qu’une cinquantaine d’étudiants déjeunent dans les jardins, sous le regard fier du directeur, Luigi Miraglia. « Da mihi salem, quaeso », entend-on au milieu des éclats de rire. Traduction : « Est-ce que tu peux me passer le sel ? »
 

C’est une merveille d’excentricité, un projet défiant tout sens commun. Le seul endroit au monde à proposer une immersion pareille. Des écoles de ce genre ont existé, bien sûr, celle-ci en prolonge l’esprit. Dans la Grande Grèce — partie sud de l’actuelle Italie — avaient fleuri celles de Pythagore, de Parménide, de Zénon. L’Accademia Vivarium Novum est la dernière du genre. Ou la première d’une nouvelle Renaissance ? Les directeurs de l’institution ne cachent pas leur ambition : « Notre projet est de réunir les villas des environs, presque toutes délaissées. Et d’en faire un campus mondial de l’humanisme, avec un centre d’art classique, une bibliothèque… », explique le Belge Julien Claeys Boúúaert, chargé de littérature latine. Il se réjouit qu’au bout d’un mois seulement, les nouveaux venus s’expriment déjà avec aisance. Il faut dire que même le jeu de Scrabble est en latin. On joue le jeu, à fond.
 

jeudi 14 juillet 2022

Les classiques au secours des illettrés

Les jeunes lisent de moins en moins bien. Il faut réinstaller les chefs-d'oeuvre de la littérature dans les programmes de l'Éducation nationale française. (Les classiques ne sont bien sûr pas au programme des écoles secondaires du Québec et encore moins au primaire dont il est question dans l'article ci-dessous...) Un texte de Lisa Kamen-Hirsig paru dans Le Point.

Bac 2022 : certains lycéens ne comprennent pas une consigne car elle contient le mot « ludique ». Si ce n'était pas dramatique, on pourrait trouver cela piquant pour une génération consacrant une grande partie de son temps aux jeux vidéo. Quelques jours plus tard, Sylvie Germain, autrice d'un texte proposé en première filière générale, est conspuée sur les réseaux sociaux au motif que sa prose est trop compliquée.

Je vous invite à juger par vous-même, bien sûr, mais je n'y ai vu pour ma part qu'un texte imagé et puissant. Pas de quoi désarçonner un élève de 16 ans, donc ayant normalement acquis la lecture depuis une dizaine d'années... Mais voilà : lors de la journée défense et citoyenneté de 2020, 78 % des jeunes ont été qualifiés de « lecteurs efficaces ». En d'autres mots, plus d'un jeune sur cinq ne comprend pas correctement ce qu'il lit. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Des parents vissés sur leurs téléphones

Il va de soi que la concurrence des multiples écrans et le fait que les parents eux-mêmes sont vissés sur leurs téléphones ne favorisent pas les habitudes de lecture chez les enfants et les adolescents. On sait bien que l'exposition massive aux écrans provoque troubles de l'attention et retards de langage.

Bill Gates a interdit les smartphones à sa progéniture avant l'âge de 14 ans, Steve Jobs ne donnait pas de tablettes à ses enfants. Mais ce phénomène ne date pas de la démocratisation de ces appareils. Et, si les parents sont responsables de l'exemple qu'ils donnent à leurs rejetons, l'école n'est évidemment pas étrangère à cette débâcle.

Du côté des bonnes nouvelles, les instructions officielles prônent depuis quelques années déjà le retour à la méthode dite syllabique, à départ alphabétique, méthode qui convient à la grande majorité des enfants. L'école reste néanmoins très coupable. Quels sont ses péchés ?

Des professeurs qui parlent mal

Le premier, à mes yeux, est commis par les enseignants eux-mêmes. Il suffit de passer quelques minutes dans un groupe de professeurs sur les réseaux sociaux ou de tendre l'oreille au passage de classes en sortie scolaire pour mesurer l'étendue des dégâts. De nombreux professeurs n'articulent pas leur propre langue, usent d'un vocabulaire très approximatif et ne maîtrisent pas les conjugaisons.

L'incorrection grammaticale le dispute à la grossièreté. Quant à la concordance des temps, elle n'est plus qu'un lointain souvenir. Le futur dans le passé ? Quèsaco ? Le titre d'un film de science-fiction ? Je n'évoque même pas les moments pendant lesquels les enfants sont confiés à des animateurs...

Le deuxième péché est mortel. Et institutionnel : il s'agit de la quasi-disparition des classiques littéraires des instructions officielles (les IO dans le jargon professoral sont l'alpha et l'oméga des inspecteurs). Le ministère de l'Éducation nationale publie régulièrement des listes d'ouvrages que les enseignants sont incités à faire découvrir à leurs élèves. Elles sont aussi décortiquées lors des formations des enseignants : on y puise des idées, les éditeurs publient des fiches pédagogiques pour aider les professeurs à se les approprier.

Ni Hugo ni Molière, mais Delerm

Je mets souvent mon nez pointu dans ces programmes, notamment ceux du cycle 3 (CM1-CM2-sixième [9 à 12 ans]). J'ai eu beau scruter la liste 2018, la ratisser méthodiquement à l'aide de mon Ctrl + F, je n'y ai trouvé ni Baudelaire, ni Hugo, ni Molière. En revanche, le très en vue Olivier Py y côtoie la déjà ringarde Marie Desplechin et le soporifique Vincent Delerm. Nous y trouvons Mon prof est un troll, Monsieur Crocodile a beaucoup faim, Cascades et gaufres à gogo et des pièces de théâtre militantes comme Cent culottes et sans papiers : on nage en plein délire iconoclaste.

Le même site précise : « En CM1 [9-10 ans] les élèves doivent lire, au moins, cinq ouvrages de littérature de jeunesse contemporaine et deux œuvres classiques ; en CM2 [10-11 ans], quatre ouvrages de littérature de jeunesse contemporaine et trois œuvres classiques. » Mais qui a décidé de cela ? En vertu de quoi ? Pourquoi ne pas privilégier les œuvres du patrimoine pour systématiquement favoriser la littérature contemporaine ? Il est indécent de se plaindre ensuite de l'absence de culture des élèves.

Manuels laids et indigestes

Je possède le livre de lecture que mon père avait reçu en 1955, alors qu'il usait ses pantalons sur les bancs du cours moyen [9 à 11 ans] de l'école communale de Brunoy. Il s'intitule « Une semaine avec... » Le principe est de passer une semaine avec un grand auteur classique : on y rencontre Racine et ses Plaideurs, Molière et son Bourgeois gentilhomme, Vigny, La Fontaine, Rabelais... L'ensemble est très bien ficelé : élucidation du vocabulaire, étude de points de grammaire et questions de compréhension s'enchaînent avec logique. En comparaison, les manuels d'aujourd'hui sont laids, indigestes et indigents. Conformes aux programmes.

Les élèves, même jeunes, pas plus qu'aucun d'entre nous, n'aiment être considérés comme des incapables ou des idiots. Exigence et ambition ne sont pas des gros mots. Il est de la responsabilité des professeurs de refuser de lobotomiser des générations entières à coups de mauvaise littérature. L'illettrisme ira croissant si l'on ne réhabilite pas les classiques dès l'école primaire.

Texte abrégé et allégé

Et pas en version « classiques abrégés », ni expurgés de leurs difficultés !
Dénaturer les textes pour les rendre accessibles revient généralement à trahir l'auteur et à affaiblir l'intrigue et l'intérêt de la lecture. Avant d'en ranger un exemplaire dans la bibliothèque de ma classe, je me rappelle avoir vanté la lecture de Sans famille à mes CM1 : « Vous verrez, c'est très prenant : on s'émeut, on tremble, on frémit avec le petit Rémi. »

Pour appuyer mon propos, j'ai évoqué le passage où notre jeune héros est pris au piège d'une mine, passage qui m'était resté en mémoire depuis ma propre lecture à 8 ans. Mais, quelques jours plus tard, une petite délégation d'élèves m'a signalé que ce passage était introuvable dans l'édition que je leur avais procurée : l'éditeur avait peut-être jugé qu'il était trop dur pour de jeunes lecteurs (Rémi y fait mentalement ses adieux aux êtres qui lui sont chers), mais le récit perdait l'une de ses scènes les plus poignantes, l'une de celles qui marquent à jamais. L'abréviation ou l'adaptation d'un texte narratif constituent des exercices périlleux.

Pas féministes, et alors ?

Rabelais, Saint-Exupéry, Maupassant, Flaubert, Vigny et leurs comparses, qui se souciaient peu de parler aux lecteurs de leur quotidien ou de les froisser en n'étant pas assez féministes ou inclusifs, doivent retrouver leur place sur les étagères des écoles et dans les cartables des élèves. Ceux-ci y découvriront la complexité des conjugaisons en même temps que l'amour fou, la jalousie et la haine féroce ; les propositions subordonnées incises leur parleront de trahison, de guerre et de bravoure ; ils fricoteront avec des épithètes et des attributs qualifiant des génies malfaisants et de fatales héroïnes.

Ils apprendront à maîtriser la voix passive et leurs désirs mimétiques avec Swan, Javert, Didon et Iago. Cessons de leur servir de la bouillie mal traduite et des récits expurgés de toute violence : la littérature est aussi faite pour vivre d'autres vies que la sienne. Gageons qu'ils trouveront cela addictif et... ludique.

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dimanche 3 juillet 2022

L'école est inégalitaire non par racisme, mais par faute de transmettre

3/VII/2022, François-Xavier Bellamy:

« Notre école est la plus inégalitaire d'Europe ; ce n'est pas, comme le pense le ministre de l'éducation nationale, parce que la culture française est structurellement raciste, mais parce qu'elle n'est plus transmise. »

Nomination de Pap Ndiaye : « je l'ai accueillie comme une catastrophe (...) on nomme un ministre dont la priorité c'est d'expliquer que la France est coupable de racisme structurel », dixit François-Xavier Bellamy.


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samedi 2 juillet 2022

« Ne plus enseigner le latin et le grec, c’est nous couper de nos racines culturelles »

Le Figaro. — Seuls 535 candidats (sur plus de 380 000) ont présenté la spécialité « littérature, langues et cultures de l’antiquité - Latin » au bac 2022, et 237 en « littérature, langues et cultures de l’antiquité - Grec ancien ». Et seuls 3 % des lycéens ont suivi l’option latin en 2021-2022. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Andrea MARCOLONGO. — Je suis bouleversée par ces chiffres et réellement préoccupée. On parle désormais d’une toute petite minorité qui étudie le grec et le latin en France. Je le dis d’abord en tant qu’helléniste, mais aussi en tant qu’italienne, pays où les chiffres sont tout de même différents. Pour moi, c’est très grave. Si on laisse les choses se dérouler ainsi, dans quelques années, il n’y aura plus d’élèves ou d’étudiants français qui suivront des cours de langues anciennes.


—  Quelles en sont les raisons ?

— Cette situation nous la devons d’abord à un conformisme de la classe politique et intellectuelle. On ne peut pas reprocher aux élèves et étudiants français de ne pas faire du latin et du grec car ces langues, et les références à ces langues, ont entièrement disparu du débat public. Lors de la dernière campagne électorale, je ne me rappelle pas en avoir entendu parler. Par ailleurs, depuis une dizaine d’années, on a commencé à juger la culture avec un paramètre d’utilité. On a pensé que ces langues n’étaient plus utiles et que le but de l’école était de former des travailleurs. Dans cette perspective, l’enseignement du grec et du latin était inefficient. Il n’y a même pas de débat intellectuel à ce sujet. Le conformisme à l’état pur, c’est de dire que l’on passe à autre chose et que ce n’est pas important.

— La paresse intellectuelle est-elle l’une des raisons de ce déclin ?

— Oui, c’est une paresse intellectuelle généralisée. Cela ne concerne pas que les élèves.

— Il est très rare de voir quelqu’un, issu de la classe politique ou intellectuelle, parler de L’Odyssée, de L’Iliade, d’Homère, des classiques ou des humanités. Les jeunes élèves de 14 ans ne se mettront pas au latin ou au grec seuls. Il faut assumer une responsabilité et pour moi elle est très claire : c’est d’abord celle de la classe politique et intellectuelle.

— Cette baisse de l’enseignement des langues anciennes en France fait écho à la décision de l’université de Princeton en avril 2021 de supprimer de son cursus de lettres classiques l’obligation d’un enseignement du latin et du grec. Les langues anciennes sont-elles rejetées par l’occident ?

— Il faut même parler ici de renoncement intellectuel. Ce n’est plus une remise en cause ou un rejet, c’est un effacement. Pourtant, les classiques servent à réfléchir. Italo Calvino disait que l’enseignement classique est fait pour se définir en rapport, être pour ou contre. Il faut toujours remettre en cause, la discussion avec l’enseignement classique est essentielle, mais pour cela il faut qu’il existe… Sinon, le risque est celui d’un véritable monologue intellectuel. «Je ne suis pas d’accord avec cela, donc la seule solution est d’effacer et supprimer» : c’est très grave de fonctionner comme cela. On forme une génération habituée au monologue et non pas au dialogue. Pour apprendre le dialogue avec l’autre, il faut connaître, et les classiques servent à cela.

— Pourquoi les langues latine et grecque sont-elles essentielles ? Que perd-on à ne plus les enseigner ?

— On perd la possibilité de former des citoyens et des êtres humains complets. Les langues grecque et latine sont des langues philosophiques. On n’apprend pas le latin et le grec pour la grammaire [mais cela renforce singulièrement l'analyse grammaticale et la connaissance des langues mêmes modernes], ce n’est pas le but de l’enseignement. Si on revient à l’antiquité, à la Grèce antique, à Athènes, c’est pour ce qu’on appelle le miracle grec, c’est-à-dire cette société qui a su inventer la philosophie, l’astronomie, les mathématiques, la tragédie, l’art. Toutes ces inventions ont été permises par la langue. La démocratie d’Athènes s’est appuyée sur la langue grecque. C’est une langue née pour la discussion et pour l’échange. La première langue qui a eu une capacité d’abstraction, qui a pu exprimer des concepts abstraits et qui les a rendus compatibles avec le dialogue. Le logos est devenu «dialogue». C’est tout cela qu’on perd aujourd’hui.

— S’affranchir de cet apprentissage des humanités, qui a prévalu pendant des siècles, équivaut-il à se couper d’une grande partie de nos racines ?

— Absolument. Je ne parle pas des racines uniquement antiques, avec cette fausse idée que nous serions tous des petits-enfants de la Grèce ou de Rome. La question n’est pas de savoir si Platon, César ou Cicéron sont nos ancêtres. Ce sont les racines culturelles et les racines humaines qui nous intéressent. Ne plus lire Homère signifie que nous nous contentons de vivre à la surface de nous-mêmes, comme les plantes aquatiques qui n’ont pas de racines dans la terre mais qui flottent à la surface de l’eau. Je suis inquiète sur ce fait, celui d’être entourée par des gens intellectuellement déracinés. Ne pas connaître Platon ne constitue pas un tort envers Platon, mais si l’on ne connaît pas Platon, c’est très difficile de lire Dante, et si l’on ne comprend pas Dante, on a du mal à lire Rabelais, et ainsi de suite jusqu’au XIXe et XXe siècles. Je ne sais pas dès lors quel type de relation on peut avoir avec la culture dans son ensemble. Si on pense l’équivalent avec les mathématiques, c’est essayer de comprendre la théorie de la relativité sans avoir fréquenté les classes de primaire.

—  Cette coupure peut être conçue comme la conséquence d’une modernité qui ne se préoccupe que de sa propre avancée. Le modernisme peut-il s’affranchir de l’humanisme ?

—  J’aime beaucoup les mots «humanités» et «humanisme», ou, pour les dire en grec, « anthropocentrisme ». À l’heure actuelle, on renonce à une conception humaniste de la vie et de la société et on la remplace par l’individualisme. L’humanisme, c’est être capable de vivre avec soi-même dans une société. L’individualisme, c’est le contraire : en tant qu’individu, je pense que mes idées sont plus importantes que les tiennes.

—  Aujourd’hui, nous distinguons, voire séparons, les sciences « pures » des humanités, dont les langues anciennes et les cultures grecque et latine font partie. Cette séparation n’a pas été toujours vraie. Humanités et sciences dures ne devraient-elles pas au contraire se nourrir réciproquement ?

— J’en suis tout à fait convaincue. Il faut que les gens se souviennent de ce lien. Évidemment, pendant l’antiquité, cette séparation n’existait pas : sciences et humanisme étaient situés dans un grand ensemble, celui du savoir. La métaphysique, que l’on peut aussi appeler philosophie, portait ce nom car dans la bibliothèque d’Alexandrie, les livres de philosophie étaient rangés juste après les livres de physique (« méta » veut dire « après »).


Je ne peux pas imaginer la science pure sans la capacité de s’interroger sur ce que l’on découvre. C’est d’autant plus vrai dans une société comme la nôtre où les découvertes scientifiques sont de plus en plus importantes. On a à notre disposition une quantité inouïe de ressources technologiques. Mais chaque découverte scientifique doit être accompagnée d’un questionnement éthique : la question des limites, de l’utilité et surtout du «pourquoi ». Sinon, nous risquons une perte de sens et le déracinement. Je ne connais pas une autre façon de progresser en tant que société que cette conception humaniste : s’interroger sur ce que signifie être « humain » et vivre, sinon on se limite à être à la surface.

Dernier ouvrage paru :

L’Art de résister.
Comment “L’Énéide” nous apprend à traverser une crise,
trad. Béatrice Robert-boissier,
Gallimard, 2021.

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Herī des Beatuli, apprendre le latin par la chanson (Yesterday des Beatles et autres « classiques »)

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Le grec et le latin, nouvelles cibles des « wokes » 

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Vive le latin ! 

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Les Français veulent le retour à l’uniforme et la promotion du latin et du grec

 

mardi 28 décembre 2021

« Le Tour du monde en 80 jours » revisité : Phileas Fogg est un anti-héros, Passepartout est d'origine malienne, le détective Fix une femme journaliste

Des chaînes francophones comme France 2 et la RTBF diffusent depuis la semaine dernière les premiers épisodes du « Tour du monde en 80 jours », une version « modernisée » du chef-d’œuvre de Jules Verne, portée par le Britannique David Tennant.

 

Extraits de la version de 1956 avec David Niven dans le rôle de Phileas Fogg

Coproduite pour l’Alliance européenne (un consortium de télévisions publiques notamment française, britannique, belge, italienne et allemande), ce feuilleton tourné en anglais met en scène David Tennant dans la peau du gentleman Phileas Fogg aux côtés de l’acteur d’origine malienne Ibrahim Koma dans le rôle de son fidèle serviteur Jean Passepartout. On a avait déjà plus tôt cette année, le très français Arsène Lupin incarné par Omar Sy, acteur d’origine sénégalaise exilé en Californie. Qui propose ces acteurs d’origine africaine dans le rôle de Français lors des « réinventions » des classiques de la littérature française ?

Il s’agit donc d’une version « modernisée » du chef-d’œuvre de Jules Verne. C’est ainsi que le détective Fix du livre disparaît dans cette version. Il est remplacé par une journaliste intrépide et féministe, Abigail Fix. Passepartout, comme on l’a vu est un Français d’origine africaine. Quant à Fogg, c’est un antihéros. La princesse indienne sauvée in extremis d’un satî disparaît. Pas de mariage en vue entre elle et Fogg donc. L’idylle naît plutôt sous nos yeux entre Passepartout au torse nu et avantageusement brillant et Abigail Fix de plus en plus émoustillée. Idylle que Fogg, grand distrait, ne voit pas naître. On comprend sa cécité : Ibrahim Koma n’a pas le visage avenant d’un jeune premier avec son nez busqué et épaté.

Extraits de la version 2021

Cette version « réinventée » a visiblement bénéficié des largesses des diffuseurs publics européens : les décors, costumes, animations et trucages respirent l’argent. Elle est plus animée que la version de 1956. La version avec David Niven, assez fidèle au roman de Jules, pêchait aussi par des scènes longues qui viraient au documentaire folklorique, sans doute intéressant à une époque où très peu de gens prenaient l’avion. Malgré ces défauts, le long métrage de 1956 était un véritable divertissement familial qui ne donnait pas dans la culpabilisation.

Ce qui nous a frappé avec le feuilleton de 2021 (la plupart de ces remarques sont illustrés par la vidéo d’extraits ci-dessus) :

  • une « photographie » à dominante brune sauf sous les tropiques, l'image est alors mal éclairée contrairement aux couleurs chatoyantes de la version de 1956. 
  • Des personnes « modernes » comme nous l’avons déjà mentionné (un Anglais névrosé et maladroit, un Français noir, une journaliste féministe). 
  • Aucun mariage ne conclut heureusement l’aventure (c’est vieux jeu). 
  • Étrange anachronisme, Abigail dit que « nous sommes en 1872 », mais on voit des troubles liés à la Commune, soulèvement qui dura moins de trois mois en 1871 sans rapport avec le droit de vote restreint des pauvres, contrairement à ce qu’affirme Passepartout. On ne sache pas non plus qu’il y ait eu un attentat contre Adolphe Thiers à l’époque. Tentative d’attentat dont le tireur d’élite est un noir (en 1872 à Paris !). Au même moment, un figurant planté là bien visible auprès d'Adolphe Thiers est également un subsaharien. Décidément...
  • Passepartout de gai, aimable, serviable et astucieux se transforme ici en un polyglotte souvent impertinent.
  • Scène étrange (inventée bien sûr) où Fogg interrompt un père italien à l’ancienne qui morigène son fils. Fogg sauvera la vie de ce fils par la suite. Le bobo malingre, mollasson célibataire et sans enfant qui défend mieux les enfants que le père traditionnel ?
  • Fogg et Passepartout arrivés à Suez se perdent dans le désert d’Arabie en route vers Aden (scène inventée) et sont sauvés par deux femmes : Fix et une autre Anglaise mariée à un cheikh bédouin, mais c’est l’Anglaise qui semble porter le sarouel dans le ménage. Image d'Épinal du féminisme autoritaire et du mariage « mixte », très moderne, excellent pour les enfants. Cela permet de placer la figure historique Jane Digby à la vie scandaleuse pour l’époque. Elle vivait près de Damas et non dans le désert yéménite où elle aurait pu croiser Fogg. Il n’y a pas d’épisode en Arabie dans le roman de Jules Verne ni dans le film de 1956, Fogg empruntant simplement un bateau pour aller de Suez en Inde.
  • Plus aucun satî (immolation d’une veuve hindoue) sans doute parce qu’il ne faut pas présenter des coutumes barbares. L’épisode en Inde tourne donc plutôt autour d’une joyeuse noce interrompue par la soldatesque commandée par un officier-enfant britannique. Elle recherche un déserteur. On « apprend » alors que l’Inde avait des universités depuis 2000 ans. Ce qui est très exagéré. D’une part, le plus vieil établissement d’enseignement supérieur est habituellement considéré comme le grand monastère de Nâlandâ construit au Ve siècle de notre ère (1400 ans avant Fogg) et détruit plusieurs fois, la dernière en 1202 par les mamelouks (musulmans donc) du Sultanat de Delhi. D’autre part, la plus ancienne université (au sens moderne du terme) toujours en fonctionnement en Inde a été fondée dans l’ancien comptoir danois de Sérampour en 1808. 
  • Plus aucun mariage forcé (la princesse Aouda est promise à l’âge de 7 ans à son radjah dans le roman), mais un mariage d’amour entre autochtones roturiers que le vil occupant anglais veut briser.
  • Aucune attaque des Sioux ni torture de Passepartout attaché à un poteau (c’est mal d’attribuer un mauvais rôle à des non-Blancs). 
  • L’attaque est donc remplacée par celle de méchants sudistes très racistes qui pensent que Fogg est aussi raciste (et s’opposerait donc à l’idylle entre Passepartout et Fix). Bien évidemment, le feuilleton « moderne » laisse croire que les seuls sudistes auraient pu avoir d’aussi vilaines pensées à l’époque. Rappelons qu’Abraham Lincoln déclara au cours de l’un de ses célèbres débats sénatoriaux avec son adversaire Stephen Douglas en 1858 : « Il existe une différence physique entre les races blanche et noire qui, je crois, interdira à jamais aux deux races de vivre ensemble en termes d’égalité sociale et politique. »
  • Le shérif qui a arrêté le méchant suprémaciste blanc est un noir (les shérifs noirs étaient pourtant rarissimes à l’époque). On tombe en fait, comme par hasard, sur Bass Reeves, le tout premier shérif adjoint fédéral à l’ouest du Mississippi…
  • La convoyeuse armée de la diligence où se retrouvera ce sudiste est une femme (chose rarissime à l’époque). Elle veut bien se marier un jour, mais uniquement avec un homme qui la laissera faire absolument tout ce qu’elle veut.
  • Alors que le Phileas Fogg de Jules Verne (et du film de 1956) est un maniaque de ponctualité et d’ordre, celui de 2021 bronche quand le sudiste Abernathy évoque les valeurs d’ordre (cela sent-il déjà trop le nazisme et son ordre nouveau ou encore l’ordre moral trop réactionnaire ?)
  • L’épisode inventé dans la version de 2021 à New York où Fogg rencontre celle qu’il a abandonnée des années auparavant tombe comme un cheveu dans la soupe. Cette histoire qui doit expliquer la personnalité troublée de Fogg et la carte marquée d’un « lâche » qui l’a poussé à entreprendre le périple est une addition moderne mal venue à nos yeux. Cette plongée psychologique brise le rythme du récit déjà plombé par les sentiments si métissement corrects que tissent Fix et Passepartout. S’agit-il encore d’un récit d’aventures pour la jeunesse ?
  • La scène dans la salle de bal alors qu’un passager de première classe confond Passepartout avec un serveur est assez typique de la volonté didactique antiraciste du feuilleton. Le tout est pesant, lourd, caricatural. Passepartout et Fix sont dignes, dansent bien, les blancs racistes sont guindées, odieux, heureusement leur jeune fille, Agatha, est attirée, excitée même (le geste soudain des mains sur le ventre…) par ce couple métissé qui s’amuse, danse si bien et si librement. Les parents sont perclus de préjugés, mais l’espoir antiraciste réside dans la jeunesse qui laissera parler ses pulsions.
  •  Si les gentlemen du Reform Club chez Jules Verne s’acquittent bien évidemment de leur dette, il n’en va pas de même dans la version moderne : il n’y a plus qu’un parieur, Bellamy, et c’est un fieffé fourbe, un félon failli qui ne peut honorer sa dette (mais félon il peut l’être, il est blanc après tout).
  • Très peu d’humour britannique contrairement à la version de 1956, dans la nouvelle version le comique tourne plutôt autour du ridicule qu’inspire le maladroit Fogg.
  • Le ton est souvent agressif.
  • Faisant le tour du monde où de nombreux personnages de couleur peuvent être mis en valeur pourquoi changer la race de Passepartout pour en faire un noir ? Juste pour provoquer ?
  • Dialogues fréquemment sans intérêt, didactiques ou lourds.
  •  Bref, feuilleton le plus souvent sentencieux et ennuyeux, malgré de gros moyens de production et un rythme rapide.


Le journal 20 Minutes nous relate la genèse de cette « modernisation » :

Tout a commencé il y a cinq ans chez un bouquiniste. « Nous cherchions de grandes histoires avec du souffle. Le Tour du monde en quatre-vingts jours s’est imposé », se souvient le producteur Simon Crawford Collins, que 20 Minutes a rencontré au festival Canneséries [l’anglais « series » a remplacé le mot français « feuilleton » dans le sens d’histoire découpée en épisodes]. En pleine crise des [im] migrants [illégaux], alors que le Royaume-Uni se déchire sur le Brexit et que Trump est élu aux États-Unis, « nous avions l’impression que des murs se construisaient un peu partout dans le monde », explique-t-il. Adapter le roman de Jules Verne semblait « vraiment opportun, et avant même d’avoir entendu parler du Covid. » « Une occasion de montrer le monde, d’autres peuples et cultures » [au-delà des clichés on en voit très peu, on est dans l’exotisme de pacotille], renchérit le scénariste, producteur et cocréateur de la série avec Caleb Ranson, Ashley Pharoah.

« Des personnages authentiques avec des failles »

La série rend hommage aux grands films d’aventures, comme on en voit trop peu, à la façon d’un Indiana Jones ou des Diamants du Nil. [C’est exact.] « C’est un peu passé de mode, mais je pense qu’après la crise du Covid, que le monde a besoin d’aventures, surtout si elles ont du cœur et peu de cynisme », estime le créateur. « Souvent tout tourne autour de l’action, et pas assez autour de l’émotion. Ashley a trouvé le moyen de mélanger l’action avec des personnages authentiques, avec des failles », considère le producteur.

Phileas Fogg dans l’édition Hetzel. Jules Verne le décrit comme un « fort galant homme », « l’un des plus beaux gentlemen de la société anglaise », « haut de taille », « blond de cheveux et de favoris ».

Cette adaptation prend [beaucoup !] des libertés tout en respectant l’esprit de l’œuvre d’origine. « Je pense que faire de Phileas Fogg un antihéros blessé, un peu naïf, presque enfantin, est une idée moderne [mais justement pas fidèle à l’esprit originel]. Il va au même club tous les jours, il y mange la même chose et il voit les mêmes personnes… Et une petite carte postale va changer tout cela », raconte le scénariste. Passepartout est tout l’opposé. [Normal, Fogg est blanc donc décadent, névrosé, tourmenté et faible, ce Passepartout est noir donc débrouillard, plein de vitalité, dynamique, etc.] « C’est un homme qui ne se pose jamais, qui a peur de tomber amoureux, peur de s’installer », continue-t-il.

Si le rôle de Phileas Fogg n’a pas été écrit spécialement pour David Tennant, l’acteur s’est vite imposé comme le seul capable d’incarner parfaitement ce gentleman. « Il fallait qu’on saisisse les traumatismes qu’ils cachent. Nous devions trouver un capable d’être drôle, et d’avoir cette profondeur. On s’est dit : “David Tennant serait parfait pour cela” ».

Jean Passepartout dans l’édition Hetzel. Jules Verne le décrit comme « de physionomie aimable », « les yeux bleus », « le teint animé », « la taille forte, une musculature vigoureuse ».

« Nous voulions un personnage féminin fort »

Pas de détective Fix dans cette version, mais une journaliste intrépide, jouée par l’Allemande Leonie Benesch. « Abigail Fix est notre invention. Nous voulions un personnage féminin fort. En tant que reporter, elle représente un peu le public. Quand Phileas Fogg est malpoli avec ses hôtes en Inde, elle le remet en place et lui rappelle les bonnes manières. Mettre en avant son féminisme nous sert, à la fois en tant que thème, mais aussi pour apporter de l’humour comme lorsqu’elle balance “une femme a autant besoin d’un homme qu’un poisson d’une bicyclette” », glisse le créateur. [Quelle saillie drolatique ! De l’humour féministe à n’en point douter…]

L’humour joue la carte du choc des cultures, notamment entre le Britannique Phileas Fogg et le Français Jean Passepartout, en revanche, pas question de moquer les autres cultures [sauf de l’Anglais incarnant l’Occidental maladroit ou malpoli ?]. « Le colonialisme est un sujet brûlant. Voilà, un aristocrate Anglais qui fait le tour du monde. Nous devions donc trouver un sens de l’humour pour permettre un contrepoint. Nous ne rions pas des gens qu’il rencontre, mais nous rions de sa réaction embarrassante », analyse Ashley Pharoah.

Et d’ajouter : « David Tennant apporte lui-même beaucoup d’humour, parce qu’il est hyperprécis. Il a parfaitement saisi toutes les nuances. C’est le rêve des scénaristes d’avoir un acteur qui apporte beaucoup plus que ce qu’il y a sur le scénario. » « Ibrahim et Leonie sont beaucoup moins expérimentés que David. Il leur a servi de modèle extraordinaire à suivre, en apportant à chaque fois une petite touche en plus. Ils se sont révélés tous deux brillants et professionnels », se réjouit Simon Crawford Collins. L’alchimie du trio à l’écran est telle qu’une saison 2 a d’ores et déjà été commandée !  

[Aïe ! Les sous des contribuables seront à nouveau investis dans la « modernisation » des classiques qui n’en demandaient pas tant.]


mardi 14 décembre 2021

France — Malgré une forte demande, l’apprentissage du latin et du grec stagne dans les collèges et lycées

« L’étude du latin et du grec ancien est un complément indispensable à la formation de nos élèves pour en faire des citoyens éveillés, raisonnés et cultivés. » À 100 jours de la présidentielle, l’association de promotion des langues et cultures de l’Antiquité « Arrête ton char ! » interpelle les candidats sur l’avenir de l’enseignement des langues en France, après 2022.

« Dans cette drôle de campagne, on n’entend pas beaucoup parler d’éducation, et encore moins de latin et de grec, explique son président, Robert Delord, professeur de lettres classiques dans un collège de la Drôme. Pourtant la maîtrise des bases du latin permet d’asseoir la maîtrise de la langue française. »

Cible des attaques « woke »

« Je suis convaincu que nous devons à la fois proposer l’apprentissage des langues anciennes à davantage d’élèves et raffermir les liens entre cet enseignement et les autres disciplines », affirmait encore récemment le ministre de l’Éducation. Après avoir signé une déclaration avec ses homologues grec, italien et chypriote pour « promouvoir une Antiquité qui éclaire et nourrit le présent », Jean-Michel Blanquer annonçait le 15 novembre, dans une interview au Point, le développement des options latin et grec au collège et au lycée.

« Des lycéens canadiens ont brûlé L’Odyssée. Aux États-Unis, des universitaires rédigent des chartes pour décoloniser les auteurs antiques… Je trouve de telles interprétations absolument sidérantes », expliquait encore le ministre, alors que les cultures antiques sont aujourd’hui la cible des attaques woke.

Mais dans le même temps, la Rue de Grenelle, par un texte publié le 12 novembre, a mis fin au système de bonus dont pouvaient bénéficier les élèves présentant l’épreuve facultative de latin au bac. « Les élèves qui poursuivent l’option latin jusqu’au bac, soit six ans d’investissement dans cette option à des horaires souvent ingrats, vont perdre la bonification », résume le président de l’association « Arrête ton char ! », créée début 2015, juste avant que la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem vienne porter un coup fatal au latin.

Mais Robert Delord, n’est pas surpris. Le fossé entre les grandes déclarations politiques en faveur des langues anciennes et la réalité de leur enseignement est un grand classique. « On fait porter le chapeau à Jean-Michel Blanquer, mais il faut regarder du côté de Bercy, glisse-t-il. La volonté de faire des économies sur le dos des langues anciennes remonte à loin. » En 1969, c’est sous le mandat de Georges Pompidou, agrégé de lettres classiques, que fut supprimé l’apprentissage pour tous du latin en 5. L’année précédente, il avait déjà disparu du programme de 6. Il deviendra ensuite une initiation obligatoire en 5, avant que le ministre Claude Allègre la rende facultative à partir de 1998.

Une variable d’ajustement

« Jusqu’aux années 1960, on apprenait le français à travers le latin. Au début du XXe siècle, il n’y avait d’ailleurs pas de matière appelée “français”, rappelle Robert Delord. Si les élèves d’aujourd’hui maîtrisaient les bases du latin — avec sa grammaire rigoureuse, mais pas compliquée —, ils n’arriveraient pas en 3e sans reconnaître un sujet ou un complément d’objet », poursuit le professeur, qui ne veut pas « faire le vieux réac » mais se souvient avec amertume de cet enseignement du latin décrit, à gauche, comme « poussiéreux » et « élitiste », au moment de la réforme du collège, sous le quinquennat Hollande. Une réforme qui a achevé de faire du latin une variable d’ajustement, en mettant fin au « fléchage » des heures et en laissant l’organisation des enseignements à la main des chefs d’établissement.

Par ailleurs, au lycée, la réforme du bac de 2019 a créé 13 « spécialités », parmi lesquelles « langues et cultures de l’Antiquité ». Mais celle-ci est faiblement proposée par les établissements, à part dans les lycées réputés.

Chaque année, 500 000 élèves étudient le latin de la 6e à la terminale. Un chiffre qui n’a pas évolué depuis quarante ans. « La démocratisation du latin s’est arrêtée, car il y a un numerus clausus établi, de fait, par les chefs d’établissement. Pourtant, la demande est là ! affirme Robert Delord. Parmi les collégiens qui veulent s’inscrire en option latin, certains restent parfois sur le carreau. On choisit les meilleurs élèves — ce qui est une véritable erreur — ou on tire au sort. »

« L’autonomie des collèges et des lycées ne saurait avoir pour conséquence la dégradation de l’enseignement du latin et du grec », a pour sa part martelé Jean-Michel Blanquer, le 15 novembre, en annonçant, pour la rentrée prochaine, la mise en place dans chaque académie de missions chargées de veiller à cela.

Source : Le Figaro

dimanche 5 décembre 2021

Propositions d'Éric Zemmour en éducation : vidéo et extraits transcrits de son discours de Villepinte ce dimanche

Transcriptions

[Tout au long de cette campagne], je continuerai de rendre publiques les mesures que je propose pour la France. Notre projet politique s’inscrit dans la durée. Nous nous engageons pour les décennies suivantes et pour les prochaines générations et sur le long terme puissance rime avec éducation.

Pour l’école, nous serons du côté de l’excellence.

[Applaudissements]

Le modèle scolaire français doit revenir à ses fondamentaux avec une attention particulière pour les mathématiques et les humanités.

[Applaudissements]

Nous devons retrouver ce modèle qui a fait notre succès hier et qui fait aujourd’hui la réussite des pays asiatiques qui nous ont imités :

  • culture classique,
  • études scientifiques,
  • valorisation des savoir-faire manuel,
  • transmission des savoirs et
  • culte du mérite et de l’excellence.

[Applaudissements]

Dès la rentrée prochaine, nous referons de l’école l’instrument de l’assimilation à la française et nous chasserons des classes de nos enfants :

  • le pédagogisme,
  • l’islamo gauchisme et
  • l’idéologie LGBT.

[Applaudissements]

Nous redonnerons aux enseignants les moyens de travailler, nous rétablirons leurs autorités.

Nous interdirons

  •  l’usage de l’écriture inclusive et
  •  nous bannirons toute forme de discrimination positive.

[Applaudissements]

Oui, oui, je le promets, oui, je le promets : l’école ne sera plus laboratoire idéologique de la gauche et nos enfants ne seront plus ses cobayes.

L’école de la République l’école de la République doit redevenir le sanctuaire qu’elle fut et l’école libre, à qui nous devons tant, doit rester libre.

[Applaudissements]

L’école doit retrouver son objectif prioritaire : la transmission des savoirs, seule à même de réduire les inégalités elle ne doit plus chercher, elle ne doit plus chercher à toute force être la plus « inclusive » possible, mais au contraire rétablir le culte du mérite et de l’effort.

[Applaudissements]

Et, c’est parce qu’on transmettra de nouveau les savoirs, parce qu’on rétablira le culte de l’effort et du mérite qu’on luttera efficacement contre les inégalités sociales.

[Applaudissements]

Je veux, je veux en finir avec ce pédagogisme qui n’aura eu de cesse depuis quarante ans que de rabaisser le niveau scolaire. Au nom de l’égalité entre tous les élèves, ils les ont privés de culture.

Ils ont empêché les évaluations, ils ont banni les classements. Ils pensaient rendre service aux élèves, ils les ont privés d’excellence les empêchant de démontrer leur talent, leur intelligence et leur travail.

C’était l’école de mon enfance et, j’en suis sûr, celle de beaucoup d’entre vous ici. Cette école qui permettait en une génération de gravir les plus hauts échelons de la République. Souvenez-vous de Georges Pompidou, normalien agrégé de lettres, haut fonctionnaire, chef de l’État, dont les parents étaient enseignants et les grands-parents de modestes paysans. C’est ce type de destinée que je veux pour les prochaines générations de Français, quel que soit leur milieu social.

[Applaudissements]

Oui, oui, cette France oubliée, notre France oubliée, a le droit de retrouver une école de qualité. Cette France méprisée a le droit de retrouver des services publics. Cette France abandonnée qui manque de commissariats, qui manque de trains, qui manque de médecins, qui manque d’hôpitaux, on la prive aussi d’une école à la hauteur de ses rêves pour ses enfants. C’est injuste et c’est inadmissible.

[Applaudissements]

Mais, mais impossible n’est pas français. L’État peut partir à la reconquête de cette France abandonnée. Il doit revenir dans chaque village, dans chaque commune, dans chaque département pour proposer son modèle fondé sur l’excellence : l’excellence industrielle, l’excellence scientifique, l’excellence scolaire, l’excellence de nos services publics.

[Applaudissements]

Oui, notre combat est celui de l’excellence. Mais notre combat est avant tout celui pour la France, car face aux changements de peuples qui s’accélère, nous sommes les seuls qui osons dire la vérité les seuls à prononcer les mots qui fâchent et à proposer les mesures qui s’imposent.

Par ailleurs, dans ses priorités affichées sur son site internet, Éric Zemmour affirme:

L’apprentissage des savoir-faire fondamentaux à l’école primaire, la suppression du collège unique ou encore le relèvement du niveau du baccalauréat sont autant de mesures urgentes à mettre en œuvre pour redresser le niveau global.

vendredi 2 juillet 2021

La Chine, un essor irréversible ? Retour du conservatisme et du nationalisme ?

Les résultats chinois en matière d’alphabétisation, de scolarisation, de diplomation universitaire sont impressionnants. Plus de jeunes diplômés universitaires chinois que dans tout l’Occident (Amérique du Nord et Europe). Les professeurs chinois seraient payés à la performance de leurs élèves.

Les parents chinois plébiscitent l’étude des classiques chinois, le parti communiste chinois a intégré des épreuves sur la culture traditionnelle dans les examens d’accès à l’université.

Le communisme qui était un progressisme féroce et un messianisme laïcisé se mue en nationalisme conservateur.

Voir aussi

Et si la diversité diminuait la confiance ? (Putnam) 

La « diversité » ou la tarte à la crème

Un Québec de plus en plus divers, est-ce vraiment une bonne chose ?

Étude — Baisse de « solidarité » corrélée à l’augmentation du nombre d’étrangers

Très forte augmentation des élèves allophones à Montréal

Multiculturalisme, « hybridation », « métissage culturel », une nouvelle illusion théorique dans les sciences sociales

« Trop de diversité sape les fondements de la solidarité » 

La Chine va autoriser les familles à avoir trois enfants

Chine — scolarité moins longue pour augmenter la natalité 

Chine — Malgré la fin de la politique de l’enfant unique, la natalité continue de baisser

Cinéma — le marché chinois a dépassé le nord-américain, part d’Hollywood s’effondre en Chine

Chine — Plus besoin de faire des études aux États-Unis

Chine : le nombre croissant de diplômés sans emploi inquiète les autorités 

La Chine voudrait que l’école virilise les garçons

 

 

vendredi 25 juin 2021

La nouvelle Blanche-Neige : une militante « métisse » d’extrême-gauche obsédée par la censure

Pendant que les médias s’extasient de voir l’héroïne de Disney incarnée par Rachel Zegler (ci-contre), une jeune femme polono-colombienne, cette dernière se fait surtout remarquer sur les réseaux sociaux, où elle multiplie les anathèmes politiques. Un condensé d’intolérances qui résume la génération « woke ».

« Une politique assumée d’inclusivité et de diversité » (Les Inrocks). « Les racistes en PLS » (Konbini). « Tut-tut les rageux » (MadmoiZelle)… 
 
Après l’annonce de la nouvelle incarnation de Blanche-Neige au cinéma, les louanges médiatiques sont de sortie : il s’agit d’une actrice métisse, Rachel Zegler, Américaine née d’une mère colombienne et d’un père polonais. De quoi subvertir la première héroïne de Disney sur grand écran, en 1937, tirant son nom dans le conte des frères Grimm du fait qu’elle soit « blanche comme neige ».

Pourtant, Rachel Zegler l’assure : elle ne compte pas « s’éclaircir la peau pour le rôle ». Sur Twitter, la jeune actrice de 20 ans se réjouit au contraire de succéder à Halle Bailey, chanteuse afro-américaine choisie par Disney en 2019 pour incarner La Petite Sirène. « Ceci est un mouvement, mes amis… cessez d’être racistes », lance-t-elle alors. Depuis, Rachel Zegler se sent « prise dans la vague de l’Histoire ». Entre deux bouffées de narcissisme, où elle se considère comme « la personne la plus sexy de la planète », la jeune femme réfute toute contradiction, en bloquant ou en insultant ceux qui remettent en question ses idées politiques.

Le totalitarisme victimaire

Avant d’être payée par Disney, Rachel Zegler se déchaîne en octobre 2019 contre l’un des acteurs phares de la compagnie, Jeremy Renner. La raison ? Ce dernier a utilisé en 2010 le terme « travelot » pour décrire un rôle de transexuel qu’il aimerait jouer au cinéma. Zegler réagit en le traitant de « raciste, sexiste, transphobe, monstre pourri », tout en souhaitant voir son personnage de Hawkeye dans la série Avengers offert à « une femme trans de couleur et sourde ». Quand une internaute lui répond que les « femmes trans de couleur » méritent de choisir leurs propres rôles, Rachel Zagler se morfond d’excuses pour son « ignorance » vis-à-vis de cette communauté.

Rebelote, en juin 2020, l’actrice s’en prend à l’auteur d’Harry Potter, J.K. Rowling, qui regrette de voir le mot « femme » remplacé, au sein de la communauté LGBT, par l’expression « personne qui menstrue ». Zegler traite frénétiquement J.K. Rowling de « transphobe » à plusieurs reprises, puis interpelle le fondateur de Twitter, afin de pouvoir censurer celle qu’elle considère comme « Terf », une « féministe radicale anti-trans » [une féministe à l’ancienne qui n’a pas épousé le mouvement trans et désapprouve par exemple que des hommes qui se disent femmes puissent participer dans les épreuves de sport féminin]. Des paroles aux actes, l’actrice métisse se réjouit ouvertement, en décembre 2020, d’avoir agressé physiquement des personnes dans les rues de New York. Ce qui revient, avec ses 1 min 58 s pour 50 kg, à « donner des coups de coude à un homophobe » et à « marcher sur les pieds d’un transphobe », comme elle l’annonce fièrement sur les réseaux sociaux.

Rachel Zagler fait aussi des dons au mouvement racialiste Black Lives Matter. En mai 2020, quand une militante afro-américaine lui dit qu’elle n’a pas le droit d’utiliser le symbole du poing levé en tant que métisse non noire, elle s’aplatit et s’excuse à nouveau sur Twitter. Durant l’été, sa colère finit de se fixer sur la police, qu’il faudrait « abolir », et sur le policier, synonyme de « meurtrier », de « raciste » et de « suprémaciste blanc ». Suivent les électeurs de Donald Trump, près de 75 millions d’Américains qui seraient à ses yeux des « racistes et suprémacistes blancs » en soutenant le président. « Je ne le dirai pas suffisamment : asseyez-vous tous les racistes […] Je vous hais ».

Du pain béni pour Disney

Durant la campagne présidentielle aux États-Unis en 2020, de nombreuses célébrités se déchaînent de la même façon sur les réseaux sociaux contre Donald Trump. Avant de comparer la défaite des électeurs Républicains à celle des nazis en 1945, l’acteur Pedro Pascal mettait sur un même plan les États-Unis sous Trump et les camps de concentration, en deux images superposées. « Je veux rappeler à chacun d’aimer Pedro Pascal », lance Rachel Zagler, en véritable admiratrice enamourée, au mois de septembre 2020.

Vedette de la série dérivée de la Guerre des Étoiles « Le Mandalorien », Pascal est conforté dans ses positions politiques par son employeur, Disney, qui ne trouve rien à lui reprocher. À l’opposé, l’actrice Gina Carano, vedette de la même série, est virée comme une malpropre fin 2020. Ses torts ? Avoir osé évoquer ses positions conservatrices durant la campagne, puis affirmé sa crainte de violences génocidaires à l’encontre des Républicains, devant la diabolisation folle d’une moitié des États-Unis. En septembre, Rachel Zagler lui avait déjà donné l’ordre de ne pas « plaisanter des pronoms » utilisés dans les descriptions Twitter, telles des parures essentielles au narcissisme identitaire. Les ventilateurs de Zagler avaient fait le reste, en traitant Gina Carano de « pute » et de « puante » sur Twitter.

Championne de la « culture du bâillon », visant à effacer socialement et professionnellement ceux qui ne pensent pas droit [ou est-ce « qui ne pensent pas gauche » ?], Rachel Zagler est donc récompensée par Disney en devenant la prochaine incarnation de Blanche-Neige. Si le metteur en scène, Marc Webb, salue « la force, l’intelligence et l’optimisme » de l’actrice, aux « extraordinaires capacités vocales », un autre son de cloche apparaît du côté de l’exécutif. Mi-juin, la vice-présidente des studios Marvel, Victoria Alonso, intervient au Festival international du film d’animation d’Annecy pour expliquer la stratégie chez Disney : « Notre audience est mondiale. Vous pouvez chercher des explications sociales ou culturelles [aux choix d’acteurs]. Mais en vérité, c’est juste du négoce. D’un point de vue économique, on laisse filer de l’argent si on ne “représente pas” ». [Encore faut-il que les marchés non blancs, comme le chinois, suivent… et que cela les fassent rêver... Rappelons que Mulan de Disney a fait un four en Chine.]

Source

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lundi 31 mai 2021

États-Unis — Princeton supprime l’obligation de faire du latin ou du grec pour les études classiques

L’université Princeton a approuvé les changements de programme dans les départements de sciences politiques, de religion et des études classiques (antiquité latine ou grecque) en avril. Le département de sciences politiques a ajouté un parcours en race et identité, tandis que la religion et les classiques ont « augmenté la souplesse » en ce qui concerne les majeurs, y compris l’élimination de l’obligation pour ceux qui se spécialisent dans les études classiques, de suivre des cours de grec ou de latin.

« Dans les classiques, deux changements majeurs ont été apportés. La filière “classiques”, qui exigeait une maîtrise intermédiaire du grec ou du latin pour faire de ces études une “majeure” de ce champ d'études a été supprimée, de même que l’obligation pour les étudiants de suivre des cours de grec ou de latin. Les étudiants sont toujours encouragés à suivre des cours de l’une ou l’autre des langues si cela correspond à leurs intérêts dans le département. L’étendue des offres reste la même, a déclaré Josh Billings, directeur des études de premier cycle et professeur de classiques. Les changements donnent finalement aux étudiants plus d’opportunités de se spécialiser dans les classiques. »

Les discussions sur ces changements sont antérieures à l’appel du président de l’université Princeton, Christopher Eisgruber, pour lutter contre le racisme systémique à l’Université, a déclaré Billings. Ces changements sont cependant devenus plus urgents après cet appel et les émeutes raciales qui se sont produites l’été dernier. « Nous pensons qu’avoir de nouvelles perspectives dans le domaine améliorera le domaine », a-t-il déclaré. « Avec des gens qui arrivent qui n’ont peut-être pas étudié les classiques au lycée et qui n’ont peut-être pas eu d’exposition préalable au grec et au latin, nous pensons que le fait d’avoir ces étudiants dans le département en fera une communauté intellectuelle plus dynamique. »

À quand ne plus obliger d’apprendre les mathématiques en sciences ce qui « en fera une communauté intellectuelle plus dynamique » ?

Selon le site Web des admissions de premier cycle de Princeton, le coût total pour assister à Princeton est de 77 690 $ pour l’année scolaire 2020-2021. Ce total comprend 56 010 $ pour les frais de scolarité, 10 690 $ pour frais de chambre, 7 490 $ pour la pension (les repas), 3 500 $ en dépenses diverses. Cette estimation totale n’inclut pas les frais de voyage, qui, selon Princeton, peuvent varier de 300 $ à 5 000 $ par an.

Source : Alumni Weekly de Princeton

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Les latinistes noteront que le locatif de domus est domi (à la maison, chez soi), mais qu’il ne s’applique pas ici puisqu’il y a mouvement et que l’accusatif domum s’impose donc. La phrase corrigée par le généreux et convaincant pédagogue nocturne est donc correcte : Romani ite domum. En outre, ire se conjugue eo, is, it à l’indicatif présent et non io, is, it (à 1 min 17 s).