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samedi 15 juin 2024

Islande — Nouvelle loi plus stricte sur l'immigration approuvée par le parlement

Le Parlement a approuvé le projet de loi sur l’immigration de la ministre de la Justice Guðrún Hafsteinsdóttir. Les membres de la coalition gouvernementale, le Parti du centre et le Parti populaire ont soutenu le projet de loi, tandis que l’Alliance sociale-démocrate et le Parti de la réforme se sont abstenus. Le Parti Pirate s’est opposé au projet de loi.

Guðrún Hafsteinsdóttir, ministre de la Justice de l’Islande


Quarante-deux voix pour

Le projet de loi sur l’immigration proposé par la ministre de la Justice Guðrún Hafsteinsdóttir a été approuvé par le Parlement islandais, rapporte le journal Vísir.

Tous les membres de la coalition gouvernementale ont voté en faveur du projet de loi, ainsi que les membres du Parti du Centre et du Parti du Peuple. Les membres de l’Alliance sociale-démocrate et du Parti de la réforme se sont abstenus, tandis que les membres du Parti pirate ont voté contre le projet de loi.

Au total, 42 députés ont voté en faveur du projet de loi.

Quatre amendements principaux


Comme l’indique le diffuseur national islandais RÚV, le projet de loi comprend quatre changements majeurs par rapport aux lois actuelles. Des conditions plus strictes pour le regroupement familial seront mises en œuvre, la durée du permis de séjour sera raccourcie, des changements seront apportés à la Commission des recours en matière d’immigration et le traitement des recours sera accéléré.

Alignement avec les autres pays scandinaves

« Les objectifs du projet de loi sont clairs dans ce domaine important. Comme indiqué précédemment, ils visent à aligner notre législation sur celle des pays nordiques et à supprimer de notre législation les règles de procédure propres à l’Islande », a déclaré la ministre de la Justice, Guðrún Hafsteinsdóttir, avant le vote. « Je me félicite également de la vision et de la politique globales dans ce domaine que le gouvernement a adoptées au début de l’hiver, et ce projet de loi est un élément important de cette politique », a ajouté Mme Hafsteinsdóttir.

Réduction des dépenses

Le gouvernement islandais a annoncé que ces mesures réduiraient les dépenses et permettrait de mieux accueillir les réfugiés légitimes.

« La réduction du nombre de demandes qui ne remplissent pas les conditions requises pour bénéficier d’une protection et l’amélioration de l’efficacité du traitement des demandes permettent d’économiser de l’argent, qui sera utilisé pour augmenter les contributions destinées à garantir l’enseignement islandais, l’assistance accrue aux enfants dans les écoles et l’éducation communautaire, qui aide les personnes à participer activement à la société islandaise. »

Les sept ministères suivants sont directement impliqués dans la mise en œuvre des mesures :

Le ministère de la Justice, le ministère des Affaires sociales et du Marché du travail, le ministère des Universités, de l’Industrie et de l’Innovation, le ministère de la Santé, le ministère des Infrastructures, le ministère de la Culture et du Commerce, le ministère de l’Éducation et le ministère de l’Enfance.

Privation d’aide gouvernementale 30 jours après le rejet de la demande d’asile
 
La nouvelle législation adoptée prive les demandeurs d’asile de leurs privilèges, y compris l’accès au logement et aux soins de santé, 30 jours après le rejet de leur demande.

L’opposition du camp pro-immigration

Les organisations de défense des droits de l’homme en Islande se sont fermement opposées à ce projet de loi, notamment la Croix-Rouge, l’UNICEF et Amnesty International.

« Cette question confirme la position que je défends depuis longtemps, à savoir que ce gouvernement est hostile aux réfugiés », a déclaré la députée du Parti Pirate Þórhildur Sunna Ævarsdóttir. « Ce projet de loi est censé envoyer un message, un message selon lequel les gens doivent quitter le pays, sinon ils seront jetés à la rue, sans soutien et sans accès aux services minimums. » Les manifestants qui s’opposent au projet de loi se sont rassemblés devant le bâtiment du parlement cette semaine. La foule comprenait des demandeurs d’asile dont la demande a été rejetée et qui perdront donc leur logement et leur accès aux services maintenant que le projet de loi a été adopté.

Colmater des failles dans la Loi

Les autorités islandaises ont été confrontées à des contestations juridiques pour plusieurs déportations et actions récentes concernant les demandeurs d’asile dans le pays, y compris le retrait de services, une action que le projet de loi a maintenant explicitement légalisée.

En 2021, la Direction de l’immigration a retiré les allocations de logement et de nourriture à une vingtaine d’hommes qui devaient être expulsés, une mesure que la Commission de recours en matière d’immigration et d’asile avait par la suite jugée contraire à la loi.

En décembre dernier, le tribunal de district de Reykjavík statua que l’expulsion du réfugié irakien Hussein Hussein et de sa famille en novembre 2022 n’avait pas de base légale. Leur expulsion a suscité l’indignation chez certains lorsque des images ont fait surface sur les médias sociaux montrant les autorités en train de retirer Hussein de son fauteuil roulant par la force. L’incident a également suscité la controverse lorsque les autorités aéroportuaires ont tenté d’étouffer la couverture médiatique des expulsions.

L’année dernière, l’État islandais a versé des dommages et intérêts à une demandeuse d’asile albanaise qui avait été expulsée en 2019 alors qu’elle en était à son neuvième mois de grossesse, en dépit d’un certificat médical indiquant qu’un long vol serait difficile pour elle.

Voir aussi
 
 
 
 

samedi 4 novembre 2023

Immigration : les pays nordiques renforcent leur coopération pour faciliter les expulsions de clandestins

Le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande et l'Islande organiseront notamment des « vols Frontex communs » afin de transporter les clandestins vers leur pays d'origine.

Les pays nordiques durcissent leur politique d’immigration. Au terme d’une réunion de deux jours, le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande et l’Islande ont convenu de renforcer leur coopération afin de faciliter le renvoi de sans-papiers. Pour ce faire, les pays nordiques se sont entendus sur trois mesures cruciales, rapporte Le Figaro.

En premier lieu, les représentants de ces cinq pays se rencontreront régulièrement, afin de « renforcer ensemble la coopération avec les pays tiers pour mieux réaliser les retours vers les pays concernés, et pour apporter un soutien à la réintégration », a annoncé le ministère danois des Migrations, mardi 31 octobre. Deuxièmement, le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande et l’Islande organiseront des « vols Frontex communs », afin de renvoyer les migrants qui se trouvent en situation irrégulière sur leur sol. Créée en 2004, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes vise à aider les États membres de l’UE à protéger les frontières extérieures de l’espace Schengen.

Une politique migratoire dissuasive

En outre, ces pays nordiques se sont mis d’accord afin « d’aider ensemble les migrants en situation irrégulière en Afrique du Nord ». Ces clandestins se verront ainsi « proposer un rapatriement volontaire vers leur pays d’origine ainsi qu’une aide à la réinstallation dans le pays tiers », a précisé le ministère danois des Migrations.

Depuis maintenant dix ans, le Danemark mène une lutte acharnée contre l’immigration illégale. Si les expulsions sont facilitées, les conditions du droit d’asile ou de l’acquisition de la nationalité ont elles aussi été durcies. Ainsi, toute condamnation à une peine d’amende entraîne un report de l’examen de la demande d’asile, et une peine de prison empêche définitivement un étranger de demander la nationalité.

vendredi 30 juin 2017

Comment l'Islande a désintoxé ses ados en quelques années

À la fin des années 1990, une série d’enquêtes sociales met au jour la dérive des jeunes Islandais. À l’époque, plus de 40 % des ados de 15 et 16 ans déclarent avoir bu au cours du mois précédent, un sur quatre fume et 17 % reconnaissent avoir déjà consommé du cannabis — un taux comptant alors parmi les plus élevés d’Europe.

« Les chiffres étaient inacceptables », analyse aujourd’hui le sociologue Helgi Gunnlaugsson. « Ç’a été un choc, mais surtout un déclic ».

Le nombre d’adolescents qui boivent, fument ou se droguent a chuté au cours des 20 dernières années. Le pourcentage qui a pris du cannabis est passé de 17 % à 7 % en 18 années.

« Quiconque marchait dans les rues de Reykjavik (à cette époque) le vendredi ou le samedi soir aurait eu peur ! Les adolescents déambulaient ivres, désagréables, ils étaient bruyants... Cela semblait même dangereux. Toute la société s’est inquiétée, pas seulement les parents », relève Harvey Milkman, professeur de psychologie à Denver et impliqué dans le projet depuis ses prémices.

Sous l’impulsion de Jon Sigfusson, directeur du Centre islandais pour la recherche et l’analyse sociale (Rannsóknamiðstöðin Rannsóknir og greining, R og G), le gouvernement lance en février 1997 un programme appelé « Une Islande sans drogue », renommé ultérieurement « Les jeunes en Islande ».

Sa clé de voûte : des questionnaires anonymes soumis aux écoliers et collégiens, qui permettent une véritable radiographie d’une génération. « Quand avez-vous bu pour la dernière fois ? Avez-vous déjà été ivre ? Avez-vous déjà essayé de fumer ? Si oui, à quelle fréquence fumez-vous ? Combien de temps passez-vous avec vos parents ? À quelles activités participez-vous ? »

Mobilisation générale, couvre-feu, hausse de l’âge de la majorité civile

En 1998, autorités et travailleurs sociaux estiment avoir recueilli suffisamment d’informations pour décréter la mobilisation générale.

Un couvre-feu frappe les mineurs de 13 à 16 ans qui ont encore aujourd’hui interdiction d’être dehors après 22 h, avec la permission de minuit du 1er mai au 1er septembre — quand il fait encore jour très tard le soir. La majorité civile est portée de 16 à 18 ans, la vente de tabac interdite aux moins de 18 ans et l’achat d’alcool illégal avant 20 ans.

En Islande, par ailleurs, les cigarettes sont invisibles sur les étalages, leur prix est parmi les plus élevés d’Europe, avec un prix moyen de 9 euros le paquet, et comme dans la majorité des pays nordiques, l’alcool est vendu dans des magasins d’État et taxé à plus de 80 %.

Le programme encourage de son côté la pratique du sport. Dans la capitale islandaise, chaque famille dispose d’une enveloppe annuelle de 35 000 couronnes (environ 380 $) par enfant de 6 à 18 ans pour l’exercice d’une activité extrascolaire.

Certains, ici, y voient un des facteurs expliquant l’essor du foot sur la petite île de l’Atlantique Nord et le parcours exceptionnel de son équipe à l’Euro-2016, où elle ne s’est inclinée qu’en quart de finale face à la France.

La petite Islande (340 000 habitants) bat l’Angleterre (55 millions) à l’Euro 2016

Pêche, soccer et jeux de quilles

À bientôt 15 ans, Kristjan Johannesson affirme n’avoir jamais bu une goutte d’alcool, ni touché une cigarette.

Sur les murs de sa chambre, il expose fièrement ses exploits à la pêche ou au foot. Sur le terrain synthétique de Breidholt, au sud de Reykjavik, il tape le ballon cinq fois par semaine. « C’est un plaisir de jouer au foot surtout avec mes amis, on s’éclate ».

Avec son catogan à la Zlatan Ibrahimovic, son idole, il vient tout juste d’être sélectionné avec l’équipe nationale des moins de 16 ans.

À l’âge où nombre d’adolescents s’enferment dans leur chambre, Kristjan passe le plus de temps possible avec ses parents.

Car les concepteurs du programme islandais prônent « plus de proximité, d’attention et de partage » au sein de la famille, explique Jon Sigfusson, le directeur du R og G.

Conscients du mal et appuyés par les structures scolaires, nombre de parents ont suivi ces recommandations.

« Nous faisons plus de choses avec nos enfants que par le passé », reconnaît ainsi Asdis, la mère de Kristjan, qui apprécie particulièrement les parties de quilles avec son fils.

Le programme a vite porté ses fruits, réduisant les problèmes de moitié en seulement huit ans, explique Jon Sigfusson. Et près de vingt ans après son lancement, la table est renversée : le pourcentage des jeunes déclarant avoir bu au cours du mois précédent a chuté à 5 %, les fumeurs réguliers sont seulement 3 % et 7 % avouent avoir consommé du cannabis.

Si l’amélioration suit une tendance européenne accréditée par les enquêtes ESPAD (European School Project on Alcohol and other Drugs [ne publie qu’en anglais...]), il n’y a qu’en Islande qu’elle prend de telles proportions.

Chaque famille dispose d’une enveloppe annuelle d’environ 380 $ par enfant de 6 à 18 ans pour l’exercice d’une activité extrascolaire.

Depuis 2006, 35 municipalités à travers 17 pays — en majorité en Europe — ont participé à un projet européen inspiré des questionnaires du modèle islandais et visant à étudier les pratiques des jeunes, explique Jon Sigfusson. Parmi les participants à cette initiative intitulée « Youth in Europe » figure notamment la ville de Tarragone, en Espagne.

Mais des mesures radicales telles que celles prises par l’Islande sont, elles, encore rares à l’étranger.

L’Islande ne compte que 340 000 habitants, l’équivalent de la population de Nice, dans le sud de la France ou de la ville de Gatineau dans l'Ouest du Québec en face d'Ottawa. Il est peut-être « techniquement beaucoup plus compliqué » de mobiliser la communauté quand l’échelle est beaucoup plus importante, relève le sociologue Helgi Gunnlaugsson, selon qui ce n’est toutefois « pas impossible ».

L’Islande a en outre « un état d’esprit » propice, dit-il : dans ce pays, on est convaincu qu’« on peut changer les choses pour faire mieux ».


Comment la petite Islande au climat ingrat est devenue une mini-puissance footballistique (construction de nombreuses salles de football intérieur, nombreux entraîneurs, caractère industrieux, équipe et partisans qui se connaissent).
Vidéo en anglais, sous-titrée en français. 12 min.

Source : Le Vif, Mosaic Science, IcelandMonitor