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jeudi 9 juillet 2026

De la patho­lo­gi­sa­tion de la religion

Pour cer­tains, toute foi reli­gieuse fer­vente tend à être vue comme une névrose. D’où la ten­ta­tion d’un contrôle liber­ti­cide sur l’édu­ca­tion des enfants. Un texte de Laurent Dandrieu dans Valeurs actuelles du 1er juillet 2026.

C’est assu­ré­ment un bon choix qu’a fait cette année le Fes­ti­val de Cannes en don­nant sa palme d’or à Fjord, de Cris­tian Mun­giu, non seule­ment parce que ce film, dont l’action se passe en Nor­vège à l’approche de Noël, est cli­ma­ti­que­ment rafraî­chis­sant, mais parce que le cinéaste rou­main, comme à son habi­tude, réus­sit à faire réflé­chir à un sujet pri­mor­dial sans impo­ser de réponse. Ce n’est pas le lieu ici de par­ler des qua­li­tés ciné­ma­to­gra­phiques de l’œuvre — nous y revien­drons quand il sor­tira en salle, à la mi-août —, mais de voir com­ment il peut nous éclai­rer sur un phé­no­mène inquié­tant, qui n’est pas sans lien avec l’actua­lité française.


Posons d’abord le cadre du récit: il est cen­tré sur une famille com­po­sée d’un époux rou­main et de son épouse nor­vé­gienne, qui ont récem­ment quitté la Rou­ma­nie pour venir vivre en Nor­vège, plus près des grands-parents mater­nels de leurs cinq enfants. Une famille chré­tienne fer­vente, où les enfants sont éle­vés de manière aimante, mais dans un cadre strict — lec­tures bibliques, prière quo­ti­dienne obli­ga­toire, ni télé­phones ni réseaux sociaux. Ces res­tric­tions si éloi­gnées des normes de la société libé­rale avan­cée nor­vé­gienne deviennent des cir­cons­tances aggra­vantes lorsque, des bleus ayant été décou­verts sur l’aînée, les parents sont accu­sés de bru­ta­li­tés phy­siques sur leur pro­gé­ni­ture — eux recon­naissent seule­ment des petites tapes sur les fesses quand les enfants étaient plus petits.

Dans le pro­cès qui s’ensuit, le repré­sen­tant de l’état, loin de se concen­trer sur ces éven­tuelles vio­lences, ne dis­si­mule pas son hos­ti­lité aux valeurs reli­gieuses de ce couple — le simple fait d’adhé­rer à une concep­tion de la “famille tra­di­tion­nelle” consis­tant en l’union d’un homme et d’une femme étant clai­re­ment une cir­cons­tance aggra­vante, et la non-ad­hé­sion à la théo­rie du genre deve­nant, pour ce pro­gres­sisme d’état, le signe d’une édu­ca­tion rétro­grade contraire aux valeurs libé­rales de la société nor­vé­gienne. Que l’avo­cate des parents, fai­sant remar­quer qu’en enten­dant leur impo­ser ces valeurs au détri­ment de ce qu’ils veulent trans­mettre à leurs enfants, la société se montre en réa­lité assez peu libé­rale, pose une argu­men­ta­tion ponc­tuel­le­ment effi­cace, mais dont on sent bien qu’elle est ame­née à deve­nir poli­ti­que­ment de plus en plus fra­gile.

Cris­tian Mun­giu a, certes, donné une puis­sance dra­ma­tique sup­plé­men­taire à son récit en confron­tant une famille de culture rou­maine au puri­ta­nisme post-luthé­rien scan­di­nave. Mais com­ment ne pas pen­ser, devant ce Fjord, à la France et à la ten­ta­tion qui s’y fait jour, de plus en plus net­te­ment, d’ins­tru­men­ta­li­ser l’indis­pen­sable lutte contre les vio­lences faites aux enfants pour exer­cer un contrôle liber­ti­cide sur le droit des parents à édu­quer leurs enfants selon leurs concep­tions et à leur trans­mettre les valeurs aux­quelles ils sont atta­chés? De la récente pro­po­si­tion de loi “Béthar­ram” aux contrôles agres­sifs mul­ti­pliés dans les écoles hors contrat, en pas­sant par une pres­sion admi­nis­tra­tive contre l’école à la mai­son qui confine sou­vent à l’inter­dic­tion de fait, on assiste bel et bien à une offen­sive en règle pour faire entrer l’ensei­gne­ment privé dans le giron des sacro­-saintes “valeurs de la Répu­blique”.

Et ce d’autant plus que ces “valeurs de la Répu­blique”, réfé­rent fluc­tuant auquel on peut faire dire à peu près tout ce que l’on veut, sont pour cer­tains enra­gés de la laï­cité tota­le­ment incom­pa­tibles avec toute convic­tion reli­gieuse, a for­tiori si celle-ci emprunte une forme un peu consé­quente. Il y a long­temps déjà que, dans les colonnes du Monde et de Libé­ra­tion, tout catho­lique pre­nant sa foi un peu au sérieux est qua­li­fié sans autre forme de pro­cès de “tra­di­tio­na­liste” ou d’“inté­griste”, ce qui pour cette presse est syno­nyme de “sec­taire”. Et que, dans les médias de ser­vice public et les dis­cours d’une cer­taine gauche, toute mani­fes­ta­tion de foi enga­gée est assi­mi­lée à un fana­tisme contraire à la rai­son.

Fjord a le grand mérite d’atti­rer notre atten­tion sur cette patho­lo­gi­sa­tion de la foi, mal­heu­reu­se­ment appe­lée à deve­nir, dans les années qui viennent, une ter­rible épée de Damo­clès sur la liberté de conscience.


Maire français au sujet d' une école catholique : « Je l'aurais fermée deux fois plus » [qu'une école musulmane]

En assistant à une réunion publique au Grand Orient de France, consacrée à l'éducation, Anne Coffinier a pu constater la vigueur de l'anticléricalisme qui y persiste.

Le maire de Raismes (dans le département du Nord) y expliquait, non sans fierté, avoir fait fermer une école musulmane qu'il jugeait islamiste. Lorsqu'une personne de l'assemblée lui a demandé ce qu'il aurait fait s'il s'était agi d'une école catholique, sa réponse a fusé : « Je l'aurais fermée deux fois plus. » Et toute la salle applaudit.

Une scène édifiante, qui en dit long sur le rapport très inégal de certaines institutions à la religion : autant (voire plus) de zèle à traquer l'influence catholique qu'à combattre un certain islamisme.


mercredi 25 mars 2026

On ne parle plus des prêtres pédophiles — mais les pédophiles, eux, sont toujours là

Ces derniers mois en France, les affaires de pédophilie dans le milieu périscolaire s’accumulent. 

Animateurs, encadrants, personnels en contact quotidien avec des enfants : plusieurs dossiers récents, dans différentes communes, révèlent des faits graves, souvent précédés d’alertes ignorées ou minimisées.

L’affaire survenue dans une école de la Ville de Paris s’inscrit clairement dans cette série. Un animateur, affecté à l’école Volontaires (XVe arrondissement), déjà signalé dans un établissement précédent, l’école Saint-Dominique (VIIe), fait aujourd’hui l’objet de plusieurs plaintes pour viols sur mineurs. Certaines concernent des enfants extrêmement jeunes — dont un garçon âgé de seulement trois ans. À ce stade, au moins cinq plaintes auraient été déposées.


Ce type d’affaire met en lumière un schéma récurrent : un adulte en position d’autorité, des enfants vulnérables, un cadre institutionnel censé protéger — mais qui, parfois, laisse des failles.

Il y a encore quelques années, le débat public, entretenu par des médias de grand chemin et instrumentalisé par une gauche laïcarde, associait largement la pédophilie à l’Église catholique. Les scandales impliquant des prêtres avaient imposé une explication simple : le célibat religieux produirait frustration et déviance. Cette idée a été répétée pendant des années, jusqu’à s’imposer comme une évidence pour beaucoup.

Depuis quelqu temps, ce discours ne tient plus face aux faits.

Les prêtres ont largement disparu du paysage social européen, faute de vocations. Pourtant, les affaires de pédophilie n’ont pas disparu. Elles surgissent dans les écoles, les centres de loisirs, les clubs sportifs avec des profils d’agresseurs qui n’ont rien de spécifiquement religieux.

Les faits contredisent donc une explication trop commode : la pédophilie n'est pas associée à la rteligion ni au célibat de prélats frustrés par une doctrine castratrice. 

Ce qui attire les pédophiles, ce n’est pas une religion. Ce sont des situations où de nombreux jeunes enfants sont placés sous leur autorité.

Partout où l’on trouve une forte concentration d’enfants, dépendants d’adultes, avec une autorité difficilement contestable et une parole parfois fragile, le risque existe. Écoles, structures périscolaires, associations sportives : aucun de ces lieux n’est, en soi, la cause du problème. Mais tous peuvent devenir des terrains propices.

Ce constat dérange parce qu’il empêche de désigner un coupable unique. Il oblige à regarder la réalité en face : le danger est diffus, transversal, et il concerne l’ensemble des institutions en contact avec des mineurs.

L’affaire actuelle révèle aussi une autre faiblesse : la lenteur dans la prise en charge des victimes. Lorsqu’un enfant de trois ans n’est pas entendu rapidement, alors même que la mémoire traumatique peut altérer son témoignage, c’est une défaillance grave. Dans ce type de situation, chaque jour compte.

Les pédophiles n’ont pas disparu. Ils ont simplement changé de visage — ou plutôt, on commence enfin à voir qu’ils n’en ont jamais eu qu’un seul : celui d’adultes profitant de la vulnérabilité des enfants.

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« Protection de la jeunesse » du Québec — 42 de ses employés pincés pour inconduites sexuelles

Australie — un pédophile reconnu coupable de 307 délits sexuels commis dans les garderies où il travaillait

 
 
Les accusations d’attouchements sur de jeunes garçons mineurs se multiplient

Luc Ferry : la « pensée 68 » était globalement favorable à la pédophilie

La gauche intellectuelle progressiste et la pédophilie, retour sur une histoire trouble

Canada — La pédophilie  : une orientation sexuelle comme l’hétérosexualité pour des experts

Juger la vie privée de Simone de Beauvoir  (Elle a eu une relation avec une élève de 15 ans qui lui aurait valu son congédiement du lycée Molière à la fin des années 30. On relate aussi ses relations amoureuses avec de jeunes femmes qui étaient aussi ses étudiantes, qu’elle « rabattait » ensuite vers son compagnon Jean-Paul Sartre. En 2008, la Britannique Carole Seymour-Jones, auteure du livre A Dangerous Liaison, décrivait le comportement de Beauvoir comme un « abus d’enfant » se rapprochant de la « pédophilie ». En 2015, dans Simone de Beauvoir et les femmes, Marie-Jo Bonnet qualifiait de « contrat pervers » le modus operandi entre Beauvoir et Sartre. Le blogueur du Journal de Montréal Normand Lester accuse quant à lui Beauvoir d’être une « prédatrice sexuelle ».)

La révolution sexuelle des années 60, la pédophilie et les prêtres modernes 

Allemagne — Garçons orphelins sous la tutelle de pédophiles

Grande-Bretagne — 83 suspects de pédophilie… dans le football 

La Russie sanctionne Twitter pour manque de filtrage des contenus pédopornographiques ou faisant l’apologie de drogues ou du suicide  
 
 

La hiérarchie de Scouts Canada n’aurait pas transmis des cas de pédophilie à la police

Pédophilie en Grande-Bretagne : que fait la hiérarchie ? (660 personnes arrêtées, des médecins, des chefs scouts, des travailleurs sociaux, des professeurs et d’anciens policiers)    

Chasser la religion et la remplacer par la spiritualité (notamment Scouts du Canada)

Pédophilie dans l’enseignement

États-Unis — pédophilie et sévices sexuels dans les écoles américaines

École laïque et républicaine — Enseignants pédophiles, on n’en parle que depuis récemment

Deux poids, deux mesures ? (artistes pédophiles excusés par des journaleux)

Mark Steyn : Penn State’s institutional wickedness (avec des détails scandaleux)

France — Enseignant condamné pour pédophilie autorisé à enseigner par sa hiérarchie

Révélations de pédophilie sur Claude Jutra : le milieu du cinéma québécois serait sous le choc

En milieu sportif, les garçons deux fois plus harcelés sexuellement que les filles   

samedi 14 mars 2026

Le Devoir ravive un débat sur les noms d’écoles québécoises trop catholiques

Le réseau scolaire québécois reste-t-il « à l’école des saints » ? C’est la question provocatrice que pose Stéphane Baillargeon dans un article publié aujourd’hui par le quotidien de gauche montréalais Le Devoir. 
 
Le journaliste, militant de la laïcisation, constate un fait frappant : une école publique ou privée sur trois – soit près de 750 établissements sur 2 370 – porte encore le nom d’un saint, d’une sainte ou d’un groupe sanctifié (Sainte Famille, Saints Martyrs canadiens). Il faut y ajouter les innombrables références à Notre-Dame, à Jean Eudes ou aux multiples déclinaisons de saint Joseph (60 écoles à lui seul), de Jésus et de Marie. 

Pour Baillargeon, la déconfessionnalisation du système scolaire, pourtant achevée depuis des décennies, demeure « une très grande illusion » sur le plan de la toponymie. Cette « hagionomie » massive plonge ses racines dans l’époque où chaque école publique s’alignait sur sa paroisse d’origine. 

Elle s’étend d’ailleurs bien au-delà : plus de 500 municipalités québécoises sur 1 125 commencent par « Saint » ou « Sainte », parfois en hommage à des martyrs obscurs du IIIe siècle venus d’Égypte ou de Turquie. 

Baillargeon regrette surtout que cet héritage religieux, aussi prestigieux soit-il, occulterait ce qu'il appelle les « refondateurs de la Révolution tranquille » et « rejetons les plus admirables de son activité pédagogique ». Nous ne sommes pas aussi sûrs que lui que la pédagogie qui a suivi la prétendue « Révolution » tranquille ait été globalement bénéfique. 

Il cite des figures culturelles contemporaines. Paul Gérin-Lajoie, premier ministre de l’Éducation, n’a droit qu’à trois établissements ; la commission Parent (du nom d'un ecclésiastique, Mgr Parent!), qui a refondé le système scolaire, est quasi invisible. 


En France, par contraste, Jules Ferry compte 624 écoles à son nom. Mais la France laïcarde est-elle un exemple ?

L’article cite l’historienne Brigitte Caulier et l’autrice Chantal Ringuet, qui plaident pour un débat serein : faut-il réécrire un peu l’histoire pour l’adapter à l’évolution de la société ? Ringuet va plus loin : elle ne croit pas que grand monde regretterait la disparition de noms comme ceux de Pie IX (pape réactionnaire selon elle) ou Lionel Groulx (auteur nationaliste, accusé par d'aucuns d’antisémitisme et de misogynie).

La réaction ne s’est pas fait attendre. Sur X (anciennement Twitter), le chercheur et auteur Étienne-A. Beauregard a immédiatement répliqué avec une mise au point ferme et nationale. « La laïcité québécoise n’a pas vocation à effacer notre passé », écrit-il, illustrant son propos d’une capture d’écran de l’article. « Notre nation a été bâtie par Brébeuf, Jeanne Mance, Marie de l’Incarnation, entre autres. La tentation d’éradiquer toute référence d’avant 1960 doit cesser. » 

Pour Beauregard, le patrimoine catholique n’est pas un vestige gênant, mais l’ADN même de l’identité québécoise. Les réponses à son fil montrent un consensus chez les nationalistes : on peut être laïque sans devenir amnésique. Certains ironisent sur une « laïcité à géométrie variable » qui s’attaquerait aux saints tout en épargnant d’autres symboles controversés.

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Sur les collèges classiques et l’éducation avant Paul-Gérin Lajoie et la « démocratisation » de l’enseignement par le « père de l’Éducation » du Québec :
[A]u milieu des années 60, le taux de scolarisation au primaire (6 ou 7 années) était très élevé : plus de 90 % du groupe d’âge en question (6 à 13 ans) fréquentait l’école. [...] [O]n disposait d’un bon réseau d’écoles techniques et professionnelles, dispensant une formation toute particulière (école de métiers, instituts, écoles normales, etc.) et d’un réseau « d’écoles privées d’intérêt public » où l’on dispensait surtout le « cours classique » de huit ans. De plus, contrairement à l’opinion propagée par les réformateurs des années 60, ces collèges semi-publics parce que largement financés par les autorités publiques étaient, hors de Montréal et de Québec, relativement accessibles aux classes sociales inférieures ; et par le fait même, ils ont contribué à une circulation des élites relativement efficace. En effet, dans une ville de province, au moins la moitié de la clientèle des collèges classiques était d’origine ouvrière ou agricole ! Par la suite, l’université presque gratuite devenait, à cette période, accessible à ces diplômés.
Gary Galwell, dans l’étatisation de l’école québécoise (1965-2005) [Ire partie]

Critique de la réforme Parent (1963-1968)

dimanche 8 mars 2026

Suisse — non à la religion chrétienne dans les écoles pour les socialistes, mais oui désormais au voile islamique

Une chronique du journal suisse Le Temps. 

À l'école, dans les lycées ou gymnases comme dans les jardins d'enfants, les enseignantes musulmanes doivent pouvoir porter le voile et afficher ainsi leurs convictions religieuses. C'est ce que demande une résolution adoptée samedi dernier par le congrès du Parti socialiste suisse. Seules quelques voix, comme celle du conseiller national Benoît Gaillard, s'y sont opposées au nom du principe de la laïcité scolaire. Le PS met ainsi fin à ce qui était, avec l'égalité et la justice sociale, l'un des piliers du socialisme démocratique.

La résolution émanait de la commission thématique « Migrations et intégration ». La présidence du parti en avait recommandé l'adoption. Selon ce texte, l'interdiction du voile pour les enseignantes « vide de sa substance le principe d'égalité... ». Ce serait ainsi « l'expression du racisme anti-musulman ». Parce que dans quelques cantons catholiques les crucifix continuent d'être suspendus dans les classes, malgré l'arrêt du Tribunal fédéral de 1990, et que certaines fêtes religieuses, comme Noël, y sont marquées, la commission, rejointe par la présidence du parti, estimait que l'égalité et la neutralité religieuses n'étaient plus respectées. Ce qui justifierait de renoncer à défendre la laïcité.

Dans un arrêt de 2001 de la Cour européenne (CourEDH), confirmant une décision du Tribunal fédéral sur le recours d'une enseignante genevoise, les juges estimaient « qu'il est difficile de nier tout effet prosélytique et de concilier le port du voile islamique avec le message de tolérance, de respect d'autrui et surtout d'égalité que tout enseignant représentant de l'Etat doit transmettre à ses élèves ». Le TF avait déjà estimé toutefois qu'interdire le port du voile par les élèves serait disproportionné et contraire à la liberté confessionnelle.

La gauche a été longtemps à la tête du combat pour l'école gratuite et laïque, à Genève, Neuchâtel, mais aussi en Valais ou dans le Jura. Il s'agissait alors de s'opposer à la présence des Églises chrétiennes dans les écoles. En 2010, les socialistes haut-valaisans avaient pris parti pour un enseignant licencié pour avoir retiré un crucifix de sa classe au nom de la liberté de conscience. Enfin, en 2022, le PS avait publié sa position sur l'islam, soutenant que « le port du voile ou du foulard musulman - à l'image de tout autre signe religieux distinctif - doit être interdit dans l'accomplissement de tâches publiques. Cela vaut notamment pour les enseignant-e-s. »

Alors, pourquoi ce reniement aujourd'hui? Tout d'abord l'influence de l'extrême gauche européenne, en particulier française, dont la mouvance « décoloniale » ou tiers-mondiste voit les musulmans comme des opprimés. Les classes défavorisées, jadis réservoir de l'électorat socialiste, votent désormais UDC (la droite nationaliste). Avec les immigrés et les musulmans, la gauche trouve enfin ses « damnés de la terre ». On y ajoutera cette détestation de soi et de l'Occident qui caractérise la gauche intellectuelle. Ensuite, le PS a toujours été divisé sur la question du voile, on l'a vu en 2021 avec la votation sur l'interdiction du voile intégral, le niqab. Un clash entre les féministes et celles qui considéraient la mesure comme discriminante. Il y a enfin la faiblesse de la présidence socialiste, qui, faute de travailler sur un concept qui lui soit propre, n'agit plus qu'en réaction aux projets d'interdiction totale lancés par la droite la plus radicale et anti-islam. Ainsi, la laïcité n'est-elle plus de gauche.

mercredi 18 février 2026

L’ambassade de France au Vatican tweete un « bon Ramadan », mais silence sur le Carême

L’ambassade de France au Vatican tweete un « bon Ramadan » aux musulmans de France… mais silence radio pour le début du Carême ce mercredi. Depuis la création du compte en question, en 2017, jusqu’à ce matin (en Europe), l'ambassade de France près le Saint-Siège n'avait jamais souligné le Carême...

jeudi 5 février 2026

Loi 9 sur la laïcité (lutte à l'entrisme islamiste à l'école publique) : école privée protestante menacée de fermeture

Le projet de loi 9 sur la laïcité dans le milieu scolaire, déposé par le gouvernement Legault, trouve directement son origine dans une série de controverses survenues au cours des dernières années dans certaines écoles publiques, où des cas d’entrisme islamiste ont été dénoncés par des enseignants, des parents et des organismes citoyens. Des établissements primaires publiques de Montréal — notamment Bedford, Saint-Pascal-Baylon (Côte-des-Neiges) et Bienville (Saint-Michel) — ainsi que l’école secondaire La Voie, à Côte-des-Neiges, ont fait l’objet de plaintes, d’enquêtes administratives ou de signalements concernant l'entrisme islamique, à savoir des pressions religieuses, la contestation de contenus pédagogiques (égalité hommes-femmes, sexualité, sciences) et des atteintes au principe de neutralité religieuse de l’État.

Selon le gouvernement, ces dérives observées dans le réseau public, associées à des courants islamistes militants, justifient un resserrement du cadre légal afin de réaffirmer le caractère strictement laïque de l’école québécoise.

Une école privée protestante de Québec, L’École L’Eau‑Vive, pourrait devoir fermer ses portes si le projet de loi 9, qui renforce les exigences de la laïcité dans le système éducatif québécois, la prive de ses subventions provinciales. Établie depuis 25 ans sur l’avenue Chauveau, l’école accueille environ 580 élèves et est, selon sa direction, la seule de la grande région de Québec dans une situation aussi précaire. La direction a présenté un mémoire de 70 pages à l’Assemblée nationale pour tenter de convaincre les législateurs de l’exclure des nouvelles règles.

Le projet de loi, défendu par le gouvernement, conditionne désormais le financement public à l’absence de toute pratique ou enseignement religieux pendant les heures de cours et interdit la sélection d’élèves ou d’enseignants selon leur foi. Les écoles visées auraient trois ans pour se conformer à ces nouvelles exigences. L’École L’Eau‑Vive affirme déjà ne pas offrir d’enseignement religieux pendant les matières obligatoires et ne pas faire de sélection selon la religion de ses élèves, mais elle consacre une petite portion de son horaire à un enseignement chrétien évangélique facultatif.

Actuellement, la subvention provinciale couvre près de la moitié des frais de scolarité. Si elle était supprimée, la direction estime que les coûts pour les familles — aujourd’hui d’environ 3 800 $ par élève — pourraient tripler, rendant l’école économiquement intenable et excluant de facto la majorité des parents. L’école soutient que sa mission éducative et sa cohérence avec les valeurs familiales et québécoises légitimes justifient sa survie.

Dans son mémoire, l’établissement souligne qu’il respecte déjà le régime pédagogique et qu’aucune plainte ni dérive n’a été signalée. Il déplore que le projet de loi risque d’exclure des écoles confessionnelles qui respectent les règles, faute de distinction claire entre pratiques religieuses coercitives et activités spirituelles facultatives.

Comme souvent dans ces débats sur la laïcité au Québec, ce sont une fois de plus les établissements chrétiens qui écopent en premier : écoles privées protestantes comme L’Eau-Vive aujourd’hui, ou auparavant l’école catholique anglophone Loyola à Montréal, lourdement affectée par les réformes liées au programme Éthique et culture religieuse (ECR) imposé par l’État. Cette approche semble frapper plus durement les communautés chrétiennes historiques, bien intégrées et peu prosélytes dans le cadre scolaire, alors qu’elle change peu de chose à la dynamique plus large d’islamisation perçue de la société québécoise. Celle-ci relève avant tout d’une réalité migratoire et démographique : l’immigration massive combinée au faible taux de natalité chez les Québécois de souche (parents nés au Québec) modifie progressivement le paysage culturel et religieux, indépendamment des règles appliquées aux écoles privées confessionnelles chrétiennes.

vendredi 26 décembre 2025

Joyeux Noël ou joyeux solstice d’hiver ?

 Air France souhaite de belles fêtes.




Emirates un joyeux Noël



lundi 22 décembre 2025

La laïcité étriquée contribue à vider la France de sa substance

Le 120e anniversaire de la loi de 1905 est l’occasion de rappeler qu’une conception étriquée de la laïcité contribue à vider la France de sa substance affirme Laurent Dandrieu dans ce texte paru dans Valeurs actuelles. 

Il a beaucoup été question, la semaine dernière, de laïcité, à l’occasion du 120e anniversaire de la loi séparant les Églises et l’État: une loi qui fait figure aujourd’hui de vache sacrée, mais dont la commémoration n’en a pas moins révélé des divergences profondes. Ceux qui la laïcité reste le pilier central et intangible de la République se divisent entre partisans d’une application libérale ou intransigeante; pour certains, elle laisse encore trop de place aux religions dans l’espace public, pour d’autres, elle ne serait plus que l’alibi d’une islamophobie agressive ; certains, enfin, y voient au contraire un rempart bien faible contre l’islamisme, arguant qu’on ne contient pas une idéologie conquérante avec un principe de neutralité.

Ces derniers ont raison sur au moins un point : c’est que la religion n’est pas qu’une question cultuelle et que toute religion porte avec elle une dimension culturelle. La réflexion française [note du carnet: dans la francophonie plus généralement] sur la laïcité est trop souvent une réflexion idéologique, abstraite, qui fait l’impasse sur cette empreinte culturelle du catholicisme et donc sur sa dimension identitaire — surtout depuis que le progressisme est parvenu à faire de l’identité le gros mot absolu, diabolisant cette notion comme un concentré de révisionnisme, de fascisme, de racisme et de colonialisme. 

Beaucoup voient la laïcité comme une relégation de la religion à la sphère privée — comme si la foi était un gadget qu’on allume à la maison et qu’on éteint dès qu’on sort de chez soi. Beaucoup croient, en jugulant l’expression publique de la foi, chasser du même mouvement le christianisme de la société — comme s’il n’avait pas modelé, des siècles durant, nos villes, notre patrimoine, notre culture, notre langage, nos paysages mêmes. D’où les querelles incessantes sur les crèches, les calvaires et les clochers, les spectacles qui évoquent les racines chrétiennes de la France, la possibilité pour les écoles privées d’intégrer dans leur éducation une dimension chrétienne ou la simple mention, par tel ou tel politique, de sa foi personnelle

Le maire de Béziers, Robert Ménard, a inauguré sa deuxième crèche de Noël depuis son élection, objet régulier d'attaques en justice au nom d'un principe de laïcité étriquée

Avec, sur le versant gauche de la laïcité, une intransigeance vis-à-vis du catholicisme qui se marie avec une grande mansuétude envers l’islam. Quand le sociologue Jean Baubérot, gardien du temple de la laïcité, déclare dans Libération du 9 décembre que « la loi de 1905, ce ne devait pas être une loi de combat. Nous en sommes pourtant là », il faut entendre que le combat lui semblait naturel tant qu’il visait les chrétiens, mais qu’il lui paraît illégitime quand il prétend imposer aux musulmans les mêmes contraintes…

Or, il ne faut pas se lasser de le rappeler après de Gaulle, « la République est laïque, mais la France est chrétienne »Vouloir effacer cette évidence, c’est vouloir vider la France de sa substance, en faire une coquille vide ouverte à toutes les ingénieries politiques, idéologiques ou démographiques. C’est vouloir effacer l’identité profonde, charnelle et spirituelle de la France, et prétendre la remplacer par un principe désincarné. Comme le rappelle le philosophe Pierre Manent dans Situation de la France (Desclée De Brouwer), « La laïcité est un dispositif de gouvernement qui n’épuise pas le sens de la vie commune, et qui d’ailleurs en donne une représentation abstraite et fort pauvre. On n’habite pas une séparation ».

La nature civilisationnelle ayant horreur du vide, le vide ainsi créé par une laïcité qui serait une négation de notre identité chrétienne aura vocation à être comblé par une identité de remplacement : la seule qui candidate à ce remplacement est pour l’heure celle, créolisée, proposée par Jean-Luc Mélenchon, qui n’est que le paravent hypocrite d’une France islamisée.

Mais ce n’est pas seulement pour faire barrage à cette identité de remplacement que la France doit retrouver le moyen de combiner une laïcité apaisée avec le respect de son identité chrétienne : c’est avant tout parce que c’est le seul moyen pour elle de rester fidèle à sa vocation. C’est sous l’égide du christianisme que la France a modelé sa culture ; c’est sous le regard de la chrétienté que la France a composé la partition unique qu’elle a fait entendre au monde. Ce n’est qu’en restant fidèle à cette partition et à ses racines chrétiennes qu’elle conservera un rôle à jouer dans le concert des nations.

Combiner une laïcité apaisée avec le respect de son identité chrétienne est le seul moyen pour la France de rester fidèle à sa vocation.

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mardi 16 décembre 2025

Attaques contre l'école libre en France : il est temps que la droite sorte du silence

Face aux attaques d’une gauche vent debout contre l’école libre, Anne Coffinier dénonce ci-dessous une violence révélatrice d’une peur idéologique. Elle appelle la droite à assumer enfin une rupture décisive afin de garantir à chacun la liberté de choisir son école. Anne coffinier est entrepreneure sociale et présidente de l’association Créer son école.

Depuis des semaines, une certaine gauche se déchaîne contre moi avec une violence qui dépasse l’entendement. Tout cela pour avoir consacré ma vie à une idée simple : donner à chaque enfant la possibilité d’accéder à une école libre, si ses parents le souhaitent.

Un tel niveau de violence trahit la peur de ceux qui m’attaquent. Au fond, c’est un aveu de leur part : s’ils frappent si fort, c’est qu’ils sentent le terrain leur échapper et pensent que la cause de l’école libre pourrait l’emporter. Depuis 1960, la gauche et l’extrême gauche récitent ce même mantra : « À école publique, argent public ; à école privée, argent privé ». Ce vieux serment – signé le 19 juin 1960 à Vincennes à l’initiative du CNAL (Comité national d’action laïque) notamment par socialistes, communistes, syndicats laïcs, Ligue de l’enseignement, FCPE et Grand Orient – continue d’unir aujourd’hui ceux qui ne s’entendent sur rien. La liberté scolaire leur est insupportable ; l’école catholique, impardonnable.

Les méthodes d’une partie de cette gauche n’ont pas changé : attaques ad hominem, amalgames outranciers, recours aux délateurs, accusations relayées avec une gourmandise qui oublie la justice. Accusez : il en restera toujours quelque chose.

Dernier terrain d’instrumentalisation en date : les abus sexuels commis dans les écoles catholiques comme à Bétharram. Ils doivent évidemment être combattus partout avec la plus grande détermination mais LFI se sert de l’émotion soulevée pour tenter d’imposer la loi Vannier-Spillebout, qui reviendrait à placer l’enseignement privé sous contrat sous une tutelle administrative contraire à l’esprit de la loi Debré et, bien sûr, au caractère constitutionnel de la liberté d’enseignement. Pendant ce temps, l’État peine à protéger les enfants dans ses propres structures : Éducation nationale, périscolaire notamment parisien, Aide Sociale à l’Enfance… C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité.

Et la droite ? Elle murmure là où la gauche hurle. Elle recycle les vieux mantras – « fondamentaux », « autorité », « autonomie » – sans oser encore porter une vision. L’école libre ne figure en bonne place dans aucun projet de reconstruction nationale, seulement dans des ripostes ponctuelles dès qu’un coup tombe. La droite craint de défendre un « privilège ». C’est pourtant l’inverse : aujourd’hui, le véritable privilège est de pouvoir choisir son école. Seules les familles aisées y accèdent pleinement. L’égalité des chances ne suppose plus seulement la gratuité du public à notre époque, mais la possibilité de choisir indifféremment le public ou le privé selon le besoin de son enfant.

Si la droite veut remonter le niveau, restaurer la sécurité éducative et relancer l’ascenseur social, elle doit faire en 2027 ce qu’elle a osé faire pour le travail en 2007 : une rupture lisible, populaire, décisive. Mon vœu est simple : que la droite se passionne enfin pour l’école libre autant que la gauche se passionne pour la combattre. C’est là que se joue désormais l’avenir des enfants… et celui du pays.

dimanche 14 décembre 2025

Paris — Hidalgo coupe à nouveau les vivres au collège catholique Stanislas

Les collectivités locales sont obligées par la loi à verser chaque année une dotation financière aux écoles privées sous contrat avec l’État qui se trouvent sur leur territoire. Certaines ne remplissent pas leurs obligations. C’est le cas de Paris aujourd’hui avec le collège catholique Stanislas.

Le 9 décembre, lors d’une réunion préparatoire au prochain Conseil de Paris, Patrick Bloche, premier adjoint d’Anne Hidalgo a déclaré : « Je me dois de supprimer les subventions. » Ainsi annonce-t-il que Paris, au mépris de la loi, refuse de verser le forfait qu’il doit. Et il l’assume au nom de la morale arc-en-ciel. 

Selon lui, le controversé programme EVARS (éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité dès la maternelle : deux associations juridiques viennent de saisir l’ONU pour faire respecter le droit des familles actuellement bafoué) ne serait pas enseigné à Stanislas comme certains voudrait qu'il le soit. 

M. Bloche affecte ne penser qu’à « l’intérêt » des élèves, il feint la crainte : « J’ai peur pour les enfants. » 
 
Ce n’est pas la première fois qu’Anne Hidalgo coupe les vivres à Stanislas. Il s'agit d'un vieux combat idéologique entre les laïcards et l’Église catholique, une dizaine de visites ayant été effectuées par l’Académie de Paris, et Médiapart répandant bruyamment l’idée que Stanislas serait « sexiste et homophobe », deux péchés mortels pour la gauche moderne.

mercredi 10 décembre 2025

Alliance des Libéraux et du Bloc québécois pour punir l'expression de croyances religieuses qui seraient « haineuses »

La politique fédérale est en effervescence depuis qu’on a appris que les libéraux minoritaires, mais au pouvoir, ont conclu un accord avec le Bloc québécois (ci-contre le chef du BQ) pour faire adopter leur projet de loi sur la réforme des crimes haineux en supprimant la défense spéciale fondée sur les croyances religieuses dans le cadre des poursuites pénales pour promotion délibérée de la « haine ». 

La société civile et les groupes religieux ont exprimé leur inquiétude quant au fait que cette mesure expose les fidèles à des risques juridiques et pourrait décourager le discours religieux en raison de la menace de poursuites. 

— Qu’est-ce que la défense fondée sur la croyance religieuse de bonne foi ?

Selon l’article 319 (2) du Code criminel du Canada, le fait de communiquer publiquement et délibérément des déclarations qui encouragent la haine envers un groupe identifiable constitue l’un des très rares cas où un Canadien peut être condamné à une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans uniquement pour des paroles ou des écrits.

Mais la loi prévoit actuellement quatre moyens de défense absolus. Personne ne peut être condamné pour avoir délibérément encouragé la haine ou l’antisémitisme, par exemple, « si, de bonne foi, la personne a exprimé ou tenté d’établir par un argument une opinion sur un sujet religieux ou une opinion fondée sur la croyance en un texte religieux ».

C’est ce que le nouveau projet de loi sur les crimes haineux propose de supprimer. Les autres moyens de défense comprennent la véracité des déclarations en question, la croyance raisonnable en leur véracité et leur pertinence pour l’intérêt public, et le fait de signaler les discours haineux dans le but de les dénoncer.

Telles sont les limites de la promotion délibérée de la haine, qui fait rarement l’objet de poursuites, mais reste l’une des lois les plus controversées sur le plan politique au Canada.

mardi 9 décembre 2025

France & Québec — 9 décembre 1905, promulgation de la Loi de la séparation de l'État et des Églises

En 1900, la congrégation des assomptionnistes, propriétaire de La Croix, journal qui fut en pointe dans le camp antidreyfusard, est dissoute. Waldeck-Rousseau vient de déposer un projet de loi qui constitue une guillotine pour l’ensemble des communautés religieuses. Cette loi, qui va devenir la loi du 1er juillet 1901 sur les associations, est libérale pour les citoyens ordinaires : une déclaration en préfecture suffit à donner une existence légale à une association. Pour les associations religieuses, la loi est liberticide, puisqu’elle les contraint à obtenir leur autorisation d’un vote au Parlement. 30 000 religieux et 130 000 religieuses sont menacés. Ceux qui refusent de se soumettre choisissent l’exil. D’autres préfèrent la sécularisation (vivre dans le siècle en habits civils, en restant fidèle à ses vœux et en maintenant des liens de communauté), expérience souvent désastreuse. D’autres congrégations — les dominicains, les capucins, les cisterciens, certains bénédictins, la quasi-totalité des congrégations féminines — déposent une demande d’autorisation.

En 1903, la Chambre repousse la totalité des demandes d’autorisation des congrégations, à l’exception des missionnaires dont le régime a besoin pour son entreprise coloniale. Expulsées de leurs couvents, leurs biens saisis, la plupart des communautés s’exilent en Europe ou en Amérique du Nord. En 1904, une dernière loi étend l’interdiction d’enseigner aux congrégations jusqu’alors autorisées. Entre 1901 et 1904, 17 000 œuvres congréganistes (écoles, dispensaires, maisons de charité) auront été fermées, et de 30 000 à 60 000 religieux et religieuses ont dû quitter la France.

Les congrégations françaises expulsées au Québec

Selon Guy Laperrière, peut penser que près de 2 000 religieux français ont immigré au Québec entre 1900 et 1914. Selon B. Denault, il y aurait eu au Québec en 1901 quelque 2 000 religieux et 6 600 religieuses, ces chiffres passant respectivement en 1911 à 3 000 et 10 000. C’est donc au moins un religieux sur sept qui aurait été d’origine française au Québec entre 1902 et 1914. Autre trait frappant : ces religieux sont répartis à peu près également entre les hommes et les femmes, tant pour le nombre d’immigrants que pour le nombre de congrégations : ils proviennent en effet de quelque 26 congrégations d’hommes et de 29 congrégations de femmes. Cet équilibre entre hommes et femmes est particulièrement remarquable quand on sait que tant en France qu’au Québec, les effectifs des congrégations féminines étaient alors beaucoup plus considérables que ceux des congrégations masculines.

Au-delà de ces conséquences d’ordre démographique ou institutionnel, l’arrivée d’un si grand nombre de religieux français au Québec et surtout les circonstances et le climat qui ont entouré leur venue ont eu un impact idéologique qui, s’il n’est pas facile à mesurer, n’en est pas moins réel. Cette influence s’est certainement fait sentir dans le domaine de l’enseignement. Des 55 congrégations immigrées au Québec, 36 (18 masculines et 18 féminines), soit les deux tiers, se consacrent entièrement ou de manière significative à l’éducation. Si on prenait le nombre absolu de religieux immigrants plutôt que le nombre de congrégations, la proportion serait beaucoup plus forte. L’arrivée d’un nombre important de religieuses et de religieux français dans le système scolaire québécois a sans doute considérablement renforcé la cléricalisation du corps enseignant relevée par André Labarrère-Paulé pour la fin du 19e siècle33. Chaque congrégation arrivait au Québec avec une solide tradition pédagogique, mise au point dans le climat de grande rivalité existant en France entre l’école publique et l’école libre. Naturellement les évêques canadiens insistaient pour que les religieux s’adaptent aux méthodes du pays, et on voit des religieux français des nouvelles congrégations aller faire des stages d’étude de quelques semaines dans les maisons de congrégations canadiennes ou de congrégations françaises implantées depuis longtemps au Canada. Le manuel scolaire est aussi un puissant canal idéologique. Chaque congrégation, particulièrement chez les frères enseignants, avait les siens.

L’impact le plus grand des congrégations françaises au Québec au début du XXe siècle se situe au niveau des mentalités. Il faut voir des descriptions de l’arrivée de « ces pauvres exilés », les récits de leurs malheurs, l’accueil empressé qu’on leur réserve, notamment en leur apportant une foule d’objets de première nécessité. Ainsi, le 4 mai 1903, quatre Filles de Jésus arrivent à Notre-Damedu-Lac, au Témiscouata. Le dimanche suivant, le curé fait appel à la générosité des paroissiens. Son appel, rapporte la Supérieure, fut entendu. Depuis midi jusqu’au soir, le temps des Vêpres excepté, nous arrivent avec abondance : literie, vaisselle, lingerie, ustensiles de cuisine, tables, chaises, provisions de toutes sortes et même « deux vaches et demie », c’est-à-dire deux vaches et une petite génisse. Les jeunes gens du patronage sacrifient le fruit d’une partie de cartes et de thé qui avait rapporté 30 $. Dans les discours et les écrits, l’insistance est mise sur la réalité de la persécution et de l’exil. Un parallèle est souvent établi entre « la France catholique qui a implanté la foi au Canada » et la Nouvelle-France qui paie sa dette de reconnaissance en accueillant les exilés.

Les événements qui se dérouleront ensuite en France, et notamment la séparation des Églises et de l’État (1905), seront interprétés de la même manière. On voit immédiatement les conséquences idéologiques que cette lecture des événements aura au Québec : méfiance envers la France républicaine, crainte des idées laïques, rejet de toute initiative du gouvernement québécois qui pourrait ressembler à une immixtion dans les secteurs réservés à l’Église, particulièrement dans le domaine de l’éducation, chasse aux francs-maçons et aux libres penseurs…

Loi de 1905

Le 9 décembre 1905, le député socialiste Aristide Briand (43 ans) fait voter la loi concernant la séparation des Églises et de l’État. La nouvelle loi met fin au Concordat napoléonien de 1801 qui régissait les rapports entre le gouvernement français et l’Église catholique.

Solennellement condamnée par le pape Pie X, la loi de Séparation parachevait vingt-cinq années de mesures laïcistes imposées à la France par des gouvernements anticléricaux.

Stricto sensu, cette loi ne crée rien. C’est une loi en creux, dont la philosophie tient dans les deux premiers articles. Il est d’abord mis fin à la notion de culte reconnu : le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme perdent ce statut qui était le leur depuis le Premier Empire. La loi supprime ensuite le budget des cultes : le clergé catholique, les pasteurs luthériens ou calvinistes et les rabbins cessent de recevoir un traitement de l’État. Si la République reconnaît la liberté de culte, l’État (en théorie au moins) ne veut donc plus avoir affaire avec la religion, qui est reléguée dans la sphère privée. Les autres articles de la loi de 1905 règlent des questions de police des cultes ou d’attribution des biens ecclésiastiques : ces derniers, propriété de l’État ou des communes depuis la Révolution, affectés au clergé par le Concordat napoléonien, doivent être remis à des associations cultuelles qui en assureront la gestion, la puissance publique en conservant toutefois la propriété.

Alors que l’épiscopat français est prêt à se soumettre à la loi, Pie X, en février 1906, par l’encyclique Vehementer Nos, condamne la séparation de l’Église et de l’État comme contraire à l’ordre surnaturel. Le pape proteste contre cette rupture unilatérale du Concordat, et critique une loi qui prétend confier l’administration du culte public à des associations de laïcs, détruisant le principe hiérarchique de l’Église.

À l’instar du Souverain Pontife, une bonne partie des fidèles a choisi la résistance. En février et mars 1906, les inventaires des biens ecclésiastiques, prévus par la loi de Séparation, provoquent de violents incidents à Paris et en province : la crise se solde par 300 condamnations à des peines de prison, par la démission de dizaines de fonctionnaires, d’officiers ou de maires, et ne prend fin que parce que la mort d’un manifestant, dans le Nord, force le gouvernement à interrompre la procédure.

En août 1906, une seconde encyclique de Pie X interdit de constituer les associations cultuelles prévues par la loi. En décembre 1906, un an après sa promulgation, la Séparation entre en vigueur. Les protestants et les juifs ont formé leurs associations. Mais le refus des catholiques met l’État dans l’embarras. À qui remettre les biens de l’Église ? Dans quel cadre légal le culte catholique pourra-t-il s’exercer ? La messe deviendra-t-elle un délit ? L’État ou les communes, propriétaires des évêchés et des séminaires, s’en attribuent l’usage : leurs occupants sont expulsés. Mais vider les églises, ce serait la guerre civile. Dès 1907, la République est contrainte d’adopter de nouvelles lois qui, corrigeant le texte de 1905, laissent les édifices du culte (dont la puissance publique reste propriétaire) à la disposition du clergé et des fidèles, le culte étant assimilé aux réunions publiques. En 1908, la loi autorise les pouvoirs publics à entretenir les cathédrales et les églises. Libéralisme du législateur ? Non, c’est l’intransigeance de Pie X et la résistance des catholiques qui ont contraint l’État a trouvé une solution de compromis.

Bilan de la Séparation ?

Contrasté. D’un côté, l’Église a perdu son rang officiel dans l’espace public. Sur le plan matériel, le préjudice est énorme : outre le patrimoine spolié (évêchés et séminaires), la disparition du budget des cultes livre le clergé à la générosité aléatoire des fidèles. Mais d’un autre côté, l’Église a retrouvé la liberté de nommer ses évêques, et bénéficie d’une liberté de plume, de parole et de réunion que ne menacent plus des articles organiques datant de Napoléon. Et avec le temps, la prise en charge des frais d’entretien des églises par l’État ou les communes s’avérera une aubaine…

La Grande Guerre mettra fin à trente années d’anticléricalisme d’État. En 1920, les relations diplomatiques avec le Saint-Siège sont rétablies. En 1923, un accord intervient entre Paris et le Vatican, accord ratifié, en 1924, par une encyclique de Pie XI (Maximam gravissimamque) : la gestion des biens ecclésiastiques est confiée aux associations diocésaines, présidées par les évêques et reconnues par le droit français. En 1940 et 1942, les lois anticongréganistes sont levées par le gouvernement du maréchal Pétain, mais en reprenant un projet étudié par Daladier en 1938 : en 1945, personne ne reviendra sur le sujet.

Sources : « Persécution et exil » : la venue au Québec des congrégations françaises, 1900-1914 et Face cachée de la loi de 1905 

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L’encyclique Affari Vos de Léon XIII (écoles du Manitoba : il faut fuir à tout prix, comme très funestes, les écoles où toutes les croyances sont accueillies indifféremment et traitées de pair)

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mercredi 5 novembre 2025

« La France est-elle encore chrétienne ? »

Débat exclusif entre Éric Zemmour et Jérôme Fourquet dans le Figaro Magazine.  Autrefois qualifiée de « fille aînée de l’Église », la France est un des pays les plus déchristianisés d’Occident. Mais est-ce irrémédiable ?   La citrouille d’Halloween va-t-elle définitivement l’emporter sur le chrysanthème de la Toussaint ? « La messe n’est pas dite », répond Éric Zemmour dans son nouvel essai. Le président de Reconquête en appelle à un sursaut spirituel, seul moyen selon lui de préserver l’identité de la France face à un islam conquérant.  Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP et analyste lumineux de la société française, observe pour sa part des signes d’un regain d’attrait pour le catholicisme, mais doute qu’une rechristianisation du pays soit pour autant possible. Ils ont accepté de confronter leurs points de vue pour Le Figaro Magazine.

Question. — Comment qualifieriez-vous la situation du christianisme en France ?

Éric Zemmour. — Je commencerai par rappeler une réalité historique : c’est le christianisme qui a fait la France. Le général de Gaulle disait : « L’histoire de mon pays a commencé avec la conversion de Clovis au catholicisme. » Au cours de mille ans d’histoire, l’Église a fait les rois, les rois ont fait la nation et la nation a fait la République. Mais, dès le milieu du XVIIIe siècle, avant même la Révolution française donc, un phénomène de déchristianisation colossal s’est amorcé avec les Lumières. Je cite dans mon livre cette phrase magnifique de Chateaubriand : « Voltaire eut l’art funeste, chez un peuple capricieux et aimable, de rendre l’incrédulité à la mode… » Il y a eu des vagues de rechristianisation très puissantes, en général d’ailleurs après nos catastrophes militaires, en 1815, 1870 ou 1940, mais qui n’ont pas arrêté la déchristianisation du pays. Dans une période plus récente, je pense que Vatican II a accéléré ce mouvement. La chanson de Brassens : « Sans le latin la messe nous emmerde » résume, sur un registre évidemment rigolard, le sentiment général. De façon un petit peu plus savante et malheureusement moins talentueuse, je dirai que l’Église a protestantisé le catholicisme. Là où le christianisme avait eu le génie depuis 2000 ans de fonder la liturgie sur l’émotion, la hiérarchie catholique a fait sienne la philosophie du protestantisme qui est de faire appel à la raison. Et je pense que ce fut une erreur historique.

Jérôme Fourquet. — Je partage le constat d’Éric Zemmour sur la déchristianisation de la France. En ce qui concerne Vatican II, je ferais volontiers un parallèle avec ce qu’avait tenté Gorbatchev en Union soviétique. Voyant que les lézardes dans le barrage étaient de plus en plus importantes, la hiérarchie catholique comme les dirigeants soviétiques ont essayé de relâcher la pression en desserrant le carcan. Et ce faisant, on n’a fait qu’accélérer un mouvement qui était déjà entamé et qui a finalement tout emporté. L’historien Guillaume Cuchet raconte comment les éléments de piété populaire, faire maigre le vendredi par exemple, ont été abandonnés, parce qu’on préférait que les églises soient moins remplies, mais avec des gens ayant vraiment la foi. Tout cela n’a fait qu’accélérer la déchristianisation. Aujourd’hui, 5 % de la population française va encore à la messe le dimanche. C’était 35 % avant Vatican II. 30 % des enfants sont baptisés à la naissance, contre 70 % au début des années 1980. Les constantes vitales du catholicisme en France sont donc très dégradées. Mais de surcroît, le soubassement culturel et anthropologique judéo-chrétien s’est lui-même disloqué. La citrouille d’Halloween n’a pas encore complètement remplacé le chrysanthème, mais on s’en approche. Dans nos enquêtes récentes, plus personne ou presque ne connaît les fondements de la doctrine chrétienne comme l’Assomption ou la Pentecôte. Le substrat chrétien est en voie d’effacement en ce qui concerne par exemple le rapport au corps, l’institution du mariage, la hiérarchie homme-animal ou les rites funéraires, etc. En 1980, 1 % des obsèques donnaient lieu à une crémation en France. On est à 45 % aujourd’hui. Un autre signe de la déchristianisation est l’évolution des prénoms : en 1900, 20 % de petites filles s’appelaient Marie, c’est 0,2 % aujourd’hui. Le catholicisme, comme les autres religions est non seulement une foi, mais également une identité culturelle, qui est en voie de disparition.

Disparition du prénom Marie en France

dimanche 12 octobre 2025

Vandalisme antichrétien en forte hausse en France et en Allemagne : l'inquiétude grandit

En France comme en Allemagne, les églises sont la cible croissante d’actes de vandalisme, de vols, de profanations et parfois même d’attaques contre les fidèles. Les chiffres et les faits récents témoignent d’une intensification inquiétante de ce phénomène, dans un climat de plus en plus tendu autour des symboles religieux chrétiens.

Guingamp : une statue de la Vierge Marie incendiée en pleine messe

En France, une recrudescence marquée des actes antichrétiens

Au premier semestre 2025, 322 actes antichrétiens ont été recensés en France, soit une augmentation de 13 % par rapport à l’an passé. Selon le ministère de l’Intérieur, la majorité de ces actes concernent des atteintes aux biens : croix arrachées, portes fracturées, statues brisées, objets liturgiques volés. Le nombre de vols d’objets sacrés a bondi de 22,8 % en 2024, avec 820 cas signalés.

Les zones rurales sont particulièrement touchées. Dans les Landes, 27 églises ont été profanées en quelques semaines. À Mont-de-Marsan, trois individus ont été arrêtés en possession de ciboires et de calices volés. Le diocèse s’est constitué partie civile. À Badefols-d’Ans, en Dordogne, la mairie a fermé l’église du XIIe siècle après un cambriolage : tronc vidé, tapis liturgique disparu, cierges allumés retrouvés sous les chaises. Les clés sont désormais délivrées en mairie.

Dans le Nord et la Creuse, des vagues de cambriolages similaires ont visé des édifices parfois centenaires. Les régions les plus touchées en 2024 sont la Nouvelle-Aquitaine, l’Île-de-France, le Grand Est, Auvergne-Rhône-Alpes et l’Occitanie. À l’Observatoire du patrimoine religieux, on évoque une moyenne de cinq vols par semaine dans les églises françaises. Des plateformes de revente comme Leboncoin proposent régulièrement des calices ou ciboires en argent, sans traçabilité. Le président de l’Observatoire, Édouard de Lamaze, appelle à un encadrement strict de la vente de biens liturgiques, uniquement par des commissaires-priseurs.

La violence ne s’arrête pas aux objets. À Lyon, un chrétien d’origine irakienne a été assassiné en direct sur TikTok. À Paris, deux incendies ont ravagé l’église Notre-Dame-des-Champs en juillet ; le préjudice est estimé entre 2 et 3 millions d’euros. L’auteur présumé, déclaré pénalement irresponsable, était un SDF en situation irrégulière. À Pantin et La Courneuve, un autre homme, sous l’emprise du crack, a vandalisé deux églises en pleine messe, sous les yeux des fidèles.

Les profanations deviennent parfois sciemment humiliantes : à Arudy, dans les Pyrénées-Atlantiques, des excréments ont été déposés à l’entrée de l’église, de façon à ce que les fidèles les piétinent. À Panilleuse, dans l’Eure, l’autel a été partiellement incendié par des jeunes délinquants. Ces actes prennent une dimension clairement antireligieuse, au-delà du simple vandalisme.

Face à cette vague, des voix s’élèvent. La sénatrice LR Sylviane Noël dénonce une asymétrie de traitement médiatique et politique entre les actes antichrétiens et ceux visant d’autres confessions. Dans une tribune cosignée par 86 sénateurs, elle réclame la création d’un dispositif national de signalement pour les victimes d’actes antichrétiens, à l’instar des structures existantes pour l’antisémitisme et l’islamophobie. Elle critique aussi une forme d’hostilité culturelle envers les racines chrétiennes, évoquant des syndicats qui souhaitent débaptiser les vacances de Noël.

En Allemagne, une hostilité croissante envers le christianisme

La situation en Allemagne suit une évolution similaire. Si les autorités fédérales, via le Bundeskriminalamt (BKA), ne recensent que les actes motivés politiquement, ces derniers sont en forte hausse. En 2024, 337 actes antichrétiens à motivation politique ont été enregistrés, contre 277 en 2023 (+21,7 %), ainsi que 111 infractions visant des églises (contre 92 l’année précédente).

Les chiffres globaux, cependant, seraient bien supérieurs. L’Observatoire OIDAC Europe, basé à Vienne, estime à au moins 2 000 le nombre de dommages matériels causés aux églises chrétiennes allemandes en 2023. Ces actes incluent des vols, des détériorations graves et des profanations. Selon sa directrice, Anja Hoffmann, « les bibles brûlées, têtes de statues décapitées, confessionnaux détruits » deviennent de plus en plus fréquents.

La paroisse Saint-Antonius de Gronau, en Rhénanie-du-Nord–Westphalie, a ainsi décidé en février de ne plus ouvrir son église en dehors des offices, après des insultes envers les fidèles, des vols de plaques commémoratives, et des dégradations du tabernacle. Le sceptre d’une statue de la Vierge du XVIIe siècle a été volé ; le baptistère a été utilisé comme poubelle. Une habitante déplore « la perte du respect pour le sacré », dans un pays où près de 50 % de la population se réclame encore du christianisme.

Matthias Kopp, porte-parole de la conférence épiscopale allemande, observe une aggravation qualitative des attaques contre les lieux de culte. Il y voit une « hostilité ouverte contre le christianisme » et demande une répression systématique de ces actes, considérés comme des atteintes à la liberté religieuse. Il insiste sur la gravité du phénomène, qui touche au cœur de la pratique spirituelle.

Les autorités allemandes relèvent également une montée générale des « crimes de haine » : en 2024, les actes islamophobes ont augmenté de 26 %, les actes antisémites de 20,7 %. Le chancelier Friedrich Merz, dans un discours empreint d’émotion, a récemment dénoncé cette recrudescence, qualifiant de « honte » le retour d’un antisémitisme manifeste. Mais plusieurs observateurs regrettent que l’antichristianisme, bien que réel et croissant, ne bénéficie pas de la même visibilité ni du même traitement politique et médiatique.

OIDAC et la conférence épiscopale allemande s’accordent : au-delà des dégâts matériels, la fermeture progressive des églises face à ces attaques envoie un signal négatif, affaiblissant le droit au culte et le rôle spirituel de ces lieux. Ils appellent à des mesures concrètes pour sécuriser les églises, soutenir les fidèles, et préserver la liberté religieuse chrétienne, souvent perçue aujourd’hui comme minorée.

Voir aussi

L'Occident reste indifférent alors que des chrétiens sont massacrés et persécutés dans le monde entier

France — 90 % du vandalisme et profanations de lieux de cultes visent des églises (deux par jour !)

vendredi 10 octobre 2025

Moins de catéchisme, moins d’enfants : quand la fin de l’enseignement religieux façonne la société allemande

La suppression progressive des cours religieux obligatoires dans les écoles allemandes entre 1972 et 2004 a laissé une empreinte durable sur les adultes d’aujourd’hui : pratiques religieuses réduites, revenus et emploi en hausse… mais moins d’enfants. Cette étude montre que l’école ne se contente pas de transmettre des savoirs : elle façonne profondément croyances, comportements et choix de vie.
 
Une étude publiée en octobre 2025 dans le Journal of Human Resources par Benjamin Arold, Ludger Woessmann et Larissa Zierow apporte un éclairage rare sur la manière dont l’école façonne durablement les croyances religieuses et certains comportements de vie.

L’école peut façonner les croyances et comportements bien au-delà de l’acquisition de connaissances. C’est la conclusion d’une étude publiée dans le Journal of Human Resources par Benjamin Arold, Ludger Woessmann et Larissa Zierow, qui s’appuie sur l’expérience allemande unique d’une abolition progressive de l’enseignement religieux obligatoire entre 1972 et 2004. Environ 1000 heures de cours religieux sur la scolarité, soit plus de quatre fois le volume consacré à la physique, sont devenues optionnelles dans différents Länder, les élèves pouvant choisir entre religion et cours d’« éthique » non religieux.

Pour mesurer l’impact de cette réforme, les auteurs exploitent trois grandes enquêtes représentatives : le National Educational Panel Study (NEPS), le German General Social Survey (ALLBUS) et le German Socio-Economic Panel (SOEP). Leur base fusionnée contient jusqu’à 58 000 observations d’adultes entrés à l’école primaire entre 1950 et 2004. L’approche économétrique utilise un modèle à effets fixes sur l’état et la cohorte, contrôlant pour les caractéristiques individuelles, et compare les trajectoires des élèves exposés ou non à l’enseignement religieux obligatoire.

Les résultats sont clairs : la fin des cours religieux obligatoires réduit significativement la religiosité à l’âge adulte. Les anciens élèves pratiquent moins la prière, fréquentent moins l’église et adhèrent moins souvent à une Église, avec des effets plus marqués dans les régions majoritairement catholiques. Les analyses temporelles indiquent que l’effet sur la prière se développe progressivement, tandis que celui sur l’adhésion à l’Église correspond à un changement quasi immédiat.

La réforme a également des conséquences sur la vie économique et familiale. Les adultes ayant suivi des parcours scolaires plus séculiers affichent une participation accrue au marché du travail, plus d’heures travaillées et des revenus plus élevés, tandis que leur fécondité diminue, reflétant la moindre influence des valeurs religieuses sur les choix familiaux. En revanche, aucun effet n’est observé sur les valeurs éthiques (réciprocité, confiance, bénévolat, satisfaction de vie) ni sur les valeurs politiques (intérêt politique, vote, satisfaction de la démocratie).

Loin d’être neutre, la place donnée à la religion — ou à son absence — dans les programmes scolaires semble façonner la sécularisation et certains choix de vie au cœur des sociétés modernes. 

La robustesse des résultats a été testée de multiples manières : aucune relation n’est observée avec des variables placebo comme la durée de scolarité ou l’âge du premier emploi, et les effets demeurent stables en contrôlant d’autres réformes éducatives contemporaines ou en comparant des comtés voisins situés de part et d’autre des frontières d’État. Les auteurs confirment également la fiabilité de leurs estimations avec des tests récents sur les modèles à deux effets fixes.

En résumé, cette étude illustre la puissance durable de la socialisation scolaire sur la religiosité et certains choix de vie. La place accordée à la religion à l’école influence non seulement la pratique spirituelle mais aussi les comportements économiques et familiaux, renforçant l’idée que l’éducation façonne profondément la société.


mercredi 27 août 2025

Recommandations pour renforcer la laicité : évincer les parents, imposer les églises, priver les écoles de subventions, lutter contre les organismes pro-vie ?

Quelques recommandations tirées du rapport de Mme Christiane Pelchat et M. Guillaume Rousseau sur l’état de la laïcité au Québec. 

Certaines s’inscrivent dans la tradition québécoise et occidentale comme la recommandation 30  :
« rendre obligatoire la réception à visage découvert de tout service » [y compris en classe donc pour les élèves]. 

D’autres semblent être celles ressassées depuis des décennies par les militants de la gauche laïcarde qui vise à éliminer toute religion de l’espace public, tout conservatisme en marginalisant les parents rétifs et en privant les organismes religieux ou conservateurs de ressources et subventions. Les laïcistes instrumentalisent les incidents entourant l’immigration musulmane de plus en plus importante en mettant toutes les religions et tous les conservatismes dans le même sac.

RECOMMANDATION 7 — Créer la Journée nationale de la laïcité. [Avec célébration et liturgie ?]

RECOMMANDATION 9 — Mettre fin de manière progressive aux avantages fiscaux et aux subventions accordés aux organismes religieux, après la réalisation d’une consultation et d’une étude d’impact, en abrogeant le critère de la « promotion de la religion » pour la reconnaissance des organismes de bienfaisance enregistrés ainsi qu’en éliminant les exemptions et déductions fiscales, comme celle visant précisément des membres du clergé et d’autres dirigeants religieux et celles en matière de fiscalité municipale. En lien avec l’abolition progressive de ces dernières exemptions, créer un fonds de transition pour les organismes affectés. Enfin, interdire le financement public des groupes religieux dans les collèges et les universités.  [Il s’agit notamment d’imposer les églises et organismes religieux et de supprimer les exemptions de taxes foncières et des crédits d’impôt pour dons et offrandes. Bref de massivement les appauvrir. L’État subventionnera les seuls organismes « laïques »­.]

école catholique Loyola
RECOMMANDATION 10 — Mettre fin progressivement au financement étatique des écoles [semi —] privées religieuses, tout en prévoyant un mécanisme d’admissibilité pour celles qui souhaitent conserver ce financement, sous réserve qu’elles entament des changements institutionnels visant le respect des quatre principes qui sous-tendent la laïcité de l’État. 

[Le rapport affirme : « Ainsi, l’État verse directement aux écoles privées une subvention qui sert essentiellement au respect du curriculum officiel du ministère de l’Éducation ». Cela semble faux. Même les écoles non subventionnées doivent respecter le curriculum du Monopole de l’Éducation du Québec (fait rare dans les pays démocratiques). Et pourquoi ne verser alors au mieux qu’une partie des frais liés à l’imposition de ce programme ? Car enfin les écoles subventionnées dites privées épargnent de l’argent à l’État.

Cette commission ici comme ailleurs suit les recommandations et arguments du Mouvement laïque québécois particulièrement militant.]
 

RECOMMANDATION 11 — Définir, à l’article 2 de la Loi sur la laïcité de l’État, le principe de la neutralité religieuse de l’État comme posant que l’État ainsi que ses représentantes et représentants dans l’exercice de leurs fonctions doivent s’abstenir de favoriser ou de défavoriser une conviction, une croyance ou une appartenance religieuse ou l’absence d’une telle conviction, croyance ou appartenance et de véhiculer, par leurs actions ou leurs expressions, quelque message qui puisse raisonnablement être considéré comme approuvant ou désapprouvant de telles convictions, croyances ou appartenances, y compris par symbolisme ou affichage. [Cette neutralité est-elle même possible ? L’État prend toujours parti pour certaines convictions. La conviction laïciste, voire athée, paraît à priori favorisée et renforcée par l’occultation croissante du religieux même dans les écoles religieuses.]

RECOMMANDATION 19 — Définir, à l’article 2 de la Loi sur la laïcité de l’État, le principe de la liberté de conscience et de la liberté de religion comme incluant le droit d’une personne de croire ou de ne pas croire, de professer ou de manifester sa conviction, sa croyance ou son incroyance religieuse, en dehors de ses fonctions de représentante de l’État, et de ne pas être contraint d’agir de manière contraire à ses convictions ou à ses croyances, d’adhérer à une religion ou de se soumettre à une observance religieuse, directement ou indirectement, par pressions ou autrement, particulièrement lorsqu’une personne est en situation de vulnérabilité, par exemple en raison de son âge ou de son appartenance réelle ou supposée à une religion. [Il s'agit du « respect de la liberté de conscience dès l’enfance » comme l'explicite le rapport... Il semble que, dans les exemples donnés dans le texte qui accompagne cette recommandation, cela signifie qu'il n'y ait pas de prosélytisme dans les écoles, garderies et autres lieux financés par le public. Le libellé de la recommandation ne l'indique pas et ne limite pas la portée de cette liberté de conscience des enfants. Il serait plus prudent que cette recommandation soit réécrite et que le rôle des parents y soient affirmés et respectés, par exemple si les parents veulent que leurs enfants inscrits dans une école partiellement subventionnée y reçoivent une instruction religieuse.]

RECOMMANDATION 22 — Mettre fin à la pratique consistant à écrire aux parents d’élèves pour les informer à l’avance qu’un contenu lié à la sexualité sera enseigné à leurs enfants. [Les parents sur la touche, totalement marginalisés.]

RECOMMANDATION 29 — Accompagner de près les centres de la petite enfance et les garderies subventionnées de facto confessionnels afin qu’une réelle laïcité y soit déployée. [Qu’est-ce à dire ? Ne plus avoir de crèche de Noël ?]

RECOMMANDATION 35 — Prévoir, par voie législative, l’obligation pour des organismes autonomes associés à l’État (notamment les municipalités, les collèges, les universités, les centres de la petite enfance, les garderies subventionnées et les écoles privées subventionnées) de se doter d’une politique en matière de laïcité assujettie à l’approbation gouvernementale et devant traiter de différents sujets tels que les accommodements pour un motif religieux, la location de salles à des groupes religieux et les autorisations d’utilisation d’espaces publics à des fins religieuses, et ce, de manière à respecter les principes, les droits et les règles d’ordre public liés à la laïcité. [Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’une école dite privée et catholique en partie subventionnée ne pourra pas louer une salle à des groupes religieux catholiques ?]

RECOMMANDATION 39 — Mettre fin au financement des organismes anti-choix [comprendre anti-avortement] et discriminatoires et s’assurer que le Secrétariat à la condition féminine poursuive ses efforts de sensibilisation auprès de la population ainsi qu’auprès des élues et élus quant aux conséquences des actions de ces organismes sur la liberté de choix des femmes. [Parmi les organismes religieux, cela ne vise que les chrétiens dans la pratique, on ne connaisse pas d’organismes pro-vie musulmans. 

En quoi l’avortement est-il un combat laïc (neutre sur le plan religieux) ? On peut être anti-avortement pour des raisons philosophiques non religieuses.

Des philosophes comme Musonius Rufus (Ier siècle) et des juristes romains ont exprimé des objections basées sur des considérations éthiques et sociales. Ils arguaient que l’avortement nuisait à la famille et à la société en réduisant le nombre de citoyens, un argument démographique et utilitaire plutôt que religieux. Ainsi, le juriste Ulpien (IIe-IIIe siècle) a défendu l’idée que l’avortement pouvait être puni s’il privait un homme de ses héritiers.

Aristote s’opposait à l’avortement après une certaine période de développement embryonnaire (quand l’âme rationnelle était censée apparaître, selon lui), non pour des raisons religieuses, mais en raison de sa philosophie de la biologie et de l’éthique. Il voyait la potentialité de la vie comme une valeur à préserver pour le bien de la
polis (cité-État), arguant que l’avortement excessif affaiblirait la société.

Bien que Locke soit souvent associé à des idées libérales, il considérait que la vie, même à un stade précoce, avait une valeur inhérente liée à la continuité de l’humanité, un argument philosophique basé sur la nature humaine plutôt que sur la religion.]

RECOMMANDATION 44 — Préciser qu’un accommodement pour un motif religieux ne peut être octroyé s’il a pour effet de contrevenir au respect des programmes d’éducation et d’enseignement post-secondaire ou aux libertés d’éducation et d’enseignement. [Il sera aisé d’affirmer que toute absence à un cours, par exemple d’éducation sexuelle, ne respecterait pas ledit programme, rendant la présence toujours obligatoire à tout ce qui pourrait être controversé.]

Voir aussi

Québec — Comité préconise d’abolir le financement public des écoles religieuses dites privées

« C’est la démographie, stupide ! » (l’immigration massive musulmane)
 
 
 
 
 
 

Le gouvernement québécois ne veut plus de religion dans les garderies communautaires (2010, pas d’explications de la crèche de Noël ?)