lundi 26 octobre 2026

Radio-Canada : les jeunes «nés avec les changements climatiques» les mieux placés pour poursuivre le gouvernement

Après sept ans de procédures, quinze jeunes Canadiens âgés de 17 à 25 ans comparaissent enfin devant la Cour fédérale de Vancouver dans le procès historique La Rose c. Sa Majesté le Roi, première poursuite climatique fédérale menée par des jeunes au pays. Déposée en 2019, l'action allègue que l'inaction du gouvernement canadien face aux changements climatiques viole leurs droits constitutionnels à la vie, à la liberté et à la sécurité garantis par l'article 7 de la Charte. Les plaignants, venus de sept provinces et d'un territoire, y dénoncent une menace existentielle qu'ils subissent déjà de plein fouet et exigent qu'Ottawa mette en œuvre un plan de réduction des émissions conforme à la science. Le procès, qui s'ouvre alors que le premier ministre Mark Carney a aboli plusieurs mesures climatiques de ses prédécesseurs, s'inscrit dans un mouvement mondial croissant de litiges climatiques portés par la jeunesse, de l'Allemagne à la Corée du Sud.

Dans l'émission Midi Info de ce lundi 26 octobre, Alec Castonguay qui anime l'émission déclare qu'« il ne faut pas s'étonner que ce soient des jeunes qui lancent ces procédures ». Son collègue, Étienne Leblanc, abonde : « Non, pas du tout. Vous savez ces jeunes, sont venus au monde il y a moins de 20 ans, ou il y a 20 ans environ, grosso modo, au milieu des années 2000. Ces jeunes sont nés avec les changements climatiques. Dès leur naissance, il y avait des effets des changements climatiques. »

Voilà donc des jeunes qui n'ont jamais connu le climat d'il y a trente, quarante ou cinquante ans — on parle bien ici du climat, non de la météo de l'été dernier —, mais qui seraient pourtant les mieux placés pour parler de sa dégradation supposée. Leurs parents et leurs grands-parents, eux, qui ont connu les canicules des années 1980, la sécheresse historique de 1988 ou encore les hivers si doux et si peu enneigés qu'il fallut s'inquiéter du manque de neige aux Jeux olympiques de Calgary, n'auraient apparemment rien remarqué. Il faut croire que la mémoire climatique fonctionne à rebours : plus on a vécu de saisons, moins on serait qualifié pour en parler.

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Mais ne posons surtout pas la question qui dérange : ces jeunes sont-ils nés avec les changements climatiques, ou avec la peur des changements climatiques ?

Élevés au rythme des collectes « pour sauver la planète », sensibilisés dès la maternelle, encouragés à manifester dans le sillage de Greta Thunberg, abreuvés de mises en garde toujours plus alarmantes par des médias rarement avares de catastrophisme, ils ont grandi dans un climat bien particulier : celui de l'angoisse climatique. Avant même d'être en âge de distinguer une tendance climatique d'un caprice de la météo, ils avaient déjà appris à redouter l'avenir de la planète.

À chaque génération, ses terreurs existentielles : l'apocalypse nucléaire pour les enfants de la guerre froide, le trou dans la couche d'ozone pour la génération suivante, la catastrophe climatique pour celle-ci. Les menaces ne sont pas nécessairement imaginaires ; leur omniprésence dans les esprits, elle, ne tombe pas du ciel. Elle se cultive, s'enseigne et s'entretient.

Non, « il ne faut pas s'étonner », comme le dit Alec Castonguay étant donné le climat scolaire et médiatique.

Quand un journaliste chevronné présente comme une évidence que des jeunes « nés avec les changements climatiques » seraient, de ce seul fait, particulièrement aptes à en témoigner, il ne fait pas œuvre d'analyse: il récite une leçon dont il n'a même pas songé à examiner les prémisses.

Quant à savoir pourquoi ce sont si souvent les moins de trente ans qui poursuivent l'État plutôt que leurs aînés, la réponse tient peut-être en un mot : l'école.

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