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mardi 17 mars 2026

« France, Belgique, Allemagne : l'occident autoritaire ? »

Mathieu Bock-côté évoque plusieurs incidents récents.

dimanche 1 février 2026

« On a tenté d'édulcorer la responsabilité de l'Islam dans les régimes autoritaires [et l'esclavage] du monde musulman »

Dans L’Islam contre la modernité, Ferghane Azihari fait une critique sans concession de la religion musulmane et de l’asservissement systématique des peuples qu’elle conquiert. Il raille dès l’introduction les « indigénistes revanchards et les tiers-mondistes pénitents » qui, fustigeant l’Occident, idéalisent les sociétés musulmanes et empêchent ainsi tout débat objectif.

Il commence par rappeler comment l’Islam a transformé le berceau de la civilisation en tombeau : fossoyeuse de nombreux peuples et cultures, cette religion a en effet purement et simplement éradiqué l’Afrique romaine et ses racines grecques, les foyers bouddhistes qui fleurissaient en Afghanistan et une grande partie du monde byzantin. Ces régions avaient pourtant atteint un niveau de développement élevé avant l’irruption des adorateurs belliqueux de Mahomet. Leur état actuel montre à quel point leur islamisation a été nuisible, les maintenant dans un dramatique obscurantisme. « Leurs regards furent si captifs de La Mecque qu’ils ignorèrent le patrimoine gisant sous leurs pieds, laissant aux infidèles la charge de l’exhumer, à l’image des hiéroglyphes qui ont attendu l’arrivée du Français François Champollion pour être déchiffrés au XIXe siècle » se désole l’auteur. Dans des lignes inspirées, poétiques, il imagine ce que seraient ces régions si elles n’avaient pas été asservies, étouffées sous le joug de l’Islam.

Il consacre la deuxième partie de son essai à détruire la fable de l’islam des Lumières, aussi illusoire qu’un « stalinisme à visage humain ». Loin du mythe du dialogue interculturel et de la légende de la transmission, les Arabes musulmans ont selon lui plutôt fait preuve d’un sectarisme persistant. Il explique que l’’éclat de l’islam ancien réside paradoxalement dans sa faiblesse car l’épanouissement des sciences et des arts durant les premiers califats est surtout dû aux contributions des non musulmans. Alors qu’au Moyen-Age un certain nombre de clercs chrétiens apprenaient l’arabe pour étudier le Coran, les musulmans refusaient de se pencher sur les langues étrangères. Le fameux philosophe Averroès n’a ainsi jamais pu mettre la main sur La Politique d’Aristote car elle n’avait jamais été traduite en arabe… L’auteur fait également un sort à l’idée, affirmée en 2020 par Emmanuel Macron, que l’Islam est « actuellement en crise », ce qui supposerait qu’il ait précédemment rayonné et engendré de la prospérité. S’il admet que l’histoire musulmane n’est pas que belliqueuse et recèle des foyers d’esprits remarquables, il note qu’un grand nombre de ces extraordinaires savants ont joui d’une plus grande postérité en dehors des frontières de l’Islam que dans leur propre communauté. C’est le cas d’Averroès, du chirurgien Abu Al-Qasim ou du médecin Ibn An-Nafis, à qui l’on doit la découverte de la circulation sanguine. Il avance notamment l’hypothèse, étayée par l’islamologue Charles Pellat, que la science et l’enseignement dans le monde musulman ont pâti de la création des madrasas, écoles étroitement contrôlées par le pouvoir religieux. Plus généralement, l’idée que toute vérité figure dans le Coran et que son message est indépassable, l’impossibilité de le critiquer, étouffent fatalement la réflexion et le débat nécessaires au progrès intellectuel et social.

Il évoque ensuite l’indignation sélective qui conduit à condamner le colonialisme occidental tout en minimisant l’expansion de l’islam par la guerre et son recours systématique à l’esclavage. Il critique avec brio la théorie du bon sauvage qui excuserait les vices de l’islam par un degré de développement inférieur. L’histoire de l’Europe montre que le progrès des libertés individuelles n’est pas forcément conditionné par l’accroissement des richesses. Par ailleurs, l’islam s’est développé dans des régions d’un raffinement moral inégalé à l’époque (l’Orient pré-islamique, l’empire romain) [Orient romain plus riche que l'Occident avant la conquête musulmane], ce qui ne l’empêche pas de se montrer barbare.

Dans un chapitre sur les causes du retard des sociétés musulmanes sur le monde occidental, retard constaté et déploré par les penseurs musulmans eux-mêmes, Ferghane Azihari signale que, de toutes les doctrines étrangères qui influencent la politique moderne, seules les plus nuisibles échappent à leur sectarisme. Le marxisme et sa lutte des classes permet alors à l’Orient islamisé de se réfugier dans le camp des opprimés, s’épargnant toute autocritique alors même que celle-ci serait serait la condition nécessaire de sa modernisation. Ce qui n’empêche pas l’Islam de se lancer à l’assaut d’une Europe devenue vulnérable, trop occupée à saper son propre système pour défendre ses institutions, ses écoles et ses universités, ses médias, ses productions…

Pourtant, dans ce courageux essai complété par un riche appareil de notes, Ferghane Azihari, ne se contente pas de peindre un noir tableau de l’Islam. Il est lui-même issu d’une famille musulmane des Comores et garde l’espoir que le monde dont viennent ses ancêtres sorte de l’archaïsme. Il appelle de ses vœux le réveil de l’Orient, sa libération d’une religion oppressive et violente. Il exhorte également les Européens à se montrer vigilants, à se servir de leur longue et prestigieuse tradition orientaliste  pour combattre l’obscurantisme islamiste dont ils ne doivent pas mésestimer le danger. C’est le plus grand défi auquel ils sont confrontés, tant les dommages occasionnés sont malheureusement irréversibles. 

Source : Contrepoints 
 
Voir aussi 
(Émission complète avec Ferghane Azihari et Mathieu Bock-Coté sur CNews : ici à partir de la 29e minute). 
 
 
 

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« La messe n'est pas dite », appel à un sursaut culturel chrétien 

 
 

jeudi 30 octobre 2025

« Nous ne sommes pas en URSS, mais... »

Question. — De livres en livres, d’articles en d’articles, vous ne cessez de pointer la dérive autoritaire, voire totalitaire du camp progressiste. Dans Les Deux Occidents (La Cité), vous allez jusqu’à présenter la victoire de Trump comme une libération et expliquer que le monde occidental est désormais divisé en deux blocs antagonistes : un nouveau rideau de fer séparerait l’Amérique trumpienne d’une Europe dominée par des forces d’« extrême centre ». Avez-vous vraiment le sentiment que l’Union européenne est en train devenir la nouvelle Allemagne de l’Est ou la nouvelle Union soviétique ?

Bock-Côté. — Je n’ai jamais dit que Trump était une libération, mais qu’une bonne moitié de l’Amérique, au moins, l’a vécu ainsi. Le wokisme était devenu tyrannique. Le commun des mortels ne comprenait pas la banalisation de la censure à grande échelle pour lutter contre la « haine », qu’on traite les enfants comme les cobayes de la théorie du genre, qu’on institutionnalise le racisme antiblanc à travers le paradigme du DEI (diversity, equity, and inclusion, une expression résumant les trois principes établis pour promouvoir l’inclusion et la lutte contre les discriminations envers des groupes historiquement minoritaires ou minorisés, NDLR), qu’on légitime une immigration massive devenue inassimilable ou que la puissance américaine se perde dans une forme de guerre perpétuelle pour assurer la promotion de la « démocratie » dans le monde. Alors le commun des mortels s’est révolté en votant pour un homme improbable, extravagant, brutal, qui dira le contraire, entendant renverser la table. Cette victoire de la révolte populiste au cœur de l’empire, à Washington, a fait paniquer la nomenklatura européenne, qui s’est jurée d’empêcher la victoire des insurgés chez eux, et qui aujourd’hui, entend verrouiller les institutions politiques, sous le signe de l’État de droit, pour à tout prix empêcher les populistes d’arriver au pouvoir. Je crois que nous parlerons de ces moyens dans notre entretien.

lundi 27 octobre 2025

Mathieu Bock-Côté : « Ce que Trump peut nous apprendre »

Dans son nouvel essai, « Les Deux Occidents – de la contre-révolution trumpiste à la dérive néosoviétique de l’Europe occidentale », le sociologue québécois analyse les causes profondes de l’élection de Trump et ses répercussions au sein de l’Union européenne. Le monde occidental va-t-il se fracturer en deux blocs antagonistes : l’Amérique trumpienne d’un côté et l’Europe dite “progressiste” de l’autre ? Texte d'Alexandre Devecchio paru dans le Figaro Magazine.


« Il faut avoir le courage de l’avouer, Madame : longtemps nous n’avons point compris la révolution dont nous sommes les témoins ; longtemps nous l’avons prise pour un événement. Nous étions dans l’erreur : c’est une époque. » Cette observation faite par le contre-révolutionnaire Joseph de Maistre à la marquise de Costa en 1794 pourrait avoir été écrite aujourd’hui pour décrire le phénomène Trump. En 2015, la plupart des observateurs ont interprété l’élection du 45e président américain comme un accident de l’Histoire. En 2020, sa défaite, suivie de l’attaque du Capitole, pouvait laisser penser que la parenthèse était définitivement refermée. Que l’ordre mondial, tel que nous le connaissions jusqu’alors, allait être rétabli. Mais il y a un an, le 5 novembre 2024, malgré quatre inculpations et une condamnation en justice, l’homme à la crinière orange est sorti vainqueur de l’élection présidentielle américaine pour la deuxième fois. Avec plus de voix qu’en 2016 et en l’emportant dans les sept États clés. Pour la première fois en vingt ans pour un Républicain, Trump a même remporté le vote populaire. Ainsi que les pleins pouvoirs au Congrès. À la vice-présidence était propulsé l’un des cerveaux de l’idéologie Maga en la personne de J. D. Vance, signe du contrôle désormais sans partage de Trump sur le Parti républicain. Non seulement sa victoire était incontestable, mais d’une ampleur que personne n’avait imaginée. Même les plus sceptiques devaient admettre leur erreur. Trump n’était pas un « accident », mais le début d’une nouvelle ère. Un changement d’époque, aurait écrit Joseph de Maistre. Symbole de ce basculement, la cérémonie d’investiture du 47e président des États-Unis, le 20 janvier 2025, où, pour reprendre la formule du journaliste David Thomson, une partie de ses opposants d’hier (les géants de la tech, l’Amérique corporate) « ont fait la queue pour embrasser la bague de Donald Trump et lui prêter allégeance ».

La fin de la fin de l'histoire

vendredi 2 mai 2025

Vance et Rubio condamnent l'établishment politique allemand qui peut désormais écouter les communications privées de l'AfD (m à j)

L'appareil « démocratique » au pouvoir s'explique:

Même en mettant de côté la question de savoir si l'Office fédéral de protection de la constitution (Bundesamt für Verfassungsschutz) puisse réellement être considéré comme « indépendant » plutôt que l'émanation d'une certaine culture et parti-pris en place, il est frappant de constater que, si l'on suit la logique sous-jacente avancée ci-dessus, toute décision d’un tribunal serait acceptable — même une condamnation à mort pour avoir porté un béret rouge disons — dès lors que ce tribunal serait indépendant et appliquerait des règles, aussi absurdes soient-elles. Ce raisonnement ne relève plus de la démocratie, mais d’une bureaucratie aveugle. Rappelons que l'interprétation des règles est sujette à une large dose de partialité et d'inventivité quand les magistrats veulent obtenir un verdict précis.

« Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité. » (Giraudoux, 1935)

Voir aussi

Université Trinity Western: Cour suprême du Canada réinterprète les lois selon son penchant progressiste

Principe de « fraternité » [aider des immigrants illégaux] et le gouvernement des juges qui interprètent les lois et la Constitution selon leur bon vouloir

Les élites républicaines françaises n’ont jamais été libérales ni d’esprit démocratique

Allemagne — La police d'État se pointe à l'aube et saisit un ordi et un téléphone à cause d'une caricature (m à j)

« Nous évoluons vers une démocratie [sic] anti-majoritaire »

 Dicastocratie — « La réinvention du despotisme éclairé »

État de droit (gouvernement des juges) contre démocratie ?

Canada/Québec — Un gouvernement des juges de plus en plus autoritaire

Les juges-prêtres (sur le livre L’emprise contemporaine des juges)

La Cour suprême du Canada : décideur politique de l’année 2014

Cour suprême du Canada — limites aux propos chrétiens « haineux » « homophobes » ?

Cour suprême : « toutes les déclarations véridiques » ne doivent pas « être à l’abri de toute restriction » (la vérité n’est plus une défense !)

La trahison des juges et des experts


 
Selon Le Monde, l’Office fédéral allemand de protection de la Constitution a annoncé ce vendredi 2 mai 2025 avoir classé l’ensemble du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) comme un mouvement « extrémiste de droite avéré ». Cette décision, prise après la percée historique de l’AfD aux législatives du 23 février (plus de 20 % des voix), permet désormais une surveillance renforcée, y compris des communications privées. Depuis ces élections, l'AfD est en progression dans les sondages, prenant même la tête dans plusieurs grands sondages, voir ci-dessous.

Le parti, mené par Alice Weidel et Tino Chrupalla, a dénoncé un « coup dur pour la démocratie allemande » et une décision « motivée politiquement ». Le service de renseignement estime que l’idéologie de l’AfD « dévalorise des groupes entiers de la population » et n’est « pas compatible avec l’ordre démocratique fondamental ».

Il est notamment reproché à l’AfD son hostilité « globale » envers les migrants et les musulmans, et sa « propagation continue de préjugés » à leur encontre. Déjà, plusieurs branches locales et l’organisation de jeunesse du parti étaient classées comme extrémistes. Cette nouvelle classification pourrait relancer le débat sur une éventuelle interdiction du parti.

Il est frappant de voir à quel point la justification de cette décision est explicitement politique, sans doute le Service du renseignement et l'Office fédéral de la protection de la constitution ne s'en rendent simplement pas compte parce qu'ils croient sincèrement que quiconque n'est pas d'accord avec eux sur l'immigration est une personne foncièrement mauvaise. Mais ces mêmes personnes se permettent de donner des leçons au monde entier sur la « démocratie ».




Le ministre des Affaires étrangères américain, Marco Rubio,  a condamné ces mesures:
L'Allemagne vient de donner à son agence d'espionnage de nouveaux pouvoirs pour surveiller l'opposition.  Ce n'est pas de la démocratie, c'est de la tyrannie déguisée.

Ce qui est vraiment extrémiste, ce n'est pas la populaire AfD - qui est arrivée en deuxième position lors des dernières élections - mais plutôt les politiques d'immigration à frontières ouvertes de l'establishment, auxquelles l'AfD s'oppose.

L'Allemagne devrait faire marche arrière.


 Le vice-président américain a ajouté: 
L'AfD est le parti le plus populaire d'Allemagne, et de loin le plus représentatif de l'Allemagne de l'Est. Aujourd'hui, les bureaucrates tentent de le détruire.

L'Ouest a abattu le mur de Berlin ensemble. Il a été reconstruit, non pas par les Soviétiques ou les Russes, mais par la classe politique allemande.

 


 

mercredi 30 avril 2025

L’écologisme tue-t-il ?

L’écoanxiété semble être l’un des soubassements du geste criminel de l’adolescent de 16 ans qui, à Nantes, le 24 avril dernier, a poignardé plusieurs de ses condisciples de lycée dont l’un, une jeune fille, criblée de 57 coups de couteau, est décédée. Ce terrible fait divers doit, selon le politologue Guillaume Bernard, alerter sur le caractère mortifère de l’idéologie écologiste quand elle est instrumentalisée contre l’espèce humaine. 



Quand il est au pouvoir ou qu’il peut l’influencer, l’écologisme se révèle autoritaire et punitif. Avec les zones à faible émission dans les métropoles, il discrimine socialement et relègue spatialement les pauvres qui ne peuvent pas acheter de voitures électriques.

En préconisant l’installation d’éoliennes qui défigurent le paysage, l’écologisme apparaît de plus en plus comme une “escrologie” de “bobos” au détriment des “ploucs” de la campagne où, pourtant, une véritable écologie est pratiquée avec le recours à l’agriculture biologique et aux circuits courts de distribution.

L’écologisme tue les libertés

L’écologisme est intrinsèquement autoritaire : il porte en lui la propension à prétendre orienter les comportements non seulement individuels (comme pour la consommation alimentaire avec le véganisme), mais aussi collectifs. Il fait fi des intérêts nationaux en favorisant la mise en jachère de terres agricoles et en remettant en cause la production nucléaire d’électricité. Il justifie l’interdiction de certaines activités par le principe de précaution.

Sous prétexte d’incertitude et en raison de l’existence d’un risque — comme si elles n’étaient pas, toutes deux, permanentes et propres à toutes les activités humaines —, le principe de précaution conduit à l’abstention consentie par les uns (les gouvernés), à l’interdit prononcé par les autres (les gouvernants) et à l’intériorisation de la peur paralysante par tous. Contrairement aux apparences, ce principe est l’exact contraire de la prudence, qui suppose, malgré le doute, de trancher, qui appelle à exercer, en fonction des circonstances, un choix en pesant le pour et le contre. C’est ainsi que l’écologisme usurpe et travestit les préoccupations écologiques traditionnelles.

L’écologisme tue la civilisation

Dans une démarche philosophique classique, celles-ci rappelaient à l’homme qu’il s’inscrit dans un ordre cosmologique des choses qui le dépasse où règnent des lois qu’il ne peut violer impunément. Sa responsabilité implique une position de maître de la nature : encadrée et domestiquée, celle-ci est indissociable de la société et de sa culture. Mais l’écologisme est tout autre. S’il prend le masque souriant de la légitime lutte contre d’immoraux gaspillages et une pollution incontrôlée, son véritable visage est celui de la haine.

L’écologisme déteste la nature culturelle de l’être humain : il veut déconstruire l’homme enraciné pour le reconstruire, d’où sa défense du progressisme “sociétal”. L’écologisme ne prend pas la défense de l’ordre naturel : il a en haine la civilisation, d’où sa préconisation de la décroissance et sa promotion de l’immigrationnisme. Le cas de Noël Mamère est, à ce titre, emblématique : il s’est prononcé en faveur du port du voile islamique à l’école et il est celui qui, alors maire de Bègles, a célébré, en 2004, à l’époque en infraction à la loi, un « mariage » homosexuel.

L’écologisme tue l’humanité

Il n’est pas question de faire un procès d’intention à tous ceux qui — comme l’assez sympathique José Bové logiquement hostile tant à la PMA qu’aux OGM — affichent des préoccupations environnementales. Mais il est clair que, pour certains, l’écologie n’est que le cheval de Troie d’une idéologie masochiste et nihiliste. Sous prétexte que la technoscience (qui, effectivement, peut ne pas agir avec prudence et enfreindre les lois de l’ordre naturel) fait courir des risques à l’homme, l’écologisme en déduit que l’être humain n’est qu’un parasite de la nature. Cela le conduit à mêler malthusianisme et panthéisme.

La réduction de la population est devenue un objectif affiché, la taxe carbone devant être l’instrument fiscal rendant, pour les récalcitrants, les naissances financièrement insoutenables. Qu’importe que la nature, déifiée, puisse être hostile à l’homme quand elle est libre de toute entrave. Homo sapiens est ravalé au rang d’une espèce animale parmi les autres, toutes étant mises sur un pied d’égalité (antispécisme). La sauvegarde de la planète ainsi que des espèces animales et végétales finit par compter plus que la défense du bien-vivre de l’humanité.

Le jeune meurtrier de Nantes semble bien avoir été modelé par l’écologisme. Dans son manifeste envoyé quelques minutes avant son passage à l’acte, il en professait explicitement les principes idéologiques : « L’arbre n’est plus un esprit, c’est une matière première. L’animal n’est plus un frère, c’est une marchandise. » Et, plus loin : « Nous devons redevenir sauvages, […] retrouver la place que la Terre nous réservait avant que nous la trahissions. » Décidément, l’écologisme tue !
 

Source : Valeurs actuelles

Guillaume Bernard, docteur et habilité à diriger des recherches, est historien des institutions et des idées politiques ; il est notamment l’auteur de “La guerre à droite aura bien lieu, le mouvement dextrogyre” (Desclée de Brouwer).

 

dimanche 27 avril 2025

Canada/Québec — Un gouvernement des juges de plus en plus autoritaire

Un texte de Frédéric Lacroix:

L’on m’a reproché, dernièrement, d’avoir utilisé dans un texte l’expression « autoritarisme judiciaire » pour dénoncer le fait que des juges, profitant de la Charte canadienne des droits et libertés de 1982, qui les place en surplomb au-dessus du Parlement, de l’Assemblée nationale et du peuple, en menaient large, très large.


L’on en a pourtant eu, coup sur coup, deux exemples très parlants cette semaine : premièrement une décision du juge Éric Dufour (nommé par Justin Trudeau) qui fait tomber à la fois la hausse des frais de scolarité et l’exigence de cours de français pour les Canadiens non-résidents étudiants à McGill et Concordia et, deuxièmement, une décision du juge Andres C. Garin (nommé par Justin Trudeau) imposant au Québec de reconnaitre la « polyfiliation », c’est-à-dire le concept qu’un enfant pourrait avoir plus de deux parents.

D’un côté, un juge décide unilatéralement que Québec n’a pas le pouvoir de déterminer sa grille tarifaire pour ses universités et que nous devons collectivement continuer à financer les Canadiens qui viennent étudier en anglais à McGill et Concordia, ce qui nous coûte la bagatelle de 200 millions par année (en plus d’angliciser Montréal à tour de bras) et de l’autre, un juge dynamite les bases anthropologiques séculaires de notre civilisation en introduisant le concept déjanté de « pluriparentalité » -pourtant écarté par Québec- dans notre Code civil.

Ces décisions nous sont imposées par le haut, sans débat, par une caste juridique nommée par Ottawa. Des juges, pris d’hubris, s’imaginent que le droit peut créer la réalité et qu’il suffit de décréter qu’un enfant peut avoir trois parents pour que cela soit. Il est aussi remarquable de noter que dans ce jugement, les intérêts de l’enfant sont totalement escamotés. Mais la réalité et la biologie se fichent du droit. Comme le disait Roger Scruton, les « traditions sont des solutions à des problèmes dont on a oublié l’existence. Mais si on retire la solution, le problème va réapparaitre ».

Avec ces décisions lunaires, ces juges sont en train de dynamiter leur légitimité, base de leur autorité. La Charte canadienne (imposée illégitimement en 1982, rappelons-le) se voulait un « contrepouvoir » face à la menace (imaginaire selon moi) d’une « dictature de la majorité ».

Mais force est de constater qu’il n’existe pas de « contrepouvoir » au pouvoir des juges, pouvoir qui semble être devenu absolu et qui nous dépossède.

samedi 22 février 2025

Les élites républicaines françaises n’ont jamais été libérales ni d’esprit démocratique

Texte de l'historien Pierre Vermeren paru dans Le Figaro. Pierre Vermeren est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages remarqués, comme « On a cassé la République : 150 ans d’histoire de la nation »(Tallandier, 2020) et « La France qui déclasse. De la désindustrialisation à la crise sanitaire » (Tallandier, « Texto », 2020). Dès la Révolution, la période de la Terreur a forgé la méfiance ontologique des élites françaises envers un peuple réputé dangereux, souligne l’historien. Une tendance que la fermeture de C8 et de NRJ12, chaînes parmi les plus regardées de la TNT, vient confirmer de façon éclatante.

Des atteintes aux libertés publiques et privées sont régulièrement commises par les pouvoirs publics français : justice zélée pour empêcher le favori de la présidentielle de concourir; enfermement général de la population à l’occasion du Covid - dont le contre-exemple suédois a démontré l’inutilité -; incarcération d’un policier pendant des mois pour un homicide commis dans l’exercice de ses fonctions dont il fut relaxé, etc. La fermeture en cours de deux chaînes de télévision parmi les plus regardées de la TNT est la dernière en date. Cette décision autoritaire est moins une innovation que la confirmation d’un fait établi aussi vieux que notre régime : les élites républicaines françaises n’ont jamais été libérales ni démocrates.

Pour la présidente de la radio d'État française, « la liberté d'expression est le cheval de Troie du néo-impérialisme américain » (article du 20 février dans Le Figaro)

La chose peut paraître contre-intuitive au pays des droits de l’homme, de la Révolution et de la République. Mais le mouvement libéral des Lumières, qui a porté ces grandes idées du XVIIIe siècle à la victoire politique, s’est fracassé sur le mur de la Terreur et la guerre civile. Omniprésente dans les têtes au XIXe siècle, cette tragédie a forgé la méfiance ontologique des élites françaises envers un peuple réputé dangereux et sanguinaire. Et ce, quand bien même il ne fut que l’auxiliaire des bourreaux, et surtout leur victime. C’est une moyenne bourgeoisie ivre de sa nouvelle toute-puissance qui a peuplé le Comité de salut public et le Tribunal révolutionnaire, qui a manié la guillotine et ordonné le massacre des Vendéens.

La réaction thermidorienne a mis fin à la Grande Terreur, mais les violences n’ont pas cessé avant l’été 1795, sans évoquer la chouannerie. En 1799, le Premier consul, continuateur et sauveur de la Révolution, forge l’appareil judiciaire français toujours en vigueur. Comme enseigné depuis des générations en faculté de droit, si la France possède deux ordres de juridictions, le judiciaire et l’administratif - aberration liberticide aux yeux des Anglo-saxons -, c’est parce que Napoléon a voulu protéger l’état, ses dirigeants et ses fonctionnaires, des menées du peuple.


La récente décision du Conseil d’état, qui trône au sommet de l’ordre administratif, est conforme à sa mission historique. Sa validation de la suppression de deux chaînes de télévision populaires était écrite : jugées populistes, donc dangereuses, par des élites unanimes, leur sort avait été instruit au Parlement, scellé par une autorité administrative et justifié par des médias publics, tous démembrements de l’état. Nul doute que le lien, pourtant direct, entre ces faits et le discours de Munich du vice-président américain Vance qui évoqua la censure en Europe - soit mentalement impossible à établir dans le cerveau de nos dirigeants.

Nul besoin de regarder ces deux chaînes aux millions de téléspectateurs - l’auteur de ces lignes ne regarde pas la télévision - pour comprendre que leur interdiction signe un réflexe de classe. Au XIXe siècle, la garde nationale, puis la troupe, étaient envoyées pour mater manifestations, grèves et révoltes populaires, parfois au prix de centaines - voire de milliers - de morts , afin de rétablir l’ordre et prévenir la subversion. La violence de masse des deux guerres mondiales a brutalement pacifié nos mœurs politiques; mais les préventions envers le peuple n’ont pas régressé. Elles ont muté.

Au XIXe siècle, la bourgeoisie était libérale sous la Restauration puis sous le second Empire. Ces régimes autoritaires et économiquement libéraux lui ont permis de s’enrichir. Pourtant, en 1914, les écarts de richesses entre les Français étaient les mêmes qu’en 1789. Grâce à la révolution industrielle, la richesse globale des Français a progressé au XIXe siècle, ainsi qu’espéré par les révolutionnaires : mais nul dirigeant ne songea à résorber les écarts de niveau de vie entre l’étroite bourgeoisie et le peuple, ces 80 % à 90 % de paysans, d’ouvriers et de boutiquiers.

Depuis un demi-siècle, tout ce qui a transformé la France et la vie des Français, par la plus grande dépossession de leur histoire, s’est décidé hors des urnes. (...) Rien n’a été voulu, voté ni validé par les Français, Maastricht excepté

La bourgeoisie libérale finit par imposer la République à partir des années 1880. Sa grande affaire fut d’éduquer le peuple pour le « civiliser », l’éloigner de sa violence « atavique » et l’arracher des mains de l’église. Des choses contradictoires sortirent de cet agenda idéologique : l’éducation pour tous, qui, même assez courte, visait l’excellence ; la francisation du peuple, que paracheva l’institution militaire ; l’interdiction du vote pour les femmes pendant soixante-quinze ans, réputées trop proches des prêtres pour bien voter - ce déni de démocratie de plus en plus anachronique n’a été résorbé que par de Gaulle - ; la laïcisation méthodique de la société et du régime politique. Le demi-échec de ce long travail - mesuré au succès de l’enseignement catholique, majoritaire en 1905 -, imposa le brutal raidissement laïciste que l’on sait.

Les deux guerres mondiales imposèrent finalement dans la souffrance collective l’intégration des forces sociales et politiques tenues de concourir à la défense de la nation dans la République : catholiques, paysans, ouvriers et socialistes, droite monarchiste devenue nationale, armée et anciens combattants, femmes, puis communistes et cégétistes. Le Conseil national de la Résistance, dont le gaullisme et le pacte passé avec les communistes prolongèrent les effets jusqu’aux années a forgé le moment le plus démocratique de la vie politique et sociale française. Mais la vieille prévention contre le peuple demeurait.

L’effacement du mythe résistancialiste forgé par de Gaulle et cautionné par les communistes raviva l’ère du soupçon. Déjà, la construction européenne avait été conçue par d’étroites élites comme une machine destinée à contenir les passions nationales, voire à déconstruire les nations. Tant que de Gaulle imprima sa marque, le projet fut neutralisé. Mais, comme il l’avait prédit, la bourgeoisie libérale - qu’incarnèrent tour à tour Pompidou, Giscard d’Estaing ; puis Chirac - parvint à endiguer puis à corseter la souveraineté du peuple, au nom de l’ordo-libéralisme européen. En 1981, les bourgeois de gauche qui accèdent au pouvoir au nom du peuple, ne dérogent nullement à cette trajectoire. L’idée selon laquelle la liberté du peuple et la souveraineté nationale pouvaient conduire à Hitler – ce qui constitue un double mensonge historique, du fait que c’est l’état-major allemand, soutenu par l’industrie, qui a ouvert par la force le pouvoir à Hitler, et que le contexte des années 1930 n’est pas reproductible – conduisit les élites à s’affranchir ouvertement de la souveraineté populaire, rabaissée en populisme.

Depuis un demi-siècle, tout ce qui a transformé la France et la vie des Français, par la plus grande dépossession de leur histoire, s’est décidé hors des urnes. Certes, la consultation du peuple par des élections régulières s’est poursuivie. Mais le slogan « blanc bonnet, bonnet blanc » de la IVe République s’est mué en « pensée unique », alias « cercle de la raison ». Construction européenne, État de droit, gouvernement des juges, désindustrialisation, liquidation de l’agriculture paysanne, métropolisation, mort des villes moyennes, liquidation des grands services publics, déconstruction de l’école, endettement public, déficit commercial, chômage structurel, immigration de masse, laxisme judiciaire, dénationalisation des élites, financiarisation de l’économie, écologie punitive, lutte contre la voiture succédant au tout-voiture, déculturation de la jeunesse, abaissement de la France dans le monde, etc. : rien de tout cela n’a été voulu, voté ni validé par les Français, Maastricht excepté. Or cela est advenu, sous la conduite de gens réputés pour leur extrême intelligence. Promesses et campagnes électorales se sont déconnectées des politiques publiques qui ont traversé les alternances et dénaturé les programmes annoncés.

Si les élites politiques avaient gouverné le pays suivant les vœux du peuple souverain, ce qui constitue la promesse démocratique, la France serait-elle tombée si bas ?

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