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mardi 7 octobre 2025

Quand l’anonymat récent des copies révèle un biais historique… favorable

À l’Université de Stockholm, la mise en place de la correction anonyme a eu un effet inattendu : les étudiants portant des noms à consonance étrangère, qui bénéficiaient auparavant d’une indulgence implicite de la part des correcteurs, ont vu leurs notes légèrement baisser. Une étude suédoise éclaire ainsi la complexité des biais en évaluation.


Lorsqu’une université décide de rendre les copies d’examen anonymes, on s’attend naturellement à ce que la réforme rende l’évaluation plus juste, en éliminant les préjugés possibles liés au nom ou à l’origine des étudiants.

Mais les résultats obtenus à l’Université de Stockholm vont à l'encontre de cette attente.

Une étude du sociologue Magnus Bygren, publiée dans la revue Assessment & Evaluation in Higher Education, montre qu’après l’introduction de la correction anonyme, les étudiants portant des noms à consonance étrangère ont vu leurs notes baisser.

Non pas parce qu’ils étaient désormais victimes d’un biais négatif, mais parce qu’ils ne bénéficiaient plus, semble-t-il, d’un léger traitement de faveur implicite dont ils jouissaient auparavant.

Une réforme conçue pour réduire les biais


Entre 2010 et 2014, l’Université de Stockholm a progressivement introduit une règle obligeant les correcteurs à évaluer les examens sans connaître l’identité de l’étudiant.

L’objectif était simple : réduire les inégalités et rendre la notation plus objective.

Bygren a analysé des milliers de résultats d’examens avant et après la réforme, en distinguant les étudiants selon la consonance de leur nom. L’idée était d’observer si la réforme — en supprimant les indices identitaires — modifiait les écarts de notes entre groupes.

Un effet inattendu

Les résultats sont clairs : après la généralisation de la correction anonyme, la probabilité pour un étudiant au nom étranger d’obtenir la meilleure note a diminué d’environ six points de pourcentage. Avant la réforme, ces mêmes étudiants réussissaient un peu mieux, toutes choses égales par ailleurs.

Aux attentes négatives que l’on aurait pu supposer — celle d’un biais défavorable envers les minorités — les correcteurs opposaient, sans doute inconsciemment, un ajustement favorable.

Autrement dit, ils tendaient à se montrer légèrement plus indulgents envers les étudiants aux noms étrangers, peut-être par souci d’équité ou pour compenser un désavantage perçu.

Un biais inversé

Ce phénomène éclaire un aspect méconnu du comportement des évaluateurs : leur désir de justice (subjective) peut lui aussi engendrer un biais.

Les correcteurs, animés par des intentions bienveillantes envers des groupes particuliers (ici étrangers), pouvaient accorder inconsciemment une petite marge de tolérance aux étudiants qu’ils imaginaient en situation d’infériorité symbolique.

L’anonymisation des copies a effacé ce réflexe, rétablissant une neutralité plus stricte — et, ce faisant, a fait apparaître une baisse relative des notes pour ce groupe d’étudiants.

Bygren reste prudent : l’ampleur de l’effet varie selon les modèles statistiques utilisés. Mais la tendance demeure. Et surtout, elle contredit l’hypothèse intuitive d’un préjugé défavorable fondé sur le nom.

Voir aussi
 
 

mardi 16 septembre 2025

Netflix — Jihad Alexander Abdallah incarnera le roi suédois Gustave III

 

L'acteur Jihad Alexander Abdallah, dont les parents sont libanais, incarnera le roi suédois Gustave III (1746-1792) dans le nouveau film dramatique de Netflix Les de Fersen (The von Fersens) portant sur les intrigues de la cour du roi.

Trame annoncée : Le nouveau film romantique se déroule dans le Stockholm du XVIIIe siècle, en Suède. Il retrace la vie tumultueuse des personnages historiques Sophie et Axel de Fersen. Issus d'une des familles les plus influentes et nobles, les deux frères et sœurs sont rapidement devenus le couple incontournable de leur époque. Lorsque leur statut leur est retiré, ils se battent pour protéger l'avenir de leur famille et découvrent que l'amour pourrait être la clé pour le sauver.

Il semble que cette déchéance soit une licence artistique de plus. Car il n'existe aucune preuve à notre connaissance d'une déchéance ou d'une « annulation » du rang des Fersen par le roi. Leur influence a décliné plus tard, après l'assassinat de Gustave III en 1792. Axel de Fersen est célèbre pour son rôle de favori et d'intrigant auprès de la reine de France Marie-Antoinette. 


mardi 29 avril 2025

Le Canada sous les libéraux : cancre de la croissance économique depuis 10 ans


 

Chiffres légèrement différents ci-dessous (pas en parité de pouvoir d'achat et sur 9 ans et demi)


Et toute cette croissance « malgré l'immigration record » au Canada. 



lundi 2 décembre 2024

Suède — Des enfants exécutent une vague de meurtres sous contrat alors que les gangs exploitent une faille dans la loi

Les « manipulateurs » recrutent des jeunes marginaux de 11 ans sur les médias sociaux, alors que les services publics de prise en charge des jeunes délinquants sont débordés.

 Carin Götblad, chef de la police de Stockholm, déclare que de nombreux enfants assassins sont « totalement dépourvus d'empathie ».

Fernando, tueur à gages pour un gang de narcotrafiquants suédois, consulte son téléphone qui émet ses derniers ordres : rassembler les armes, se rendre à la porte d'entrée de la cible et tirer jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de balles.

« Oui, je comprends, mon frère », répond-il avec désinvolture. Il rassemble deux pistolets, un fusil Kalachnikov et un complice, avant de se précipiter vers leur cible, dans la banlieue de Stockholm.

Mais il ne s'agit pas d'un banal règlement de comptes entre gangs. Fernando a 14 ans, c'est un assassin adolescent qui jouait à Fifa dans son club de jeunes lorsque les ordres lui sont parvenus par texto.

Il fait partie des dizaines d'enfants tueurs à gages en Suède, recrutés par des intermédiaires de gangs sur les réseaux sociaux qui paient jusqu'à 150 000 couronnes (13 000 euros, 19 000 dollars canadiens) par mission.

Le nombre d'affaires de meurtre impliquant des enfants suspects en Suède, où le taux de violence armée par habitant est le plus élevé de l'Union européenne, a explosé au cours de l'année écoulée. Les chiffres sont passés de 31 chefs d'accusation au cours des huit premiers mois de 2023 à 102 au cours de la même période de cette année, selon le ministère public suédois.

dimanche 24 novembre 2024

Suède — 79 % des réfugiés sont déjà retournés en vacances dans le pays qu'ils ont fui

Une nouvelle enquête de la firme Novus, publiée par le journal en ligne suédois Bulletin, montre que plus de 85 % des personnes nées à l’étranger sont retournées à un moment ou à un autre dans leur pays d’origine pour y passer des vacances. Parmi ceux qui sont arrivés en Suède en tant que réfugiés, la proportion de ceux qui ont passé des vacances dans leur ancien pays d’origine est de 79 %.

Partir en vacances dans le pays que l’on a fui est devenu un sujet de discussion dans les pays européens ces dernières années. Bulletin a demandé à Novus d’enquêter sur la façon dont les personnes nées à l’étranger perçoivent la migration de retour, l’éducation de leurs enfants et les vacances dans leur pays de naissance. L’échantillon est composé de 1050 personnes nées à l’étranger et l’enquête a été menée entre le 18 et le 24 août.

L’enquête montre que seuls deux pour cent des personnes nées à l’étranger prévoient de retourner dans leur pays de naissance à l’avenir, tandis que 16 % répondent peut-être. 76 % déclarent avoir l’intention de rester, parmi ceux qui sont venus en Suède d’un pays étranger, la proportion est de 81 %. 53 % des personnes nées à l’étranger pensent que la Suède est un meilleur pays pour leurs enfants par rapport à leur pays d’origine, tandis que 9 % pensent que la Suède est pire que leur pays d’origine. 33 % ne répondent ni l’un ni l’autre.


Passer ses vacances dans son pays d’origine

Selon l’enquête Bulletin/Novus, 85 % des personnes nées à l’étranger ont déjà visité leur pays d’origine pour y passer des vacances. Parmi les immigrants familiaux, 92 % sont retournés au moins une fois dans leur pays d’origine pour y passer des vacances, contre 79 % pour les réfugiés. Le groupe de personnes nées à l’étranger qui compte la plus forte proportion de personnes n’ayant jamais passé de vacances dans leur pays de naissance est celui des adoptés, dont 41 % n’ont pas visité leur pays de naissance depuis leur arrivée en Suède.

Novus souligne qu’il est dans la nature des choses que les personnes qui participent à ses enquêtes soient raisonnablement bien intégrées en Suède, puisqu’elles répondent aux questions en suédois. Les conditions politiques dans leur pays d’origine peuvent donc avoir changé avec le temps.

Toutefois, 79 % restent un chiffre très élevé, étant donné qu’il s’agit de personnes qui sont venues en Suède et ont déclaré être des réfugiés.

En Norvège, le quotidien Aftenposten a rapporté en 2018 que 24 % des immigrants de Somalie, 40 % des immigrants d’Afghanistan, 55 % des immigrants d’Iran et 71 % des immigrants d’Irak se rendaient régulièrement dans leur pays d’origine. Selon Aftenposten, les données ont été compilées par les Statistiques de Norvège (SSB). Une différence par rapport à l’enquête Bulletin/Novus réside dans le fait que les chiffres norvégiens représentent le pourcentage d’immigrants qui passent régulièrement des vacances dans leur pays d’origine, tandis que les chiffres suédois indiquent ceux qui ont voyagé au moins une fois.

La plupart des pays autorisent les personnes devenues citoyennes à retourner dans leur pays d’origine pour les vacances. Dans le même temps, le fait que tant de personnes arrivées à l’origine en tant que réfugiés retournent dans leur pays d’origine suggère que le besoin de protection n’est plus d’actualité, ou qu’il n’a peut-être jamais été très fort.

Les règles applicables aux demandeurs d’asile qui n’ont pas obtenu la citoyenneté varient selon les pays. En Suède, aucune restriction n’est imposée aux réfugiés qui ont obtenu la résidence permanente pour retourner dans leur pays d’origine. Toutefois, le statut de réfugié peut être révoqué s’il s’avère que la personne n’a plus besoin de la protection internationale de son pays d’origine, et dans les cas où il est établi que les demandeurs d’asile ont fourni de fausses informations sur leur besoin de protection. D’autres pays ont des règles plus strictes. La Suisse, par exemple, n’autorise pas les demandeurs d’asile à retourner dans leur pays d’origine pour voir des membres de leur famille ou partir en vacances, sauf dans des circonstances exceptionnelles. Dans ce cas, le ressortissant étranger perd le droit de continuer à détenir un permis de séjour en Suisse, selon le HCR.

En Allemagne, les voyages de vacances des demandeurs d’asile dans leur pays d’origine sont également devenus une question politique, les voyages de vacances étant considérés comme incompatibles avec l’affirmation selon laquelle ils ont fui pour sauver leur vie et cherché une protection en Allemagne en raison du danger qui les guette dans leur pays d’origine. Dans une déclaration faite en 2019, Horst Seehofer, alors ministre de l’Intérieur de l’Allemagne, a averti les réfugiés qu’ils feraient l’objet d’une enquête et se verraient retirer leur permis de séjour s’ils se rendaient dans leur pays d’origine.

« Si quelqu’un, un réfugié syrien, passe régulièrement des vacances en Syrie, il ne peut pas honnêtement prétendre être persécuté en Syrie », a-t-il déclaré, ajoutant « nous devrions le priver de son statut de réfugié ».

Par exemple, selon DW (Deutsche Welle), en 2016, des enquêtes ont permis à 66 réfugiés d’Irak et de Syrie de se voir retirer leur permis de séjour et d’être considérés comme n’ayant plus besoin de protection parce qu’ils avaient voyagé dans leur pays d’origine.

Angela Merkel a également critiqué les voyages de vacances des réfugiés dans leur pays d’origine, affirmant que cela pourrait être interprété comme une réévaluation de leurs besoins de protection.

Source : Bulletin (Suède)


mercredi 11 septembre 2024

Suède — Le système éducatif est décentralisé, le privé y est entièrement subventionné

Comme son nom l’indique, l’Internationella Engelska Skolan offre une formation internationale bilingue (anglais et suédois) aux élèves du primaire et du secondaire (6 à 16 ans), dans la banlieue d’Upplands Väsby, au nord de Stockholm. Elle occupe d’anciens locaux administratifs d’une chocolaterie voisine. Les quatre édifices portent des noms de dieux scandinaves, soit Odin, Freya, Thor et Idunn. Une journaliste de M, le magazine du Monde, a visité le minicampus récemment et proposé une comparaison avec les maisons de l’école de sorcellerie Poudlard, de la série Harry Potter.

« Dans une vitrine à l’entrée, parmi des trophées remportés par les élèves, trône le livre de Barbara Bergström Tough Love (non traduit, Ekerlids, 2018), décrit le reportage. Dans ce manifeste à la gloire de l’enseignement privé, la fondatrice de l’école, âgée de 77 ans, raconte comment, en trente ans, elle est parvenue à bâtir un empire, en devenant propriétaire de quarante-six établissements en Suède. Des écoles primaires et des collèges qui lui ont rapporté plus de 85 millions d’euros depuis 1993. »

L’année précédente, le gouvernement du conservateur Carl Bildt lançait un programme de réformes du système scolaire national qui accordait à chaque élève un « chèque éducation » permettant son inscription dans l’école de son choix (en fait du choix de ses parents). La somme distribuée annuellement par les 290 communes du royaume correspondait d’abord à 85 % des frais. Elle a vite gonflé pour les couvrir entièrement.

Le libre-choix 100 % subventionné, selon la logique de la socialisation des risques et de la privatisation des profits, a donc stimulé la création d’un réseau parallèle tentaculaire et la constitution d’empires scolaires cotés en Bourse. Seuls 1 % des jeunes Suédois fréquentaient une école privée avant la réforme. Ils totalisent maintenant 16 % des effectifs au primaire et 30 % au secondaire.

« Il faut une longue perspective historique pour comprendre cette transformation », dit au Devoir le professeur Håkan Forsberg, de l’Université d’Uppsala. Il explique que la Suède a développé un système d’éducation extrêmement centralisé et très inclusif en instaurant l’école obligatoire pour tous dès un très jeune âge et jusqu’à 15 ans, système qui propose des formations techniques et générales dans les mêmes établissements. Les problèmes économiques des années 1970 et 1980 ont sapé les fondations de l’État-providence et forcé les remises en cause.

« Les tensions et les discussions ont duré deux décennies, et ce sont les sociaux-démocrates qui ont avancé les premiers la possibilité d’une déréglementation et d’une décentralisation, ajoute le professeur. L’idée du bon a ensuite été imaginée pour permettre au privé de concurrencer et de stimuler le public tout en offrant le libre-choix subventionné aux parents. »

Stockholm-en-Québec

Lui-même ancien enseignant d’histoire et de suédois au secondaire, M. Forsberg est spécialisé en sociologie de l’éducation. Ses recherches quantitatives portent principalement sur le marché scolaire. Elles cherchent à expliquer comment les familles s’y comportent et les effets de la ségrégation socioéconomique engendrés ou accentués par la grande privatisation.

« En fait, on peut observer un mouvement semblable dans plusieurs pays du monde, fait remarquer le professeur. La Chine a aussi choisi de déréglementer son système pour permettre la concurrence entre différents types d’offres de services. » Il ajoute qu’en Suède, le mouvement de déréglementation et de privatisation a aussi touché le système de santé et ainsi permis la mise en place de cliniques privées et de tout un réseau d’hospices pour les personnes âgées.

Qu’en est-il au Québec, où nous aimons bien nous comparer aux pays scandinaves, souvent à notre désavantage ? La Révolution tranquille n’a pas osé s’attaquer aux écoles privées. Il s’en trouve maintenant environ 270, qui attirent quelque 125 000 élèves, dont 70 % sont au secondaire, 25 % au primaire et 5 % au préscolaire. Au total, un élève québécois du secondaire sur cinq (20 %) fréquente une école privée, surtout en milieu urbain.

Un système « à trois vitesses », qui comprend également le réseau public « ordinaire » et les écoles publiques à programmes enrichis qui viennent concurrencer le privé, s’est ainsi développé ici. La subvention accordée par Québec au réseau privatisé représente 60 % des frais alloués au public.

[...] les écoles privées du Québec sont des OBNL [sans but lucratif] qui ne peuvent générer de profits [alors qu'elles le peuvent en Suède], et il n’est plus possible d’obtenir ici un permis pour en ouvrir une nouvelle.

Lutte des classes

Les premières initiatives privées suédoises venaient parfois de coopératives d’enseignants sans but lucratif. Les entreprises commerciales ont vite pris le relais. « On se retrouve en situation de quasi-monopole sur le marché, dit le professeur Forsberg. La plupart des écoles privées appartiennent maintenant à quelques grands groupes. Il n’y a aucune limite à leur niveau de rentabilité. Les réseaux les plus importants sont maintenant milliardaires en couronnes suédoises. »

L’Internationella Engelska Skolan est du nombre. Le poids lourd AcadeMedia s’internationalise, lui qui compte pas moins de 100 000 élèves répartis dans ses écoles de la Suède, mais aussi de la Norvège, de l’Allemagne et, plus récemment, des Pays-Bas. Le groupe compte 700 écoles, y compris dans le secteur de l’éducation aux adultes. Il emploie plus de 18 500 personnes. Le holding AcadeMedia AB a réalisé un profit de plus de 35 millions de dollars canadiens au dernier trimestre, dont près de 23 millions distribués à ses actionnaires.

Toutes les compagnies scolaires ne s’en tirent pas aussi bien. En 2013, la faillite du groupe JB Education a laissé en rade 11 000 élèves et un millier d’enseignants. Le service national d’inspection a fermé 25 écoles au cours des cinq dernières années pour divers manquements, dont l’embauche d’enseignants non qualifiés.

Qualité variable du public selon la zone géographique

N’empêche que le développement des empires scolaires dans le pays réputé social-démocrate découle aussi du libre-choix donné aux parents suédois. Alors pourquoi certains favorisent-ils les écoles privées avec leur « chèque éducation » ?

Le professeur Forsberg a beaucoup étudié la situation à Stockholm, là où le réseau privé s’étend le plus, comme ici, dans la région métropolitaine. Il explique que sa société très égalitaire négocie avec une importante « ségrégation résidentielle » qui stimule le choix de certaines écoles au détriment de certaines autres. Comme au Québec, quoi, où des parents préfèrent se saigner pour inscrire leur progéniture au magnifique collège privé situé à quelques kilomètres de la maison plutôt que de l’envoyer dans la polyvalente-bunker déglinguée de leur quartier.

Le professeur envoie ses propres enfants dans le réseau public, mais il précise habiter un secteur privilégié de sa ville universitaire, où les écoles sont excellentes. Des programmes particuliers du réseau privé, offrant par exemple une éducation bilingue ou promettant de transformer les jeunes en futurs entrepreneurs du numérique, s’avèrent aussi attrayants pour certaines clientèles.

« Il reste qu’au niveau secondaire, les meilleures écoles sont encore celles du réseau public », conclut le professeur Forsberg. Un sondage diffusé en juin 2022 montre en plus que 60 % de la population suédoise est favorable à l’interdiction des profits en éducation.

« Pourtant, nous n’avons qu’un seul parti à gauche qui se déclare contre ce système privatisé, alors que le lobby des grands groupes scolaires fait beaucoup pression sur les autres partis. Chose certaine, la Suède se retrouve dans une situation dérégularisée extrême, assez unique au monde et inédite en Scandinavie. »

Source : Le Devoir

vendredi 9 août 2024

Pour la première fois depuis plus de 50 ans, la Suède compte plus d'émigrants que d'immigrants

La tendance de l’année dernière à la diminution du nombre de demandeurs d’asile en Suède et du nombre de permis de séjour accordés se poursuit. Selon les prévisions de l’Agence suédoise des migrations, la Suède devrait accueillir le plus petit nombre de demandeurs d’asile depuis 1997 et, pour la première fois depuis plus de 50 ans, la Suède connaît une émigration nette. Plus de Syriens, de Somaliens et d’Irakiens quittent désormais la Suède que n’y immigrent.

 


Alors que le nombre de demandeurs d’asile dans l’Union européenne s’est stabilisé à un niveau élevé, le déclin se poursuit en Suède. Jusqu’à la fin juillet de cette année, un total de 5 600 demandes d’asile ont été enregistrées. Cela représente une baisse de 27 % par rapport à la même période de l’année dernière. Selon les prévisions de l’Agence suédoise des migrations, la Suède enregistrera cette année le plus faible nombre de demandeurs d’asile depuis 1997.


« Les efforts du gouvernement portent leurs fruits. Le nombre de demandes d’asile tend vers un niveau historiquement bas, les permis de séjour liés à l’asile continuent de diminuer et, pour la première fois en 50 ans, la Suède enregistre une émigration nette. Cette évolution vers une immigration durable est nécessaire pour renforcer l’intégration et réduire l’exclusion », de déclarer la ministre des Migrations, Maria Malmer Stenergard.

En 2023, l’émigration a augmenté parmi les personnes nées dans des pays tels que l’Irak, la Somalie et la Syrie. En 2023, les chiffres de l’immigration nette pour les personnes nées dans ces pays étaient négatifs. Selon les statistiques préliminaires officielles, la Suède a connu une immigration nette négative jusqu’au mois de mai de cette année. Les initiatives du gouvernement visant à améliorer l’enregistrement de la population sont censées contribuer à ce résultat.


La Suède avait accueilli un nombre important d’immigrants depuis les années 1990, principalement en provenance d’ex-Yougoslavie, de Syrie, d’Afghanistan, de Somalie, d’Iran ou d’Irak, et d’autres régions en proie à des conflits.  

Pour rappel, Ulf Kristersson, chef de file des conservateurs, est arrivé au pouvoir en 2022 en formant un bloc majoritaire à l’aide du parti nationaliste des Démocrates de Suède. Il s’était alors engagé à réduire radicalement l’immigration. 

À partir du 1er octobre 2023, les règles pour obtenir un permis de travail en Suède avaient changé. Jusqu'alors, le salaire minimum exigé pour décrocher un titre de séjour était de 13 000 couronnes (1 100 euros) par mois. Il va doubler, pour passer à 26 500 couronnes, soit 80 % du salaire médian suédois. Les travailleurs non-européens doivent donc désormais gagner le double de ce qui était jusque-là nécessaire pour obtenir un permis de résidence.



Le chômage en Suède touche particulièrement les personnes nées à l’étranger. Au cours du deuxième trimestre de 2024, le chômage parmi ce groupe a augmenté de 16,2 à 16,9 pour cent. Le manque d’intégration et de compétences linguistiques sont souvent cités comme facteurs contribuant à ce phénomène.

Voir aussi
 
L'escroquerie aux allocations en Suède : 80 % de l'argent versés aux immigrés

Les personnes nées à l'étranger représentent 80 % du coût des paiements indus de l'Agence suédoise d'assurance sociale et, en ce qui concerne les prestations d'assistance, les immigrés reçoivent huit fois plus de paiements indus que les Suédois. C'est ce qui ressort d'un nouveau rapport de l'Agence suédoise d'assurance sociale.

Dans ce rapport, l'Agence suédoise d'assurance sociale répartit les paiements incorrects en deux groupes : les tricheries délibérées (infractions à la législation sur les prestations) et les erreurs non intentionnelles.

Au sujet du groupe des tricheurs délibérés, l'Agence suédoise d'assurance sociale écrit ce qui suit :

"Les personnes nées à l'étranger ont tendance à être surreprésentées dans le groupe des fraudeurs délibérés pour presque toutes les prestations présentées. Cette surreprésentation est particulièrement importante pour l'allocation d'assistance, les allocations familiales et l'allocation parentale".

En ce qui concerne l'allocation d'assistance, les erreurs sont plus de huit fois plus fréquentes chez les personnes nées à l'étranger que chez celles nées en Suède, selon l'Agence suédoise d'assurance sociale.

L'agence identifie aussi spécifiquement les réseaux familiaux comme un facteur de risque qui doit être analysé de manière plus approfondie.

Selon le rapport, une part de l'explication du niveau élevé de fraude parmi les immigrés peut être liée au fait qu'ils choisissent de recevoir des prestations et des allocations bien qu'ils vivent à l'étranger.

Le rapport de l'Agence d'assurance sociale était à l'origine un document interne, mais il a finalement été rendu public sous la pression de Verifiera, un géant de la cartographie personnelle, qui a demandé le document en vertu du principe de l'accès public aux documents officiels.


samedi 8 juin 2024

La croissance à long terme de la Suède est menacée par la criminalité des gangs, avertit le chef de la banque centrale

La croissance à long terme de la Suède est menacée par la criminalité des gangs, avertit le chef de la banque centrale, Erik Thedéen. Celui-ci déclare que les entreprises seraient affectées si la confiance diminuait en raison de l’augmentation de la criminalité violente.
 
La scène d’une explosion à Uppsala en septembre. Le gouvernement s’empresse de renforcer la législation après l’augmentation significative des fusillades, des attentats à la bombe et des attaques à la grenade par des gangs.


Le problème croissant des fusillades et des attentats à la bombe commis par des gangs en Suède risque de nuire au potentiel économique à long terme du pays, a déclaré le directeur de la banque centrale.

Le gouverneur de la Riksbank, Erik Thedéen, a déclaré au Financial Times que l’un des plus grands atouts du pays était la confiance entre les gens et dans les autorités, mais que cette confiance « pourrait être remise en question » si la violence des gangs n’était pas traitée correctement.

Le gouvernement suédois a fait appel à l’armée pour aider la police à s’attaquer au problème et s’empresse de renforcer plusieurs lois après que les fusillades, les attentats à la bombe et les attaques à la grenade par des gangs ont augmenté de manière significative.

« Il s’agit d’une menace à long terme pour le potentiel de croissance de la Suède. C’est aussi une raison importante pour laquelle nous devons nous occuper de ce problème et y mettre un terme.... Si l’on considère les pays où la confiance n’existe pas, ce ne sont généralement pas des pays à forte croissance économique », a déclaré M. Thedéen.

Des niveaux élevés de confiance agissent comme un « amortisseur » dans l’économie et constituent un « atout extrêmement important lorsque l’on parle de productivité et de croissance économique », a-t-il ajouté.

Si la confiance s’érode, les entreprises devront faire face à des coûts de sécurité accrus et à des « avocats qui examinent chaque transaction, au lieu d’une poignée de main », a-t-il déclaré.

La mise en garde de M. Thedéen intervient alors que la Suède subit l’une des contractions économiques les plus profondes d’Europe, après que la forte inflation a conduit la Riksbank à relever fortement ses taux d’intérêt.

La banque centrale suédoise a maintenu son taux d’intérêt à 4 % à la fin du mois de novembre, mais annoncé qu’il y avait un risque de 40 % de procéder à une dernière augmentation de ce taux.

M. Thedéen a déclaré que la baisse de l’inflation lui avait permis de gagner du temps et d’attendre janvier avant de décider d’une nouvelle hausse des taux d’intérêt. Mais il a averti que les taux resteraient probablement élevés pendant « une période assez longue ».

Les prévisions de la banque centrale suédoise montrent que les taux pourraient commencer à être réduits à partir de 2025. Mais une seule baisse à 3,75 % n’est garantie qu’au début de 2026, selon les estimations de la banque.

« Nous craignons qu’il y ait des pressions inflationnistes que nous ne comprenons pas entièrement.... 
La situation a été beaucoup plus grave que nous le pensions à partir de 2022 », a déclaré M. Thedéen.

M. Thedéen a ajouté que la banque centrale s’était engagée à atteindre son objectif de 2 % et qu’elle avait eu du mal à comprendre la dynamique qui avait conduit l’inflation à dépasser les prévisions de la Riksbank jusqu’à il y a quelques mois.

La Riksbank prévoit que l’inflation hors coûts énergétiques sera de 7,6 % cette année, avant de tomber à 2,9 % en 2024 et d’atteindre enfin son objectif de 2 % en 2025.

La banque centrale s’attend à ce que l’économie suédoise se contracte cette année et l’année prochaine, en raison de l’augmentation du chômage et de la faiblesse persistante du marché immobilier.

Les consommateurs ont réduit leurs dépenses alors que l’endettement des ménages atteignait des niveaux record avant que la Riksbank ne commence à augmenter les taux d’intérêt de zéro l’année dernière.

M. Thedéen s’est également dit « inquiet » de la santé des groupes immobiliers commerciaux, plusieurs d’entre eux, tels que la SBB, étant confrontés à des difficultés financières en raison de l’arrivée à échéance d’un grand nombre de dettes au cours des prochaines années.

« Certaines entreprises ont des bilans problématiques », a-t-il ajouté.

Source : Financial Times

samedi 25 mai 2024

Le baby-boom n'a pas été déclenché par le retour des soldats de la Seconde Guerre mondiale

Contrairement à la croyance populaire, le baby-boom n'a pas été déclenché par le retour des soldats de la Seconde Guerre mondiale. Il a débuté au milieu des années 1930, avant la guerre, et a touché de nombreux pays neutres, comme la Suisse et la Suède.

mardi 23 avril 2024

Suède — Malgré l'annonce du retour des manuels, encore des écrans à l’école

Le grand retour annoncé du papier-crayon pourrait prendre des années à se mettre branle, s’il se concrétise

En Suède, l’introduction aux appareils numériques est prévue dans le programme de la petite enfance, dans les services de garde du réseau scolaire. Il s’agit d’une orientation que le gouvernement veut modifier, une consultation est en cours présentement.

Alors que la présence des écrans dans les écoles québécoises est de plus en plus remise en question, la Suède est souvent citée en exemple comme étant le pays où le bon vieux livre a pris sa revanche sur la tablette en classe. Or la petite révolution annoncée n’est pas encore réalité et certains se demandent même si elle finira bel et bien par se concrétiser, a constaté Le Journal.

Mai 2023. La nouvelle ministre de l’éducation suédoise, Lotta Edholm, annonce qu’elle veut réduire la place des écrans à l’école et y ramener les manuels scolaires et l’écriture manuscrite.

Des millions de dollars seront investis pour l’achat de livres dans les écoles suédoises, où les écrans sont présents depuis une bonne quinzaine d’années, et ce, parfois dès les classes de la petite enfance dans l’équivalent de nos garderies qui sont intégrées au réseau scolaire suédois.

« Les élèves ont besoin de davantage de manuels scolaires. Les livres papier sont importants pour l’apprentissage des élèves », a déclaré la ministre, qui estime que le réseau scolaire est allé « trop vite » avec l’introduction du numérique à l’école.

En Suède, de récentes études font état de problèmes de mémorisation, de concentration et d’apprentissage de la lecture liés à l’utilisation des tablettes en classe.

La proportion d’élèves suédois de 10 ans ayant de la difficulté à lire est d’ailleurs passée de 12 % à 19 % en cinq ans, ce qui a poussé le gouvernement de centre-droite à aller de l’avant avec ce virage.

La pandémie et la hausse récente de l’immigration dans ce pays pourraient toutefois aussi expliquer cette baisse, selon des experts.

Peu de changements concrets

Or depuis la rentrée, peu de changements ont réellement eu lieu dans les écoles suédoises.

Au cours des derniers jours, Le Journal a contacté une vingtaine d’écoles de Stockholm, sans réussir à en trouver une qui a procédé à des changements concrets cette année.

« Ce virage est très récent, aucune décision ou stratégie n’a encore été prise à ce sujet dans nos écoles », indique de son côté Nadia Bhere, agente des communications responsable des écoles primaires à Malmö, la troisième plus grande ville de Suède.

« Au cours des dernières années, nous avons consacré beaucoup d’efforts pour introduire le numérique en classe, il s’agit donc d’un grand virage annoncé, mais qui n’est pas encore amorcé », ajoute-t-elle.

Pas encore de directives
 
Il faut dire qu’aucune directive formelle n’a encore été adoptée à la suite de cette annonce.

Des démarches sont en cours afin de modifier le programme d’apprentissage en petite enfance, pour les enfants âgés de 5 ans et moins, afin de retirer l’obligation d’utiliser des appareils numériques dans les services de garde.

Une consultation menée par l’agence nationale d’éducation, qui encadre le réseau scolaire, se déroule présentement jusqu’au début juin.

La ministre veut aussi apporter des modifications au programme de l’école primaire, mais rien de concret n’est encore sur la table.

Réseau scolaire décentralisé

Le réseau scolaire suédois est par ailleurs très décentralisé et il sera difficile de mettre en branle des changements malgré de nouvelles directives nationales, ajoute un Québécois qui enseigne dans une école secondaire en Suède depuis des années, mais qui a refusé d’être identifié.

« Les écoles ici ont beaucoup de latitude, elles font à peu près ce qu’elles veulent. Les changements impliquent beaucoup de résistance, plusieurs élèves ont leur ordinateur ou tablette en classe, alors ça va être très difficile de revenir en arrière », affirme-t-il.

Un directeur d’école primaire située près de Stockholm partage son avis. « C’est une annonce qui est avant tout politique. Je ne pense pas que ça va amener beaucoup de changements concrets, les appareils numériques sont déjà dans les écoles », affirme Thomas Österas.

« Mais il est possible d’avoir une approche plus équilibrée, ajoute-t-il. Chez nous, comme dans d’autres écoles, on n’a jamais cessé d’utiliser des livres et des manuels scolaires, même si on a des tablettes. »

Source : Journal de Québec

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lundi 22 janvier 2024

L'immigration en France est très familiale et peu éduquée

L'immigration en France est très familiale et peu éduquée, elle n'est pas conçue pour maximiser la contribution économique.

La France est le 1er pays occidental de l’Union européenne en matière d’immigration familiale.

Près de 30% des immigrés en France n'ont même pas le niveau du lycée (fin secondaire/début cégep au Québec).



samedi 13 janvier 2024

Suède — Menaces et violence à l'école ont augmenté de 22 % en 5 ans

Portique de sécurité dans une école suédoise
 
Les menaces et la violence à l’encontre du personnel scolaire et des élèves ont augmenté de 22 % au cours des cinq dernières années, et les enseignants sont plus susceptibles d’être agressés physiquement s’ils sont des femmes, selon un nouveau rapport.

Les chiffres de la Commission de l’Autorité suédoise de l’environnement de travail et du magazine du syndicat des enseignants Vi Lärare (Nous, les enseignants), qui s’appuie sur les statistiques relatives au nombre de signalements de menaces et de violences dans les écoles suédoises en 2023, ne sont pas encore finalisés, mais on peut tout de même constater que le nombre de signalements a augmenté de manière significative. Alors que 863 signalements avaient été recensés en 2018, 1058 ont déjà été signalés depuis le début de l’année 2023. Les rapports concernent aussi bien les enseignants que les élèves.

Selon le dernier rapport de l’Autorité suédoise de l’environnement de travail, les enseignants du primaire sont désormais la source la plus courante de plaintes liées au travail, explique à Vi Lärare Kristian Hansson, expert à l’Autorité de l’environnement de travail.

Kritian Hansson faisait déjà valoir que les chiffres pourraient être sous-estimés en raison d’un effet d’émoussement. Les menaces et la violence risquaient de devenir la normale et de faire partie du travail. Et ces chiffres ne dressent sans doute pas un tableau complet, car il existe d’autres systèmes de signalement, par exemple au niveau de l’Inspection scolaire, du Médiateur des enfants et des étudiants (BEO), des systèmes propres aux municipalités, etc.

Le nombre de menaces signalées est passé de 264 il y a cinq ans à 340 cette année, soit une augmentation de près de 29 %. Dans le même temps, les cas de violence ont augmenté de 20 %. Environ deux pour cent des signalements étaient dirigés contre les parents, et les 98 % restants contre les élèves.

Récemment, une école maternelle de Göteborg a été fermée d’urgence après un verrouillage de sécurité dû à des menaces contre le personnel, rapporte le diffuseur public SR. Selon le syndicat, cette fermeture était due à des menaces contre le personnel.

Le personnel était tellement effrayé qu’il ne pouvait pas se rendre au travail. Il y avait également des gardes de sécurité à l’école maternelle, explique Andrea Meiling, directrice de l’Association suédoise des enseignants à Göteborg.

« Déraisonnable »


Selon les dernières statistiques de l’autorité suédoise chargée de l’environnement de travail sur les blessures subies par les enseignants et les directeurs d’école, les menaces et la violence sont la troisième cause de blessure la plus fréquente. En outre, les enseignantes sont plus souvent exposées à la violence physique que les enseignants.

Les agressions physiques, y compris les coups, les bousculades ou les coups de pied, représentent 60 % des accidents impliquant des enseignantes, contre 47 % pour les hommes. Les menaces verbales, y compris les lettres ou les appels téléphoniques menaçants, représentent 40 % des signalements de femmes et 53 % des signalements d’hommes.
 
« Il est déraisonnable que le personnel scolaire ait peur de se rendre au travail, il est donc important de travailler sur des mesures préventives », de déclarer Hansson.

Adolescent agresseur condamné

L’incident a eu lieu le 5 mai 2023. Pendant la récréation, dans un collège public de Höör, une petite ville au sud de la Suède, un élève de 16 ans en tourmente un autre, plus jeune que lui. Témoin de la scène, Paul Carlback, professeur de suédois et d’anglais, intervient. Le harceleur ricane et prétend appeler la police, pour le dénoncer. Puis il se lève, lance à l’enseignant qu’il va le « boxer » et lui envoie un coup dans la poitrine. Paul Carlback pousse le garçon contre une armoire et le retient quelques instants.

Fin novembre, l’élève a été condamné, en première instance, pour « menace contre un fonctionnaire », un délit qui protège le corps enseignant depuis 2023. L’adolescent va devoir verser 10 000 couronnes (890 euros) de dommages et intérêts à son professeur. Mais Paul Carlback reste sans emploi : en plus de le dénoncer à la justice — une plainte rapidement classée sans suite —, la direction de son collège l’a licencié.

«  Le nouveau quotidien de l’école : un meurtre au coin de la rue »

Selon le quotidien Expressen, La dernière fusillade mortelle en décembre a eu lieu à quelques centaines de mètres d’une école primaire à Södertälje. Il s’agissait du 60e meurtre en Suède pour 2023. La ville a accueilli un grand nombre de réfugiés assyriens chrétiens.

C’est une nouvelle normalité pour les élèves et les enseignants, dont beaucoup ont été confrontés de près à la violence des armes à feu.

« Les parents viennent aux réunions en gilet pare-balles », déclare une enseignante qui travaille depuis longtemps à Järva, une ville qui, comme Södertälje, a été durement touchée par les meurtres commis à proximité des écoles.
 
« Gunvor », âgée d’une soixantaine d’années, a travaillé comme enseignante à Järva pendant toute sa vie professionnelle et s’est habituée à un environnement de travail violent et menaçant.

Se faire traiter de « pute », s’entendre dire « je vais niquer ta mère » et assister à des bagarres brutales font partie de son quotidien et de celui de ses collègues, dit-elle.

« À l’école, les élèves disent que je suis sale. Mes cheveux sont clairs et coiffés en queue de pie. Par “sale”, ils veulent dire que je suis blanche et chrétienne. J’ai envisagé de porter un gilet de sécurité. Tout le monde le porte. Même les parents viennent aux évaluations avec leur gilet. », ajoute-t-elle

Le rapport « Tais-toi, salope » montre que les menaces et la violence sont courantes dans les centres périscolaires, les classes préscolaires et les classes de la première à la sixième année d’études.

« Je les ai entendus essayer d’entrer chez moi »

« Gunvor » raconte que des élèves sont venus chez elle après qu’elle a réprimandé un élève en classe : « Il a commencé à me suivre plusieurs fois après que j’ai travaillé le soir. Je ne m’en préoccupe pas vraiment, mais il me disait “attention” et d’autres choses du même genre. »

« À un moment donné, lui et ses amis se tenaient devant la porte », raconte-t-elle.

« Je les ai entendus essayer d’entrer par la porte. Ensuite, il y a eu 53 SMS me disant de faire attention, et il y avait aussi des photos de moi. Ils m’ont envoyé des paroles de chansons de rap », ajoute-t-elle.

En fait, c’est l’argent qui la fait travailler. Mais elle éprouve aussi un sentiment de revanche.

L’enseignante chevronnée affirme : « Je n’ai pas peur au travail, mais c’est désagréable. les salaires sont très élevés et cela aide. Ils ne vont pas me faire bouger, j’aime bien ça quand même. »

Le personnel est devenu résigné, dit-elle, et ils discutent entre eux pour savoir de qui il faut se méfier.

« Il n’est pas question pour moi de signaler un problème. Je ne veux pas de problèmes. Deuxièmement, il n’y aura jamais de suite. Cela s’arrête là », poursuit-elle.

« Gunvor » dit qu’elle ne prendrait jamais les transports publics pour se rendre au travail : « C’est trop dangereux ».

Au lieu de cela, elle a obtenu son espace de garage auprès de celui d’un homme qui, contre rémunération, surveille sa voiture pour s’assurer qu’elle n’est pas abîmée. 

« Ils ne dominent pas leurs impulsions »

Kerstin Aronsson est infirmière scolaire et travaille à l’école de Rinkeby, dans la région de Järva, depuis plus de 30 ans.  Selon elle, « Nous travaillons avec des enfants. Leur cerveau n’a pas encore achevé sa croissance et ils manquent parfois de contrôle des impulsions. Ils peuvent donc laisser échapper des choses, mais il est préférable d’adopter une approche discrète. »

Cathédrale orthodoxe syriaque Saint Aphrem, Södertälje

Les premiers Assyriens sont arrivés en Suède en 1967. En mars 1967, cinq familles assyriennes sont arrivées à Södertälje. À l’époque, les perspectives d’emploi chez Scania ont attiré plusieurs groupes d’immigrés et d’autres Assyriens se sont joints à eux après la création d’une paroisse syrienne orthodoxe. Fin 1976, environ 6 000 personnes de ce groupe vivaient à Södertälje. Après 1977, l’immigration d’Assyriens s’est poursuivie, mais principalement sous la forme d’une immigration familiale. Dans le cadre de la guerre en Irak, un autre groupe d’Assyriens orientaux chrétiens s’est installé dans la ville entre 2003 et 2007. Ce groupe dirige aujourd’hui de nombreuses entreprises de la ville dans les secteurs de la restauration, de la coiffure, de la blanchisserie et des commerces de proximité.

Bien que la plupart des Assyriens de Suède ne vivent pas à Södertälje, plusieurs de leurs associations et institutions religieuses sont basées dans la ville, notamment la cathédrale Saint Ephraïm et la cathédrale Saint Jacob de Nsibin. Le groupe comprend les clubs sportifs Assyriska FF et Syrianska FC. La chaîne satellite syrienne Suryoyo Sat émet depuis Södertälje.

Criminalité

En 2017, un total de 15 544 crimes ont été signalés dans l’ensemble de la municipalité de Södertälje, ce qui correspond à 16 305 rapports pour 100 000 habitants. Ce chiffre est légèrement supérieur (environ 8 %) à la moyenne nationale de 15 062 signalements pour 100 000 habitants, mais inférieur d’environ 23 % à celui de grandes villes comme Stockholm (avec 21 254 signalements pour 100 000 habitants) et de 9 % à celui de Malmö (avec 17 914 signalements pour 100 000 habitants).

Le quartier de Ronna (y compris les quartiers voisins de Geneta et Lina) est défini en 2021 comme une zone particulièrement vulnérable, et Fornhöjden et Hovsjö comme des zones à risque. Il s’agit de zones très éloignées du centre-ville de Södertälje et comptant une forte proportion de personnes d’origine étrangère.

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Europe — Plus on est religieux, plus on a d'enfants

vendredi 29 décembre 2023

Europe — Plus on est religieux, plus on a d'enfants

Le fait qu’un couple ait ou non des enfants et le nombre d’enfants qu’il a dépendent jusqu’à aujourd’hui de son degré de religiosité. C’est ce que montrent des chercheurs de l’Académie autrichienne des sciences et de l’Université de Vienne dans la revue spécialisée Population, Space and Place. Pour ce faire, elles ont analysé les données d’environ 34 000 personnes âgées de 18 à 45 ans dans huit pays (Autriche, France, Pays-Bas, Suède, Pologne, Russie, Bulgarie et Géorgie). Celles-ci avaient été interrogées en 2002 et 2016 sur leur religiosité, leur désir d’enfant et le nombre effectif d’enfants.

(cliquez sur l’image pour l’agrandir)


Des valeurs traditionnelles

Résultat : les chrétiennes autrichiennes âgées de 20 à 29 ans qui assistaient régulièrement à un service religieux souhaitaient en moyenne 2,4 enfants. Le nombre réel d’enfants parmi elles (âgées de 35 à 44 ans) était de 1,8. En comparaison, le nombre d’enfants souhaité par les femmes non pratiquantes était déjà nettement inférieur, avec une moyenne de 1,9. Et dans les faits, elles n’ont eu que 0,9 enfant. Les chrétiennes non pratiquantes se situaient entre ces deux pôles : elles souhaitaient en moyenne 2,1 enfants et en ont eu 1,5. Cette tendance a été observée dans les huit pays étudiés.

Une explication pourrait résider dans les doctrines religieuses pronatalistes : la famille et les enfants ont une grande importance dans les familles religieuses, les rôles des sexes sont plutôt traditionnels, explique la sociologue Caroline Berghammer (Université de Vienne). Dans les pays d’Europe de l’Est, le désir d’enfant est cependant moins souvent réalisé qu’en Occident. Cela pourrait s’expliquer par « des conditions sociales générales telles que l’insécurité économique », selon Isabella Buber-Ennser de l’Institut de démographie de l’ÖAW. 

Source : APA

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jeudi 21 décembre 2023

Suède : « Nous avons fait trop de numérique »

La Suède s’est longtemps enorgueillie de ses salles de classe numériques. Mais les critiques sont désormais nombreuses. Le gouvernement suédois met en garde contre une forte baisse des compétences d’apprentissage et souhaite voir davantage de livres dans les écoles.

Écolières suédoises redécouvrent les manuels scolaires

Avant d’aller en classe, il faut dire bonjour et déposer son téléphone portable ! Les enfants de 4e année de l’école Lövestad de Sjöbo, dans le sud de la Suède, placent leur téléphone intelligent dans une petite boîte en bois que l’enseignante Madelen Sevedsson enferme ensuite dans une armoire avant le cours. Le fait que les élèves de quatrième année aient déjà un téléphone n’est pas inhabituel en Suède. Les enfants ne portent pas non plus de lourd cartable. En effet, ils travaillent en classe avec des ordinateurs portables ou des tablettes numériques. Madelen Sevedsson montre aux enfants son nouveau livre de mathématiques. « Je vous le donne d’abord pour que vous puissiez le regarder tranquillement. Feuilletez-le, vous verrez. Il est tout neuf ! » De vrais livres en classe — après presque quatre ans d’école, c’est la première fois pour ces enfants de l’école Lövestad dans le sud de la Suède. Jusqu’à présent, ils ont travaillé presque exclusivement avec des ordinateurs portables en cours de mathématiques. Après quelques minutes déjà, l’élève Inès remarque les premières différences. « Il y a plus de descriptions. Nous n’avions pas cela sur l’ordinateur portable. Mais maintenant, je dois lire moi-même. Avant, c’était l’ordinateur qui lisait les devoirs ».

Un virage à 180 degrés

Feuilleter à nouveau de vraies pages. Un revirement s’amorce lentement dans de nombreuses salles de classe suédoises. En effet, même les élèves de l’école primaire y ont reçu pendant des années un enseignement presque exclusivement numérique. Ce n’est qu’il y a cinq ans que l’autorité scolaire a recommandé dans une directive nationale d’utiliser des outils pédagogiques numériques comme les ordinateurs portables ou les applications. Cela a également entraîné des inconvénients, explique Jeanette Wiberg, enseignante à l’école primaire. « La vitesse de lecture, le vocabulaire et la compréhension de la lecture ont globalement diminué chez les élèves. Nous pensons que c’est parce que nous avons trop fait de numérique ».

Reportage en allemand d'où est tiré ce billet

Source : ARD

jeudi 14 décembre 2023

Le Livre de Noël de Selma Lagerlöf

Chouette un livre, un site qui conseille des lectures pour les enfants, propose Le Livre de Noël de Selma Lagerlöf.


« Nulle part ailleurs dans la région qu’à Mårbaka on distribue ainsi les cadeaux de Noël après avoir mangé le riz au lait traditionnel. Mais à Mårbaka subsistent d’anciennes coutumes et qui nous conviennent. Rien ne peut égaler cette attente qui, des heures durant, tout au long de la veille de Noël, se prolonge parce que l’on sait que le meilleur reste à venir. » Le meilleur, c’est pour la petite Selma, dix ans, ce n’est pas vraiment la boîte à ouvrage et ses accessoires, devant rappeler à la demoiselle qu’elle n’est pas très douée pour coudre et broder. Non, ce qu’elle attend, c’est un livre qu’elle lira à la lumière de sa bougie… Mais ce livre commence par « Il était une fois un roi » — en français ! 

Après ces souvenirs aigres-doux, Selma Lagerlöf conte la légende christianisée de sainte Lucie, celle de la manière dont la gorge du rouge-gorge devint rouge, celle du Nouvel An des animaux, et plusieurs autres, parfois un peu moralisatrices, mais pleines de cet inimitable charme des Noëls scandinaves. 

Avec quelques illustrations de Carl Larsson.

Dès 12 ans


Selma Lagerlöf, Le Livre de Noël, Actes Sud, 2007, 107 p., 6,60 €
2e édition, 2018, 133 pages, 15 €, ISBN-13 : 978-2330114435.


samedi 4 novembre 2023

Immigration : les pays nordiques renforcent leur coopération pour faciliter les expulsions de clandestins

Le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande et l'Islande organiseront notamment des « vols Frontex communs » afin de transporter les clandestins vers leur pays d'origine.

Les pays nordiques durcissent leur politique d’immigration. Au terme d’une réunion de deux jours, le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande et l’Islande ont convenu de renforcer leur coopération afin de faciliter le renvoi de sans-papiers. Pour ce faire, les pays nordiques se sont entendus sur trois mesures cruciales, rapporte Le Figaro.

En premier lieu, les représentants de ces cinq pays se rencontreront régulièrement, afin de « renforcer ensemble la coopération avec les pays tiers pour mieux réaliser les retours vers les pays concernés, et pour apporter un soutien à la réintégration », a annoncé le ministère danois des Migrations, mardi 31 octobre. Deuxièmement, le Danemark, la Suède, la Norvège, la Finlande et l’Islande organiseront des « vols Frontex communs », afin de renvoyer les migrants qui se trouvent en situation irrégulière sur leur sol. Créée en 2004, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes vise à aider les États membres de l’UE à protéger les frontières extérieures de l’espace Schengen.

Une politique migratoire dissuasive

En outre, ces pays nordiques se sont mis d’accord afin « d’aider ensemble les migrants en situation irrégulière en Afrique du Nord ». Ces clandestins se verront ainsi « proposer un rapatriement volontaire vers leur pays d’origine ainsi qu’une aide à la réinstallation dans le pays tiers », a précisé le ministère danois des Migrations.

Depuis maintenant dix ans, le Danemark mène une lutte acharnée contre l’immigration illégale. Si les expulsions sont facilitées, les conditions du droit d’asile ou de l’acquisition de la nationalité ont elles aussi été durcies. Ainsi, toute condamnation à une peine d’amende entraîne un report de l’examen de la demande d’asile, et une peine de prison empêche définitivement un étranger de demander la nationalité.

mardi 3 octobre 2023

Immigration — La Suède demande à son armée d'aider la police à lutter contre les bandes criminelles (m à j vidéo)


Billet du 30 septembre

Une vague sans précédent de meurtres imputés au trafic de drogue conduit le Premier ministre à envisager de faire appel aux forces armées.

La Suède a demandé à son armée d’aider la police à lutter contre la criminalité des gangs, à la suite d’une forte augmentation des fusillades meurtrières et des attentats à la bombe dans le pays scandinave.

Ulf Kristersson, le Premier ministre de centre-droit, a déclaré, à l’issue d’une réunion qui s’est tenue vendredi avec le chef des forces de défense et de police suédoises, qu’il demanderait la semaine prochaine à l’armée de l’aider.

Il envisage également de modifier la loi pour permettre aux forces armées d’apporter une aide encore plus importante.

 


« Je ne saurais trop insister sur la gravité de la situation. La Suède n’a jamais rien vu de tel auparavant. Aucun autre pays d’Europe ne connaît une telle situation », a déclaré M. Kristersson lors d’une allocution télévisée à la nation dans la nuit de jeudi à vendredi.

Les chefs de la police ont déclaré que la Suède était confrontée à la situation la plus grave en matière de sécurité intérieure depuis la Seconde Guerre mondiale, les gangs d’immigrés se livrant à un conflit sanglant.

La police pense que les gangs utilisent de plus en plus d’enfants pour commettre leurs crimes, car les moins de 18 ans restent souvent impunis ou sont condamnés à de faibles peines par les tribunaux.

L’année dernière a déjà établi un record pour le nombre de fusillades mortelles en Suède, et ce mois de septembre est en passe de devenir le pire mois depuis que l’on tient des statistiques.

« C’est la naïveté et l’inconscience politiques qui nous ont conduits là où nous sommes », a déclaré le Premier ministre suédois. « Ce sont les politiques d’immigration irresponsables et l’échec de l’intégration qui nous ont conduits ici. »

« L’exclusion sociale et les sociétés parallèles nourrissent les gangs criminels. Ils peuvent y recruter sans pitié des enfants et les former pour qu’ils deviennent de futurs tueurs », a-t-il ajouté.
 
La police sur les lieux d’une fusillade qui a fait un mort et un blessé à Jordbro, au sud de Stockholm, aux premières heures de jeudi, une attaque liée à la guerre des gangs

dimanche 25 juin 2023

France 2 (télé d'État) fait promotion des séances de lecture aux enfants faites par des travelos


samedi 3 juin 2023

Suède — évolution de la proportion des immigrés (2002 p/r 2020)

Deux graphiques sur la proportion d’immigrés chez les plus de 65 ans en haut et chez les moins de 14 ans en bas.

 

 

En 2002

 

Plus de 65 ans. Les zones colorées en haut sont des migrants venus principalement de Finlande.

Moins de 14 ans.

 

En 2020

Les plus de 65 ans.   

Les moins de 14 ans.

Clé


 

mardi 30 mai 2023

Baisse du niveau scolaire : la Suède délaisse le numérique et revient aux manuels scolaires

La tribune de Michel Desmurget et Irene Cristofori sur ce sujet. Michel Desmurget est l'auteur de « La Fabrique du crétin digital. Les dangers des écrans pour nos enfants », Éditions du Seuil, 2019.

Un article récent du Monde nous apprend que la Suède a décidé de remettre en cause la numérisation généralisée de son système scolaire, au motif que cette dernière est « responsable de la baisse de niveau des élèves ». Ce n’est pas surprenant, ce pays a été l’un des premiers à se lancer dans l’aventure. Il est donc logique qu’il soit l’un des premiers à affronter l’ampleur des dégâts engendrés.

Non, ce qui est surprenant, c’est qu’il ait fallu attendre aussi longtemps pour qu’un pays réagisse au dogme fou d’une numérisation supposément incontournable et forcément bienfaisante. En effet, l’impact négatif de ce processus est documenté depuis plus de vingt ans. Toutes les études de grande ampleur ont révélé des retombées au mieux nulles et au pire délétères. Le programme international Pisa, par exemple, qui évalue en lecture, mathématiques et sciences les performances des collégiens de troisième, montre que les investissements numériques sont inversement corrélés à la progression des élèves. En France, un rapport de la Cour des comptes dénonçait en 2019 une gabegie financière, menée sans réflexion ni évaluation pédagogique (2,4 milliards d’euros entre 2013 et 2017). Certes, l’étude Elaine est régulièrement mise en avant pour contredire ces conclusions. Des collèges, sélectionnés sur la base d’un projet d’usage numérique jugé exemplaire au terme d’un lourd processus d’appel d’offres, furent gavés d’équipements informatiques. Au terme de l’étude (lors de l’entrée en seconde) l’impact mesuré représentait, en moyenne, une progression inférieure à 2 rangs pour l’élève médian d’une classe de 25 (le 13e approchait le niveau du 11e), sans qu’il soit possible de déterminer si cet effet provenait de la numérisation et/ou des caractéristiques des équipes enseignantes sélectionnées par l’appel d’offres (motivation, qualification, etc.). À titre de comparaison, selon les estimations d’une étude du ministère américain de l’éducation, cinquante heures de formation des enseignants entraînent une progression moyenne de 5 rangs.

Des données similaires existent concernant la numérisation des manuels scolaires, dont il est largement question dans la décision suédoise. Plusieurs travaux de synthèse montrent clairement que pour les textes un peu exigeants, le cerveau humain comprend et retient mieux ce qu’il lit dans un ouvrage imprimé plutôt que digital. Cela tient notamment à l’unité spatiale du livre qui favorise la création d’une représentation mentale des différents éléments de l’énoncé et de leurs relations. Toutefois, nous dit-on, le gain écologique doit être pris en compte. L’argument est fallacieux. Ce gain n’existe que dans des conditions peu plausibles de forte durabilité des tablettes (ce qui est loin d’être le cas nous dit, par exemple, la Cour des comptes) et de faible transmission des manuels (ce qui est rare pour des ouvrages qui sont souvent revendus ou réutilisés par d’autres classes).

Le problème s’accroît encore lorsque le manuel est remplacé par des « recherches internet ». Là encore, les études indiquent qu’il est plus difficile pour les élèves d’apprendre

Loin de tomber dans le consensus mou qui semble en ces domaines une norme générale, Mme Edholm a tranché en faveur du bien public, particuliers» contre les intérêts

efficacement lorsqu’ils doivent eux-mêmes extraire, trier, évaluer et organiser les flux d’informations retournés par les moteurs de recherche. L’auteur du manuel fait ce travail à la place des lecteurs. Ce n’est qu’après avoir acquis, sur un sujet donné, suffisamment de connaissances que ces derniers peuvent utiliser avec fruit les ressources disparates et éclatées d’internet. Comme l’avait montré les évaluations Pisa, l’espace numérique a ceci de particulier que ce sont les élèves qui l’utilisent le moins qui l’utilisent le mieux.

Le cas suédois montre aussi toute l’ambiguïté des arguments avancés par les zélateurs du numérique scolaire. « Que tous les enfants et élèves, durant leur scolarité, aient, nous dit le directeur de l’agence nationale de l’enseignement, la possibilité de développer des compétences numériques est une question de démocratie et d’égalité. » Mais ce n’est pas de cela dont il est question. Personne ne discute la pertinence de l’informatique en tant que discipline ou l’intérêt de certains programmes d’éducation aux médias. Ce qui est remis en cause c’est la capacité du numérique à être un vecteur pédagogique efficace. On nous dit toujours que le problème réside dans le manque de formation des enseignants. Ce n’est pas vrai, comme l’indique, entre autres, l’étude Elaine précédemment citée. La plus-value numérique s’avère modeste même dans un cadre optimal de sélection des professeurs et des projets. Ce qui est ici en jeu c’est la limite intrinsèque de l’outil : quel que soit leur âge, les élèves apprennent mieux avec un enseignant qualifié qu’avec un écran ; et globalement, leurs résultats changent peu lorsque cet enseignant qualifié se voit adjoindre des outils numériques.

Au final, les choses semblent donc assez claires : si l’on avait considéré les données disponibles, jamais cette folle « expérimentation », pour reprendre le terme de la ministre suédoise de l’éducation, Lotta Edholm, n’aurait dû se produire. C’est là que les choses deviennent intéressantes. Sa décision, la ministre l’a prise en accord avec les conclusions du corps médical, contre l’avis de l’agence nationale de l’enseignement. On retrouve peu ou prou la même ligne de fracture en France, entre des professionnels de santé de plus en plus inquiets, des données scientifiques de plus en plus préoccupantes et un noyau dur de chercheurs en éducation, toujours plus favorables au renforcement des politiques de numérisation scolaire. Nombre de ces spécialistes tirent une partie de leur crédibilité du fait qu’ils travaillent eux-mêmes à l’évaluation et au développement de logiciels pédagogiques. Certains sont actionnaires, dirigeant et/ou consultants de start-up visant la commercialisation à grande échelle de ces outils. Personne ne dit évidemment que tous les experts sont concernés et/ou insincères, mais il est clair que la légèreté avec laquelle ces conflits d’intérêts potentiels sont considérés au sein de certaines instances officielles est problématique ; surtout quand des prises de position, censément compétentes, s’éloignent à ce point des réalités expérimentales.

Le courage politique de Mme Edholm est remarquable. Loin de tomber dans le consensus mou qui semble en ces domaines une norme générale, elle a tranché en faveur du bien public, contre les intérêts particuliers.

Elle a osé remettre en cause les arguments doctrinaux d’un organisme éducatif obstinément favorable au maintien d’un processus de numérisation initié de façon totalement arbitraire, sans étayage scientifique et dont les impacts s’avèrent objectivement négatifs. Puisse ce courage être contagieux.
 
 

Délaissés depuis 15 ans au profit des ordinateurs et tablettes, les manuels scolaires font leur retour en Suède. Une étude internationale a montré que le niveau moyen des jeunes Suédois aurait diminué en lecture et en compréhension écrite ces dernières années.
 
Dans les classes suédoises, les manuels scolaires et autres cahiers se font rares, voire inexistants. Ils sont délaissés depuis 15 ans, au profit des ordinateurs et des tablettes. Mais écran et apprentissage ne font pas forcément bon ménage. Selon une étude internationale, le niveau moyen des jeunes Suédois aurait diminué en lecture et en compréhension écrite ces dernières années. Le gouvernement suédois a donc annoncé le déblocage de plusieurs millions d’euros en 2023 et les années suivantes pour racheter des manuels scolaires.
 
 
Le numérique de plus en plus présent en France aussi

En France aussi, le numérique prend de plus en plus de place à l’école, et neuf enseignants sur dix reconnaissent ses bénéfices pédagogiques dans le premier degré, selon une enquête du ministère de l’Éducation nationale. Pour le fondateur d’une association française d’éducation au numérique, manuels scolaires et écrans doivent cohabiter afin de répondre aux besoins pédagogiques de chaque élève. « L’erreur de la Suède, c’est d’avoir voulu faire du tout numérique », explique Thomas Rohmer, directeur de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (LOPEN). En Suède, le niveau moyen des élèves reste tout de même plus élevé que celui de ses voisins européens, et parmi les 15 meilleurs du monde.

Source : France TV

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