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mardi 11 août 2026

Pourquoi les jeunes Chinois sont-ils de moins en moins nombreux à étudier à l’étranger ?

Pékin plutôt que Princeton

Ceux qui partent sont, eux, de plus en plus nombreux à rentrer au pays.

Des étudiantes de l’université de Pékin, en 2025, se préparent à poser pour des photographies avant la cérémonie de remise des diplômes.

Depuis 2019, la pandémie, les tensions commerciales et géopolitiques croissantes ont creusé le fossé entre la Chine et le reste du monde. Ces facteurs expliquent en partie le déclin du nombre d’étudiants chinois partant à l’étranger. En 2025, seulement 570 000 jeunes Chinois ont quitté le pays pour leurs études, contre un sommet de 700 000 en 2019 (voir graphique). Ce chiffre représente le niveau le plus bas enregistré depuis 2016.

Par ailleurs, certains pays d’accueil ont durci les conditions d’études pour les Chinois. En 2025, l’administration du président Donald Trump a annoncé son intention de « révoquer avec fermeté » les visas des étudiants chinois dans des « domaines sensibles », sans préciser lesquels. Elle a en outre subordonné la loterie d’attribution du visa H-1B — principale voie légale permettant aux travailleurs qualifiés, y compris aux jeunes diplômés, de s’installer aux États-Unis — à des seuils salariaux élevés, ce qui pénalise particulièrement les débutants. Selon plusieurs observateurs, les travailleurs chinois seraient plus touchés que les autres par cette mesure. Ainsi, Mme Hao, une Chinoise de vingt-cinq ans qui travaillait pour une jeune pousse américaine, a récemment décidé de rentrer en Chine, son statut de visa rendant quasi impossible tout changement d’employeur.

Le resserrement des budgets

La flambée des coûts des études à l’étranger n’a en effet rien arrangé. Selon une enquête de New Oriental, une grande entreprise de soutien scolaire, le coût moyen d’une année d’études à l’étranger atteint cette année 605 000 yuans (soit environ 89 600 dollars américains), en hausse de près d’un cinquième par rapport à 2023.

La [relative] morosité de l’économie chinoise a par ailleurs contraint les familles à une plus grande rigueur budgétaire, rendant les étudiants plus sensibles aux coûts. Parmi ceux qui persistent à partir, un nombre croissant se tourne désormais vers des destinations offrant un meilleur rapport qualité-prix. [Le FMI table sur une croissance de l'économie chinoise de 5 % en 2025 et 4,5 % en 2026, des chiffres enviables pour une économie mature.]

Si les statistiques chinoises ne précisent pas les destinations choisies par les étudiants, les données publiées par les pays d’accueil révèlent une tendance claire : les effectifs chinois diminuent en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada [et légèrement en Australie] tandis qu’ils progressent à Hong Kong, au Japon [et en Malaisie]. Hong Kong, en particulier, est devenu une destination prisée, comme l’explique Mme Yang, en raison du prestige de ses établissements et de sa proximité géographique avec la Chine. Quatre de ses clients sur cinq demandent des renseignements sur des études dans cette région proche. D’autres destinations plus abordables, comme la Malaisie — où il est possible d’obtenir un diplôme pour seulement 100 000 yuans soit environ 15 000 dollars américains —, attirent également l’attention des étudiants.

[On observe également une forte baisse (-27,5 %) aux Pays-Bas. Cette diminution s’explique par deux facteurs : d’une part, des tendances mondiales, comme le retour des étudiants vers la Chine et la diversification vers d’autres destinations asiatiques ; d’autre part, des choix politiques néerlandais visant à réguler l’internationalisation de l’enseignement supérieur. Le gouvernement a en effet adopté des mesures pour limiter l’afflux d’étudiants étrangers, notamment en réduisant l’offre de programmes en anglais et en restreignant le recrutement à l’étranger, dans un contexte marqué par une pénurie de logements et les limites des capacités d’accueil de ces étudiants.]

Le retour des « haigui », ou « tortues de mer »

Cette tendance ne se limite pas à une réduction des départs : un nombre record de 10,7 millions de jeunes Chinois ont intégré l’enseignement supérieur dans leur pays l’an dernier. Par ailleurs, parmi ceux qui partent étudier à l’étranger, la proportion de ceux qui choisissent de rentrer en Chine après leurs études n’a jamais été aussi élevée. L’an dernier, pas moins de 94 % des étudiants chinois ayant étudié à l’étranger sont revenus au pays, un record historique (voir graphique). Entre 2015 et 2025, ce sont ainsi 5,2 millions de diplômés qui ont regagné la Chine après une période passée à l’étranger, selon les chiffres officiels. On les surnomme  les « haigui » 海龟, littéralement « tortues de mer », lesquelles sont de grandes migratrices.

Cette vague massive a profondément modifié la perception des études à l’étranger. Que ce soit sur le marché du travail ou même dans la sphère privée, comme sur les sites de rencontre, le prestige autrefois associé à un diplôme étranger s’est fortement érodé. Aujourd’hui, selon les données de New Oriental, un diplômé de retour au pays perçoit en moyenne un salaire de départ d’environ 12 800 yuans par mois, soit seulement 2 100 yuans de plus que les diplômés formés localement (10 700 yuans).

Nombreux sont les « haigui » dont la situation professionnelle est bien moins enviable que celle de leurs pairs restés en Chine. Certains enchaînent même les petits emplois précaires, comme livreurs. Lors d’une émission télévisée chinoise, une jeune femme a révélé que ses parents avaient dépensé plus de deux millions de yuans pour financer ses études à l’étranger, pour aboutir à un emploi ne lui rapportant que 4 000 yuans par mois. « À ce rythme, lui a-t-elle confié avec amertume, il me faudrait un siècle pour rembourser une telle somme. »

Un diplôme étranger, un atout en déclin

Mlle Zou, une étudiante chinoise en maîtrise de chimie à l’University College de Londres, a choisi de partir à l’étranger par désir de « découvrir le monde ». Pourtant, elle ne s’attend à aucun avantage face aux diplômés formés en Chine lorsqu’elle cherchera un emploi dans l’industrie des semi-conducteurs à son retour. Or, en Chine, une maîtrise s’obtient après trois années d’études, contre une seule année dans son cas. Par ailleurs, les étudiants chinois représentent environ 40 % de sa promotion à Londres ; dans d’autres établissements, cette proportion peut atteindre 90 %. Cette surreprésentation remet en question l’idée reçue selon laquelle les universités étrangères offriraient une expérience fondamentalement différente de celle des établissements chinois.

Du côté des employeurs, les diplômes étrangers ont perdu de leur attrait. La brièveté des programmes et des critères d’admission parfois moins sélectifs ont en effet conduit les entreprises à remettre en cause la réputation autrefois sans faille des formations à l’étranger. En réalité, étudier à l’étranger ne garantit nullement une meilleure adaptation au monde professionnel. Certains services des ressources humaines estiment même que les diplômés locaux sont « plus dociles », comme l’explique Mme Zou, car ils n’auraient pas été contaminés par les idées libérales occidentales.

Certaines administrations provinciales limitent par ailleurs l’accès des diplômés de retour de l’étranger à la fonction publique. En 2024, la dirigeante de Gree, un géant chinois de l’électronique, a même déclaré publiquement qu’elle refusait d’embaucher des « haigui », craignant qu’ils ne soient des espions au service de puissances étrangères.

L’ascension des universités chinoises

Parallèlement, les universités chinoises gagnent en attractivité. Leur ascension dans les classements internationaux est spectaculaire. L’université de Pékin et l’université Tsinghua, les deux fleurons de l’enseignement supérieur chinois, occupent désormais respectivement la 13e et la 14e place du classement mondial QS.

Les établissements issus des programmes « 985 » et « 211 » — deux appellations gouvernementales désignant un petit groupe d'établissements d’élite chinois — sont désormais considérés comme supérieurs à de nombreuses universités étrangères, à l’exception de quelques institutions prestigieuses comme Oxford, Cambridge ou les universités de l’Ivy League américaine. Dans des disciplines comme les sciences ou l’ingénierie, la recherche chinoise se distingue particulièrement. Par ailleurs, les frais de scolarité, généralement de quelques milliers de yuans par an dans le public, restent très abordables.

Les universités étrangères en pâtissent

Cette baisse des inscriptions des étudiants chinois commence à peser sur certaines universités occidentales, devenues trop dépendantes de cette manne. Au cours de l’année universitaire 2024-2025, les Chinois représentaient ainsi plus de deux cinquièmes des étudiants internationaux au sein du Russell Group, un consortium regroupant 24 des universités les plus prestigieuses du Royaume-Uni.

Nombre de ces établissements avaient en effet développé des programmes de maîtrise spécialement conçus pour attirer les étudiants chinois, en leur appliquant des frais de scolarité bien supérieurs à ceux des étudiants britanniques. Les facultés s’étaient agrandies, de nouvelles infrastructures avaient vu le jour. « Il régnait une illusion de stabilité financière », explique Filippo Boeri, de l’Université City St George’s de Londres. Aujourd’hui, la réalité est tout autre : les universités suppriment des formations, licencient du personnel ou incitent leurs employés à accepter un départ volontaire. ».

Un manque à gagner pour les deux parties selon The Economist

Cette désertion des étudiants chinois privera l’Occident de talents précieux. Elle pourrait également se retourner contre la Chine elle-même. En effet, lorsque le pays s’est ouvert au monde, les « haigui » ont rapporté des compétences et des savoirs acquis à l’étranger, contribuant ainsi de manière décisive à la modernisation du pays et à son rattrapage économique. À titre d’exemple, huit des vingt-et-un membres actuels du Politburo du Parti communiste chinois ont étudié à l’étranger.

Par ailleurs, l’expérience internationale des « haigui » a permis aux entreprises chinoises de s’implanter avec succès sur les marchés étrangers. Si moins de tortues de mer prennent le large, la Chine en subira elle aussi les conséquences.


Source : The Economist

lundi 27 juillet 2026

Le 28 juillet 1755 — Le Grand Dérangement

Le peuple acadien naît tout au début du XVIIe siècle, lors de la fondation de Port-Royal en 1604, et s’implante principalement dans la Nouvelle-Écosse actuelle. Des Acadiens vont aussi s’établir sur l’Île-du-Prince-Édouard et le Cap-Breton (appelées respectivement, à l’époque, île Saint-Jean et île Royale). En 1713, à l’issue du traité d’Utrecht, les Français cèdent l’Acadie aux Anglais, mais conservent l’île Royale. La majorité des Acadiens demeurent sur place, mais exigent de rester neutres en cas de conflit contre la France. Pas question de tuer des soldats français.

Les historiens ont l’habitude de retenir 1755 comme la date charnière de l’histoire des Acadiens. Mais replacé dans le contexte global des provinces maritimes, le phénomène de la « Déportation » apparaît plutôt comme la suite d’une série d’événements remontant au moins à 1749, c’est-à-dire à la fondation de Halifax (Nouvelle-Écosse) par les Britanniques. Fondation qui enflamme les Micmacs. Ces derniers sentent que les Anglais se sont approprié leur territoire sans leur consentement, contrairement au traité de 1725/1726, et les officiers anglais refusent au départ la coutume qui veut que l’on échange des présents pour l’utilisation des terres. Cornwallis veut mettre le peuple micmac sous son autorité, mais essuie un refus. Par représailles, il offre des récompenses pour les scalps des micmacs. Les Micmacs répondent en déclarant la guerre aux Anglais en 1749.

Depuis 1749, « britanniser » l’Acadie

jeudi 21 mai 2026

L'anglais demeure la lingua franca de la science, mais d'autres langues s'imposent

Une étude bibliométrique de l'Université de Montréal portant sur 88 millions d'articles scientifiques retrace, à l'échelle mondiale, l'évolution des langues dans la science de 1990 à 2023. En italique nos commentaires qui font suite au communiqué de presse de l'Université de Montréal.

En 2023, 85 % des quelque cinq millions d'articles scientifiques indexés dans les grandes bases de données mondiales étaient rédigés en anglais. En 1990, cette proportion atteignait 94 %. Une baisse de neuf points en 30 ans qui, bien que modeste, traduit une transformation du paysage de la communication savante qui soulève des questions sur l'équité, la diversité et l’inclusion dans la production mondiale des connaissances. 

C'est l'une des conclusions d'une étude bibliométrique publiée en anglais [...] réalisée par Carolina Pradier et Lucía Céspedes à l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI) de l'Université de Montréal, sous la direction du professeur Vincent Larivière, et dont les résultats sont parus dans le Journal of the Association for Information Science and Technology.

L’équipe a analysé près de 88 millions d'articles et d'actes de conférences publiés entre 1990 et 2023, ainsi que plus de 1,48 milliard de liens de citations. 


lundi 27 avril 2026

« Le Québec en mal d'étudiants français »

Les cinq kilomètres de tunnel aux murs couverts de dessins et tags qui relient les différents bâtiments de l’université Laval, dans la ville de Québec, ont de quoi intriguer les étudiants internationaux à leur arrivée. « Cela nous permet de nous déplacer plus rapidement d’un endroit à l’autre sans subir les températures qui peuvent parfois descendre jusqu’à - 20 °C. Certains y font même leur footing ! », explique Augustin, jeune Français de 21 ans. 

Sur 180 hectares, le site dispose de bien d’autres atouts pour compenser la rigueur de l’hiver québécois. Comme ces infrastructures sportives de haut niveau : plusieurs piscines, dont un bassin olympique, deux patinoires, de nombreux gymnases, ainsi que des terrains extérieurs de beach-volley, encore enneigés en ce début de printemps.

Tous ces attraits ne suffisent plus, pourtant, à attirer les jeunes du monde entier. En 2024-2025, l’université Laval a enregistré une chute de 66 % des demandes d’inscription émanant de candidats étrangers, et une baisse de 30 % parmi les Français. Une tendance qui se confirme dans beaucoup d’établissements supérieurs canadiens. En cause : le durcissement de la politique fédérale en matière d’immigration étudiante. Depuis 2024, Ottawa a fortement réduit le nombre de permis d’études délivrés. Seuls 155 000 nouveaux étudiants étrangers pourraient obtenir ce précieux sésame cette année, deux fois moins qu’en 2025.

Ainsi, le 8 avril, Neoma Business School [malgré son nom un établissement hexagonal] signait un nouvel accord de trois ans avec l’Ecole d’éducation permanente de l’université McGill (drapée de couleurs automnales ci-dessus)

« Ce coup de frein n’est pas lié à une diminution de nos quotas puisque notre propre capacité d’accueil reste inchangée. Mais le message négatif envoyé a tendance à dissuader les familles de se tourner vers nous », déplore Frank Pons, doyen de la Faculté des sciences de l’administration de l’université Laval.
 
Pourquoi le Canada, jusqu’ici perçu comme une terre d’accueil pour des milliers de jeunes étrangers, donne-t-il aujourd’hui l’impression de faire machine arrière ? « Il y a eu de nombreux abus, principalement de la part des collèges communautaires [NDLR : des formations pré-universitaires ou techniques] qui ont fait venir des étudiants internationaux en masse. Cet afflux a provoqué des situations d’engorgement sur certains territoires très localisés, compliquant l’accès au logement ou aux services de santé. Il aurait mieux valu se concentrer sur des opérations ciblées contre ces dérives », explique Christian Blanchette, recteur de l’université du Québec à Trois-Rivières.

Or la réponse nationale portée par les autorités canadiennes a bouleversé tout le secteur, y compris les universités les plus prestigieuses. Le fait que bon nombre d’élèves, échaudés par le signal envoyé par Ottawa, préfèrent se tourner vers d’autres destinations, représente pour elles un manque à gagner significatif. Ce désamour pourrait aussi, à terme, affecter la recherche. « Nous avons besoin des doctorants venus du monde entier puisque ces derniers représentent la moitié de nos effectifs », s’inquiète encore Christian Blanchette.

Face à cette situation, les autorités tentent de corriger le tir. Le 30 mars, la ministre québécoise de l’Enseignement supérieur, Martine Biron, a rencontré son homologue français Philippe Baptiste afin de réaffirmer la solidité des liens unissant la province canadienne et la France depuis plus de soixante ans. Pour les jeunes Français, venir étudier au pays de l’érable comporte bien des avantages. Au Québec, contrairement à leurs homologues étrangers, ils bénéficient de droits de scolarité préférentiels. Des frais généralement compris entre 6 000 et 13 000 euros par an au niveau licence.

Autre atout majeur : l’environnement montréalais [comprendre l'influence indue de l'anglais dans la métropole québécoise]. La ville conjugue les codes d’une grande métropole nord-américaine et une forte identité francophone. « Les jeunes Français viennent y perfectionner leur anglais [au frais du contribuable québécois!] tout en sachant qu’ils arriveront toujours à se faire comprendre. La législation leur permet d’ailleurs de composer leurs examens en français s’ils le souhaitent », insiste Anne-Marie Croteau, doyenne de l’école de gestion John-Molson  [anglophone] rattachée à l’université Concordia [anglophone], dont les deux campus attirent chaque année plus de 8 700 étudiants internationaux, soit près de 20 % de ses effectifs.

HEC Montréal, affilié à l’université de Montréal, figure également parmi les établissements les plus attractifs de la ville grâce à sa grande bibliothèque, la qualité de ses espaces de travail ouverts sur une forêt urbaine et sa salle des marchés équipée de logiciels de trading professionnels. Pour relancer la mobilité entre les deux nations, les universités québécoises misent plus que jamais sur le renforcement de leurs partenariats avec la France. Ainsi, le 8 avril, Neoma Business School [malgré son nom un établissement hexagonal] signait un nouvel accord de trois ans avec l’Ecole d’éducation permanente de l’université McGill, son département de formation continue. A partir de l’automne 2026, un groupe de Français pourra s’y rendre pour un semestre. Déjà liée à HEC Montréal, Concordia et l’université Laval, l’école de commerce tricolore renforce ainsi son ancrage québécois.

« Ce pays reste une destination très prisée de nos étudiants, notamment pour son avance sur les sujets technologiques, l’IA, ainsi que les secteurs de l’audiovisuel, du jeu vidéo, du digital et des loisirs. Mais aussi parce que Montréal et Québec sont des villes où il fait bon vivre », souligne sa directrice générale Delphine Manceau.

Au point que certains choisissent de prolonger l’aventure au-delà leurs études. Emma Guiard, ancienne élève de Neoma, a passé deux ans à l’université Concordia dans le cadre du programme Cesem, un cursus postbac en quatre ans. « Mon objectif initial était d’enchaîner sur un master à Paris. Mais, l’an dernier, j’ai accepté un job d’hôtesse d’accueil chez Tiffany & Co à Montréal pendant la période de Noël », raconte-t-elle. Quelques mois plus tard, son ancienne responsable la recontacte et lui propose un poste de directrice des opérations. « Le fait d’avoir un double diplôme est clairement un avantage pour trouver un emploi », souligne la jeune femme, qui voit des opportunités sur place en dépit, ces dernières années, du tour de vis du gouvernement sur les conditions d’octroi des permis de séjour post-études.

Enfin, les universités québécoises ont beau clamer que les étudiants sont toujours les bienvenus, les candidats se heurtent aussi à d’importantes complexités administratives depuis le tournant de 2024. Justine Bourgeois, admise en sciences politiques à l’université [anglophone!] McGill de Montréal, à la rentrée dernière, en a eu des sueurs froides. « Je n’ai reçu mon visa que le 20 août, soit une semaine avant le début des cours. M’étant déjà rendue sur place avec un visa touristique, j’ai dû faire un aller-retour entre Montréal et Paris et repasser la frontière pour récupérer le bon document à la douane », explique-t-elle.

Son cas est loin d’être isolé. Au sein des bâtiments du XIXe siècle en pierre grise, bon nombre de ses camarades français évoquent des délais à rallonge. Toutefois, comme eux, la jeune étudiante s’est vite intégrée, une fois les formalités réglées : « Je suis là au moins pour trois ans, jusqu’à l’obtention de mon bachelor mais je n’exclus pas de rester par la suite ! » À condition qu’Ottawa ne durcisse pas encore le ton d’ici là.

Source : L'Express

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lundi 13 avril 2026

Léon XIV va parler anglais (et non français) en Algérie

Le 13 avril prochain, le pape Léon XIV posera pour la première fois le pied sur le sol algérien. 

Première visite pontificale dans ce pays, elle sera chargée de symboles : pèlerinage sur les traces de saint Augustin à Annaba (Bône), dialogue avec l’islam, encouragement à une toute petite communauté catholique. 

Pourtant, une annonce discrète du Vatican a surpris : lors de ses interventions publiques en Algérie, le Saint-Père ne s’exprimera pas en français. 

Léon XIV avait déjà parlé anglais au Liban à plusieurs occasions dont la rencontre avec les jeunes à Bkerké (1er décembre, parvis du patriarcat maronite) : il a commencé par un chaleureux « Bonjour ! » et quelques phrases en français (qui ont été très applaudies), puis a poursuivi la majeure partie du discours en anglais (12 à 15 minutes) ainsi que le discours de départ à l’aéroport international de Beyrouth (2 décembre) : entièrement en anglais. Durée : environ 8-10 minutes.

En Algérie, Robert Francis Prevost privilégiera l’anglais, avec traduction en arabe et en tamazight (berbère) quand nécessaire.

Le motif invoqué ? La « dynamique multinationale » de l’Église catholique. Dans un monde où les catholiques sont désormais majoritairement africains, asiatiques et latino-américains, l’anglais serait devenu la langue de la communion universelle. On ajoute souvent d’autres arguments : pragmatisme (le pape est américain), volonté d’inclure les étudiants anglophones subsahariens présents en Algérie, et refus de toute apparence de « francocentrisme » colonial. Autant de prétextes qui se veulent modernes et œcuméniques.On peut pourtant regretter, sans acrimonie, que cette logique globale passe à côté d’une réalité locale très concrète. 
En Algérie, les quelque 8 000 à 9 000 catholiques sont, pour l’essentiel, des étudiants et migrants d’Afrique de l’Ouest francophone : Ivoiriens, Burkinabés, Sénégalais, Maliens, Togolais…
Pour eux, le français n’est pas une langue héritée de la colonisation lointaine ; c’est la langue dans laquelle ils étudient, prient et se retrouvent le dimanche. 

C’est aussi la langue historique de l’Église locale depuis l’époque des Pères blancs et des moines de Tibhirine. 

Les messes en français y sont majoritaires ; les messes en anglais restent minoritaires et complémentaires.

Choisir de ne pas s’adresser directement à eux dans leur langue de cœur, même pour une visite de deux jours, risque de créer une petite mais réelle distance symbolique. 

On célèbre la « diversité » de l’Église, mais on semble parfois oublier que cette diversité s’incarne aussi dans des contextes précis. En Algérie, la communauté catholique est déjà discrète, fragile, soumise à une législation stricte sur les cultes. Elle n’a pas besoin d’un signe supplémentaire de déconnexion.

Bien sûr, un pape ne peut pas parler toutes les langues. Mais précisément parce que l’Église se veut « catholique » – c’est-à-dire universelle et enracinée –, elle gagne à adapter son langage aux fidèles qu’elle rencontre, plutôt qu’à leur imposer une langue prétendûment « neutre » venue d’ailleurs. La véritable universalité ne consiste pas à effacer les particularités locales au nom d’une uniformité mondiale ; elle consiste à les respecter.On espère donc que, sur place, à Alger comme à Annaba (Bône), le pape Léon XIV trouvera le moyen de parler s en français. Non par nostalgie, mais par simple proximité pastorale. Car c’est bien là, dans cette petite Église « hôte » d’Algérie, que bat encore un peu du cœur francophone de l’Afrique catholique. Et ce cœur mérite, lui aussi, d’être entendu.

À moins évidemment qu'Alger, dont la régime autoritaire militarisé au pouvoir est très francophobe, ait joué un rôle dans l'occultation du français, majoritaire parmi les catholiques en Algérie. Rappelons la promotion agressive de l’anglais à l’université par le régime au pouvoir : à partir de la rentrée 2025-2026, l’anglais remplace ou supplante le français dans de nombreuses filières scientifiques, techniques, médecine et pharmacie.



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Algérie : des porteurs de drapeaux berbères écopent de 6 mois de prison ferme. Une vingtaine de personnes avaient été arrêtées lors d’une manifestation le 17 septembre 2019 à Alger, dont une majorité pour avoir brandi des drapeaux berbères.
 
 
 
 
 

mercredi 1 avril 2026

Histoire — 1er avril 1918 à Québec : « Shoot to kill ! »

« Shoot to kill! ! » L’ordre, donné en anglais, était clair.

Le 1er avril 1918, à Québec, les soldats canadiens tuent quatre civils en marge d'une manifestation contre la participation obligatoire à la Première Guerre mondiale. Des anglophones vont jusqu’à réclamer la suppression d’un quotidien opposé à la conscription, Le Devoir, et souhaitent voir son directeur, Henri Bourassa, exécuté. C’est comme si la guerre s’étendait ici entre deux langues, deux nations.


L’édition de La Presse du 2 avril 1918. La une faisait mention de cinq morts, alors qu’il y en avait quatre.

À l’occasion du centenaire du conflit mondial, la réédition du récit palpitant Québec sous la Loi des mesures de guerre (1918) de l’historien Jean Provencher s’imposait, d’autant plus que le livre, publié en 1971, était depuis longtemps introuvable. Dans sa préface de l’époque, reprise aujourd’hui avec un avant-propos inédit de l’auteur, Fernand Dumont soulignait déjà l’importance de ce document construit à partir d’archives.

« Ce qui frappe avant tout dans ce livre », écrit Fernand Dumont en préface, « ce sont ces déferlements de foules –  15 000 personnes certains jours – sans chefs, sans orga­nisation, sans stratégie un peu définie. Protestation qui venait du fond d’une pénible vie quotidienne, d’une ran­cœur entretenue au fil des ans, mais jamais vraiment dite, d’une servitude qu’il était impossible de traduire dans un mouvement proprement politique. »

Les quatre tués du 1er avril 1918. Alexandre Bussières, Joseph-Édouard Tremblay, Honoré Bergeron et Georges Demeule. Archives de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

En juillet 1917, voyant l’hécatombe se prolonger en Europe et sous la pression de l’Empire britannique, le Premier ministre Borden vote la conscription. De nombreux Canadiens français refusent de s’y soumettre : l’armée canadienne est majoritairement anglophone et l’on sait de source sûre que les francophones, éparpillés, y endurent diverses brimades. Mais cette rébellion prend une tournure dramatique : elle vaut aux réfractaires l’intervention de l’armée fédérale, des perquisitions, des arrestations, la loi martiale.

Ce livre raconte les cinq jours d’émeutes du printemps 1918, cinq jours dont l’issue a été funeste pour quatre Québécois. L’ironie de l’Histoire est parfois violente : pour s’être opposés à la guerre, des Québécois sont morts de la guerre, dans les rues mêmes de Québec.

Québec, ville tranquille

Un monument est érigé en l’honneur
des quatre victimes à l’endroit où 
elles tombèrent sous les balles,
à l’intersection des rues Saint-Joseph,
Saint-Vallier et Bagot.
Réputée pour sa tranquillité, Québec sombre dans le chaos au printemps 1918. Durant la Semaine sainte, cinq soirées d’émeutes sans précédent frappent la capitale. Des violences provoquées par des opposants à la conscription qui se soldent par les salves d’une mitrailleuse de l’armée canadienne dans le quartier Saint-Sauveur, le 1er avril.

« L’utilisation d’une vraie mitrailleuse [par l’armée], c’était la première et je l’espère, la dernière fois que ça se produisait à Québec », raconte l’historien Jean Provencher, auteur d’un livre sur ces événements méconnus.

Les balles ont tué quatre résidents de ce quartier ouvrier, dont un adolescent de 14 ans et deux jeunes au tournant de la vingtaine.

Comment en est-on arrivé là ?

La Première Guerre mondiale révèle que les Canadiens anglophones, surtout les colons arrivés récemment au Canada réagissent comme les fidèles sujets de l’Empire britannique.

Ils favorisent, en majorité, la participation militaire de leur pays. Quant aux Canadiens français fiers d'être catholiques et séparés de la France républicaine et laïque depuis plus d’un siècle en subissant l’hégémonie britannique, leur désir de combattre l’Allemagne, pour aider l’une ou l’autre des grandes puissances belligérantes, est beaucoup moins ardent.

En 1917, le gouvernement canadien du conservateur Robert Laird Borden établit l’enrôlement obligatoire. La police fédérale poursuit les déserteurs. La réaction québécoise est hostile. Dans la frange libérale autonomiste, on évoque même l’idée d’un retrait du Québec de la Confédération.

Comment une telle escalade de violence a pu se produire dans une ville traditionnellement pacifique qui s’apprêtait pourtant à célébrer Pâques ?

Manifestation anticonscription organisée au Square Victoria, à Montréal, en 1917

« En mars 1918, ça brasse politiquement. Parce que d’abord un an avant, le Premier ministre du Canada [Robert Borden], en mai 1917, s’en va à Londres et il se fait demander d’amener d’autres soldats en Europe. C’est la guerre depuis trois ans. Une guerre sale, les tranchées, les gaz », explique Jean Provencher.

Une majorité de Québécois ne souhaitent donc pas « aller mourir en Europe » et certainement pas pour l'Empire britannique. Le Québec vote à 83 % contre la conscription qui oblige les hommes célibataires, sans enfant, de 20 à 35 ans, à s'enrôler dans l'armée.

Ottawa engagea à l'époque des « repéreurs » (des spotters), des agents fédéraux chargés de mettre la main au collet des conscrits qui ne se présentent pas aux bureaux de recrutement.

Ils sont une vingtaine à sévir à Québec et sont détestés.
Des familles ont appris que leur gars qui n’était pas rentré coucher avait été amené à Halifax, embarqué sur un bateau pour s’en aller à la guerre. Lentement, ça se transmet, ce genre d’informations. On trouve que c’est odieux.
Jean Provencher, historien

C’est dans ce contexte que des manifestations populaires contre la conscription se succèdent dans la ville de Québec au printemps 1918. Ottawa constate qu’agents de police et militaires canadiens-français se montrent, en général, solidaires de la foule, essentiellement de la même origine qu’eux. On fait donc venir des soldats anglophones du reste du Canada pour mater les protestataires.

Début des émeutes

La première émeute éclate à Québec le 28 mars 1918, quand Joseph Mercier, 23 ans, est interpellé par trois repéreurs. Il se trouvait avec un ami à la salle de quilles du Cercle Frontenac, située au coin des rues Saint-Vallier et Charest.

Joseph Mercier jure qu’il a des papiers d’exemption. Les repéreurs ne le croient pas. « Ils vont le traîner de force jusqu’au poste de police. Les gens sortant de la messe du Jeudi saint assistent à la scène. Ils veulent que le jeune soit libéré. Ils vont casser les vitres du poste de police. La foule prend en main l’événement. »

Des journaux estiment qu’ils sont de 2000 à 3000 émeutiers, la police de Québec parle de 5000. Joseph Mercier est finalement libéré. Il a effectivement droit à l’exemption. Trop peu trop tard, la foule veut la tête des repéreurs. Un repéreur qui tente de s’enfuir dans un tramway est reconnu. Le tram est renversé par les manifestants. L’homme est grièvement blessé. L’intervention d’un curé empêche la foule de le lyncher.

« Je pense que ça aurait été un bon coup du maire Lavigueur de demander le congédiement immédiat des spotters, les détestables », analyse Jean Provencher aujourd’hui.

Vendredi saint, le 29 mars


Malgré une journée tranquille, les émeutiers n’en ont pas fini. Les troubles reprennent le Vendredi saint en soirée. Les manifestants se rendent cette fois en Haute-Ville et visent les symboles de la conscription. Certaines sources avancent le chiffre de 15 000 insurgés.

Les bureaux de deux journaux en faveur de l’enrôlement obligatoire sont notamment saccagés : L’Événement et le Chronicle. On s’en prend ensuite à l’Auditorium, le futur Capitole de Québec, où un incendie est allumé.
On a réussi à monter à l’étage pour brûler les registres du registraire de l’armée, celui qui tenait le nom des conscrits sur fichiers.
Jean Provencher, historien

« Tant qu’à mourir au front, aussi bien mourir à Québec », pensent les hommes, accompagnés de femmes et enfants. Bouleversé, le maire de Québec ne lit pas l’acte d’émeute qui permettrait aux soldats dirigés par le général Joseph-Philippe Landry de faire feu.

Samedi et Dimanche de Pâques

Le lendemain, le Manège militaire est visé. La foule est toutefois accueillie par la cavalerie et des fantassins. L’affrontement fait quelques blessés. Des résidences et commerces sont vandalisés.

Le dimanche, 1200 soldats de l’armée canadienne débarquent à la gare du Palais en soirée à la demande du Premier ministre du Canada, Robert Borden. L’armée prend en charge les opérations, alors que les troubles se poursuivent.

« On a tassé le général [Philippe-Joseph] Landry, responsable des militaires de la région de Québec, et on a dépêché François-Louis Lessard, d’Halifax, par train. Et ils ont amené 1200 soldats du Manitoba et de l’Ontario. Par train. Et le lundi, ils ont dit : “C’est terminé” », commente Jean Provencher.

François-Louis Lessard, le Canadien français le plus haut gradé de l’armée, répond à l’avocat anticonscriptionniste Armand La Vergne, qui défend les manifestants : « J’ai la force et je m’en sers ! » Ces mots, mis en évidence par Provencher, l’excellent narrateur.

Le Devoir commet la même erreur que La Presse. Il n’y aura finalement que quatre morts.

Lundi de Pâques, le 1er avril

Des affiches sont placardées à Québec : « Défense d’être plus que trois, de protester et défiler ». Le général François-Louis Lessard est un partisan de la ligne dure.

Un nouveau rassemblement est observé lundi soir à la place Jacques-Cartier. Un acte d’émeute est lu en anglais seulement. Le tramway ne circule plus.

Des soldats à cheval refoulent aussitôt les émeutiers vers le quartier Saint-Sauveur. Un brouillard se met également de la partie.

« On a entendu des coups de feu qui ne venaient pas des militaires. Mais on ne sait pas trop d’où ça venait. Les militaires commençaient à être sur les nerfs. Ils ont installé une mitrailleuse en plein milieu du carrefour. Plusieurs se sont sauvés dans les trois directions possibles », affirme Jean Provencher.

Puis, les soldats ont fait feu. Deux salves de mitrailleuse ont été tirées.

Parlez français !

Sur la foule, où l’on entendait crier « Parlez français ! », les soldats ont tiré, profitant après coup des mesures de guerre adoptées rétroactivement qui leur assureront l’impunité.

Le nombre de blessés est incertain. Des médias parlent d’au moins 70. Le nombre d’arrestations est aussi sujet à débat. Des journaux énumèrent l’identité de prisonniers et leur adresse civique.

Pour le coroner responsable de l’enquête, il est prouvé que les quatre victimes étaient des curieux qui ne participaient pas à l’émeute. Honoré Bergeron, un menuisier de 49 ans qui a perdu la vie, rentrait chez lui à 22 h 40. Le jeune Georges Demeule se trouvait aussi à la mauvaise place au mauvais moment.

Le petit gars, il était curieux aussi. Il avait 14 ans. Il avait envie de savoir. Pour une fois que ça brasse à Québec.
Jean Provencher, historien

Pas d’indemnisation

Au terme de son enquête, le coroner a demandé en vain une indemnisation pour les familles des victimes. Au lendemain de la fusillade, le climat est étrange à Québec. La loi martiale est décrétée.

« Si on te reconnaît en ville, on peut te faire comparaître. Il y a de la crainte dans l’air », ajoute l’historien.

Puis, la guerre prend fin en Europe. L’événement tombe progressivement dans l’oubli. « Pendant très longtemps, on n’a jamais parlé des émeutes de Québec. Jamais. Ni dans les manuels scolaires ni lorsque le 1er avril arrive. Même moi, j’ai suivi des cours d’histoire et on n’en parlait pas. Je suis resté tellement surpris quand je suis tombé sur l’enquête de 487 pages du coroner », conclut Jean Provencher.



Québec sous la Loi des mesures de guerre 1918
par Jean Provencher
paru chez Lux
à Montréal,
en 2014,
166 pages

mardi 23 décembre 2025

Quand l’écologie radicale infiltre les écoles de commerce

Une récente étude d’un réseau pensant explique comment HEC, l’EM Lyon ou Sciences Po ont progressivement introduit l’enseignement d’une écologie décroissante et anticapitaliste au détriment des matières fondamentales.

Oui, oui, une école de commerce de France (il reste un petit drapeau français peu visible à côté du drapeau de la European Union of Brussels)

La France est-elle en train de former une génération de cadres qui considéreront comme un devoir moral de freiner, de contester ou de saboter les stratégies de croissance de leurs propres entreprises ? C’est ce que laisse entendre le Centre d’études et de recherches universitaires (Ceru), qui, dans une étude publiée début décembre, affirme que les grandes écoles de commerce françaises sont devenues des « foyers du radicalisme écologique ».

Dans cette note, le laboratoire d’idées, marqué à droite, explique comment HEC, l’ESSEC, l’ESCP, l’EM Lyon ou encore Sciences Po ont progressivement introduit l’enseignement d’une écologie décroissante et anticapitaliste au détriment des matières fondamentales que sont la gestion, la finance ou le marketing. « Ce basculement traduit une recomposition profonde. Le prestige universitaire traditionnel est supplanté par la conformité idéologique », alerte l’étude, qui, sans remettre en question l’urgence climatique, décrit « un tournant résolument écologique, jusqu’à repenser tous les programmes sous cet angle ».

En une dizaine d’années, les « business schools » [écoles de commerce en Hexagonal] ont bien changé. 

Dans ces temples de la formation au monde des affaires, l’étudiant se prête désormais aux incontournables ateliers Fresque du climat, mais aussi au Sulitest, un test du développement durable imaginé en 2014. Dans les enseignements, l’écologie et la « sustainability » [durabilité dans le jargon prétentieux de ces « business schools »] ont pris une place « démesurée », « une centaine d’heures par an, soit le tiers des enseignements », affirme l’auteur de cette note, Morgane Daury-Fauveau, présidente du Ceru et professeur de droit privé à Amiens. Elle a passé au crible les maquettes de l’offre de formation. Outre la profusion, elle pointe une idéologie à l’œuvre, avec l’enseignement d’« une écologie radicale, notoirement anticapitaliste ». « La mission première de l’enseignant est de développer l’esprit critique, pas de le paralyser. Les écoles de commerce, dont l’objet est fondamentalement l’enseignement sur la production de richesses, font la publicité de la décroissance ! », s’effare-t-elle.

dimanche 26 octobre 2025

L’exode des médecins québécois formés en anglais : une gabegie dénoncée depuis 2006

Alors que le gouvernement Legault vient de faire adopter sous bâillon une loi spéciale pour encadrer les médecins, la pénurie persiste, au grand désespoir de la population. Or, ce problème n’a rien de nouveau : un article paru dès 2006 tirait déjà la sonnette d’alarme, soulignant une gabegie parfaitement évitable dans la formation et la rétention des médecins au Québec. Les chiffres précis ont sans doute évolué depuis, mais les causes structurelles, elles, demeurent tristement inchangées. Ce qui suit est un résumé de l'article de 2006.

Une pénurie chronique malgré une formation abondante

Le Québec manque toujours de médecins — environ 1000 spécialistes et autant d’omnipraticiens, selon les estimations les plus récentes. Certaines régions, comme le Saguenay, en viennent même à signer des ententes pour attirer des praticiens étrangers. Paradoxalement, la province fait partie de celles qui forment le plus de médecins par habitant au Canada. Et malgré des investissements massifs, notamment les 3,6 milliards injectés dans les mégahôpitaux du CHUM et du MUHC, le déficit médical s’aggrave.

Un exode massif, particulièrement chez les diplômés de McGill

Dès 2006, les données montraient que le Québec offrait l’un des plus faibles taux de rétention de médecins au pays. Chaque année, plus de 75 praticiens quittaient la province, principalement pour l’Ontario et les États-Unis — un exode deux fois plus important qu’en Ontario. Contrairement à ce qu’on croit souvent, la rémunération n’était pas la seule cause. L’analyse révélait que l’immense majorité des départs provenait de l’Université McGill, alors que les diplômés des universités francophones — Montréal, Laval, Sherbrooke — restaient en grande partie au Québec.

En dix ans, plus de 550 diplômés de McGill avaient quitté la province, représentant près des deux tiers de tous les départs. À la fin de leurs études, environ la moitié des jeunes médecins mcgillois partaient exercer ailleurs, tandis que ceux issus des facultés francophones demeuraient, pour la plupart, au service du réseau québécois.
Au Québec, la formation d’un médecin représente un investissement majeur pour les contribuables, financé à plus de 90 % par l’État. Selon les données récentes du ministère de la Santé et des Services sociaux, former un médecin généraliste coûte environ 435 000 $ CAD, tandis que la formation d’un spécialiste varie entre 600 000 $ et 790 000 $ CAD, selon la durée de la résidence (5 à 7 ans). Ces montants, qui incluent les études universitaires et les salaires de résidence, reflètent une hausse due à l’inflation et aux investissements accrus dans les facultés de médecine. En 2024, des mesures comme le projet de loi 83 visent à garantir un retour sur cet investissement en obligeant les nouveaux médecins à pratiquer cinq ans dans le système public, sous peine de remboursement partiel.

Une erreur de politique publique connue depuis longtemps

La conclusion du rapport de 2006 était sans équivoque : en finançant massivement une université anglophone dont la majorité des diplômés s’en vont, le gouvernement québécois subventionne la formation de médecins pour l’Ontario et les États-Unis. Chaque médecin formé coûte environ 150 000 $ (en 2006, voir encadré pour une mise à jour des coûts)aux contribuables, mais une grande partie de cet investissement profite à d’autres systèmes de santé.

Pire encore, les autorités universitaires de McGill assumaient ouvertement ce rôle d’exportation de talents, se félicitant de former des médecins francophones « destinés à faire carrière aux États-Unis ». Cette tendance s’observe d’ailleurs dans d’autres domaines, comme la physique médicale, où de faibles taux de rétention à McGill ont forcé la création de programmes francophones au CHUM et au CHUQ pour combler les besoins locaux.

Une solution qui existe depuis vingt ans

L’article de 2006 proposait déjà un correctif simple : rééquilibrer les quotas et les investissements en faveur des facultés de médecine francophones, qui forment les médecins les plus susceptibles de rester. Ramener le taux d’exode de McGill à la moyenne des autres universités suffirait presque à combler le déficit migratoire des médecins québécois.

Presque vingt ans plus tard, cette « fuite des cerveaux » demeure l’un des secrets les plus coûteux du système de santé. Le Québec, en continuant à financer sans condition une université dont la majorité des diplômés quittent le territoire, forme toujours un médecin pour le prix de deux — et n’en garde qu’un.

mercredi 17 septembre 2025

Québec — les naissances des francophones s’affaissent, celles des anglophones sont stables

Alors que l'anglais comme seule langue d'usage demeure stable, voire augmente légèrement, le nombre de naissances des francophones s’affaisse rapidement ces dernières années.

 
Dans le graphique suivant, nous avons réparti les bilingues et trilingues de sorte que ceux qui, par exemple, disent utiliser le français et une autre langue différente que l'anglais soit comptés comme « français langue d'usage». Les bilingues ou trilingues qui connaissent le français et l'anglais sont répartis à égalité entre le "français langue d'usage" et "anglais langue d'usage".


lundi 7 juillet 2025

Chine — Ruée vers les études d'ingénieurs (baisse dans les sciences humaines avec une exception)



Les universités chinoises accueillent chaque année plus d'un million de nouveaux étudiants en ingénierie

Toujours complet

Les larmes et les efforts en valaient la peine. Quelque 4,8 millions d'élèves apprendront bientôt que leurs résultats au récent examen gaokao leur ont permis d'obtenir une place dans un cursus universitaire de licence, contrairement à 8 millions de leurs camarades qui ont passé le même examen. Comment tirer le meilleur parti de leur brillant avenir ? Pour beaucoup, la réponse est d'étudier l'ingénierie.

Plus de la moitié des jeunes Chinois suivent aujourd'hui des études supérieures, dispensées par quelque 3 000 établissements. En Chine, comme ailleurs, l'abondance des diplômes a réduit la valeur de chacun d'entre eux. Et avec le ralentissement économique (relatif) de ces dernières années, le taux de chômage des jeunes a augmenté, même parmi les diplômés. Il était de 14,9 % en mai, selon le gouvernement. Pour se démarquer, les jeunes veulent obtenir les diplômes les plus prestigieux.

En 2022, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, 36 % de tous les étudiants chinois entrant à l'université, soit environ 1,6 million de personnes, ont choisi un diplôme d'ingénieur, contre 32 % en 2010. En Grande-Bretagne et aux États-Unis, où le nombre d'étudiants est beaucoup moins important, cette proportion oscille autour de 5 %. Ce n'est pas parce que les adolescents chinois sont particulièrement friands de tournevis. C'est plutôt parce que le gouvernement chinois est remarquablement doué pour attirer les jeunes vers les domaines de haute technologie qu'il souhaite dominer.

Les obsessions du Parti communiste ont longtemps façonné les choix éducatifs en Chine. Il exerce un contrôle strict sur les universités : leurs dirigeants sont presque toujours membres du parti et leur financement provient en grande partie de l'État, plutôt que des frais de scolarité. Au cours des premières décennies du régime communiste, la petite proportion de jeunes Chinois qui accédaient à l'université étudiaient des matières pratiques telles que l'exploitation minière et l'ingénierie, afin de contribuer à l'industrialisation du pays, et l'agriculture, afin de le nourrir.

Les choix des étudiants se sont légèrement élargis dans les années 2000, avec l'essor du secteur privé en Chine. Alors que de plus en plus d'étudiants se tournaient vers l'économie ou la gestion d'entreprise, la part de ceux qui étudiaient l'ingénierie a diminué. Les langues étrangères, la littérature et les arts sont également devenus de plus en plus populaires. Mais cette tendance s'est arrêtée. Aujourd'hui, les élèves choisissent généralement l'ingénierie parce qu'ils s'inquiètent de trouver un emploi, rapporte un enseignant d'une école de Pékin.

Les autorités chinoises ont accéléré cette évolution. Le parti est un grand adepte de cette discipline. De nombreux hauts fonctionnaires, dont Xi Jinping, le dirigeant chinois, sont titulaires d'un diplôme d'ingénieur. Ils souhaitent désormais que de nouvelles promotions de jeunes ingénieurs viennent soutenir le secteur manufacturier de haute technologie en Chine. En 2023, les responsables ont commencé à demander aux universités de revoir leurs programmes d'études afin de se concentrer davantage sur les industries stratégiques et les goulets d'étranglement technologiques. L'année dernière, le ministère de l'Éducation a annoncé un « mécanisme d'urgence » visant à créer plus rapidement des diplômes afin de répondre aux « priorités nationales ».

Tout cela a conduit à une multiplication des nouveaux diplômes d'ingénierie spécialisés. Plus de 600 universités chinoises proposent désormais des programmes de premier cycle en intelligence artificielle (IA), un domaine que le parti s'est engagé à dominer d'ici 2030. Le fondateur de DeepSeek, une entreprise dynamique spécialisée dans l'IA, a étudié cette matière à l'université de Zhejiang, dans l'est de la Chine. Parallèlement, de nombreux ingénieurs de l'entreprise ont été formés dans les universités prestigieuses de Pékin et de Tsinghua, à Pékin.

L'année dernière, plusieurs établissements ont commencé à proposer des diplômes dans les technologies « à basse altitude », telles que les drones de livraison et les voitures volantes, que les responsables considèrent comme une nouvelle source de croissance économique. L'année prochaine, certains établissements proposeront des diplômes dans la fabrication de dispositifs médicaux, un secteur dans lequel la Chine dépend pour l'instant des entreprises américaines.

La demande pour ces nouveaux cursus est forte. Les parents chinois de la classe moyenne accordent une grande attention aux options qui s'offrent à leurs enfants. Ils pensent que si le gouvernement promeut un nouveau diplôme, il y a de fortes chances que des fonds publics soient alloués aux industries connexes dans les années à venir et que des débouchés professionnels en découlent, explique Jiang Xueqin, consultant en éducation à Pékin. Ils poussent donc leurs enfants à suivre ces études.

Dans le même temps, le financement des diplômes jugés moins utiles par le gouvernement diminue, voire disparaît complètement. Certains cours de gestion ou d'économie dans les universités chinoises peuvent être médiocres (la Chine les propose depuis relativement peu de temps et ils sont généralement pris moins au sérieux par les administrateurs). Les sciences humaines sont considérées comme une option plus facile. Dans tout le pays, les établissements ont mis fin à plus de 5 000 programmes au cours des cinq dernières années.

Ce printemps, la prestigieuse université Fudan, située à Shanghai, a annoncé qu'elle réduisait la part des places qu'elle offrait aux étudiants en sciences humaines de 30 à 40 % du total à 20 % afin de développer ses programmes de haute technologie et de créer de nouvelles « écoles d'innovation ». L'année dernière, l'université du Sichuan, dans la ville de Chengdu, au sud-ouest du pays, a cessé de proposer des diplômes en musicologie, en assurance et en études télévisuelles. Deux provinces ont déclaré qu'elles réduiraient le nombre d'étudiants poursuivant des études en anglais. Et plusieurs universités ont promis de supprimer d'autres matières si une proportion élevée de diplômés dans ces domaines ne parvenait pas à trouver un emploi.

Ingénierie sociale

Un type de diplôme en sciences humaines gagne toutefois en popularité : celui qui glorifie le parti. Certaines universités proposent désormais des diplômes en histoire du parti, remplis de récits élogieux sur son règne en Chine. Au cours de la dernière décennie, le nombre de facultés d'études marxistes dans les universités chinoises est passé de 100 à plus de 1 400. Elles proposent des diplômes de licence, de maîtrise et de doctorat dans cette matière (il va sans dire que ces facultés sont toutes dirigées par des membres du parti). Et au moins dix universités ont créé des centres spécialement dédiés à l'étude de la philosophie politique de M. Xi. Ces cours, au moins, ne sont pas près de disparaître.


dimanche 22 juin 2025

La rue Trutch à Vancouver devient officiellement la rue Šxʷməθkʷəy̓əmsəm

La décision de Vancouver de renommer la rue Trutch en rue Šxʷməθkʷəy̓əmsəm s’inscrit dans un effort de promotion de l’histoire autochtone (indienne) de la région. Le nom original, Trutch, faisait référence à Sir Joseph Trutch, un ancien lieutenant-gouverneur de la Colombie-Britannique connu pour ses politiques coloniales dont la réduction des terres occupées par les « Premières Nations » et des déclarations désobligeantes envers ces peuples autochtones. En changeant ce nom, la ville cherche à retirer les hommages à des figures associées à l’histoire britannique de la province et à honorer les cultures et les langues des Premières Nations locales, en l’occurrence la nation Musqueam, dont le territoire traditionnel englobe Vancouver.

Le nouveau nom, Šxʷməθkʷəy̓əmsəm, provient de la langue hən̓q̓əmin̓əm̓ anciennement parlée par les Musqueam. Ce changement reflète un mouvement croissant au Canada anglais. Cette initiative a suscité des discussions, certains y voyant un pas vers la justice sociale, tandis que d’autres s’interrogent sur l’effacement de l’histoire, mais elle reste un exemple concret de décolonisation des espaces publics.

Le changement de nom de la rue Trutch à Vancouver, désormais désignée Šxʷməθkʷəy̓əmsəm, suscite une controverse dont la portée dépasse le simple enjeu toponymique. Les critiques s’articulent principalement autour de deux axes : la perception d’un effacement historique et les difficultés pratiques liées à l’adoption d’un nom autochtone complexe pour les non-locuteurs.

1. L’effacement perçu du passé et la mémoire controversée

Certains résidents et observateurs estiment que l’effacement du nom de Joseph Trutch – figure historique du colonialisme britannique en Colombie-Britannique – équivaut à une forme de réécriture ou de négation du passé. Même si ses politiques envers les Premières Nations furent notoirement discriminatoires et rétrogrades, ces critiques soutiennent qu’un tel acte symbolique élimine une occasion d’enseigner et de confronter ces aspects problématiques de l’histoire locale.

Selon eux, maintenir le nom Trutch n’implique pas une glorification, mais plutôt un devoir de mémoire critique. Ce point de vue s’inspire d’approches muséales ou patrimoniales qui valorisent le contexte et l’explication plutôt que l’effacement. En renommant des lieux, notamment sans contrepartie éducative claire (panneaux explicatifs, programmes scolaires, etc.), la ville court le risque de substituer un oubli confortable à un inconfort pédagogique nécessaire.

2. Une décision perçue comme idéologique et clivante

Au-delà de la mémoire historique, certains dénoncent une instrumentalisation idéologique de la toponymie, accusant les autorités municipales d’imposer des décisions symboliques sans véritable consultation démocratique. Ce point de vue exprime une défiance envers ce qui est perçu comme un activisme institutionnalisé, qui imposerait des valeurs progressistes à une population diverse, sans nécessairement obtenir son assentiment.

La crainte sous-jacente est celle d’une polarisation communautaire : ces changements, au lieu de favoriser la réconciliation, risqueraient d’accentuer les lignes de fracture entre groupes culturels, en opposant un récit autochtone restauré à une mémoire collective plus large, jugée illégitime ou embarrassante.

3. Obstacles linguistiques et appropriation pratique

Par ailleurs, la complexité du nouveau nom, Šxʷməθkʷəy̓əmsəm, issu de la langue hən̓q̓əmin̓əm̓ autrefois parlée par les Musqueams, soulève des objections d’ordre pratique et linguistique. De nombreux citoyens rapportent des difficultés à le prononcer, l’écrire ou même s’en souvenir. Pour une population urbaine plurilingue qui n’a aucun contact préalable avec cette langue, l’usage quotidien devient ardu, et le nom risque de demeurer abstrait ou inaccessible, voire ignoré dans les usages courants.

Toutefois, il est également important de reconnaître que cette langue compte aujourd’hui moins de 10 locuteurs pleinement compétents, aucun locuteur natif, et environ 500 semi-locuteurs, malgré les efforts de revitalisation.

Dans ce contexte, certains résidents s’interrogent : dans quelle mesure un nom de rue peut-il devenir un outil de reconnaissance partagé s’il est pratiquement inemployable par la majorité des citoyens, y compris ceux des communautés autochtones locales ? Pour beaucoup, cette décision peut donner l’impression d’un geste hautement symbolique mais faiblement intégré dans la vie réelle, risquant de créer une fracture entre l’intention politique et la réception populaire.

4. Un déficit de participation citoyenne

Enfin, plusieurs critiques pointent un manque de transparence et de concertation dans le processus de décision. Si la démarche entend honorer la langue et la culture des Premières Nations, elle semble avoir été perçue par certains comme un processus unilatéral, vertical, excluant les résidents concernés. Ce déficit démocratique alimente un sentiment de dépossession symbolique : les citoyens ont vu leur espace urbain renommé sans avoir été pleinement consultés, voire entendus.

À Montréal aussi, un nom imprononçable et une appropriation partiale du passé autochtone

À Montréal, en 2019, la rue Amherst (nommée d’après Jeffery Amherst, général britannique associé à des massacres envers les Autochtones) a été renommée Atateken, un mot issu de la langue des Agniers (Mohawks), pourtant alliés des Anglais, signifiant « fraternité », « groupe de personnes vivant ensemble dans l’harmonie ». Nom intéressant pour un peuple aussi guerrier (voir la liste des nations détruites ou dispersées par les Agniers ci-dessous).

Or, une proposition circulait pour remplacer le nom d'Amherst (ou celui de Wolfe) par celui de « Pontiac », en hommage au grand chef autochtone Odawa Pontiac, qui mena une coalition de nations autochtones contre la domination britannique après la conquête, notamment en riposte directe aux actions de Wolfe et Amherst. 

Pour de nombreux observateurs, renommer la rue Wolfe ou Amherst en Pontiac aurait offert : une symétrie historique puissante (l’oppresseur remplacé par le résistant)  et un nom facile à prononcer et à mémoriser pour l’ensemble des Montréalais, y compris les nouveaux arrivants.

Depuis juin 2017, le sommet de la colline d’Outremont (Mont Royal) se voit imposer un nom mohawk : Tiohtià:ke Otsira’kéhne, Rappelons que malgré les prétentions de l'administration de la ville de Montréal, Montréal n'est pas en territoire traditionnel agnier (mohawk). 

Au moment de la fondation de Ville-Marie (1642), les Mohawks habitaient surtout la vallée de la Mohawk, dans l’actuel État de New York. Ils n’étaient pas établis à Montréal, mais y faisaient des incursions — souvent guerrières... Ce sont en fait les Français qui, après les guerres iroquoises, ont permis aux Mohawks catholiques convertis (les Agniers) de s’établir à proximité de Montréal, notamment à Kahnawake, au sud de Montréal. En 1760, pendant la guerre de la Conquête (sept Ans), les Mohawks catholiques de Kahnawake ont trahi les Français, alors même qu’ils avaient été protégés et installés par eux un siècle plus tôt. Ces Agniers ont choisi de ne pas soutenir Montréal lors de l’attaque britannique. Ils ont permis aux Britanniques d’approcher sans opposition, en s’abstenant de défendre et d'avertir leurs anciens alliés. 

Agnier est le nom (transcrit par une oreille française) que les Mohawks se donnent dans leur propre langue, Kanien'kehá:ka, qui signifie « peuple du silex » ou « peuple de la pierre à feu ». Mohawk est le nom que les Anglais leur donnent, il viendrait probablement d'un mot algonquin, mohowawog, signifiant « mangeurs d'hommes », un nom donné par leurs ennemis pour les décrire comme des guerriers redoutables.

Voici la liste des principales nations disparues ou largement détruites lors des guerres avec les Agniers/Mohawks (et plus largement les Iroquois) :

  • Iroquoiens du Saint-Laurent
  • Hurons-Wendats (réduits de 60 % à 90% puis dispersés)
  • Neutres (Attawandaron)
  • Ériés
  • Petun (Tionnontatés)
  • Susquehannocks (Andastes)
  • Mahicans (en grande partie absorbés)
  • Algonquins de l'Est (en recul ou déplacement)
  • Illinois (en partie détruits ou repoussés)
  • Shawnees (forcés à migrer à plusieurs reprises)
  • Tionnontouans indépendants (groupes iroquoiens non affiliés)
  • Réfugiés mixtes autour des missions françaises (dispersés ou intégrés)

Voir aussi 

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Québec laïc — Le pont Samuel-de-Champlain bénit par un aîné amérindien

Histoire — Montréal n’est pas un territoire agnier (« mohawk ») occupé

Les habitants de Montréal à l’arrivée des Français parlaient-ils agnier (mohawk) ?

Repentance permanente — Les manipulateurs de l’histoire québécoise sont parmi nous 

Le passé de Ville-Marie n’est ni honteux ni indigne

lundi 9 juin 2025

Les étudiants chinois désirent moins étudier aux États-Unis qu'auparavant


Le 28 mai, le département d'État a annoncé une campagne visant à révoquer « de manière agressive » les visas des étudiants chinois aux États-Unis. L'une des cibles sera les étudiants chinois dans les « domaines critiques », c'est-à-dire les programmes scientifiques et d'ingénierie considérés comme présentant un intérêt stratégique pour la Chine. Une autre cible sera constituée par ceux qui ont des « liens » non précisés avec le Parti communiste. On ne sait pas exactement quelle sera l'ampleur de cette mesure et combien d'étudiants seront contraints de partir. Mais pour les jeunes Chinois qui réfléchissent à leur destination d'études, les États-Unis semblent désormais être une option risquée.

Elle avait déjà perdu de son attrait bien avant les dernières mesures en matière de visas. Le nombre d'étudiants chinois a atteint un pic au cours de l'année universitaire 2019-2020, avec environ 372 000 étudiants. Il a ensuite fortement chuté, en grande partie grâce aux mesures strictes prises par la Chine pour lutter contre la Covid-19, et ne s'est jamais redressé. Au cours de l'année universitaire 2023-2024, environ 277 000 Chinois étudiaient aux États-Unis. De plus en plus, les parents chinois de la classe moyenne considèrent que c'est une perspective trop coûteuse et trop risquée pour leurs enfants. Ils peuvent trouver une grande partie de ce que les universités américaines offrent dans d'autres pays ou chez eux.

Depuis l'ouverture de la Chine à la fin des années 1970, quelque 3 millions de jeunes Chinois sont partis étudier aux États-Unis. Beaucoup s'y sont installés. D'autres sont revenus, généralement pour occuper un poste prestigieux. On les appelle les haigui (tortues de mer), un homophone en mandarin de « revenir de l'autre côté de la mer ». Les universités de l'Ivy League sont devenues en quelque sorte des écoles de perfectionnement pour les enfants des familles aisées de Pékin et de Shanghai. La fille du président Xi Jinping a fait ses études à Harvard. Des responsables politiques en milieu de carrière se sont également rendus aux États-Unis pour s'initier à la gouvernance occidentale moderne.

Mais pour de nombreux Chinois, le retour sur investissement apparent d'une éducation américaine est en baisse. Elle a toujours été coûteuse, et aujourd'hui, les familles de la classe moyenne sont moins disposées à dépenser dans un contexte de ralentissement économique [5 % de croissance en 2024, 4,5 % de prévu pour 2025 selon le FMI] et de crise du marché immobilier [Les prix immobiliers ont chuté, avec une baisse moyenne de 5 % en janvier 2025 par rapport à décembre 2024]. Elles peuvent choisir des universités moins chères en Grande-Bretagne, par exemple, qui ont accueilli près de 150 000 étudiants chinois au cours de l'année universitaire 2023-2024. Dernièrement, ils sont de plus en plus nombreux à se rendre à Hong Kong, à Singapour et ailleurs en Asie. Les cours y sont souvent dispensés en anglais et ces pays sont considérés comme des lieux d'études plus accueillants. Le nombre d'étudiants chinois au Japon est passé de moins de 100 000 en 2019 à 115 000 en 2023.

Un diplôme étranger est également moins utile qu'auparavant sur le marché du travail chinois, qui est morose. De nombreux cabinets de conseil et cabinets d'avocats étrangers qui embauchaient autrefois des haigui ont réduit leurs activités en Chine, explique un tuteur qui aide les étudiants chinois à postuler dans des universités américaines.

Comme beaucoup de jeunes Chinois aujourd'hui, M. Lei, étudiant en économie, rêve de trouver un emploi stable dans son pays après l'obtention de son diplôme, au sein du gouvernement chinois ou d'une entreprise publique. Selon lui, ces employeurs se méfient souvent des diplômés ayant suivi une formation à l'étranger. En avril, Dong Mingzhu, présidente de Gree Electric, un grand fabricant d'appareils électroménagers, a déclaré que son entreprise n'embauchait pas de haigui, de crainte qu'ils aient été recrutés comme espions par des étrangers.

Portail de l'entrée ouest de l'Université de Pékin

Parallèlement, les meilleures universités chinoises sont de plus en plus compétitives et attractives, en particulier dans des domaines tels que les sciences et l'ingénierie. « La Chine peut rattraper et même dépasser les États-Unis », estime un doctorant en biologie de l'université d'élite Tsinghua à Pékin (classée 20e au monde selon le classement QS World University Rankings ; l'université de Pékin, située juste à côté, est classée 14e). « Il lui faut juste un peu plus de temps. » Il suffit de regarder ses propres professeurs, dit-il. Les plus âgés ont tous des diplômes d'universités américaines. Les plus jeunes ont généralement fait leurs études en Chine.

Des tortues de mer à perte de vue

Tous ces facteurs vont probablement entraîner une baisse du nombre total d'étudiants chinois à l'étranger, estime Julian Fisher, de Venture Education, un cabinet de conseil. Cela s'explique en partie par le faible taux de natalité en Chine, qui a réduit la taille des futures générations d'étudiants. Mais cela s'explique également par le fait que les parents de jeunes enfants décident de plus en plus de les orienter vers un parcours scolaire national plutôt que de les inscrire dans des écoles internationales qui pourraient les mener vers une université étrangère, explique M. Fisher. Cela a créé une « bombe à retardement » dans le système éducatif international, dit-il. Cela va ébranler les établissements qui sont devenus dépendants de l'argent des étudiants chinois.

De nombreux étudiants dans leur pays ne semblent pas trop consternés par les nouvelles politiques américaines en matière de visas. M. Li, étudiant en maîtrise qui mène des recherches sur la propulsion des satellites à l'université Beihang de Pékin, dit comprendre pourquoi les États-Unis ne veulent pas laisser les citoyens chinois accéder à leurs programmes de haute technologie (les diplômés de Beihang sont interdits d'études aux États-Unis depuis 2020 en raison des liens étroits de l'université avec les forces armées chinoises). Mais il voit une lueur d'espoir. « Les personnes qui peuvent partir étudier à l'étranger ont tendance à être très impressionnantes. Donc, si elles restent ici, cela aidera la recherche et le développement dans notre pays », dit-il. « Nous ne pouvons pas changer la façon dont les États-Unis agissent », déclare M. Zhang, un autre chercheur en doctorat. « Tant que nous nous développons bien, tout peut constituer une occasion à saisir. » 

Source : The Economist