En France, 18 % des enfants et adolescents sont en surpoids et 4 % sont obèses. Un taux préoccupant, qui grimpe en flèche. Le Pr Raphaël Vialle, chef du service de chirurgie orthopédique et réparatrice de l’enfant à l’hôpital Trousseau (AP-HP), professeur à Sorbonne Université, tire la sonnette d’alarme à deux semaines de la rentrée scolaire dans les colonnes du Figaro Magazine.
— Professeur, vous constatez une « épidémie » de surpoids inédite en France, notamment chez les jeunes. Quels en sont les facteurs principaux ?
— Elle est provoquée par le changement de nos habitudes et de nos modes de vie : moins de déplacements à pied, diminution du temps consacré aux activités physiques et plus généralement manuelles, alimentation plus riche et plus sucrée, addictions multiples, aux écrans bien sûr, mais aussi au sucre, et même à la cigarette électronique, qui a elle aussi un « goût » sucré pour favoriser son adoption par les plus jeunes ! Ces mauvaises habitudes sont largement partagées par les parents. Avez-vous trouvé un antidote à la sédentarité des jeunes ?
— Comment les convaincre de se mettre au sport et de bouger ?
— Je préconise d’abord une alimentation saine, moins sucrée et moins grasse. Pas de « collations » : trois repas par jour suffisent largement dès les classes primaires. Le goûter est à bannir. Ensuite, je recommande une activité physique régulière et variée… mais une vraie : pas la marche qui est souvent considérée comme un sport par les parents. Changer les mauvaises habitudes est un travail de longue haleine qui doit mobiliser la communauté médicale, les parents, la communauté éducative au sens large et les pouvoirs publics.
— L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande sept heures minimum d’activité physique hebdomadaire, ainsi qu’une activité à haute intensité trois fois par semaine. Les programmes scolaires n’en préconisent que deux. N’y a-t-il pas là un paradoxe, tandis que le gouvernement a publié une feuille de route 2026-2030 pour la prise en charge de l’obésité ?
— Absolument. imaginez-vous que l’Académie américaine des chirurgiens orthopédistes (AAOs) recommande une heure d’activité physique hebdomadaire par année d’âge : à 8 ans, 8 heures, jusqu’à 16 ans, 16 heures. C’est plus que l’OMs et cela n’entraîne aucune pathologie liée à la « suractivité sportive » ! il faudrait aménager les emplois du temps scolaires. J’encourage les parents à tenir un discours proactif : le sport, c’est valorisant, on travaille ses muscles, on adopte le sens des règles, le sens du collectif, le respect de son corps et des autres…
— Est-il vrai qu’un enfant qui ne bouge pas ne fabrique pas les muscles dont il aura besoin toute sa vie ?
— Oui. L’enfant, puis l’adolescent, construit son squelette durant la croissance. il doit, en même temps, construire sa masse musculaire adaptée au squelette en croissance. C’est un phénomène synchrone quoique légèrement décalé de quelques mois puisque les muscles arrivent en fin d’adolescence. s’il laisse passer cette période, l’adolescent mettra ensuite plus de temps et aura beaucoup plus d’efforts à faire, une fois jeune adulte, pour développer une musculature adaptée.
— Ces muscles non travaillés sont-ils irrécupérables à l’âge adulte ?
— Non, mais ils se « rattrapent » lentement et difficilement. bien sûr, on peut se mettre au sport à tout âge, mais c’est dur quand la pratique arrive tard ! Le sport est indispensable chez les grands adolescents et les jeunes adultes pour stabiliser leur masse musculaire. J’incite les familles à avoir un discours optimiste et encourageant à ce sujet pour toutes les tranches d’âge. Les parents doivent être moteurs.
— En quelles proportions les performances physiques des jeunes ont-elles diminué ?
— Selon la Fédération française de cardiologie, un collégien parcourait 600 mètres en trois minutes en 1971, contre quatre minutes en 2013, soit une diminution estimée à près de 25 % de ses capacités physiques et cardiorespiratoires. La tendance s’est aggravée avec la crise du Covid-19 : une étude portant sur 1 231 adolescents français a montré, après le premier confinement, une baisse du score global de condition physique de 9,8 % chez les garçons et de 16,2 % chez les filles, avec une diminution atteignant 30 % pour la vitesse de déplacement.
— Y aurait-il, selon vous, un facteur psychologique favorisant le surpoids ? Pourriez-vous le décrire en vous fondant sur vos observations de praticien ?
— Les enfants en surpoids ont d’intenses difficultés psychologiques, ce qui les enferme encore plus dans leurs addictions et leur sédentarité. ils sont en grande souffrance, souvent silencieuse, et gênés vis-à-vis des autres enfants. À mon sens, le retentissement psychologique est surtout secondaire au surpoids et ne le précède habituellement pas.
— Pour quels problèmes orthopédiques les enfants en surpoids vous consultent-ils ?
— Ils éprouvent souvent des douleurs articulaires, s’essoufflent lors de l’activité physique et donc demandent des dispenses, ce qu’il ne faut, bien sûr, jamais accepter, car cela est totalement contre-productif et illogique ! ils ont parfois des ostéochondrites du genou, c’est-à-dire un trouble de croissance du cartilage de l’articulation. C’est ennuyeux mais généralement réversible. Le principal problème est l’épiphysiolyse de la hanche, qui est dans la très grande majorité des cas liée au surpoids chez l’enfant de 8 à 10 ans ou le préadolescent jusqu’à 12-14 ans. C’est un glissement et une déformation de la tête du fémur au niveau de l’articulation de la hanche. Elle provoque une douleur de la hanche, de l’aine ou du genou, ainsi qu’une boiterie. Un traitement chirurgical s’impose alors.
— Les médicaments anti-obésité – le Mounjaro du laboratoire américain Eli Lilly, et son concurrent Wegovy du danois Novo Nordisk, désormais pris en charge à 65 % par l’Assurance-maladie – constituent-ils une solution ?
— Je ne suis pas médecin spécialisé en nutrition, mais j’observe une réelle efficacité de ces traitements chez de jeunes adultes qui étaient en grande difficulté face à leur surpoids. ils permettent d’amorcer une perte de poids réelle, ce qui a des effets très positifs sur le plan psychologique et sur la motivation des patients. Mais attention : rien n’est acquis ! La perte de poids concerne les tissus adipeux, c’est-à-dire graisseux, mais aussi musculaires. il faut donc associer au traitement médical une alimentation adaptée, et surtout une activité physique. Le plus dur semble ensuite de stabiliser le poids de ces patients. Chez l’enfant et l’adolescent, il n’y a actuellement pas de recommandation concernant l’utilisation de ces nouveaux médicaments mais je pense qu’ils pourraient avoir un effet identique dans leur cas.
— S’achemine-t-on vers le modèle des États-Unis, où 72,4 % des adultes sont en surpoids et 42 % sont obèses, selon l’OMS ?
— Je ne l’espère pas, mais les mêmes causes ayant les mêmes effets, je ne crois pas à une prédisposition « géographique ». il nous faut donc réagir !
— Professeur, vous constatez une « épidémie » de surpoids inédite en France, notamment chez les jeunes. Quels en sont les facteurs principaux ?
— Elle est provoquée par le changement de nos habitudes et de nos modes de vie : moins de déplacements à pied, diminution du temps consacré aux activités physiques et plus généralement manuelles, alimentation plus riche et plus sucrée, addictions multiples, aux écrans bien sûr, mais aussi au sucre, et même à la cigarette électronique, qui a elle aussi un « goût » sucré pour favoriser son adoption par les plus jeunes ! Ces mauvaises habitudes sont largement partagées par les parents. Avez-vous trouvé un antidote à la sédentarité des jeunes ?
— Comment les convaincre de se mettre au sport et de bouger ?
— Je préconise d’abord une alimentation saine, moins sucrée et moins grasse. Pas de « collations » : trois repas par jour suffisent largement dès les classes primaires. Le goûter est à bannir. Ensuite, je recommande une activité physique régulière et variée… mais une vraie : pas la marche qui est souvent considérée comme un sport par les parents. Changer les mauvaises habitudes est un travail de longue haleine qui doit mobiliser la communauté médicale, les parents, la communauté éducative au sens large et les pouvoirs publics.
— L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande sept heures minimum d’activité physique hebdomadaire, ainsi qu’une activité à haute intensité trois fois par semaine. Les programmes scolaires n’en préconisent que deux. N’y a-t-il pas là un paradoxe, tandis que le gouvernement a publié une feuille de route 2026-2030 pour la prise en charge de l’obésité ?
— Absolument. imaginez-vous que l’Académie américaine des chirurgiens orthopédistes (AAOs) recommande une heure d’activité physique hebdomadaire par année d’âge : à 8 ans, 8 heures, jusqu’à 16 ans, 16 heures. C’est plus que l’OMs et cela n’entraîne aucune pathologie liée à la « suractivité sportive » ! il faudrait aménager les emplois du temps scolaires. J’encourage les parents à tenir un discours proactif : le sport, c’est valorisant, on travaille ses muscles, on adopte le sens des règles, le sens du collectif, le respect de son corps et des autres…
— Est-il vrai qu’un enfant qui ne bouge pas ne fabrique pas les muscles dont il aura besoin toute sa vie ?
— Oui. L’enfant, puis l’adolescent, construit son squelette durant la croissance. il doit, en même temps, construire sa masse musculaire adaptée au squelette en croissance. C’est un phénomène synchrone quoique légèrement décalé de quelques mois puisque les muscles arrivent en fin d’adolescence. s’il laisse passer cette période, l’adolescent mettra ensuite plus de temps et aura beaucoup plus d’efforts à faire, une fois jeune adulte, pour développer une musculature adaptée.
— Ces muscles non travaillés sont-ils irrécupérables à l’âge adulte ?
— Non, mais ils se « rattrapent » lentement et difficilement. bien sûr, on peut se mettre au sport à tout âge, mais c’est dur quand la pratique arrive tard ! Le sport est indispensable chez les grands adolescents et les jeunes adultes pour stabiliser leur masse musculaire. J’incite les familles à avoir un discours optimiste et encourageant à ce sujet pour toutes les tranches d’âge. Les parents doivent être moteurs.
— En quelles proportions les performances physiques des jeunes ont-elles diminué ?
— Selon la Fédération française de cardiologie, un collégien parcourait 600 mètres en trois minutes en 1971, contre quatre minutes en 2013, soit une diminution estimée à près de 25 % de ses capacités physiques et cardiorespiratoires. La tendance s’est aggravée avec la crise du Covid-19 : une étude portant sur 1 231 adolescents français a montré, après le premier confinement, une baisse du score global de condition physique de 9,8 % chez les garçons et de 16,2 % chez les filles, avec une diminution atteignant 30 % pour la vitesse de déplacement.
— Y aurait-il, selon vous, un facteur psychologique favorisant le surpoids ? Pourriez-vous le décrire en vous fondant sur vos observations de praticien ?
— Les enfants en surpoids ont d’intenses difficultés psychologiques, ce qui les enferme encore plus dans leurs addictions et leur sédentarité. ils sont en grande souffrance, souvent silencieuse, et gênés vis-à-vis des autres enfants. À mon sens, le retentissement psychologique est surtout secondaire au surpoids et ne le précède habituellement pas.
— Pour quels problèmes orthopédiques les enfants en surpoids vous consultent-ils ?
— Ils éprouvent souvent des douleurs articulaires, s’essoufflent lors de l’activité physique et donc demandent des dispenses, ce qu’il ne faut, bien sûr, jamais accepter, car cela est totalement contre-productif et illogique ! ils ont parfois des ostéochondrites du genou, c’est-à-dire un trouble de croissance du cartilage de l’articulation. C’est ennuyeux mais généralement réversible. Le principal problème est l’épiphysiolyse de la hanche, qui est dans la très grande majorité des cas liée au surpoids chez l’enfant de 8 à 10 ans ou le préadolescent jusqu’à 12-14 ans. C’est un glissement et une déformation de la tête du fémur au niveau de l’articulation de la hanche. Elle provoque une douleur de la hanche, de l’aine ou du genou, ainsi qu’une boiterie. Un traitement chirurgical s’impose alors.
— Les médicaments anti-obésité – le Mounjaro du laboratoire américain Eli Lilly, et son concurrent Wegovy du danois Novo Nordisk, désormais pris en charge à 65 % par l’Assurance-maladie – constituent-ils une solution ?
— Je ne suis pas médecin spécialisé en nutrition, mais j’observe une réelle efficacité de ces traitements chez de jeunes adultes qui étaient en grande difficulté face à leur surpoids. ils permettent d’amorcer une perte de poids réelle, ce qui a des effets très positifs sur le plan psychologique et sur la motivation des patients. Mais attention : rien n’est acquis ! La perte de poids concerne les tissus adipeux, c’est-à-dire graisseux, mais aussi musculaires. il faut donc associer au traitement médical une alimentation adaptée, et surtout une activité physique. Le plus dur semble ensuite de stabiliser le poids de ces patients. Chez l’enfant et l’adolescent, il n’y a actuellement pas de recommandation concernant l’utilisation de ces nouveaux médicaments mais je pense qu’ils pourraient avoir un effet identique dans leur cas.
— S’achemine-t-on vers le modèle des États-Unis, où 72,4 % des adultes sont en surpoids et 42 % sont obèses, selon l’OMS ?
— Je ne l’espère pas, mais les mêmes causes ayant les mêmes effets, je ne crois pas à une prédisposition « géographique ». il nous faut donc réagir !
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