Loyola, L’Eau-Vive, les écoles chrétiennes dans le collimateur de l'État québécois
On se souviendra que le collège privé catholique Loyola de Montréal avait contesté dès 2008 l’imposition gouvernementale d’une posture « neutre » dans les classes d’Éthique et culture religieuse, rendues obligatoires par le gouvernement québécois. Le collège soutenait qu’on ne pouvait exiger d’une institution catholique qu’elle enseigne le catholicisme en adoptant précisément le point de vue extérieur et neutre que le programme imposait. En 2015, la Cour suprême du Canada lui donna raison sur ce point : elle jugea déraisonnable le refus du gouvernement de tenir compte de la liberté religieuse de l’établissement, tout en confirmant la validité générale du programme Éthique et culture religieuse. Lequel programme a été aboli en 2020 et remplacé en 2024 par un nouveau programme de Culture et citoyenneté québécoise.Seize ans plus tard, Loyola se retrouve de nouveau confrontée à l’État québécois. Cette fois, le gouvernement ne lui demande plus seulement de modifier la manière dont elle enseigne la religion : la Loi 9, adoptée et sanctionnée le 2 avril 2026, conditionne désormais le maintien de certaines subventions publiques des écoles privées à des exigences renforcées de laïcité. Pour les établissements confessionnels comme Loyola, les conséquences seront importantes à compter du 2 avril 2029 : l’enseignement religieux obligatoire ne pourra plus avoir pour objectif de transmettre les croyances catholiques et les messes, prières et retraites devront être facultatives et se dérouler à l’extérieur des heures consacrées aux services éducatifs.
Loyola vient donc d’annoncer qu’elle fera le choix de son identité plutôt que celui de la subvention. Fondée en 1896, l’école entend renoncer au financement provincial et devenir entièrement indépendante. Elle estime que la disparition de la subvention représente environ 7 500 $ par élève et par an et que ses frais de scolarité pourraient passer d’environ 12 530 $ à 20 000 ou 21 000 $. Elle promet, en contrepartie, de développer considérablement son aide financière afin que l’indépendance de l’école ne la transforme pas en établissement réservé aux familles aisées.
Loyola insiste sur un point essentiel : elle n'est pas une institution en déclin. Les demandes d’admission sont à un niveau historique, la vie scolaire est florissante et ses finances sont solides. Elle fait donc un choix délibéré : elle préfère perdre l’argent public plutôt que de laisser l’État déterminer jusqu’où elle peut être catholique et jésuite. Le célèbre établissement dit prendre cette décision « en position de force, et non de faiblesse »
Mais Loyola n’est pas la seule école chrétienne placée dans cette situation.
À Québec, l’École L’Eau-Vive, une école privée protestante évangélique fondée en 2001 et qui accueille aujourd’hui plus de 580 élèves, a elle aussi été directement menacée par la réforme. Lors des consultations parlementaires, sa direction expliquait que la contribution de l’État représente environ 47 % des frais de scolarité et que la perte de cette subvention ferait passer la facture actuelle d’environ 3 800 $ à près du triple. Selon ses estimations, moins de 10 % des familles pourraient alors se le permettre.
Le cas de L’Eau-Vive est particulièrement révélateur. L’école affirme respecter le régime pédagogique québécois, ne pas sélectionner ses élèves ou ses enseignants selon leur religion et ne consacrer qu’une petite partie de son horaire — moins de 3 % selon sa direction — à un enseignement chrétien facultatif. Elle affirme en outre qu’aucune dérive ni aucune plainte n’ont été signalées contre elle. Son problème n’est donc pas d’avoir été prise en flagrant délit d’une pratique coercitive ou d’une violation du programme scolaire : c’est précisément son caractère chrétien revendiqué qui la met en difficulté.
Le contraste avec le contexte politique qui a vu la naissance de la Loi 9 est frappant.
La loi n'est pas nullement née de problèmes posés par les écoles privées Loyola ou L’Eau-Vive. Elle naît de scandales apparus dans le réseau public.

