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dimanche 28 décembre 2025

Les emplois à l'épreuve de l'IA

Devriez-vous abandonner vos études universitaires et apprendre à utiliser une clé à molette pour protéger votre emploi contre l’IA ? 

Jacob Palmer ne savait pas grand-chose des métiers manuels qualifiés lorsqu’il était enfant, si ce n’est qu’ils étaient « sales, pénibles » et « semblaient vraiment peu gratifiants ». Mais il n’a fallu qu’un an d’enseignement à distance pendant la pandémie de Covid pour que M. Palmer, qui a grandi en Caroline du Nord, se rende compte que l’université n’était pas faite pour lui. Il a abandonné ses études après sa première année, a passé les deux années suivantes à suivre une formation d’apprenti électricien et a créé sa propre entreprise en 2024. À seulement 23 ans, il possède désormais un entrepôt, une camionnette et une chaîne YouTube avec plus de 33 000 abonnés qui le regardent réparer des appareils allant des détecteurs de fumée aux chargeurs Tesla. Il prévoit de réaliser un chiffre d’affaires de 155 000 dollars cette année, dont 10 % proviendront de YouTube. M. Palmer énumère les avantages du métier d’électricien : « Vous êtes plutôt bien payé pour le faire. On est payé pour apprendre à le faire. » Et cela crée une « sécurité de l’emploi massive » à une époque où de nombreux jeunes diplômés universitaires s’inquiètent de voir l’intelligence artificielle (IA) remplacer les cols blancs débutants. M. Palmer ne s’en fait pas pour cela : « Je vais câbler ces centres de données, pas vrai ? »

M. Palmer n’est pas le seul membre de la génération Z (les personnes nées entre 1997 et 2012) à remettre en question l’intérêt des études universitaires. Selon un récent sondage réalisé par l’institut Gallup, seul un tiers environ des adultes américains considèrent aujourd’hui que les études universitaires sont « très importantes », contre trois quarts en 2010. Environ un quart des Américains déclarent avoir « très peu » ou pas confiance dans l’enseignement supérieur. En creusant un peu plus, on constate que bon nombre de ceux qui ont peu confiance affirment que les universités n’enseignent pas de compétences pertinentes et qu’elles sont trop chères. En effet, les frais de scolarité moyens pour un diplôme de quatre ans dans les universités publiques américaines ont plus que doublé au cours des 30 dernières années, après ajustement pour tenir compte de l’inflation.

Si l’IA crée de nouveaux types d’emplois, tels que ceux d’ingénieurs logiciels chargés de la déployer dans les entreprises, elle rend également plus difficile l’accès à un premier emploi pour certains diplômés. Des études récentes menées par Stanford, Harvard et le King’s College de Londres ont montré que les entreprises qui adoptent l’IA générative aux États-Unis et au Royaume-Uni ont tendance à embaucher moins de cols blancs débutants. En novembre, 6,8 % des 20-24 ans titulaires d’une licence aux États-Unis étaient au chômage, contre 8,6 % de ceux qui n’avaient qu’un diplôme d’études secondaires (voir graphique). Parmi les diplômés universitaires qui ont trouvé un emploi, plus de la moitié sont sous-employés (occupant des emplois qui ne nécessitent pas de diplôme universitaire de quatre ans) un an après l’obtention de leur diplôme, et 73 % de ceux qui commencent par être sous-employés le restent dix ans plus tard.

Dans le même temps, l’intérêt pour les métiers manuels qualifiés est en hausse. Une récente publicité dans le métro londonien montre une requête tapée : « Eh ! IA, plie ce tuyau en cuivre » et la réponse d’un modèle linguistique à grande échelle (LLM) : « Désolé, je ne peux pas faire ça. » La publicité invite ensuite les passants à « apprendre un métier et à assurer leur avenir professionnel ». Sur les réseaux sociaux tels qu’Instagram et TikTok, de jeunes plombiers et électriciens publient des vidéos de leur travail quotidien qui recueillent des dizaines de milliers de vues et des commentaires admiratifs.

Une enquête publiée en juin par l’American Staffing Association a révélé qu’un tiers des adultes conseilleraient aux jeunes diplômés du secondaire de suivre une formation professionnelle ou technique, une proportion légèrement supérieure à celle qui les encouragerait à faire des études universitaires. Certains suivent ce conseil : les inscriptions à des programmes professionnels et techniques de deux ans dans les collèges communautaires américains ont augmenté de près de 20 % depuis 2020. Selon le ministère américain du Travail, le nombre d’apprentis actifs aux États-Unis a plus que doublé entre 2014 et 2024.

Un avenir prometteur

Les diplômés universitaires âgés de plus de 25 ans bénéficient toujours d’un taux de chômage plus faible et d’un salaire annuel médian presque deux fois supérieur à celui des diplômés du secondaire. Mais si l’on examine de plus près les différents diplômes, les résultats sont plus variés. Selon une étude de l’université de Georgetown (voir graphique ci-dessous), les titulaires d’une licence en sciences, technologie, ingénierie ou mathématiques (STIM) gagnaient un salaire annuel médian de 98 000 dollars en 2024. Les diplômés en arts et sciences humaines avaient un revenu médian de 69 000 dollars. En revanche, le salaire annuel médian d’un technicien d’ascenseur aux États-Unis est de 106 580 dollars.

Les écarts au sein des métiers sont également importants. Le salaire annuel médian des électriciens aux États-Unis est de 62 000 dollars, mais les 10 % les mieux rémunérés gagnent plus de 100 000 dollars chacun. Il en va de même pour les meilleurs plombiers, chauffagistes, mécaniciens aéronautiques et installateurs de lignes électriques. Aucun de ces emplois ne nécessite de licence, mais ils exigent une formation spécialisée.

Les cols bleus sont également très recherchés dans des secteurs tels que la fabrication de pointe et la défense. Selon une étude réalisée par la Semiconductor Industry Association et Oxford Economics, près de 60 % des nouveaux emplois dans la fabrication et la conception de puces électroniques qui seront créés aux États-Unis entre 2023 et 2030 devraient rester vacants en raison d’un manque de main-d’œuvre qualifiée. Parmi ces emplois vacants, 40 % sont des postes de techniciens ne nécessitant qu’un diplôme de deux ans. Jensen Huang, PDG du fabricant de puces Nvidia, a déclaré que les centres de données pour l’IA auront besoin de centaines de milliers d’électriciens, de plombiers et de charpentiers.

Au Royaume-Uni, les rapports sectoriels estiment qu’il manque 35 000 soudeurs qualifiés, nécessaires notamment pour construire des parcs éoliens en mer, des centrales nucléaires et des sous-marins. Beaucoup de ceux qui possèdent ces compétences vieillissent : la moitié de la main-d’œuvre britannique spécialisée dans le soudage devrait prendre sa retraite d’ici 2027.

Une solution à la pénurie de compétences consiste à encourager davantage de jeunes à acquérir des compétences techniques. Mais les métiers manuels restent stigmatisés. De nombreux parents les considèrent comme « sales, pénibles et dangereux » et « sans avenir », explique Sujai Shivakumar, du Centre for Strategic and International Studies, un groupe de réflexion basé à Washington. Le manque de coordination entre les écoles, l’industrie et le gouvernement est également un problème, selon M. Shivakumar. Les collèges communautaires proposent souvent des cours qui augmentent le nombre d’inscriptions, mais pas ceux dont les industries ont besoin, explique-t-il, ce qui laisse aux diplômés professionnels peu de choix d’emploi, même s’il y a une pénurie de compétences.

L’exemple suisse

Une meilleure solution serait de s’inspirer de pays comme la Suisse, où environ deux tiers des jeunes suivent une formation technique après 11 ans de scolarité obligatoire. Ce système fonctionne parce qu’il est « perméable », ce qui signifie que les étudiants peuvent facilement passer d’une filière technique à une filière universitaire, et inversement, explique Ursula Renold, experte en formation professionnelle à l’ETH Zurich, une université suisse. De nombreux autres pays encouragent l’apprentissage, qui permet aux stagiaires d’obtenir une certification pour travailler dans un certain secteur, mais ne leur permet pas d’utiliser cette certification dans le système éducatif général. « Ils sont cloisonnés », explique Mme Renold, ce qui est « très dangereux ». Selon elle, un système idéal devrait éviter de séparer les étudiants et les apprentis dans des filières différentes. Il devrait également laisser les entreprises prendre l’initiative d’élaborer les programmes d’études et de former les étudiants sur le lieu de travail.

La mise en place de systèmes tels que celui de la Suisse peut prendre des décennies. En attendant, la meilleure option pourrait être l’apprentissage diplômant, dans le cadre duquel les étudiants sont rémunérés par un employeur pour poursuivre des études universitaires tout en acquérant une formation sur le terrain. BAE Systems, un fabricant d’armes britannique, dispose d’un programme d’apprentissage qui accueille plus de 5 000 stagiaires par an, dont un tiers sont des apprentis en licence. Laché, un apprenti en génie aérospatial de 20 ans (dont le nom de famille n’est pas divulgué pour des raisons de sécurité), passe quatre jours par semaine à travailler sur les technologies du cockpit du Tempest, un nouvel avion de chasse, et le cinquième jour à suivre des cours. « C’est vraiment, vraiment, vraiment génial », dit-elle. La demande pour ce type d’apprentissage est forte : BAE a reçu plus de 31 000 candidatures pour 1 100 places lors de son dernier cycle, selon Richard Hamer, directeur de la formation de l’entreprise. Cela « en vaut vraiment la peine » tant pour les stagiaires que pour l’entreprise, qui avait du mal à trouver des diplômés possédant les compétences requises, dit-il. 

Passer de la cuisson de hamburgers à la fabrication de semi-conducteurs 

Des programmes similaires voient également le jour aux États-Unis. TSMC, un fabricant de puces taïwanais, a récemment lancé un programme d’apprentissage en Arizona, où il prévoit de construire six usines de semi-conducteurs. Nolan Cunningham, un apprenti technicien de processus âgé de 23 ans, travaillait dans une chaîne de restauration rapide avant de rejoindre le programme TSMC en avril. Il avait décidé de renoncer à l’université pour éviter de s’endetter. « Je ne veux pas passer les 25 prochaines années à rembourser mes prêts étudiants », explique-t-il. « Cela vous handicape complètement. »

Mais il suit désormais des cours de nanotechnologie dans un établissement d’enseignement supérieur communautaire, financés par TSMC, et est en passe d’obtenir un diplôme de premier cycle. Son travail à l’usine consiste principalement à analyser des données et à surveiller les systèmes de fabrication à partir d’un ordinateur. Passer de la cuisson de hamburgers à la fabrication de semi-conducteurs a été un « énorme bond en avant », explique M. Cunningham, mais un choix facile.

Source : The Economist

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lundi 1 septembre 2025

États-Unis — La révolution de l'IA va-t-elle d'abord pénaliser les États démocrates ?

Texte de Joel Kotkin, chercheur présidentiel en urbanisme futuriste à l'université Chapman et chercheur principal au Civitas Institute de l'université du Texas à Austin, paru sur Unherd.

« La première marche de la vie professionnelle est en train de disparaître pour de nombreux nouveaux diplômés », affirme un récent rapport du magazine Fortune. En conséquence, les PDG avertissent que les emplois de débutants sont en voie d'extinction, les stages et les débouchés pour les diplômés universitaires se raréfiant.

Bien sûr, tout le monde ne ressentira pas cet impact de la même manière. Au sommet de la pyramide se trouvent les investisseurs, les entrepreneurs et les programmeurs d'élite qui touchent désormais des salaires équivalents à ceux des athlètes professionnels. Mais l'intelligence artificielle, alimentée par d'énormes injections de capitaux provenant de Wall Street, menace de supprimer de nombreux emplois dans le domaine des logiciels, ainsi que des postes professionnels haut de gamme impliquant des analyses routinières.

Les jeunes en sont parfaitement conscients. Dans le cours que je donne avec Marshall Koplansky à l'université Chapman, plusieurs étudiants ont prédit que les emplois qu'ils occupent actuellement disparaîtront bientôt. Parmi eux se trouvaient un concepteur de jeux, deux responsables des ressources humaines et un responsable de la fabrication et de l'entreposage. Mes collègues ingénieurs font état d'une tendance similaire. Si les perspectives restent bonnes pour les ingénieurs en mécanique et en chimie, ainsi que pour ceux qui conçoivent des robots, elles sont beaucoup moins certaines pour les étudiants en informatique.

Malgré les profits colossaux des plus grandes entreprises technologiques, les outils de programmation IA ont permis des licenciements massifs dans des entreprises telles qu'Amazon, Intel, Meta et Microsoft. Malgré les profits en forte hausse des plus grandes entreprises technologiques, les outils de programmation IA ont permis des licenciements massifs dans des entreprises telles qu'Amazon, Intel, Meta et Microsoft. 

Aujourd'hui, parmi les diplômés universitaires âgés de 22 à 27 ans, les diplômés en informatique et en génie informatique connaissent certains des taux de chômage les plus élevés, selon un rapport de la Banque fédérale de réserve de New York.

En réponse, de nombreuses entreprises se concentrent désormais sur la création de produits tangibles plutôt que sur le simple transfert d'algorithmes à des fins commerciales ou la génération de davantage de médias sociaux. Dans les secteurs de l'aérospatiale et de la défense, par exemple, l'IA n'est pas considérée comme une fin en soi, mais comme un outil. Elle est un moyen d'améliorer la créativité et la productivité humaines plutôt que de les remplacer. « Le logiciel n'est pas dans une position idéale avec l'IA », m'a confié Delian Asparouhov, qui dirige une entreprise spécialisée dans la fabrication spatiale. « Aujourd'hui, les gens se tournent vers les techniques lourdes. La conception et la construction de vaisseaux spatiaux ont toujours besoin de main-d'œuvre humaine. »

Cela pourrait poser des problèmes aux universités d'élite, mais représente un avantage majeur pour les écoles qui enseignent les compétences pratiques dont les entreprises ont réellement besoin. Jusqu'à présent, ces débouchés sont largement concentrées dans les États rouges [républicains] et mauves [États indécis] du Midwest et du Sud, les régions les plus axées sur la relocalisation de la fabrication et d'autres industries depuis l'étranger.

Les mentalités évoluent parallèlement à ces changements économiques. Une enquête récente a révélé qu'environ 83 % de la génération Z [nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010] estime qu'apprendre un métier technique spécialisé peut être un meilleur moyen d'assurer sa sécurité économique que d'aller à l'université, y compris 90 % de ceux qui possèdent déjà un diplôme universitaire. En effet, alors que les inscriptions à l'université ont chuté entre 2020 et 2023, celles dans les écoles techniques ont augmenté de 10 %. Ces changements suggèrent que, à mesure que les compétences pratiques gagnent en valeur, les régions qui les proposent sont susceptibles d'attirer à la     fois des talents et des emplois.

La Californie perd déjà des emplois dans le secteur des technologies de pointe au profit de nouveaux acteurs au Texas et dans le sud des États-Unis. Entre 2022 et 2023, le Texas a été en tête du pays en termes de création d'emplois dans le secteur des technologies, tandis que la Californie est restée largement stable. La Floride arrive en deuxième position, la Géorgie, le Tennessee et la Caroline du Nord enregistrant également des gains importants. Pour l'avenir, la CompTIA (Computing Technology Association) prévoit que le Texas, le Mississippi, le Tennessee et la Caroline du Sud connaîtront la croissance la plus rapide dans le secteur des technologies au cours de la prochaine décennie.

Le fossé entre les États bleus [démocrates] et rouges [républicains] pourrait se creuser avec l'IA, compte tenu de sa demande croissante en électricité abordable. Les prix élevés de l'énergie en Californie, les plus élevés du pays, sont l'une des raisons pour lesquelles les entreprises qui construisent des serveurs d'IA, des puces avancées et du matériel quantique, telles que Nvidia, Samsung et Taiwan Semiconductor, sont implantées dans des États riches en énergie comme le Texas. Parallèlement, le nouvel essor énergétique de la Pennsylvanie est largement considéré comme une occasion idéale d'étendre à la fois sa base technologique et industrielle. Par exemple, en 2022, Shell a investi 6 milliards de dollars dans un craqueur d'éthane à Monaca, en Pennsylvanie, afin de convertir le gaz naturel abondant de la région en plastiques.

L'intelligence artificielle remodèle le paysage économique, récompensant les régions qui disposent d'une énergie abordable, de compétences pratiques et d'une volonté de fabriquer des produits tangibles. Alors que les coûts élevés et la croissance stagnante de la Californie poussent les emplois technologiques vers le Texas, le Sud et la Pennsylvanie, les gagnants seront probablement les États qui combinent infrastructures, talents et approche pragmatique de l'industrie. La question ne porte plus seulement sur l'innovation, mais aussi sur les endroits où cette innovation peut prospérer et sur les États qui sont prêts à saisir les opportunités créées par l'IA.

mercredi 15 janvier 2025

Des géants américains de l'internet distancés dans les pays du tiers-monde

Il est inhabituel qu'Amazon, le plus grand magasin en ligne du monde, rattrape son retard dans son propre secteur d'activité. C'est pourtant exactement ce que la société fait en Inde, où elle a commencé le mois dernier à piloter un service de commerce rapide dans la ville de Bangalore, qui permet de livrer une grande variété de marchandises en quelques minutes. Elle a des années de retard sur des vedettes locales telles que Swiggy, Zepto et Zomato, qui proposent déjà ce type de service.

Il y a dix ans, Jeff Bezos, fondateur puis patron d'Amazon, se tenait au sommet d'un camion aux couleurs vives à Bangalore et brandissait un chèque de 2 milliards de dollars, déterminé à dominer le marché indien. La lutte n'a pas été facile. L'entreprise, qui représente un quart des ventes de commerce électronique en Inde, est à la traîne derrière Flipkart, un rival local du commerce électronique qui détient un tiers du marché (et qui appartient désormais à Walmart, le géant américain de la vente au détail). Ailleurs, le bilan d'Amazon est moins bon. En Asie du Sud-Est, il a été battu par des entreprises locales telles que Shopee, Tokopedia et Lazada. En Amérique latine, MercadoLibre, une entreprise argentine, est le leader incontesté du commerce électronique (voir graphique).


 Les champions américains de l'internet semblaient autrefois destinés à conquérir le monde. La Chine leur étant interdite, nombre d'entre eux se sont tournés vers les marchés en développement. Certains d'entre eux ont triomphé, notamment Google, le géant de la recherche, et Meta, le titan des médias sociaux. Mais beaucoup n'ont pas réussi, en particulier dans des domaines tels que le commerce électronique, le covoiturage et les paiements numériques, où les connaissances locales ou la présence physique sont importantes. Uber, qui avait promis de rendre « le transport aussi fiable que l'eau courante, partout, pour tout le monde », s'est retiré de l'Asie du Sud-Est en 2018 après y avoir englouti plus de 700 millions de dollars. PayPal, une société de paiement, a eu du mal à s'implanter dans une grande partie du monde en développement, même si les paiements numériques y ont connu un essor fulgurant.

Les concurrents locaux dans les pays du Sud ont déjà imité les offres américaines et ont rivalisé en les adaptant intelligemment à leurs marchés nationaux. MercadoLibre et Flipkart ont mis en place des réseaux logistiques dans des endroits où l'infrastructure existante était médiocre. MercadoLibre s'est tourné vers les motos pour les villes encombrées. Flipkart a introduit le « paiement à la livraison » pour contrer la méfiance à l'égard des paiements en ligne. Aujourd'hui, les entreprises internet du Sud passent de l'adaptation à l'invention et donnent des leçons aux entreprises américaines.

Le commerce rapide en est un exemple. La frénésie pandémique de l'Occident pour les livraisons en dix minutes a largement disparu. En Inde, elle ne fait que commencer. Dans ses villes densément peuplées, où les routes sont souvent bloquées, des conducteurs de deux-roues effectuent de petites livraisons à de nombreux clients, en s'appuyant sur des réseaux d'entrepôts compacts. Les produits proposés vont bien au-delà de l'épicerie et comprennent tout, des vêtements aux pièces d'or en passant par l'électronique. Le courtier Bernstein estime que les ventes du commerce rapide en Inde atteindront 7,2 milliards de dollars en 2024, contre seulement 200 millions de dollars en 2021, et qu'elles doubleront presque cette année.

La banque numérique est un autre exemple. Alors que les banques séculaires continuent de dominer en Occident, les banques numériques ont fait de grandes percées dans le Sud. Nubank, un prêteur numérique brésilien, compte plus de 100 millions de clients sur son marché domestique, soit plus de la moitié de la population adulte, et se développe rapidement dans toute l'Amérique latine. Son approche a consisté à se concentrer sur les segments de la population qui ont été mal desservis par les banques traditionnelles, dont la dépendance à l'égard des succursales physiques rend coûteux le service aux clients les plus pauvres. Après avoir commencé par les cartes de crédit, elle propose aujourd'hui des comptes bancaires, des assurances et des investissements. La stratégie consistant à cibler les clients mal desservis a également bien fonctionné pour Meesho, une plateforme de vente en ligne qui s'est concentrée sur les petites villes de l'Inde et qui est aujourd'hui la troisième entreprise de commerce électronique du pays en termes de chiffre d'affaires.

Un dernier exemple est le commerce social, qui associe le commerce et le divertissement. Il a pris son essor en Asie du Sud-Est, où la plupart des achats en ligne sont effectués sur des téléphones intelligents (65 % des ventes de commerce électronique en Indonésie sont réalisées sur des appareils mobiles, contre 39 % en Amérique). Jianggan Li, de Momentum Works, un cabinet d'études singapourien, note que les sites de commerce électronique traditionnels dépensent beaucoup d'argent pour attirer les utilisateurs. La vente sociale permet de maintenir les coûts à un niveau bas, car les utilisateurs viennent pour se divertir et restent pour faire des achats.

En 2021, TikTok, une application de vidéos courtes appartenant à ByteDance, un géant chinois de la technologie, a lancé TikTok Shop, qui permet aux utilisateurs d'acheter des produits tout en faisant défiler les pages. En 2023, l'application a vendu pour 20 milliards de dollars de produits, dont les trois quarts en Asie du Sud-Est. Le modèle a connu un tel succès en Indonésie que le gouvernement a interdit les ventes de commerce électronique sur les plateformes de médias sociaux afin de protéger les petits commerçants. En réaction, TikTok a racheté Tokopedia et propose désormais un service similaire par son intermédiaire. En septembre, Shopee a annoncé un partenariat avec YouTube, un site vidéo américain, pour développer une offre concurrente.

Toutes ces innovations ne pourront pas être adoptées en Occident. Le coût de la main-d'œuvre et la faible densité de population rendent le commerce rapide difficile en Amérique et en Europe. Il peut être difficile de trouver des populations mal desservies dans les pays riches. Le commerce social, quant à lui, gagne du terrain. L'Amérique est désormais le plus grand marché pour TikTok Shop, dépassant l'Indonésie l'année dernière. Bien que la Cour suprême américaine doive décider de maintenir ou non l'interdiction de l'application dans le pays à partir du 19 janvier, TikTok continue de se développer ailleurs en Occident.

Les idées locales mettent souvent du temps à « remonter » jusqu'au siège de la Silicon Valley, note Kevin Aluwi, cofondateur de Gojek, une application indonésienne de covoiturage, qui est aujourd'hui investisseur en capital-risque. Ces retards pourraient coûter cher aux champions américains.

Source : The Economist

mercredi 4 décembre 2024

Keir Starmer : la droite a délibérément fait exploser l’immigration plutôt que de former des Britanniques à certains métiers

Mise à jour du 4 décembre

Eugénie Bastié souligne que le Premier ministre britannique de gauche Keir Starmer accuse la droite britannique d’avoir organisé « des pénuries de compétences partout » pour rendre l'économie « désespérément dépendante de l’immigration ». Selon la journaliste, il met le doigt sur une dimension essentielle de la question migratoire aujourd’hui : l'addiction organisée des économies occidentales à l’importation continue de main d’œuvre sous-payée et sous-qualifiée. Car ce serait bien ce qui se cache derrière ces discours qu’on entend aussi en France (et au Canada ainsi qu'au Québec) sur le fait que nous ne pourrions nous passer d’immigration. Pour Eugénie Bastié, il s'agirait d'une idée profondément antisociale et il est temps que ceux qui se prétendent de gauche s’en rendent compte.


Billet du 2 décembre

Keir Starmer, élu en juillet, a subi la plus forte baisse de popularité de tous les premiers ministres britanniques de l'ère moderne après les élections. Dans un discours récent (voir la vidéo sous-titrée ci-dessous), ce travailliste a accusé la droite d’avoir délibérément fait exploser l’immigration plutôt que de former des Britanniques à certains métiers. Il promet d'être nettement plus strict en matière d'immigration.


mardi 23 avril 2024

Suède — Malgré l'annonce du retour des manuels, encore des écrans à l’école

Le grand retour annoncé du papier-crayon pourrait prendre des années à se mettre branle, s’il se concrétise

En Suède, l’introduction aux appareils numériques est prévue dans le programme de la petite enfance, dans les services de garde du réseau scolaire. Il s’agit d’une orientation que le gouvernement veut modifier, une consultation est en cours présentement.

Alors que la présence des écrans dans les écoles québécoises est de plus en plus remise en question, la Suède est souvent citée en exemple comme étant le pays où le bon vieux livre a pris sa revanche sur la tablette en classe. Or la petite révolution annoncée n’est pas encore réalité et certains se demandent même si elle finira bel et bien par se concrétiser, a constaté Le Journal.

Mai 2023. La nouvelle ministre de l’éducation suédoise, Lotta Edholm, annonce qu’elle veut réduire la place des écrans à l’école et y ramener les manuels scolaires et l’écriture manuscrite.

Des millions de dollars seront investis pour l’achat de livres dans les écoles suédoises, où les écrans sont présents depuis une bonne quinzaine d’années, et ce, parfois dès les classes de la petite enfance dans l’équivalent de nos garderies qui sont intégrées au réseau scolaire suédois.

« Les élèves ont besoin de davantage de manuels scolaires. Les livres papier sont importants pour l’apprentissage des élèves », a déclaré la ministre, qui estime que le réseau scolaire est allé « trop vite » avec l’introduction du numérique à l’école.

En Suède, de récentes études font état de problèmes de mémorisation, de concentration et d’apprentissage de la lecture liés à l’utilisation des tablettes en classe.

La proportion d’élèves suédois de 10 ans ayant de la difficulté à lire est d’ailleurs passée de 12 % à 19 % en cinq ans, ce qui a poussé le gouvernement de centre-droite à aller de l’avant avec ce virage.

La pandémie et la hausse récente de l’immigration dans ce pays pourraient toutefois aussi expliquer cette baisse, selon des experts.

Peu de changements concrets

Or depuis la rentrée, peu de changements ont réellement eu lieu dans les écoles suédoises.

Au cours des derniers jours, Le Journal a contacté une vingtaine d’écoles de Stockholm, sans réussir à en trouver une qui a procédé à des changements concrets cette année.

« Ce virage est très récent, aucune décision ou stratégie n’a encore été prise à ce sujet dans nos écoles », indique de son côté Nadia Bhere, agente des communications responsable des écoles primaires à Malmö, la troisième plus grande ville de Suède.

« Au cours des dernières années, nous avons consacré beaucoup d’efforts pour introduire le numérique en classe, il s’agit donc d’un grand virage annoncé, mais qui n’est pas encore amorcé », ajoute-t-elle.

Pas encore de directives
 
Il faut dire qu’aucune directive formelle n’a encore été adoptée à la suite de cette annonce.

Des démarches sont en cours afin de modifier le programme d’apprentissage en petite enfance, pour les enfants âgés de 5 ans et moins, afin de retirer l’obligation d’utiliser des appareils numériques dans les services de garde.

Une consultation menée par l’agence nationale d’éducation, qui encadre le réseau scolaire, se déroule présentement jusqu’au début juin.

La ministre veut aussi apporter des modifications au programme de l’école primaire, mais rien de concret n’est encore sur la table.

Réseau scolaire décentralisé

Le réseau scolaire suédois est par ailleurs très décentralisé et il sera difficile de mettre en branle des changements malgré de nouvelles directives nationales, ajoute un Québécois qui enseigne dans une école secondaire en Suède depuis des années, mais qui a refusé d’être identifié.

« Les écoles ici ont beaucoup de latitude, elles font à peu près ce qu’elles veulent. Les changements impliquent beaucoup de résistance, plusieurs élèves ont leur ordinateur ou tablette en classe, alors ça va être très difficile de revenir en arrière », affirme-t-il.

Un directeur d’école primaire située près de Stockholm partage son avis. « C’est une annonce qui est avant tout politique. Je ne pense pas que ça va amener beaucoup de changements concrets, les appareils numériques sont déjà dans les écoles », affirme Thomas Österas.

« Mais il est possible d’avoir une approche plus équilibrée, ajoute-t-il. Chez nous, comme dans d’autres écoles, on n’a jamais cessé d’utiliser des livres et des manuels scolaires, même si on a des tablettes. »

Source : Journal de Québec

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mercredi 27 décembre 2023

L’interdiction du cellulaire en classe en vigueur après les Fêtes au Québec

La nouvelle directive de Québec interdisant les cellulaires dans les salles de cours entrera en vigueur au retour des vacances des Fêtes, faisant de la province la deuxième à mettre en œuvre une telle mesure, après l’Ontario.

La directive, qui vise à réduire les distractions en classe, entre en vigueur le 31 décembre.
 
 
Elle s’applique aux écoles primaires et secondaires du secteur public, mais elle laisse aux enseignants la possibilité de laisser les élèves utiliser leur téléphone à des fins pédagogiques spécifiques.

De nombreuses écoles québécoises avaient déjà adopté des règles limitant l’utilisation des téléphones portables en classe avant que le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, n’introduise l’interdiction en août.

Cependant, certains intervenants auprès des enfants estiment qu’il est dans l’intérêt de ces derniers de rendre les restrictions aussi sévères que possible.

Quelques jours avant l’annonce du gouvernement Legault, Étienne Bergeron, enseignant au secondaire à Warwick, au Centre-du-Québec, a lancé une pétition demandant au gouvernement de bannir les téléphones cellulaires partout sur le terrain de l’école.

En entrevue, M. Bergeron dit qu’il serait allé beaucoup plus loin, comparant sa pétition à ce que Québec a finalement décidé de faire.

Il aurait souhaité que tous les appareils personnels soient interdits dans les écoles, « même dans les couloirs, les espaces publics, les bibliothèques, partout ».

Selon lui, si un enseignant souhaite que ses élèves utilisent un cellulaire à des fins pédagogiques, il faut que ce soit bien défini.

M. Bergeron affirme qu’il n’est pas opposé à la technologie. Il dirige le laboratoire créatif de son école et enseigne aux élèves la programmation, la musique et la conception de jeux vidéo.

L’enseignant précise toutefois que ses cours utilisent les outils numériques pour développer l’esprit, et non pour surfer en ligne sans but précis.

« La réalité est que lorsque les jeunes sont sur leur téléphone, ils sont sur TikTok, ils jouent à des jeux, mentionne M. Bergeron. Je suis convaincu qu’il n’est pas dans la mission des écoles québécoises de laisser nos jeunes devant ces appareils qui les rendent littéralement antisociaux. »

Selon le ministère de l’Éducation du Québec, toutes les écoles doivent se doter, d’ici le 31 décembre, d’une politique limitant l’utilisation des téléphones cellulaires en classe. Il appartiendra à chaque centre de services scolaires (CSS) de prévoir des sanctions pour les élèves qui ne respectent pas les règles.

Certains CSS, dont celui de Montréal ainsi que la commission scolaire English Montreal, ont mis en place depuis un certain temps des règles interdisant l’utilisation des téléphones portables en classe en dehors des cours autorisés.

L’exemple de l’Ontario

En Ontario, les syndicats d’enseignants déplorent que l’interdiction imposée par la province en 2019 ne soit pas respectée et que les cellulaires soient régulièrement présents dans les salles de classe.

Au Toronto District School Board – le plus grand conseil scolaire du Canada – la présidente Rachel Chernos Lin a présenté une motion visant à réexaminer la question en janvier et à élaborer une nouvelle politique rigoureuse d’interdiction des téléphones portables.

« J’aimerais qu’il y ait quelque chose qui ait un peu de mordant, a indiqué Mme Chernos Lin. Mais au bout du compte, j’espère que nous créerons une culture autour de l’utilisation des téléphones portables qui sera différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. »

Un professeur à la faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, Joel Westheimer, n’est pas surpris que le conseil scolaire de Toronto veuille rouvrir le débat, car il estime que la règle de l’Ontario est « extrêmement imparfaite parce qu’elle n’a pas été rédigée de manière à ce qu’elle s’applique réellement à l’ensemble de la province ».

« Des résultats très positifs » ailleurs

La question des cellulaires est au premier plan depuis qu’un rapport de l’UNESCO a conclu en juillet qu’ils pouvaient perturber l’apprentissage. M. Drainville a déclaré que ce rapport l’avait incité à agir.

Plusieurs pays sont allés plus loin que le Québec et l’Ontario. En 2018, la France a banni les téléphones dans les cours d’école pour les moins de 15 ans, tandis que la Chine a interdit les téléphones pour les écoliers en 2021.

Le gouvernement britannique a annoncé en octobre qu’il publierait des lignes directrices pour aider les dirigeants d’établissement qui souhaitent interdire les téléphones dans les écoles, ajoutant que sa mesure serait conforme à des interdictions similaires en Italie et au Portugal.

« De nombreuses juridictions à travers le monde ont mis en place des interdictions de téléphones portables et ont constaté des résultats très positifs. Les élèves sont moins distraits, ils se montrent plus engagés, et on a même constaté des progrès scolaires et une diminution de la solitude », fait valoir M. Westheimer.

La présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, Mélanie Laviolette, accueille favorablement ces règles.

« Ce que nous espérons, c’est que nos enfants soient dans la meilleure position possible pour apprendre, donc ne pas avoir TikTok à portée de main est une bonne chose », soutient Mme Laviolette.

La directrice de l’Association des comités de parents anglophones, Katherine Korakakis, a qualifié la décision du gouvernement d’« occasion manquée » qui évite de se pencher sur des questions telles que la dépendance à la technologie, l’éducation aux médias ou les fausses nouvelles et se concentre plutôt sur des mesures punitives.

« Je pense que des cours sur la citoyenneté numérique, l’utilisation de la technologie, la dépendance et ce type de sujets avec les élèves auraient un impact bien plus important que le retrait d’un téléphone », affirme-t-elle.

Source : Presse Canadienne

lundi 23 octobre 2023

Elon Musk contre Wikipédia, jugé trop « wokiste » : Idiopédia/Bitopédia/Wokopédia

Elon Musk a fait de l’encyclopédie en ligne la nouvelle cible de ses gazouillis assassins. La cause ? La partialité de l’encyclopédie en ligne. Le week-end dernier, le propriétaire de X (ex-Twitter) a publié sur sa plateforme plus d’une dizaine de réflexions au sujet de Wikipédia.

Auparavant, Musk avait déjà relativisé l’aphorisme selon lequel « l’histoire est écrite par les vainqueurs ».

Devant Netanyahou, Musk avait déclaré : « Il y a un vieux dicton selon lequel “l’histoire est écrite par les vainqueurs”, sauf si vos ennemis sont encore en vie et ont beaucoup de temps libre pour éditer Wikipédia. Les perdants ont simplement beaucoup de temps libre. » Netanyahou d’opiner du bonnet de ricaner bruyamment.

« Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi la fondation Wikimedia reçoit autant d’argent ? », a notamment interrogé le PDG de X. « Ce n’est certainement pas nécessaire pour faire fonctionner Wikipédia. Vous pouvez littéralement faire tenir un examplaire de l’intégralité du texte sur votre téléphone ! Alors, à quoi sert l’argent ? Des esprits curieux voudraient savoir… » s’est demandé l’entrepreneur milliardaire.


Elon Musk, qui accuse le site de biaiser sa propre fiche Wikipédia avec de fausses informations, a donc proposé, usant de l’un de ses jeux de mots osés qu’il affectionne, d’offrir 1 milliard de dollars à l’encyclopédie pour la renommer « Dickipedia » (« Bitopedia » ou « Idiopedia », si l’on devait traduire en français, le mot « dick » étant polysémique).

Il a également évoqué dans des réponses à des internautes le nom de « Wokopedia », pour souligner que l’encyclopédie servirait l’idéologie « woke », un terme qui désigne un état d’alerte face à l’oppression pesant sur les personnes issues de minorités, qu’elles soient sexuelles, religieuses ou encore ethniques.


Modèle hiérarchique opaque contre modèle décentralisé transparent
 
Pour Musk, le modèle de X (Twitter) est foncièrement différent du modèle de Wikipédia. Selon lui, Wikipédia est intrinsèquement hiérarchique et donc soumis aux préjugés des éditeurs de rang supérieur, indépendamment de leurs mérites. Alors qu'avant qu'une note de la communauté sur X ne soit publiée, il faut que des personnes ayant des points de vue historiquement différents, en fonction de la manière dont elles ont évalué et rédigé des notes précédentes, soient d'accord. Tout le code et les données sont ouverts, on peut donc recréer le résultat soi-même.
 
 
 
Wikipédia a un an de réserves de fonctionnement

Wikipédia est géré par une équipe de bénévoles et son accès est gratuit. Les bénévoles aident à maintenir le site à jour et rédigent de nombreuses traductions pour divers articles afin d’en améliorer l’accessibilité et assurent aussi la modération. La sélection des modérateurs et leurs partialités ont déjà attiré les foudres d’un des fondateurs de Wikipédia, Larry Sanger. Les dons demandés par la plateforme servent donc à financer ce travail pour partie. Dans une enquête du Washington Post, Samantha Lien, porte-parole de la fondation Wikimedia, a expliqué le fonctionnement interne de l’encyclopédie.

« Selon les directives du conseil d’administration de la fondation Wikimedia, notre réserve s’élève à un an de budget de fonctionnement, a-t-elle assuré. Si des circonstances affectaient notre capacité à collecter ces fonds pendant cette période, nous pourrions nous retrouver dans une situation d’urgence — la réserve est un filet de sécurité pour protéger Wikipédia contre une telle éventualité », avait conclu la représentante.

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Co-fondateur de Wikipédia : je ne fais plus confiance au site que j’ai créé (vidéo + exemples de parti-pris)

Article de Larry Sanger sur la partialité croissante de Wikipédia avec exemples (en anglais)

Wikipédia et le gouvernement britannique auraient décidé de censurer le débat sur le climat

Co-fondateur de Wikipédia : je ne fais plus confiance au site que j’ai créé

Wikipédia et les GAFAM : parti pris et désinformation sur le « grand remplacement »

Le cas de Bret Weinstein (PhD en biologie, ancien professeur d’Evergreen college) et de l’article qui lui est consacré sur Wikipédia  


vendredi 8 septembre 2023

Comment l'école prive nos enfants d'instruction

Dans « La Grande Garderie »*, Lisa Kamen-Hirsig (ci-dessous) raconte ses batailles quotidiennes pour accomplir sa mission : transmettre des connaissances à ses élèves. Malgré les consignes de l’Éducation nationale, déterminée à leur épargner les contraintes du par cœur et de la discipline pour rendre l’enseignement « ludique ». Extraits.

ÉDUCATION SEXUELLE

Puisque l’école est considérée comme un domaine régalien en France et qu’elle doit dispenser 36 séances d’éducation sexuelle à chaque élève du CP (6 ans) à la terminale (17/18 ans), l’éducation sexuelle des petits Français devient, de fait, un domaine régalien. Le prétexte tout trouvé est la « lutte contre les inégalités de genre ». Sous couvert de promouvoir l’égalité entre les filles et les garçons et de lutter contre les violences faites aux femmes, armés de chiffres massues (il y a 75 millions de grossesses non désirées dans le monde, 81 % des femmes ont déjà été harcelées dans un lieu public en France…), on impose à tous les gamins dès le CP de parler de sexe à l’école. Le domaine le plus intime de la vie privée est aujourd’hui entre les mains de l’État.

vendredi 28 juillet 2023

Wikipédia et le gouvernement britannique auraient décidé de censurer le débat sur le climat

Un projet de communication a été discrètement lancé ces dernières semaines, sous les auspices de l’objectif de développement durable n° 13 (ODD 13) des Nations unies, afin de « prendre d’urgence des mesures pour lutter contre le changement climatique et ses conséquences ». 

Il s’agit d’un effort concerté pour policer les entrées les plus consultées de Wikipédia relatives au changement climatique, en reflétant principalement les perspectives et les informations approuvées par les Nations unies sur le sujet. Selon le communiqué de presse officiel, les rédacteurs de l’encyclopédie en ligne travailleront en tandem avec des « experts en contenu » issus notamment du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et de l’Institut de l’environnement de Stockholm, financé par les gouvernements occidentaux.

Jusqu’à la mi-2024, ces groupes surveilleront et modifieront les articles de Wikipédia dont le nombre de pages consultées quotidiennement est important. Notant que les entrées du site « apparaissent généralement en tête des résultats de recherche sur internet », Wikipédia est appelée à jouer un « rôle clé dans la promotion des connaissances sur le changement climatique ». S’il existe un quasi-consensus sur le fait que le changement climatique est en cours, la manière dont les individus et les gouvernements doivent répondre au problème est loin d’être réglée — pourtant, les Nations unies sont déterminées à suggérer le contraire.
Les membres d’Extinction Rebellion manifestent dans le centre de Londres ce mois-ci

S’exprimant lors d’une table ronde du Forum économique mondial sur la lutte contre la désinformation à l’automne dernier, la sous-secrétaire générale des Nations unies chargée de la communication mondiale, Melissa Fleming, s’est vantée des talents de son employeur en matière de contrôle narratif. Elle a révélé que l’ONU s’était « associée » aux principaux moteurs de recherche et plateformes de médias sociaux pour influencer le contenu que les utilisateurs voient ou ne voient pas en rapport avec le changement climatique. « Nous devenons beaucoup plus proactifs », a expliqué Mme Fleming. « Nous possédons la science et nous pensons que le monde devrait la connaître, et les plateformes elles-mêmes le font également.

L’édition de Wikipédia n’est donc que le dernier front en date de la guerre que se livrent les Nations unies pour contrôler les récits en ligne sur le changement climatique. Des indices inquiétants montrent que le gouvernement britannique mène des activités similaires. En mars, l’Institute for Strategic Dialogue (ISD) a commencé à travailler sur un contrat gouvernemental de trois mois, attribué par le Department for Digital, Culture, Media and Sport (DCMS) pour “analyser la désinformation liée au climat sur les médias sociaux”.

L’ISD reçoit des fonds d’un grand nombre de gouvernements occidentaux, de fondations et de géants de la technologie, soi-disant pour éradiquer la “désinformation” sur des sujets particuliers. Tout au long de la pandémie, l’Institut a publié des rapports alarmistes sur la “désinformation” concernant le coronavirus. Ces publications qualifiaient d’” anti-vaxxistes” tous ceux qui critiquaient la réponse de Whitehall à la grippe Covid-19, tandis que les « anti-vaxxistes » eux-mêmes étaient dépeints comme une vaste cinquième colonne d’extrême droite, potentiellement terroriste

À chaque étape, ces déclarations douteuses ont été amplifiées par la BBC, ainsi que par la « journaliste spécialisée en désinformation » de la société, Marianna Spring. Spring a pris ses fonctions en mars 2020, précisément au moment où la DSI a commencé ses enquêtes sur la « désinformation » de Covid.

Puis, en novembre 2021, la commission de l’environnement et du changement climatique de la Chambre des Lords a publié un rapport sur le « changement de comportement pour les objectifs climatiques et environnementaux ». Ce rapport examine les mécanismes par lesquels les citoyens britanniques pourraient être incités à se conformer aux mesures préventives, qui peuvent prétendument permettre d’atteindre l’objectif Net Zero d’ici 2050.

Le rapport affirme que l’analyse par la DSI de la « désinformation » publiée sur Facebook pendant la conférence COP26, le même mois, a nécessité l’élargissement du projet de loi très controversé sur la sécurité en ligne pour couvrir le changement climatique. L’Institut a conclu que pendant les deux semaines de la conférence, « les contenus sceptiques ont suscité 12 fois plus d’engagement que les sources faisant autorité sur la plateforme ». On pourrait penser que c’est choquant, sauf que la majeure partie de cette prétendue « désinformation » a pris la forme de critiques à l’égard de Greta Thunberg et de l’hypocrisie des participants arrivant en jet privé, ce qui est destructeur pour l’environnement.

Par ailleurs, Steve Smith, un « témoin expert » consulté par la Commission, a affirmé que les « radiodiffuseurs traditionnels » tels que la BBC « doivent jouer un rôle important en tant que sources fiables dans un paysage de désinformation en ligne ». Par ailleurs, il a suggéré que le gouvernement britannique réutilise les techniques de communication déployées lors de la pandémie de Covid-19 pour lutter contre le changement climatique :

On a utilisé des techniques de communication très efficaces lors de la pandémie de Covid, et nous pouvons en tirer des enseignements, comme le fait que, lorsque nous pensons vraiment qu’il s’agit d’une crise, le gouvernement peut changer d’un jour à l’autre. Mais avec le changement climatique, ce n’est pas encore le cas, n’est-ce pas ?
— Steve Smith
Steve Smith est un cadre supérieur de Picture Zero, une société de production cinématographique et télévisuelle spécialisée dans les « histoires humaines sur le changement climatique ». Il est l’un des nombreux « experts » n’ayant aucune formation en sciences de l’environnement — notamment des spécialistes du marketing, des militants écologistes et des sondeurs — dont les témoignages ont largement contribué à l’élaboration des conclusions et des recommandations du rapport. L’un après l’autre, ils ont exhorté la commission à « appliquer les leçons de la pandémie de Covid pour susciter un changement de comportement généralisé ».

Il semble que le déploiement par les gouvernements d’une guerre de l’information contre leurs propres citoyens n’ait pas pris fin avec la réouverture du Covid-19 : influencer le public sur l’agenda climatique est le prochain domaine d’action.

Source : Unherd

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Article de Larry Sanger sur la partialité croissante de Wikipédia avec exemples (en anglais)

Un professeur « pourrit la Toile » et piège ainsi ses élèves

Le cas de Bret Weinstein (PhD en biologie, ancien professeur d’Evergreen college) et de l’article qui lui est consacré sur Wikipédia  

John Clauser s'est vu décerné le prix Nobel de physique en 2022. Il était invité à présenter un séminaire ce moins de juillet sur les modèles climatiques au Fonds monétaire international. Mais son invitation a été « suspendue » (sic) parce qu’un activiste écologiste a fait remarquer par courriel au directeur du Bureau d'évaluation indépendant (sic) du FMI, Pablo Moreno, que John Clauser avait dit il y a un mois au « Quantum Corea » : « Je ne crois pas qu’il y ait une crise du climat ». Pablo Moreno a aussitôt supprimé l’invitation à John Clauser. Lequel avait déjà publiquement rejeté les dogmes du GIEC et critiqué la politique climatique de Joseph Robinette Biden, et a rejoint cette année la « Coalition CO2 » qui est non seulement climatosceptique mais plaide pour une utilisation accrue du  CO2, nécessaire à la vie. (Source)

mardi 4 juillet 2023

« La numérisation de l’école a des impacts désastreux sur les enfants et l’environnement »

Dans une tribune (reproduite ci-dessous), plusieurs associations dénoncent le bilan catastrophique de l’école numérique, tant sur les élèves que sur le plan écologique, mis en lumière par un rapport du Conseil Supérieur des Programmes (CSP), commandé par le ministre de l’Éducation nationale.

D’ores et déjà, un peu partout en France on distribue des tablettes aux écoliers dès l’âge de trois ans. Depuis 2015 l’école numérique se déploie au rythme des collectivités locales, et il s’agit à terme pour le ministère de l’Éducation de l’imposer à tous les élèves de France, de la maternelle au lycée. Dans les communes, départements et régions, aucune concertation n’a lieu en amont, ni des enseignants, ni des parents d’élèves. Et bien que souvent présentés comme « expérimentaux », la pertinence de ces changements d’usages imposés n’est jamais évaluée, ni par les collectivités ni par l’Éducation nationale. Pourquoi ? Les impacts pourtant, sur nos enfants comme sur notre environnement, sont tout bonnement alarmants.

Même au plus haut de l’institution, la mutation numérique interroge. Sur commande du ministre, le Conseil Supérieur des Programmes (CSP) a rendu en juin dernier un avis sur « la contribution du numérique à la transmission des savoirs ». Il est frappant de constater que le dernier tiers de ce rapport, s’appuyant sur des centaines d’études scientifiques, enquêtes et auditions, remet explicitement en question la numérisation de l’école. Il recense même tous les éléments d’une catastrophe en cours.
Bilan humain négatif

Sur le plan pédagogique, ce rapport explore les incidences sur les apprentissages scolaires. Il retire des enquêtes nationales et internationales que l’utilisation très importante des appareils numériques à l’école provoque une baisse des résultats, diminue la réflexion, la mobilité globale, la motricité fine, l’imagination, la sensibilité, qu’elle peut ouvrir la porte à l’illettrisme, et qu’elle amplifie les inégalités sociales en matière d’éducation. Il défend l’usage de l’imprimé, l’interaction humaine, la lecture à haute voix et les méthodes pédagogiques éprouvées. Il invite à « privilégier dans l’environnement pédagogique la relation humaine et la réalité à la dématérialisation et au virtuel ».

Pour ce qui concerne la santé, le rapport égrène une longue liste de troubles causés par la surexposition aux écrans, qui vont des troubles de la vue, de l’attention, du sommeil, de la mémoire, du langage, du comportement, à la passivité intellectuelle et à la perte de capacités fonctionnelles, jusqu’à des pathologies graves d’ordre psychologique et psychiatrique (isolement social, symptômes dépressifs et anxieux, troubles de la croissance). Il est attesté que l’usage actuel et croissant des écrans est nuisible au développement physique, psychique et cognitif des enfants.

Sur le plan des relations humaines, il est question de troubles de la sociabilité et du contrôle des émotions, de brouillage des frontières entre les sphères privée et scolaire, d’appauvrissement des relations intrafamiliales. Le rapport du CSP juge par ailleurs que l’irruption du numérique dans la sphère éducative met en péril le projet pédagogique et anthropologique de l’école : l’apprentissage et l’assimilation des connaissances ainsi que l’accès aux savoirs et l’indépendance intellectuelle qui en découlent.
Bilan écologique désastreux

Reste l’impact environnemental et énergétique. On estime qu’un ordinateur portable de 2 kg mobilise 600 kg de matières premières, 22 kg de produits chimiques, 240 kg de combustibles et 1,5 tonne d’eau. Alors que les sécheresses se multiplient, les usines de puces électroniques comme celles de Crolles en Isère consommeront bientôt 336 litres d’eau par seconde, et les centres de données où sont stockées les données en croissance exponentielle nécessiteraient en 2030, rien qu’en France, l’équivalent de la production électrique de 3 à 4 réacteurs nucléaires. Si les alertes sur le climat, l’océan, la biodiversité, la pollution et l’effondrement du vivant se succèdent à un rythme effréné et avec une gravité croissante, le « catastrophisme » est définitivement du côté de ceux qui choisissent la surdité et l’inaction. « Avec notre appétit sans limites pour une croissance économique incontrôlée et inégale, l’humanité est devenue une arme d’extinction massive », déclarait en décembre 2022, lors de la COP sur la biodiversité à Montréal, le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres, appelant à rompre avec ce qu’il appelle un « pacte de suicide collectif ».

L’usage inconsidéré du numérique est une injonction qui n’est plus tenable : ce n’est pas un confort, c’est un conformisme et une paresse dont les effets sont dévastateurs. La pollution numérique, après avoir doublé celle du trafic aérien, est en train de rattraper celle du trafic routier mondial. Concernant les déchets, quelqu’un s’est-il demandé, dans les bureaux du ministère de l’Éducation nationale, dans quelle poubelle se retrouvent les centaines de terminaux déjà distribués ? Quels élus des collectivités locales se le demandent lorsqu’ils votent les dotations en tablettes de leurs collèges et écoles ?

À tous les élus des collectivités territoriales, à qui l’État force la main pour qu’ils votent de nouveaux plans de numérisation de l’école, rappelons le jugement cinglant qu’a formulé le Conseil Supérieur des Programmes : regrettant l’absence d’évaluation des expérimentations déjà engagées, celui-ci déplore qu’on ait pu « privilégier des logiques économiques ou clientélistes à défaut d’objectifs pédagogiques définis », et recommande de « ne pas considérer l’Éducation nationale comme un marché ouvert aux stratégies commerciales des acteurs commerciaux et notamment des géants du numérique ».

À l’heure où déferle l’« intelligence artificielle » et alors que nous avons déjà passé de trop nombreux points de non-retour en termes environnementaux, le véritable défi n’est autre que préserver l’indépendance de l’Homme face à la machine. Pour qui entend défendre la démocratie, existe-t-il plus nécessaire urgence que cultiver l’intelligence bien humaine des futurs citoyens ? Et pour qui se soucie des conditions d’habitabilité de notre planète, plus nécessaire urgence que s’opposer à la surenchère de la destruction ?

Tribune collective parue dans Marianne

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mardi 30 mai 2023

États-Unis — De plus en plus de jeunes diplômés du secondaire renoncent à l'université , surtout les jeunes hommes

En ce début 2023, de plus en plus de diplômés du secondaire se détournent des campus universitaires en raison des meilleures perspectives d’emploi pour les cols bleus dans un marché du travail historiquement fort pour les travailleurs moins éduqués.

Selon les dernières données du département du travail, le taux d’inscription à l’université des récents diplômés du secondaire américains, âgés de 16 à 24 ans, est tombé à 62 % l’année dernière, contre 66,2 % en 2019, juste avant le début de la pandémie. Ce taux a culminé à 70,1 % en 2009.
 
La croissance de l’emploi dans les restaurants, les parcs à thème et d’autres parties du secteur des loisirs et de l’hôtellerie — qui ont tendance à employer des jeunes et ne nécessitent généralement pas de diplôme universitaire — a augmenté plus de deux fois plus vite que les gains d’emploi en général au cours de l’année écoulée. Il reste également un grand nombre de postes à pourvoir dans la construction, la fabrication et l’entreposage, domaines qui exigent souvent une formation complémentaire, mais pas de diplôme d’études supérieures.

Le mois dernier, le taux de chômage des adolescents âgés de 16 à 19 ans est tombé à 9,2 %, son niveau le plus bas depuis 70 ans, ce qui a favorisé des augmentations de salaire plus importantes.

Les gains horaires moyens des travailleurs de base du secteur des loisirs et de l’hôtellerie ont augmenté de près de 30 %, corrigés des variations saisonnières, d’avril 2019 à avril 2023, contre environ 20 % au cours de la même période pour l’ensemble des travailleurs.

Le personnel de service dans les restaurants gagnait un salaire horaire médian de 14 $ américains en 2022, soit près du double du salaire minimum fédéral. Les salaires sont encore plus élevés dans les secteurs qui n’exigent pas de diplôme universitaire, mais qui nécessitent une formation supplémentaire, comme l’apprentissage. Les machinistes gagnent 23,32 dollars par heure, ce qui est supérieur au salaire médian national de 22,26 dollars de l’heure. Les charpentiers gagnaient 24,71 dollars par heure l’année dernière.

« La pandémie a tellement perturbé l’université que de nombreuses personnes ont retardé leur inscription », explique Julia Pollak, économiste en chef de ZipRecruiter. « Une fois qu’ils ont retardé leur inscription, ils deviennent accros aux revenus et au travail et ne reviennent pas » à l’université.

La valeur de l’université remise en question

Les inscriptions à l’université ont diminué d’environ 15 % au cours de la dernière décennie, selon les données fédérales. Les raisons en sont le coût élevé de l’enseignement universitaire, la fermeture d’établissements, la rentabilité inégale liée à l’obtention d’un diplôme, ainsi que le dynamisme du marché du travail.

Selon un sondage Wall Street Journal-NORC réalisé au début de l’année, la plupart des Américains ne pensent pas que le coût d’un diplôme universitaire en vaille la peine, ce qui constitue une nouvelle baisse de confiance dans ce qui a longtemps été la marque du rêve américain. Les diplômés de l’enseignement supérieur sont confrontés à une recherche d’emploi plus incertaine cet été, car les entreprises réévaluent la valeur de nombreux postes de cols blancs.

Les pénuries aiguës de main-d’œuvre qui ont suivi la pandémie de grippe aviaire ont contraint les employeurs à offrir de meilleurs salaires, avantages et conditions de travail pour attirer et retenir les travailleurs, en leur donnant par exemple plus de souplesse pour fixer leurs propres horaires. La demande de travailleurs manuels est élevée et devrait le rester, compte tenu du vieillissement de la population active et du ralentissement de l’immigration dû à la pandémie.

« Si l’on peut obtenir un emploi sans diplôme et avec une croissance salariale décente, pourquoi aller chercher un diplôme ? », s’interroge Pollak.

Le taux d’inscription à l’université a baissé ces dernières années, tant pour les hommes que pour les femmes, mais davantage pour les hommes. L’année dernière, 66,1 % des femmes âgées de 16 à 24 ans ayant obtenu leur diplôme d’études secondaires se sont inscrites à l’université, soit près de 10 points de pourcentage de plus que le taux des jeunes hommes, ce que les économistes attribuent au fait que les femmes bénéficient d’un meilleur rendement financier de l’université.

L’avantage d’avoir un diplôme universitaire s’émousse sur le marché du travail


La formation technique et l’apprentissage, plutôt que l’université


Certains jeunes suivent d’autres formes de formation professionnelle que l’université. Le nombre d’apprentis a augmenté de plus de 50 %, selon des données fédérales et l’Urban Institute, un groupe de réflexion de Washington.

Les apprentissages sont traditionnellement proposés dans des secteurs tels que la construction et la mécanique, mais ils sont de plus en plus courants dans les secteurs en col blanc tels que la banque, l’assurance et la cybersécurité.

Selon Steve Boden, superviseur des écoles publiques du comté de Montgomery, dans le Maryland, la stigmatisation longtemps associée au fait que les élèves passent directement du lycée au travail ou à l’apprentissage, plutôt qu’à l’université, s’est estompée ces dernières années, en raison de l’augmentation du coût de l’université. Il ajoute que les employeurs sont de plus en plus intéressés par l’embauche de diplômés de l’enseignement secondaire.

L’un d’entre eux est Simon Alvarado Jr, 21 ans, de Hyattsville, dans le Maryland. Il a récemment terminé un apprentissage pour devenir technicien de maintenance légère chez un concessionnaire Toyota. À l’origine, il avait prévu d’aller à l’université, mais le coût élevé d’un diplôme de quatre ans l’a découragé.

« Travailler sur les voitures est quelque chose qui m’intéressait vraiment quand j’étais enfant », a déclaré M. Alvarado. La prise en charge du coût de sa formation et l’obtention d’un emploi à la fin de celle-ci « étaient une occasion rare que je n’allais pas refuser », a-t-il déclaré.
 
 
Source : Wall Street Journal

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jeudi 23 février 2023

23 février 1455 - Première impression de la bible de Gutenberg

La tradition veut que le 23 février 1455 Johannes Gutenberg parvient à imprimer en série le premier livre en Europe avec des caractères mobiles de métal : la bible de Gutenberg. Il reste aujourd’hui moins de 40 exemplaires de cette bible.

Après plusieurs années de recherche et de travaux, Gutenberg parvient à mettre au point un système lui permettant d’imprimer en série. La bible de Gutenberg se compose alors de pages comportant chacune 42 lignes.

La technique d’impression utilisée par Gutenberg repose sur deux principes qui n’étaient pas en soi nouveaux dans l’histoire de l’humanité :

– impression à partir d’une forme à l’image inversée (c’était déjà le cas de la xylographie) ;

– utilisation de caractères réutilisables (c’était une technique déjà utilisée en Extrême-Orient).

Mais trois innovations au moins ont vu le jour dans la mise en œuvre de ces principes, avec la définition d’un processus d’impression tel qu’il se répandra rapidement dans toute l’Europe, puis à la faveur de l’expansionnisme européen, dans tout le monde :

– la technique de fabrication en série des caractères : Gutenberg a inventé pour cela un moule manuel qui permet une production en série de caractères et conçu un alliage déterminé constitué de plomb, d’étain et d’antimoine ;

– la technique de préparation des formes imprimantes, de la casse au composteur, du composteur à la galée et de la galée au marbre ;

– la technique d’impression avec l’utilisation d’une presse à vis.

Ces innovations n'auraient pas vu le jour sans un contexte économique favorable dont on peut esquisser quelques aspects :

– le développement de la métallurgie (Gutenberg, comme d'autres imprimeurs, était lui-même issu d'un milieu d'orfèvres) ;

– le développement de la technique de fabrication du papier, sans lequel l'impression de centaines d'ouvrages n'aurait pas été possible (le parchemin n'aurait pas pu y suffire) ;

– le développement d'un réseau de banquiers susceptibles d'assurer les financements nécessaires pour la production en masse de livres.[Cf. « l’éthique capitaliste/bancaire protestante » était déjà très largement pratiqué par les catholiques au Moyen Âge. ]