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mercredi 15 juillet 2026

France : mieux vaut s'appeler Victoire que Mohammed pour obtenir le bac

Cette année, le Figaro Étudiant a choisi de publier une étude analysant les prénoms des 164 348 candidats au baccalauréat lors de la session 2025 des bacs général et professionnel ayant accepté de diffuser leurs résultats. Les données des 8,1 % de candidats ayant échoué à l'examen ne sont pas disponibles et seuls les prénoms comptant plus de 30 occurrences ont été retenus, mais l'échantillon est suffisamment important pour être pertinent.


Parmi les 944 prénoms identifiés, nous allons nous concentrer sur les quinze ayant obtenu le meilleur indice de réussite – indice calculé à partir des mentions reçues –, puis sur les quinze derniers de la liste. En ce qui concerne les prénoms obtenant les meilleurs résultats, cela donne : Aliénor, Adèle, Arwen, Isaure, Victoire, Églantine, Albane, Clothilde, Adélie, Domitille, Léopold, Daphné, Aglaé, Mila, Adèle. Et pour ceux de la seconde liste : Bilel, Mohammed, Arda, Abdoul, Yacine, Driss, Issa, Achraf, Imad, Kaïs, Zakaria, Abdallah, Abdoulaye, Aymane, Abdel. Difficile de faire plus caricatural...

Dans l'article du Figaro, le commentaire de ce résultat est laissé à Baptiste Coulmont, professeur à l'ENS Paris-Saclay, auteur de La Sociologie des prénoms, ouvrage dans lequel il étudie l'évolution historique du choix des prénoms en France ainsi que leur lien avec le milieu social – de manière fort intéressante, il observe ainsi que, malgré un individualisme grandissant qui voudrait faire du prénom la marque de notre identité particulière plutôt que le signe d'une appartenance à un groupe, jamais peut-être le prénom n'a été autant un marqueur social qu'aujourd'hui – mais, ajouterons-nous, tout le paradoxe est justement que l'individualisme ne produit pas des individualités : il nous abandonne à nos penchants grégaires. Depuis plusieurs années, le sociologue s'intéresse plus particulièrement aux prénoms des différents candidats au baccalauréat, et c'était à lui que, jusqu'ici, nous devions les études sur ce sujet.

Que retient-il du classement qui nous occupe ici ? Avant tout les conséquences d'une « société de classes », et des résultats qui reflètent le milieu socio-éducatif des parents. « Depuis 1945, nous dit-il, les classes populaires ont pris une autonomie culturelle en choisissant des prénoms qui n'étaient pas d'anciens prénoms bourgeois, mais en puisant dans les registres anglophones et celtiques [souvent anglicisés comme Kevin]. Dans les années 80, ça pouvait être "Mickaël", dans les années 90 "Kevin", et "Kylian" à partir des années 2000. Aujourd'hui, les parents dont le niveau de diplôme est le plus élevé préfèrent "Zélie " et " Hippolyte " à " Kylian" et "Mehdi" ».

La tarte à la crème des inégalités sociales


Une telle analyse, sans avoir rien de faux, n'en est pas moins particulièrement réductrice ; elle nous semble au moins borgne, au pire complaisante. Il saute aux yeux à la lecture des deux listes que nous avons présentées que le problème de notre système éducatif ne saurait se résumer à la question des inégalités sociales, comme voudrait encore le faire croire une certaine gauche dans son aveuglement volontaire à tous les autres facteurs entrant en jeu dans de tels résultats.

Non pas que le facteur social ne soit pas déterminant : en effet, grâce à l'idéologie égalitariste de nos politiques si soucieux de justice sociale, nous avons produit le système le plus inégalitaire au monde – ainsi que nous le rappellent systématiquement les classements PISA depuis des années, notre école est celle qui reproduit le plus les inégalités sociales. Comment ? En supprimant les exigences et la sélection précisément sous prétexte de laisser leur chance aux enfants issus des milieux défavorisés. Ce faisant, elle leur ôte toute envie de fournir à l'école les efforts qui leur permettraient d'acquérir ce que leur milieu d'origine ne leur a pas donné.

Alors, certes, dans les deux listes en question, on observe que les enfants des classes les plus favorisées sont également ceux qui obtiennent les meilleurs résultats. Mais est-ce vraiment tout, et n'y a t-il vraiment aucun autre constat à tirer de cette succession de prénoms ? En réalité, on y voit tout ce que notre société ne veut pas voir, tout ce qu'il est de bon ton de taire au sujet de notre jeunesse et du système éducatif, à savoir : les ravages d'une immigration mal intégrée et islamisée, double facteur qui s'ajoute à la problématique sociale et la décuple. Par ailleurs, on y voit également la triste réalité de l'échec scolaire des garçons, autre phénomène dont notre société, avec son prisme féministe fanatique, se détourne pour ne se soucier des « inégalités filles-garçons » que lorsqu'elles existent au détriment des filles, et refuse de reconnaître tout ce que le laxisme de notre système scolaire a de pernicieux pour les garçons, qui deviennent matures plus tard et sont moins à même de s'autoréguler que les filles.

Sur les quinze premiers prénoms du classement, à part Mila (diminutif de prénoms slaves) et Arwen (création de Tolkien aux consonances [anglo-]celtiques), tous les prénoms peuvent être identifiés comme français, parfois avec une origine germanique, grecque ou latine. Ils renvoient à des figures historiques (Aliénor), à des mots de notre langue (Victoire), et s'inscrivent dans la sphère culturelle européenne ; en outre, presque tous appartiennent au calendrier des saints chrétiens. Par ailleurs, on ne trouve qu'un seul prénom de garçon.

 


Qu'il est loin, le travailleur immigré soucieux d'intégration !

Dans la fin du classement, à part Arda, d'origine turque, l'ensemble des prénoms est d'origine arabe ; excepté Achraf, Imad, Kaïs et Aymane, tous sont de tradition islamique, issus du Coran ou des noms de compagnons du prophète. Et l'on y trouve 100 % de prénoms de garçons.
L'effet de symétrie inversée est presque parfait. Il traduit l'absence complète de mélange réel là où l'on prétend établir la « diversité ». En réalité, la France voit désormais vivre sur son sol deux populations qui existent côte à côte mais ne partagent rien : elles ne fréquentent pas les mêmes lieux y compris lorsqu'elles vivent dans le même quartier, ne font pas les mêmes métiers, n'ont pas les mêmes loisirs, ne mangent même pas la même chose.

Elle est bien loin, l'immigration de travail de gens soucieux de partager la culture française et qui, en premier lieu, faisaient le choix d'un prénom français pour leur enfant. C'était l'époque des Jean-Pierre italiens et des François vietnamiens… Nos médias ont fait leurs gorges chaudes de ce qu'ils considéraient comme l'obsession d'Éric Zemmour pour la question des prénoms ; pourtant, elle est loin d'être anodine, comme cela se voit désormais on ne peut plus clairement à travers l'exemple que nous prenons ici.

Cette liste de prénoms fait éclater à nos yeux le phénomène du communautarisme, la réalité d'une immigration qui n'a aucun projet d'intégration, et qui au contraire manifeste par tous les moyens son appartenance à l'islam. À travers quelques prénoms alignés, elle révèle que notre modèle de laïcité à l'école ne saurait être désormais qu'une fiction. Cette attitude est loin d'être sans rapport avec la question des résultats scolaires : des jeunes élevés dans la défiance à l'égard du pays et de toutes ses institutions ne peuvent avoir les dispositions positives nécessaires à ce que l'on attend d'eux à l'école. Ils seront les premiers à contester l'autorité de l'enseignant, et jusqu'aux savoirs qu'il représente. Pourquoi prendraient-ils ensuite la peine de les apprendre ? L'absence d'intégration signifie en outre souvent une absence de pratique et de maîtrise du français, dont nous faisons aussi les frais désormais, avec des lycéens qui, souvent, ne comprennent plus un texte simple.

Le choc des civilisations est palpable dès le collège


Ces deux listes sont finalement comme une illustration du choc des civilisations ; elles donnent à voir deux jeunesses qui bientôt devront vivre ensemble, mais n'auront rien à se dire, et qui se retrouveront peut-être un jour, il faut le craindre, « face à face », pour reprendre l'expression d'un ancien ministre. Choc des civilisations car, face au bloc de culture islamique, on trouve bien ici un bloc culturel tout aussi homogène, celui de la civilisation européenne avec ses racines chrétiennes, celle que l'on croyait déjà disparue. Ce classement consacre en effet l'échec du délire individualiste qui, depuis plusieurs décennies, a conduit les Français à choisir pour leurs enfants des prénoms cultivant le goût de l'originalité, avec la quête du prénom unique, parfois inventé, refusant l'orthographe classique, mettant en avant la plus infime origine étrangère, et donnant finalement lieu à des listes de classes entières où l'on ne trouve parfois pas un prénom identifiable. Les meilleurs bacheliers, au contraire, ont des prénoms bien connus, français pour la plupart, qui s'inscrivent dans une culture commune et dans une histoire.

« Les individus cosmopolites que nous étions spontanément font, sous le choc de l'altérité, la découverte de leur être », écrivait Alain Finkielkraut dans L'Identité malheureuse. On se prendrait à rêver que cela soit réellement le cas quand on regarde la liste des prénoms des meilleurs bacheliers de France… Cependant, ces prénoms manifestent-ils vraiment la renaissance d'une jeunesse française, consciente d'appartenir à une nation millénaire, et riche d'un passé retrouvé après des décennies d'oubli ? Ou ne sont-ils que le marqueur d'une recherche effrénée de « distinction sociale », selon l'expression de Bourdieu, pour des enfants destinés par leurs parents à la réussite individuelle au sein d'une société fracturée ? Cela, l'avenir seul nous le dira.

 Source : Valeurs actuelles 

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mardi 26 mai 2026

Pourquoi l'Occident ne comprend rien à l'Islam - Entretien avec Rémi Brague

Quand Rémi Brague — philosophe, historien des idées, professeur émérite à la Sorbonne et à Munich — laisse tomber cette phrase, il ne polémique pas. Il constate. Et c'est précisément ce qui rend cet entretien si rare : un intellectuel qui a passé vingt ans à enseigner la philosophie de langue arabe parle de l'islam sans la complaisance de Vatican II, sans l'idéologie d'Edward Saïd, et sans le confort de l'évitement.

Pendant près d'une heure trente, Ferghane Azihari et Rémi Brague reviennent sur une série de questions que la plupart des médias français refusent encore d'aborder frontalement :
  • Pourquoi le « dialogue interreligieux » ressemble-t-il davantage à un monologue ?
  • Que signifie réellement, pour un musulman, dire qu'il « respecte » Abraham, Moïse ou Jésus ?
  • Pourquoi la simple analyse historico-critique du Coran constitue-t-elle un péril existentiel pour l'islam — bien plus que pour le judaïsme ou le christianisme ?
  • Pourquoi le livre culte d'Edward Saïd, L'Orientalisme, mériterait, selon Brague, d'être « oublié » ?
  • Une réforme de l'islam est-elle envisageable ? Et de quel côté pourrait-elle venir ?

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Commentaire de l’IDEO (l'Institut d’Études Orientales du Caire) sur l'ouvrage Le Coran des historiens en précise la teneur et la portée :

Si la tradition exégétique musulmane classique considère le Coran comme un point de départ, et s’attache surtout à en expliciter les points obscurs en faisant référence à la vie et aux paroles du Prophète, la tendance contemporaine de nombreux chercheurs en Occident est de le considérer comme un point d’arrivée, c’est-à-dire comme le produit de l’Antiquité tardive, qui recueille des traditions religieuses, philosophiques et culturelles antérieures. Une troisième voie consiste à l’étudier seul, ni dans son contexte antique tardif, ni dans sa réception musulmane. 

Ce Coran des historiens choisit résolument cette deuxième voie, celle de l’Antiquité tardive. (…) La vision de Guillaume Dye sur le Coran est celle d’un texte complexe, composite, ni l’œuvre d’un seul homme, ni livre fermé, mais un recueil ouvert qui se construit très progressivement en discussion avec ce contexte de l’Antiquité tardive.

« Contrairement à l’hagiographie musulmane qui donne au calife ʿUṯmān (m. 35/656) le rôle d’éditeur du texte sous sa version consonantique finale, Guillaume Dye identifie le règne du calife omeyyade Abd al-Malik (m. 86/705) comme le contexte politique et culturel qui a le plus influencé le texte.

jeudi 14 mai 2026

La haine de la France comme ciment de la dictature d'Alger

Pourquoi, alors que la guerre d’Indochine a fait plus de morts que la  guerre d’Algérie, n’existe-t-il pas le même ressentiment des populations  vietnamiennes ou cambodgiennes à l’égard de la France ? Parce que la  querelle avec la France n’est pas seulement une séquelle de l’histoire,  mais le produit d’une instrumentalisation par le pouvoir algérien. Après  la guerre civile des années 1990, qui a coûté la vie à près de  200.000 Algériens, le président Bouteflika entreprend une politique de  réconciliation nationale. Pour forger l’unité, rien de mieux qu’un bouc  émissaire : la haine de la France sera le ciment de la dictature.

Mettre fin à la névrose française

Dans un livre abso­lu­ment pas­sion­nant, France-Algé­rie. De 1962 à nos jours (Tal­lan­dier), l’his­to­rien Pierre Ver­me­ren revient sur « une rela­tion asy­mé­trique com­plexe, faite de non-dits et de mani­pu­la­tions, de rela­tions d’amour-haine pleines de chaus­se­-trappes et de silences, ali­men­tée par de mul­tiples conten­tieux ». Et Ver­me­ren d’ajou­ter : « Si on était en pré­sence de deux indi­vi­dus, il fau­drait en déduire que leur psy­chisme est altéré…» Une rela­tion névro­sée entre une France maso­chiste, obsé­dée par l’auto­fla­gel­la­tion, mul­ti­pliant les gestes d’ami­tié, et une Algé­rie mani­pu­la­trice jouant de la culpa­bi­lité des élites françaises comme un chat avec une pelote de laine.

Pierre Ver­me­ren pèse cha­cun de ses mots. Il n’est ni dans l’outrance ni dans la déma­go­gie. Il n’excuse, ne mini­mise ni n’exa­gère aucune des fautes des deux par­ties en pré­sence. Il ne cache rien de la bru­ta­lité sau­vage de la conquête française, de l’injus­tice de la colo­ni­sa­tion et des crimes com­mis pen­dant la guerre d’indé­pen­dance. Il éva­lue avec jus­tesse l’héri­tage gaul­lien de la guerre d’Algé­rie. De Gaulle n’a jamais été un « colo­nial » : il sait la déco­lo­ni­sa­tion iné­luc­table. Le sys­tème coûte plus qu’il ne rap­porte, l’inté­gra­tion est deve­nue impos­sible, la démo­gra­phie rend illu­soire le rêve d’une Algé­rie française. Il veut se débar­ras­ser au plus vite du « bou­let » algé­rien. Ver­me­ren sou­ligne le prix ter­rible de cette sor­tie : de Gaulle érige, à son corps défen­dant, le GPRA, et donc le FLN, en vain­queur poli­tique de la guerre d’Algé­rie. Les har­kis sont aban­don­nés, les pieds-noirs rapa­triés dans le chaos, les clauses de sau­ve­garde des biens français détri­co­tées, tan­dis que l’immi­gra­tion algé­rienne se pour­suit sans contre­par­tie. L’accord de 1968 ins­talle un régime migra­toire très libé­ral, fon­dant cette excep­tion qui fera de la com­mu­nauté algé­rienne la pre­mière com­mu­nauté étran­gère en France dans les années 1970.

La grande dif­fé­rence entre l’Algé­rie et la France, c’est que cette der­nière a reconnu ses méfaits, d’autant plus inac­cep­tables qu’ils étaient com­mis au nom d’une mis­sion civi­li­sa­trice, par une Répu­blique qui van­tait une pro­messe uni­ver­selle qu’elle était inca­pable de réa­li­ser. Des enfu­mades du maré­chal Bugeaud, condam­nées dès 1847 par le rap­port de Toc­que­ville sur l’Algé­rie, jusqu’au rap­port Stora de 2021, en pas­sant par la recon­nais­sance de la pra­tique de la tor­ture, la France a regardé en face une part de ses fautes. L’Algé­rie, en revanche, ne recon­naît aucun des crimes de son his­toire : la pira­te­rie et l’escla­vage des Euro­péens pen­dant des siècles, la traite saha­rienne mil­lé­naire, les crimes du FLN pen­dant la guerre, les mas­sacres de la décen­nie noire… Tout cela fait l’objet du déni le plus total.

Pour­quoi, alors que la guerre d’Indo­chine a fait plus de morts que la guerre d’Algé­rie, n’existe-t-il pas le même res­sen­ti­ment des popu­la­tions viet­na­miennes ou cam­bod­giennes à l’égard de la France ? Parce que la que­relle avec la France n’est pas seule­ment une séquelle de l’his­toire, mais le pro­duit d’une ins­tru­men­ta­li­sa­tion par le pou­voir algé­rien. Après la guerre civile des années 1990, qui a coûté la vie à près de 200.000 Algé­riens, le pré­sident Bou­te­flika entre­prend une poli­tique de récon­ci­lia­tion natio­nale. Pour for­ger l’unité, rien de mieux qu’un bouc émis­saire : la haine de la France sera le ciment de la dic­ta­ture. Bou­te­flika cri­mi­na­lise la colo­ni­sa­tion, la nazi­fie, l’assi­mile à un pro­ces­sus géno­ci­daire, gonfle sans cesse le nombre de ses « mar­tyrs », orga­ni­sant une véri­table mémoire d’état. Avec la com­pli­cité des intel­lec­tuels post­co­lo­niaux et des agents d’Alger, trop heu­reux d’entre­te­nir la mau­vaise conscience occi­den­tale, même si celle-ci sert d’assu­rance-vie à un sys­tème dic­ta­to­rial qui prive son peuple de liber­tés et le condamne au sous-déve­lop­pe­ment. Citons, entre autres, l’iné­nar­rable Rima Has­san : « La Mecque des révo­lu­tion­naires et de la liberté est et res­tera l’Algé­rie», ou le rec­teur de la Grande Mos­quée de Paris, Chems-Eddine Hafiz : « Je ne peux pas sup­por­ter qu’on dise que l’état algé­rien est dic­ta­to­rial, c’est une démo­cra­tie nais­sante. »

On parle beau­coup des ingé­rences étran­gères dans la poli­tique française dans la pers­pec­tive de 2027. Mais ce que montre Ver­me­ren, c’est que l’ingé­rence algé­rienne dans la poli­tique française a été conti­nue depuis l’indé­pen­dance. Alger sou­tient sys­té­ma­ti­que­ment le can­di­dat de gauche depuis Mit­ter­rand. Le pré­sident socia­liste, qui avait beau­coup à se faire par­don­ner d’avoir été garde des Sceaux pen­dant la bataille d’Alger - au moment où la tor­ture fut pra­ti­quée par l’armée française et où une qua­ran­taine de mili­tants du FLN furent condam­nés à mort et exé­cu­tés - mul­ti­plia les gestes en direc­tion d’alger et des res­sor­tis­sants algé­riens : attri­bu­tion de la Grande Mos­quée de Paris à l’Algé­rie, Aban­don du pro­jet de « retour » envi­sagé sous Valéry Gis­card d’Estaing, recon­nais­sance du droit d’asso­cia­tion pour les étran­gers…

C’est plus com­pli­qué avec Chi­rac, notoi­re­ment proche de la famille royale maro­caine. Mais le pré­sident de la Répu­blique cède, après les émeutes de 2005, à la reven­di­ca­tion por­tée par Alger de sup­pri­mer l’article 4 de la loi de 2005 sur les rapa­triés, évo­quant les « aspects posi­tifs de la colo­ni­sa­tion » (amen­de­ment Van­neste). La vic­toire de Nico­las Sar­kozy, dont le conseiller poli­tique d’alors Patrick Buis­son était notoi­re­ment favo­rable aux pieds-noirs, est un échec pour Alger. Celle de François Hol­lande est perçue comme une vic­toire. Il est le pre­mier à faire acte de repen­tance à Alger, même s’il refuse de pré­sen­ter les excuses que récla­mait le pou­voir algé­rien, sur le modèle des excuses publiques du pré­sident alle­mand aux Juifs pour l’holo­causte.

Macron appa­raît, dans cette fresque, comme le pré­sident français le mieux dis­posé à l’égard d’Alger, et pour­tant le plus bru­ta­le­ment déçu. Sa décla­ra­tion de 2017 sur la colo­ni­sa­tion comme « crime contre l’huma­nité », son geste sur le 17 octobre 1961, le rap­port Stora, sa volonté de récon­ci­lia­tion : tout aurait dû satis­faire Alger. Il n’en fut rien. Plus la France cède, plus l’Algé­rie demande. En 2021, Macron finit par dénon­cer une «rente mémo­rielle», com­pre­nant tar­di­ve­ment que la bonne volonté française ne suf­fit pas face à un pou­voir qui a besoin de la que­relle pour se main­te­nir. Le rap­port Stora, pour­tant très favo­rable à une poli­tique des petits pas mémo­riels, est lui-même récusé par Alger. La France croit ache­ter l’apai­se­ment par la contri­tion : le régime algé­rien trans­forme cette contri­tion en preuve de culpa­bi­lité. C’est pour cela que le mot de Macron sur les « mabouls » est pro­fon­dé­ment injuste. Les mabouls ne sont pas de notre côté de la Médi­ter­ra­née. Ce ne sont ni Bruno Retailleau, ni les « iden­ti­taires » , ni « l’extrême droite » qui sont res­pon­sables de la dégra­da­tion de la rela­tion avec l’Algé­rie. Les idiots utiles qui accablent la France res­semblent à ces intel­lec­tuels de gauche qui pen­saient que la guerre froide était de la seule res­pon­sa­bi­lité des États-unis, niant que L’URSS avait besoin de cette confron­ta­tion exis­ten­tielle pour mas­quer la faillite de son sys­tème.

La France doit ces­ser de se vivre comme l’héri­tière éter­nelle du péché colo­nial, et l’Algé­rie doit ces­ser de faire de la France l’alibi de ses échecs. Il serait temps de sor­tir de la névrose pour adop­ter une « rela­tion nor­male ». Comme le résume l’humo­riste algé­rien Fel­lag, cité par Ver­me­ren à la fin de son livre : « Vous avez raté votre colo­ni­sa­tion. Nous avons raté notre indé­pen­dance. Nous sommes quittes. »

Source : Le Figaro
 


FRANCE-ALGÉRIE : 
HISTOIRE D'UNE RELATION PATHOLOGIQUE. DE 1962 À NOS JOURS
par Pierre VERMEREN 
paru le 29 avril 2026
chez Tallandier
 ‎ 304 pages
ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1021066441 

lundi 11 mai 2026

Les élections locales britanniques de mai 2026 : vers une fragmentation grandissante

Les élections locales du 7 mai 2026 en Angleterre ont confirmé, de manière spectaculaire, ce que beaucoup observaient depuis plusieurs années : le système politique britannique traditionnel est en train de voler en éclats. Ni le bipartisme, ni le consensus multiculturaliste des décennies passées n’ont résisté à la réalité démographique et culturelle du pays.Une double percée : Reform UK et les indépendants communautairesD’un côté, Reform UK de Nigel Farage a réalisé une percée historique. Le parti a remporté environ 1 450 sièges de conseillers, obtenu autour de 26-27 % des voix et pris le contrôle de plusieurs conseils, dont Havering à Londres. Ce succès reflète le ras-le-bol d’une grande partie de la population britannique — notamment la classe ouvrière blanche — face à l’immigration de masse incontrôlée, à la pression sur les services publics, au coût du logement et à la dilution perçue de l’identité nationale.


De l’autre côté, les indépendants musulmans (« Muslim Independents ») et candidats communautaires pro-Palestine ont enregistré un bond impressionnant : environ 208 sièges. Ces gains se concentrent dans des zones à forte population musulmane : Tower Hamlets (où Aspire domine), Newham, Bradford, Oldham, Blackburn, Dewsbury, Batley, Waltham Forest, etc. Dans de nombreux districts, le vote s’est structuré explicitement sur des lignes ethniques et religieuses.Vers une fragmentation plus profonde ?Mark Steyn, dans son article The Future Shows Up, a résumé avec sa franchise habituelle ce que beaucoup pensent tout bas. Il cite son ancien collègue Colin Brazier, qui voit dans ces résultats un « point d'inflexion » après lequel la politique de l’Angleterre continentale ressemblera de plus en plus au vote confessionnel de l’Irlande du Nord. 

Mais Steyn va plus loin : selon lui, ce sera
bien pire que les marécages de Fermanagh et Tyrone. Il invite à penser plutôt au Liban ou à l’Afrique du Sud, où la politique est devenue profondément tribale, avec des blocs ethniques ou confessionnels qui se font face dans un équilibre fragile et souvent conflictuel.
 Steyn note que le vote musulman n’a plus besoin du Labour (travaillistes) : après des années où l’on justifiait sous cape certaines compromissions (y compris face à celles des jeunes filles blanches violées en série) par la nécessité de conserver ce vote, les indépendants musulmans s’émancipent et conquièrent directement le pouvoir local. Dans les districts plus petits, ils n’ont même plus besoin d’alliances avec les « woke liberals » pour gagner.Vers des ghettos politiques ethniquement homogènes ?C’est la question la plus inconfortable. Lorsque des quartiers ou des villes entières votent massivement selon des critères ethniques ou religieux, on assiste à la formation de blocs politiques ethniquement et confessionnellement homogènes. Ce phénomène constitue un échec patent du modèle multiculturaliste britannique promu depuis les années 1960-1970. Au lieu d’une intégration dans une culture commune, on voit se consolider des communautés parallèles qui exercent un poids politique croissant. Le clientélisme communautaire risque de s’intensifier, au détriment de l’intérêt général.

Reform UK attire, de son côté, une partie des minorités bien intégrées (notamment indiennes, sikhes chinoises ou hindoues) qui rejettent le séparatisme. Le parti martèle un message clair : assimilation ou retour au pays. Ce positionnement « civico-nationaliste » lui permet d’élargir son électorat sans renier son cœur de cible.
Peut-on s’en sortir par les élections ?Steyn pose la question essentielle : est-il encore possible de voter pour sortir de cette situation ? 

De plus en plus improbable, selon lui, même si l’on peut toujours voter pour s'y enfoncer plus profondément. 

Il prend l’exemple des Américains : beaucoup refusent de voir l’Iran — dirigé par des chiites duodécimains millénaristes — disposer de l’arme nucléaire, et considèrent ce régime comme une menace existentielle. 

Pourtant, ces mêmes Américains ont élu à New York, en 2025,
Zohran Mamdani, un maire chiite duodécimain, pour diriger la ville emblématique des États-Unis et présider aux commémorations du 25e anniversaire du 11 septembre.


Cette contradiction illustre la difficulté : les électeurs occidentaux acceptent souvent chez eux ce qu’ils jugent inacceptable ailleurs. 

Les tendances démographiques (natalité différentielle et immigration continue) amplifient ces dynamiques année après année.
Le Parti travailliste de Keir Starmer a subi une déroute sévère, tout comme les conservateurs. Le paysage est désormais multipolaire et fragmenté. Ce qui se joue dépasse les élections locales. Il s’agit de savoir si la Grande-Bretagne parviendra à maintenir une cohésion nationale ou si elle va se balkaniser progressivement en enclaves ethniques et religieuses, chacune avec ses propres règles de facto. Les élections de 2026 ne sont qu’un avant-goût.

Le futur, comme le dit Steyn, est déjà là. Reste à voir si les Britanniques — et plus largement les sociétés occidentales — auront le courage d’en tirer les conséquences avant que la fragmentation ne devienne irréversible.

mardi 7 avril 2026

« Pourquoi ne parle-t-on jamais de la responsabilité des Africains dans l’esclavage des leurs ? »

La résolution votée le 25 mars dernier par l’assemblée générale de l’ONU pour qualifier la traite atlantique et l’esclavage des Africains de « plus grave crime contre l’humanité » omet curieusement la traite arabo-musulmane et, plus encore, la traite intra-africaine. Marie-Claude Mosimann-Barbier revient sur ce dossier, elle est maître de conférences honoraire de l’École normale supérieure de Paris-Saclay, membre du GRER (groupe de recherche sur le racisme et l’eugénisme) de l’université Paris-Cité.

Le 25 mars, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution qualifiant  la traite atlantique et l’esclavage des Africains  de « plus grave crime contre l’humanité ». L’objectif est clair : cette condamnation doit ouvrir la voie à des réparations financières. Les réactions dans la presse ont été nombreuses : une majorité, faisant fi de l’histoire, s’en félicitait, et quelques-uns soulignaient la coutumière invisibilisation de la traite arabo-musulmane , ce « tabou bien gardé » comme la qualifie l’anthropologue algérien et spécialiste de l’Islam Malek Chebel. 

Toutefois, le rôle du  Ghana comme initiateur de la résolution n’a fait réagir personne alors qu’il existe un deuxième tabou encore mieux gardé : le rôle actif dans la traite de plusieurs ethnies africaines, dont les Ashantis, dans l’actuel Ghana. En effet, si les acheteurs [pour ce qui est de la traite atlantique] étaient européens, les vendeurs étaient africains. Les Européens ne s’aventuraient pas à l’intérieur des terres mais achetaient les esclaves à des partenaires africains. D’une part, l’insalubrité des zones intérieures avait découragé les quelques Portugais qui s’y étaient aventurés et, d’autre part, depuis les débuts, au VIIe siècle, de la traite transsaharienne, des Africains vendaient des esclaves aux Arabo-musulmans. Lorsque le commerce triangulaire se mit en place, des vendeurs existaient déjà mais, avec une demande européenne croissante, de nombreuses ethnies africaines s’impliquèrent activement dans la traite atlantique.


Ceci s’inscrit dans une dimension historique peu connue qui est la longue existence de l’esclavage en Afrique. C’est Olivier Pétré-Grenouilleau qui, le premier, le porta à la connaissance du grand public, dans son remarquable livre Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, lequel suscita un torrent d’indignations et d’attaques à sa sortie en 2004. Il expliquait que, bien avant l’arrivée des Européens et le développement de la traite atlantique, l’esclavage interne était une réalité structurelle dans la plupart des sociétés africaines ; c’était une institution intégrée aux structures économiques, sociales et politiques locales. 

Dans les nombreuses guerres intertribales, le vainqueur avait le droit d’asservir les vaincus et, par ailleurs, dans la mesure où la prison n’existait pas, des individus pouvaient être réduits en esclavage à la suite de dettes ou de comportements tribaux répréhensibles. Selon Pétré-Grenouilleau, l’esclavage interne concernait une part importante de la population en Afrique de l’Ouest, où jusqu’à 60 % des individus pouvaient être en situation d’esclavage ou de dépendance à la fin du XIXe siècle. On peut considérer que l’existence de cet esclavage interne a facilité la traite transatlantique, dans la mesure où les Européens ont pu s’appuyer sur des réseaux et des pratiques locales pour se procurer des captifs. Plusieurs rois ou chefs africains ont donc joué un rôle actif dans la fourniture d’esclaves aux négriers européens.

Renforcer le pouvoir économique et politique des élites africaines

C’est le royaume du Dahomey (actuel Bénin) qui est considéré comme le plus impliqué dans la vente d’esclaves aux Européens, notamment via le port de Ouidah. Les rois du Dahomey ont institutionnalisé la traite et mené des razzias pour capturer des esclaves dans les régions voisines. Dans son livre L’Esclavage, l’histoire à l’endroit, Bernard Lugan écrit que le roi Tegbessou «vendait chaque année 9000 esclaves aux négriers européens et il en retirait des revenus supérieurs à ceux de Liverpool ou de Nantes, et quatre à cinq fois plus élevés que ceux des plus riches propriétaires terriens d’Angleterre ».

Dans le niveau d’implication, le Dahomey est suivi de près par le royaume Ashanti, qui correspond à peu près à l’actuel Ghana, dont le ministre des Affaires étrangères réclame réparation ! Ce puissant royaume a livré un grand nombre de captifs, issus de guerres ou de razzias, aux négriers européens sur la Côte de l’Or. Plusieurs cités-États yoruba (actuel Nigeria), comme Oyo, ont participé activement à la traite, vendant des prisonniers de guerre ou des Africains razziés. Le Royaume du Kongo avec, en particulier, son roi Alphonse Ier , ou encore la reine Njinga en Angola, ont fourni de nombreux esclaves aux Portugais, entraînant le développement des ports de Luanda et Loango. Des marchands et chefs igbo (Nigeria) ont vendu des esclaves via le port de Calabar, autre grand point de départ de la traite atlantique. Les chefferies douala (Cameroun) ont organisé des razzias et vendu leurs captifs, de même que les souverains des royaumes de la côte sénégambienne, comme le roi Amony.

On peut dire que les élites de l’Afrique de l’Ouest ont utilisé la traite pour renforcer leur pouvoir économique et politique, en échangeant des esclaves contre des armes, des tissus, de l’alcool et d’autres biens européens. Si cette participation africaine à la traite atlantique était une réponse à la demande européenne, elle a aussi été une stratégie locale de pouvoir et d’enrichissement. De ce fait, la demande du Ghana paraît un peu surréaliste : comment le vendeur peut-il s’exonérer de toute responsabilité dans la traite pour accabler le seul acheteur ?

La situation était au départ la même dans l’est de l’Afrique, côté océan Indien. Pour avoir beaucoup travaillé sur les explorateurs britanniques chargés, à partir de 1850, par la Société royale de géographie de cartographier cet intérieur encore inconnu, de trouver les grands lacs et accessoirement de trouver les sources du Nil, j’ai pu observer la même démarche de départ. Jusque dans les années 1830, les traitants arabo-musulmans et leurs agents côtiers swahilis s’approvisionnaient en esclaves auprès de tribus alliées : en particulier les Yao au sud et les Nyamwezi à l’est du lac Tanganyika. La situation allait par la suite changer et voir une recrudescence meurtrière de la traite arabo-musulmane.


Un «génocide voilé»

En effet, à compter de 1830, la demande en ivoire augmentant fortement et les plantations de  Zanzibar se développant, les besoins en esclaves augmentèrent et les Arabo-musulmans décidèrent de prendre les choses en main : ils ouvrirent des voies d’accès vers les grands lacs et mirent en place une logistique de stations-relais pour les caravanes où entreposer ivoire et esclaves (l’or blanc et l’or noir) avant de les conduire à la côte. 

Les explorateurs successifs croisent de longues files d’Africains enchaînés, tués s’ils ne pouvaient plus avancer, marchant pendant des semaines pour être acheminés vers Zanzibar, Kilwa et Mombasa, avant que les survivants ne soient transportés vers les marchés du Moyen-Orient, de l’Inde et de l’océan Indien. Pour faciliter la capture, les traitants mettaient le feu au village sur trois côtés et se saisissaient ainsi aisément de ceux qui tentaient de s’échapper. Livingstone, quand il atteint le lac Nyassa, (l’actuel lac Malawi) découvre, atterré, que le lac est traversé en permanence par des dhows, boutres chargés d’esclaves, et que de nombreux cadavres flottent au fil de l’eau. Dans les vingt années entre 1855 et 1875, des régions entières se trouvèrent vidées de leurs habitants.

L’explorateur Verney Cameron, envoyé au secours de Livingstone, alertait le gouvernement britannique par ces mots : Traverser les ruines de tant de villages abandonnés, qui abritaient autrefois des gens heureux, était d’une tristesse indescriptible. Où étaient passés ceux qui les avaient construits et avaient cultivé les champs environnants ? Où ? Emmenés comme esclaves, massacrés par des scélérats [...], ou morts de faim et de maladie dans la jungle.  L’Afrique se vide de son sang par tous ses pores. Ce pays riche […] voit sa population […] décimée jour après jour par la traite et les guerres fratricides (ma traduction). Précisons ici que les sociétés de l’Afrique précoloniale n’avaient rien de rousseauistes mais que les guerres intertribales étaient récurrentes.

L’anthropologue franco-sénégalais Tidiane N’Diaye n’hésite pas à parler de « génocide voilé » pour désigner les horreurs de la traite arabo-musulmane. Comment expliquer, malgré des faits historiques indéniables, ce refus de la prendre en considération ? D’abord peut-être parce qu’elle n’est pas l’œuvre d’États identifiables auxquels on peut demander des réparations (à l’exception d’Oman qui a colonisé Zanzibar - et la côte swahilie - et a asservi toute la population de l’île) ; ensuite, parce qu’un grand nombre d’esclaves mâles étaient castrés, au prix d’ailleurs d’une mortalité effrayante, et ne pouvaient donc pas se reproduire ; enfin parce que ces esclaves étaient répartis dans de nombreuses régions : Égypte, Arabie, Moyen-Orient et jusque dans les sultanats indiens, ce qui n’a pas permis la formation d’entités demandant réparation.

Comment conclure ? D’abord qu’il serait souhaitable que les Africains reconnaissent avoir joué un rôle central dans les deux traites, comme pourvoyeurs, intermédiaires ou organisateurs, et que ce sujet cesse d’être tabou ou marginalisé dans les récits historiques. Par exemple, contrairement à Pétré-Grenouilleau, les auteurs du bel ouvrage collectif récent, Les Mondes de l’esclavage. Une histoire comparée (Seuil, 2021), évoquent la participation active des Africains mais sans s’y attarder. Comme le titre l’implique, ils se concentrent davantage sur une histoire comparée des systèmes esclavagistes que sur les mécanismes internes africains. De toute façon, il reste malséant de remettre en cause les récits victimaires dominants.

On ne peut que déplorer en outre qu’en ces temps de violence, l’ONU ne se consacre pas avant tout à remplir sa fonction première, à savoir éviter les conflits majeurs et favoriser la coopération entre pays, plutôt que de passer du temps à hiérarchiser les crimes passés. Peut-être faudrait-il aussi que les membres de l’ONU, ainsi que bon nombre de politiques, quittent leur bulle idéologique et se plongent dans une étude approfondie de l’histoire.

Voir aussi

« On a tenté d'édulcorer la responsabilité de l'Islam dans les régimes autoritaires [et l'esclavage] du monde musulman »

 « Et si l’on demandait réparation à Alger pour les milliers de Français qui y furent réduits en esclavage ? » 

« Tradition franque » d’hommes libres contre esclavage traditionnel méditerranéen y compris européen

Radio-Canada nous « éduque » : « plus de 800 mille-z esclaves en sol canadien » en 1834

« La traite arabo-musulmane est volontairement occultée dans les mémoires de l’esclavage » 


Un million d’esclaves européens chez les Barbaresques 

Le génocide voilé (traite négrière musulmane)  

Histoire — la traite esclavagiste a-t-elle permis le décollage économique de l’Occident ?

 
Manuel d’histoire québécois approuvé par le Ministère (1) — chrétiens intolérants, Saint-Louis précurseur des nazis, pas de critique de l’islam tolérant pour sa part

 Complément au nouveau cours d'histoire du Québec (extrait de « Génocide voilé »)

dimanche 29 mars 2026

Le nombre d’écoles islamiques au Canada augmente rapidement

« Nous serions tous prêts à nous battre et à mourir pour le Canada », déclare Abraham Abougouche tandis que la neige s’abat sur la fenêtre de son bureau. Le « nous » dont parle M. Abougouche désigne le personnel et les élèves de l’Edmonton Islamic Academy (EIA), la plus grande école de ce type sur le continent américain. Il en est le directeur. Son bureau arbore les symboles d’une double identité : des gants de boxe ornés du drapeau palestinien sont accrochés en face d’une vitrine remplie de souvenirs de hockey sur glace. Cet équilibre est délicat. « L’assimilation », dit-il, peut être « dangereuse si elle se fait aveuglément… Vous allez perdre votre identité personnelle, votre lien avec vos ancêtres. »

L'entrée de la Edmonton Islamic Academy

De nombreux parents musulmans à travers le Canada partagent son inquiétude. Ils craignent que le système scolaire public du pays — qui sépare généralement la religion de l’éducation, tout en autorisant les écoles religieuses à fonctionner de manière privée — n’éloigne leurs enfants des valeurs islamiques ou ne les expose à l’islamophobie. La plupart des élèves musulmans fréquentent le système public, mais les données de l’Association des écoles islamiques du Canada montrent une augmentation des inscriptions dans les écoles islamiques privées. Il y a de longues listes d’attente pour les écoles existantes et de nouvelles s’ouvrent rapidement.

L’EIA est une source d’inspiration pour bon nombre de ces nouvelles écoles. Fondée en 1987, elle compte aujourd’hui 1 400 élèves. Son grand hall central a été conçu pour servir également de mosquée. Elle construit actuellement une extension de 80 millions de dollars canadiens (60 millions de dollars américains) pour accueillir sa liste d’attente, qui dépasse les 1 500 noms. Elle devra faire face à une certaine concurrence, car le Centre Omar Ibn Al Khattab, une mosquée située au sud de la ville, construit également une école islamique sur une terrain de plus de 16 hectares.

Les inquiétudes liées à une éventuelle islamophobie jouent un rôle dans cette expansion. Mohamed Abdallah, qui préside le conseil d’administration de la N.L. Islamic School, un réseau d’enseignement à domicile à St Johns, la capitale de la province de Terre-Neuve-et-Labrador, rapporte qu’un enseignant d’une école publique locale a dit à des enfants musulmans « de retourner dans leur pays ». Il prévoit d’ouvrir bientôt une école physique dans la région et espère que cela aidera à persuader les parents musulmans de rester dans la province.

Fuite du public

Les systèmes scolaires publics réagissent à ces critiques. Les conseils scolaires de l’Ontario, du Manitoba et de la Colombie-Britannique ont adopté des politiques contre l’islamophobie. Certains vont plus loin. Le Waterloo Region District School Board, en Ontario, aurait fait la promotion d’un « magasin de vêtements islamiques », vendant des articles arborant des slogans tels que « One Ummah, One Love » (l'Oummah signifie « nation » ou « communauté » en arabe).


Les écoles privées canadiennes doivent suivre le programme scolaire établi par leur province [Ce n'est pas rigoureusement exact, voir encadré ci-dessous]. Cela vise à maintenir le niveau en mathématiques, en sciences et en sciences sociales. M. Abougouche explique que les écoles islamiques doivent faire preuve d’« un peu de créativité » pour intégrer des cours sur l’islam. À l’école primaire Tarbiyah, près de Toronto, l’étude du cycle de l’eau en cours de sciences est ponctuée de discussions sur l’eau en tant que bénédiction d’Allah. Les cours de mathématiques dans la plupart des écoles islamiques mettent en avant l’influence des mathématiciens musulmans. À l’école Albushra d’Ottawa, les cours de sciences sociales promettent de « mettre en valeur la riche mosaïque de la civilisation islamique » à travers « la littérature, la poésie et la narration ». M. Abougouche explique que les cours de sciences sociales cherchent à comparer le sort des Autochtones canadiens à l’expérience des musulmans d’aujourd’hui.

De nombreuses écoles islamiques prolongent la journée scolaire afin que les élèves puissent apprendre à réciter le Coran. Souvent, ces séances ne sont pas facultatives. À l’École Ibn Batouta, également à Ottawa, les élèves doivent s’efforcer de mémoriser au moins un sourate (chapitre) du Coran par an, et sont encouragés à en apprendre davantage.

Ahmed (nom d’emprunt), un Ghanéen de 17 ans scolarisé à l’école ICE Islamia de Toronto, arbore fièrement une large djellaba marocaine. « J’aime être perçu comme musulman » dit-il. Fréquenter l’Islamia lui permet de conserver un cercle d’amis restreint ; il a constaté que les adolescents non musulmans sont souvent déconcertés par sa foi et le font se sentir exclu. Ses camarades de classe se lancent des défis pour lire l’intégralité du Coran pendant le ramadan. Les éducateurs publics et les sociologues craignent que le fait de céder à cette préférence pour des groupes d’amis exclusivement musulmans ne nuise à la cohésion sociale.

Tous les élèves ne sont pas comme Ahmed, note Ali Khan, son directeur. Il s’occupe d’enfants qui sont « obligés » d’être à l’école par leurs parents. « Nous essayons d’en tirer le meilleur parti », dit-il. Il en persuade certains des avantages de l’éducation islamique ; d’autres retournent vers le système public.

Les parents n’obtiennent pas tout ce qu’ils veulent. À Edmonton, M. Abougouche note qu’il s’est opposé à la demande de classes séparées par sexe. Certaines écoles laissent les parents décider si leurs filles portent le hijab. D’autres imposent cette tenue. Une école de Winnipeg exige que les filles portent le hijab dès l’âge de dix ans. L’éducation à la sexualité et au genre est un autre sujet de friction.

Certains programmes scolaires imposent désormais aux établissements d’enseigner aux élèves ce que sont les personnes homosexuelles et transgenres. De nombreuses écoles musulmanes ignorent cette directive.

La ségrégation n’est pas absolue. M. Abougouche affirme que les liens tissés avec des écoles non musulmanes permettent aux élèves de côtoyer des enfants différents d’eux. « Nous créons une bulle destinée à les protéger », explique-t-il. « Mais nous reconnaissons également que si on ne leur permet pas de sortir de cette bulle, c’est tout aussi dangereux. » Le déjeuner est composé de poutine, un plat canadien [québécois en réalité] classique. Les élèves se rendent en file indienne à la mosquée pour prier, les garçons séparés des filles. M. Abougouche souhaite qu’ils profitent de tout : la prière et la poutine.

Source : The Economist 


La liberté pédagogique des écoles privées au Canada : une mosaïque provinciale

Au Canada, l’éducation relève exclusivement des provinces, ce qui crée une grande diversité dans la régulation des écoles privées (subventionnées ou non). Contrairement à une idée répandue, toutes les écoles privées ne sont pas tenues de suivre strictement le programme provincial. La liberté pédagogique — c’est-à-dire la capacité de choisir les contenus, méthodes et approches (y compris confessionnelles) — varie énormément selon la province, le statut de financement et le type d’établissement. Les écoles juives, huttérites ou mennonites illustrent bien ces différences.

Québec : le moins de liberté pédagogique

Le Québec est la province où les écoles privées disposent de la plus faible marge de manœuvre. Toutes les écoles privées, qu’elles soient subventionnées ou entièrement financées par les parents, doivent détenir un permis et offrir le Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) dans son intégralité. Les enseignants sont généralement certifiés par la province, et les écoles participent souvent aux évaluations provinciales. Même les établissements religieux (juifs, catholiques ou autres) ne peuvent déroger au cadre laïque : les cours comme l’ancien Éthique et culture religieuse (aujourd’hui Culture et citoyenneté québécoise) devaient être enseignés de manière « neutre » partout y compris dans des écoles catholiques privées comme Loyola qui s'est opposée à cette contrainte et a gagné en Cour Suprême. Les éléments confessionnels ne sont autorisés qu’en supplément, jamais en remplacement. [Québec : la guerre contre l'école privée est une guerre injuste,  Loi 9 sur la laïcité (lutte à l'entrisme islamiste à l'école publique) : école privée protestante menacée de fermeture]

Résultat : très peu de liberté pédagogique, même pour les écoles non subventionnées.

Provinces de l’Ouest : flexibilité variable selon le financement

En Alberta, Saskatchewan et Manitoba, les écoles privées financées (ou accréditées) doivent généralement suivre le curriculum provincial et employer des enseignants certifiés.

En revanche, les écoles indépendantes non financées bénéficient d’une plus grande autonomie sur les contenus et méthodes. Les communautés huttérites et mennonites profitent souvent d’un statut hybride : leurs écoles sur colonie sont généralement gérées par les divisions scolaires publiques (donc financées), mais adaptées culturellement. Les enseignants provinciaux certifiés dispensent le curriculum de base, avec des exemptions limitées et des cours de religion ou d’allemand hors horaire scolaire.

Les écoles mennonites privées suivent un modèle similaire, avec plus ou moins de liberté selon qu’elles demandent ou non du financement.

En Colombie-Britannique, les écoles indépendantes sont classées en groupes : les plus financées doivent respecter le curriculum provincial, tandis que les écoles non financées ont une plus grande latitude.

Ontario : une des plus grandes libertés

L’Ontario offre l’un des cadres les plus souples. Les écoles privées élémentaires (et les secondaires non inspectées) ne sont pas obligées de suivre le curriculum provincial. Elles doivent simplement enseigner des matières générales et respecter les lois sur la fréquentation scolaire.

Seules les écoles secondaires inspectées qui délivrent des crédits officiels doivent s’aligner sur le programme.

Cela profite particulièrement aux écoles juives, chrétiennes ou autres confessionnelles non financées, qui peuvent intégrer librement leurs valeurs et approches pédagogiques.

Les provinces maritimes et le reste du pays

Dans les provinces de l’Est (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, etc.), les écoles privées reçoivent rarement du financement public et jouissent donc d’une grande autonomie pédagogique, à condition de respecter les exigences minimales de fréquentation et de sécurité.

En résumé

La liberté pédagogique des écoles privées au Canada n’est pas uniforme : elle est maximale dans les écoles non financées en Ontario et dans certaines provinces de l’Ouest, et minimale au Québec, où même les établissements indépendants doivent s’aligner strictement sur le PFEQ et le cadre laïque. Les communautés religieuses tirent parti de ces variations provinciales pour maintenir leur identité éducative.