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jeudi 21 mai 2026

L'anglais demeure la lingua franca de la science, mais d'autres langues s'imposent

Une étude bibliométrique de l'Université de Montréal portant sur 88 millions d'articles scientifiques retrace, à l'échelle mondiale, l'évolution des langues dans la science de 1990 à 2023. En italique nos commentaires qui font suite au communiqué de presse de l'Université de Montréal.

En 2023, 85 % des quelque cinq millions d'articles scientifiques indexés dans les grandes bases de données mondiales étaient rédigés en anglais. En 1990, cette proportion atteignait 94 %. Une baisse de neuf points en 30 ans qui, bien que modeste, traduit une transformation du paysage de la communication savante qui soulève des questions sur l'équité, la diversité et l’inclusion dans la production mondiale des connaissances. 

C'est l'une des conclusions d'une étude bibliométrique publiée en anglais [...] réalisée par Carolina Pradier et Lucía Céspedes à l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI) de l'Université de Montréal, sous la direction du professeur Vincent Larivière, et dont les résultats sont parus dans le Journal of the Association for Information Science and Technology.

L’équipe a analysé près de 88 millions d'articles et d'actes de conférences publiés entre 1990 et 2023, ainsi que plus de 1,48 milliard de liens de citations. 


mardi 12 mai 2026

« L’arabe est la deuxième langue la plus parlée en France »

Lors d’un discours prononcé en Égypte le 9 mai 2026, à l’occasion de l’inauguration d’un nouveau campus de l'université francophone d'Alexandrie, le président Emmanuel Macron a souligné les liens linguistiques et culturels entre la France et les pays méditerranéens. Devant son auditoire, il a déclaré : « L’arabe est la deuxième langue la plus parlée en France. C’est une réalité qu’il faut souvent rappeler. » Cette affirmation, prononcée dans le cadre d’un plaidoyer pour le multilinguisme et le renforcement de la francophonie, a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant de nombreux débats sur l’évolution de la société française et la place des langues issues de l’immigration.


Le chef de l’État français a salué un projet universitaire francophone présenté comme un modèle de coopération entre l’Égypte et la France, soutenu par un financement égyptien d’environ 60 millions d’euros. Il a mis en avant la hausse du nombre d’étudiants, l’objectif de dépasser 500 inscrits, ainsi que le développement de formations en ligne et de réseaux internationaux d’anciens étudiants. Son nouveau campus, situé à Borg El Arab (nom prédestiné pour cette annonce) près d’Alexandrie, s’étend sur 33 500 m² et dispose d’infrastructures modernes dédiées à l’enseignement et à la recherche.

Statistiques linguistiques en France.

Le français est la langue officielle de la République (article 2 de la Constitution) et la langue largement dominante. La France est de facto multilingue en raison des langues régionales, des langues d’outre-mer et surtout des langues issues de l’immigration. 

Environ 54 % de la population ne maîtrise que le français.

Enquête INSEE/INED 1999 (la plus complète sur la transmission) : 26 % des adultes (environ 11,5 millions) ont reçu une langue autre que le français de leurs parents (moitié langues régionales, moitié langues d’immigration). La transmission intergénérationnelle de ces langues reste faible (environ 35 %). 

L’arabe dialectal (maghrébin : algérien, marocain, tunisien principalement) est généralement considéré comme la deuxième langue la plus parlée en France, avec des estimations entre 3 et 4 millions de locuteurs (y compris niveaux variables, souvent en contexte familial). Il devance les créoles, le berbère (amazigh), l’alsacien, l’occitan et le breton. 

Cela reflète l’importance de l’immigration maghrébine et subsaharienne.

L’arabe est surtout parlé en famille ou dans certains quartiers, mais la maîtrise du français reste élevée chez les immigrés (90 % bonne compréhension orale chez les 18-59 ans). 

Langues régionales (estimations autour de 1999, en baisse) : Occitan (500 000+), alsacien (500 000+), breton (~300 000), langues d’oïl, corse, basque, etc. Au total, elles sont moins parlées que l’arabe dialectal. 

lundi 1 décembre 2025

Sondage gouvernemental — Prédominance du russe chez les écoliers de Kiev

Le sondage d’État de 2025 montre une prédominance du russe chez les écoliers de Kiev (66 % en classe, 82 % en pauses), avec 24 % des enseignants l’utilisant en leçons et 40 % pendant les pauses. Ceci s’oppose à une hausse nationale de l’ukrainien exclusif chez les élèves (de 49 % à 60 % en classe). Il est à noter que les enseignants qui utilisent le russe violent les lois linguistiques ukrainiennes.  

À l’échelle nationale, l’usage de l’ukrainien par les enseignants atteint 86 % en classe et 79 % en pauses, marquant une progression organique depuis 2022, malgré un léger recul global de 55 % à 49 % chez les enfants dus à des habitudes familiales.

Kiev apparaît comme une anomalie démographique due à l’afflux de réfugiés russophones de l’Est, incitant le gouvernement à proposer des blocages de contenus russes en ligne et des limites d’accès web pour mineurs, vu comme un enjeu de sécurité nationale.


Il faut cependant insister sur les pressions sociales exacerbées depuis quelques années et les obligations d’utiliser l’ukrainien imposées aux enseignants. Les enseignants, souvent contraints d’adopter l’ukrainien malgré des réalités domestiques dominées par le russe, dans un climat où les réponses aux sondages pourraient être biaisées par des pressions sociales à « bien répondre » à un organisme national ukrainien.

Le léger recul national de l’usage de l’ukrainien parmi les enfants (de 55 % en 2023 à 49 % en 2024) suggère que les habitudes familiales, souvent ancrées dans le russe, résistent aux politiques musclées d’ukrainisation imposée par l’État. À Kiev, l’afflux de réfugiés russophones de l’Est et du Sud, ainsi que le retour de citoyens ayant vécu à l’étranger pourrait expliquer cette évolution. Voir Pologne — Des classes pour élèves ukrainiens en russe et Moldavie — 88 % des réfugiés ukrainiens choisissent le russe comme langue d’enseignement, 6 % l’ukrainien.

Du point de vue linguistique, cette situation illustre une diglossie forcée. L’ukrainien est imposé comme langue officielle et éducative, tandis que le russe persiste dans les sphères informelles, créant un décalage entre les pratiques réelles et les statistiques officielles. La progression de l’ukrainien (jusqu’à 60 % en classe) pourrait ainsi masquer une adhésion superficielle.

Depuis l’invasion russe de 2022, les restrictions linguistiques se sont durcies. Le 19 juin 2022, le Parlement a interdit la publication de livres et la diffusion de musique en russe par des citoyens russes, sauf s’ils renoncent à leur nationalité russe. Les chaînes de télévision pro-russes ont été fermées, et des quotas de 75 % d’ukrainien ont été imposés aux médias audiovisuels depuis 2017. Ces mesures ont été critiquées par Human Rights Watch et la Commission de Venise pour leur impact sur les minorités (russes, hongroises, roumaines, etc.)

dimanche 11 mai 2025

Inde — les querelles linguistiques y continuent

Le mois dernier, à Bangalore, capitale indienne de la technologie, des spectateurs ont chahuté une vedette pop en exigeant qu'elle chante en kannada, la langue locale. Il les a rembarrés et la police a porté plainte contre lui. À New York, Diljit Dosanjh, acteur et chanteur pandjabi, est arrivé au Met Gala vêtu d'une cape brodée de l'alphabet panjabi, ce qui a été perçu comme une affirmation de fierté linguistique. Au Tamoul Nadou, le ministre en chef a déclaré que les parents devraient donner aux bébés des noms tamouls. Pendant ce temps, le gouvernement central s'efforce de promouvoir l'utilisation de l'hindi à l'échelle nationale. Les locuteurs d'autres langues se rebiffent, comme on pouvait le prévoir.

Les langues sont un sujet sensible dans un pays qui en compte 22 légalement reconnues et des centaines d'autres. C'est aussi la raison d'être de la plupart des États indiens. Lorsque les frontières internes ont été redessinées après l'indépendance, c'est sur la base de critères linguistiques : Le Goujarat pour les locuteurs du goudjarati, le Maharachtra pour les locuteurs du marathi. Certains militants se sont immolés par le feu plutôt que d'être contraints de parler une langue étrangère. Les États du Sud, en particulier, s'irritent depuis longtemps de ce qu'ils considèrent comme des tentatives du Nord d'« imposer » une langue étrangère. Les tentatives d'enseignement obligatoire de l'hindi ont provoqué des agitations dans le sud avant même l'indépendance.

 Les gouvernements, tant au niveau des États qu'au niveau national, persistent dans leur politique linguistique. Les événements qui se déroulent dans le Maharachtra indiquent que cette quête n'est pas fructueuse. L'État a récemment obligé les jeunes élèves à apprendre l'hindi comme troisième langue, avant d'être rapidement contraint de faire marche arrière. Le Maharachtra est dirigé par le Bharatiya Janata Party (BJP), qui est au pouvoir au niveau national et dans la plupart des États du nord où l'on parle l'hindi. Si le parti ne peut imposer sa volonté dans un État qu'il contrôle, quel espoir dans le sud ?

La langue promue par le gouvernement n'est pas non plus une langue parlée par de nombreuses personnes. L'hindi démotique est une langue variée et indulgente, parlée différemment selon les régions du pays. La version sanskritisée promue par le BJP serait analogue à l'arabe standard moderne auquel on aurait ajouté un vocabulaire classique : une invention qui n'a que peu de portée. Non satisfait d'avoir imposé l'hindi à la population, le ministre en chef de l'État de Delhi, gouverné par le BJP, a déclaré la semaine dernière que le sanskrit - dont la langue maternelle est parlée par pratiquement aucune personne - était la langue de l'avenir.

Si l'idée est de donner aux Indiens une langue commune pour communiquer entre eux, elle est contre-productive. Dans le sud, l'hindi est associé à la domination du nord. Le fardeau des politiques linguistiques retombe souvent sur les écoliers ; être obligé d'étudier quelque chose n'inculque pas nécessairement l'amour de cette langue. De toute façon, la promotion de l'hindi semble en contradiction avec d'autres priorités déclarées, telles que les efforts du gouvernement pour créer un traducteur d'IA qui aidera à « transcender les barrières linguistiques ».

Il est indéniable que l'Inde est divisée par ses langues. Mais cela tend à s'estomper. Une étude réalisée par Leena Bhattacharya et S. Chandrasekhar de l'Indira Gandhi Institute of Development Research à Mumbai a révélé que la probabilité que deux Indiens pris au hasard puissent parler une langue commune, sur la base des données du recensement de 2011, était d'environ une sur quatre, contre une sur cinq en 1971. Il n'y a pas eu de recensement depuis, mais le prochain révélera sans doute que la probabilité a augmenté.

L'une des raisons est que l'hindi s'est répandu sans ou malgré les efforts acharnés du gouvernement. L'influence de la culture pop hindoue de Bombay y a contribué, de même que l'utilisation croissante de l'alphabet romain pour les mots hindis dans la publicité et en ligne. La migration des régions pauvres, septentrionales et hindiphones vers le sud prospère y a également contribué. Entre 2001 et 2011, le nombre de locuteurs natifs du tamoul au Tamoul Nadou a augmenté de 14,3 %, en phase avec la croissance de la population (15,6 %). En revanche, le nombre de locuteurs natifs de l'hindi a plus que doublé dans l'État, principalement dans les villes.

Source : The Economist

vendredi 20 décembre 2024

Quel avenir pour les traducteurs humains ?


Vasco Pedro était convaincu que, malgré l’essor de l’intelligence artificielle (IA), pour que les machines parviennent à traduire aussi bien que les traducteurs professionnels, il faudrait toujours qu’un humain intervienne. C’est alors qu’il a vu les résultats d’un concours organisé par Unbabel, sa jeune entreprise basée à Lisbonne, opposant son dernier modèle d’IA aux traducteurs humains de l’entreprise. « Je me suis dit… ça y est, on est fichu », raconte-t-il. « Les humains en ont terminé avec la traduction ». M. Pedro estime que la traduction humaine représente actuellement environ 95 % de l’industrie mondiale de la traduction. Il estime que dans les trois prochaines années, la participation humaine tombera à un niveau proche de zéro.

Il n’est guère surprenant que les concepteurs de modèles d’IA soient optimistes, mais leur optimisme est de mise. La traduction automatique est devenue si fiable et si omniprésente que de nombreux utilisateurs ne la voient plus. Les premiers essais de traduction informatisée ont eu lieu il y a plus de 70 ans, lorsqu’un ordinateur IBM a été programmé avec un lexique de 250 mots d’anglais et de russe et six règles grammaticales. Cette approche « basée sur des règles “a été remplacée dans les années 1990 par une approche” statistique », fondée sur l’analyse de vastes ensembles de données, qui était encore considérée comme l’état de l’art au moment du lancement de Google Translate en 2006. Le domaine a cependant explosé en 2016, lorsque Google est passé à un moteur « neuronal », ancêtre des grands modèles de langage (LLM) d’aujourd’hui. L’influence s’est exercée dans les deux sens : l’amélioration des LLM a entraîné celle de la traduction automatique.

Dans le cadre du test d’Unbabel, des traducteurs humains et automatiques ont été invités à tout traduire, du simple message texte aux contrats juridiques complexes, en passant par l’anglais archaïque d’une ancienne traduction des « Méditations » de Marc-Aurèle. Le modèle d’IA d’Unbabel s’est montré à la hauteur. Mesurés par Multidimensional Quality Metrics, un référentiel de suivi de la qualité des traductions, les humains étaient meilleurs que les machines s’ils parlaient couramment les deux langues et s’ils étaient également experts dans le domaine traduit (par exemple, les traducteurs juridiques spécialisés dans les contrats). Mais l’avance est minime, déclare M. Pedro, qui ajoute qu’il serait difficile d’imaginer que, d’ici deux ou trois ans, les machines ne supplantent pas totalement les humains.

Marco Trombetti, patron de Translated, basée à Rome, a créé une autre mesure de la qualité des traductions automatiques, appelée Time to Edit (TTE). Il s’agit du temps nécessaire à un traducteur humain pour vérifier une transcription produite par une machine. Plus il y a d’erreurs dans la transcription, plus le traducteur humain doit travailler lentement. Entre 2017 et 2022, le TTE est passé de trois à deux secondes par mot dans les dix langues les plus traduites. M. Trombetti prévoit qu’elle tombera à une seconde dans les deux prochaines années. À ce stade, un humain n’apporte pas grand-chose au processus pour la plupart des tâches, si ce n’est ce que Madeleine Clare Elish, responsable de l’IA responsable chez Google Cloud, appelle une « zone de déformation morale » : une personne qui portera le chapeau lorsque les choses tourneront mal, mais sans espoir raisonnable d’améliorer les résultats.

Le problème de la traduction d’une phrase à l’autre est « presque résolu » pour les langues « à ressources élevées » disposant du plus grand nombre de données d’entraînement comme le français et l’anglais, explique Isaac Caswell, chercheur scientifique chez Google Translate.

Mais aller plus loin et rendre la traduction automatique aussi performante qu’une personne multilingue — en particulier pour les langues qui ne disposent pas d’une multitude de données d’apprentissage — sera une tâche plus ardue.

Les traductions complexes sont confrontées aux mêmes problèmes que ceux auxquels sont confrontés les linguistes en général. Sans la possibilité de planifier, de se référer à la mémoire à long terme, de s’appuyer sur des sources factuelles ou de réviser leur production, même les meilleurs outils de traduction ont du mal à traiter les ouvrages volumineux ou les tâches de précision telles que le respect de la longueur d’un titre traduit. Des tâches qu’un être humain considère comme triviales continuent de dérouter les outils d’aide à la traduction. Ils « oublient », par exemple, les traductions de termes figés tels que les noms de magasins, et les traduisent à nouveau, et souvent différemment, chaque fois qu’ils les rencontrent. Ils peuvent également halluciner des informations qu’ils ne possèdent pas pour les faire correspondre aux structures grammaticales de la langue cible. « Pour obtenir une traduction parfaite, il faut aussi une intelligence de niveau humain », explique M. Caswell. Sans être un poète compétent, il est difficile de traduire un haïku.

Encore faut-il que les utilisateurs puissent se mettre d’accord sur ce qu’est une traduction parfaite. La traduction a longtemps été caractérisée par une tension entre la « transparence » et la « fidélité », c’est-à-dire le choix entre traduire des phrases mot à mot telles qu’elles sont dans la langue originale ou telles qu’elles sont ressenties par le public cible. Une traduction transparente laisserait une expression idiomatique telle quelle, fera entendre aux francophones un Polonais balayer un problème en traduisant littéralement « pas mon cirque, pas mes singes » alors qu’une traduction fidèle (aussi appelée libre ou contextuelle) irait jusqu’à changer des références culturelles entières afin, par exemple, que les Américains ne soient pas pris au dépourvu par l’utilisation dans un texte britannique de « football-shaped » pour décrire un objet sphérique alors qu’aux États-Unis le ballon de football est ovale.

Même s’il existait un simple réglage qui permette de passer de la transparence à la fidélité, le perfectionnement de l’interface d’un tel système nécessiterait l’assistance de l’IA. La traduction d’une langue à l’autre peut parfois nécessiter plus d’informations que celles présentes dans le document source : pour traduire « Je t’aime bien » du français au japonais, par exemple, il faut connaître le sexe de l’interlocuteur, sa relation avec la personne à laquelle on s’adresse et, idéalement, son nom pour éviter l’utilisation impolie du mot « tu ». Un traducteur automatique parfait devrait être capable d’interpréter et de reproduire tous ces indices et inflexions subtils.

L’ajout de cases à cocher et de sélecteurs à une interface aurait pour effet d’embrouiller les utilisateurs. Dans la pratique, un traducteur automatique parfait devrait offrir une qualité de résultat et une méthode d’entrée de données dignes d’un être humain. L’obligation de poser des questions complémentaires, de savoir quand troquer la transparence contre la fidélité et de comprendre à quoi sert une traduction signifie que la traduction avancée aura besoin de plus d’informations que le simple texte source, explique Jarek Kutylowski, fondateur de DeepL, une jeune entreprise allemande. Si nous pouvons voir l’adresse à laquelle vous envoyez un courriel, voire l’historique de la conversation, nous pourrons dire « Hé, cette personne est en fait votre patron » et l’adapter en conséquence.

Il y a ensuite la question des langues à faibles ressources, où la rareté des textes écrits signifie que la précision des traductions n’est pas améliorée par les percées du LLM qui ont transformé le reste de l’industrie. Des approches moins gourmandes en données sont actuellement testées. Une équipe de Google, par exemple, a mis au point un système permettant d’ajouter la traduction de la parole à la parole pour 15 langues africaines. Plutôt que d’être formé sur des gigaoctets de données audio, ce système apprend à lire les mots écrits comme le ferait un enfant, en associant les sons de la parole à des séquences de caractères sous forme écrite.

La traduction en direct est également en préparation. DeepL a lancé en novembre un système de traduction orale, qui offre des services d’interprétation pour les conversations individuelles en personne et les vidéoconférences entre plusieurs participants. Unbabel, quant à elle, a fait la démonstration d’un appareil capable de lire les petits mouvements musculaires des poignets ou des sourcils et de les associer à du texte généré par le modèle LLM pour permettre la communication sans qu’il soit nécessaire de parler ou de taper à la machine. L’entreprise a l’intention d’intégrer cette technologie dans un dispositif d’assistance destiné aux personnes atteintes de lésions neuromotrices et qui ne peuvent plus parler.

Malgré ces progrès, et le rôle qu’il y a joué, M. Caswell espère que l’intérêt de parler d’autres langues ne disparaîtra pas complètement. « Les outils de traduction sont très utiles pour se déplacer dans le monde, mais ce ne sont que des outils », explique-t-il. « Ils ne peuvent pas remplacer l’expérience humaine de l’apprentissage d’une langue, qui permet de comprendre d’où viennent les autres, de comprendre à quoi ressemble un endroit différent. »


Source : The Economist

mercredi 18 décembre 2024

L'intérêt pour l'anglais diminue en Chine



En prévision des Jeux olympiques d'été de 2008, les autorités de Pékin, ville hôte et capitale de la Chine, avaient lancé une campagne visant à enseigner l'anglais aux résidents susceptibles d'être en contact avec des visiteurs étrangers. La police, les employés des transports en commun et le personnel des hôtels étaient notamment visés. L'un des objectifs était que 80 % des chauffeurs de taxi atteignent un niveau de compétence de base.

Aujourd'hui, cependant, tout étranger visitant Pékin remarquera que peu de personnes sont en mesure de parler correctement l'anglais. L'objectif de 80 % s'est avéré fantaisiste : la plupart des chauffeurs ne parlent toujours que le chinois. Même le personnel du principal aéroport international de la ville, en contact avec le public, a du mal à communiquer avec les étrangers. Les agents d'immigration ont souvent recours à des systèmes de traduction informatisés.

Pendant une bonne partie des 40 années qui se sont écoulées depuis que la Chine a commencé à s'ouvrir au monde, la « fièvre de l'anglais » était une expression courante. Les gens étaient impatients d'apprendre les langues étrangères, et surtout l'anglais. Beaucoup espéraient que ces compétences leur permettraient de trouver un emploi dans des entreprises internationales. D'autres voulaient faire des affaires avec des sociétés étrangères. Certains rêvaient de s'installer à l'étranger. Mais l'enthousiasme pour l'apprentissage de l'anglais s'est émoussé ces dernières années.

Selon un classement établi par EF Education First, une société internationale de formation linguistique, la Chine occupe la 91e place sur 116 pays et régions en termes de maîtrise de l'anglais. Il y a quatre ans, elle occupait la 38e place sur 100. Au cours de cette période, elle est passée d'un niveau « modéré » à un niveau « faible ». Certains Chinois remettent en question l'exactitude de l'indice EF. Mais d'autres font remarquer que cette tendance apparente se produit alors que la Chine devient de plus en plus insulaire.

Pendant la pandémie de Covid-19 notamment, la Chine a fermé ses frontières. Les fonctionnaires et les hommes d'affaires, sans parler des citoyens ordinaires, ont peu voyagé à l'étranger. Longtemps après que le reste du monde a commencé à s'ouvrir, la Chine est restée fermée plus longtemps. Dans le même temps, les relations de la Chine avec les plus grands pays anglophones du monde se sont détériorées. Les guerres commerciales et les querelles diplomatiques ont mis à rude épreuve ses liens avec l'Amérique, l'Australie, la Grande-Bretagne et le Canada.

L'ambiance est telle que les législateurs et les administrateurs scolaires ont tenté de limiter le temps consacré à l'étude de l'anglais et de réduire le poids accordé à cette langue dans les examens d'entrée à l'université, très importants en Chine. En 2022, un législateur a proposé de réduire l'importance de la langue anglaise afin de renforcer l'enseignement des matières traditionnelles chinoises. Le ministère de l'éducation a refusé. Mais un professeur de l'une des universités d'élite chinoises affirme, selon The Economist de Londres, que de nombreux étudiants considèrent l'anglais comme moins important qu'auparavant et sont moins intéressés par son apprentissage.

Aujourd'hui, les Chinois sont moins nombreux à voyager à l'étranger qu'avant la pandémie. Les jeunes sont moins attirés par les emplois nécessitant l'usage de l'anglais, préférant un travail ennuyeux mais sûr dans le secteur public.

Enfin, les applications de traduction s'améliorent rapidement et deviennent de plus en plus omniprésentes. Ces outils pourraient également avoir un effet en dehors de la Chine. Les classements de l'EF montrent que le Japon et la Corée du Sud, férus de technologie, ont également perdu du terrain en ce qui concerne la maîtrise de l'anglais. Pourquoi passer du temps à apprendre une nouvelle langue quand votre téléphone la parle déjà couramment ?

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jeudi 5 décembre 2024

TEIMS/TIMSS 2023 - Résultats inquiétants pour les élèves de 4e année/CM1 en Belgique francophone et France, Québec dans la moyenne basse

L’étude Tendances de l’enquête internationale sur les mathématiques et les sciences (TEIMS) est une évaluation internationale qui mesure les connaissances et les compétences des élèves de 4e année en mathématiques et en sciences; le projet est parrainé par l’Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire (AIE). La TEIMS a lieu tous les quatre ans depuis 1995. Plus de 60 pays ont participé à la TEIMS 2023. L'Ontario et le Québec y ont aussi participé à titre séparé. L'enquête est connue en France sous son abréviation anglaise : TIMSS.

Les résultats de l'enquête 2023 sur le niveau des élèves de 4e année (CM1 en France) en mathématiques et en sciences ont été publiés.

Le niveau des élèves français est toujours très inquiétant. Les élèves québécois s'en sortent mieux, mais sont dans la moyenne basse de l'OCDE.


En France comme au Québec et en Ontario, l’écart entre garçons et filles s’accroit depuis les précédentes enquêtes, en sciences comme en maths :


Comme précédemment, la France présente des écarts particulièrement criants entre élèves de milieux favorisés et défavorisés. Même les élèves français les plus favorisés ont un niveau bien inférieur aux élèves similaires des autres pays de l’OCDE :


Les allophones (ceux qui ne parlent ni le français ni l'anglais comme langue maternelle en Ontario et au Québec) ont de meilleurs résultats que les locuteurs francophones et anglophones de langue maternelle. Ce n'est pas le cas en Belgique ou en Allemagne. Dans le tableau ci-dessous, on remarque que le Québec est la juridiction avec le moins d'élèves dont la langue toujours parlée à la maison est celle du test (49%) et ce sont ceux avec le pire résultat pour le Québec.
 

Les étudiants parlent la langue du test à la maison

 (mathématiques 4e année/CM1)


ToujoursPresque toujours Parfois Jamais
Pays%
d'étu-diants
Résultat Moyen%
d'étu-diants
Résultat Moyen%
d'étu-diants
Résultat Moyen%
d'étu-diants
Résultat Moyen
Allemagne 56
(1,0)
535
(2,3)
19
(0,6)
529
(4,5)
22
(0,8)
505
(3,8)
4
(0,3)
492
(7,7)
Belgique (Flandres) 56
(1,3)
534
(2,2)
15
(0,6)
524
(3,5)
25
(1,1)
497
(4,3)
4
(0,4)
508
(9,5)
Belgique (Franco) 55
(1,2)
497
(2,5)
19
(0,7)
495
(3,8)
23
(1,0)
470
(3,7)
3
(0,3)
467
(7,6)
France 64
(1,3)
488
(3,2)
15
(0,7)
498
(3,6)
19
(0,9)
464
(4,7)
2
~
~
~
Moyenne
internationale
62
(0,2)
505
(0,5)
16
(0,1)
512
(0,7)
18
(0,1)
496
(0,8)
4
(0,1)
461
(1,8)
Ontario 52
(1,5)
496
(3,8)
17
(1,0)
524
(5,4)
27
(1,2)
504
(5,2)
4
(0,7)
511
(21,2)
Québec 49
(1,9)
507
(3,4)
20
(0,9)
528
(3,7)
25
(1,6)
517
(4,0)
6
(0,6)
530
(6,4)

( ) Les erreurs types figurent entre parenthèses. En raison des arrondis, certains résultats peuvent sembler incohérents.
Un tilde "~" indique que les données sont insuffisantes pour présenter un résultat.

Voir aussi

La France dernière du classement européen en maths selon une nouvelle enquête

mercredi 27 novembre 2024

Kebab, « barber shop », « fast-food », déclin de la vigne, augmentation des fautes d'orthographe... : voyage dans la France hors sol

[...]

En agronomie, on appelle culture hydroponique le fait de faire pousser des fruits ou des légumes en dehors des champs, dans des serres, sur un substrat inerte (terreau, billes d’argile, laine de roche, fibres de coco…) parcouru par des solutions liquides enrichies en nutriments.

[...]

On peut avoir régulièrement l’impression que la France contemporaine fonctionne sur ce modèle. La roche mère a été arasée, de nouvelles couches se sont déposées, et ce qui pousse maintenant dans de nombreux endroits est hors-sol, sans les racines qui ont longtemps nourri notre culture. C’est une France générique où tout semble interchangeable, uniformisé, sans ancrage profond. Dans de nombreux territoires, cette réalité hydroponique est devenue la norme et marque les paysages comme les modes de vie.

Dans la nuit du 31 octobre dernier, deux fusillades ont eu lieu, l’une à Poitiers et l’autre à Saint-Péray, dans l’agglomération de Valence, événements au cours desquels deux jeunes ont trouvé la mort et plusieurs autres ont été blessés.

[...]  Certes, la roche mère subsiste encore à la façon d’un vieux relief érodé. Les fusillades se sont déroulées dans le quartier des Couronneries à Poitiers et dans la commune ardéchoise de Saint-péray, toponymes se rattachant au référentiel de la France traditionnelle. Mais si le substrat historique affleure encore, on note également les indices du dépôt d’une couche culturelle yankee, résultat de l’américanisation désormais assez ancienne du pays. À Poitiers, le plus haut et le plus emblématique bâtiment du quartier d’habitat collectif des Couronneries, sorti de terre à la fin des années 1960, porte le nom de tour Kennedy. La discothèque de Saint-Péray devant laquelle la fusillade s’est produite s’appelle The Seven.

[...] À Poitiers, dans le cadre d’un vaste programme de rénovation urbaine, la vieille tour Kennedy est en voie de démantèlement et le foyer de jeunes travailleurs qui s’y trouvait sera relogé dans une nouvelle résidence s’intitulant Barankaï K2, le terme « barankaï » signifiant « communauté » en philippin (nous sommes loin du vieux patois poitevin), «K2» faisant référence au nom de l’ancien immeuble, comme un «Kennedy 2». À Saint-Péray également, la couche culturelle d’inspiration technocratique est présente dans la toponymie, puisque la discothèque est implantée au cœur d’une vaste zone commerciale portant le nom de « zone Pôle 2000 », la référence moderniste à l’an 2000 ayant été très en vogue parmi les aménageurs dans les années 1980 et 1990. Cette zone commerciale regroupant de multiples enseignes et desservie par plusieurs ronds-points est par ailleurs typique des paysages de la France hydroponique.

Parallèlement à la multiplication des zones commerciales, la topographie de la France hydroponique se caractérise également par l’émergence de commerces communautaires ou en lien avec la présence d’une population issue des immigrations. À Poitiers, l’auteur de la fusillade a fait feu sur la terrasse d’un kebab. Ce type d’établissement, comme les bars à chicha, est régulièrement le théâtre de règlements de comptes entre bandes rivales. En juin 2020, de violents affrontements avaient opposé des Tchétchènes et des Maghrébins dans le quartier des Grésilles à Dijon, à la suite d’une altercation dans un bar à chicha, le Black Pearl, le nom de l’établissement étant puisé soit dans la pop culture hollywoodienne en référence au nom du navire de Jack Sparrow (alias Johnny Depp) dans le film Pirates des Caraïbes, soit dans l’une des plus célèbres séries télévisées turques, intitulée Black Pearl. En juin 2024 à Saumur, le jeune Bilal était tué dans le cadre d’un règlement de comptes à la terrasse d’un kebab. Quelques mois plus tard, en septembre dernier, c’est à Cagnes-sur-Mer qu’un autre kebab essuyait des tirs faisant deux blessés graves. On notera qu’historiquement, les règlements de comptes entre malfrats se déroulaient dans les bars et les bistrots (par exemple, la fusillade du Bar du Téléphone dans le nord de Marseille en 1979). Dans les quartiers marqués par un référentiel hydroponisé, délinquants et trafiquants s’affrontent désormais préférentiellement dans des kebabs ou des bars à chicha.

Selon les lieux, le dépôt, sur la couche yankee, d’une couche culturelle qu’on qualifiera d’« orientale » est plus ou moins épais et visible. Dans de nombreux territoires, les kebabs, bars à chicha, barber shops [anathème de dire barbiers] ou établissements halals s’intègrent dans le tissu commercial traditionnel ou américanisé. Dans certains quartiers, ils sont omniprésents et constituent la quasi-totalité de l’offre commerciale, comme l’écrivait en octobre 2024 le député LFI de Vénissieux, Idir Boumertit, à propos de la reprise par l’enseigne halal Triangle du supermarché Casino de sa ville, qui, si «elle permet de conserver une offre commerciale de moyenne surface sur le plateau des Minguettes et de maintenir les postes des salariés », impliquerait également « des ajustements dans l’offre de produits, et notamment la suppression des boissons alcoolisées et du porc. (…) Ce changement soulève des questions légitimes sur la capacité de l’offre commerciale à répondre aux besoins variés de l’ensemble des habitants », poursuivait-il, estimant qu’« il est important que la population multiculturelle de Vénissieux puisse accéder à une diversité de produits ». D’après le député, l’arrivée de Triangle pourrait également menacer l’équilibre économique des « petits commerces indépendants du plateau des Minguettes qui proposent une offre similaire ».

Dans le quartier des Couronneries à Poitiers, la place de Coimbra où se situe le kebab (halal) qui fut le lieu du drame, présente, elle, une diversité de commerces et de services (boulangerie, boucherie, restaurant Pac Miam, bureau de poste…). Ce restaurant s’appelle L’Otentik. Une rapide recherche sur internet montre que ce nom - ou sa variante L’Otantik - est également celui d’autres restaurants kebabs ou snacks à Niort, Brest, Saint-Martin de Crau, Saint-Priest, Bondy, Clermont-Ferrand ou bien encore à Uckange. Le choix de ce nom pour un restaurant de kebab renvoie sans doute au terme «otantik», traduction turque du terme français « authentique ». Mais cette variante orthographique n’est pas sans rappeler l’essor dans toute une partie de la population, via la pratique des textos et les réseaux sociaux, d’une nouvelle syntaxe basée sur une phonétique des plus rudimentaires. Ce sabir, très éloigné de l’orthographe officielle, constitue sur le plan linguistique une des manifestations de cette culture hydroponique en cours de métabolisation.

Si la consommation régulière de vin se maintient quelque peu dans les tranches d’âge les plus âgées, les jeunes générations sont nettement moins consommatrices. Dans la jeunesse populaire, on est passé en deux générations du pinard au pétard.

Plusieurs études statistiques ont objectivé la baisse significative de la maîtrise du français parmi les élèves. D’après les données du ministère de l’Éducation nationale, la proportion d’élèves de CM2 faisant 15 fautes ou plus à la même dictée de 67 mots a littéralement explosé depuis la fin des années 1980. Alors qu’en 1987 seul un tiers des élèves effectuaient 15 fautes ou plus, ce très faible niveau de maîtrise de l’orthographe est devenu quasiment généralisé en 2021 (90% des élèves se trouvant dans cette situation).

Ce constat est partagé par de nombreux enseignants, comme cette professeur dans un collège privé de Pau ayant commencé à enseigner en 1992 : « Ce que je faisais il y a vingt ans pour un niveau de sixième ou de cinquième serait compliqué à faire aujourd’hui dans les mêmes classes. » Ces lacunes, observées initialement chez les enfants et les adolescents, se retrouvent dorénavant mécaniquement, au gré de l’avancée en âge des cohortes générationnelles, progressivement dans l’ensemble de la société. Le vocabulaire employé est moins fourni et la langue, relâchée. Des études l’ont mesuré, mais on le constate empiriquement quand on compare par exemple des micros-trottoirs réalisés auprès de Français ordinaires dans les années 1960 et ceux tournés aujourd’hui.

Norbert Elias insistait sur l’importance de l’écrit dans les processus de civilisation. On peut dès lors se demander si l’écriture numérique a les mêmes vertus civilisatrices que l’écriture manuscrite sur papier. L’écriture cursive participe en effet de la structuration de la pensée et l’apprentissage de l’écriture passe par l’inculcation de règles formelles qui sont beaucoup moins respectées avec l’écriture numérique, sans même parler des textos ou des commentaires sur les réseaux sociaux.

mardi 2 avril 2024

Les termes à la mode préférés de ChatGPT sont de plus en plus fréquents dans les évaluations par les pairs

Un nombre croissant d’informations synthétiques produites par l’intelligence artificielle dérivent sur nos fils de nouvelles et dans nos résultats de recherche. Les enjeux vont bien au-delà de ce qui se trouve sur nos écrans. C’est toute la culture qui est affectée par le ruissellement de l’I.A., qui s’infiltre insidieusement dans nos institutions les plus importantes.


Prenons l’exemple de la science. Juste après la sortie de GPT-4, le dernier modèle d’intelligence artificielle d’OpenAI et l’un des plus avancés qui soient, le langage de la recherche scientifique a commencé à muter. En particulier dans le domaine de l’I.A. elle-même.

Une étude publiée ce mois-ci s’est penchée sur les évaluations par les pairs des scientifiques — les déclarations officielles des chercheurs sur les travaux de leurs collègues, qui constituent le fondement du progrès scientifique — lors d’un certain nombre de conférences scientifiques prestigieuses et de haut niveau consacrées à l’I.A. Lors d’une de ces conférences, ces évaluations par les pairs ont utilisé le mot « méticuleux » plus de 34 fois plus souvent que les évaluations de l’année précédente. Le mot « louable » a été utilisé environ 10 fois plus souvent, et le mot « complexe » 11 fois. D’autres grandes conférences ont montré des tendances similaires.

Ces expressions sont, bien entendu, parmi les mots à la mode préférés des grands modèles linguistiques modernes tels que ChatGPT. Ainsi, un nombre important de chercheurs participant à des conférences sur l’IA ont été surpris en train de confier à l’IA l’examen (censément effectué par des pairs) de travaux d’autres chercheurs — ou, à tout le moins, de les rédiger avec l’aide de l’IA. Et plus la date de réception des évaluations était proche de la date limite, plus l’utilisation de l’I.A. était importante.


Si cela vous met mal à l’aise — notamment en raison du manque de fiabilité actuel de l’I.A. — ou si vous pensez que ce ne sont peut-être pas les I.A. qui devraient examiner la science, mais les scientifiques eux-mêmes, ces sentiments soulignent le paradoxe qui est au cœur de cette technologie : la frontière éthique entre l’escroquerie et l’utilisation régulière est floue. Certaines escroqueries générées par l’I.A. sont faciles à repérer, comme l’article de revue médicale présentant un rat caricatural doté d’énormes organes génitaux. Beaucoup d’autres sont plus insidieuses, comme la figure ci-dessous censée représenter le mécanisme de régulation erroné et délirant décrit dans ce même article — article qui a pourtant fait l’objet d’un examen par les pairs (peut-être, pourrait-on supposer, par une autre I.A. ?)

 Figure censée être un diagramme de la voie de signalisation JAK-STAT

Qu’en est-il lorsque l’I.A. est utilisée dans l’un de ses domaines de prédilection, à savoir l’aide à la rédaction ? Récemment, un tollé s’est élevé lorsqu’il est apparu que de simples recherches dans des bases de données scientifiques faisaient apparaître des phrases telles que « En tant que modèle de langage de l’I.A. » là où les auteurs s’appuyant sur l’I.A. avaient oublié de brouiller les pistes. Si ces mêmes auteurs avaient simplement supprimé ces mentions en filigrane accidentelles, leur utilisation de l’I.A. pour rédiger leurs articles aurait-elle été acceptable ?

Ce qui se passe dans le domaine de la science n’est qu’un petit aspect d’un problème bien plus important. Un message sur les médias sociaux ? Tout message viral sur X comprend désormais presque à coup sûr des réponses générées par l’I.A., qu’il s’agisse de résumés du message original ou de réactions rédigées par ChatGPT du ton insipide de Wikipédia, le tout dans le but d’obtenir des abonnés. Instagram se remplit de mannequins générés par l’I.A., Spotify de chansons générées par l’I.A. Vous publiez un livre ? Peu de temps après, Amazon met en vente des « cahiers d’exercices » générés par l’I.A. qui sont censés accompagner votre livre (et dont le contenu est erroné selon l’auteur de l’article du New York Times, car cela lui est arrivé). Les premiers résultats de recherche sur Google sont souvent des images ou des articles engendrés par l’I.A. De grands médias comme Sports Illustrated ont créé des articles générés par l’I.A. et attribués à des profils d’auteurs tout aussi faux. Les spécialistes du marketing qui vendent des méthodes d’optimisation des moteurs de recherche se vantent ouvertement d’utiliser l’I.A. pour créer des milliers d’articles afin de voler du trafic à leurs concurrents.

Enfin, l’I.A. générative est de plus en plus utilisée pour créer à grande échelle des vidéos synthétiques bon marché pour les enfants sur YouTube. Certains exemples sont des horreurs cauchemardesques, comme des vidéos musicales sur des perroquets dans lesquelles les oiseaux ont des yeux dans les yeux, des becs dans les becs, se transformant de manière incompréhensible tout en chantant d’une voix artificielle : « Le perroquet dans l’arbre dit bonjour, bonjour ! ». Les récits sont sans queue ni tête, les personnages apparaissent et disparaissent de manière aléatoire, et des faits élémentaires comme le nom des formes sont erronés. Après avoir identifié un certain nombre de chaînes suspectes dans la lettre d’information, The Intrinsic Perspective, Wired a trouvé des preuves de l’utilisation de l’I.A. générative dans les chaînes de production de certains comptes comptant des centaines de milliers, voire des millions d’abonnés.

Einstein aurait dit : « Si vous voulez que vos enfants soient intelligents, lisez-leur des contes de fées. Si vous voulez qu’ils soient très intelligents, lisez-leur encore plus de contes de fées ». Mais que se passe-t-il lorsqu’un enfant en bas âge consomme essentiellement des rêves générés par l’I.A. ? Nous nous trouvons au milieu d’une vaste expérience.

Il y a tellement de déchets synthétiques sur Internet que les entreprises et les chercheurs en I.A. s’inquiètent eux-mêmes, non pas de la santé de la culture, mais de ce qui va arriver à leurs modèles. À mesure que les capacités de l’I.A. augmentent, notre culture devient tellement submergée de créations de l’I.A. que lorsque les futures I.A. seront formées, les résultats de l’I.A. précédente s’infiltreront dans les données d’apprentissage, ce qui conduira à un avenir de copies de copies de copies, le contenu devenant de plus en plus stéréotypé et prévisible. En 2023, les chercheurs ont introduit un terme technique pour décrire la façon dont ce risque affectait l’apprentissage de l’I.A. : l’effondrement du modèle. D’une certaine manière, ces entreprises et nous-mêmes sommes dans le même bateau, pagayant dans la même fange qui se déverse dans notre océan culturel.

Tout en gardant cette analogie désagréable à l’esprit, il convient de se tourner vers ce qui est sans doute l’analogie historique la plus claire pour notre situation actuelle : le mouvement écologiste. En effet, tout comme les entreprises et les individus ont été poussés à polluer par l’inexorable économie, la pollution culturelle de l’I.A. est également due à une décision rationnelle de combler l’appétit vorace d’Internet pour le contenu le moins cher possible. Si les problèmes environnementaux sont loin d’être résolus, des progrès indéniables ont permis à nos villes d’être à peu près exemptes de smog et à nos lacs d’être à peu près exempts d’eaux usées. Comment cela s’est-il produit ?

Avant toute solution politique spécifique, il a été reconnu que la pollution de l’environnement était un problème nécessitant une législation extérieure. Ce point de vue a été influencé par une perspective développée en 1968 par Garrett Hardin, biologiste et écologiste. M. Hardin a souligné que le problème de la pollution était dû au fait que les gens agissaient dans leur propre intérêt et que, par conséquent, « nous sommes enfermés dans un système qui consiste à “salir notre propre nid”, tant que nous nous comportons uniquement comme des entrepreneurs indépendants, rationnels et libres ». Il a résumé le problème en parlant de « tragédie des biens communs ». Cette formulation a été déterminante pour le mouvement écologiste, qui en est venu à compter sur la réglementation gouvernementale pour faire ce que les entreprises seules ne pouvaient ou ne voulaient pas faire.

Une fois de plus, nous sommes confrontés à une tragédie des biens communs : l’intérêt économique à court terme encourage l’utilisation d’un contenu d’I.A. bon marché pour maximiser les clics et les vues, ce qui pollue notre culture et affaiblit même notre prise sur la réalité. Jusqu’à présent, les grandes entreprises d’I.A. refusent de rechercher des moyens avancés d’identifier le travail de l’I.A. — ce qu’elles pourraient faire en ajoutant des modèles statistiques subtils cachés dans l’utilisation des mots ou dans les pixels des images.

On justifie souvent cette inaction par le fait que les rédacteurs humains peuvent toujours modifier les modèles mis en œuvre s’ils en savent assez. Pourtant, la plupart des problèmes que nous rencontrons ne sont pas le fait d’acteurs malveillants motivés et techniquement compétents ; ils sont principalement dus au fait que les utilisateurs ordinaires ne respectent pas une ligne d’utilisation éthique si ténue qu’elle en est presque inexistante. La plupart d’entre eux ne souhaitent pas mettre en place des contre-mesures avancées pour lutter contre les modèles statistiques appliqués aux résultats qui devraient, idéalement, indiquer qu’ils sont générés par l’I.A. C’est la raison pour laquelle les chercheurs indépendants se sont penchés sur la question.

C’est la raison pour laquelle les chercheurs indépendants ont été en mesure de détecter les résultats de l’I.A. dans le système d’évaluation par les pairs avec une précision étonnamment élevée : ils ont vraiment essayé. 

De même, des enseignants ont mis en place des méthodes personnelles de détection côté sortie, similaires à celles-ci : ils intègrent des requêtes cachées dans les sujets de rédactions. Ces résultats n’apparaissent que lorsque cet intitulé de la rédaction est copié-collé et fourni tel quel à des outils I.A. En d’autres termes, ces enseignants cherchent à identifier les cas où les élèves ou étudiants ont utilisé des ressources externes ou des outils d’intelligence artificielle pour rédiger leurs dissertations. Cela peut inclure des modèles de langage comme ChatGPT, qui peuvent générer du texte de manière cohérente et fluide. En ajoutant des requêtes cachées, les enseignants espèrent détecter ces pratiques et encourager l’originalité et l’intégrité académique chez leurs élèves.


En particulier, les entreprises d’I.A. semblent opposées à tout modèle intégré dans leur production qui pourrait améliorer les efforts de détection de l’I.A. à des niveaux raisonnables, peut-être parce qu’elles craignent que l’application de tels modèles puisse entraver les performances du modèle en contraignant trop ses résultats — bien qu’il n’y ait aucune preuve actuelle que ce soit un risque. Malgré les promesses publiques de développer une technique de filigrane plus avancée, il est de plus en plus clair que les entreprises traînent les pieds parce que rendre leurs produits détectables va à l’encontre des intérêts de l’industrie de l’I.A..

Pour faire face à ce refus d’agir des entreprises, le neuroscientifique Erik Hoel affirme que nous avons besoin de l’équivalent d’une loi sur la pureté de l’air : une loi sur la pureté de l’Internet. La solution la plus simple consisterait peut-être à imposer par voie législative un filigrane avancé intrinsèque aux produits générés, comme des motifs difficilement détachables. Selon Hoel, tout comme le XXe siècle a nécessité des interventions importantes pour protéger l’environnement commun, le XXIe siècle va nécessiter des interventions importantes pour protéger une ressource commune différente, mais tout aussi essentielle, que nous n’avons pas remarquée jusqu’à présent puisqu’elle n’a jamais été menacée : notre culture humaine commune. 

 

Source : New York Times

Voir aussi 

 Il s’avère que ChatGPT a tendance à surutiliser certains mots et expressions, dont « delve ». Le mot « delve » (aborder/traiter/explorer) figure parmi les 10 mots les plus courants dans les textes renvoyés par ChatGPT. La mention de « delve » dans les articles de PubMed a fortement augmenté depuis 2023 (date d’apparition de ChatGPT). Des outils qui remplacent les mots favoris de ChatGPT par des synonymes apparaissent déjà sur le marché. Certains chercheurs dans le monde utilisent ChatGPT pour améliorer leur style en anglais. Mais, si les outils de rédaction de textes (et de traductions) automatiques sont tellement bons pourquoi faut-il encore que des étrangers rédigent leurs textes en anglais plutôt que de les écrire dans la langue qui leur est la plus facile et les faire traduire automatiquement ce qui produira des textes écrits dans un style qui sera sans doute meilleur que leur anglais langue étrangère ?

 


lundi 8 janvier 2024

Le conflit qui couve sur l'enseignement de l'espagnol dans les écoles catalanes

Lorsque les évaluations PISA ont été publiées à la fin de l’année 2023, la plupart des pays se sont interrogés sur la manière de faire mieux. En Catalogne, les résultats ont été perçus sous l’angle du nationalisme et de la langue — comme tout le reste. L’Espagne a perdu du terrain depuis la dernière fois que les tests avaient été réalisés, en 2018. Mais les élèves de Catalogne étaient encore plus perdants, et les hispanophones de souche obtenaient de moins bons résultats que les catalanophones — un échec que les critiques se sont empressés de mettre sur le compte de la politique linguistique.

Dans les années 1980, la Catalogne a entamé une transition vers l’enseignement de toutes les matières en catalan, à l’exception de l’espagnol. Il y a plusieurs années, le tribunal suprême de la région a décidé qu’au moins 25 % des cours devaient être donnés en espagnol. Le gouvernement régional, dirigé par les séparatistes, a alors adopté une loi permettant aux directeurs d’école d’augmenter ou de diminuer le niveau d’enseignement en espagnol, selon les besoins.

Un nouveau rapport de l’Association des écoles bilingues de Catalogne (AEB), qui fait campagne pour plus d’espagnol, indique que pratiquement aucune école n’a modifié les politiques publiées. L’association a donc demandé au Parlement européen d’enquêter sur ce qu’elle considère comme une violation des droits fondamentaux des élèves. La semaine précédant Noël, une délégation a effectué une mission d’enquête. La secrétaire catalane à l’éducation affirme qu’ils sont venus en ayant déjà décidé que la politique linguistique de la région nuisait aux résultats des élèves. Elle attribue cette situation à la pauvreté des enfants, qui est plus élevée que la moyenne européenne.

À l’Escola San Jaume, une école primaire située à El Prat de Llobregat, une ville fortement hispanophone près de Barcelone, tous les panneaux sont en catalan. Seuls 10 % environ des élèves sont de langue maternelle catalane, explique le directeur, Arturo Ramírez. Un élève qui pose une question en espagnol est gentiment encouragé à essayer en catalan, mais les enfants peuvent se parler en espagnol en classe, comme ils le font en grande majorité pendant les pauses. Tout le monde finit par apprendre les deux langues, affirme M. Ramírez.

C’est d’ailleurs l’objectif déclaré de son école et de l’AEB : la maîtrise de l’espagnol et du catalan. Malgré les conflits incessants en Espagne, cet objectif est largement atteint en Catalogne, où plus de 80 % de la population parle et lit le catalan et où tout le monde, à l’exception de quelques immigrés, parle également l’espagnol. M. Ramírez affirme qu’« il n’y a pas de problème ici, que le problème est à l’extérieur du bâtiment. »

Source : The Economist



mardi 15 août 2023

Les autorités russes proposent de supprimer l'obligation de fournir des informations sur les transports en anglais

Le ministère des Transports russe supprime l’obligation de dédoublement des informations en anglais sur les schémas et panneaux de signalisation du métro, du monorail, des téléphériques et des funiculaires, de même que pour les messages sonores, par exemple, lors de l’annonce des stations et des arrêts. 


Le ministère explique cette décision par les plaintes des citoyens, « la situation socio-politique du pays » et « la surcharge informationnelle imposée aux passagers ».

Le ministère des Transports a publié sur regulation.gov.ru des projets d’amendements aux arrêtés départementaux réglementant les « règles standard » pour l’utilisation des métros, monorails, funiculaires et tramways aériens.

La plupart des amendements concernent la mise en conformité des documents avec la législation dans le domaine des transports, mais la norme qui modifie les règles d’information « sonore et visuelle » des passagers est intéressante.

Les transporteurs étaient jusqu’à présent tenus de reproduire en anglais toutes les informations figurant sur les diagrammes, les panneaux, les inscriptions et les annonces dans les stations. 

Le ministère des Transports propose de supprimer cette obligation, en laissant la décision aux régions, « en tenant compte des nombreux appels des citoyens et des autorités locales, compte tenu de la surcharge d’information importante pour les passagers et compte tenu de la situation sociopolitique » (citation tirée de la note explicative). Il est toujours possible de reproduire les inscriptions et les annonces dans d’autres langues, en tenant compte des « particularités régionales » : dans le métro de Kazan, par exemple, les stations sont également annoncées en tatar.

Comme l’a expliqué le ministère des Transports à Kommersant, les exigences actuelles ont été incluses dans les règles standard comme obligatoires en préparation de la Coupe du monde de la FIFA 2018. « L’objectif principal de la norme était d’aider les touristes étrangers à s’orienter dans les métros des villes accueillant les matchs », a expliqué le ministère. « Le projet d’ordonnance n’annule pas et n’interdit pas aux régions de dupliquer les informations en anglais dans les transports. Au contraire, les sujets sont libérés des exigences inutiles de duplication de l’information là où elle n’est pas nécessaire ».

Ajoutons qu’avec les applications modernes disponibles sur les téléphones cellulaires, il est facile de traduire des plans, des panneaux et même des bribes de conversation.

Depuis l’année dernière, les parlementaires ont exprimé diverses idées visant à restreindre l’utilisation de l’anglais. Ainsi, en juin 2022, Valentina Matvienko, présidente du Conseil de la Fédération, a suggéré de « prendre des mesures » pour lutter contre l’utilisation excessive d’anglicismes. En avril 2023, le député Sultan Khamzaev (Russie unie) a proposé d’exclure l’anglais du programme scolaire. En mai de cette année, le président de la Douma, Vyacheslav Volodin, a qualifié l’anglais de « mort ».

Les citoyens de la fédération pourraient percevoir à tort les amendements comme une « volonté non clairement exprimée des autorités » de supprimer l’anglais de tous les panneaux et projets, craint le président de l’Union des passagers, Kirill Yankov.

« Ils peuvent avoir peur de paraître politiquement inconscients et se précipiter les uns après les autres pour supprimer les inscriptions en anglais, même dans les endroits où elles sont nécessaires », estime l’expert. Selon lui, à Moscou, Vladivostok et dans d’autres villes où il y a encore des touristes anglophones, la duplication devrait être laissée, et à Samara, par exemple, elle n’est pas nécessaire. Il rappelle qu’en 2023, le flux de touristes étrangers en Russie a été divisé par dix, et que ceux qui continuent à venir viennent principalement de la CEI (onze pays de l’ex-URSS).

« Nous ne devrions dupliquer l’information que là où elle est vraiment utile, là où il y a des personnes compétentes qui peuvent le faire avec compétence », déclare le concepteur Ilya Birman (qui conçoit des schémas de transport et des systèmes de navigation). Les créateurs et concepteurs de schémas (à l’exception de celui de Moscou) ne savent généralement pas comment séparer les langues pour que l’une n’interfère pas avec l’autre, explique l’expert.

Dans le métro de la capitale, le MCC (métro circulaire, ex-train), le MCD (Réseau express régional) et le monorail ont cessé d’annoncer les stations en anglais en 2021, a déclaré le service de presse du métro de Moscou à Kommersant, à la suite de la baisse du nombre de touristes due à la pandémie, ainsi qu’aux « plaintes des passagers quant à la surcharge informationnelle ».

« Nous avons ainsi optimisé le flux global d’informations que reçoivent les passagers », a expliqué l’entreprise. « L’absence d’informations redondantes permet d’ajouter des informations supplémentaires aux panneaux, d’indiquer davantage de rues et d’objets socialement importants ».
L’entreprise unitaire d’État a fait remarquer que la modification des règles reste à la discrétion du gouvernement de Moscou.

Oleg Iaouchev, directeur du métro de Nijni Novgorod, a fait remarquer qu’aucun habitant de Nijni Novgorod ne s’est plaint du dédoublement en anglais dans le métro, et que la société n’a pas l’intention de le supprimer. « Nous avons mis en place ce système d’information relativement récemment, après avoir dépensé beaucoup d’argent. Pourquoi devrions-nous l’enlever maintenant ? — Les touristes dont l’anglais est la langue maternelle viennent dans la ville. La langue est largement parlée et nous sommes accueillants. Bien sûr, s’il y a une directive ordonnant de tout enlever et de ne laisser que le russe, nous obéirons. Mais il ne faut pas aller jusqu’à la folie ».

« S’il y a un ordre, nous nous y conformerons », a déclaré à Kommersant la société Metroelectrotrans, basée à Kazan, notant qu’il n’y a pas eu de demandes de la part des citoyens pour annuler la réplication des noms des stations en anglais. Récemment, la société a mis à jour les panneaux avec le schéma des lignes : ils indiquent les noms des stations en russe, en tatar et en anglais (en petits caractères), et les wagons continuent d’annoncer les arrêts en trois langues. Mais à Kazan, les bus ont déjà cessé d’annoncer les arrêts en anglais. D’après le message du bureau du maire de Kazan, le contrat avec les transporteurs sur les services de transport prévoit « de l’information audio sur les noms des arrêts de bus dans deux langues nationales : le tatar et le russe ». L’anglais n’est pas mentionné dans le contrat.

mardi 8 août 2023

Les Pays nordiques veulent limiter la place de l’anglais à l’université

De nombreux citoyens du Danemark, de la Finlande, des Pays-Bas, de la Norvège et de la Suède parlent couramment l’anglais et impressionnent souvent les touristes par leur maîtrise de la langue. Toutefois, cette aptitude a également suscité des controverses, car les universités sont devenues d’excellentes institutions internationales proposant des cours dispensés principalement, voire entièrement, en anglais.

Certains citoyens des Pays-Bas et des pays nordiques s’interrogent sur la place qui sera dévolue à leur langue nationale si leurs universités phares dispensent de moins en moins de cours dans cette langue. Les linguistes parlent de « perte de domaine ». La langue ne disparaît pas, puisque de nouvelles générations d’enfants continuent d’être élevées dans cette langue, mais les locuteurs l’utilisent dans moins de contextes éducatifs.

En juin, Robbert Dijkgraaf, ministre de l’Éducation des Pays-Bas, a annoncé qu’au moins deux tiers de l’enseignement dans les programmes de premier cycle devraient être dispensés en néerlandais. Les dirigeants des universités ont mal pris cette décision. Le directeur de l’université technologique d’Eindhoven a déclaré que « pour un certain nombre de cours, nous ne pouvons même pas trouver de professeurs qui parlent néerlandais », citant l’exemple de l’intelligence artificielle. (Le gouvernement néerlandais est tombé par la suite, laissant la politique dans les limbes.)
 
On craint qu’une langue comme le néerlandais, si elle est négligée dans les contextes éducatifs, finisse par manquer du vocabulaire nécessaire pour les sujets les plus pointus. Les personnes discutant de ces sujets devront agrémenter leur néerlandais de mots anglais, jusqu’à ce que cette façon de parler devienne si encombrante qu’ils passeront entièrement à l’anglais. Cela risque de laisser l’impression que le néerlandais est en quelque sorte indigne, ce qui alimente un cercle vicieux.

Les préoccupations linguistiques ont été renforcées par les problèmes économiques. Les universités européennes sont largement ou entièrement financées par l’État. Dans certains pays, les étudiants étrangers exercent une pression sur des ressources rares telles que le logement. (Quelque 120 000 étudiants vivent aux Pays-Bas, l’un des pays les plus densément peuplés d’Europe). Dans d’autres pays, comme le Danemark, ils peuvent même recevoir des bourses pour couvrir leurs frais de subsistance. Si les étudiants terminent leur cursus sans jamais avoir appris la langue locale, ils risquent de partir au lieu de rester et de contribuer à l’économie. Pourquoi les pays devraient-ils subventionner ces diplômes sans aucun bénéfice pour le pays d’accueil ?
 
La cause réside en partie dans les efforts nécessaires pour attirer des enseignants et des étudiants de qualité [selon les classements très discutables des universités] — et pourrait être une conséquence involontaire de ces efforts. Michele Gazzola, de l’université d’Ulster à Belfast, note que les classements mondiaux des universités, tels que celui réalisé par le Times Higher Education, prennent en compte le nombre d’étudiants et d’enseignants internationaux dans le cadre de leur évaluation. Cela incite les universités à tenter de les attirer afin de progresser dans les classements et, par conséquent, à proposer toujours plus de cours en anglais. [À ce sujet : « Les classements évaluent très peu la qualité de l'enseignement » de déclarer Matthieu Gillabert, professeur d'histoire à l'Université de Fribourg dans Que valent les classement des universités ?]

Comme les Pays-Bas, le Danemark a suscité la controverse. En 2021, dans le but de stimuler l’apprentissage du danois à l’université, le gouvernement a limité le nombre de places dans les cours dispensés uniquement en anglais. Cette année, il semble qu’il ait encore changé d’avis, en augmentant le nombre de places dans les programmes de maîtrise en anglais. Janus Mortensen, de l’université de Copenhague, explique que la récente politique linguistique de son établissement prévoit que les enseignants titulaires devront « contribuer » à l’enseignement en danois dans un délai de six ans. L’université doit mettre à disposition du temps et des cours — les professeurs ne sont pas censés apprendre la langue pendant leur temps libre — mais on ne sait pas exactement ce qu’il adviendra de ceux qui ne respecteront pas ce délai.

L’université d’Oslo prescrit également un « parallélisme linguistique ». Le norvégien doit être la principale langue d’enseignement, l’anglais étant utilisé « lorsque c’est approprié ou nécessaire » ; tous les étudiants et enseignants doivent se voir proposer des cours d’apprentissage du norvégien ; les résumés des publications doivent être rédigés dans les deux langues ; l’université doit donner la priorité au développement de la terminologie technique en norvégien, et ainsi de suite. C’est le genre de politique que l’on peut attendre de riches et raisonnables Scandinaves. Elle est aussi potentiellement redondante, coûteuse et vague. Qui, par exemple, décidera quand l’anglais est « approprié » ?
 
Dans le passé, la résistance à l’anglais s’est surtout manifestée en France, qui n’appréciait pas la primauté de l’anglophone (et le déclin de la domination du français). Il s’agissait d’une simple question de concurrence entre les langues. Aujourd’hui, certains des pays les plus libéraux et les plus polyglottes du monde commencent à s’inquiéter de la domination de l’anglais. C’est une conséquence de leur succès. Si tous les habitants peuvent passer d’une langue à l’autre, la nature à somme nulle de la concurrence est réduite, mais elle n’est pas éliminée. Les Européens du Nord apprennent que leurs langues ont aussi besoin d’être entretenues. 

Source : The Economist

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lundi 7 août 2023

Lettonie — Ayant échoué aux tests linguistiques de letton imposés, 6 000 ressortissants russes devraient quitter le pays

La Lettonie, pays balte dont la population est de 1,9 million, affirme que près de 6 000 personnes ont refusé de passer le test linguistique imposé l'année dernière.

Le gouvernement de Riga enverra le mois prochain des avis officiels à près de 6 000 ressortissants russes, les informant qu'ils ont 90 jours pour quitter le pays, a confirmé vendredi un parlementaire letton.

"Ils sont entre 5 000 et 6 000. Ce sont des personnes qui n'ont manifesté aucune volonté, ni de passer l'examen, ni d'obtenir un permis de séjour temporaire. Ils sont silencieux", a déclaré Ingmars Lidaka, chef de la commission parlementaire sur la citoyenneté et la migration, à la chaîne publique lituanienne LRT.

Le ministère letton de l'intérieur a confirmé que les avis étaient en cours de préparation et qu'ils seraient envoyés en septembre à "environ 6 000" destinataires, selon l'agence de presse Elta.

L'année dernière, après l'escalade des hostilités en Ukraine, Riga a imposé aux ressortissants russes qui souhaitent résider en Lettonie de passer et de réussir un test de langue lettone. Les Russes ethniques représentent environ un quart des 1,8 million d'habitants de l'État balte et se sont vu refuser la citoyenneté lettone depuis que Riga a déclaré son indépendance de l'Union soviétique en 1991.

En août dernier, le président de l'époque, Egils Levits, a déclaré que les Russes ethniques soupçonnés de déloyauté envers la Lettonie devaient être "isolés de la société", en invoquant le conflit ukrainien. Toutefois, en 2021, M. Levits a ouvertement parlé d'un plan visant à promouvoir le "lettonisme" dans la langue et la culture afin de le rendre dominant d'ici à 2030.

En septembre dernier, une centaine d'activistes ont protesté à Riga contre le projet de loi sur l'égalité des chances. 
 
Russes âgées en classe de letton

Ces ressortissants russes de Lettonie sont issus des immigrants de l'ère soviétique qui se sont installés en Lettonie après la Deuxième guerre mondiale et qui ont choisi de ne pas demander la citoyenneté lorsque l'occasion leur en a été donnée après 1991. 

Si la plupart des russophones ont choisi de se faire naturaliser et de devenir citoyens lettons, les autres ont opté pour la citoyenneté de la Fédération de Russie. Il ne s'agissait pas seulement d'une question de sentiment : ceux qui possèdent un passeport russe peuvent voyager sans visa pour rendre visite à leurs proches de l'autre côté de la frontière très proche et peuvent toucher leur retraite à 55 ans (pour les femmes, qui constituent la majorité de ce groupe) alors que l'âge de la retraite en Lettonie est de 64 ans. Tant en Russie qu'en Lettonie l'âge de la retraite augmentera.

Avant mars 2022, la majeure partie de la société lettone était satisfaite de ces choix. Il était encore possible de mener une vie monolingue en russe dans une banlieue de Riga et même de voter pour Poutine aux élections présidentielles russes.  

Des changements dans la coalition gouvernementale sont à l'ordre du jour depuis le mois de mai, et les promoteurs de ces mesures linguistiques issus de la droite nationaliste pourraient se retrouver dans l'opposition avant le 1er septembre. Sans eux, les partis de centre-droit restants pourraient chercher une solution, car ces mesures considérés comme inutiles et iniques apporte de l'eau au moulin des politiciens russophones de Lettonie (25% de la population), plus particulièrement à Riga, et aux nationalistes russes de Russie.
 
Démographie

La Lettonie comptait 1 986 096 habitants au 1er janvier 2015, dont environ 60 % de Lettons, une forte minorité russe (25 %) et plusieurs autres minorités (15 %). Comme celle de la plupart des pays de l'Europe du Nord membres de l'ex-Union soviétique30,31, la population de la Lettonie est en déclin depuis le début des années 1990.

Entre le début des années 2000 et 2021, la population de Lettonie a chuté de 13 %. Il n'est pas rare de trouver dans le pays des villages déserts, des quartiers abandonnés, des écoles vides… 

Selon la CIA, la population actuelle de la Lettonie serait de 1,822 million d'habitants.

En 2023, le PIB de la Lettonie devrait croître de 1,4 %, freiné par une forte inflation à 17 % pesant sur la consommation privée et un retard dans les programmes d’investissement public. Le taux de chômage est de 6,9 %.


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