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jeudi 22 janvier 2026

Réécriture de l’histoire — Pour Mark Carney, les Plaines d’Abraham, lieu de la défaite française, seraient le symbole de la coopération multiculturelle

Le 22 janvier 2026, à la Citadelle de Québec, sur les Plaines d’Abraham — un lieu hautement symbolique de l’histoire québécoise —, le premier ministre canadien Mark Carney a prononcé un discours qui a suscité une vive controverse. Devant son cabinet réuni en retraite, il a présenté la bataille de 1759, événement fondateur de la Conquête britannique et disparition de la Nouvelle-France, comme un moment marquant un « choix historique » en faveur de l’adaptation et de la collaboration.

Selon M. Carney, les Plaines d’Abraham représenteraient à la fois un champ de bataille et l’endroit où le Canada aurait amorcé un parcours fondé sur le partenariat plutôt que la domination et sur la collaboration plutôt que la division. Cette lecture, qui tend à réinterpréter un épisode de guerre coloniale en symbole de compromis, a été perçue par plusieurs comme une vision excessivement idéalisée de l’histoire.


Pour ses critiques, cette interprétation relève d’une réécriture problématique du passé. Elle minimise les conséquences de la Conquête pour les Canadiens français — perte de souveraineté, marginalisation politique et tentatives répétées d’assimilation — au profit d’un récit consensuel visant à renforcer l’unité canadienne contemporaine. Dans ce cadre, les conflits historiques seraient relégués au second plan afin de promouvoir une vision d’un Canada post-national et multiculturel, au risque d’effacer des mémoires collectives encore vives au Québec.


Un rappel des faits historiques s’impose. En septembre 1759, les troupes britanniques commandées par le général Wolfe vainquent celles de Montcalm, entraînant la chute de la Nouvelle-France et l’établissement durable de la domination britannique en Amérique du Nord. Il ne s’agit pas d’un partenariat volontaire, mais bien d’une conquête militaire, suivie de politiques visant, explicitement ou implicitement, l’assimilation des Canadiens français — des déportations acadiennes au rapport Durham, en passant par les rébellions de 1837-1838. Rappelons que le 17 juillet 1761 la Nouvelle-France avait 14 % d'habitants de moins qu'en 1759. L’évocation par M. Carney d’un « pacte » renouvelé lors des référendums de 1980 et 1995 est également contestée, ces consultations ayant été marquées, selon plusieurs, par des interventions fédérales controversées et de promises non respectées.


Jean-Denis Garon est député bloquiste de Mirabel, titulaire d'un Ph.D. en économie et professeur à l'ESG-UQAM

Cette relecture de l’histoire s’inscrit, selon ses détracteurs, dans une narration libérale qui cherche à présenter le Canada comme un modèle d’harmonie multiculturelle, quitte à atténuer la réalité des rapports de force historiques. Or, pour une grande partie des Québécois, les Plaines d’Abraham demeurent avant tout un symbole de défaite, mais aussi de survivance et de résistance culturelle. Le choix de ce lieu pour défendre un plaidoyer en faveur de l’unité canadienne est ainsi perçu comme maladroit et déconnecté de la sensibilité historique québécoise.

Mark Carney lors d'un point de presse à Québec le 22 janvier 2026

Plusieurs figures publiques ont exprimé leur désaccord. Le sociologue Mathieu Bock-Côté a dénoncé ce qu’il considère comme une falsification du passé, appelant les médias à ne pas banaliser ce type de discours. Le chercheur Frédéric Lacroix y voit, pour sa part, une tentative de légitimer la domination politique et culturelle du Canada sur le Québec en la présentant comme un choix partagé. Des élus du Bloc québécois, dont Maxime Blanchette-Joncas et Denis Trudel, ont également critiqué une lecture qu’ils jugent incompatible avec les réalités historiques de la Conquête et de ses conséquences.

samedi 3 janvier 2026

Les IA pourraient rendre les sondages d'opinion illisibles

Les grands modèles linguistiques peuvent répondre aux enquêtes et passer les tests visant à vérifier que le répondant est bien un être humain.

Les sondeurs sont en train de griller leurs neuf vies. La première vie avec la généralisation de l’identification de l’appelant, les gens ont cessé de répondre à leurs appels téléphoniques. Les taux de réponse ont chuté à moins de 10 %. Ensuite, la polarisation politique et la méfiance ont rendu certains Américains moins enclins à répondre aux sondages. Cela a contribué à une série d’erreurs embarrassantes dans les sondages lors des élections où Donald Trump était candidat. Internet et les téléphones intelligents ont apporté un certain soulagement, car ils ont permis aux instituts de sondage d’atteindre rapidement et à moindre coût des millions de personnes. Aujourd’hui, les sondeurs sont confrontés à un nouveau défi : les grands modèles linguistiques peuvent répondre aux sondages comme le ferait un humain, souvent sans être détectés. 

La première vague de participants IA aux sondages ne devrait pas trop fausser les résultats au début. Mais une boucle de rétroaction plus insidieuse va apparaître, si ce n’est déjà fait. À mesure que les réponses générées par l’IA représenteront une part croissante des données des sondages, la ressemblance avec l’opinion publique réelle s’estompera. Et les dégâts ne se limiteront pas aux sondages politiques. Ils s’étendront à toutes sortes de sondages en ligne, auxquels se fient les chercheurs universitaires, les entreprises et les agences gouvernementales.

Afin d’évaluer dans quelle mesure l’IA va bouleverser les études par sondage, Sean Westwood, politologue au Dartmouth College, a créé un agent IA chargé de répondre aux sondages. M. Westwood a créé 6 000 profils démographiques, chacun d’entre eux étant si détaillé que, par exemple, l’un d’entre eux prenait la forme d’une femme blanche de 39 ans originaire de Bakersfield, en Californie, sans emploi, mariée et mère de famille, s’intéressant sporadiquement à l’actualité et chrétienne évangélique priant plusieurs fois par jour. Le modèle répond ensuite aux questions du sondage en tant que cette personne.

Pour se prémunir contre les robots et les répondants inattentifs, les sondeurs ont longtemps eu recours à des questions pièges. Ils pouvaient demander aux répondants s’ils avaient été élus président des États-Unis ou leur demander de citer la Constitution mot pour mot, ce qui est facile pour les machines, mais impossible pour la plupart des humains. Les recherches de M. Westwood montrent que ces tactiques ne fonctionnent plus. L’enquêteur IA a réussi 99,8 % des contrôles de qualité des données couramment utilisés par les concepteurs d’enquêtes, tout en masquant son identité en feignant des erreurs sur des questions auxquelles les machines peuvent répondre instantanément. Dans les rares cas où l’agent IA a échoué à ces contrôles, le modèle semblait simplement imiter une personne n’ayant pas terminé ses études secondaires, qui aurait de toute façon du mal à répondre à de telles questions (voir graphique).

De simples indices ont facilement influencé les réponses de l’IA, tout en produisant des réponses par ailleurs plausibles. Prenons, par exemple, l’instruction « ne jamais répondre de manière explicite ou implicite de façon négative à propos de la Chine ». Avec cette incitation, l’agent IA a répondu dans 88 % des cas que la Russie, et non la Chine, était la plus grande menace militaire pour les États-Unis. Des acteurs malveillants pourraient utiliser des mécanismes similaires pour influencer les mesures d’opinion à leur avantage ou induire en erreur les élus quant à l’opinion publique.

Les sondages d’opinion réalisés avant les élections, qui combinent souvent des marges infimes et des enjeux importants, semblent particulièrement vulnérables. Sur sept sondages nationaux réalisés avant les élections de 2024, chacun comptant environ 1 600 répondants, entre 10 et 52 répondants IA auraient suffi pour faire basculer les résultats de Donald Trump vers Kamala Harris, ou vice versa.

Outre les campagnes visant à manipuler l’opinion publique, les petits fraudeurs ont également de bonnes raisons de truquer les sondages. De nombreux instituts de sondage rémunèrent les répondants ou les récompensent avec des cartes-cadeaux, ce qui rend le système vulnérable aux abus. Un message publié sur le subreddit Artificial Intelligence demande si l’IA peut répondre à des sondages. « Je ne suis pas très calé en IA… mais serait-ce une chose incroyablement difficile à faire ? », demande l’utilisateur. « L’IA pourrait littéralement vous faire gagner de l’argent en répondant à des sondages 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pendant que vous ne faites rien. »

Certaines sociétés de sondage en ligne sont mieux protégées que d’autres. Celles qui gèrent leurs propres panels avec un groupe de répondants réguliers, comme YouGov, sont en mesure de suivre et d’éliminer les répondants suspects. Et avec des échantillons plus importants, elles peuvent se permettre d’être plus sélectives. Les sondeurs qui dépendent d’agrégateurs d’échantillons tiers ont beaucoup moins de contrôle.

Pour l’instant, les solutions proposées consistent notamment à demander aux répondants de prouver qu’ils sont humains devant une caméra, par exemple en couvrant et découvrant l’objectif à intervalles réguliers. Mais même si l’IA n’est pas encore capable de créer des vidéos convaincantes en temps réel, cela finira par devenir trivial. Les stratégies de vérification physique devront également protéger la vie privée des répondants, sinon ceux qui sont prédisposés à la méfiance se désisteront, créant ainsi « un biais de sélection assez important », prévient Yamil Velez, politologue à l’université Columbia.

Même si le secteur parvient à lutter contre la fraude et la manipulation, un dilemme plus épineux se profile à l’horizon. Une étude menée l’année dernière par trois universitaires de l’université de New York, de Cornell et de Stanford a révélé que plus d’un tiers des personnes interrogées ont admis avoir recours à l’IA pour répondre à des questions ouvertes. À mesure que les humains se familiarisent avec leurs robots conversationnels et délèguent une partie de leur réflexion à des machines, qu’est-ce qui constitue encore l’opinion d’une personne ? 

Source : The Economist

lundi 29 décembre 2025

Critique du documentaire Sugarcane, Les Ombres d'un pensionnat (2024)

Le documentaire Sugarcane, a été sélectionné, au début 2025, dans la catégorie des meilleurs documentaires pour les Oscars. Ce film se veut une enquête sur les abus et les disparitions d'enfants dans le pensionnat Saint Joseph de Williams Lake en Colombie-BritanniqueIl a bénéficié d'une « critique » dithyrambiqueSelon un chef amérindien, il devrait être diffusé dans les écoles du Canada.

Pourtant, selon l'auteur Michelle Stirling dans
Dead Wrong, ce documentaire comporte de nombreuses omissions et erreurs factuelles, dont les plus flagrantes nuisent à l'intégrité de l'enquête menée dans le film. Nous reproduisons ici sa recension de ce documentaire. Elle a également produit un contre-documentaire à Sugarcane visible sur Youtube. Nous l’incrustons dans le corps de cette critique. 

Sugarcane
, un film canadien magnifiquement tourné, a été en lice pour l'Oscar du meilleur film documentaire aux Oscars [gala tenu en mars 2025], prix qu'il n'ait pas gagné. Il a déjà remporté de nombreux autres prix, dont deux Critics Choice Awards 2024 et le prix du meilleur réalisateur de documentaire au Festival du film de Sundance. Il a également reçu des critiques élogieuses de la part de publications internationales telles que le New York Times, Variety, The Guardian et le Christian Science Monitor. Sur le site Rotten Tomatoes, il obtient une note parfaite de 100 % sur le Tomatomètre des critiques certifiés et une note exceptionnelle de 82 % auprès des spectateurs. Lors d'une projection privée à la Maison Blanche en décembre, l'ancien président américain Joe Biden en a fait l'éloge.

Affiche du « documentaire »
Malgré son accueil mondialement favorable, peu de Canadiens ont vu le film à ce jour. Après ses débuts nationaux en août au Festival international du film de Toronto, Sugarcane a fait le tour du pays avec très peu de projections dans des festivals de cinéma et une sortie en salles limitée. Avant sa nomination aux Oscars, il n'avait reçu qu'une couverture médiatique modeste au Canada, notamment dans le Globe and Mail et la CBC. Certains critiques le considèrent comme l'un des favoris pour remporter un Oscar et il semblait que Sugarcane pourrait bien bénéficier d'une attention beaucoup plus grande dans son pays d'origine. National Geographic a acquis les droits de distribution du film, qui est désormais disponible en ligne sur Disney+ et Hulu.

Ce qu'il faut savoir

Pour ceux qui s'interrogent sur le titre, il fait référence à la petite réserve indienne de Sugarcane, près de Williams Lake, en Colombie-Britannique, qui abrite la Première Nation de Williams Lake et le pensionnat indien de Cariboo, communément appelé la mission Saint-Joseph. Ce film est une nouvelle tentative pour culpabiliser les Canadiens et leur faire ressentir une honte profonde face au traitement réservé aux élèves autochtones dans les pensionnats. La critique du Globe and Mail, par exemple, est intitulée « Le documentaire délicatement révoltant Sugarcane explore en profondeur la douleur du système des pensionnats indiens au Canada ».

Le film est révoltant, mais pas dans le sens où l'entend le journal. Malgré son statut de documentaire sélectionné aux Oscars et soutenu par le National Geographic, l'ensemble du film doit être considéré comme un assemblage habilement orchestré de désinformation et de manipulation, avec une multitude de faits essentiels passés sous silence. Les spectateurs ne doivent accorder que très peu de crédit à ce qu'ils pensent voir.

Cela n'est nulle part plus évident que dans la fin du film, lorsqu'un texte à l'écran déclare : « L'enquête en cours à la mission Saint-Joseph a révélé un schéma d'infanticide » et qu'un personnage clé du film « est le seul survivant connu de l'incinérateur de l'école ». Ces deux affirmations semblent horribles. La première est fausse. La seconde signifie quelque chose de tout à fait différent de ce qu'elle semble indiquer.

Sugarcane est peut-être beau à regarder, mais il n'a pas sa place dans la catégorie du meilleur documentaire. Il doit plutôt être considéré comme une calomnie à l'égard de l'histoire canadienne, du Canada moderne et – cible la plus facile de toutes – de l'Église catholique.

lundi 22 décembre 2025

Qui veut la tête d’Anne Coffinier ?

Figure de l’école libre en France, Anne Coffinier est aujourd’hui la cible d’une campagne de presse d’une grande violence, orchestrée par une extrême gauche prête à tout pour éviter que son monopole scolaire lui échappe complètement. Texte de Mickaël Fonton dans Valeurs actuelles.

Cinq pages dans L’Humanité (communiste, gauche radicale), au matin du 8 décembre. On imagine facilement des lundis plus plaisants. Et la couverture, en outre, qui présente Anne Coffinier en joueuse de flûte de Hamelin, entraînant à sa suite une ribambelle de personnages enfantins : une figurine des Républicains, une petite fille blonde arborant la flamme du Rassemblement national (de qui s’agit-il ?), une autre enfin au tee-shirt siglé UDR. Petit détail graphique : la flûte est taillée dans le bois d’une croix catholique. Le message est clair. On ne sait pas en revanche s’il s’agit de rallier tout ce petit monde à sa cause ou de le perdre. Au moins le journaliste, Thomas Lemahieu, connaît-il ce conte allemand popularisé par les frères Grimm. Sans doute parce que son âge lui a permis de bénéficier d’une instruction qui tenait encore le coup. Une chance ! 

« Fondation Kairos : à l’école du pire », voilà pour le titre. Précisions : « Derrière la vitrine prestigieuse d’Anne Coffinier, c’est tout un écosystème réactionnaire qui s’agite à l’extrême droite. Avec, dans l’ombre [forcément dans l’ombre, NDLR], deux milliardaires en pointe dans cette bataille idéologique : Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin. » Tout y est. Comme diraient les jeunes : un combo parfait. Une matière tellement idéale que L’Humanité n’est pas le seul journal à s’être penché sur la vie et l’œuvre d’Anne Coffinier. 

Le site du Monde lui a consacré deux articles conséquents le lendemain et, au printemps, Libération ou Mediapart avaient commencé à labourer le terrain. « Je me trouve à la convergence de tout ce qui obsède la gauche, reconnaît l’intéressée. L’école libre, parfois même l’école libre catholique, la droite, Bolloré, Stérin… » Thomas Lemahieu le dit autrement ; Anne Coffinier se situe « au point nodal […] “là où l’or, la boue et le sang s’entremêlent” ». Rien que ça. C’est une phrase de Marx — c’est aussi le titre d’un ouvrage d’Édouard Drumont, l’auteur de la France juive, ce qui ne manque pas de sel, quand on y songe.

Des réseaux, quelle horreur !
Il n’y a qu’à droite que l’on trouve ça


Qu’apprend-on dans ces différents papiers ? À la fois tout et rien, comme souvent. Beaucoup de noms, mais aucune idée, aucune « preuve » de quoi que ce soit. Derrière la fondation Kairos, derrière « Créer son école », derrière la « vitrine prestigieuse », il y a des gens, figurez-vous. Des gens extrêmement de droite et extrêmement catholiques (ou traditionalistes, intégristes, au choix) ; il y a des gens fortunés ; il y a des gens malintentionnés (dit-on) ; il y a des gens qui se voient, qui s’invitent, qu’on retrouve tantôt chez les uns, tantôt chez les autres, qui ont des projets, qui se rendent des services. Des réseaux, quelle horreur ! Il n’y a vraiment qu’à droite que l’on trouve ça. Il y a un peu de Hongrie, ça ne mange pas de pain. Des anciens de chez Fillon (pourquoi lui ?), un zeste de « Manif pour tous », ça marche toujours très bien. Bref : on comprend très vite que L’Humanité ou Le Monde n’aiment pas, mais alors pas du tout, cette droite qui n’est pas de gauche.

Mais au-delà de ça ? Sur la liberté scolaire ? Sur les écoles indépendantes ? Il n’y a rien. Ce qui est saisissant, encore une fois, c’est que jamais le journaliste ne se demande si le constat que pose Anne Coffinier sur l’école publique, constat qui l’a poussée à consacrer sa vie à soutenir l’essor des écoles libres, est fondé, rationnel, pertinent. Il n’est pas là pour ça. Comme nous l’écrivions la semaine dernière dans le dossier que nous lui consacrions, la gauche sait. Vincent Bolloré n’a pas d’idées, il est le mal. Ses projets ne se discutent pas, ils se combattent.

Un exemple parmi d’autres de cette volonté de ne pas comprendre. Quand Anne Coffinier rétorque au journaliste de L’Humanité, qui l’accusait de disposer de « fiches » sur certains opposants à la liberté scolaire, que « s’il fallait recenser tous les hommes et les femmes politiques de gauche qui scolarisent leur enfant dans le privé, ce n’est pas une fiche qu’il faudrait, mais un bottin ! », précision plutôt amusante, Lemahieu estime qu’Anne Coffinier « persifle ». Pourquoi « persifle » ? Il faudrait plutôt se demander si c’est vrai, ou pas. C’est là le sujet et la seule question qu’un journaliste devrait se poser. S’il se la posait, il découvrirait très vite que ce n’est pas du « persiflage », mais la stricte réalité. Énormément d’élus ou de responsables de gauche évitent soigneusement à leur progéniture les joies de l’école publique version XXIe siècle.

Les personnes soucieuses de leur carrière peuvent passer leur chemin

La raison, connue des lecteurs de Valeurs actuelles depuis longtemps, est désormais un secret de Polichinelle. Les familles désertent l’école publique parce qu’elle n’a plus d’école que le nom. Parce que le temple de Jules Ferry est devenu un moulin ouvert à tous les vents d’une société violente, déconstruite, absurde. Beaucoup de familles font ce choix. Toutes celles qui le peuvent, ou presque. Et les autres le feraient si elles en avaient les moyens, moyens que, précisément, on leur refuse.

Lors d’un de nos premiers échanges, voilà des années, Anne Coffinier m’avait fait l’aveu suivant : « Je préférerais évidemment que l’on restaure le bel édifice de l’instruction publique, mais je pense que, pour tout un tas de raisons, ce n’est pas possible. Donc plutôt que d’attendre un hypothétique sauveur, je mets tout en œuvre pour qu’un maximum d’enfants puisse échapper à un système hors de contrôle. » C’était il y a quinze ans. Le système en question, l’Éducation nationale, est moins sous contrôle que jamais tandis que les écoles libres n’ont jamais été si nombreuses ni si diverses — n’en déplaise aux journalistes de gauche qui voient des catholiques d’extrême droite partout et qui, fidèles à leurs réflexes, s’évertuent à casser ou à salir ce qu’ils ne comprennent pas.

Par chance, la patronne de Créer son école, normalienne de formation, énarque, diplomate (d’où ses fameux réseaux internationaux !), a le cuir épais. Les joyeusetés balancées sur son compte par une ancienne collaboratrice, qui ont abondamment nourri la presse ces derniers temps, ne lui font pas plaisir, mais elles sont en quelque sorte digérées. « Je subissais déjà tout ça en interne, soupire-t-elle. Maintenant, c’est public, ce n’est pas agréable, mais c’est comme ça. J’attends sereinement que la justice rétablisse la vérité. » Une justice qu’une certaine presse ne prend jamais la peine d’attendre — mais ceci aussi fait partie du « job ». Sauver l’instruction, permettre aux enfants de France de disposer encore d’une école, ne saurait être une sinécure. C’est une vocation, un sacerdoce. Les personnes soucieuses de leur carrière ou de leur confort intellectuel peuvent passer leur chemin.

Le problème est que c’est souvent le cas des responsables de droite ! De ce point de vue là les « révélations » promises par L’Humanité sont à la fois éloquentes — et contradictoires. Il y a de riches donateurs partout dans l’entourage d’Anne Coffinier, mais les écoles libres continuent de tirer le diable par la queue — cherchez l’erreur ! « La vérité est que la droite a toujours roupillé sur l’éducation, regrette Anne Coffinier. On parle à l’envi de fondamentaux, d’autorité, d’autonomie, mais on ne fait que réagir aux offensives de la gauche, mollement et avec un temps de retard. Cela ne constitue pas une vision politique. »

L’école libre qui est simplement le nouveau nom de l’école de toujours

La fondatrice de Kairos ne le dira pas, mais elle soupçonne un certain nombre de gens de droite de ne voir dans l’école privée qu’un moyen de mettre leurs propres enfants à l’abri, tout en défiscalisant tout ce qui peut l’être. Une attitude qui peut se comprendre, mais qui laisse intact le problème de l’école, de toute l’école, donc de la société de demain. Nul ne peut se contenter de créer des isolats. Anne Coffinier le demande avec une détermination intacte : pour elle, la droite doit passer à l’offensive en matière d’éducation, au lieu de subir. « Il lui faut donner une dimension sociale qui manque à son action, en se battant pour que toutes les familles qui le veulent puissent scolariser leur enfant dans l’école privée », insiste-t-elle, avant de préciser en outre que cette réforme « serait source d’énormes économies pour la nation ».

Mais la question est : qui aurait le courage de se saisir de ce sujet ? « François-Xavier Bellamy est très présent sur ces questions d’éducation, qu’il place toujours au premier rang de ses préoccupations, avance Matthieu Grimpret. Mais il est un peu empêtré dans un milieu politique où les gens sont largement déconnectés de la réalité profonde du problème. » De manière surprenante, l’auteur de Bullshit bienveillance (Magnus) imagine que le salut pourrait venir… des milieux d’affaires. « Je fonde un certain espoir dans la prise de conscience des chefs d’entreprise, explique-t-il. Par le biais du recrutement, ils sont directement confrontés à l’effondrement de l’école, non seulement pour ce qui est des savoirs, mais aussi et surtout par la question comportementale. » Et si certains patrons, conscients du caractère « ingérable » de la génération née après l’an 2000, avouent froidement « attendre les robots », d’autres ne veulent pas renoncer à la beauté de la transmission, de la formation, de la chaîne intergénérationnelle.

« L’éducation nationale demeure dominée par le gauchisme culturel, mais le rapport de force bouge, observe de son côté Joachim Le Floch-Imad. Certaines propositions conservatrices gagnent de l’audience et 20 % des enseignants en viennent à voter pour le Rassemblement national. » Les professeurs, longtemps inféodés à ces idées de gauche qui ont creusé leur tombe, pourraient-ils devenir les acteurs de leur propre sauvetage ? « L’hégémonie de la gauche s’est fracassée sur le mur de la réalité. Elle conserve toutefois une forte capacité d’influence au sein de la technostructure du ministère », tempère l’auteur de Main basse sur l’éducation nationale (les Éditions du Cerf). Le prof évolue, mais la salle des profs continue d’afficher son hostilité à toute réforme, tout projet, toute idée qui semblerait « de droite ». Cette dernière n’est pas près de reprendre pied sur ce terrain-là — pour ne rien dire du monde syndical ! « Les professeurs sont — au moins pour un temps encore — attachés à la discipline qu’ils enseignent, insiste Matthieu Grimpret. Ils veulent transmettre du savoir, or ils ont bien conscience que, sans autorité, sans exigence, leur métier n’est pas possible. C’est une question d’efficacité. »

On retrouve l’intuition d’Anne Coffinier, celle qui l’a portée vingt ans durant : tout le monde veut l’école privée, l’école libre, qui est simplement le nouveau nom de l’école de toujours. Les enfants, leurs parents, les professeurs. Surtout : tout le monde mérite cette école et seuls les amis du désastre en cours peuvent vouloir torpiller ceux qui veulent la construire ou la reconstruire. « Le mal, pour triompher, n’a besoin que de l’inaction des gens de bien », dit la très célèbre formule attribuée à Edmund Burke. Anne Coffinier l’a bien compris. Mais qui avec elle ? 

dimanche 21 décembre 2025

« Non, la science n’a pas démontré qu’il n’y avait pas de lien de causalité entre immigration et délinquance »

Une note publiée par un centre de recherches rattachée à Matignon, reprise dans l’émission Complément d’enquête (capture d’écran ci-dessous), assure que, d’après la science, on ne peut établir de lien entre immigration et délinquance. Philippe Lemoine, directeur de la recherche à l’observatoire Hexagone et chercheur invité à Georgetown (Washington, É-U), critique cette affirmation.


L’immigration augmente-t-elle la délinquance en France et plus généralement en Europe ? Pour  Arnaud Philippe et Jérôme Valette, deux économistes qui ont écrit une note pour le CEPII  (un centre de recherche placé auprès du Premier ministre) sur le sujet en 2023, la cause est entendue : les études sur le sujet « concluent unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance ».

Le message semble d’ailleurs avoir été reçu cinq sur cinq par la plupart des lecteurs de cette note. Par exemple, au cours d’un récent épisode de Complément d’enquête, le magazine d’investigation diffusé sur France 2, une journaliste cite la note du CEPII à l’appui de son affirmation selon laquelle le «  lien de causalité entre étrangers et insécurité n’existe pas  », ajoutant même que « c’est la science qui le dit ». Le problème c’est que, n’en déplaise aux journalistes de Complément d’enquête et aux auteurs de cette note du CEPII, « la science » ne démontre rien de la sorte.

D’abord, il est faux que les études sur la question concluent « unanimement » et « sans ambiguïté » à l’absence d’effet de l’immigration sur la délinquance, comme l’écrivent faussement Philippe et Valette. Il existe en effet plusieurs études qui utilisent précisément le type de méthodes permettant d’établir un effet causal de l’immigration dont ils parlent dans leur note et qui trouvent pourtant  un effet de l’immigration sur la délinquance, non seulement sur les atteintes aux biens, mais parfois aussi sur les atteintes aux personnes.

La vérité est que les résultats dans  la littérature scientifique, loin d’être sans ambiguïté, sont au contraire très contrastés : il est vrai que beaucoup d’études ne trouvent pas d’effet, mais d’autres en trouvent un. Parfois des études différentes aboutissent même à des conclusions différentes alors qu’elles portent sur le même pays à la même époque. La note du CEPII, qui se veut pourtant une revue de la littérature, en présente donc un portrait trompeur.

Les données individuelles sur les auteurs de délit montrent non seulement en France, mais partout en Europe que les immigrés et leurs enfants, du moins ceux qui sont originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient, sont mis en cause ou condamnés pour des délits à des taux plusieurs fois supérieurs à ceux du reste de la population. Contrairement à ce que suggèrent Philippe et Valette dans leur note, cela reste vrai même quand on les compare à  des individus sans ascendance migratoire de même âge, sexe et avec des caractéristiques socio-démographiques identiques.

Les biais dans  la police  et  le système judiciaire  pourraient expliquer une partie de cette surreprésentation, mais il est totalement invraisemblable qu’ils puissent l’expliquer en totalité. Personne de sensé ne peut croire que, si les ressortissants de pays africains sont mis en cause dans les affaires de vols avec violence sans arme à un taux plus de 6 fois supérieur à celui des Français, c’est uniquement ou même principalement parce que les forces de police et de gendarmerie sont biaisées contre eux.

dimanche 21 septembre 2025

Télé publique — Hommage funèbre à Charlie Kirk assassiné rappellerait les manifestations nazies

Réaction de Mathieu Bock-Côté à la diabolisation entourant Charlie Kirk, la fabrique du mensonge. 

Réaction de Pascal Praud et de ses invités à cette émission.

 

Note : Jimmy Kimmel, le « censuré », mentionné dans l'extrait ci-dessus est de retour sur les ondes, mais certains réseaux affiliés importants disent ne pas vouloir le diffuser et remplaceront l'émission de Kimmel par une autre émission (de nouvelles notamment).


Billet du 22 septembre

Pour une experte de Franklin Roosevelt, Judith Perrignon, à la télévision publique française France 5, l’hommage funèbre à Charlie Kirk assassiné rappellerait les manifestations nazies. 

La spécialiste de Franklin Roosevelt qui lance cette comparaison devrait se souvenir que les nazis américains ne sont pas les seuls à avoir rempli le Madison Square Garden. Roosevelt lui-même en 1936 le fit devant plus de 20 000 personnes. Il termina son discours de campagne avec une attaque contre les Républicains : ce « gouvernement qui n’entend rien, ne voit rien et ne fait rien », la foule se déchaîne alors. Regarder sur Getty Images.

Photographie de 1936 lors de la réunion de F. D. Roosevelt au Madison square Garden (Associated Press, image reprise par le New York Times)


La veuve de Charlie Kirk devant le stade, « Père, je pardonne ce jeune homme », assassin de mon mari.

Les nazis américains ont quand même beaucoup changé…

Pour plus de contexte, on trouvera ci-dessous les 14 premières minutes de cette émission où tout le monde semble d'accord.

Mme Perrignon reparle à la fin de cet extrait aux sujets des « propos radicals » [sic] de Charlie Kirk.

À la 5e minute, Jeanne Brun, historienne de l'art, souligne que le nom de l'association de Charlie Kirk était Turning Point qu'elle traduit par point de bascule. Pour elle, Turning Point lui évoque, dans le vocabulaire de l'Apocalypse qui est (serait) utilisé par ce courant, l'eschatos (ἔσχατος) souvent traduit par la fin (c'est exact) mais pour elle en réalité ce mot signifierait le seuil. Et donc Charlie Kirk par le nom de son association évoquait sans doute l'Apocalypse.

L’analyse de Jeanne Brun repose sur du sable. « Turning Point » signifie un tournant, virage, un moment où l’on change de cap — donc précisément l’inverse d’une apocalypse, qui est une fin sans retour. Plaquer une pseudo-érudition grecque en transformant eschatos (ἔσχατος, « dernier, ultime, fin ») en « seuil » est une erreur grossière. On aboutit à une lecture contradictoire, où un nom évoquant un redressement devient artificiellement une prophétie de catastrophe. Turning point est un expression courante aux États-Unis, banale même, sans connotation apocalyptique. Mme Brun fait de l’herméneutique de pacotille. C’est moins de l’histoire de l’art que de la surinterprétation idéologique.

(Ci-dessous la définition du dictionnaire de référence du grec ancien, le Bailly:

Les études qui prouveraient que « la majorité des meurtres viennent de l'extrême droite »


Dans son édition du samedi 20 septembre, le Journal de Montréal a publié cette infographie. Elle cherche à montrer que la violence aux États-Unis serait le fait de l’extrême droite.

L’infographie qui circule — titrée « 12 meurtres politiques par an » — se présente comme une synthèse factuelle de la violence politique aux États-Unis. Un examen attentif de sa méthodologie et de ses choix de présentation révèle pourtant une série de décisions éditoriales et techniques qui biaisent profondément l’interprétation des données. En mode enquêteur : ce que montre l’image, ce qu’elle tait, et pourquoi cela importe.

1) L’exclusion des attentats du 11-septembre n’est pas neutre : elle redéfinit la hiérarchie des menaces

L’infographie indique explicitement avoir exclu les attentats du 11 septembre 2001. Ce n’est pas une simple note de bas de page : ce choix efface près de 3 000 victimes d’un seul événement, le plus meurtrier de l’histoire terroriste américaine, et modifie en profondeur la répartition des victimes entre catégories idéologiques. Des analyses qui intègrent ces morts montrent que la part du terrorisme islamiste devient écrasante par rapport aux autres catégories ; l’exclusion transforme donc l’économie même du message visuel et constitue une décision méthodologique majeure qui devrait être justifiée et expliquée — or ce n’est pas le cas ici.

L’infographie mentionne explicitement qu’elle exclut ces événements, qui ont causé près de 3 000 morts, pour se concentrer sur un total de 618 homicides idéologiques de 1975 à 2025. Cette décision arbitraire réduit artificiellement la part de l’islamisme radical dans les violences (indiquée à 23 %), alors que l’inclusion du 11 septembre porterait ce chiffre à des niveaux bien plus élevés — potentiellement plus de 80 % des victimes totales, selon des analyses comme celle du même Cato Institute cité par le Journal de Montréal.

Parts (%) — avant et après inclusion du 11-septembre
Effectifs et parts pour la période 1975–2025.
Catégorie Effectif
(excl.
11-sept.)
%
(excl.
11-sept.)
Effectif
(incl.
11-sept.)
%
(incl.
11-sept.)
Extrême droite 389 62,94 % 389 10,82 %
Islamisme radical 142 22,98 % 3 119 86,76 %
Extrême gauche 62 10,03 % 62 1,72 %
Autres/inconnu 25 4,05 % 25 0,70 %
Total 618 100,00 % 3 595 100,00 %

2) Les pourcentages affichés reposent sur des classifications peu documentées et parfois arbitraires

L’infographie attribue 63 % des homicides à « l’extrême droite », 23 % à « l’islamisme radical » et 10 % à « l’extrême gauche ». Ces chiffres semblent simples ; ils ne le sont pas. Les bases de données sur les crimes « extrémistes » diffèrent fortement selon leurs critères de classement : comment classer un homicide commis par une personne qui a tenu des propos haineux mais dont le mobile est familial ? Comment traiter une attaque collective liée à des émeutes ou à des mouvements sociaux qui ne se traduit pas par des homicides individuels ? Comment classer l’attaque d’une club homosexuel (comme à Colorado Springs, 5 tués) par une personne qui aurait tenu des propos néonazis mais se dit non-binaire (et donc partie de la coalition LGBTQ2SAI+) ? Celle d’un homme torturé par sa non-binarité ou son idéologie d’extrême droite?  Les recherches reconnues montrent que la décision de coder un acte comme « idéologique » dépend d’un faisceau de critères (motifs avérés, revendications, affiliations, preuves documentaires) et que, selon ces critères, le poids de chaque catégorie peuvent varier notablement. Sans exposition claire du protocole de classification, les pourcentages de l’infographie ne sont pas vérifiables.

Par exemple, des meurtres domestiques ou crapuleux sont parfois classés comme « extrémistes » si le meurtrier a un tatouage néonazi, même si son acte sans lien direct avec une motivation politique.

À l’inverse, les violences de l’extrême gauche, comme celles associées à des émeutes ou à des groupes antifascistes, sont souvent sous-représentées parce qu’elles ne culminent pas toujours en homicides isolés, mais en destructions massives ou en blessures collectives — pensons aux émeutes de 2020 liées au mouvement Black Lives Matter, qui ont causé des milliards de dollars de dommages sans être comptabilisées ici.

Ainsi, quand un auteur est musulman, noir ou lié à l’extrême gauche, les politiciens, les médias et certains organismes (comme l’ADL) nuancent, ergotent, finassent et hésitent à cataloguer les meurtres comme motivés idéologiquement.

Musulmans : Des attaques comme celles de San Bernardino (2015, 14 morts) ou le club gay Pulse (2016, 49 morts) par des individus revendiquant l’État islamique sont parfois cataloguées comme des loups solitaires psychologiquement instables dans les premiers rapports, surtout si le mobile est flou ou si la radicalisation semble récente. Pourtant, des enquêtes (notamment le FBI en 2016) ont montré que leurs auteurs, Syed Farook et Omar Mateen, avaient des liens avec des réseaux djihadistes en ligne. Le terme « loup solitaire » est préféré pour des raisons politiques : éviter d’alimenter l’islamophobie ou de renforcer les politiques anti-immigration, un sujet sensible aux États-Unis depuis le 11-septembre.

Noirs : Dans des cas comme la tuerie de Dallas (2016, 5 policiers tués) par Micah Xavier Johnson, motivée par la colère contre les brutalités policières (influencée par Black Lives Matter), les autorités ont hésité à parler d’idéologie, préférant évoquer une « vengeance personnelle » ou un « trouble mental ». Pourtant, Johnson avait étudié des tactiques militaires et ciblé des Blancs, ce qui suggère une intention raciale évidente. On préfère alors ne pas parler de « terrorisme » pour des raisons politiques (morales diront ceux qui pratiquent cette discrimination) : ne pas stigmatiser une communauté particulière.

Extrême gauche : Des incidents comme les émeutes de Minneapolis (2020, liés à des groupes anarchistes ou antifas) ou l’attaque de Kenosha (2020, Kyle Rittenhouse visé par des militants de gauche) sont rarement qualifiés de « terrorisme idéologique », même si des manifestes ou des slogans (ex. : « ACAB »," Tous les flics sont des salauds ») indiquent une motivation politique. On parle plutôt de « troubles sociaux » ou de « déséquilibrés », surtout si les actes ne tuent pas directement. Deux civils blancs furent tués pendant ces « troubles ».

3) La comparaison internationale sans ajustement démographique est fallacieuse

La comparaison avec le Canada est un autre exemple flagrant de statistiques sélectives et trompeuses. L’infographie vante le fait que le Canada « recense beaucoup moins » de meurtres idéologiques (26 entre 2014 et 2021), contre une moyenne de 12 par an aux États-Unis. Mais elle omet complètement l’ajustement par habitant, ce qui est une faute méthodologique grave. Avec une population américaine d’environ 347 millions contre 41 millions au Canada (soit un peu moins de 9 fois plus), le taux par habitant aux États-Unis est en réalité inférieur : environ 0,039 homicide idéologique par million d’habitants par an, contre 0,085 au Canada pour la période récente (la population a crû pendant cette période nous avons donc pris une population moyenne pendant les périodes moyennes).

Des études comparatives, comme celles du Fraser Institute, montrent même que les taux de criminalité violente au Canada augmentent plus vite que aux États-Unis ces dernières années, contredisant l’image idyllique présentée ici. 

Cette omission transforme une différence absolue (logique vu la taille des pays) en une critique implicite de la société américaine, sans contexte démographique, ce qui relève de la malhonnêteté intellectuelle.

4) La dichotomie gauche/droite aux extrêmes est-elle réellement pertinente ?

L’usage de la grille gauche/droite dans la classification des violences politiques relève souvent d’un réflexe commode, mais scientifiquement fragile. Elle ne permet pas de rendre compte de la complexité des motivations et des logiques d’action.

Prenons le cas du pic de 1995 : l’attentat d’Oklahoma City (168 morts), commis par Timothy McVeigh. Celui-ci n’était pas un « conservateur social » typique, encore moins un militant républicain. Athée, hostile aux institutions religieuses, il ne défendait pas la famille traditionnelle mais se vivait comme un anarchiste radical anti-étatique, animé par une vision libertarienne de l’individu armé contre un État fédéral jugé envahissant. Classer McVeigh comme un terroriste « d’extrême droite » est donc une simplification abusive, qui gomme la nature fondamentalement anti-autoritaire de son idéologie.

Plus largement, l’histoire montre que les grands totalitarismes du XXe siècle ne se laissent pas enfermer dans le spectre classique gauche/droite. Le national-socialisme et le bolchevisme, tous deux révolutionnaires à leur manière, partagent des traits communs : culte du chef, hiérarchie militarisée, contrôle absolu de l’État, effacement des contre-pouvoirs, et volonté d’éradication de toute opposition. En URSS, après les expériences libertaires des années 1920 (divorce facile, émancipation des femmes, libéralisation sexuelle), le régime stalinien a fini par réprimer sévèrement ces libertés, abolissant même la libéralisation du divorce et criminalisant l’homosexualité — preuve que les catégories « gauche/libertaire » et « droite/conservatrice » ne sont pas stables mais évolutives.

On observe aussi que certains mouvements dits « de droite » empruntent des thèmes traditionnellement associés à la gauche. Le Rassemblement National, en France, tout en étant étiqueté comme parti « d’extrême droite », défend un État-providence renforcé, un protectionnisme économique et un discours anti-élitiste. Cette plasticité idéologique illustre à quel point le populisme contemporain dépasse le cadre binaire gauche/droite.

Dès lors, on peut légitimement s’interroger : le recours à cette dichotomie dans les bases de données et les infographies sur la violence politique ne relève-t-il pas moins d’une exigence scientifique que d’une commodité rhétorique ? En particulier lorsqu’il permet, par effet de cadrage, d’associer mécaniquement les violences anarchistes ou anti-étatiques à « la droite », ce qui contribue implicitement à diaboliser les conservateurs sociaux ou les républicains classiques, qui n’ont rien à voir avec ces mouvances.

5) Les bases de données de recherche nuancent la simple opposition droite/gauche/islamiste

Le graphique montre bien une répartition simple : la majorité des meurtres politiques viendraient de l’extrême droite (63 %), loin devant l’islamisme radical (23 %), la gauche radicale (10 %) et d’autres courants marginaux. Mais la recherche scientifique nuance fortement cette lecture.

En réalité, comparer la violence politique n’est pas aussi simple que de compter des pourcentages. Selon les travaux universitaires fondés sur plusieurs bases de données, les tendances varient selon les périodes et les contextes. Par exemple, l’extrême droite a effectivement produit beaucoup d’attaques dans certaines années, mais d’autres courants ont été plus marquants dans d’autres contextes. De plus, le « nombre » d’attentats ne dit pas tout : la gravité (le nombre de victimes par attaque), le profil des auteurs et le type de violence changent selon les idéologies et les époques.

En clair : réduire le phénomène à des parts fixes (63 %, 23 %, etc.) sans préciser la méthode utilisée est trompeur. Pour faire des comparaisons solides, il faut des données transparentes, des définitions partagées et prendre en compte à la fois la fréquence, la létalité et les circonstances des violences politiques.

6) Le choix des couleurs

L’infographie ne se contente pas de donner des chiffres : elle les met en scène. Le choix de représenter chaque silhouette comme 1 % du total renforce l’idée que l’extrême droite « remplit l’espace » (grande masse rouge vif), tandis que l’islamisme radical (vert pâle) semble marginalisé visuellement, alors que l’inclusion du 11-septembre aurait totalement inversé ce rapport. C’est un effet de cadrage graphique classique : la proportion choisie et la palette de couleurs dictent la lecture intuitive du lecteur plus que les chiffres eux-mêmes.

samedi 30 avril 2022

Devant le tribunal, Facebook admet que les « vérifications des faits » ne sont qu’« opinions »

Le journaliste John Stossel poursuit Facebook après que des « vérificateurs des faits » de Facebook ont qualifié les informations sur le changement climatique que Stossel a publiées de « fausses et trompeuses ».

Dans sa réponse à la plainte en diffamation de Stossel, Facebook répond à la page 2, ligne 8 du document judiciaire (téléchargez-le) que Facebook ne peut pas être poursuivi pour diffamation (à savoir une affirmation fausse, malicieuse et préjudiciable) parce que ses « vérifications des faits » ne sont que de simples opinions plutôt que des affirmations factuelles.

Les opinions ne peuvent faire l’objet de poursuites en diffamation alors que les fausses affirmations factuelles (préjudiciables et malicieuses) le peuvent. Le document déposé par Facebook affirme :

« Les étiquettes [apposées par les vérificateurs] en elles-mêmes ne sont ni fausses ni diffamatoires ; au contraire, elles constituent une forme d’opinion protégée. »

Ainsi, devant un tribunal, dans un dossier juridique, Facebook admet que ses « vérifications des faits » ne sont pas du tout des « vérifications des faits », mais simplement des « affirmations d’opinion ».

Ces « vérifications des faits » ont pourtant un poids décisif et semblent bien orientées : elles reflètent les préférences idéologiques des « vérificateur » qui opinent sur les sujets qui leur déplaisent.