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mardi 22 septembre 2026

« Le phénomène de la rentrée » écrit par l'intelligence artficielle ? (m à j)

"Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine"

Dans un communiqué publié mardi soir par son éditeur québécois, les Éditions du Boréal, Thélyson Orélien rappelle la tradition littéraire haïtienne et caribéenne dans laquelle son roman s'inscrit.

"C’est dans cet héritage que ma voix s’est construite. On peut discuter de mon style, mais faire de ses procédés des preuves d’intelligence artificielle n’a rien à voir avec la critique littéraire, affirme-t-il. Je me demande si l’on soupçonnerait aussi Césaire ou Jacques Stephen Alexis, dont je tente modestement d’apprendre la liberté de langue."

En entrevue au quotidien français Libération, l'auteur affirme également subir, depuis qu'il est en France pour promouvoir C’était ça ou mourir, "de nombreuses attaques racistes, qui ne viennent pas des lecteurs, mais de personnes extérieures qui cherchent à nuire".

"Je n’y prêtais aucune attention, mais je ne m’attendais pas à des attaques de ce genre. Je ne suis pas triste, mais en colère, dit-il. Je suis en train de constituer un dossier avec mes éditeurs en France et au Québec pour prouver ce que je dis."

"J’ai toujours aimé la création et l’écriture. Je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine", ajoute-t-il en entrevue avec Libération.


Avez-vous entendu parler de ce roman ? Il serait, paraît-il, le phénomène de cette rentrée littéraire.

Lauréat du prix Fnac, du prix Méduse et du prix Première Plume, il est donné comme un sérieux prétendant au prix Renaudot et figure parmi les ouvrages en lice pour les prix Goncourt, Femina, Médicis et Décembre. Il est, en outre, en cours de traduction dans une vingtaine de langues.

Or, selon Pangram, ce roman serait rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle.

Balance ton Claude (Samuel Fitoussi apparemment) a soumis à l’analyse plusieurs passages, prélevés à différents endroits du manuscrit. Le résultat est, presque invariablement, le même : 100 % IA — notamment pour les deux premiers chapitres, reproduits dans le tweet ci-dessous.

Selon Balance ton Claude, Pangram est présenté comme l’un des détecteurs d’IA les plus fiables : son taux de faux positifs serait de 0,0041 %, soit environ un texte humain sur 24 400. Sur 996 273 textes antérieurs à 2022, seuls 14 — soit 0,0014 % — ont été classés par Pangram comme étant, au moins partiellement, générés par une IA.

Si l’on considère, à titre théorique, vingt passages indépendants présentant chacun ce même taux de faux positif, la probabilité qu’ils soient tous erronément identifiés comme produits par une IA serait de (0,0041 %)²⁰, soit environ 0,18 × 10⁻⁴⁵ %.

Le roman comporterait bien davantage que vingt signalements.

Balance ton Claude milite précisément contre ce qu’il appelle la « pollution des fils d’actualité » : la prolifération de textes générés ou fortement assistés par l’intelligence artificielle, publiés comme s’ils étaient l’œuvre de leurs auteurs.

Une telle accumulation de résultats ne constitue évidemment pas, à elle seule, une preuve de l’usage d’une IA ; elle appelle néanmoins, à tout le moins, une explication.



Avis d'un lecteur sur Babelio:

vendredi 4 septembre 2026

« L’idée que la démo­cra­tie se dif­fuse en même temps que le capi­ta­lisme est his­to­ri­que­ment fausse »

Dans son der­nier livre, Le Monde à l’ère capi­ta­liste, l’éco­no­miste serbo-amé­ri­cain ana­lyse la façon dont le capi­ta­lisme s’est répandu dans le monde entier en s’accom­mo­dant de régimes poli­tiques auto­ri­taires et d’un reflux du libre-échange à l’échelle de la pla­nète.  Branko Mila­no­vic est pro­fes­seur à la City Uni­ver­sity of New York et ancien éco­no­miste à la Banque mon­diale.

LE FIGARO. — Votre livre s’inti­tule Le Monde à l’ère capi­ta­liste. Vous qui avez grandi en You­go­sla­vie com­mu­niste, com­ment expli­quez-vous que le capi­ta­lisme se soit imposé par­tout ? Et qu’il s’accom­mode de régimes poli­tiques si divers ?

BRANKO MILANOVIC. — La rai­son prin­ci­pale du triomphe du capi­ta­lisme est l’échec du com­mu­nisme - ou du socia­lisme réel, comme on l’appe­lait à l’époque. Cet échec s’explique sur­tout par l’inef­fi­ca­cité éco­no­mique de ce modèle. Après la crise de 1980, des pays comme la Rou­ma­nie, la Pologne, la Hon­grie et la You­go­sla­vie étaient en ban­que­route : ils ne pou­vaient plus rem­bour­ser leurs dettes. L’URSS n’était pas encore en ban­que­route, mais le régime était tota­le­ment épuisé par les dépenses mili­taires. Le sys­tème capi­ta­liste s’est donc étendu par­tout car il était plus effi­cace éco­no­mi­que­ment et béné­fi­ciait d’un très grand sou­tien des classes intel­lec­tuelles et du reste de la popu­la­tion. Par une forme d’hégé­mo­nie gram­scienne, les prin­cipes de mar­ché sur les­quels repose le capi­ta­lisme ont été accep­tés par la plu­part des pays du monde, de manière consciente ou non.

— La consé­quence est l’émer­gence de régimes hybrides, avec par exemple le « socia­lisme de mar­ché » chi­nois. Vous par­lez de « com­mu­nisme haye­kien » pour qua­li­fier la Chine. Que recouvre cette expres­sion para­doxale ?

— À Pékin, j’ai assisté à une confé­rence où se trou­vaient plu­sieurs entre­pre­neurs. Tous étaient deve­nus très riches et, à les écou­ter racon­ter leurs par­cours, on avait la sen­sa­tion qu’ils appli­quaient à la lettre les leçons de Lud­wig von Mises et de Frie­drich Hayek. Ils étaient peu édu­qués, nés dans des régions peu déve­lop­pées, ils ont com­mencé avec presque rien et, à par­tir d’une bonne idée, ils ont déve­loppé leur acti­vité. C’était un véri­table manuel capi­ta­liste dans un pays nomi­na­le­ment com­mu­niste. Et ces his­toires haye­kiennes étaient racon­tées dans une confé­rence pré­si­dée par des membres du Parti com­mu­niste ! Le régime célèbre la réus­site et la richesse pri­vée tout en main­te­nant un contrôle poli­tique cen­tra­lisé. De fait, aujourd’hui, le sec­teur privé repré­sente 70 % du PIB chi­nois.

— Vous dites que ce « com­mu­nisme haye­kien » est « la plus grande réus­site éco­no­mique de l’his­toire récente ». Ce capi­ta­lisme poli­tique à visage tech­no­cra­tique pour­rait-il ins­pi­rer d’autres pays ?

— Le sys­tème chi­nois n’est pas faci­le­ment répli­cable, car il com­porte de nom­breuses contin­gences propres à la Chine. Il est très dif­fi­cile de dres­ser une liste de choses que les autres pays devraient faire pour l’imi­ter. Contrai­re­ment au «consen­sus de Washing­ton », qui avait dix pré­ceptes clairs et faci­le­ment expor­tables, les Chi­nois n’ont pas de règles claires, ce qui limite aussi leur soft power.

— Contrai­re­ment à ce que pen­saient les théo­ri­ciens de la « fin de l’his­toire », le capi­ta­lisme s’est imposé par­tout, mais pas la démo­cra­tie libé­rale. Pour­quoi ?
 
— Cette asso­cia­tion entre libé­ra­lisme et démo­cra­tie d’un côté et capi­ta­lisme de l’autre a été faite immé­dia­te­ment après la chute du mur de Ber­lin. Mais elle me sem­blait fausse dès le début, même his­to­ri­que­ment. Dans l’his­toire, il y a eu beau­coup de pays capi­ta­listes qui n’étaient pas démo­cra­tiques du tout. À com­men­cer par l’Amé­rique: au XIXe siècle, 13% de la popu­la­tion était réduite en escla­vage. C’était un régime d’oli­gar­chie très clair. Au Royaume-uni, le suf­frage n’était pas uni­ver­sel : en 1815, la révo­lu­tion indus­trielle bat­tait son plein, mais moins de 5% de la popu­la­tion avait le droit de vote. Idem pour l’Espagne, la Grèce, l’Ita­lie fas­ciste, l’Alle­magne wil­hel­mi­nienne et l’Alle­magne hit­lé­rienne, la France sous Napo­léon III ou l’Argen­tine.

Mon scep­ti­cisme à l’égard de ce dis­cours sur la dif­fu­sion de la démo­cra­tie dans le monde a aussi été nourri par deux évé­ne­ments que j’ai vus de très près : d’un côté, la dis­so­lu­tion de l’union sovié­tique et de la You­go­sla­vie, et de l’autre l’uni­fi­ca­tion de l’Europe. D’un côté la construc­tion euro­péenne célé­brait le fait que des gens très dif­fé­rents eth­ni­que­ment et reli­gieu­se­ment pou­vaient exis­ter ensemble, et de l’autre, cette même Europe sou­te­nait la décom­po­si­tion et la dis­so­lu­tion d’un pays où des peuples dif­fé­rents vivaient ensemble. Il n’y avait presque aucune logique à tout cela ! Ensuite, j’ai tra­vaillé sur la Rus­sie en 1982-1983. Le pays vivait une dépres­sion éco­no­mique extra­or­di­naire mais aussi une des­truc­tion de l’édu­ca­tion, de la santé, une des­truc­tion sociale : les liens sociaux ont été tota­le­ment détruits. Et on par­lait de démo­cra­tie ! J’ai assisté à cette expé­rience depuis la Banque mon­diale, qui est un pro­pa­ga­teur de cette idéo­lo­gie éco­no­mique. Il y avait un vrai manque d’his­to­ri­cité dans ces années et une absence de regard sur la réa­lité telle qu’elle était.

— Com­ment expli­quer que, dans un monde acquis à l’éco­no­mie de mar­ché, le libre-échange et la mon­dia­li­sa­tion refluent désor­mais ?
 
— Le sys­tème capi­ta­liste, pour­tant accepté par la plu­part des gens, donne lieu aujourd’hui à une crise poli­tique engen­drée par la mon­dia­li­sa­tion elle­-même. Comme je l’évoque dans The Great Glo­bal Trans­for­ma­tion (non tra­duit en français, NDLR), cela s’explique d’abord par la réus­site éco­no­mique de la Chine. Per­sonne ne s’atten­dait à ce que la Chine ait un suc­cès aussi fou­droyant et que ce pays de 1,4 milliard d’habi­tants devienne un pou­voir éco­no­mique, puis un pou­voir tech­no­lo­gique et mili­taire. Les Amé­ri­cains se sont rendu compte sou­dai­ne­ment que la mon­dia­li­sa­tion avait pro­fité à la Chine beau­coup plus qu’aux autres pays et à eux-mêmes.

Au niveau des reve­nus indi­vi­duels, les classes popu­laires et même par­fois moyennes occi­den­tales sont main­te­nant dépas­sées par la mon­tée en puis­sance des classes moyennes supé­rieures en Chine, en Inde, en Indo­né­sie et ailleurs. Par le passé, la population occidentale était dans les 20 ou 30 pre­miers per­cen­tiles du monde, c’est-à-dire que même les gens rela­ti­ve­ment pauvres en France étaient pro­bable­ment dans le 70e per­cen­tile du monde. Main­te­nant, ils sont dépassés par la popu­la­tion asia­tique. Et quand vous êtes dépassé par la popu­la­tion asia­tique, vous êtes dépassé d’un seul coup par des mil­lions de gens. Les classes moyennes occi­den­tales vont s’en rendre compte très rapi­de­ment, parce qu’il y a des biens inter­na­tio­naux qu’ils ne sont plus en mesure d’ache­ter ou des voyages qui ne sont plus abo­rdables pour eux.

Et pen­dant que les popu­la­tions occi­den­tales moins aisées chu­taient dans leur posi­tion glo­bale, les plus riches, dans ces mêmes pays, sont res­tés au som­met du monde. Cela génère un grand mécon­ten­te­ment et des tur­bu­lences poli­tiques. La mon­dia­li­sa­tion a créé un conflit au niveau des États-nations, entre la Chine et les États-unis, mais aussi à l’inté­rieur des pays. Demeure donc ce para­doxe : tan­dis que les poli­tiques éco­no­miques libé­rales sont ren­for­cées sur le plan inté­rieur, elles sont tota­le­ment rem­pla­cées dans la poli­tique exté­rieure, avec le retour des droits de douane, de la coer­ci­tion éco­no­mique, et la sai­sie des avoirs des autres pays. C’est le retour du mer­can­ti­lisme au niveau inter­na­tio­nal. On peut par­ler de natio­nal-­li­bé­ra­lisme ou de libé­ra­lisme natio­nal de mar­ché pour sou­li­gner cette ambi­va­lence.

— Signe de ces tra­jec­toires croi­sées, vous expli­quez que « la désar­ti­cu­la­tion remonte vers le nord ». Pour­riez-vous expli­quer ce qu’est la « désar­ti­cu­la­tion » ? Et par quel pro­ces­sus les pays du Nord ont com­mencé à res­sem­bler à ceux du Sud ?
 
— Pen­dant long­temps les puis­sances du Nord n’ont mis en place dans les pays du Sud (ancien tiers-monde) que des enclaves de moder­nité des­ti­nées à répondre à leurs propres besoins – d’extrac­tion de res­sources, notam­ment. Et ce sans cher­cher à déve­lop­per une struc­ture pro­duc­tive inté­grée. Cette éco­no­mie d’extrac­tion était confiée à une bour­geoi­sie locale dont les inté­rêts étaient les mêmes que ceux des Occi­den­taux, tan­dis que le reste de la popu­la­tion demeu­rait rela­ti­ve­ment pauvre. Il y avait donc une désar­ti­cu­la­tion entre la sphère éco­no­mique, tour­née vers l’exté­rieur, et la sphère poli­tique.

Or depuis dix ans nous avons com­mencé à obser­ver un pro­ces­sus simi­laire en Occi­dent, et en par­ti­cu­lier aux États-unis. Il y a une couche de la popu­la­tion qui est riche, édu­quée et très inté­grée dans les échanges, intel­lec­tuels et éco­no­miques. Et tout le reste de la popu­la­tion, qu’on appelle en anglais « hin­ter­land », à l’inté­rieur des terres, était coupé de cela. C’est pour cette rai­son que l’on parle d’élites « bi-cos­tales » en Amé­rique. Ce sont des gens qui, par inté­rêt et par convic­tion, sont très pro­mon­dia­li­sa­tion. Ils s’entendent très bien avec les élites des autres pays et n’ont pas beau­coup d’inté­rêt pour leurs conci­toyens ; ils pré­fèrent employer un Chi­nois ou un Viet­na­mien en les payant beau­coup moins qu’un Amé­ri­cain équi­valent. Cette diver­gence était typique des pays du tiers-monde. Il y a vingt ans, les élites occi­den­tales voyaient tous les avan­tages, idéo­lo­giques et finan­ciers, de la mon­dia­li­sa­tion. Sans com­prendre que le reste de la popu­la­tion ne les voyait pas. Beau­coup ne se sont pas rendu compte que la fronde domes­tique allait mon­ter en puis­sance. C’était avant le Brexit, avant la pre­mière élec­tion de Donald Trump, mais ces forces sou­ter­raines exis­taient déjà.

— Les classes popu­laires et moyennes dans les pays riches ne voient pas leurs reve­nus pro­gres­ser, car ils « dépendent pour la plu­part de leurs reve­nus du tra­vail et n’ont aucun revenu de capi­tal signi­fi­ca­tif », écri­vez-vous. Cela va-t-il s’aggra­ver avec L’IA ?

— Dans les pays d’Amé­rique latine, 90% à 95% des gens n’ont aucun revenu du capi­tal. En France, envi­ron la moi­tié de la popu­la­tion n’a aucun revenu du capi­tal. Aux États-unis, c’est 60 %, et dans d’autres pays déve­lop­pés, par­fois plus. Il est encore dif­fi­cile d’éva­luer les consé­quences de la révo­lu­tion tech­no­lo­gique que repré­sente L’IA. Si elle rem­place un grand nombre de pro­fes­sions, bien sûr, à PIB égal, il y aura une aug­men­ta­tion de reve­nus du capi­tal, car cet argent ira dans les poches des pro­prié­taires des entre­prises tech­no­lo­giques. Et les reve­nus du tra­vail s’éro­de­ront encore un peu plus. Tout dépen­dra ensuite de la façon dont ce capi­tal sera redis­tri­bué. Va-t-on prendre de l’argent à ceux qui se sont enri­chis avec L’IA pour le dis­tri­buer à tout le monde comme un revenu garanti men­suel ? C’est une pos­si­bi­lité.

— Mais, selon vous, les outils du XXe siècle ne peuvent pas ser­vir à com­battre les inéga­li­tés de reve­nus au XXIe siècle. Pour­quoi ?

— Au XXe siècle, les trois grands outils de réduc­tion des inéga­li­tés en Occi­dent ont été les syn­di­cats, l’édu­ca­tion et l’inter­ven­tion­nisme de l’État. Or le taux de syn­di­ca­li­sa­tion a chuté par­tout dans le monde. Le type de tra­vail a tota­le­ment changé. Il y a moins de grandes entre­prises qui emploient des mil­liers de gens et dont les inté­rêts sont sem­blables. Très sou­vent, les sala­riés ne tra­vaillent plus dans le même espace phy­sique, ce qui rend toute orga­ni­sa­tion, syn­di­cale ou autre, plus dif­fi­cile. Deuxiè­me­ment, le niveau d’édu­ca­tion. Il a explosé au XXe siècle. La tra­jec­toire se pour­suit, les gens sont tou­jours plus diplô­més, mais c’est dif­fé­rent. Le gain que vous faites en pas­sant d’une popu­la­tion qui a en moyenne 7 ans d’édu­ca­tion à 13 ans est extra­or­di­naire. Mais il y a un maxi­mum natu­rel. Après 13 ans, on ne peut pas pas­ser à 23 ans d’édu­ca­tion, ça n’aurait aucun sens !

Enfin, le rôle de l’état. Les impôts sont deve­nus très éle­vés au XXe siècle parce qu’on accep­tait que l’état joue un rôle très impor­tant, en France en par­ti­cu­lier. Main­te­nant on l’accepte moins, on pense que les impôts sont exa­gé­rés. Les gens ont une vision beau­coup plus cynique du rôle de l’état. Si on prend ces trois aspects - le syn­di­ca­lisme, l’édu­ca­tion et l’opi­nion sur l’état - les outils du XXe siècle sont caducs pour réduire les inéga­li­tés. 
 

lundi 2 mars 2026

Controverse autour d'une étude sur les violences politiques en France : méthodologie contestée et deux poids deux mesures

Dans le sillage de la mort tragique de Quentin Deranque, un militant catholique et étudiant en mathématiques âgé de 23 ans, survenue le 14 février 2026 à Lyon à la suite d'un lynchage impliquant des militants d'extrême gauche proche de LFI et de la Jeune Garde, une étude datant de 2021 a été largement diffusée par les médias de grand chemin.

Dirigée par la sociologue Isabelle Sommier, en collaboration avec Xavier Crettiez et François Audigier, et publiée sous le titre Les violences politiques en France. De 1986 à nos jours (Presses de Sciences Po), cette recherche financée par l'Agence nationale de la recherche (ANR) recense environ 9 200 incidents de violence politique sur la période. Parmi les 418 homicides identifiés, 53 sont qualifiés dans ce rapport de "meurtres à caractère idéologique", dont 90 % (environ 48) sont attribués à l'extrême droite, contre seulement 5 à l'extrême gauche. L'étude note également une hausse récente des violences : un doublement des agressions et une multiplication par cinq des affrontements au cours des dix dernières années. Depuis 2022, Sommier évoque six à douze morts supplémentaires imputés à l'extrême droite dans des mises à jour non publiées.Ce chiffre choc des "90 %" a été largement relayé pour relativiser le meurtre de Deranque comme un événement rare de la part de la gauche, contrastant avec une supposée domination de la violence létale par l'extrême droite. 

En 2023 (et potentiellement d'autres années), Isabelle Sommier a participé aux universités d'été de La France insoumise. Elle y est intervenue en tant qu'experte sur la violence politique, aux côtés de figures comme Raphaël Arnault (député LFI et cofondateur de la Jeune Garde antifasciste) et de militants de la Jeune Garde. 
Cependant, des critiques méthodologiques ont émergé, pointant une asymétrie dans le traitement des cas. Ces débats ont culminé lors d'une confrontation télévisée le 23 février 2026 sur France 5, où le journaliste Paul Sugy, du Figaro, a qualifié la méthodologie de "bidon" et "asymétrique". 
 
La complaisance des médias : une reprise sans filtre des chiffres contestés

Dans les jours suivant la mort de Quentin Deranque, de nombreux médias ont cité l'étude de Sommier comme une référence incontestable, souvent pour déplacer le narratif d'une violence d'extrême gauche montante vers une violence politique plus grave à droite. Cette reprise aveugle illustre une forme de complaisance, où les chiffres sont présentés comme des faits irréfutables sans s'interroger sur les critères d'inclusion ou les potentiels biais.  On trouve en fin de billet un un aperçu des principales reprises complaisantes de cette  « étude » dans les médias.

Mais abordons les principales critiques de cette « étude » telles que publiées par Paul Sugy.

Les attentats djihadistes représentent la majorité des meurtres politiques en France

Pour comprendre le débat, il faut d’abord revenir à la catégorisation retenue par l’étude. Celle-ci distingue plusieurs niveaux d’analyse : les «meurtres idéologiques» constituent une sous-catégorie des «meurtres politiques», eux-mêmes inclus dans l’ensemble plus large des faits de «violences politiques». Autrement dit, les meurtres idéologiques ne représentent qu’une fraction des meurtres à dimension politique, lesquels ne constituent eux-mêmes qu’une partie des violences politiques recensées.

Cette précision étant faite, notons déjà qu’Isabelle Sommier et ses coauteurs n’attribuent pas 90 % des violences politiques à l’extrême droite, mais seulement 90 % des meurtres idéologiques. L’ensemble des violences comprend quant à lui bien d’autres faits, comme les dégradations (dont 51,8 % sont commises par la gauche, selon les auteurs). Or sur le total des actes de violence recensés, les auteurs n’en attribuent que 59,7 % à la droite. Ils relèvent par ailleurs que la violence politique a très nettement changé de bord au cours de la période étudiée, pour se déplacer de la droite vers la gauche : plus des trois quarts des faits de violence étudiés entre 1986 et 1990 étaient imputés à la droite, tandis que les deux tiers des faits étudiés entre 2013 et 2017 étaient le fait de la gauche. 

Par ailleurs, les auteurs rappellent aussi que la plupart des meurtres politiques sont bien entendu le fait des djihadistes : 69 % des morts politiques au total sur la période, dont 216 rien qu’en 2015-2016, soit déjà quatre fois plus que le nombre de meurtres idéologiques.

Déduire de ces travaux que la droite ou l’extrême droite serait responsable de 90 % des violences politiques en France est donc fallacieux : ce chiffre n’est avancé que pour ce qui concerne les meurtres idéologiques.

Il faut donc comprendre que le chiffre avancé de 90 % des meurtres idéologiques commis par la droite est le résultat d’un double choix méthodologique contestable. D’une part, les auteurs expliquent d’abord en introduction qu’ils ont adopté une définition très extensive de la «violence politique», entendue au sens d’actes dont «l’objet, le choix des cibles ou des victimes, la mise en œuvre ou les effets acquièrent une signification politique», plutôt que de s’en tenir à des faits de violence dont la cible est politique, ou dont l’intention est de provoquer un changement politique, ce qui aurait limité le champ. Ensuite, une fois adoptée cette définition très englobante, les auteurs excluent ensuite des violences idéologiques les attentats islamistes pour les ranger dans la catégorie des violences religieuses - ce qui élude le caractère idéologique de la violence djihadiste. 

La plupart des attentats d’Action directe ne sont pas pris en compte

D’autre part, la construction de la base de données étudiée présente elle aussi des biais. 

La chronologie retenue est déjà surprenante : «l’année 1986 a été retenue comme point de départ car elle est marquée par l’apogée des violences d’Action directe», écrivent les auteurs. Ce groupe terroriste communiste emblématique des «années de plomb» né en 1979 a revendiqué plus de 80 assassinats ou attentats en France, et 4 des 5 meurtres commis par la gauche dans l’étude d’Isabelle Sommier lui sont imputés. Sauf que précisément, l’immense majorité des homicides commis par des commandos d’Action directe ont eu lieu... avant 1986 ! Entre 1979 et 1985, Action directe a tué au moins 12 personnes. Si ces meurtres avaient été intégrés dans la base de données de leur étude, les chercheurs auraient calculé une proportion bien moindre de meurtres idéologiques imputables à l’extrême droite. 

D’autre part il apparaît vite que les auteurs ont écarté de leur base de données plusieurs homicides qui semblent pourtant entrer très clairement dans le champ des meurtres idéologiques tel que celui-ci a été défini. Comme l’ouvrage ne mentionne pas en annexe la liste complète des meurtres recensés, il faut procéder par déduction. Ainsi puisque les auteurs ne mentionnent que 4 meurtres commis par Action directe, il faut supposer qu’il s’agit essentiellement de ceux commis en 1986 (assassinat du patron de Renault Georges Besse, assassinat terroriste d’un policier, victime collatérale dans une explosion dirigée contre Alain Peyrefitte...). 

Par élimination, cette liste n’inclut donc pas les quatre personnes (trois policiers et un chauffeur de taxi) tuées dans une fusillade le 4 octobre 1994 par  Florence Rey et Audry Maupin , deux militants syndicaux et anarchistes biberonnés à la lecture d’idéologues de la violence révolutionnaire d’extrême gauche (comme Bakounine) et que la presse de l’époque a souvent considéré comme des héritiers du mouvement Action directe. 

Il apparaît également que la tuerie commise en 2002 à l’hôtel de ville de Nanterre par Richard Durn n’a pas été prise en compte. Cet ancien responsable associatif dans l’humanitaire et militant altermondialiste, qui avait été membre du Parti socialiste puis des Verts et avait exercé des responsabilités au sein de la Ligue des droits de l’homme, a tué 8 élus municipaux et en a blessé 19 autres avant de se suicider lors de sa garde à vue. Dans une lettre testament envoyée avant de passer à l’acte, il évoquait notamment son admiration pour Pol Pot ou Staline. 

Des meurtres racistes commis par des individus isolés sont imputés à la droite

Dès lors que ces deux tueries marquantes et très médiatisées, qui sont incontestablement le fait de militants de gauche ou d’extrême gauche, ont été écartées de la base statistique retenue par les auteurs de l’étude, peut-on considérer simplement qu’il s’agit d’un choix méthodologique visant à ne conserver que des faits dont la dimension politique ou idéologique est absolument certaine ? Rien n’est moins sûr. Car  dans une mise à jour récente de ses travaux proposée à Franceinfo , Isabelle Sommier a dressé une liste de 6 meurtres qu’elle impute à l’extrême droite, parmi ceux commis en France depuis 2022. Or aucun d’entre eux ne satisfait complètement à une telle exigence.

Il s’agit dans le détail de la mort de Federico Martin Aramburu, de trois militants kurdes, d’Éric Casado-Lopez et d’Hichem Miraoui. Examinons chacun de ces meurtres. 

Le rugbyman Federico Martin Aramburu a été tué en mars 2022 par un militant d’extrême droite et ancien membre du GUD,  Loïk Le Priol , après s’être interposé lors d’une bagarre survenue à 6h du matin dans un bar parisien alors que les protagonistes étaient fortement alcoolisés. Les juges d’instruction n’ont pour l’heure qualifié cet homicide ni comme un acte politique, ni même comme un acte raciste. 

En mai de la même année, un Français d’origine marocaine et espagnole, Éric Casado-Lopez, a été tué d’une balle dans la tête dans une rue de Paris alors qu’il était confronté à d’autres individus au cours d’une rixe : un autre conducteur est sorti de sa voiture, s’est d’abord interposé puis l’a assassiné froidement. Le meurtrier, Martial Lanoir, est un chanteur raté qui versait dans le complotisme (notamment depuis la pandémie de Covid-19) et l’antisémitisme. Sa victime a toutefois été choisie au hasard et rien ne laisse penser que son crime revêtait une signification politique précise.

Les deux autres crimes recensés sont en revanche des crimes racistes.  Hichem Miraoui , un coiffeur tunisien vivant dans le Var, a été assassiné en mai 2025 par son voisin Christophe Belgembe, un individu ayant partagé sur Internet des contenus racistes et hostiles aux immigrés, ainsi que des appels à voter pour le Rassemblement national (sans être membre pour autant de ce parti, ni militant au sein d’autres groupes politiques).

Enfin rue d’Enghien à Paris en 2022, un ancien militaire et repris de justice, non connu pour une quelconque affiliation à un mouvement politique, a assassiné trois militants kurdes : ce crime raciste semble motivé par la volonté de se venger de la trop grande mansuétude reprochée aux Kurdes par le meurtrier,  William Malet , dans le contexte des combats contre Daech. Seuls à ce jour des responsables politiques de gauche ou d’extrême gauche ont décrit cette fusillade comme un attentat imputé à l’extrême droite, le gouvernement ou le président de la République n’ayant pas employé ces termes.

Aucun de ces crimes en revanche n’a été commis par un groupe politique constitué, et encore moins au nom d’un idéal politique clairement affiché, au contraire des attentats commis par Action directe par le passé... ou du meurtre de Quentin Deranque,  lynché  par des membres de La Jeune Garde, un collectif antifasciste, et réunis le soir du 12 février dans les rues de Lyon au nom de leur appartenance politique commune.

Une chercheuse très politisée

Cette asymétrie dans l’imputation de meurtres à des criminels identifiés comme appartenant à l’extrême droite ou à l’extrême gauche fragilise le résultat final des auteurs, et donc le chiffre de 90 % de meurtres politiques relevant de la violence d’extrême droite. Si par exemple chaque crime raciste dirigé contre des étrangers relève de la violence d’extrême droite, au motif que les partis d’extrême droite banaliseraient des discours hostiles aux étrangers, pourquoi ne pas imputer en miroir de ces crimes les meurtres relevant du racisme anti-Blancs à l’extrême gauche, et donc possiblement  la mort de Thomas Perotto à Crépol  ? Une telle construction méthodologique serait sûrement critiquable - mais en ce cas, il faut admettre également que l’imputation de crimes racistes à l’extrême droite au seul prétexte que le meurtrier a tenu des propos xénophobes est également contestable.

Il faut relever enfin que la neutralité de la sociologue Isabelle Sommier par rapport à son propre objet de recherche est sujette à caution, compte tenu notamment de sa participation en 2023 à une table ronde avec le député (LFI) Antoine Léaument aux AMFIS, l’université d’été de la France insoumise, pour une discussion animée par la sociologue Marlène Benquet, elle-même membre de l’Institut La Boétie affilié à la France insoumise et coprésidé par Jean-Luc Mélenchon.

Dans une autre étude statistique  fondée sur les données d’Europol  et portant sur les arrestations liées au terrorisme dans l’Union européenne entre 2010 et 2021, le Conseil de l’Europe recensait 258 arrestations liées au «terrorisme de droite» contre 564 liées au «terrorisme de gauche et anarchiste» - et 4416 liées au terrorisme djihadiste ou d’inspiration religieuse.

Voici un aperçu des principales reprises dans les médias en février 2026 :

Le Monde (19 février) : Dans une interview de Sommier, le journal rapporte que "les violences politiques connaissent une augmentation significative avec un doublement des agressions depuis dix ans", et cite les 90 % de meurtres idéologiques attribués à l'extrême droite sur 53 cas, sans mentionner de limites méthodologiques ou de critiques.  L'article se concentre sur la hausse globale, en distinguant les répertoires d'action (létal pour la droite, symbolique pour la gauche), mais omet tout débat sur la classification des actes.

Nouvel Obs (17 février) : Sommier y affirme une "augmentation très nette de la violence politique", avec 52 morts pour l'ultra-droite contre 5 pour l'ultra-gauche entre 1986 et 2017. L'article contextualise la mort de Deranque comme potentiellement le premier homicide imputable à la gauche depuis les années 1980, sans aborder les contestations sur les critères d'attribution. 

Alternatives Économiques (20 février) : L'entretien avec Sommier qualifie la mort de Deranque d'"issue tragique prévisible" dans un contexte de tensions à Lyon, et reprend les 90 % sans critique, en insistant sur la distinction des modes d'action entre ultra-droite (ciblant des personnes) et ultra-gauche (ciblant des biens). 

Le Progrès (21 février) : Sommier y évoque "huit décès attribués à la droite radicale depuis 2022, un à l'ultragauche", en référence à Deranque. L'article présente l'étude comme une base empirique solide, sans questionner les méthodes de recensement. 

Radio France (23 février) : Dans un podcast, Crettiez, co-auteur, cite 58 morts pour l'ultra-droite contre 6 pour l'ultra-gauche (1986-2017), en soulignant la rareté des homicides létaux à gauche. Aucune mention de critiques. 

BonPote (17 février) : Le site reprend les 90 % pour contrer un "deux poids, deux mesures" favorisant l'extrême droite, sans examiner la validité des chiffres. 

D'autres médias comme Mediapart (20 février), Marianne (20 février), Le Parisien (17 février), Politis (16 février), L'Opinion (24 février), Franceinfo (18 février), La Croix (21 février), L'Express (18 février) et même des sources étrangères (The Times, The Guardian) ont évoqué l'étude dans le contexte de Deranque, souvent pour souligner une "recrudescence de la violence" ou une "fracture politique", mais rarement avec une analyse critique. Cette diffusion massive, sans contrepoint, a amplifié les chiffres au détriment d'une vérification approfondie, contribuant à un narratif polarisé où l'étude sert de bouclier contre les accusations de violence à gauche.

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lundi 29 décembre 2025

Critique du documentaire Sugarcane, Les Ombres d'un pensionnat (2024)

Le documentaire Sugarcane, a été sélectionné, au début 2025, dans la catégorie des meilleurs documentaires pour les Oscars. Ce film se veut une enquête sur les abus et les disparitions d'enfants dans le pensionnat Saint Joseph de Williams Lake en Colombie-Britannique. Il a bénéficié d'une « critique » dithyrambique. Selon un chef amérindien, il devrait être diffusé dans les écoles du Canada.

Pourtant, selon l'auteur Michelle Stirling dans
Dead Wrong, ce documentaire comporte de nombreuses omissions et erreurs factuelles, dont les plus flagrantes nuisent à l'intégrité de l'enquête menée dans le film. Nous reproduisons ici sa recension de ce documentaire. Elle a également produit un contre-documentaire à Sugarcane visible sur Youtube. Nous l’incrustons dans le corps de cette critique. 

Sugarcane
, un film canadien magnifiquement tourné, a été en lice pour l'Oscar du meilleur film documentaire aux Oscars [gala tenu en mars 2025], prix qu'il n'ait pas gagné. Il a déjà remporté de nombreux autres prix, dont deux Critics Choice Awards 2024 et le prix du meilleur réalisateur de documentaire au Festival du film de Sundance. Il a également reçu des critiques élogieuses de la part de publications internationales telles que le New York Times, Variety, The Guardian et le Christian Science Monitor. Sur le site Rotten Tomatoes, il obtient une note parfaite de 100 % sur le Tomatomètre des critiques certifiés et une note exceptionnelle de 82 % auprès des spectateurs. Lors d'une projection privée à la Maison Blanche en décembre, l'ancien président américain Joe Biden en a fait l'éloge.

Affiche du « documentaire »
Malgré son accueil mondialement favorable, peu de Canadiens ont vu le film à ce jour. Après ses débuts nationaux en août au Festival international du film de Toronto, Sugarcane a fait le tour du pays avec très peu de projections dans des festivals de cinéma et une sortie en salles limitée. Avant sa nomination aux Oscars, il n'avait reçu qu'une couverture médiatique modeste au Canada, notamment dans le Globe and Mail et la CBC. Certains critiques le considèrent comme l'un des favoris pour remporter un Oscar et il semblait que Sugarcane pourrait bien bénéficier d'une attention beaucoup plus grande dans son pays d'origine. National Geographic a acquis les droits de distribution du film, qui est désormais disponible en ligne sur Disney+ et Hulu.

Ce qu'il faut savoir

Pour ceux qui s'interrogent sur le titre, il fait référence à la petite réserve indienne de Sugarcane, près de Williams Lake, en Colombie-Britannique, qui abrite la Première Nation de Williams Lake et le pensionnat indien de Cariboo, communément appelé la mission Saint-Joseph. Ce film est une nouvelle tentative pour culpabiliser les Canadiens et leur faire ressentir une honte profonde face au traitement réservé aux élèves autochtones dans les pensionnats. La critique du Globe and Mail, par exemple, est intitulée « Le documentaire délicatement révoltant Sugarcane explore en profondeur la douleur du système des pensionnats indiens au Canada ».

Le film est révoltant, mais pas dans le sens où l'entend le journal. Malgré son statut de documentaire sélectionné aux Oscars et soutenu par le National Geographic, l'ensemble du film doit être considéré comme un assemblage habilement orchestré de désinformation et de manipulation, avec une multitude de faits essentiels passés sous silence. Les spectateurs ne doivent accorder que très peu de crédit à ce qu'ils pensent voir.

Cela n'est nulle part plus évident que dans la fin du film, lorsqu'un texte à l'écran déclare : « L'enquête en cours à la mission Saint-Joseph a révélé un schéma d'infanticide » et qu'un personnage clé du film « est le seul survivant connu de l'incinérateur de l'école ». Ces deux affirmations semblent horribles. La première est fausse. La seconde signifie quelque chose de tout à fait différent de ce qu'elle semble indiquer.

Sugarcane est peut-être beau à regarder, mais il n'a pas sa place dans la catégorie du meilleur documentaire. Il doit plutôt être considéré comme une calomnie à l'égard de l'histoire canadienne, du Canada moderne et – cible la plus facile de toutes – de l'Église catholique.

dimanche 21 décembre 2025

« Non, la science n’a pas démontré qu’il n’y avait pas de lien de causalité entre immigration et délinquance »

Une note publiée par un centre de recherches rattachée à Matignon, reprise dans l’émission Complément d’enquête (capture d’écran ci-dessous), assure que, d’après la science, on ne peut établir de lien entre immigration et délinquance. Philippe Lemoine, directeur de la recherche à l’observatoire Hexagone et chercheur invité à Georgetown (Washington, É-U), critique cette affirmation.


L’immigration augmente-t-elle la délinquance en France et plus généralement en Europe ? Pour  Arnaud Philippe et Jérôme Valette, deux économistes qui ont écrit une note pour le CEPII  (un centre de recherche placé auprès du Premier ministre) sur le sujet en 2023, la cause est entendue : les études sur le sujet « concluent unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance ».

Le message semble d’ailleurs avoir été reçu cinq sur cinq par la plupart des lecteurs de cette note. Par exemple, au cours d’un récent épisode de Complément d’enquête, le magazine d’investigation diffusé sur France 2, une journaliste cite la note du CEPII à l’appui de son affirmation selon laquelle le «  lien de causalité entre étrangers et insécurité n’existe pas  », ajoutant même que « c’est la science qui le dit ». Le problème c’est que, n’en déplaise aux journalistes de Complément d’enquête et aux auteurs de cette note du CEPII, « la science » ne démontre rien de la sorte.

D’abord, il est faux que les études sur la question concluent « unanimement » et « sans ambiguïté » à l’absence d’effet de l’immigration sur la délinquance, comme l’écrivent faussement Philippe et Valette. Il existe en effet plusieurs études qui utilisent précisément le type de méthodes permettant d’établir un effet causal de l’immigration dont ils parlent dans leur note et qui trouvent pourtant  un effet de l’immigration sur la délinquance, non seulement sur les atteintes aux biens, mais parfois aussi sur les atteintes aux personnes.

La vérité est que les résultats dans  la littérature scientifique, loin d’être sans ambiguïté, sont au contraire très contrastés : il est vrai que beaucoup d’études ne trouvent pas d’effet, mais d’autres en trouvent un. Parfois des études différentes aboutissent même à des conclusions différentes alors qu’elles portent sur le même pays à la même époque. La note du CEPII, qui se veut pourtant une revue de la littérature, en présente donc un portrait trompeur.

Les données individuelles sur les auteurs de délit montrent non seulement en France, mais partout en Europe que les immigrés et leurs enfants, du moins ceux qui sont originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient, sont mis en cause ou condamnés pour des délits à des taux plusieurs fois supérieurs à ceux du reste de la population. Contrairement à ce que suggèrent Philippe et Valette dans leur note, cela reste vrai même quand on les compare à  des individus sans ascendance migratoire de même âge, sexe et avec des caractéristiques socio-démographiques identiques.

Les biais dans  la police  et  le système judiciaire  pourraient expliquer une partie de cette surreprésentation, mais il est totalement invraisemblable qu’ils puissent l’expliquer en totalité. Personne de sensé ne peut croire que, si les ressortissants de pays africains sont mis en cause dans les affaires de vols avec violence sans arme à un taux plus de 6 fois supérieur à celui des Français, c’est uniquement ou même principalement parce que les forces de police et de gendarmerie sont biaisées contre eux.

samedi 9 août 2025

Le nombre d'articles scientifiques considérés comme frauduleux double tous les 18 mois

Selon un article publié dans PNAS (Actes de l'Académie nationale des sciences) le 4 août, la fraude scientifique est très répandue et se développe rapidement. En effet, alors que le nombre d'articles scientifiques double tous les 15 ans environ, le nombre d'articles considérés comme frauduleux double tous les 18 mois (voir graphique ci-dessous).

Cette situation est extrêmement préjudiciable à la science, affirme Luís Nuñes Amaral, physicien à l'université Northwestern de Chicago et auteur principal de l'étude. Sans meilleures mesures de protection, les chercheurs ne pourront plus se fier à la littérature scientifique et risquent de perdre leur temps et de gaspiller des subventions en essayant de reproduire des expériences frauduleuses. Si rien n'est fait, « l'entreprise scientifique telle qu'elle existe aujourd'hui sera détruite », affirme-t-il.


Il est clair depuis longtemps que la fraude en matière de publication provient rarement de fraudeurs isolés. Au contraire, des entreprises appelées « usines à articles » préparent de faux articles scientifiques remplis d'expériences inventées et de données bidon, souvent à l'aide de modèles d'intelligence artificielle (IA), et vendent la paternité de ces articles à des universitaires qui cherchent à augmenter leur nombre de publications. Mais l'analyse menée par le Dr Amaral et ses collègues suggère que certains rédacteurs en chef de revues pourraient sciemment accepter ces articles. Leur article suggère qu'une partie des rédacteurs en chef de revues sont responsables de la majorité des articles douteux publiés dans leurs revues.

Pour parvenir à cette conclusion, les auteurs ont examiné les articles publiés par PLOS ONE, une revue très importante et généralement bien considérée qui identifie lequel de ses 18 329 rédacteurs en chef est responsable de chaque article. (La plupart des rédacteurs sont des universitaires qui acceptent de superviser l'évaluation par les pairs en parallèle de leurs recherches.) Depuis 2006, la revue a publié 276 956 articles, dont 702 ont été retirés et 2 241 ont fait l'objet de commentaires sur PubPeer, un site qui permet à d'autres universitaires et à des enquêteurs en ligne de faire part de leurs préoccupations.

Lorsque l'équipe a analysé les données, elle a découvert que 45 rédacteurs en chef avaient facilité l'acceptation d'articles retirés ou signalés beaucoup plus fréquemment que ce à quoi on aurait pu s'attendre par hasard. Bien qu'ils n'aient été responsables du processus d'évaluation par les pairs que pour 1,3 % des soumissions à PLOS ONE, ils étaient responsables de 30,2 % des articles retirés.

Les données ont révélé des tendances encore plus inquiétantes. D'une part, plus de la moitié de ces rédacteurs étaient eux-mêmes auteurs d'articles retirés par la suite par PLOS ONE. D'autre part, lorsqu'ils soumettaient leurs propres articles à la revue, ils se recommandaient régulièrement les uns les autres comme rédacteurs. Bien que les articles puissent être retirés pour de nombreuses raisons, y compris des erreurs honnêtes, le Dr Amaral estime que ces tendances indiquent l'existence d'un réseau de rédacteurs qui coopèrent pour contourner les normes habituelles de la revue.

Le Dr Amaral ne nomme pas les éditeurs dans son article, mais le magazine scientifique Nature s'est ensuite appuyé sur son analyse pour identifier cinq des éditeurs concernés. PLOS ONE affirme que ces cinq personnes ont fait l'objet d'une enquête et ont été licenciées entre 2020 et 2022. Ceux qui ont répondu aux questions de Nature ont nié toute malversation.

Bien que l'analyse du Dr Amaral soit convaincante, elle ne prouve pas de manière concluante un comportement malhonnête. Néanmoins, ces conclusions s'ajoutent à un nombre croissant de preuves suggérant que certains rédacteurs en chef jouent un rôle actif dans la publication de recherches de qualité inférieure. Une enquête menée en 2024 par RetractionWatch, une organisation qui surveille les articles rétractés, et Science, un autre magazine, a révélé que des usines à articles avaient soudoyé des rédacteurs en chef dans le passé. Les rédacteurs en chef pourraient également utiliser leurs pouvoirs pour faire avancer leur propre carrière universitaire. Les enquêteurs de PubPeer ont signalé des articles dans plusieurs revues qui semblent avoir été co-rédigés soit par le rédacteur en chef supervisant l'évaluation par les pairs, soit par l'un de ses proches collaborateurs, ce qui constitue un conflit d'intérêts évident.

Détecter les réseaux de rédacteurs en chef comme l'a fait l'équipe du Dr Amaral « est tout à fait nouveau », explique Alberto Ruano Raviña de l'université de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne, qui mène des recherches sur la fraude scientifique et n'a pas participé à l'étude. Il s'inquiète particulièrement du fait que de faux articles continuent de figurer dans les archives scientifiques dans le domaine médical, où leurs conclusions erronées pourraient être utilisées pour mener des évaluations qui servent de base aux directives cliniques. Un article récent publié dans la revue médicale BMJ a révélé que 8 à 16 % des conclusions des revues systématiques incluant des preuves retirées par la suite s'avéraient fausses. « C'est un vrai problème », déclare le Dr Ruano Raviña.

Pourtant, les incitations à la fraude continuent de l'emporter sur les conséquences. Des mesures telles que le nombre de publications d'un chercheur et le nombre de références vers celles-ci sont devenues des indicateurs puissants de la réussite universitaire et sont considérées comme nécessaires pour construire une carrière. « Nous nous sommes concentrés sur les chiffres », explique le Dr Amaral. Cela est parfois explicite : le personnel des facultés de médecine indiennes est tenu de publier un certain nombre d'articles pour obtenir une promotion. De leur côté, certaines revues scientifiques génèrent d'autant plus de revenus qu'elles acceptent d'articles.  Il faudra du temps pour inverser ces deux tendances. En attendant, les éditeurs déploient de nouveaux outils de filtrage des contenus suspects, notamment certains qui repèrent les « phrases alambiquées » (des paraphrases absurdes générées par des modèles d'IA pour échapper au plagiat, comme « informations colossales » au lieu de « mégadonnées ») ou les références mal placées.

Les éditeurs subissent également une pression croissante pour éliminer les mauvais articles. Les bases de données de revues réputées, telles que Scopus ou Web of Science, peuvent « retirer de la liste » des revues, ruinant ainsi leur réputation. Il appartient aux éditeurs de demander leur réinscription, ce qui implique de faire le ménage dans la revue. « Si nous constatons la présence de contenus non fiables que vous ne retirez pas, vous ne serez pas réintégrés », déclare Nandita Quaderi, rédactrice en chef de Web of Science. Mais il reste à voir si les éditeurs et les nombreux rédacteurs qui travaillent dur pour empêcher les mauvaises publications scientifiques d'apparaître dans leurs revues pourront suivre le rythme des usines à articles.

Source : The Economist
 
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dimanche 16 mars 2025

La Covid-19 bien issue d'un labo chinois... selon des rapports du MI6 et du BND tenus secrets

« Il ne fait désormais plus aucun doute raisonnable que le Covid-19 a été conçu à l’Institut de virologie de Wuhan… [La Chine] est désormais engagée dans une opération d’information et d’influence (OII) pour détourner la responsabilité… la revue Nature a été utilisée pour propager le récit de la République populaire de Chine ». Extrait du dossier soumis à Boris Johnson en mars 2020.

Début 2020, l’ancien chef du MI6, l’agence de renseignement extérieur britannique, a déclaré à Boris Johnson que le virus de la Covid s’était échappé du laboratoire de Wuhan.

Pour Michael Shellenberger, cela signifie que les gouvernements américain, britannique, chinois et allemand connaissaient tous la vérité, l’ont dissimulée et ont répandu la désinformation.

Le Mail on Sunday révèle qu’un ancien chef des services d’espionnage a soumis un dossier secret au n° 10 Downing Street au début de la pandémie, indiquant que le virus provenait d’une fuite provenant d’une installation de Wuhan.

Mais Lord Vallance, ministre des Sciences et principal conseiller scientifique du gouvernement à l’époque, est accusé d’avoir ignoré le rapport, peut-être par crainte d’offenser les Chinois ou de mettre en péril le financement de la recherche.

Un dossier classifié compilé par Sir Richard Dearlove, l’ancien chef du MI6, a été transmis au Premier ministre de l’époque, Boris Johnson, au début de l’épidémie en mars 2020 : Il ne fait plus aucun doute que le Covid-19 a été conçu à l’Institut de virologie de Wuhan.

Le dossier, marqué « Secret - Réservé aux destinataires », affirmait que Pékin diffusait un faux récit selon lequel le virus provenait d’un marché d’animaux. Le dossier, compilé par un groupe d’éminents universitaires et d’experts du renseignement et vu par le Mail on Sunday, affirme que la Chine a même manipulé rétrospectivement des échantillons viraux pour donner du crédit à la supercherie.

Mais l’argument aurait été rejeté par Patrick Vallance, qui était un visage familier pendant la pandémie, puisqu’il accompagnait M. Johnson lors des conférences de presse au n° 10 Downing Street.

Dans le Mail on Sunday d’aujourd’hui, Sir Richard écrit à propos de son dossier : « Boris lui-même a été persuadé par ses arguments. Mais le poids de l’establishment scientifique du gouvernement, déjà acquis à la thèse chinoise, l’a emporté ».

Hier soir, une source proche de M. Johnson a pointé du doigt Lord Vallance pour avoir réfuté la théorie de la fuite de laboratoire afin d’apaiser le gouvernement chinois. La source a déclaré : « Boris a demandé à plusieurs reprises aux agences [de renseignement] de travailler davantage sur les origines de Covid. Le fait qu’un virus Covid mutant soit apparu dans une ville qui possédait l’un des seuls laboratoires au monde à fabriquer des virus Covid mutants lui paraissait être une trop grande coïncidence. »


Les services secrets allemands le pensaient également

Selon le diffuseur public néerlandais NOS, les services secrets allemands pensent également que le virus s’est échappé d’un laboratoire et que le gouvernement a gardé le silence à ce sujet.

Il est « probable » que la pandémie de corona soit apparue parce que le virus s’est échappé d’un laboratoire de la ville chinoise de Wuhan. C’est ce qu’affirme Lothar Wieler, alors directeur de l’Institut Robert Koch (RKI), l’autorité allemande chargée des maladies infectieuses.

M. Wieler réagit ainsi aux révélations des médias allemands, qui ont révélé que l’agence de renseignement allemande BND supposait depuis 2020 que le coronavirus s’était échappé d’un laboratoire situé à Wuhan. Cette théorie, également considérée comme plausible par la CIA américaine, va à l’encontre des conclusions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le gouvernement chinois a également toujours contredit la théorie du laboratoire.

Documents non publiés

L’hebdomadaire Die Zeit et le Süddeutsche Zeitung (SZ) ont fait état cette semaine du projet Saaremaa du BND. Celui-ci a mené des enquêtes dans des bureaux du gouvernement chinois et des instituts scientifiques à l’époque de l’apparition de la pandémie de corona, notamment à Wuhan. C’est dans cette ville que le virus s’est propagé pour la première fois en décembre 2019. Le BND a trouvé des documents inédits de chercheurs chinois de l’Institut de virologie de Wuhan.

Ces documents montreraient que les habitants de Wuhan ont été informés très tôt de l’existence du nouveau virus. L’institut était officiellement une zone de haute sécurité, mais les agents allemands ont remarqué que le personnel était étonnamment laxiste en ce qui concerne les mesures de sécurité. Des échantillons d’animaux infectés par le covid-19 ont été prélevés et transportés sans tenir compte des mesures de sécurité.

Selon le BND, il est donc plausible que le coronavirus ait pu quitter le laboratoire, même si cela avait été accidentel. Il n’existe pas de preuves irréfutables, mais le BND considère que la théorie du laboratoire est probable à 80 ou 95 %.

Chauves-souris ou laboratoire ?

En 2021, une équipe d’experts de l’Organisation mondiale de la santé s’est rendue à Wuhan pour enquêter sur l’origine du virus. Après 12 jours d’enquête, ils ont conclu que le virus était passé des chauves-souris à l’homme. Depuis lors, cette théorie est considérée dans le monde entier comme la plus plausible pour expliquer l’origine du coronavirus.

La théorie du laboratoire, qui circulait également à l’époque, a été jugée « hautement improbable » par l’équipe. Mais les critiques affirment que l’OMS n’a pas sérieusement étudié cette théorie.

Les conclusions du projet Saaremaa étaient si explosives que le BND en a fait part au bureau de la chancelière Merkel de l’époque. Les responsables du BND craignaient la fiabilité des résultats et leur impact politique.

Par la suite, le gouvernement allemand a gardé le projet secret. Le fait que le président américain Biden ait légalement exigé des agences de renseignement qu’elles publient en ligne leurs recherches sur l’origine du virus n’y a rien changé.

Selon le correspondant de la NOS en Allemagne Chiem Balduk : « Pour l’instant, le rapport soulève plus de questions que de réponses, mais il est potentiellement explosif. S’il est vrai que deux gouvernements successifs étaient au courant de ces informations, la question est de savoir pourquoi la chancelière Merkel et son successeur Scholz les ont gardées secrètes. Un porte-parole d’Angela Merkel a déjà fermement démenti toute dissimulation. La commission du renseignement du Bundestag exige désormais une transparence totale. Celle-ci doit montrer si des informations ont été délibérément dissimulées, par exemple parce qu’elles seraient politiquement indésirables et nuiraient aux relations avec la Chine, ou parce que les informations n’étaient tout simplement pas complètes. Ou parce que les informations n’étaient tout simplement pas complètes ou pas assez crédibles. Sans divulgation, ces questions restent ouvertes et la confiance dans le gouvernement et la science est entamée ».

En décembre 2024, la question a évolué. Le BND a été autorisé à partager les résultats avec les services de renseignement américains et un groupe de scientifiques allemands.

La thèse du laboratoire plus sûre qu’auparavant pour Lothar Wieler

Selon le microbiologiste Lothar Wieler, alors directeur de l’institut de santé RKI : « Dans l’état actuel des connaissances, je considère que la théorie du laboratoire est plus probable », a-t-il déclaré au journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Jusqu’à présent, M. Wieler s’était montré réticent quant à la thèse du laboratoire comme origine du coronavirus.

Voir aussi
 

Radio-Canada : « La majorité des scientifiques penchent toujours en faveur d’une transmission naturelle du coronavirus de l’animal à l’humain pour expliquer l’apparition de la COVID-19. […] La thèse de la fuite d’un laboratoire pour expliquer l’origine de la pandémie, vue comme relevant des théories du complot dès le début de 2020, a gagné du terrain ces dernières semaines.  […] Mais ces observations ne démontrent rien en soi, prévient toutefois M. Decroly. Elles ne permettent aucunement de trancher entre les différentes hypothèses. » [juin 2021]

Rapport du Congrès américain sur la gestion de la pandémie de Covid-19 « Le mensonge donne des fleurs, mais ne donne jamais de fruits. » (2024)
 

Trudeau : « est-ce qu’on tolère les gens » farouchement opposés à se faire vaccinés anti-Covid ? (Trudeau et deux enfants discutent de la vaccination à la télé, 2022)
 
 
 
 

dimanche 26 janvier 2025

Les hommes ont grandi deux fois plus vite que les femmes au XXe siècle, selon une étude

Les hommes seraient-ils de plus en plus grands que les femmes ? Une étude de l’université de Roehampton au Royaume-Uni a démontré que les êtres humains de type masculins avaient grandi deux fois plus vite que leurs homologues féminins au cours du XXe siècle.

Comme le rapporte The Guardian, le professeur Lewis Halsey et ses équipes, situées en banlieue de Londres, se sont appuyées sur des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’autorités étrangères de plus d’une dizaine de pays et des registres britanniques. L’objectif : voir comment la taille et le poids ont changé en fonction des conditions de vie.

Le rôle des conditions de vie

La conclusion est simple. Pour chaque augmentation de 0,2 point de l’Indice de développement humain (IDH), les femmes étaient en moyenne plus grandes de 1,7 cm et plus lourdes de 2,7 kg, tandis que les hommes étaient plus grands de 4 cm et plus lourds de 6,5 kg.

Or l’IDH ne cesse d’augmenter dans la plupart des pays. Au Royaume-Uni, l’IDH est passé de 0,8 en 1900 à 0,94 en 2022. Dans le même temps, au cours de la première moitié du XXe siècle, la taille moyenne des femmes a grimpé de 3 cm, contre près de 7 cm chez les hommes.

« Pour mettre cela en perspective, environ une femme sur quatre née en 1905 était plus grande que l’homme moyen né en 1905, mais ce chiffre est tombé à environ une femme sur huit pour celles nées en 1958 », a déclaré Halsey.

Les hommes seraient donc non seulement de plus en plus lourds et de plus en plus grands par rapport aux femmes, mais plus les conditions de vie s’améliorent, plus les écarts de poids et de taille augmentent entre les deux sexes.

« Nous découvrons comment la sélection sexuelle a façonné le corps de l’homme et de la femme et comment l’amélioration de l’environnement, en termes d’alimentation et de réduction de la charge de morbidité, nous a libérés de nos entraves », explique le professeur Lewis Halsey dans cette étude publiée dans Biology Letters. Mais jusqu’à quelles limites ? Plusieurs études ont déjà démontré que la taille de l’être humain était en train de plafonner.

Réfutation de la thèse féministe de Priscille Touraille

Il y a quelques années, de nombreux médias ont présenté comme une vérité scientifique la théorie de Priscille Touraille selon laquelle le dimorphisme sexuel chez les êtres humains serait dû au fait que chez nos ancêtres les hommes restreignaient l’accès des femmes à la nourriture. Touraille avançait donc l’idée que les hommes auraient historiquement restreint l’accès des femmes à certaines ressources alimentaires, particulièrement la viande, ce qui aurait conduit à un dimorphisme sexuel plus prononcé. Cette théorie est parfois appelée le « patriarcat du steak » dans les discussions médiatiques.

Les travaux de Touraille ont bénéficié d’une large couverture médiatique, notamment à la suite d’un documentaire sur Arte intitulé « Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes ? ». Cette couverture a souvent été peu critique, présentant ses idées comme des vérités scientifiques établies sans suffisamment remettre en question la méthodologie ou les preuves derrière ces assertions.

Si cette thèse était vraie, on aurait dû observer un rétrécissement de la différence de taille entre hommes et femmes au XXe dans les pays développés, car les sociétés sont devenues plus égalitaires entre les sexes et les hommes n’empêchent plus (si cela a jamais été le cas) les femmes de manger de la viande, mais en réalité c’est l’inverse qu’on observe. Cela tend à confirmer que la sélection sexuelle explique mieux le dimorphisme sexuel chez l’être humain, comme dans la plupart des autres espèces.

Sélection des grands par les femmes ?

Dans une étude publiée dans Biology Letters et intitulée « Le corps masculin attrayant et redoutable : la taille et le poids des hommes sont des traits sexuellement sélectionnés en fonction des conditions », les scientifiques supposent que les préférences sexuelles des femmes ont pu alimenter une tendance pour des hommes plus grands et plus musclés — bien qu’à l’ère de l’obésité, lourd n’est pas nécessairement synonyme de musclé.

La stature et le physique sont les principaux indicateurs de la santé et de la vitalité, a déclaré Halsey, tandis que la sélection sexuelle favorise également les hommes qui sont mieux à même de protéger et de défendre leur partenaire et leur progéniture contre d’autres personnes.

« Les femmes peuvent trouver la taille des hommes attrayante parce qu’elle les rend potentiellement plus redoutables, mais aussi parce que la taille suggère qu’ils sont bien faits », a déclaré M. Halsey. « En grandissant, ils n’ont pas subi les effets d’un mauvais environnement et ont donc atteint une plus grande partie de leur potentiel de taille. C’est un indicateur qu’ils sont bien faits ».

Ces conclusions s’appuient sur des travaux antérieurs qui ont montré que les femmes recherchent davantage les hommes de grande taille que les hommes les femmes de petite taille. Mais il y a des inconvénients à être grand. Si les personnes de grande taille ont tendance à gagner plus, elles sont aussi plus sujettes à divers cancers, peut-être parce qu’elles ont plus de cellules susceptibles d’accumuler des mutations qui aboutissent à la maladie.

Michael Wilson, professeur d’écologie, d’évolution et de comportement à l’université du Minnesota, a déclaré que l’augmentation plus rapide de la taille et du poids des mâles était « frappante ». Il a ajouté que cela correspondait à une idée de longue date selon laquelle les femelles sont le sexe « le plus contraint écologiquement » en raison des exigences de la reproduction, en particulier chez les mammifères où la grossesse et l’allaitement sont « coûteux sur le plan énergétique ».

« L’investissement des mâles dans une plus grande taille corporelle semble être sensible aux conditions nutritionnelles », a-t-il déclaré. « Lorsque les hommes grandissent avec des aliments plus denses en énergie, ils grossissent davantage que les femmes. »

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samedi 4 janvier 2025

Marcelo Gullo Omodeo : « Il n’y eut pas d’invasion espagnole de l’Amérique mais une libération »

La trilogie que le politologue Marcelo Gullo Omodeo consacre à la conquête de l’Amérique latine a ouvert en Espagne un immense débat sur l’historicité de la légende noire. Entretien paru dans Le Figaro Histoire de décembre 2024. Le point de départ de la colère de Marcelo Gullo est l’injonction d’Andres Lopez Obrador au roi d’Espagne, en 2019. Le président du Mexique demanda à Philippe VI d'Espagne de présenter les excuses de son pays pour la conquête du Mexique par Hernan Cortés en 1519.

Marcelo Gullo Omodeo n’a pas une goutte de sang espagnol dans les veines : ses quatre grands-parents étaient italiens, et ils ont émigré en Argentine à partir des années 1930. Consacré à la légende noire de la conquête de l’Amérique latine, son livre Ceux qui devraient demander pardon se présente pourtant comme un plaidoyer en faveur de l’Espagne comme il n’en existe aucun autre. « Dans le cadre du “tribunal de l’histoire”, l’Espagne a été jugée par des juges partiaux à l’aide de faux témoins », écrit-il dans son introduction.

Scène sacrificielle du Codex Laud, un manuscrit mazatèque conservé à Oxford (Royaume-Uni). Ce codex précolombien détaille l'initiation des prêtres. C'est le mieux conservé des manuscrits précolombiens, la plupart des peintures étant en parfait état.